Témoignages

04 décembre 2008

Nature et pastoralisme : joie et bonne humeur

Voilà un commentaire laissé par un visiteur qui mérite d'être repris dans une note. Merci Alexis...

"La nature et le pastoralisme cohabiteraient dans la joie et la bonne entente..."

Salut BdM,

Je m'appèle Alexis et vis à Bagnères de Bigorre depuis deux ans. Le climat de la Haute-Bigorre peut être défini par "océanique de moyenne latitude de montagne". Les gens d'ici ne savent pas que cette caractéristique est rarissime et n'existe qu'à deux autres endroits sur la planète (une partie de la Nouvelle-Zélande, et la côte de Colombie-Britannique où j'ai résidé pendant un an).

Concrètement, la douceur du climat plus l'humidité plus les différents étages de végétation créent un cadre propice au développement d'une flore unique, très diversifiée et prolifique. Rien à voir, par exemple, avec l'écosystème alpin de type méditerranéen, ou bien semi-continental.

Je parle d'un cadre et non d'une réalité. Car ici, le couvert forestier s'arrête à 1200-1300 mètres pour laisser place aux estives, alors qu'on le trouverait naturellement jusqu'à 1900-2000 mètres. En clair, les deux tiers de l'écosystème de montagne sont absents.

Les éleveurs, Les gestionnaires du parc national des Pyrénées et la plupart des élus ont choisi de promouvoir une image politiquement très correcte de la montagne, un lieu où la nature et le pastoralisme cohabiteraient dans la joie et la bonne entente. Histoire que les bergers continuent à gérer la montagne comme au 18e siècle pendant que les touristes admirent les quelques forêts en fond de vallée où un panneau leur signale ici et là un "espace ouvert" de quelques dizaines d'ares sensé illustrer la présence des troupeaux dans la montagne. Alors qu'en vérité, cette belle vitrine cache un peu plus haut un désastre écologique, avec des versants sud en voie de désertification (roche affleurante, végétation typée garrigue dominée par le genévrier commun et le buis).

Pour visualiser la pauvreté du couvert forestier, il suffit de monter au-dessus de 1200 mètres, ou bien de regarder une carte de la région, ou encore de venir de Tarbes quand le massif du Pic du Midi est enneigé (le blanc, c'est les estives - le noir, quelques taches éparses, c'est la forêt). Comme tu le dis très bien sur ton blog, trop d'éleveurs se foutent superbement de la nature et considèrent la forêt comme un nuisible, au même titre que l'ours (sauf en vallée où on est bien content d'avoir du bois de chauffage sous la main pour passer l'hiver).

Pas le moindre compromis avec le 21e siècle et ses réalités écologiques, même pas au moment de l'écobuage de printemps. Là, on lance des feux sans respecter les arrêtés préfectoraux qui imposent que chaque brulis soit contrôlé par trois personnes et éteint avant la nuit. Alors les brulis se propagent partout et couvent jour et nuit pendant dix jours. Résultat, la surface brûlée est supérieure aux besoins pastoraux, et c'est tant pis pour les rejets qui auraient pu repeupler la montagne. Le plus con, c'est que la région, située dans la transversale de dépeuplement appelée "diagonale aride", n'a aucune perspective économique et se désertifie depuis 60 ans.

Et à côté du pastoralisme qui meurt à grand feu, peu d'élus ont compris que la seule perspective d'avenir reposait sur une économie touristique qui tirerait partie du caractère exceptionnelle du climat et de la géographie. Ici, en plein centre-ville, quelques séquoias ont été plantés au 19e siècle, rappelant la parenté des conditions locales avec le climat du nord-ouest américain. Mais en Colombie-Britannique, j'ai vu des forêts primaires peuplées de cèdres rouges dont certains avaient deux-mille ans.

On ne refait pas l'Histoire, mais je peux te dire qu'on n'en mène pas large devant de tels monuments, et que les bergers n'ont même pas idée de ce qui a poussé ici un jour.

Je viens de découvrir ton blog. Il est vraiment intéressant, très documenté, et je compte le visiter régulièrement.

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01 décembre 2008

Une planche à griffes pour simuler des dégâts d'ours !

"Alors que nous étions en train de tourner..., nous avons rencontré un habitant qui nous parle de l'abus réalisé par certains bergers pour se faire indemniser..." Un montagnard explique comment certains essaient d'obtenir des dédomagements de pertes avec une planche de parquet équipée de 5 fausses griffes d'ours permetant de faire croire à une attaque d'ours. Edifiant.

Cette vidéo mise en ligne par la webTV JRTV intitulée "Ours dans les Pyrénées : Témoignage qui permet de mieux comprendre l'attitude de certains bergers face à la réintroduction de l'ours." présente (dans un montage farçi de pub (désolé), l'interview d'un habitant local et d'Alain Reynes (Président de l'ADET). Le montage haché n'aide malheureusement pas la compréhension de l'ensemble.

Durée 05:01 (Désolé pour les pubs, je ne suis pas responsable du montage...)
Enregistrement : 27 novembre par JRTV, une webTV (http://www.jrtv.info)
Pris le : 27 novembre 2008
Lieu : Ax-les-Thermes, Midi-Pyrénées, France

Interrogé sur la raison du retrait de la vidéo, son auteur m'a avoué avoir été l'objet de fortes pressions et de menaces. Il analyse les suites à donner à cette affaire.

03 novembre 2008

Manu Fouilleul a rencontré l'ours des Pyrénées deux fois, à 14 ans d’intervalle

par Manu Fouilleul

Sahusset, petit hameau isolé du Haut Salat. «Désservi» par un sentier de 2,8 km, altitude 800m, orientation sud-est, habitant permanent : 1. C'est donc lui qui témoigne...

Première rencontre avec Martin

Ma première rencontre avec l'ours a eu lieu en Mars 1994 dans le Bearn en vallée d’Aspe, au col de Bouezou où je résidais, encore une fois isolé. le col est situé en lisière de la forêt d’Issaux à onze kilomètres d’Osse en Aspe, à 1000 mètres. Cette habitation est isolée du col, il n’y a pas d’eau courante et la fontaine se trouve à 150 m de la maison, on y accède par un chemin de terre. Un matin de mars me voilà donc parti chercher de l’eau avec deux jerrycans.

A ma droite un pré en pente montant vers la hêtraie située à environ 100 mètres. Dans ce pré, en ce début de mars, quelques grosses plaques de neige sont présentes.

Cinquante mètres après avoir quitté la maison je perçois à ma droite une forme qui se déplace vers moi. Cette forme vient de quitter la lisière du bois. Pensant à du gibier, il s’avère que c’est un ours dévalant la pente. Je me rends vite compte qu’il n’arrive pas sur moi volontairement mais que ceci n’est que le fruit du hasard. Dès la première roulade dans la neige je me rends compte qu’il n’a pas du tout détecté ma présence. Ce matin là il fait très froid, le vent contre moi et en ce début de sortie d’hibernation celui-ci m’a l’air un peu «emprunté» dans sa course et certainement les sens encore au ralenti. Sachant qu’il a une très bonne vue nocturne mais une vue diurne mauvaise mais assez sensible pour détecter le moindre mouvement je décide de rester sur place plutôt que de retourner à mon habitation pourtant située à quelque 50 mètres.

Ne voulant pas être une proie potentielle je décide de me signaler, tout en parlant doucement (non je ne suis pas l’homme qui parle aux oreilles des ours), en tapant seulement deux fois les jerrycans l’un contre l’autre.

Après m’avoir détecté à une cinquantaine de mètres, il s’est approché à une vingtaine de manière à capter mon odeur. Il ne s’est pas mis debout mais a posé son postérieur dans la neige et a levé les pattes antérieures. Une fois assis il a levé son nez pour m’éventer. Je continuais à parler pendant ces instants, les jerrycans posés à terre. Il s’est alors remis sur ses quatre pattes et a traversé perpendiculairement à moi le chemin sans me quitter du regard et sans me tourner le dos, tout en marchant.

Quarante mètres plus loin il s’est mis à courir pour disparaître rapidement derrière un tertre. J’estime son poids autour de 180/200 kg. A l’époque on a pensé à l’ours Papillon alors âgé d’environ 18 ans.

Rencontre avec un ours sur le dos

En quatorze ans, je ne l'avais vu qu'une seule fois. Voici l'histoire de ma deuxième rencontre de près avec l’ours.

SahussetPhoto : Vue du hameau de Sahusset. Photo Bern Thimonier

31 juillet 2008 - Je suis de retour du travail vers le hameau de Sahusset. Il est 23h30 et en ce début de montée je remarque la faiblesse des piles de ma frontale. Cette montée se fera avec un faisceau très faible mais suffisant pour éclairer une dizaine de mètres devant moi. 25 minutes plus tard je suis à 200 m du hameau, après quelques rencontres avec les sangliers, blaireaux et renards. Je suis à cet instant à la sortie d’un tournant, en sous-bois (hêtres, noisetiers, buis), lorsque j’entends des mouvements de panique et un grognement sous une haie de buis en bordure du sentier, environ à 8 mètres de moi sur ma droite côté pente montante (à ma gauche la pente descend vers la Salat 200m plus bas).

Ayant la pensée ailleurs, c’est la surprise d’entendre ce vacarme si proche. Je pense aussitôt à la présence d’une laie. Je me suis arrêté et ma frontale éclaire suffisamment le buis. Je suis sur le côté de la haie et je distingue le devant (côté sentier) et l’arrière de celle-ci. Je vois très bien une masse sombre empêtrée sous les branches, sur le dos, puis sur le flanc essayant de se mettre sur ses quatre pattes. A sa gauche la haie le gène et lui résiste. Paniqué il lui faudra deux tentatives pour qu’il se «dépêtre» des branches et du creux dans lequel il se trouve, avant d’être en position pour fuir côté pente montante situé à sa droite.

Durant ces deux tentatives, il retombait sur le flanc, cela a duré une vingtaine de secondes et m’a permis d’observer non pas une laie mais un ours, un individu d’un poids évalué à 100 kg. Il n’a pas cherché l’affrontement mais à fuir.

De mon côté, j’ai observé et n’ai pas bougé. Par la suite je me souvins que le grognement et les mouvements de panique sont intervenus lorsqu’à huit mètres de la haie mon bâton me servant à monter a heurté une caillasse alors que ma montée se faisait «sans bruit». La haie de buis se trouve juste après un tournant. Ma frontale est faible. Ayant une bonne vue nocturne comment a-t-il perçu cette lumière ? (les sangliers, blaireaux … ne réagissent pas trop à la lumière). J’ai l’impression qu’il était sur le dos en train de s’amuser avec les branches et que le bruit du bâton avec la pierre l’a «réveillé», fait paniquer. De part l’estimation de son poids, est-ce un jeune, ce qui expliquerait ce manque de vigilance ? Il y a quelques années (de 2003 à 2005), en octobre, un ours, (Caramelles?) venait chiper quelques pommes à Sahusset.

«Manu» Fouilleul

Ce texte a ét écrit suite à la mauvaise rencontre qu'a fait Hvala. Manu Fouilleul désire témoigner de ses contacts pacifiques avec l’ours. Il a aussi des anecdotes à raconter avec les loups...

Merci à D.B. pour l'envoi de ce texte.

14 octobre 2008

La tute de l’ours : chaudron pro-ours anti-ours

Ce texte daté de juin 2006 est parfaitement d'actualité. "La Tute de l'ours : chaudron pro-ours anti-ours" est de Gérard Bozzolo, Ingénieur agronome, professeur de Zootechnie à l'Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse (ENSAT). Les intertitres en noir sont de la Buvette.

par Gérard Bozzolo (juin 2006)

Les idées et constats introduits dans cette réflexion demeurent : malgré les quelques décès qui font les couvertures médiatiques pour des mortalités si peu naturelles, la population des ours pyrénéens s'est modestement accrue.

Tute d'ours - tannière d'oursTute d'ours, photo Baudouin de Menten, Slovénie 2007

Une couverture médiatique disproportionnée

Les positions médiatiques occupées par ces deux représentations de l’opinion publique monopolisent le débat de façon inversement proportionnelle à leur représentativité, notamment à l’endroit des éleveurs. Les éleveurs en général et les éleveurs pyrénéens en particulier ne sont plus contenus aujourd’hui que dans un % anecdotique de la société civile.

Ce bruit disproportionné est à l’image des leaders qui se mettent en avant comme des guides de l’opinion publique généralement plutôt ignorante et donc passive dans sa masse, sinon crédule et aussi très versatile. Il est vrai que la patte Mitterrandienne avait fait de la cause de l’ours un acte quasiment politique, à tel point que cette passion passait pour une valeur de gauche ! Aujourd’hui, alors que la mise en pratique du plan de sauvegarde est réalisée par des ministres de droite, les avis sont reconsidérés dans une caricature qui conduit à produire, par ces ex pro-ours, des discours radicalement opposés ! L’Ecologie qui par nature doit s’engager sur des actions à long terme s’essouffle et se décrédibilise en servant de produit d’appel dans les super marchés des obédiences politiques. On peut, aisément, comprendre l’inconstance des spectateurs que sont les citoyens ordinaires…

Rats des villes, rats des champs

Beaucoup, dans ces discours d’affrontement, relève de la méfiance et de la défiance qui surgit entre rats des villes et rats des champs tant sont différents leurs acquis culturels et leur perception du territoire. L’empathie des premiers reste teintée de romantisme. Une à deux générations a suffit pour gommer le souvenir de l’âpreté de la vie quotidienne paysanne de leurs aïeux, ne laissant subsister qu’un souvenir enjolivé commémoré par un cadre bucolique. La vision des seconds demeure très souvent étriquée et circonscrite à leurs intérêts vitaux sur le court terme. Soumis à la rudesse hivernale et à la sueur versée pendant la belle saison, leur ressenti manque de distance et s’enferme dans un individualisme que les habitudes autarciques héritées façonnent naturellement.

La différence de taille, cependant, tient dans le fait que ces derniers subissent de plein front les nuisances de cet animal mythique.

C’est aussi confusément un prétexte pour lancer un cri d’alarme et de désarroi devant leur propre disparition et devant le constat déprimant de l’évolution de leur lieu de vie dont la maîtrise visible leur échappe de jour en jour. Les conditions pessimistes de leur relève et de la transmission familiale s’ajoutent à ce malaise comme un désaveu.

La plaie morale

Toutefois, pour bien s’imprégner du mal être et de la révolte de ces éleveurs de montagne, il est important de mieux comprendre leur désarroi, leur hantise, face à l’attaque des prédateurs (chiens, loups, lynx, ours). L’accompagnement économique qui a pour motivation de rembourser les pertes occasionnées par de telles agressions s’il est adapté pour réparer les dégâts matériels (environ 200 € par brebis), ne soigne pas la plaie morale subie par l’éleveur. Ce préjudice est un stress dans sa pure définition, celle qui correspond à une atteinte dont on ne maîtrise ni la survenue ni l’aboutissement ou la sortie victorieuse, provoquant de véritables pathologies dépressives. Certains éleveurs ne dorment plus et développent une névrose entretenue par le moindre bruit de sonnailles, attendant dans l’anxiété la prochaine fois, installés dans une forme d’insécurité sournoise.

En effet, depuis la domestication, le contrat de l’éleveur avec ses animaux est de les défendre, de les protéger et de les soigner pendant toute la phase de l’élevage. Rien n’est plus traumatisant que de constater cette forme de trahison envers leurs animaux, sans pouvoir agir, aggravée par la vision des séquelles laissées sur les troupeaux. Ceci est une remise en cause directe, culpabilisante, de l’acte professionnel et du lien d’appartenance intime et quasiment charnelle entre l’éleveur et ses animaux.

A titre de comparaison, pour que les urbains puissent appréhender ce désarroi, on peut mettre en avant, la décharge émotionnelle subie lorsque sa propre résidence a été cambriolée par effraction et qu’en plus, les malotrus ont saccagé votre bien. Alors, des envies de meurtre, montent momentanément en surface. Votre refuge intime semble avoir été violé et pourtant, il ne s’agit que de bien matériel !

Deux ou trois habitations plus loin, à côté d’une compassion éphémère de l’entourage, la distance par rapport à l’événement prendra vite une tournure analytique moins passionnelle : le % de vols dans le quartier est vraiment faible et ne nécessite pas de mettre en place des milices, les assurances permettront de réduire les pertes matérielles, l’ensemble étant ramené à des événements aléatoires purement statistiques.

De même, les dégâts imputables à l’ours ne représentent même pas 1% des pertes enregistrées dans les massifs, égrainent les statistiques… soit en moyenne 250 brebis/an

Un patrimoine en faillite, vidé de sa substance

Ours, éleveurs : même combat contre la disparition

Cela dit, l’Ours est une espèce en voie de disparition dans les Pyrénées (aujourd’hui une quinzaine d’ours sur les Pyrénées françaises contre probablement 130 ours sur le versant espagnol avec la plus forte concentration dans le massif des Cantabriques), tout autant que l’éleveur pyrénéen !

Pour ces deux habitants même combat ! La dernière espèce, ne résoudra pas son problème ni ne bénéficiera avantageusement de la disparition de l’autre, au contraire ! Comme un effet boomerang, la société civile ne versera aucune larme sur une fraction infinitésimale de sa population en voie de disparition et ne lui pardonnera pas d’avoir tant maltraité l’autre… la rendant responsable de l’extinction d’un emblème pyrénéen patrimonial.

D’autres groupements humains en équilibre précaire, mais avec des racines terriennes encore plus ancrées, ont bien intégré dans leur philosophie et leur symbole de vie cette nécessaire auto préservation et cette solidarité avec les espèces sauvages communes à leur biotope familier. Mais certains brandissent cette position comme une avanie et ne veulent pas être comparés à des indiens parqués dans leur réserve…

En effet, dans certaines parties des Pyrénées, l’élevage n’est plus à même de dégager une économie concurrentielle ni même de subsistance. Sur cette seule référence, celui-ci serait amené à disparaître comme cela a été le cas de l’agriculture de montagne dès la fin du 19ème siècle, après une forte purge au début du 20ème et un achèvement dans les suites du plan Marshall de l’après guerre. Ce fût le cas aussi de l’activité minière, ancienne richesse abandonnée du massif montagnard, laissant derrière elle les traces de ses ruines désertes.

D’ailleurs, lorsqu’on traverse les Pyrénées d’ouest en est on peut observer un gradient de désinvestissement, sinon d’abandon, avec une petite enclave de résistance dans la Barousse. Il s’agit en effet de l’illustration de pratiques ancestrales différentes liées à des spéculations de nature divergente.

Tradition fromagère ou orientation viande

Une ligne transversale, pays Toy-Lourdes sépare les Pyrénées atlantiques, en de çà de la rive gauche du gave de Pau où se perpétue la tradition fromagère. Lors de la montée en estive les animaux terminent leur lactation en place. Cette activité nécessite la présence de l’homme pour traire les brebis, parfois plus rarement les vaches, et confectionner les caillés et tommes fraîches. Les troupeaux sont donc parqués le soir pour la traite et relâchés le lendemain après la traite matinale, à proximité de l’abri du berger et sous la garde des patous.

Dans ces zones, aucun remugle lié à la présence de l’ours qui, d’ailleurs, s’y fait discret… En revanche, la montagne reste bien exploitée, ouverte, car les différents carrés d’estive sont pâturés en alternance sous la gouvernance du berger et la pression de pâturage reste encore suffisante.

Au contraire, à l’Est de cette ligne, la finalité des élevages est allaitante pour produire de la viande, conséquence de l’ancien élevage lainier reconverti vers la viande lors de la crise lainière. Résultat pervers de son économie mondialisée déjà, bien avant l’heure. Ici, les éleveurs se font rares ! Plus nombreux sont les troupeaux forains qui louent des estives ou bien la concentration de doubles actifs devient de plus en plus la norme.

Les troupeaux sont donc déchargés sur ces espaces, souvent laissés à leur libre initiative avec certes, quelques visites de contrôle espacées. Beaucoup de troupeaux alibi, capteurs de primes ICHN, se sont mis en place. L’objet n’est pas de pointer cette dérive. Heureusement qu’ils sont là, sinon ces zones seraient encore plus désertifiées, à l’image des nombreuses granges foraines qui tombent en ruines lorsqu’elles n’ont pas trouvé preneur pour une reconversion vers un usage de résidence secondaire.

Troupeaux d'herbivores, agents de l'évolution des espaces prairiaux d'altitude

Les rares bergers présents s’occupent de collectifs d’animaux regroupés en troupeaux de grande dimension (1500 à 3000 têtes en ovins) avec une surveillance nécessairement plus souple que dans les petites troupes laitières.

La conséquence est que les estives sont mal pâturées, souvent avec une pression insuffisante ou bien sont mal gérées car les animaux ne sont pas guidés. Les zones les plus riches sont sur pâturées, notamment par les ovins qui reviennent sur les repousses fraîches conduisant à appauvrir les regains. Les carrés les moins bien exposés (ubacs) constituent autant de zones de refus qui progressivement se lignifient et perdent leur potentiel alimentaire. Selon l’altitude, ce sont les envahissements de fougères ou, plus haut, de rhododendrons, de callunes, myrtilliers, raisins d’ours, genévriers rampants, genêts etc., puis, plus tard, la forêt avec ses spécificités en fonction des gradients d’altitude et d’exposition (ubacs, soulanes) qui recolonisent ces espaces : frênes, coudriers, sorbiers, bouleaux, hêtres, sapins, pins à crochets.

En bref, les espaces abandonnés se ferment et perdent leur fonction fourragère de complément si longtemps préservée par la dent des animaux et la main de l’homme. Les écobuages, pratiqués comme une panacée à court terme pour retarder cet envahissement et permettre de retrouver, de façon éphémère, un peu de vert, est un combat perdu sur le long terme. Ceux-ci ont une action sélective vis à vis des ligneux résistants et sont très insuffisants si la pression pastorale et l’essartage produit par l’homme ne sont là pour l’accompagner. Le recouvrement par le tapis ligneux envahissant étouffe les plantes appétées par le bétail qui disparaissent à leur tour.

Une argumentation peu convaincante fondée sur des fausses vérités

Par ailleurs, les arguments de référence déployés par les uns et les autres ne tiennent pas à l’analyse. Certains écolos, indiquent que la réintroduction de l’Ours slovène est une aberration génétique par rapport à la race pyrénéenne... La hantise du métissage ! Propos de demi-savants qui n’ont pas bien intégré que la notion de race est une construction humaine spécifiquement réservée aux animaux domestiqués et donc artificielle. Celle-ci relève de la sélection que lui-même impose, de son organisation et du marketing qui l’accompagne.

Ours : on ne peut parler de races, tout au plus de populations

A l’inverse, parmi les espèces sauvages, on ne peut parler de races, tout au plus de populations qui peuvent, compte tenu de leur isolement géographique, concentrer à la marge, quelques particularités phénotypiques. La pureté raciale est donc une chimère pour les animaux sauvages. L’ours slovène et celui des Pyrénées peuvent génétiquement se distinguer peut-être encore moins qu’une vache Limousine d’une Blonde d’aquitaine ! Au contraire, l’introduction d’un patrimoine génétique un peu élargi ne peut qu’apporter de la variabilité génétique salutaire qu’un trop grand isolement géographique n’a pu que réduire. L’ours de Slovénie et celui des Pyrénées sont de la même espèce. Ce ne sont que les barrières mises en place par l’homme qui font que ce premier ne fait pas actuellement le voyage, par ses propres moyens, depuis la Slovénie jusqu’en Pyrénées.

Indiquer, qu’il vaudrait mieux laisser l’ours slovène là où il est constitue un trait trop simpliste pour servir de justification ! Toutes les espèces domestiques animales et races un peu anciennes ont été importées.

Ensuite, donner des leçons au pays tiers pour les exhorter à préserver leur faune en voie de disparition : tigres du Bengale, éléphants, rhinocéros nains, aujourd’hui hippopotames etc. ou bien même à créer des sanctuaires forestiers (poumon vert amazonien, africain, asiatique) alors que depuis le néolithique nous avons éradiqué nos espaces forestiers sans soif, détruit tous les grands prédateurs au comportement voisin de l’Homme (loup, ours etc.) tient du ridicule opportuniste, axé sur une profitabilité à court terme sans scrupule.

L'ours, le quotidien du SAMU ?

Indiquer que le tourisme vert serait affecté par ce dangereux prédateur qui fait encore frémir les bergères sur leurs estives est aussi exagéré. Le risque d’attaque est très nettement inférieur à celui de la piqûre d’un aspic grincheux dérangé pendant sa sieste, à la charge d’un cerf en rut et malencontreusement perturbé pendant sa démonstration de conquête territoriale quand ce n’est pas une vache Gasconne ou pire Aubrac qui, après quelques retards, vient de faire son veau et joue à la mère irascible. Bref, l’Ours ne peut-être aujourd’hui qu’un support touristique d’imagerie d’Epinal servant à mettre un peu de piment dans la quête d’aventure des citadins qui vont affronter les Pyrénées sauvages et y rechercher quelques frissons.

Jusqu’à présent, l’entorse, la chute dans les éboulis, les départs de pierres, les incidents cardiaques, la foudre, sont le quotidien des hélicoptères du SAMU plutôt que les attaques inopinées de l’Ours.

En revanche, on peut défendre que sur le long terme, l’Ours peut-être un atout pour la préservation d’une montagne vivante, ouverte et porteuse de fourrages pour les animaux domestiques. Si sa présence oblige à un meilleur gardiennage des animaux domestiques et donc à une présence humaine plus importante, alors le bétail ne sera plus livré à lui-même dans une sorte de divagation sauvage, en régime cafétéria, mais sera guidé. La montagne sera plus rationnellement exploitée, entretenue, cultivée.

Bien évidemment, l’ours étant un super prédateur, sans contre partie en dehors de l’homme, il est nécessaire de prévoir une densité maximale acceptable et au delà instaurer un plan de régulation comme pour les autres faunes, avec des plans de tirs contingentés.

Un appui économique pour une autre fonction de l’acte agricole dans les massifs montagnards

Des moyens sont à mettre en place, mais certains le sont déjà au travers de l’acte politique de la CEE qui a instauré, dès 1975, des primes structurelles et un accompagnement au développement, comme aujourd’hui l’ICHN. Leur objectif est de permettre la préservation de l’environnement, la structuration du territoire et le maintien d’une activité économique agricole. Les DPU sont aussi là pour renforcer la défense du marché des productions agricoles et s’ajoutent à ces différentes contributions supportées par la collectivité élargie, mais sont désormais soumises à des clauses d’éco-conditionnalité.

En conséquence, l’éleveur qui accepte ces subventions, même avec une réticence de façade et sans lesquelles il aurait déjà disparu doit, en contrepartie, accepter quelques évolutions.

Mais ici aussi tout est affaire de pédagogie. Rien de pire que les directives imposées depuis les bureaux, même bonnes, sans concertation ni pédagogie participatives.

Les aînés ont su évoluer

Lui-même, et ses aînés ont su, en permanence, évoluer en fonction des pressions économiques et des attentes sociétales. Autrefois, en élevage de moutons par exemple, une grande partie des Pyrénées avait pour vocation principale la production lainière, la vente de doublons et de brebis de réforme constituant un sous-produit viande, comme l’était aussi l’agnelet des élevages laitiers. Avec l’effondrement des cours de la laine, la viande est devenue produit principal et la laine sous-produit. Cette inversion est assez fréquente en matière de spéculations agricoles : le soja plante olèoprotéagineuse, à son début, était utilisé pour la production d’huile avec, comme sous-produits, les tourteaux de soja. Aujourd’hui l’inversion est totale compte tenu de la forte demande des élevages européens. Dans le futur il en sera de même pour de nombreuses plantes qui auront pour fonctions principales une fourniture énergétique ou la production de cellulose. En montagne, les primes constituent déjà une part essentielle du produit principal, l’activité viande devenant progressivement sous-produit.

En conséquence, que les primes communautaires, soient données au titre de l’entretien du paysage et de la maintenance d’une activité rurale, même si cela peut conduire les éleveurs au métier de gardien de la montagne et de cantonnier, ne constitue pas une avanie. Cette activité peut acquérir ses lettres de noblesse et avec un peu de pédagogie être acceptée comme une fonction d’intérêt économique doublé d’un intérêt général reconnu. C’est affaire d’éducation de la corporation des éleveurs face à la demande sociétale et de reconnaissance de leur métier par cette dernière. Les entreprises de service et d’entretien de parcs, d’élagage, sont bien référencées sans aucune connotation péjorative !

Pourtant, il est nécessaire de mettre certains moyens supplémentaires spécifiquement liés à la politique de réintroduction de l’OURS. Les coûts engendrés à l’unité pour réussir une réintroduction, le programme de surveillance associé, le coût des remboursements liés aux dégâts qui leurs sont imputables, devraient être équitablement investis, à l’identique, en direction des éleveurs.

Certes, non pas affectés à titre individuel pour qu’ils servent à troquer la Kangoo contre une Toyota 4x4, mais destinés à une organisation collective. Ce serait l’occasion de réanimer les anciens syndicats valléens qui autrefois avaient pour charge d’organiser la gestion des espaces collectifs, de résoudre les conflits et de jouer le rôle de juge de paix sur ces estives. Ceux-ci auraient en charge de redynamiser la montagne, de mettre en place les équipements collectifs, clôtures, équipements modernes de logis-cabanes pour bergers et aussi pour mandat de louer les services de bergers professionnels, pendant les 5 mois de la durée de la transhumance. Cette orientation aurait l’avantage de remettre du monde dans la montagne, de retrouver des espaces réinvestis par des animaux avec un mode d’exploitation rationnel et ainsi d’ouvrir sur le tourisme vert. Toutefois, il est vrai que sur un budget d’environ 2 250 000 € en 2006 dédié au plan ours, 28% sont consacrés aux opérations de dédommagement et d’aides écopastorales (contre 51% sur un budget de 1 300 000 € en 2005), non comptés les postes affectés (ONF, ONC), ni les coûts spécifiques des réintroductions, est-ce suffisant en direction des éleveurs ?

C’est au contraire un pari sur l’avenir qui se décline ici à l’inverse de l’extinction lente, mais inexorable des éleveurs qui se dessine aujourd’hui, en Pyrénées, si leur rôle et leur mission ne sont pas redéfinis.

Gérard Bozzolo
Enseignant de Zootechnie - ENSAT
Castanet-Tolosan (31)
Auteur de "Appellations d'origine contrôlée et productions animales" (Tec & Doc Lavoisier)

* Tute : terme pyrénéen pour la tanière de l'ours

25 août 2008

Marc LAFFONT : Bilan et perspectives pastoralo-ursines

Par Marc LAFFONT
Titulaire d'une maîtrise en écologie des organismes et populations
Citoyen favorable à la cohabitation

Le front du refus pur et simple de cohabitation avec l'ours dans les Pyrénées s'articule essentiellement autour du microcosme des éleveurs ovins allaitants.

Or, lorsqu'on s'intéresse aux critères subjectifs susceptibles de justifier ce positionnement, on s'aperçoit que la diabolisation de l'ours brun est largement exagérée. Les éleveurs ovins ne sont pas les seuls à subir des pertes qu'il est possible d'imputer aux ours. Les apiculteurs enregistrent quelques dizaines d'attaques chaque année (presque toutes en Ariège). Pourtant, la médiatisation de ces méfaits n'est en rien comparable avec ce qui concerne l'écho donné aux prédations sur troupeaux ovins.

Sont elles si importantes, ces prédations ?

Autour de 400 animaux par an, moyenne sur les 3 dernières années, bénéfice du doute compris. Lequel s'exerce également souvent en Ariège. Certes, ce n'est pas négligeable. Et ce serait même conséquent pour les éleveurs, s'il n'y avait pas de compensation équitable. Or, un barème d'indemnisation, régulièrement actualisé, est en vigueur depuis plusieurs années. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce barème ne lèse pas les agriculteurs.  (Ces informations sont vérifiables sur le site institutionnel de l'ours.)Consensus urso-pastoral - dessin de F'Murrr

  • Une brebis d'un an ou plus certifiée UPRA (Unité pour la Promotion des Races Agricoles, label généalogique) était indemnisée 180 € en 2007.
  • Un agneau de plus de 6 mois, UPRA également, était indemnisé 150 €.
  • A chaque attaque est associée une prime de dérangement de 140 €, et une indemnité de manque à gagner tenant compte de la perte de production.
  • Une agnelle UPRA s'achète autour de 100-110 €, et un agneau bien labellisé est rarement vendu plus de 90-95 € pièce. C'est même plus proche des 80 € hors saison favorable. © Consensus urso-pastoral - Dessin de F’Murrr

C'est d'ailleurs cette faible valorisation de l'agneau -le prix payé au producteur n'a quasiment pas bougé en 30 ans- qui explique la généralisation progressive du non gardiennage des troupeaux.

Sans aides de l'Etat, 6 mois de salaire d'un berger dépassent très largement la valeur économique des quelques  brebis que sa présence sauverait de tous prédateurs confondus. D'où la logique régression de ce métier. Rappelons d'ailleurs au passage, qu'éleveur et berger désignent des métiers aux réalités forts différentes, et que les médias confondent allègrement.

L'ours «paie bien»

On peut donc dire que l'ours «paie bien», par l'intermédiaire du contribuable, les méfaits qu'il occasionne. Une fois ½ en moyenne la valeur commerciale de l'animal prédaté. A comparer avec les 46 €/ovin généreusement versés en 2007 par mouton victime de la fièvre catarrhale ovine. Laquelle représente, pour la filière, un péril autrement plus grand que les prédateurs sauvages...

Il n'y a d'ailleurs rien de scandaleux à cette indemnisation : c'est le prix à payer collectivement pour, à la fois préserver les ours, et maintenir une agriculture en montagne. Et la quasi-seule agriculture encore difficilement possible en montagne, moyennant subventions, reste l'élevage.

La diabolisation de l’Ours

Chien errant - dessin de F'Murrr Ce qui devient par contre authentiquement mensonger, c'est d'affirmer que l'ours met en péril par sa présence l'activité pastorale. Car, si compte tenu de l'accompagnement précité, le pastoralisme est mis en danger par une petite vingtaine d'ours, alors que doit-il en être de l'incidence des chiens errants, qui occasionnent environ 10 à 15 000 pertes par an ? Ce qui porte aux alentours de 15 à 20 000, toutes causes de prédation comprises, les pertes ovines qui NE SONT PAS indemnisées dans les Pyrénées.
© Chien errant - Dessin de F’Murrr

Au total, c'est environ 1 million d'«ours-euros» qui sont versés annuellement au pastoralisme pyrénéen. Soit autour de 10 % des concours publics à cette activité à l'échelle du massif, d'après les chiffres évoqués sur le site institutionnel précité. L'argument économique n'est donc pas recevable pour justifier la diabolisation.

Les conditions d'élevage sont-elles, dégradées par la présence du plantigrade ?

C'est vrai que la présence d'ours exige une présence assidue auprès du troupeau. Mais cette surveillance existe a fortiori pour les autres prédateurs, et notamment les chiens errants et divagants, qui occasionnent autrement plus de dégâts que les ours. La grande différence, c'est qu'en zone à ours : il y a possibilité de largement faire financer chiens et bergers par l'argent du programme «ours». A cela on peut rajouter les héliportages, les moyens de communication, les rénovations de cabanes d'estives... Autant d'améliorations des conditions de travail qui n'auraient jamais vues le jour dans de telles proportions sans la présence de l'ours.

Il est d'ailleurs incontestable que la présence de grands prédateurs permet d'orienter les projecteurs vers une filière dont peu de monde se souciait, vu son faible poids au sein même de l'agriculture.

Sans ours dans les Pyrénées, qui parlerait régulièrement du pastoralisme ?

Avec ou sans prédateurs, la surveillance des troupeaux est de toutes façons obligatoire. Sans cela, on ne peut empêcher le surpâturage de certaines zones et l'abandon d'autres, annihilant de fait l'objectif annoncé de lutter contre la fermeture des milieux et d'entretenir une certaine biodiversité.

Pastoralisme et préservation de la biodiversité

Il faut être particulièrement peu familiarisé avec l'écologie (français, quoi...) pour estimer que l'absence de grands prédateurs est favorable à la productivité des milieux, ou tout du moins sans effet. Leur présence, tant en variété qu'en quantité, témoigne sans conteste de la richesse d'un écosystème naturel. Sauvegarder ces espèces emblématiques permet, par ricochet, de préserver d'autres espèces importantes, mais moins aptes à mobiliser les foules pour leur survie. Dans les Pyrénées, on peut citer le pic à dos blanc ou le grand tétras.

A contrario, la présence du mouton en estives n'a rien du cycle naturel. Ni lui, ni son ancêtre avant domestication, le mouflon, n'appartiennent à la faune autochtone pyrénéenne. Son installation massive en montagne permet à des espèces végétales ou animales, DÉJA présentes avant l'arrivée du mouton, de voir leur aire de répartition augmenter suite à la conversion de zones plutôt boisées en zones davantage ouvertes. Mais cela, ce n'est pas de la création de biodiversité. C'est la régression d'une biocénose inféodée à des milieux fermés, et l'extension d'une autre inféodée à des milieux ouverts, suite à une action humaine, l'élevage. Ce qui ne signifie pas que c'est sans attrait. Simplement, l'Homme et son mouton ne fabriquent pas de biodiversité sauvage.

Et c'est, par ailleurs, être bien prétentieux que d'appeler «de fenêtre» ou «de cheminée», des hirondelles qui étaient là plusieurs millénaires avant l'invention de ces dispositifs. (NDLB: La biodiversité ramenée à l'homme, une tendance lourde.)

Pour mémoire, la présence du mouflon et de la marmotte dans les Pyrénées ne date que des années 50, suite à la décision d'introduire ces espèces. Le cas de la marmotte est cependant différent : initialement présente dans les Pyrénées, elle en avait disparu lors de la dernière période glaciaire.

L’ours représente-t-il un danger?

Peut-être. Il convient pour s'en assurer de compiler le nombre de décès imputés aux ours en France depuis que les statistiques peuvent être considérées comme fiables. Or, en au moins 150 ans, AUCUN accident mortel n'a impliqué un ours ; y  compris au XIXème siècle où l'Ariège, par exemple, comptait beaucoup plus d'ours et 2 fois plus d'habitants.

La cohérence de raisonnement devrait obliger ceux qui craignent l'ours à demander l'éradication de toutes les espèces suivantes : chien, cerf, sanglier, vipère, frelon, guêpe, abeilles, espèces qui tuent des êtres humains tous les ans. Sans oublier les accidents automobiles suite aux collisions.

Ils devraient également réfléchir aux risques encourues avant d'entreprendre :

  • une randonnée en montagne (60 décès/an),
  • une sortie en ski (50 décès par avalanche/an),
  • une partie de chasse (30 décès/an),
  • ou la construction d'une piscine privée (40 noyés/an) (source : Quid.fr).

Une régression du tourisme, quelles causes?

Danger, zone à anti-ours - dessin de Marc LargeIl est probable que la multiplication d'inscriptions haineuses sur les routes, et la diffusion d'images de violences perpétrées par les anti-biodiversités n'est pas vraiment de nature à inciter le touriste à davantage séjourner dans les Pyrénées. Pourtant, les exemples en provenance de pays voisins,  comme l'Espagne ou l'Italie, montrent qu'il est possible de valoriser la biodiversité en général, et les grands prédateurs en particulier, dans le cadre du développement rural. © Zone à anti-ours - Dessin de Marc Large

Il s'agit simplement d'adapter le potentiel du territoire montagnard. L'adapter aux réalités économiques (régression de la population active agricole), aux conséquences du changement climatique (incertitudes sur l'avenir du ski à moyenne altitude), et aux attentes des citoyens en termes de naturalité.

Notons au passage que les emplois ainsi générés par un environnement remarquable et préservé sont difficilement délocalisables. En ces temps de mondialisation tous azimuts, c'est un aspect à ne pas négliger. Ceux qui pâtissent de la concurrence de l'agneau britannique ou néo-zélandais devraient, en principe, y être réceptifs... (NDLB : Encore faudrait-il que les autorités locales favorisent ce tourisme, ou même l’acceptent ! En Ariège, les responsables touristiques, proches d’Augustin Bonrepaux » ont visiblement comme consigne de « nettoyer » tous les prospectus, présentoirs et toutes les offres touristiques d’éventuelles références à l’ours, patrimoine des Pyrénées depuis la préhistoire, comme le montre les multiples traces archéologiques et peintures rupestres.)

Lorsque le paysage aura été irrémédiablement tailladé, que l'enneigement ce sera drastiquement réduit, il sera alors bien tard pour songer à une reconversion des sites. Et ce n'est pas la généralisation via argent public de troupeaux ovins de plus en plus grands et de moins en moins surveillés qui sera de nature à dynamiser l'emploi.

La présence de l'ours ne met donc en danger, ni le pastoralisme, ni la sécurité publique, ni la biodiversité, ni le tourisme. Ce n'est donc pas sur ces aspects objectifs ou quantifiables que peut s'expliquer la mise en place de factions d'opposants à ce point virulents.

Alors ?

La crise économique du pastoralisme

Depuis les années 90, l'agriculture des pays développés ne se maintient que grâce aux subventions.

D'une part de l'ordre de 15 % du résultat courant avant impôt vers 1990, on est passé en France à 90 % en 2006, avec une pointe à 98 % en 2005. Pour certaines filières, la dépendance est telle que le ratio subventions/résultat courant peut dépasser 150 %. C'est le cas de la filière ovine, et plus particulièrement des éleveurs allaitants (source : les résultats du Réseau d'Information Comptable Agricole, RICA, jusqu'en 2006.

Evolutions subventions / Résultat courant avant impôts (RCAI) filière ovineGraphique 1 : Evolutions subventions / Résultat courant avant impôts (RCAI) filière ovine.

Evolutions Ratio Subventions / Résultat courant avant impôts (RCAI).Graphique 2 : Evolutions Ratio Subventions / Résultat courant avant impôts (RCAI).

Tableaux des chiffres ovins et autres herbivores / Toutes filièresTableau 1 : Tableaux des chiffres ovins et autres herbivores / Toutes filières
Mise en page Marc Laffont. Télécharger ces tableaux en version pdf plus lisible.

Sources des chiffres :

Crise ovineCeux qui affirment péremptoirement que la tradition pastorale française n'est pas compatible avec la présence de l'ours, ne devraient pas oublier non plus que l'élevage ovin en France n'est plus compatible avec l'économie de marché depuis un bon moment. Même sans aucun prédateur.

En plus d'être terriblement soumise aux subventions, cette filière a toujours dégagé des revenus parmi les plus bas du secteur agricole.

Les éleveurs de brebis ne sont certes pas les seuls à être à ce point tributaires des subventions. Chez les céréaliers, jusqu'en 2005 (depuis le cours des céréales a augmenté), le ratio subventions/résultat courant était même supérieur à celui de la filière ovine (autour de 165 %). Mais avec un résultat courant de 24 000 €/exploitation, contre 17 600 € pour les exploitations ovines (source : RICA 2005).

Cette dépendance est encore plus prononcée dans les zones défavorisées et de montagne, malgré la labellisation des produits (voir : Notes et Études Économiques N°25 août 2006, «Le régime de paiement unique et l’agriculture de montagne en France»).

A cette faible valorisation «historique» s'ajoute la conjoncture ovine, qui ne cesse de se dégrader depuis 1990.

La baisse de la consommation

Les français sont passés d'une consommation de 5,5 kg de viande ovine/an/personne vers 1990 (dont 50 % d'origine hexagonale), à 4 kg/an/personne,(dont seulement 43 % d'origine française, en 2006. Ce qui fait un passage de 2,7 à 1,7 kg d'agneau français/an/personne en environ 15 ans. Soit à peine 2 % des 89 kg de viande consommés annuellement par chaque français.
(Source: le site de l'Institut de l'Elevage : Les chiffres clés 2007 : Productions ovines lait & viande).

La viande ovine est en déclin en 2007 : La consommation de viande ovine, agneau et mouton, poursuit son déclin régulier. La crise de la fièvre aphteuse de 2001 a entraîné un effondrement durable de l’offre, en particulier à cause de la chute des importations en provenance du Royaume-Uni, où le cheptel ne s’est pas reconstitué. En France, la filière du mouton pour la viande connaît des difficultés économiques et le cheptel ovin pour la viande subit une baisse tendancielle. Cette baisse de l’offre s’est accompagnée du maintien de prix à la consommation élevés, freinant la demande.
(Source : Agreste conjoncture onsommation de viande 2007 - Synthèses n°2008/ 29 juin 2008.)

Comme cette viande est surtout achetée par des personnes plutôt âgées, largement boudée par les plus jeunes, et proposée à la vente à des prix dissuasifs pour bon nombre de bourses, l'avenir apparaît particulièrement noir : 41 % des français interrogés en 2006 par l'inter profession des viandes (Interbev) ont répondu n'avoir jamais acheté de viande ovine dans l'année (toutes origines confondues). Ils étaient seulement 32 % en 2003. Et cette tendance ne risque pas de s'infléchir : la  proportion de non-consommateurs atteint 63 % en 2006 chez les moins de 35 ans...

Baisse de la consommation de viande ovineTableau 2 : Consommation indigène de viande en France.
Baisse de la consommation de viande ovine en France. Spécificités de la consommation de viande ovine en 2006.
Source : Ovins 2006 - Institut de l'élevage

Le renforcement de la population

Et c'est dans ce contexte particulièrement morose que l'État français décide en 2005, suite à l'abattage de la dernière ourse de souche pyrénéenne, de renforcer la population résiduelle d'Ursus arctos, déjà majoritairement issue du renforcement de 1996-97 (3 plantigrades). Le choix a porté sur des individus provenant de Slovénie, et donc très proches génétiquement.

Je ne suis pas capable d'estimer avec précision le poids de la volonté réelle de l'État français de sauver l'ours brun. Mais je suis persuadé que, sans l'insistance de l'Union Européenne, la France serait sur le point de devenir le premier des pays disposant d'une population viable d'ours en 1900 à le laisser disparaître depuis. Cela n'a pas été. Les premiers ours réimplantés se sont fort bien acclimatés, comme en témoigne le nombre de naissances observé. Et ce, malgré l'abattage précoce et «accidentel», comme toujours..., de Mellba, une des 2 ourses relâchées en 1996.

Et pour certains, quelques 10 ans après, le constat est terrible : avec de l'argent public, il est possible de sauver l'ours dans les Pyrénées. Et restaurer la naturalité qui va avec, alors que, même avec (beaucoup) d'argent public, le pastoralisme est condamné à régresser,  inexorablement. A disparaître, je ne pense pas. Mais à régresser, c'est certain. Ce n'était peut-être pas encore flagrant vers 1996 au moment des premiers lâchers, pour l'un comme pour l'autre. Mais c'est incontestable en 2006.

Voilà donc l'ours, «ennemi héréditaire de l'éleveur», quasiment disparu vers 1995, qui se voit offert une possibilité d'avenir dans les Pyrénées. Alors que la tradition pastorale, elle, périclite.

Et comble du comble, cette renaissance a lieu sur décision de l'État (Paris...), poussé par l'Europe (des technocrates...), soutenu par une majorité de français (des écolo-citadins, donc parisiens...), et grâce à l'apport d'animaux slovènes (des étrangers...). De l'ingérence néocoloniale pure et simple...

Je vois difficilement ce que ces ours venus de Slovénie auraient pu cumuler d'autre comme handicaps pour se faire davantage haïr d'une frange de la population montagnarde, auto proclamée dépositaire de l'identité pyrénéenne. A partir de là, il devenait improbable de voir le monde pastoral utiliser unanimement l'image et la présence de l'ours pour l'aider dans sa propre survie.

Cohabitation ou suicide ?

On ne touche pas au broutard du Pays de l'ours - dessin de Marc Large Certains éleveurs, à la fois plus lucides sur leur situation, et davantage respectueux de la biodiversité, ont choisi d'accompagner le retour du plantigrade. C'est par exemple le cas des adhérents à l'Association pour la Cohabitation Pastorale (ACP). Compte tenu du contexte lourd en menaces et intimidations, leur courage n'en est que plus digne d'éloges. L'application sérieuse des mesures de protection leur permet, non seulement de limiter les prédations dues aux ours, mais aussi (et surtout) de réduire de l'ordre de 90 % l'ensemble des prédations et vols (voir sur le site ours.ecologie.gouv.fr). © On ne touche pas au broutard - Dessin de Marc Large

Ce qui prévaut chez d'autres, malheureusement, c'est une logique de suicide collectif à moyen terme. En quelques sortes : «Nous préférons agoniser lentement plutôt que d'être valorisés et sauvés par l'ours», ce qu’on retrouve dans le slogan «ni ours, ni indemnités… les Pyrénées tranquilles».

Question de fierté peut être. Peut être, seulement. Car au bout du compte, c'est quand même l'argent de l'ours qui leur permet de subsister. Mais en continuant à le refuser officiellement...

Ce positionnement est payant et trébuchant depuis quelques temps, l'Etat dénouant tous les ans un peu plus les cordons de notre bourse pour (vainement) tenter de calmer la vindicte ultra-pastorale. Mais les réalités du délabrement de la filière reprendront forcément le dessus sur ces tactiques à courte vue. Et c'est sans doute d'en être parfaitement conscient qui exacerbe autant la haine du plantigrade...

Euros-Ours

Epouvantail anti-ours béarnais - dessin de Marc LargeD'autres ont fait un constat assez complémentaire : s'il n'est (hélas...), plus envisageable d'obtenir la disparition de l'ours à l'échelle du massif suite à ces renforcements, il est néanmoins possible de feindre d'accompagner son rétablissement, en récupérant un maximum de crédits sur son dos. Et de majoritairement les utiliser à des fins parfois éloignées de la préservation de l'environnement. Quitte à voir l'ours disparaître localement. Mais qu'à cela  ne tienne : le vautour fauve est là pour réamorcer la pompe à subsides. Et lui, brave volatile, ne risque pas de disparaître demain... © Epouvantail anti-ours béarnais - Dessin de Marc Large

C'est la logique illustrée par une tristement réputée Institution dite patrimoniale. Où comment faire disparaître l'ours avec l'argent de l'ours. Qui a dit qu'anti-environnementalisme ne rimait pas avec subtilité ? Avec un autre avantage : outre les financements obtenus, il demeure régulièrement possible de dénoncer le budget «extravagant» mobilisé pour quelques ours. En omettant soigneusement de préciser qu'environ la moitié de ce budget bénéficie directement au pastoralisme, et que l'autre moitié induit de l'activité localement (Equipe Technique Ours, actions de développement). Et les 10 000 €/an qui alimentaient la ligne budgétaire « amélioration de l’habitat de l’ours » jusqu’en 2006 ont été supprimés depuis.

Bilan financier global du plan de restauration ours 2005-2007Tableau 3 : Bilan financier global du plan de restauration ours 2005-2007

C'est tout le paradoxe du système : les pouvoirs publics prévoient des compensations théoriquement justifiées par la présence de l'ours. Mais la décrépitude de la filière est telle, que ces « ours-euros » deviennent indispensables à l'équilibre économique précaire des exploitations. Lesquels crédits seront d'autant pérennisés et réévalués que la machine à récrimination tournera à plein. Laquelle s'est carrément emballée.

Tant est si bien qu'aujourd'hui, quand bien même les ours viendraient à disparaître, les compensations devraient toujours être versées, sous peine de voir les exploitations mettre la clé sous la porte. Le contribuable naïf, qui croirait faire des économies en exterminant l'ours, n'y gagnerait absolument rien. D'autant plus que le coût du programme « ours », aides au pastoralisme compris, est inférieur à 4 centimes d'€/français/an. A comparer avec ce que coûte à chaque français le maintien d'une agriculture productiviste : plus de 12 milliards d'€. Soit autour de 200 €/français/an.

L'ensemble du programme ours équivaut ainsi à 1h30 de subventions agricoles!

Le jour où les ours voteront

Jean Lassalle : un intérêt politique, oui mais quand les ours voterontDes politiques locaux ont vite compris eux aussi tout l'intérêt qu'il y avait à instrumentaliser l'ours. C'est un poncif, mais il se vérifie à chaque fois : la préservation de l'environnement ne fait pas gagner beaucoup de voix. Le score de la candidate écologiste à la dernière présidentielle en témoigne.

De même que le ralliement, au final, d'une deuxième candidate estampillée écologiste à un candidat adhérent à la FNSEA. Par contre, défendre l'environnement fait systématiquement perdre les suffrages de ceux qui ont intérêt à sa non-préservation. C'est particulièrement triste à l'aube du XXIème siècle, mais c'est ainsi.
© Le jour où les ours voteront - Dessin de Marc Large

De fait, le politique local n'a pas nécessairement intérêt à se trouver du côté des plus nombreux. Il est bien plus judicieux de s'acoquiner avec ceux qui disposent d'un vrai pouvoir de nuisance. A fortiori si on les tient dès le départ en estime. Le débat sur les OGM au Parlement l'a d'ailleurs  caricaturalement mis en évidence. Le fait que 80 % des français s'y déclarent opposés n'a pas pesé très lourd dans les orientations du projet de loi. Si on ajoute à cela que la plupart des circonscriptions législatives du secteur sont tenues par des opposants plus ou moins déclarés à l'actuel gouvernement, il n'en faut pas davantage pour que ce vraiment petit monde se ligue contre l'ours.

Les médias et l’ours

Les médias et l'oursCette situation aurait néanmoins du avoir un écho relativement limité, compte tenu du faible nombre de personnes concernées et de son impact économique très relatif. Mais la presse locale a rapidement évalué le potentiel médiatique de l'ours. Et pour éviter que le soufflet ne retombe, il convenait de donner une large tribune aux «anti-biodiversité». Si en plus, cela permet à un journal politiquement marqué d'alimenter son opposition à l'actuelle majorité, à l'origine du projet de renforcement, le gain est double. © Les médias et l'ours - Dessin de Marc Large

Cette stratégie a parfaitement réussi. Elle était d'autant plus facile à mettre en place au regard du manque d'érudition environnementale du public français. Si bien que des personnes initialement plutôt favorables à la préservation de l'espèce ursine commencent à se demander si cela en vaut vraiment la peine, vue l'ampleur du désordre provoqué. Ou l'impression d'ampleur...

L’avenir

Quel avenir alors dans ce contexte qui semble bloqué ?

Pour le pastoralisme, il dépend de plusieurs facteurs tels que :

  • «l’évolution du consentement à payer des consommateurs pour des produits alimentaires démarqués issus des zones de montagne,
  • et le degré de protection du marché communautaire face aux importations de produits agricoles et agroalimentaires à bas prix en provenance de pays plus compétitifs et partenaires de l’OMC ;
  • les modalités de répartition des soutiens publics à l’agriculture (modulation, équilibre entre le premier et le second pilier de la PAC, mode de transfert des Droits à Paiement Unique, etc.), dans un contexte budgétaire devenu plus difficile depuis la fixation des perspectives financières de l’UE pour la période 2007-2013 »

(extrait de : Notes et Études Économiques N°25 août 2006, « Le régime de paiement unique et l’agriculture de montagne en France»). 

En d'autres termes, le futur s'annonce glauque. Sauf à jouer, enfin et largement, la carte du développement rural en harmonie avec l'environnement. Ce qui ne semble pas se dessiner.

Pour l'ours, il est clair que son avenir dépend de nouveaux lâchers. Sauf à se contenter d'une population nettement et durablement inférieure au seuil de viabilité. Ce qui serait en contradiction avec l'esprit d'un plan de restauration.

Opposants, je vous écoute - dessin de Marc LargeLa réalisation de cet objectif exige que le gouvernement fasse respecter l'état de droit dans les Pyrénées vis à vis de la délinquance anti-environnement. Sans cela, tout le reste sera vain. © Opposants, je vous écoute - Dessin de Marc Large.

Un point qu'il convient également d'évoquer, c'est le retour du loup gris dans le massif pyrénéen. Celui-ci est attesté depuis quelques années. Pour l'instant, aucune structure reproductrice n'a été observée. Ce qui ne saurait tarder, le biotope pyrénéen soumis à déprise agricole étant favorable.

On peut même raisonnablement penser qu'à court terme, le loup deviendra pour les éleveurs pyrénéens un problème autrement plus consistant que l'ours. Tout du moins, pour les éleveurs qui seront toujours en activité, 40 % d'entre eux devant partir à la retraite d'içi 10 ans. Et le renouvellement des générations est loin d'être assuré par la conjoncture.

A l'horizon 2020, ce ne sera plus la faction extrême du pastoralisme, sauf improbable redressement, qui sera le principal obstacle à la constitution d'une population viable d'ours, mais l'aménagement inconséquent de l'espace montagnard. Il est certain que la multiplication des balafres dans le paysage du massif n'est ni de nature à inspirer un écotourisme respectueux de l'environnement, ni à préserver un biotope favorable à l'ours.

Une partie de ceux qui manipulent le monde pastoral, en l'exhortant à refuser l'ours, le savent bien. Ursus arctos est un obstacle à un «développement économique harmonieux» des territoires de montagne. C'est à dire calqué sur celui de la plaine, en moins performant. Illustration : si régulièrement, des camions circulant sur l'artère qui défigure la Vallée d'Aspe font un petit plongeon dans le Gave, ce n'est pas la faute à l'indispensable tunnel du Somport, grand artisan du développement local. Mais, sans rire, celle de l'ours. Car ce sont les défenseurs de ce nuisible qui empêchent ce magnifique axe routier d'atteindre le gabarit requis pour accueillir davantage de camions qui plongeront encore plus vite dans le Gave !

Les atteintes actuelles au petit noyau de population ursin ne doivent certes pas être minimisées, tant il est facile (et judiciairement, peu risqué...) d'amoindrir une petite population à faible taux d'accroissement naturel. Mais il convient de se projeter d'ores et déjà dans l'avenir. Afin que les ours qui auront survécu aux assauts des adeptes du tout-pastoralisme ne soient pas éliminés par les adeptes du tout-béton-bitume. Car l'ours ne serait, ni la seule, ni la principale victime de ce type de politique.

Il ne faut d'ailleurs pas se tromper sur les raisons de préserver le plantigrade. L'objectif n'est pas spécialement d'avoir des ours pour avoir des ours. Surtout s'il s'agit de les cantonner dans un parc animalier ou/et de leur poser un collier émetteur à chacun. Nous ne gagnerions rien à cela.

L’homme ET l’ours

C'est une motivation finalement très égoïste qui doit prévaloir :

Être capable de préserver l'ours en France, et toutes les espèces du globe, c'est avant tout développer les qualités humaines dont nous aurons nécessairement besoin bientôt pour nous sauver, comme l'avait dit Mac Millan à propos des condors de Californie.

Il n'est évidemment pas question de faire passer l'Homme après l'animal : aider les hommes et préserver l'environnement sont simplement deux facettes d'une seule et même problématique : Éviter de transformer notre planète en gigantesque île de Pâques, devenue humainement inhabitable à force d'être surexploitée.

De la part d'une espèce qui s'est elle même qualifiée d'homme sage (Homo sapiens), c'est bien la moindre des ambitions...

Par Marc LAFFONT
Titulaire d'une maîtrise en écologie des organismes et populations.
Citoyen favorable à la cohabitation

22 août 2008

Sauver l'ours ou l'abandonner aux ultrapastoraux éradicateurs : l'Etat doit choisir

Par Patrick Pappola
Simple citoyen attaché à des Pyrénées vivantes et sauvages AVEC l'ours.

Pour mieux comprendre la frange "ultrapastorale" de l'élevage pyrénéen, celle qui prone sa prééminence sur toute autre activité humaine en montagne et qui souhaite imposer son activité au détriment des espèces animales qui dérangent son expansion, il peut être utile de se livrer à un examen du discours que produisent ces éleveurs refusant par principe de mettre en place les solutions permettant d'éviter les prédations de l'ours sur les troupeaux : gardiennage estival continu du troupeau (c'est à dire présence effective bu berger), regroupement nocturne du troupeau et présence de chiens patous pour éloigner l'ours et tous les autres prédateurs du bétail, homme compris (vols).

Il est en effet intéressant de voir comment ces ultrapastoraux cherchent à travailler l'opinion publique (mais aussi celle des décideurs et celle que délivrent les médias) pour décréter l'impossible cohabitation, n'hésitant pas pour cela à utiliser le mensonge par omission voire le mensonge tout court.

On peut se faire une idée de la teneur de ces omissions en mettant en regard les déclarations ultapastorales et celles des bergers, Techniciens Pastoraux Itinérants (TPI), tous bergers chevronnés et chargés de l'aide à la mise en place des mesures de protection sur les troupeaux. Cette étude comparative est très instructive lorsqu'on l'applique aux estives subissant des attaques d'ours.

Cet article a été réalisé en comparant les données extraites du "Rapport d'activité 2007 des Techniciens Pastoraux Itinérants" et celles du site internet de l'association anti-ours l'ASPAP (Association Pour la Sauvegarde du Patrimoine Ariège-Pyrénées) concernant le compte-rendu de leur Assemblée Générale (AG) du 1er février 2008.

Estive de Melles : des enjeux importants pour l'avenir de l'ours et du pastoralisme

Commençons par l'estive de Melles, estive sensible s'il en est car fréquentées par l'ourse Hvala et ses deux oursonnes, Pollen" et Bambou" autant dire, l'espoir des Pyrénées. De plus, après l'élimination réussie de l'ourse Franska (qui avait plus de 40 plombs de chasse dans le corps), Hvala, Pollen" et Bambou semblent être les nouvelles cibles désignées des ultrapastoraux éradicateurs d'ours. L'enjeu autour de cette estive est donc important. Que s'y passe-t-il ?

En 2006, cette estive a connu les attaques de Hvala. Mais le troupeau d'environ 1300 bêtes y était mené sans aucune protection, sans patous et sans regroupement nocturne en dehors du regroupement effectué par les bergers itinérants appelés à la rescousse quand il était déjà trop tard pour mettre en place des mesures qui sont efficaces lorsqu'elles sont anticipées avant le mois de mai. Logiquement, durant l'été 2006, l'ourse Hvala a attaqué 20 fois environ sur presque 40 animaux.

En 2007 cette fois, voilà comment les ultrapastoraux ont présenté la saison d'estive lors de l'AG de l'ASPAP 2008 : "(...) à  Melles, en Haute-Garonne, « estive modèle du plan ours », malgré des moyens financiers colossaux, la saison d’estive fut catastrophique avec l’abandon de leur poste par les 5 bergers successifs".

Usage du patou pour protéger les troupeauxEst-ce la réalité ? Quelle fut cette "catastrophe" annoncée ? En effet, dans le Rapport officiel 2007 des Techniciens Pastoraux Itinérants, le son de cloche est différent :
"3 chiens de protection étaient présents cette année et 3 grands parcs permettaient le regroupement nocturne" ; résultat des courses alors que "Hvala et ses 2 oursons sont passés régulièrement sur le secteur pendant l'été" : "une seule attaque a été relevée sur cette commune (...) mais après la saison d'estive, lorsque les brebis étaient redescendues et pâturaient librement."

Voilà des chiffres que les anti-ours se gardent bien de diffuser!

  • 2006, pas de moyens de protection = 20 attaques ;
  • 2007, moyens de protection déployés = 0 attaques sur l'estive.

Faut-il s'étonner que la pillule soit amère pour les ultrapastoraux et qu'ils cherchent à noircir le tableau coûte que coûte en annonçant une estive "catastrophique"? Ils se présentent comme des éleveurs professionnels (ce qu'il sont évidemment) et derrière cette légitimité, ils laissent entendre qu'eux seuls sont à même d'observer la situation, de l'analyser voire de la critiquer. Or il se trouve que cette capacité d'expertise n'appartient pas à eux seuls, les bergers itinérants de l'ETO [l'ETO : Equipe Technique Ours regroupant les techniciens chargés du suivi des ours dans les Pyrénées. Les Techniciens Pastoraux Itinérants sont rattachés à l'ETO qui dépend de l'ONCFS (Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage.] sont eux aussi des experts particulièrement chevronnés en matière d'élevage et de gardiennage des troupeaux. Ils sont d'ailleurs recrutés sur ces bases là.

D'autre part, et cet article s'inscrit dans ce mouvement, face aux mesonges et délits des ultrapastoraux, de plus en plus de citoyens, excédés de voir comment une minorité agissante est en train de réussir à anéantier l'ours dans notre pays, se sont intéressés à la question et deviennent à même de la comprendre, de l'expliquer et de dénoncer des mensonges reconnus comme tels par les experts officiels. Le cas des veaux d'Aston où les anti-ours avaient tenté de mettre sur le dos de l'ours des bovins morts de la maladie du charbon est éloquent. Fort heureusement, des experts indépendants du monde de l'élevage avaient pu enquêter pour lever le pot aux rose.

Mais revenons au cas de l'estive de Melles : dans le Rapport 2007 des Techniciens Pastoraux Itinérants, on peut lire aussi que, cette estive étant désormais protégée, "Les prédations de Hvala se sont décalées vers l'Est, en Ariège". Etait-ce étonnant ? Non seulement c'est logique mais en plus, c'était évidemment prévisible. On sait depuis toujours que si l'on protège d'un côté et pas de l'autre, le prédateur fait vite son choix, en toute intelligence : c'est globalement que ces mesures de protection doivent être envisagées. La mauvaise volonté des éleveurs de l'estive de St Lary, à l'Est de l'estive de Melles est responsable d'une situation que les ultrapastoraux présentent ainsi (AG de l'ASPAP, 1er février 2008) :

Estive du Barestet : une mauvaise volonté aux lourdes conséquences

L'ASPAP affirme pour les éleveurs du Groupement pastoral du Barestet à saint Lary que "Hvala a sévi tout l'été : bilan 9 attaques officielles, 30 bêtes indémnisées, le désordre permanent tout l'été pour retrouver les bêtes manquantes, 80 bêtes disparues... malgré le berger itinérant du suivi qui passait la nuit dans sa tente au milieu des bêtes."

Pourquoi ces éleveurs n'ont-ils pas mis en place les mesures de protection aidées par l'Etat qui auraient permis d'éviter la situation de cet été là et qu'ils auraient dû tester dès 2006 ?

Estive non gardéeEn effet, on apprend que sur cette estive, déjà fréquentée par Hvala en 2006, aucune mesure de protection réelle n'a été anticipée ! Voilà ce que l'on sait de cette estive : "Troupeau d'environ 1200 brebis appartenant à au moins 7 éleveurs. Aucun chien de protection n'est présent pendant la saison d'estive et le groupement nocturne se fait en couchade libre." (Source : rapport 2007 des TPI).

On aurait voulu créer la situation de l'été 2007 avec un garde-manger en libre-service pour l'ourse Hvala qu'on ne s'y serait pas pris autrement. Là encore, la version des ultrapastoraux ne mentionne pas cet absence total de mesures de protection. Résultat: malgré un regroupement de 7 éleveurs (donc 7 employeurs potentiels), aucun renfort conséquent en terme de poste de berger n'a été prévu (malgré les aides possibles de l'Etat) et ce sont les TPI de l'ETO qui s'y sont collés, gratuitement.

Rapport d'activité 2007 des TPI :

  • "Plus de 100 nuits de protection ont été effectuées sur St Lary avec l'objectif de limiter les prédations en 2007".
  • Et ce que les ultrapastoraux de l'ASPAP présentent comme un carnage "malgré le berger itinérant du suivi qui passait la nuit dans sa tente au milieu des bêtes." (AG de l'ASPAP) devient en réalité dans le Rapport d'activité 2007 des TPI pour St Lary : "Ainsi, 77% des attaques et 91% des dégâts ont eu lieu en l'absence de TPI. Seules 3 attaques ont été effectives en présence des TPI, avec 1 brebis touchée par attaque dont 2 brebis blessées et euthanasiées par la suite."

Toujours rien sur ces dernières données dans la version ultrapastorale de la situation. Il est vrai qu'il est fort gênant pour eux de constater que lorsque le berger (TPI) est bien là et regroupe les bêtes la nuit, les prédations sont très faibles. Trop difficile aussi pour les ultrapastoraux d'avouer qu'à contrario, 91% des dégâts ont eu lieu en l'absence des TPI !

Enfin, suir cette estive, ce sont "13 attaques pour 34 animaux prédatés" qui sont reconnus officiellement (donc indemnisés) comme l'indique le rapport des TPI et non pas seulement "9 attaques officielles, 30 bêtes indemnisées"(ASPAP AG 2008) comme le disent les militants anti-ours pour essayer de dénoncer une sous-estimation officielle chronique des dégâts qui est imaginaire.

Le dérochement d'Orlu : indemnisé au bénéfice du doute

Le dérochement d'Orlu tend d'ailleurs lui aussi à prouver le caractère imaginaire de ces sous-estimations.

dérochement d'OrluLes anti-ours de l'ASPAP (AG 2008) expliquent que sur l'estive de Mourtès (commune d'Orlu) "L'ours a même précipité début juillet un lot de 94 brebis dans un ravin, depuis leur couche à 2400 mètres d'altitude (...) où le berger les avait regroupées pour la nuit. Trois patous étaient présents".

Si l'on parcourt consciencieusement le Rapport 2007 des TPI, on constate qu'il n'y avait pas trois mais "deux patous" et surtout, que "la responsabilité de l'ours n'a pu être démontrée techniquement. Cependant, des dérochements ont été indemnisées au bénéfice du doute par l'administration, car le présence ursine était avérée sur ces mêmes secteurs à des dates similaires."

Dommage que l'ASPAP laisse entendre que l'ours est en cause de façon certaine et ne mentionne pas que l'indemnisation fut totale, car cela signifie la grande mansuétude très fréquente de l'administration pour indemniser des bêtes "au bénéfice du doute" (ce qui est une très bonne chose tant que cela reste honnête).

A la décharge de l'ours, on sait qu'il y a toujours eu des dérochements massifs en montagne, l'expression populaire "moutons de Panurge" est forgée sur cette particularité chez les ovins. Combien de ces dérochements ont été prêtés à l'ours sans aucune preuve ? Ce fut le cas bien des fois les années précédentes. Les éléveurs, les bergers et les défenseurs de l'ours le savent en réalité très bien.

Les fabliaux de l'ASPAP

Toujours dans le compte-rendu de son AG 2008, l'ASPAP tente de nous convaincre la larme à l'oeil qu' "avant l'ours, un troupeau perdait moins d'une dizaine de bêtes en transhumance, dont la plupart étaient retrouvées et identifiées". Tout connaisseur ou observateur du pastoralisme pyrénéen ne peut que s'amuser de lire de tels mensonges. Qui compte-t-on embrouiller ? De ces différents cas de figure, il ressort une mauvaise volonté manifeste de certains éleveurs et bergers ainsi que des tentatives répétées voire systématiques de travestir la situation réelle.

Aider les bonnes volontés, sanctionner les éradicateurs

Ainsi, au sujet des trois mesures de protection garantissant des moyennes de plus de 90% de baisse de toute forme de prédation sur les estives ["La protection des troupeaux : fonctionnement efficacité, limites et optimisation", ACP, Pays de l'Ours ADET 2006. Cette étude menée de 2003 à 2005 auprès de 37 éleveurs et sur 18 estives montre que la seule mesure de protection "chien patou" (qui fait fuir l'ours) a fait baisser les pertes de ... 90 % ! ], les conclusions du Rapport d'activités 2007 des Techniciens Pastoraux Itinérants (TPI), sont sans ambiguïté : "(...) malgré l'acceptation des TPI, il nous semble que peu d'éleveurs ou de bergers souhaitent changer leurs méthodes de travail suite aux prédations. Il est bien évident que de tels changements sont très lourds à mettre en oeuvre et souvent plus contraignants que l'existant".

Si "peu d'éleveurs ou de bergers" évoluent, l'ours brun disparaîtra, c'est certain. Il faut agir sur ce facteur limitant considérable si l'on souhaite réellement un avenir pour cette espèce.

Or, comme pour les calamités écologiques graves qui frappent ce début de XXIème siècle (changement climatique, épuisement des ressources...), la société et les décideurs semblent dans une période de prise de conscience avec une volonté forte et sincère de changer de comportement afin de trouver et mettre en oeuvre des solutions pour sortir de la crise. Etudes, mesures techniques, juridiques, fiscales, financières et humaines sont convoquées pour apporter des solutions  multiformes. Comme pour l'ours, ces solutions existent et sont connues, elles sont à portée de main ou existent déjà.

L'ours des Pyrénées peut-être placé dans cette perspective sur le thème de la perte de la biodiversité. La société (3), l'Etat (4), l'Europe(5), ont pris conscience de la nécessité d'agir efficacement pour qu'il puisse continuer d'exister des ours dans les Pyrénées comme depuis la nuit des temps.

[(3) 100% des études d'opinion réalisées depuis une décennie montrent une adhésion sans faille et très fortement majoritaire des français et des pyrénéens au sauvetage de l'ours des Pyrénées. Deux exemples :  "Les pyrénéens et la conservation de l'ours - Sondage IFOP- Pays de l'Ours ADET - février 2005" et "Les Français plébiscitent la présence de l'Ours dans les Pyrénées - WWF-ADET Enquête IFOP 2003".

(4) Plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises - 2006-2009.

(5) L'Union Européenne soutient l'ours des Pyrénées à travers le programme "Life-Coex" concernant la coexistence entre les activités humaines et la présence de l'ours.]

A l'heure des conclusions de la mission d'évaluation à mi-parcours du plan de renforcement ursin 2006-2009, la balle est dans le camp de l'Etat : à lui de favoriser considérablement grâces aux mesures-solutions listées ci-dessus, les éleveurs et bergers qui font l'effort de cohabiter avec succès avec l'ours des Pyrénées. A l'Etat aussi de pénaliser fortement les formes d'élevage qui portent atteinte à l'ours. Surtout quand on sait que ce sont ces formes d'"élevage" sans gardiennage des bêtes et donc sans hommes en montagne de façon permanent en été, qui jouent le rôle le plus faible en matière d'entretien du paysage, d'ouverture des milieux (si le milieu a réellement besoin de rester "ouvert"...le débat est sociétale, philosophique et politique...) et de maintien de l'homme dans les zones rurales de montagne.[ Il est beaucoup plus facile d'agir pour la biodiversité en montagne avec des troupeaux en gardiennage, c'est à dire avec berger présent tout l'été et non pas seulement une fois par semaine puisque ces actions favorables à la biodiversité végétale consistent à faire pâturer les bêtes où elles ne vont jamais et où les versants s'embroussaillent.

Sans berger, livrées à elles mêmes, les bêtes n'ont pas une tendance "naturelle" à s'aventurer dens ces zones broussailleuses pour s'en nourrir. De même, davantage d'ours dans les Pyrénées, c'est davantage de bergers en estive donc des Pyrénées "vivantes" (avec des hommes sur le terrain) et "sauvages" (avec une faune variée et respectée qui fait la joie de tous les visiteurs).]

Sauver l'ours des Pyrénées, c'est donc renouveler l'arsenal juridique contre les braconnages (toujours importants) et contre les atteintes à son biotope, c'est surtout poursuivre et  augmenter les aides au gardiennage en zone à ours :

  • aides à l'embauche de bergers

ainsi que toutes les mesures du plan ours actuel :

  • héliportages de début et fin d'estive,
  • indémnisation solide des pertes de bétail,
  • aides techniques,
  • prise en charge de l'achat des barrières de protection,
  • de l'acquisition, de la nourriture et du suivi des chiens patous,
  • amélioration des cabanes.
  • etc..

C'est, en contrepartie, agir réellement pour strictement conditionner toutes les aides à l'élevage en montagne à l'acceptation de l'ours et à la mise en place des trois mesures de protection connues et efficaces contre la prédation.Ceci, qu'il s'agisse des aides nationales ou européennes, aujourd'hui très importantes vis à vis de l'élevage ovin puisque seules ces aides lui permettent de perdurer voire de se développer. Sous des formes parfois préjudiciables à l'ours qu'il est alors indispensable de faire évoluer et non d'encourager telles quelles.

C'est à ce prix qu'un pastoralisme du XXIème siècle, cohérent, reponsable et en paix avec les attentes de la société pourra garantir le maintien de l'ours brun des Pyrénées au lieu de chercher, toujours en 2008, son éradication passive ou active :

"Garantir la survie de l'ours brun d'Europe, c'est précisément conserver plusieurs noyaux stables partout où il est encore présent. (...) Quelle que soit l'espèce, reporter sur d'autres pays la responsabilité de sa conservation c'est travailler, sans le dire, à sa disparition. Or la population pyrénéenne actuelle d'ours brun n'est pas viable"(Ministère de l'écologie, 2006)

Tranchant avec cette prise de position officielle responsable, prélude au plan ours 2006-2009, les ultrapastoraux de l'ASPAP, de l'ADDIP et autres associations anti-ours s'enferment dans l'archaïsme en revendiquant (et en agissant hélas) pour l'éradication de l'ours des Pyrénées. Que ce soit une éradication active (battues contre l'ourse Franska jusqu'à l'acculer sur la route où elle fut percutée mortellement par une voiture en aout dernier et où elle fut retrouvée avec une quarantaine de plombs de chasse dans le corps) ou une éradication passive en faisant pression sur l'Etat pour qu'il laisse tomber l'ours, le laissant disparaitre en silence.

Début février 2008 lors de son assemblée générale, l'ASPAP n'a-telle pas encore déclaré sans ambiguïté elle non plus, sa : "détermination à faire cesser définitivement le plan ours, et [sa] vigilance notamment face à la menace du remplacement des deux ourses mortes accidentellement." C'est faire clairement le choix d'abandonner définitivement l'ours dans les Pyrénées alors que de nouveau lâchers sont indispensable pour sauver l'espèce de la disparition

["Avant les 5 lâchers de 2006, une étude publiée dans les Comptes-rendus de l'Académie des Sciences (G. Chapron et al., CR Biologies 326, 2003), basée sur des modèles démographiques, préconisait les lâchers rapides d'au minimum 11 ours. Différée de 10 ans, l'opération ne réduirait plus le risque d'extinction. Or en 2006, seuls 5 ours ont été lâchés et deux sont morts ce qui fait 3 ours au lieu de 11 ... presque 4 fois moins que nécessaire ! Laisser la population d'ours française dans l'état actuel, c'est faire une croix définitive sur cette espèce et adopter une position revenant à éradiquer l'ours en France. Sur base scientifique, on peut affirmer que si de nouveaux lâchers ne sont pas  effectués rapidement, tout ce qui a été organisé depuis 1996 pour l'ours  n'aura servi à rien". (extrait de "OURS : 10 erreurs fréquentes")]

Or, sur le terrain, la réussite et l'espoir sont là, il faut les favoriser à tout prix si notre pays tient vraiment à l'ours brun comme le disent des éleveurs et des bergers eux-même :

"(...) ces réintroductions d’ours doivent bénéficier au pastoralisme, elles doivent permettre une meilleure prise en compte des besoins du pastoralisme, doivent lui permettre de moderniser ses équipements, de mieux faire vivre les bergers, de mieux entretenir la montagne. Nous pensons que ce sont sur ces thèmes qu’il faut réfléchir, agir, revendiquer ; si demain les ours étaient tous retirés des montagnes, est-ce que pour autant tous les problèmes du pastoralisme seraient résolus ? Évidemment non.(...)"

"(...) Le maintien de l’agriculture de montagne et de la faune sauvage pyrénéenne n’est pas impossible. Des éleveurs, des groupements pastoraux ont déjà franchi le pas, les résultats sont là. Oui, les moyens de protection des troupeaux face aux prédateurs sont efficaces (...)" Association de Cohabitation Pastorale (La Lettre de l'ACP, aout 2007).

A l'Etat de faire désormais ses choix : éradication passive de l'ours ou consolidation de sa présence avec soutien appuyé, renouvelé, renforcées aux bonnes volontés et sanctions strictes et sévères renforcées elles aussi contre les destructeurs de ce patrimoine naturel et culturel des Pyrénées et de l'humanité.

2015 en Béarn, Jean Lasalle, l'IPHB et les ours[Sait-on par exemple quel trésor de biodiversité nous avons perdu avec l'anéantissement par l'IPHB (Institution Patrimoniale du Haut-Béarn) des derniers ours pyrénéens de souche qui renfermaient dans leur patrimoine génétique les gènes les plus anciens de tous les ours de la planète ? (Recherches du Museum National d'Histoire Naturelle). Ne restent plus que le vieux mâle "Camille", le mâle "Aspe-Ouest" et le jeune mâle "Mohican" (dit aussi "Canellito"), l'ourson de "Cannelle", la dernière femelle béarnaise tuée par un chasseur le 1er novembre 2004.

Ces trois derniers mâles recherchent désespérément leur femelle en l'absence de lâcher d'ourse décidées sur leurs territoires du Haut-Béarn et d'Aragon. Un énorme gâchis... que l'on pourrait alléger du jour au lendemain en décidant ces lâchers avant que les gènes de ces ours ne disparaissent définitivement avec la mort de leurs trois derniers porteurs.]

Une évolution législative est nécessaire : un délit d'apologie à la destruction d'espèce protégée est par exemple à créer, les sanctions en cas de dérangement volontaire ou de nouvelles "battues" (elles furent fatales à Franska) doivent être augmentées.

Peut-on accepter qu'en 2008 une minorité fasse de la destruction de l'ours brun le moteur de son action ? La société, l'Etat doivent-ils laisser faire alors que de réelles solutions de cohabitation existent et sont appliquées sur le terrain chaque été dans les Pyrénées ?

Peut-on accepter d'entendre aujourd'hui une minorité violente affirmer : "S'ils réintroduisent des ours, nous mettrons le feu à la montagne !" (de la bouche de la porte-parole de l'ADDIP en 2007 juste après que l'ours Franska ait été percutée par une voiture).

Oui à l'introduction de femelles oursEnfin, l'Etat doit-il laisser l'ours dans cette situation alors que sans nouveaux lâchers dans un délai rapide, l'ours disparaîtra à coup sûr des Pyrénées ? Au-delà des remplacement évidents de Palouma et Franska, ce ne sont pas moins de 8 ours qu'il est urgent de lâcher dans les Pyrénées pour espérer sauver l'espèce et non simplement la laisser vivoter [Lire extrait de "OURS : 10 erreurs fréquentes, ci dessus].

Les français et les pyrénéens le veulent [Lire la note (3) çi dessus]. Ce n'est pas une utopie : les italiens ont lâché avec succès 10 ours en 4 ans de 1999 à 2002 dans le Trentin. Dans les Pyrénées, les bonnes volontés sont là, il faut les faire fructifier et se montrer intransigeants envers les éradicateurs de l'ours, c'est aussi une question de démocratie.

Patrick PAPPOLA,
Simple citoyen attaché à des Pyrénées vivantes et sauvages AVEC l'ours.

© Dessins de Marc Large, auteur de Xan de l'Ours, la légende de l'homme sauvage.

Lire la suite "Sauver l'ours ou l'abandonner aux ultrapastoraux éradicateurs : l'Etat doit choisir " »

08 juillet 2008

Carte postale de Slovénie à deux chasseurs de talibans

Par Stéphan Carbonnaux

Stephan CarbonnauxEn septembre 2007, j’ai écrit un texte en réponse à un article du berger Joseph Paroix, «Le renforcement de la désespérance» publié dans Laborari, journal d’E.L.B., la Confédération paysanne du Pays Basque. Mon texte, «Chacun a ses propres raisons d’exister», est paru sur le blog La Buvette des Alpages.

Il aurait pu paraître, avec celui de Joseph Paroix, dans L’Agulhada, le journal de la Confédération paysanne du Béarn, si ses responsables avaient le goût de la contradiction. Manifestement, ils ne l’ont pas et on m’a expliqué que mon texte ne serait pas publié pour ne pas gêner Julien Lassalle, que je citais, frère de Jean, le gréviste de la faim que l’on sait. J’en profite une nouvelle fois pour remercier Baudouin de Menten, créateur et rédacteur de La Buvette des Alpages, le seul qui a pris le texte de J. Paroix puis le mien, preuve s’il en fallait encore une que les ours belges, eux, savent créer des débats dans les Pyrénées.

Ce mois de mai 2008, Baudouin de Menten me prévient qu’un texte a été écrit par Bruno Besche-Commenge et publié dans L’Echo du Grand Charnier (tout un programme !) en réaction à mon texte de l’automne. Au mois d’octobre dernier, j’ai été justement embauché par Ferus comme chargé de mission "ours" (et non pas par «Ferus + A.D.E.T. + W.W.F.» comme il est avancé) et nous avons bien compris que mon travail au sein de l’association justifiait la charge de nos adversaires.

Stéphan Carbonnaux : Carte postale de Slovénie à deux chasseurs de talibansLe Grand Charnier est un site d’ultrapastoraux alpins qui bourrent leurs pages de clichés sanguinolents de bêtes domestiques et sauvages tuées par des loups. Tout récemment, ils donnent même à voir une image rarissime de la jambe d’un homme attaqué par un ours… blanc. J’en connais un autre, lui dans la médecine par les plantes, qui vous envoie ces photos de pauvres gens attaqués par les ours avec des commentaires hallucinants. Un jour, j’ai eu l’idée de lui envoyer des clichés de personnes écrabouillées sous les bombes de l’O.T.A.N. en Serbie (j’ai un ouvrage édifiant sur le sujet) en lui recommandant de concentrer ses efforts sur une espèce plus agressive que l’ours pour nous autres. Je le ferai un de ces quatre en lui conseillant des tisanes apaisantes.

M. Bruno Besche-Commenge, d’après Louis Dollo (lui, c’est la nouvelle Marianne Bernard [1]), est un ex-enseignant de l’Institut de linguistique et de dialectique de Toulouse, par ailleurs «spécialiste de l’histoire des techniques agrospastorales».

Il est en quelque sorte une ressource intellectuelle des groupes ultrapastoraux. Depuis des mois, j’ai lu de nombreux textes de M. Besche-Commenge qui renseignent fort bien sur les obsessions de la nébuleuse ultrapastorale. Oh, c’est pas X-Files tout de même, leur complot remonte chez eux au Plan agricole européen Mansholt des années 70, sans petits gris - pas les escargots, ceux de Roswell - mais avec de vrais méchants : les Talibans ! Besche-Commenge et ses amis, c’est Massoud dans le Panshir contre les vilains Talibans de l’écologie qui régissent les villes et s’apprêtent à fondre sur la montagne pour la conquérir.

Dénoncés comme une lèpre gauchiste par la droite d’affaires dans les années 70, suspectés de fascisme par les gauchistes dans les années 90, les écologistes naturalistes seraient devenus des Talibans. Chacun appréciera la portée dialectique d’une telle dénonciation. Si M. Besche-Commenge n’était pas à la retraite, je pourrais lui lancer : «C’est un peu court, jeune homme !» La correction et la bienséance me l’interdisent.

Maintenant, venons-en au fond du débat que M. Besche-Commenge n’aborde pas, lui préférant des pirouettes dialectiques. À la racine de tout, il y a justement la nature que M. Besche-Commenge et moi ne voyons ni ne sentons de la même manière. Quand j’adhère à la définition de Robert Hainard pour qui la nature est ce que nous n’avons pas créé et que nous ne contrôlons pas, M. Besche-Commenge nous parle de « la biodiversité à visage humain », très rarement de la nature elle-même. Sous nos latitudes, la forêt primaire est l’expression évidente de la nature, pour MM. Paroix et Besche-Commenge, c’est l’estive, la prairie de fauche qui sont la vraie nature. Je suis heureux de voir la forêt reprendre la place autrefois perdue dans les Pyrénées, nos adversaires invoquent un pays qui se meurt sous les broussailles.

Et puis, à côté de cette nature, il y a la civilisation, la société humaine qui a toujours existé (l’état de nature est un mythe), même quand les hommes vivaient aux temps préhistoriques. Le drame, c’est qu’Homo sapiens a envahi la quasi-totalité de l’espace à son profit, en éliminant quantité de magnifiques formes de vie qui n’ont pas demandé plus que lui à vivre sur Terre. C’est ainsi que la faune européenne s’est appauvrie assez récemment à l’échelle historique : chevaux sauvages, aurochs, bisons, grands prédateurs, rapaces, etc. ont disparu ou se sont considérablement raréfiés. Je ne vois pas en quoi cette évolution est positive. Je ne vois pas en quoi nous devrions aduler chèvres et moutons, qui associés au feu et à la hache suffisent à anéantir d’immenses écosystèmes.

Quand j’évoque le retour par libre évolution à une nature qui sur de grands espaces se rapprocherait de ce que nos ancêtres ont connu voici des siècles ou des millénaires, c’est par désir partagé avec un nombre sans cesse croissant de personnes, de rétablir un équilibre entre une nature aujourd’hui étriquée, souvent misérable (il faut aller en Slovénie, en Roumanie, en Pologne, en Biélorussie pour trouver de vraies forêts), et une civilisation urbaine ou rurale envahissante. L’allusion au projet des ingénieurs forestiers roumains, que M. Besche-Commenge enfermerait sans doute s’il le pouvait dans les anciens asiles d’aliénés de feu Ceaucescu, n’est qu’une illustration. Le projet du groupe "Forêts sauvages" (une talibanerie d’un nouveau genre!), que j’ai récemment rejoint, en est une autre. Dans tous les cas, il s’agit de laisser faire la nature, quitte parfois à lui donner un coup de pouce en réintroduisant une espèce, ce qui constitue évidemment une subversion des valeurs de contrôle et de domestication défendues par M. Besche-Commenge et ses amis.

Je comprends que notre amour de la nature vienne troubler les ultrapastoraux désireux de conserver une «biodiversité à visage humain». C’est si rassurant de vivre avec ses semblables, avec des animaux domestiques, d’exclure tout ce qui est par trop sauvage, d’évoluer dans un paysage où chaque élément porte la marque de l’homme, où même la nuit des cloches viennent vous rappeler que la civilisation est toute proche. Seul dans la nature, couché la nuit à la belle étoile dans la forêt, parfois habitée d’ours, de loups et de lynx, j’ai connu ce désir d’être entouré par un univers familier, quand l’orage ou le grand vent viennent sur vous. C’est si humain ! Mais un désir plus fort l’emporte et je me réveillerai une nouvelle fois changé par cette expérience extraordinaire. Pouvoir vivre un jour ou plus dans une nature sans trace de l’homme, la plus riche possible, en prenant bien sûr quelques risques assumés, n’est-ce pas un retour à la normale ? M. Besche-Commenge, lui, se moque et me, nous range dans la catégorie simpliste des illuminés. Monsieur le dialecticien, prenez garde, les "illuminés" se multiplient ! 

Enfin, puisqu’il a une pensée affectueuse pour des enfants que j’aurais peut-être un jour, s’ils contractaient l’appendicite ou je ne sais quoi encore, je les ferai soigner comme les hommes le font depuis l’aube des temps.

Quel curieux fantasme de croire que l’existence à notre époque d’une nature primaire peuplée d’ours, de bisons, de loups, d’aigles, d’élans et de mille et une autres formes de vie, au sein de vastes forêts, entraînerait ipso facto la mort des enfants malades ! Dois-je lui apprendre que l’Europe balkanique a encore abrité des lions (et sans doute des tigres) après Jésus-Christ, quand les hommes avaient développé depuis des millénaires déjà des techniques de chirurgie très perfectionnées. Il y a mieux ! Autour de l’an 1 000, dans certaines steppes d’Asie centrale, cohabitaient des tigres, d’ultimes lions, des esturgeons centenaires longs de dix mètres et d’une masse de deux tonnes, des descendants des daims géants à large ramure, des rhinocéros à fourrure et des… hommes modernes qui ne supportèrent pas les "gêneurs" et exploitèrent les autres jusqu’au dernier [2].

Quelle misère de penser que le développement des techniques ("rassurons" M. Besche-Commenge, je ne possède pas de voiture, ni grand-chose d’ailleurs) doit s’accompagner de la régression de la nature ! Jusqu’où faudra-t-il aller ? Jusqu’à ne plus vivre qu’avec des bactéries et des virus ? Le grand défi du siècle est justement de résoudre l’apparente contradiction entre avancée technologique et protection de la nature. Décidément, vous manquez d’imagination, M. Besche-Commenge, comme tous ceux qui craignent la nature, ses ombres et sa force.

Puis j’ai découvert mon texte (dans un document pdf) reproduit sur le site Pyrénées-Pireneus, avec un préambule bâclé et pour tout dire visqueux. Louis Dollo ne s’est même pas donné la peine d’une recherche sérieuse de mon pedigree, jette une bibliographie erronée et incomplète, se permet de douter de ma qualité de naturaliste (de quel droit ? pour sa gouverne, je suis passionné par l’observation de la nature depuis l’enfance et membre actif d’associations naturalistes et écologistes depuis 25 ans), juge mes interventions publiques d’un intérêt assez primaire (que dirais-je alors de ses textes : l’œuvre d’un primate peu évolué ?). Mais enfin, il m’a fait rire avec cette remarque : «Au lieu de chercher à convaincre et de trouver des points de convergence avec lui (J. Paroix), Stéphane Carbonnaux le "casse" comme un traître au Parti comme dans les heures de gloire du Parti Communiste de l’ex-URSS (pas que là d’ailleurs).»  Diantre, quelle culture politique !

Au terme de mon texte, M. Dollo confie ses observations. Elles confirment ce que j’ai écrit plus haut. Marianne Bernard défendait noste Jean Lassalle, le guide de pays tarbais a pris la relève et sanctionne les crimes et délits de lèse-majesté. Je ne résiste pas à l’envie de le citer tant c’est drôle : «La correction et la bienséance auraient commandé que nous nous passions de commentaires désobligeants.» Mon délit ? Avoir écrit : «… aux côtés de Julien Lassalle, frère de la Castafiore de Lourdios… » ! Pas une ligne d’observation sur les questions de fond soulevées par mon texte !

J’attends, nous attendons de vrais dialecticiens, des contradicteurs, pas des gens qui plaisantent avec la mort de nos enfants ou qui cirent les pompes des puissants.

Stéphan Carbonnaux (FERUS) : Carte postale de Slovénie à deux chasseurs de talibans"Carte postale" de Slovénie, juin 2007. Les versants sous les falaises étaient pâturés par des moutons jusqu’à la deuxième guerre mondiale. La plupart des habitants sont partis pour des raisons politiques, militaires et économiques. La forêt est revenue, peuplée d’ours, de loups, de lynx et de quantité d’autres espèces. Dieu que cette montagne est vivante ! Bons baisers de l’ancienne Yougoslavie.

Stéphan Carbonnaux, 10 juin 2008

[1] Marianne Bernard fut à la charnière des années 80 et 90 une journaliste qui soutenait mordicus tous les élus bouffeurs d’ours. Elle aimait tant les ours qu’elle les préférait dans un cul-de-basse-fosse à Saint-Lary, où elle avait créé l’association Les Amis des ours… Depuis sa disparition on attendait son remplaçant.

[2] Je cite ici un article remarquable d’Alain Sennepin, « Un tigre européen oublié », qu’on lira avec grand profit sur le site passionnant animé par Alain et Michel Sennepin. Encore des amis pour M. Besche-Commenge !

Avec l'aimable autorisation de Stephan Carbonnaux et de Ferus
Photo Stephan Carbonnaux - Illustration de f'Murrr dans "Eloge de la Pentitude"

13 mai 2008

Paco Boya et l'ours dans le Val d'Aran

Interview (1996) de Paco Boya, à l’époque maire adjoint de Les, par JL Mongauèr (Radio Pais) reprise par le magasine Era Setmana. (*)

« Paco Boya adjoint au maire "Unitat d'Aran" de Les pense que l'existence de l'Ours peut être une bonne occasion de réfléchir à l'aménagement touristique du Val d'Aran.

Paco Boya Paco Boya dit qu'il faut faire attention de ne pas trop bétonner ce qui risquerait de tuer le tourisme. Mais la responsabilité appartient à l'administration catalane qui s'est dispensé de mener une négociation avec les population directement touchées. "Ici pour l'instant ceux que l'on a entendu le plus ce sont ceux qui sont contre l'Ours. Mais on ne peut pas dire qu'il y ait eu des manifestations d'opposants et qu'il y en ait qui veuillent tuer, c'est exagéré(...) L'administration n'a pas été très intelligente au moment de commencer ce projet de réintroduction.

Nous pyrénéens avons tué l'Ours pendant toute notre histoire, jusqu'à l'avoir pratiquement fait disparaitre de nos montagnes. Alors ce n'est pas très facile de parler de le réintroduction quand il y a des gens qui l'ont tué pendant des années.(...)

Il fallait faire un effort de pédagogie, bien expliquer les projets et les bénéfices, s'il y en a, que peut apporter la réintroduction. Nous avons eu les informations trois mois avant et certaines promesses n'ont pas été tenues. Nous avons vu aussi comment les villages côté français ont reçu plein d'argent pour la réintroduction.

Alors il est normal que les gens, surtout les paysans et les chasseurs, et la population en général ait montre son désacord à la réintroduction, de l'Ours.(...)

Au niveau touristique, je crois que les villages qui ont mis en place le projet de réintroduction de l'Ours on fait un projet interressant. Celui d'essayer d'aménager un coin des pyrénées avec une nature intègre et bien conservée.

Alors, à partir de là mettre en place une stratégie touristique, faire attention à un tourisme qui recherche des lieux spécifiques et qui soient au niveau de la nature intègres, je pense que cela peut être une bonne publicité..."

(La Setmana est un hebdomadaire entièrement en langue occitane de 12 pages créé en 1995 par David Grosclaude)

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