Nous avons trouvé deux paranoïaques supplémentaires ! Aux Estrosi, Bonrepaux et Louis Dollo, on peut rajouter Narcisse Seppey et Charly Sierro, deux «Nemrod» valaisans qui n'aiment pas la concurrence de Canis lupus. Sur 3 sites suisses : «24 heures», «Le temps» et «Le nouvelliste », deux chasseurs amers essaient de braquer une énième fois l'attention des lecteurs sur un vieux sujet, qui comme le phénix, renait de ses cendres : La réintroduction du loup! Ils souhaitent un débat. Les seuls près à bondir sont les quelques allumés du bocal qui manipulent l'opinion : «On vous l'avait bien dit! »
Curieusement, aucun des sites ne donne ni le nom du livre, ni sa maison d'édition. Un tirage minimaliste à compte d'auteurs pour cause de manque de crédibilité ? Non il est encore «à paraître».
Narcisse Seppey est un ancien chef du service cantonal valaisan de la chasse, il y est resté 22 ans, c'est dire s'il est mordu. Charly Sierro est membre du comité de Chasse Suisse. Le loup n'est pour eux que "l'ennemi de toujours", un concurrent inadmissible avec qui, à défaut de pouvoir l'aligner dans leurs mires, ils règlent leurs comptes, histoire de ne pas faire un ulcère à l'estomac. Impossible d'accepter la réalité, il doit y avoir un grand complot caché, monté dans l'ombre par les lobbys écolo-associativo-ministériels. Alors, ils auraient auscultés «de nombreux rapports, expertises et conférences pour étayer leur ouvrage.» Le rapport Estrosi-Spagnou sans-doute, deux autres excités de la réintroduction du loup. Narcisse Seppey et Charly Sierro «estiment» que le peuple «aurait» été grugé.
On imagine volontiers le contenu de «leur vérité» : des écolos discrets, des associations «mafieuses» finançant l'opération dans l'ombre, de gentils éleveurs de loups, sans doute des parcs animalier... Comment attraper ces prédateurs autrement : il ne suffit pas de dire : «Viens lupus, je suis un gentil pro-loup qui vais te faire voir du pays, allez monte dans l'hélico!». Pour le suspens, l'info viendrait de «pro-loups», des repentis, des initiés qui connaissent l’inavouable!
Les auteurs «admettent» que leur ouvrage «est un pavé dans la mare», mais la mare est gelée. Aucun remous à prévoir. Pas facile de relancer un aussi vieux débat démonté par tous les scientifiques, les observations de terrain et les analyses génétiques. J'ai déjà du écrire là dessus il y a quelques années.
Xavier Filliez, journaliste du temps écrit que Narcisse Seppey «à gardé une cartouche qu'il résout à tirer sur le loup, son ennemi de toujours». Mais le loup ne va pas en mourir, «la vérité ne diffère pas beaucoup de celle qu'il criait depuis longtemps dans les bosquets.(...). Narcisse Seppey peste sur les lâchers sauvages admis par les gouvernements, dénonce un «complot» à l'échelle européenne, révèle l'existence d'un protocole de l'ombre, signé entre l'Italie, la France et la Suisse.» Voilà qui fait plaisir à tous les antis prédateurs; ils vont pouvoir ressortir leur «On nous aurait donc menti».
La coalition anti-nature chasseurs-éleveurs ressort des images bien sanglantes de brebis étranglées. Au choc des photos, ils pensent rajouter avec ce livre le poids des mots. Le journaliste se demande pourtant «Outre le couronnement en grande pompe du centenaire de sa société de chasse, à quoi sert le "bouquin?" ». «Ensuite, les gens se feront leur opinion», répondent les auteurs. Le journaliste n'a pas l'air plus convaincu. Faut dire que rabâcher de telles foutaises, c'est s'attaquer à des moulins. Le journaliste, pas tendre, poursuit «Or, entre les lignes, le pamphlet fait aussi l'apologie de la gestion «démocratique» de la faune, que l'auteur a défendue et pratiquée en son temps avec tant d'assiduité. On n'avait jamais vu si copieux gibier que sous son règne. Nous y revoilà, les chasseurs ont horreur de la concurrence. Ils sont les seuls régulateurs acceptables. Qu'une bête sauvage s'intéressent et limite naturellement LEUR gibier : inacceptable, il faut faire quelque chose !

Dessin de F'Murrr dans "Eloge de la pentitude". C'est fou ce que cet album me fournit de matière pour illustrer mes notes.
Xavier Filliez termine son article par une citation de Narcisse Seppey «Le prédateur tape à l'aveugle. L'homme, lui, est le maillon de tête de la chaîne alimentaire. Il est le seul capable de science et de conscience.» Fut-ce dans un dernier sursaut d'autocongratulation, Narcisse Seppey tenait juste à rendre à César ce qui est à César. Une balle pour le loup, Un laurier pour le chasseur.» Le loup c’est une bête, et une bête ne pense pas, mais l'Homme lui ! Egocentrisme de la «biodiversité à usage humain».
Pascal Fauchère du Nouvelliste ne semble pas plus enthousiaste que son confrère : le conditionnel est employé à tour de bras : «Le loup ne reviendrait pas naturellement. Le peuple suisse serait grugé et privé de débat. C'est ce que "tente" de démontrer un livre...» Les auteurs «veulent aussi poser des questions sur la chasse de demain, non pas contestée sur les virgules mais dans ses fondements.» Voilà bien le problème, la raison câchée...
Ailleurs, c’est ce que Louis Dollo reprend sur un forum de chasseurs de sangliers afin de mobiliser pour «Le manifeste du Val d'Aran» et contre l'ours quand il dit «Mais tu ne vois pas que l'ours menace la chasse en Ariège ?» Le chasseur lucide lui répond : «Il n'y a pas lieu de suspendre la chasse dans les zones a ours, je l'ai répété 15 fois dans ce sujet... Il suffit juste de pas y tirer dessus quand il y en un qui passe et d'éviter autant que possible les zones de présence quand elles sont connues, et c'est pas ca qui va menacer la chasse si c'est de notre initiative.» Pas facile de tromper les masses : si même les chasseurs résistent à sa propagande ! Pas facile de faire croire que les défenseurs des prédateurs essaient «d'éliminer les chasseurs, puis les autres activités pour assurer un contrôle du territoire pour son ensauvagement et laisser la place tout entière aux grands prédateurs.»
Mais revenons en Suisse et à notre Canis lupus : les auteurs du livre parlent «des astuces de cette réintroduction» (pas cons les mecs) et «décortiquent les stratégies de communication» en se «basant sur un faisceau d'indices convergents». La source du complot : «la volonté européenne de réintroduction du loup, une volonté financièrement chiffrée dans le livre.» On se réjouit du raffut qu’il va faire quand il sortira fin décembre.
Selon eux: «la faune est en danger. Et le loup devrait être régulé au même titre que les autres espèces.» Ils aimeraient bien rajouter du Canis lupus dans leur petits carnets de chasse, alors faut bien essayer quelque chose. «Sans compter que l'impact ne se limitera pas aux chasseurs. Ce sont les populations de montagne en général qui seront touchées ainsi qu'une multitude d'activités humaines.» Semer la peur :du déjà vu. Mais ce sera difficile, même les petits enfants suisses ne croient plus au grand méchant loup. «Des photos sanguinolentes à l'appui viennent rappeler - en choquant? - le périple des loups du val d'Hérens.» Les auteurs admettent que l'ouvrage a été écrit «sans prétention scientifique» On s'en doute ! «Les chasseurs ne disent pas si le loup est souhaitable ou non.» Ce qui compte c'est de pouvoir le réguler. C’est pas encore gagné pour le loup en Suisse.
Autant pisser dans un violon pour ces chasseurs, qui au lieu de soigner leur aigreur d’estomac, essaient de nous faire croire au retour artificiel du loup. Le mythe est toujours vivant. Ils ne disent pas qui a fournis les hélicoptères. On aurait aimé savoir...
Sources : «24 heures», «Le temps» et «Le nouvelliste » et pour les délires paranoïaques de Louis Dollo : sangliers.net et la liste natur-naute. Il est partout.
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