Rhétorique anti-environnementale

13 août 2007

La prose anti environnementale de Marie-Lise Broueilh

Après la mort de l'ours Franska plombée, loin de chercher l'apaisement, Marie Lise Broueilh,  présidente de l'ASPP 65 (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Pyrénéen) et après avoir annoncé qu'elle allait "mettre le feu à la montagne" si le programme de réintroduction était repris pour remplacer Palouma et Franska, désire maintenant s'en prendre à l'ours Boutxy, que quelques coups de fusil cet hiver n'ont pas réduit au silence, et aux "ultra environnementalistes". Délires et dérive annoncée du pastoralisme et de la prose anti environnementale de Marie-Lise Broueilh.

Franska, une mort annoncée et des problèmes qui restent

Marie-Lise Broueilh - La mort accidentelle de Franska sur la voie rapide entre Lourdes et Agos Vidalos mercredi dernier n’est qu’un accident banal comme nous pouvons en voir avec tout le gros gibier en France et à l’étranger. En Slovénie, le problème se pose également avec les trains. Cette disparition n’est pas un véritable événement en soi.

Pour l’ASPP 65, ce qui est important c’est que les éleveurs puissent retrouver la sérénité et la tranquillité pour exercer librement le métier qu’ils ont choisi. Eleveur/berger dans un village de vallée ou de montagne avec de petites surfaces d’exploitation complétées par les estives.

C’est aussi l’espoir que des estives abandonnées ou partiellement vidées depuis l’introduction des ours slovènes puissent à nouveau retrouver vie et que les bergers et éleveurs puissent en tirer une ressource suffisante de leur exploitation et maintenir la vraie biodiversité de nos montagnes qui s’est construite au fil des siècles voire des millénaires grâce au pâturage.

Franska n’est qu’un élément révélateur des objectifs des ultra environnementalistes qui veulent introduire des ours exogènes dans un milieu ou le développement des activités humaines d’hiver et d’été n’a pas laissé de place à l’ours des Pyrénées.

Leur acharnement pour implanter des ours slovènes met en évidence, une méconnaissance totale des contraintes techniques et économiques des éleveurs, un refus de prendre en compte les conséquences destructrices irréversibles sur un milieu d’une biodiversité à la richesse exceptionnelle et la volonté de classer la seule exploitation durable du milieu naturel comme sans importance.

Ces environnementalistes qui imposent aujourd’hui leur désir sont incapables d’avoir une vision globale de la biodiversité, de l’environnement et du développement durable en s’attachant à une seule espèce emblématique sans jamais approfondir les conséquences d’importations coûteuses d’ours qui auraient sans doute vécu dans de meilleures conditions dans leur pays d’origine malgré l’existence d’un plan de chasse pour réguler leur prolifération.

Franska comme les autres ours importés n’est que le révélateur d’une écologie politique malade de ses dogmes et de son idéologie dépassée tournée contre l’homme et plus spécialement contre ceux qui habitent et travaillent sur les territoires de montagne.

La mort de Franska ne doit pas nous faire oublier que tous les problèmes restent à régler.

  1. les préalables à toutes discussions avec les pouvoirs publics à savoir le retrait de Boutxy et l’arrêt du plan d’introduction d’ours
  2. les problèmes que rencontrent les autres éleveurs / bergers pyrénéens avec d’autres ours, que ce soit en vallée d’Aspe, à Melles, dans le Biros, le haut-Ariège ou chez nos amis espagnols de la Navarre à l’Alt Anéou.
  3. les problèmes de fond liés :
    • à la protection et au développement de la biodiversité y compris des races animales domestiques et au développement durable des villages et des vallées pyrénéennes.
    • Au choix de société entre protection et développement durable dans un cadre de maintien des activités humaines sur un territoire et l’ensauvagement total des montagnes vidées de toutes activités humaines et pastorales bien avant que les 120 à 150 ours Slovènes aient été trasplantés dans les Pyrénées par le plan ours.

La mort de Franska n’efface pas les problèmes de sinistres occasionnés par les vautours à l’occasion desquels des éleveurs / bergers se font outrageusement qualifier de menteurs ou de « chasseurs de primes » par certaines administrations publiques et des associations ultra environnementalistes irresponsables.

La mort de Franska n’est qu’un accident occasionnel lié à la confrontation du monde animal sauvage et du monde moderne vécu par la majorité de la population française. Elle apporte la preuve que les Pyrénées ne sont pas un espace sauvage mais un milieu humanisé où vit de manière régulière et permanente toute une population et où s’exercent des activités humaines à tous les niveaux et à tous les étages montagnards.

Cette mort d’une ourse ne remet pas en question les actions en cours menées par l’ASPP 65 et les syndicats agricoles notamment l’aide et assistance matérielle aux éleveurs victimes d’un sinistre de la part des grands prédateurs (constats, aide juridique, etc…)

Par ailleurs, l’ASPP 65 n’oublie pas et tient aussi à apporter son soutien à ceux qui, dans les Alpes, le Jura et le Massif Central souffrent de la présence du loup et de toutes ses conséquences économiques, sociales et humaines. Elle soutiendra les élus savoyards qui viendront lundi et mardi chercher de l’aide dans les Pyrénées.

Communiqué de presse du 13 août 2007.
Contact presse : Marie-Lise Broueilh : Tel : 06 30 36 97 52

Le schéma type de la rhétorique anti-environnementale

Par Laurent Mermet.

La rhéthorique ou le discours anti-environnemental est articulé autour de quatre volets.

1) Il commence par installer les populations locales dans la position de victimes et les protecteurs de l’environnement en position de persécuteurs, faisant porter à ces derniers toute la responsabilité des problèmes sociaux et économiques rencontrés par les populations rurales. Puis il s'attache à récuser les constats scientifiques et à déconsidérer les experts.

Les victimes...

    • "... ce qui est important c’est que les éleveurs puissent retrouver la sérénité et la tranquillité pour exercer librement le métier qu’ils ont choisi."
    • "... que les bergers et éleveurs puissent en tirer une ressource suffisante de leur exploitation"
    • "...les problèmes que rencontrent les autres éleveurs / bergers pyrénéens avec d’autres ours, que ce soit en vallée d’Aspe, à Melles, dans le Biros, le haut-Ariège ou chez nos amis espagnols de la Navarre à l’Alt Anéou.

Et les boureaux...

    • "...révélateur des objectifs des ultra environnementalistes qui veulent introduire des ours exogènes dans un milieu ou le développement des activités humaines d’hiver et d’été n’a pas laissé de place à l’ours des Pyrénées."
    • "Leur acharnement pour implanter des ours slovènes met en évidence, une méconnaissance totale des contraintes techniques et économiques des éleveurs, un refus de prendre en compte les conséquences destructrices irréversibles sur un milieu d’une biodiversité à la richesse exceptionnelle et la volonté de classer la seule exploitation durable du milieu naturel comme sans importance."

    • Franska comme les autres ours importés n’est que le révélateur d’une écologie politique malade de ses dogmes et de son idéologie dépassée tournée contre l’homme et plus spécialement contre ceux qui habitent et travaillent sur les territoires de montagne.

2) Ensuite, il propose un concept «nouveau» de gestion des ressources. Aux Etats-Unis, par exemple, le «partage» (share), qui consiste à partager les espaces protégés avec les acteurs qui veulent les exploiter économiquement, ou l’utilisation rationnelle (wise use), qui revient à ne pas laisser des ressources économiques se perdre pour des motifs de protection de l'environnement. En France: les animaux sauvages doivent être parqués, les animaux domestiques doivent être en liberté, comme à l'état sauvage.

    • "C’est aussi l’espoir que des estives abandonnées ou partiellement vidées depuis l’introduction des ours slovènes puissent à nouveau retrouver vie et que les bergers et éleveurs puissent en tirer une ressource suffisante de leur exploitation et maintenir la vraie biodiversité de nos montagnes qui s’est construite au fil des siècles voire des millénaires grâce au pâturage."

3) Ces concepts sont affichés comme «éclairés» dans la mesure où ils reposent sur un principe auquel il est difficile de s’opposer, et «équilibrés» en ce sens qu’ils considèrent la poursuite de la dégradation de l’écosystème à un rythme raisonnable au profit de l'homme et de ses activités comme le bon compromis entre ceux qui veulent stabiliser la situation de conservation et ceux qui veulent continuer à exploiter ou transformer les écosystèmes concernés.

    • "Ces environnementalistes qui imposent aujourd’hui leur désir sont incapables d’avoir une vision globale de la biodiversité, de l’environnement et du développement durable en s’attachant à une seule espèce emblématique sans jamais approfondir les conséquences d’importations coûteuses d’ours qui auraient sans doute vécu dans de meilleures conditions dans leur pays d’origine malgré l’existence d’un plan de chasse pour réguler leur prolifération."

4) Sur cette base, enfin, les partisans d’une politique claire de conservation, qui rende compte de ses résultats, sont présentés comme des extrémistes auxquels on attribue souvent des visées cachées, marxistes ou mondialistes, par exemple. (d'après A. Rowell).

    • "ultra environnementalistes", "acharnement", "malade de ses dogmes et de son idéologie dépassée", "associations ultra environnementalistes irresponsables"

Pour en savoir plus, lire les travaux scientifiques de Laurent Mermet où il explique le principe de la prose anti environnementale des années 1990. Pour le pastoralisme, rien n'a changé depuis. L'immobilisme est total ! Ils ont simplement adaptés leurs discours pour parler de "développement durable, d'écologie" et noyer leur politique environnementalement exécrable dans un charabia de mots politiquement corrects. Quand ils resistent à l'envie de se laisser aller et ne pètent pas les plombs sous l'effet des rassemblements festifs...

Voir les autres discours anti-environnementaux

Laurent Mermet (Engref)
Après une double formation, en écologie (Ecole Normale Supérieure) et en gestion (doctorat de l’Université de Paris-Dauphine), Laurent MERMET est aujourd’hui Professeur à l’Ecole Nationale du Génie Rural, des Eaux et des Forêts (ENGREF). Laurent MERMET  travaille sur l’analyse stratégique de la gestion environnementale, sur les problèmes de négociation liés à l’environnement, sur les théories et méthodes de la prospective.

10 août 2007

Pastoralisme pyrénéen, démontage d'un système bien huilé

Le pastoralisme pyrénéen, par son aveuglement montre bien qu'il est un pastoralisme à problèmes, anti environnemental, aveuglé par sa haine de l'ours, entraîné par quelques médiatiques petits barons locaux de la politique, financeurs d’associations aux objectifs environnementaux et patrimoniaux bien troubles. Cette haine des défennseurs de l'environnement et des gêneurs: ours, loups , vautours... s'oppose aux préoccupations environnementales des français.

Critiquer ses clients publiquement, lancer des injures à la tête de son banquier ne peux que créer des problèmes par la suite. Les français sont au chevet d'un pastoralisme sous perfusion. Le malade a assez de force pour provoquer des troubles, irresponsable et agressif. Ils vont se lasser et le laisser seul avec ses maladies.

Que les éleveurs assurent leurs revenus, qu'ils changent de métier s'ils ne sont pas content ! La disparition de quelques éleveurs ne changera rien à la biodiversité de la montagne, même si la forêt regagne du terrain sur quelques estives. Il n'y a pas si longtemps, la montagne était couverte de forêt. Cela nous fera de l'oxygène, du calme et des ours en plus et de la mauvaise fois en moins !

Sans ours, les Pyrénées perdront le côté sauvage qui fait toute la différence avec les Alpes. La disparition de l’ours est la porte ouverte à la montée du béton, à la croissance des stations de sports d'hiver, sans tenir compte des changements climatiques et de l’absence de neige. Il faudra développer les routes pour y monter, les 4 voies dans les vallées. Le tunnel du Somport, les accidents de camion dans les vallées en sont les prémices. Les Pyrénéens désirent-ils "se développer" pour ressembler aux Alpes ou garder leurs spécificités, leur patrimoine?

Bottons les brebis hors des zones à ours

Athanase135Gardons les ours dans des zones sans pastoralisme. Excluons le pastoralisme à problèmes des zones vitales pour l'ours. Y en a assez des brebis servies sur assiette et des éleveurs qui chargent la liste des victimes pour y faire passer leurs ventes en noir et se les faire rembourser. L'ours est bien pratique pour blanchir l'argent noir et en plus se faire rembourser. Il n'y a pas de petits bénéfices. Et en plus la Télé est là pour les écouter se plaindre et écouter leurs histoire. Elle est pas belle la vie. Alors ils essaient aussi avec les veaux..?, tant que celà fonctionne, pourquoi se priver.

Manipulation, mode d'emploi

L'ours est une garantie de financement pour le pastoralisme...

  1. Ne monter qu'une seule fois par semaine et laisser le troupeau en liberté.
  2. Refuser les moyens de protection, puisqu'ils sont un obstacle au système bien huilé ci dessous.
  3. Ne pas se protéger, éviter le travail supplémentaire ou le salaire du berger, c'est inutile.
  4. Attendre les dégâts quels qu'ils soient : foudre, maladies, dérochements, prédations.
  5. Dès qu'ils arrivent : Descendre les carcasses près des maisons, prendre rendez-vous avec les médias.
  6. Organiser une évènement médiatique (route, mairie, manifestations diverses). Installer le pastoralisme et les montagnards en position de victimes écrasées par les opposants des villes, des plaines, l’Etat, Bruxelles. Le pastoralisme est le gardien de la biodiversité et le gardien de la montagne. Le berger est le premier des écolos. Devant la presse, charger le prédateur, augmenter les pertes, inclure celles occasionnées par le suivi imparfait, la mortalité naturelle et les agneaux vendus de main à main.
  7. Diaboliser les associations (extrémisme vert) qui défendent les prédateurs: critiquer les réintroductions réelles (ours) ou supposées (loups): coûts, financements.
  8. Diaboliser l’Etat et ses fonctionnaires : non consultation, coûts de la protection des prédateurs, incompétence des équipes ETO, partialité, refus de validation des pertes pour des causes douteuses ou fausses. Exiger des financements supplémentaires, la défense du pastoralisme, la rattachement de la politique de l'ours au Ministère de l'Agriculture.
  9. Diaboliser les prédateurs : fauves, étrangers, nourris, sauvages, atypiques, non en danger dans certains autres pays d’Europe moins développés.
  10. Susciter la peur pour les familles (proximité des villages, enfants, touristes) et pour les maires (responsabilités).
  11. Attendre les subsides (insuffisants) et exiger de l'Etat de nouveaux financements pour couvrir les dégâts moraux et collatéraux.
  12. Dès que les médias sont partis, redescendre en plaine pour louer les gîtes et les promenades en ânes, le foin.
  13. Le soir, aller a quelques réunions d'éleveurs pour défendre NOS montagnes, préparer les stratégies médias et les battues illégales. Ne pas montrer le flan. 

L'ours, le bouclier pyrénéen

L'ours est aussi un rempart contre les excès et les attaques du milieu montagnard. L'ours est le meilleur moyen naturel pour assurer la protection des Pyrénées et de ses milieux remarquables. Mais les rudes montagnards, le nez dans le guidon, aveuglés par l'ours, qui pourtant les finance ne voient pas plus loin que la une de "La Dépêche", ce journal qui collectionne les unes "brebis écrasées". La situation actuelle est une vraie caricature de régression et manque de clairvoyance. Heureusement, dans le Tarn, il y a des éleveurs qui cernent les vrais problèmes du pastoralisme.

05 septembre 2006

Fréderic Nihous, la nouvelle tête de gondole. Réaction de Baudouin de Menten

Chasse Pêche Anti-nature et tas de couillons

Qui est Frédéric Nihous ? Le journal Sud-Ouest à la grand plaisir de nous présenter Frédéric Nihous: «une nouvelle tête de gondole». Pour ces premières déclarations, Frédéric Nihous ne nous déçoit pas. Il est dans la parfaite ligne de «Chasse Pêche Anti-nature et tas de couillons.» Attention, Frédéric Nihous ne fait pas dans la dentelle.

Propos recueillis par Xavier Sota, l’heureux homme…

Frédéric Nihous, 39 ans, directeur de Chasse Pêche Nature et Traditions (CPNT) à Pau, a été désigné candidat à l'élection présidentielle. Il succède à Jean Saint-Josse.

Présidentielle: l'autre candidat

Jean Saint-Josse, président de Chasse Pêche Nature et Traditions «en avait marre de voir toujours les mêmes têtes.» Conséquence, le candidat de CPNT à l'élection présidentielle s'appelle Frédéric Nihous. L'ancien vice-président de la fédération de Chasse du Nord - aujourd'hui installé en Béarn - a recueilli 83 % des voix au cours vote interne qui devait le départager avec Dominique Bourgois, une pharmacienne toulousaine de 43 ans. [NDLB : C’est fou ce que le Nord fournit d’opposants à l'ours qui viennent s’installer dans le Sud-Ouest …]

Frédéric Nihous a 39 ans, de formation juridique, et il occupe depuis 2002 le poste de directeur de CPNT au siège du parti à Pau. Ce qui permet au passage aux Pyrénées-Atlantiques de présenter actuellement, avec le président de l'UDF, François Bayrou, deux candidats à la présidentielle. [NDLB : Un département plein de ressources.]

La nouvelle tête de gondole du «parti de la ruralité » [NDLB : l’expression tête de gondole n’est pas de moi, mais va sans doute lui rester. Bien joué Monsieur SOTA, un point pour vous !] sera épaulée par Jean Saint-Josse qui garde un pied sur les estrades en devenant son directeur de campagne.

«Sud Ouest» : Succéder à Jean Saint Josse, se faire un nom parmi les 28 candidats déclarés à la présidentielle , ce n'est pas une mince affaire ?
Frédéric Nihous: C'est un honneur et une lourde responsabilité. Ma candidature s'inscrit dans la continuité du message porté par CPNT. Nous sommes les porte-voix des forces vives de la ruralité et nous entendons défendre le monde rural écrasé par le parisianisme. [NDLB: De nouvelles petites victimes en perspectives. Têtes de gondoles contre têtes de chiens.]

«Sud Ouest»: Quel est votre programme ?
Frédéric Nihous: Il est en cours d'élaboration. [NDLB: Ben tiens.] Il sera rendu public à la fin de l'année. Mais nous nous battrons pour une vraie politique de proximité: avec notamment le développement d'un véritable aménagement rural, le développement d'actions en faveur de la ruralité. Et évidemment, nous défendrons la liberté de chasser et de pêcher face à l'intégrisme écologique. [NDLB: Un autre qui est contre le terrorisme intellectuel écologique.]

«Sud Ouest»: CPNT avait enregistré 4,23 % en 2002. Quel est aujourd'hui votre objectif ?
Frédéric Nihous: Faire le meilleur score possible pour peser dans le débat politique. [NDLB: Remarquez que Frédéric Hihous ne se mouille pas, faut pas attraper la crêve juste au moment de l'ouverture.]

«Sud Ouest»: Pensez-vous que CPNT aura du poids dans le scrutin au vu des derniers déboires électoraux ?
Frédéric Nihous: Nous sommes en ordre de marche. Nous avons déjà une centaine de parrainages et allons démarcher les 30 000 maires de communes de moins de 2 000 habitants [NDLB: Au dessus, c'est des citadins.] pour pouvoir être présents. Nous sommes la voix de la ruralité et comptons bien nous faire entendre. Pour nous, la campagne a commencé. [NDLB: La voix? Se faire entendre? Va t-il nous chanter quelque chose, comme l'autre?]

«Sud Ouest»: Comme avec Jean Saint-Josse, l'indépendance de CPNT sera-t-elle érigée au rang de dogme ?
Frédéric Nihous: Pour ce qui est de la stratégie politique, nous verrons cela en temps voulu. [NDLB: Après la chasse.] Nous sommes ouverts à la réflexion. [NDLB : A la bonne heure, il réfléchit.] En attendant nous allons labourer le terrain [Un vocabulaire politique très terroir !] pour porter notre message de rejet d'une politique qui n'écoute pas et ne respecte pas le monde rural. [NDLB: Les aventures de Calimero en gondole à Paris.] Les exemples sont nombreux, la question de l'ours en est le symbole. [NDLB: Bingo!] Les premiers concernés n'ont pas voix au chapitre. Ce sont des Parisiens qui décident qui viennent faire la photo et qui repartent. C'est inacceptable. [NDLB : je sens que je vais devoir me farcir un nouveau « Rhétorique anti-environnementale de Frédéric Nihous »,  y’a pas moyen de s’arrêter !]

«Sud Ouest»: Que proposez-vous ?
Frédéric Nihous: Tenir nos engagements, écouter ce que veut le peuple et agir. [NDLB : Vaste programme et une déclaration qu’il est possible de mettre dans la bouche de n’importe quel candidat. Je sens qu’on va se gondoler. Merci Monsieur Sota pour ce grand moment de politique. Jean Lassalle et Augustin Bonrepaux ont un nouvel ami. Frédéric Nihous, un beauf nom à retenir.]

Interview : Xavier Sota
Source Sud Ouest

12 août 2006

La rhétorique anti-environnementale de Christian Estrosi

Le développement au niveau mondial de nouvelles formes de réaction anti-environnementale.

Dans son livre Green Backlash [NDLB: «Green backlash - Global subversion of the environmental movement» ; Routledge, Londres, 1996], Andrew Rowell dresse, à partir de nombreux exemples, une synthèse des mouvements de réaction anti-environnementale dans le monde, et décrit les méthodes utilisées par les acteurs qui combattent la protection de l’environnement.

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J'invite tous les lecteurs de la buvette à relever dans la presse, les forums, les documents, sites personnels ou interventions les exemples de discours qui correspondent à cette description. Merci de m’envoyer vos exemples ET vos sources pour compléter cette fiche ou en créer de nouvelles.

Deuxième exemple de comparaison entre le schéma type de la rhétorique anti-environnementale et un discours: Christian Estrosi.

Christian Estrosi

Christian Estrosi (www.estrosi.com) est Président du conseil général des Alpes-Maritimes et Ministre délégué à l'aménagement du territoire. Il a été président de la commission d'enquête sur les conditions de la présence du loup en France et l'exercice du pastoralisme dans les zones de montagnes. Tous les extraits sont issus du rapport de cette commission

Les quatre volets de la rhétorique anti-environnementale de Christian Estrosi

Premier volet de la rhéthorique anti-environnementale

- Installer les populations locales dans la position de victimes.
- Installer les protecteurs de l’environnement en position de persécuteurs, faisant porter à ces derniers toute la responsabilité des problèmes sociaux et économiques rencontrés par les populations rurales.
- Récuser les constats scientifiques et à déconsidérer les experts.


Christian Estrosi: «Tous ceux qui, mesurent la tâche accomplie, au quotidien, par les hommes et les femmes qui, avec foi et amour de leur terre, ont choisi l'élevage comme métier, mais aussi comme passion, savent combien cette profession recèle de contraintes, exige d'abnégation et nécessite de courage. Vouloir imposer des difficultés supplémentaires aux éleveurs de montagne qui, par leurs efforts, demeurent souvent les seuls acteurs d'un monde rural fragilisé, constituerait une faute lourde. La présence de l'homme en montagne ne doit pas reculer devant un quelconque prédateur. Cette conviction profonde ne saurait être négociable.»

«La décision unanime de l'Assemblée témoigne de l'intérêt de la représentation nationale pour un problème qui (...) affecte douloureusement une activité essentielle à l'économie de nos montagnes.»

«Il n'y a pas de petit problème quand nombre de nos concitoyens sont atteints dans leur vie, dans leur espérance, dans leur travail au quotidien, dans la simple volonté de rester, habiter, vivre au pays dans ces zones de montagne.»

«La commission a constaté que le sentiment, partagé par les éleveurs et les élus locaux, selon lequel les gouvernements ont jusqu'à présent organisé la paralysie de l'action publique, est justifié.»

Deuxième volet de la rhéthorique anti-environnementale
- Proposer un concept «nouveau» de gestion des ressources, qui revient à ne pas laisser des ressources économiques se perdre pour des motifs de protection de l'environnement.

Christian Estrosi: «Je souhaite en préambule à ce rapport, affirmer mon plus profond attachement au maintien des équilibres économiques et sociaux, patiemment établis dans les zones de montagne, au fil des ans, par des populations qui, malgré les nombreuses difficultés auxquelles elles ont été confrontées, ont su aménager, gérer et entretenir les espaces hérités de leurs parents.»«C'est cette vision, qui privilégie l'homme dans son environnement, que je souhaite ériger en garde-fou permanent contre toute approche conceptuelle relative à la présence du loup.»

«La commission d'enquête sur les conditions de la présence du loup en France et l'exercice du pastoralisme dans les zones de montagne, a effectué un travail conséquent d'écoute, d'analyse et de réflexion, mais aussi de proposition pour, qu'enfin, l'ensemble des problèmes posés par la présence du loup soit examiné, sans passion, mais avec pragmatisme et réalisme

«La commission a d'abord entrepris un patient travail de réexamen des évènements de 1992, sources de tous les blocages constatés aujourd'hui. Votre rapporteur propose une procédure d'intervention nouvelle, respectueuse des objectifs de la directive Habitats mais débarrassée de toute la lourdeur, de toute la complexité et de l'inefficacité des protocoles jusqu'à présent mis en place.»

«La commission d'enquête, a dégagé des propositions qui devraient enfin permettre, si le gouvernement accepte de les appliquer, de sortir de l'impasse actuelle.»

«Les multiples auditions auxquelles nous avons procédé invitent à l'optimisme quant au succès de la démarche entreprise

«Si nous parvenons à cet objectif, alors la commission aura fait œuvre utile pour assurer un véritable développement durable dans les zones de montagne de notre pays.»

«Conformément à sa mission, elle (la commission) (...) s'est livrée à l'exercice difficile, eu égard au contexte psycho-sociologique, de proposer des solutions susceptibles d'assurer la survie de cette activité, tout en tenant compte des engagements internationaux de notre pays.»

«Votre rapporteur tient à replacer le loup dans le champ du négociable et, quand il y a incompatibilité avec l'homme, donner la priorité à ce dernier. Telle est la philosophie du rapport. Elle s'inscrit parfaitement dans le souhait exprimé par le Président de la République d'une écologie humaniste.»

Troisième volet de la rhéthorique anti-environnementale
- Présenter des concepts affichés comme «éclairés» dans la mesure où ils reposent sur un principe auquel il est difficile de s’opposer.
- Présenter des concepts affichés comme «équilibrés» en ce sens qu’ils considèrent la poursuite de la dégradation de l’écosystème à un rythme raisonnable comme le bon compromis entre ceux qui veulent stabiliser la situation de conservation et ceux qui veulent continuer à exploiter ou transformer les écosystèmes concernés..

Christian Estrosi: «Il ne s'agit pas de remettre en cause les engagements internationaux de la France en matière de protection des espèces sauvages. Il suffit, simplement, de constater l'incompatibilité entre la présence du loup et l'activité humaine dans certains territoires et d'en tirer les conséquences en terme de régulation du prédateur.»

«Le loup ne peut trouver sa place dans certaines parties du territoire national, même si, pour autant, il ne peut être exclu du territoire national dans son ensemble.»

«Petit à petit, la réflexion des commissaires a évolué vers l'idée qu'il n'y avait peut-être pas de contradiction absolue entre les deux thèses

«Pour parvenir à cet équilibre, des efforts devront être entrepris par tous les acteurs de ce dossier, Etat, éleveurs, écologistes, chasseurs....»

«Les membres de la commission garderont notamment le souvenir des témoignages douloureux et poignants de certains professionnels, particulièrement marqués par des expériences traumatisantes. Au-delà de ces traumatismes et des pertes économiques subies, les éleveurs souffrent d'une véritable remise en cause de leur utilité sociale. Le pastoralisme de montagne est, en effet, l'une des activités agricoles les plus écologiques puisqu'il contribue à l'entretien des montagnes, à leur beauté mais aussi à leur sécurité. C'est pourquoi, les éleveurs se sont sentis bafoués dans le sentiment, justifié, qui était le leur de contribuer pleinement à l'entretien de l'environnement.»

Quatrième volet la rhéthorique anti-environnementale
- Les partisans d’une politique claire de conservation, qui rend compte de ses résultats, sont présentés comme des extrémistes auxquels on attribue souvent des visées cachées, marxistes, mondialistes ou extrémistes par exemple.

Christian Estrosi: «Certains, habités par des considérations idéologiques, ont transformé le retour du loup en un débat de société opposant monde rural et monde urbain. Je me refuse à accepter une telle alternative manichéenne. Le débat oppose plus sûrement les personnes qui connaissent les difficultés de la vie en montagne et celles qui les ignorent

«Au fond, et la commission l'a constaté au fil de ses auditions, ce sont deux conceptions de la nature qui s'opposent. Les naturalistes et les militants posent la question en termes d'écosystème et de biotopes. Ils se considèrent comme les seuls protecteurs et aménageurs d'un espace rural qu'ils connaissent souvent mal et qu'ils entendent gérer au nom d'une vision parfois idéologique, en y assurant la restauration et le maintien d'une diversité biologique qui doit faire sa place au prédateur, indispensable, selon eux, au maintien des équilibres.»

«Les écologistes défendent souvent une vision mythifiée de la nature, pure, originelle et surtout non artificielle (…) Cette vision mythologique et fantasmée de la nature s'est particulièrement portée sur le loup. Pour disqualifier les arguments des éleveurs, de nombreux défenseurs du loup leur reprochent une attitude irrationnelle, liée à une peur profonde du loup, héritée de siècles de conflit avec le prédateur. Ainsi, le fait d'être opposé au loup serait nécessairement un signe d'irrationalité!»

«Ainsi, le retour du loup fut-il annoncé avec enthousiasme dans le magazine « Terre sauvage » dont l'éditorial conseilla à ses lecteurs « de protéger comme un trésor ces pionniers de la reconquête animale. Voyons y des fragments d'âme celtique qui hurlent leur liberté dans la montagne »! Le loup semble en effet devenu, au fil des ans, le symbole d'une liberté sauvage et pure, emblème parfait d'un combat pour une nature originelle et non encore souillée.»

«On le voit, l'irrationalité du regard sur le loup est très largement partagée et, si l'on veut avoir une approche constructive de ce dossier, il convient d'écarter tous les mythes, en particulier celui d'une nature originelle et pure vers laquelle il conviendrait de revenir.»

«Il n'y a de nature qu'organisée, par et pour l'homme, et celui-ci doit rester au centre des priorités.»

Extraits du rapport de la commission présidée par Christian Estrosi et de son avant propos.

Autres exemples de rhétorique anti-environnementale

Louis Dollo, Christian Estrosi

11 août 2006

La rhétorique anti-environnementale de Louis Dollo

La rhétorique anti-environnementale de Louis Dollo

Le développement au niveau mondial de nouvelles formes de réaction anti-environnementale

Dans son livre Green Backlash [NDLB: «Green backlash - Global subversion of the environmental movement» ; Routledge, Londres, 1996], Andrew Rowell dresse, à partir de nombreux exemples, une synthèse des mouvements de réaction anti-environnementale dans le monde, et décrit les méthodes utilisées par les acteurs qui combattent la protection de l’environnement.

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J'invite les lecteurs à relever dans la presse, les forums, les documents, sites personnels ou interventions les exemples de discours qui correspondent à cette description. Merci de m’envoyer vos exemples ET vos sources pour compléter cette fiche ou en créer de nouvelles.

Premier exemple de comparaison entre le schéma type de la rhétorique anti-environnementale et un discours: Louis Dollo.

Louis Dollo

Louis Dollo (http://www.pyrenees-pireneus.com/guide_nature_dollo.htm) est guide de Pays à Tarbes. Il rédige des articles controversés sur le site Internet de Lourdes-Infos et participe aux débats sur le renforcement de la population d'ours dans les Pyrénées sur de nombreux forums pentus (Kairn, Ossau, Cîmes, Pyrénées, Paysdelours etc.) Il parle de lui à la troisième personne.

Les quatre volets de la rhétorique anti-environnementale de Louis Dollo

Premier volet de la rhéthorique anti-environnementale

- Installer les populations locales dans la position de victimes.
- Installer les protecteurs de l’environnement en position de persécuteurs, faisant porter à ces derniers toute la responsabilité des problèmes sociaux et économiques rencontrés par les populations rurales.
- Récuser les constats scientifiques et à déconsidérer les experts.


Louis Dollo: « C'est exactement le probléme qui pourrait bien aussi se manifester en pays Toy. Ce qui était toléré et admis jusqu'à maintenant pourrait bien changer dans les prochaines années en voyant avec quel mépris les populations des territoires sont traitées. L'Etat n'a pas tous les droits. C'est aussi typique des dictatures. » 

« Une chose est certaine aujourd'hui, ce n'est pas avec les associations de protection de la nature que nous protégerons le patrimoine pyrénéen. Les associations dites "de protection de la nature" n'ont plus aucune crédibilité locales (si tant est qu'elle en ait eu, ce dont je doute) actuellement et ne sont d'ailleurs pas localisées. De ce fait, elles n'ont rien à faire dans la protection des territoires pyrénéens. Leur total ignorance de l'histoire et de la géographie des territoires les exclus de fait de toute influence et de toute discussion. Ce qui est effectivement iritant ce sont vos leçons de morales. Mais comme tu le dis "nous n'en retirons aucuns autres avantages particuliers." Par contre les habitants des territoires n'en retire que des emmerdements lorsqu'on les prive de la gestion durable (dans ce terme il n'y a pas que l'écologie) de leurs territoires à eux qui y vivent en permanence. »

« Aujourd'hui le masque est tombé et qu'on laisse les acteurs des territoires gérer la birodiversités de leurs territoires. je suis certains que ce sera mieux fait qu'avec des écolos fantaisistes et
stupides
. »

Deuxième volet de la rhéthorique anti-environnementale
- Proposer un concept «nouveau» de gestion des ressources, qui revient à ne pas laisser des ressources économiques se perdre pour des motifs de protection de l'environnement.

Louis Dollo: «  Vouloir imposer une forme de développement à une population qui n'en veut pas sans même l'écouter au préalable et voir si cette population a d'autres objectifs, d'autres solutions de développement durable, c'est non seulement contre productif mais contre nature. »

Troisième volet de la rhéthorique anti-environnementale
- Présenter des concepts affichés comme «éclairés» dans la mesure où ils reposent sur un principe auquel il est difficile de s’opposer.
- Présenter des concepts affichés comme «équilibrés» en ce sens qu’ils considèrent la poursuite de la dégradation de l’écosystème à un rythme raisonnable comme le bon compromis entre ceux qui veulent stabiliser la situation de conservation et ceux qui veulent continuer à exploiter ou transformer les écosystèmes concernés..

Louis Dollo: « Au lieu de divisier comme vous avez voulu le faire, il faut recoller les morceaux dans les territoires entre gens des territoires pour travailler au maintien et au développement de la biodiversité, des paysages, etc... et au développement durable des territoires à partir des structures des territoires et avec la participation actives des acteurs des territoires. »

« Il est connu et reconnu que le pastoralisme est la seule solution au maintien de la biodiversité dont l'ours n'est qu'UN et UN SEUL élément non indispensable aux autres. la notion d'espèces "parapluie" est une notion de circonstance pour nous faire croire à son caractére indispensable alors que l'espéce n'est pas en danger. »

Quatrième volet la rhéthorique anti-environnementale
- Les partisans d’une politique claire de conservation, qui rend compte de ses résultats, sont présentés comme des extrémistes auxquels on attribue souvent des visées cachées, marxistes, mondialistes ou extrémistes par exemple.

Louis Dollo: « Pour moi ce mot évoque la communisme, stalinisme, marxisme, dictature, crimes d'Etat, perte de liberté, d'indentité indivisuelle, de la priopriété privée, perte de la liberté de penser, de circuler, perte de l'identité culturelle, pertte de liberté d'entreprendre, prison, procès truqués, etc....
La vraie déconfiture que les pays de l'Est de l'Europe ont connus pendant 80 ans pour les uns et 50 ans pour les autres.On voit où celà entraine....

Mais c'est une ambiguité habituelle de bon nombre de mouvements écologistes plus ou moins tournés vers la poilitique et qui s'accomodent assez facilement du stalinisme. C'est ton interprétation... comme toujours tu penses et tu décident à la place de ceux qui s'expriment forme classique de la manoeuvre d'opinion (Cf. les sondages et enquêtes d'opinion) et du terrorisme intellectuel. »

Détective: Dentayente

Autres exemples de rhétorique anti-environnementale

Louis Dollo, Christian Estrosi

22 juillet 2006

Laurent Mermet : Homme ou vie sauvage? Société locale ou bureaucratie centrale ? Faux dilemmes et vrais rapports de force

[NDLB: A l'heure ou Nelly Olin effectue ses devoirs de vacances sur l'IPHB (la lecture des comptes et bilans de l'IPHB) et où Jean Lassalle crie "aux grandes manoeuvres" tout en manifestant son soutien aux éleveurs anti-ours et aux casseurs de l'ASPAP lors du procès au palais de Justice de Saint-Gaudens, la lecture de ce travail de Laurent Mermet permet de comprendre pourquoi le sort de "l'institution" est plus que jamais incertain.]

«Demande locale de développement contre demande extérieure d'environnement» ou comment mettre en scène de faux dilemmes pour, en figeant le débat, soustraire choix techniques, économiques et sociaux à toute évaluation. Illustration par un cas d'école: les affrontements autour de la protection de l'ours des Pyrénées.

Par Laurent Mermet (Engref)

Depuis des années, les actions pour la protection de la faune, de la flore et des milieux naturels se heurtent en France à une Rhétorique qui, sous couleur d'humanisme, s'acharne à les discréditer. Deux arguments répétés partout sous mille variantes sont comme les piliers de cette rhétorique:

  • Le premier consiste à présenter les initiatives des acteurs de la conservation de la nature comme des choix contre l'Homme, en faveur des « petites fleurs » ou des « petits oiseaux ».
  • Le second attribue ces mêmes initiatives à des pouvoirs bureaucratiques et centralisateurs de « Paris » ou « Bruxelles » qui, sous couvert de préoccupations d'environnement voudraient achever leur œuvre d'étouffement des sociétés locales rurales, traditionnelles.

Ces deux arguments possèdent une capacité surprenante à obscurcir les débats, à bloquer les négociations nécessaires pour progresser dans la gestion des territoires, dont la protection de la nature est une facette.

Sur quoi s'appuient ces « butoirs » qui transforment la discussion pluraliste en impasse? Pour le premier, sur les valeurs humanistes qui ôtent toute légitimité à des actions qui seraient conduites contre l'Homme. Pour le second, sur le souci envers les sociétés locales qui règne dans notre société comme un contrepoids à une dynamique de développement dominée par l'extension de l'influence des villes et par la mondialisation. Défendre les actions de conservation de la nature contre ces deux arguments, ce serait soit s'avouer anti-humaniste, soit s'afficher comme un bureaucrate centralisateur - on s'en abstient bien sûr, et la discussion s'arrête ...

On a tort pourtant, car les raisonnements qui assimilent certaines initiatives de conservation à un anti-humanisme ou à des menées contre les sociétés locales ne résistent pas le plus souvent à une analyse serrée : c'est ce que nous essaierons de montrer ici.

Pour cela, nous partirons d'un cas d'école: les conflits qui se déroulent autour de la protection de l'ours des Pyrénées. Il est peu de situations en effet où les acteurs de la protection de la nature aient été accusés avec autant de constance et de véhémence de s'attaquer à l'Homme et à la société locale. C'est sur cette base qu'a été créée l'Institution patrimoniale du Haut Béarn (IPHB) [1]), un syndicat mixte d'aménagement qui entend prendre à sa charge la protection de l'ours et se donne comme modèle de « prise en main par les montagnards de leur destin en partenariat avec l'Etat, la Région, le Département pour une gestion équilibrée de l'espace » (2).

Dans ce cas exemplaire, l'analyse montrera la fragilité des raisonnements sur lesquels reposent les dénonciations d'anti-humanisme et de centralisme à l'encontre des acteurs favorables à la protection de l'ours. Elle mettra à jour, en revanche, le caractère déterminant des rapports de force entre secteurs (voire sous secteurs) d'activités économique et sociale, dont la rhétorique hostile à la conservation de la nature tend à détourner l'attention.

Dans la première partie de l'article, on examinera ainsi le premier argument - l'anti-humanisme attribué aux protecteurs de la nature. Dans la deuxième partie le second - les passions étatiques et centralisatrices dont on les accuse.

Un faux dilemme « philosophique »qui cache de vrais choix techniques, économiques, sociaux, bref, humains

Dans le rapport de l'audit patrimonial qu'il a réalisé en 1991 sur le problème de l'ours, Henri Ollagnon attribue la position suivante à un acteur Qu'il ne nomme pas (un écologiste anonyme ?) : « la protection de l'ours passe par un territoire réservé et sans hommes ». II l'assortit des commentaires suivants: « l'homme (est vu ici comme) l'unique cause de la mort de l'ours ; la réduction progressive des libertés est inéluctable, pour protéger le vivant car pour certains » le seul nuisant pour la nature c'est l'homme, il faut réduire sa liberté pour réduire sa nuisance [3].

Avec ce raisonnement, on voit sur quoi repose l'accusation d'anti-humanisme à l'encontre de certains types d'actions de protection (réserves naturelles, restrictions à la chasse, etc.) : on présente des mesures techniques, économiques, réglementaires, dont la portée est limitée en termes d'espace, de période de l'année, d'espèces animales ou végétales, ou d'activités concernées, comme un choix global en défaveur de l'Homme Qui amorce un cercle vicieux d'exclusion de celui-ci.

Or il est exact que, dans de nombreuses situations, la conservation de la biodiversité passe par des restrictions à certaines activités, ou à l'exclusion de certains types d'équipements, sur une partie du territoire. S'oppose-t-elle pour autant au bien-être des hommes, au développement économique et social? Le parc national des Abruzzes, en Italie, est un haut lieu de protection des ours et des loups en Europe de l'Ouest. Cette protection repose notamment sur une différentiation de l'espace du parc en trois types de zones :

  • zones A, où la fréquentation humaine est limitée au maximum,
  • zones B où elle est strictement encadrée,
  • zones C où elle est libre (moyennant certaines restrictions réglementaires d'activités liées au statut de parc national).

L'agriculture, l'exploitation des forêts, les constructions pour le tourisme, ont été réorientées dans un sens plus écologique par une action volontariste du parc au début des années 1980. Ces actions ont permis d'enrayer la chute des populations d' ours et de loups, qui se sont remises à croître. Sur cette base une politique dynamique de développement local a conduit à une véritable explosion de l'écotourisme. Avec plus d'un million de visiteurs annuels, ce territoire a retrouvé des emplois, une dynamique économique et démographique.

Loin d'enclencher une dynamique néfaste pour les populations, les mesures partielles de limitation et de réorganisation de certaines activités ont conduit à un véritable développement. Si nous donnons ici cet exemple, ce n'est certes pas pour proposer au Haut Béarn le même modèle de développement qu'aux Abruzzes : la situation n'est pas la même. C'est pour montrer le caractère fallacieux de la montée en généralité qui condamne dans leur ensemble les mesures de protection environnementale au sens fort, et les assimile à une volonté globale d'exclusion de l'homme, alors qu'il s'agit de mesures d'aménagement et de gestion du territoire (organisation de la répartition des activités dans le temps et dans l'espace).

Dans le Haut Béarn, lorsqu'il s'agit de savoir si telle estive sensible doit être ou non des servie par une piste carrossable, la présence et les activités humaines ne sont pas en cause, mais bien plutôt le choix :

  • entre deux moyens de transport (voiture ou service de muletage),
  • entre deux organisations de la garde (exploitant faisant l’aller retour ou berger restant sur place),
  • entre deux manières de dépenser l'argent (construire la piste ou employer un muletier, un berger),
  • peut-être entre deux éleveurs, dont l'un refuserait et l'autre accepterait d’exploiter une estive non desservie par une piste carrossable.

Lorsqu'on débat pour savoir si l'organisation de la chasse doit prévoir 5, 10, ou 15 % de réserves de chasses motivées par la présence de l'ours, ou que l'on discute jusqu'à quel point il est acceptable que les chasseurs montent en voiture sur les estives, ce n'est pas l'activité cynégétique elle même, ni sa vitalité, ni la présence de « l'Homme » sur le territoire qui sont en jeu, mais simplement l'organisation de la chasse et ses impacts sur la faune et sur les autres activités humaines. On pourrait faire le même constat pour la mise hors exploitation de certaines parcelles forestières, ou pour la réglementation de l'accès des randonneurs à des zones délimitées.

Ce n'est jamais entre l'Homme et l'Ours qu'il faut choisir, mais entre des projets d'action qui conviennent plus ou moins à telle personne ou tel groupe social et qui organisent différemment les activités dans l'espace.

Lorsque les porte-parole de l'IPHB retraduisent systématiquement les critiques émises à l'encontre des projets proposés par l'Institution dans les termes généraux d'une opposition homme-nature, ils font comme si ces projets allaient de soi, comme s'il n'y avait pas, « pour l'Homme », d'autres projets possibles. Ce faisant, ils escamotent le débat nécessaire sur les choix techniques, économiques et sociaux dont les projets de l'IPHB sont porteurs.

L'opposition entre locaux et « étrangers » : un paravent pour la domination exercée par certaines filières dans la gestion de l’espace

A ce premier escamotage s'en superpose un second qui consiste à réinterpréter tous les désaccords au sujet de l'ours et de la gestion du territoire en termes d'opposition entre urbains et ruraux, entre locaux et « étrangers » (c’est-à-dire extérieurs au Haut Béarn), entre Oloron et Pau d'un côté, Paris et Bruxelles de l'autre. De façon répétée, le discours de l'IPHB oppose ainsi des projets de développement présentés comme locaux à des « demandes d'ours » présentées comme extérieures au territoire.

Mais jusqu'à quel point les filières de développement qui posent problème pour la conservation de l'ours peuvent-elles être considérées comme locales? Pour répondre à cette question, on peut examiner en particulier le processus de desserte de la montagne par des pistes carrossables forestières et pastorales. Cette desserte est au cœur de l'action menée par les institutions agricoles et forestières et par l'IPHB. Elle est en même temps centrale dans les conflits qui opposent ces dernières aux acteurs de la conservation de la nature, notamment parce que l'extension du réseau de pistes augmente la pénétration humaine au cœur des zones tranquilles indispensables aux ours du Béarn (mais aussi à cause de ses impacts paysagers, des effets qu'elle peut induire à terme sur l'évolution des pratiques d'élevage, etc).

Les programmes de soutien public à la desserte de la montagne par piste se succèdent depuis le début des années 1970, essentiellement à l'initiative du ministère de l'Agriculture et de l'Office national des forêts (ONF).

Examinons les d'abord sous l'angle du processus de décision et de mise en œuvre. Sur le plan formel de la procédure, au début des années 1990, on est passé d'un système où les pistes étaient proposées par l'Etat et acceptées par les maires et la profession agricole, à un système où elles sont demandées par les maires et la profession puis étudiées et réalisées par l'Etat. Toutefois, même si l'ordre d'intervention des acteurs et le centre de gravité juridique de la décision ont évolué, la filière de développement et d'équipement qui conduit à la réalisation des pistes demeure, pour l'essentiel, - la conception des projets, les sources de financement - inchangée. Les hommes sont aussi restés les mêmes pour la plupart. Que l'on se place dans la procédure des années 1980 ou des années 1990, ce fut, pendant des années. le même ingénieur de la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt (DDAF) qui fixa le tracé de la piste et conduisit le chantier.

Au total, les projets actuels ne sont pas plus « locaux » que ceux des années 1970 ou 1980. Ils affichent simplement comme « locale » la mise en œuvre de programmes d'action (de financement, de conception technique, d'orientation du développement) élaborés, portés, gérés par l'ensemble des filières du développement agricole ou forestier, de Bruxelles à Paris, de Paris à Pau, de Pau à Oloron-Sainte-Marie.

Si l'on se tourne maintenant du côté des attentes de protection de la nature, les « demandeurs d'ours » eux aussi sont présents depuis les villages du Béarn jusqu'à l'ensemble de l'Europe, en passant par Bordeaux et le reste de la France.

Toutefois, il est difficile aux partisans locaux de la conservation de l'ours d'exprimer efficacement leur point de vue face à la pression sociale qui résulte de l'opposition très active, en particulier des organisations agricoles et cynégétiques. De plus, l'organisation institutionnelle et politique de l'action publique en montagne crée toutes les conditions pour que l'expression de la demande locale de protection des ours se heurte à une fin de non-recevoir. D'un côté, les élus et les groupes de pressions agricoles et cynégétiques mettent tout leur poids pour la réalisation de dessertes routières en zone à ours. De l'autre, les services et établissement publics de l'Etat les plus puissants sur le terrain (DDAF, ONF, préfecture) s'y impliquent activement eux aussi. Pris en tenaille entre ces acteurs sectoriels locaux et nationaux, les groupes locaux demandeurs d'un meilleur traitement de l'environnement sont rapidement réduits, pour seul recours, à s’adresser aux ONG nationales ou aux instances européennes. Leur cause peut alors être présentée comme venant de l'extérieur. Quant aux « demandeurs d'ours » extérieurs au Béarn, dont la cause est portée par des associations nationales, ils parviennent plus facilement à se faire entendre. Mais leurs attentes ne sont pas pour autant suivies d'effets. Elles se heurtent jusqu'à la fin des années 1980 ( 1 ) à un refus de la part du ministère de l'Agriculture. Puis, à partir du début des années 1990, après avoir transféré la responsabilité formelle à l'IPHB, l'Etat s'excuse auprès des demandeurs d'ours… au motif des difficultés locales qui ne permettent pas de leur donner satisfaction.

Il est donc trompeur de présenter la situation béarnaise comme le heurt entre une dynamique «locale » d'aménagement et une demande « extérieure » d'environnement. A tous les niveaux d'organisation politique et géographique - de Bruxelles à Oloron - les acteurs sectoriels de l'agriculture, de la forêt et de la chasse ont résisté efficacement à la « demande d'ours ». C'est parce qu'ils ont « gagné » et imposé leurs projets - y compris localement - que leurs filières peuvent se présenter comme locales.

A force d'être répétée sous des formes diverses, cette vision de la situation finit pourtant par dominer. Nombreux sont ceux qui pensent de bonne foi que le problème des prédateurs (ours. loup) met aux prises d'un côté l'Etat représenté par le ministère de l'Environnement et la Commission européenne par sa Direction environnement et, de l'autre, l'ensemble des acteurs locaux (représentés par l'IPHB dans le cas de l'ours du Béarn).

Cette vision s'impose d'autant plus qu'elle est activement promue. Pour les politiciens du terrain, cette mise en scène est un formidable ressort politique, qui s'appuie sur la forte identité et l'autonomie des communautés du Haut Béarn. Pour surmonter les désaccords entre acteurs locaux, les élus appellent à l'unité face à « l'extérieur ». Quant aux administrations nationales et européennes, celles dont le pouvoir pèse le plus sur les choix de développement local, elles s'effacent volontairement derrière ceux des acteurs locaux avec lesquels elles travaillent.

L'invocation permanente d'une opposition entre demande locale de développement et demande extérieure d'environnement constitue pour elles aussi un paravent commode pour des arbitrages (budgétaires, institutionnels, techniques) pris au sein de l'Etat et de la Commission européenne et déterminants pour l'aménagement du territoire montagnard.

L’utilité d’une lecture en termes de rapports de force inter et Intra-sectoriels

Pour déchiffrer les jeux d'acteurs autour du problème de la conservation de l'ours dans le Béarn, il faut alors examiner de plus près les affrontements inter et intra-sectoriels autour de l'aménagement de la montagne, du développement de l'élevage, de la conservation de la nature. Les principales tenssions inter-sectorielles mettent aux prises d'un côté les tenants d'une certaine conception de la modernisation agricole et forestière et, de l'autre, les acteurs de la protection de la nature. Elles vont de pair avec des tensions intra-sectorielles dont la compréhension est importante aussi bien pour l'analyse que pour l'action. Les affrontements autour des problèmes agri-environnementaux - le cas de l'ours en est ici un exemple - sont largement déterminés par le fait qu'au sein des secteurs agricole et forestier, certains groupes professionnels, techniques et administratifs ont aujourd'hui imposé leurs conceptions contre d'autres, dont les projets seraient plus compatibles avec des objectifs de protection de la nature.

L'analyse en termes de rapports de force inter-sectoriels est très éclairante pour analyser le fonctionnement actuel de l'IPHB et du bilan de son action jusqu'ici (2).
Pour ce qui est du fonctionnement, constatons qu'au sein du Conseil de gestion patrimoniale (la commission consultative extra-syndicale de l'IPHB), les débats les plus difficiles sont bien ceux qui se déroulent entre les tenants d'une action plus efficace de protection et les autres membres du Conseil, et non pas les discussions entre les services de l'Etat d'un côté et les acteurs locaux de l'autre [4].

Du côté du bilan, on constate que l'IPHB elle-même le présente sous une forme sectorielle. Par exemple, la lettre n° 4 de l'IPHB (août 2000), consacrée à ce sujet, regroupe les programmes d'action réalisés et les dépenses correspondantes selon les rubriques principales suivantes:

  • « un programme pastoral sans précédent » (52,1 % des dépenses),
  • « la forêt: un patrimoine de qualité, une ressource essentielle ». (11,8 %•des dépenses),
  • « la chasse » (8,1 % des dépenses),
  • « l'ours, çà se trouble à nouveau » (8.4 % des dépenses),
  • « la concertation pour un espace pour tous » (19,6 % pour le fonctionnement de l'IPHB et des dépenses diverses comme la réalisation d'un SIG).

A elle seule, la dépense budgétaire constitue en outre une mesure grossière mais éloquente du degré de priorité accordé aux différents secteurs.

Ces observations sur le fonctionnement et le bilan de l'IPHB sont à recouper par l'examen de sa genèse. En 1988, une directive cosignée par le ministère de l'Agriculture et le ministère de l'Environnement met fin à près de 15 ans d'un affrontement entre eux au sujet des projets de routes forestières et pastorales en zone à ours. Dès lors, l'Etat doit afficher une seule position sur ces dossiers. Mais à partir de 1989, la DDAF des Pyrénées-Atlantiques prend une série d'initiatives pour transférer à des acteurs locaux le portage politique et institutionnel des projets sectoriels agricoles et forestiers, notamment en suscitant l'implication du centre technique ovin de la chambre d'agriculture, à Ordiarp, dans le programme de desserte routière des estives.

En 1990, la création de réserves de chasses supplémentaires, suscite une levée de boucliers qui installe un état de conflit aigu dans le Haut Béarn. En 1990 et 1991, la DDAF prend trois initiatives déterminantes. Elle propose un plan de financement pour poursuivre le développement du réseau de pistes carrossables en montagne (DDAF 1991). Elle incite et aide un groupe d'élus locaux à mettre en place un « Comité intervalléen pour la sauvegarde de l'ours et de la faune pyrénéenne dans leur environnement». Elle introduit sur la scène Haut Béarnaise Henry Ollagnon, à qui le Comité intervalléen demandera un « audit patrimonial» qui proposera de créer l'IPHB pour prendre la suite du Comité intervalléen.

La charte de l'IPHB est rédigée en 1993 par des groupes de travail comprenant les collectivités locales, l'Etat, l'ONF, la profession agricole, la fédération de chasse. Les associations de protection de la nature ne participent pas au travail, pas plus que les services du ministère de l'Environnement (Direction de la protection de la nature et Direction régionale de l'environnement), qui est représenté uniquement à un niveau politique. Les associations environnementales ne sont pas signataires de la charte, même si deux d'entre elles acceptent ensuite de siéger au Conseil de gestion patrimoniale.

Il faut tout le lyrisme de Jean Lassalle pour présenter cette genèse sous le jour d'une opposition entre « le local » et l'Etat: « la charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l'ours (…) mettait fin à la longue et difficile bataille qu'il nous avait fallu livrer pour faire face à la vaste entreprise de confiscation de nos territoires (...). Nous nous sommes alors cabrés et, contre toute attente, nous, habitants d'un petit pays accroché à la montagne, l'avons emporté face à des forces qui nous étaient mille fois supérieures. L'Etat et l'Administration centrale, les lobbies ont dû plier » [5].

Il aurait été plus précis d'écrire : « Les services environnementaux de l'Etat, l'Administration centrale environnementale, les lobbies environnementaux ont dû plier ». Soutenus à toutes ses étapes et sous des formes multiples par la DDAF et la préfecture des Pyrénées-Atlantiques (donc par l'Etat), la charte et l'IPHB s'apparentent plutôt à un « traité de Versailles » qui pérennise sous des formes nouvelles des rapports de force inter et intra-sectoriels encore déséquilibrés en défaveur des acteurs attachés, à travers la présence de l'Ours, à une gestion plus écologique du territoire.

Conclusion

En conclusion, les conflits autour de la protection de l'ours des Pyrénées dans le Béarn montrent bien comment fonctionnent deux des arguments rhétoriques principaux de la réaction anti-environnementale.

L'argument d'anti-humanismel' Homme plutôt que les petits oiseaux») repose sur le fait de souligner la place de certains hommes dans les projets de développement, tout en occultant la place d'autres hommes dans les projets alternatifs plus écologiques (mais pas pour autant moins humains). Il utilise aussi des généralisations abusives, des confusions d'échelles, qui conduisent à ne considérer que les pertes de certains acteurs, tout en occultant leurs gains et les gains des autres acteurs.

L'argument localiste (« et les projets locaux plutôt que les diktats de l'Etat ou des bailleurs de fonds ») repose sur une présentation tronquée des projets. Les projets défendus sur la base de cet argument sont présentés comme locaux en occultant leur inscription, souvent déterminante, dans le cadre de filières (économiques, techniques, institutionnelles et de financement) nationales et internationales. Réciproquement, les mesures de conservation de la biodiversité attaquées sur la base. de cet argument le sont par l'attention exclusive portée à ces aspects de filière extra -locale, associée à l'ignorance délibérée des attentes et des intérêts environnementaux locaux.

Ceci étant établi, il ne faut pas pousser la critique jusqu'à déboucher sur des excès symétriques de ceux qu'elle dénonce. II est clair que toute action d'aménagement du territoire pose des problèmes douloureux à certains groupes sociaux. C'est aussi vrai pour celles qui visent à la protection de la nature que pour d'autres. et ces problèmes doivent être traités avec sérieux. S'agissant du problème de l'ours, il est clair également que l'implication des acteurs locaux, des institutions du développement, est une condition essentielle de la conservation durable de la faune, de la flore, des habitats et des paysages pyrénéens. Ce principe a d'ailleurs été posé comme central dès 1975 par le FIEP (3), avant d'être repris comme fondement du « plan Ours » du ministère de l'Environnement en 1984, puis de la Charte de l’IPHB en 1994.

La critique développée ici a simplement pour but d'inviter les responsables. au lieu de s'abriter derrière une rhétorique pseudo-humaniste et localiste, à accepter une évaluation externe (technique, économique, sociale, écologique, ... ) de leurs projets et de la manière dont ils prennent en charge les richesses biologiques et paysagères, ainsi que le développement local.

De façon plus générale, l'analyse proposée et l'exemple de l'ours incitent à une certaine prudence et à des analyses plus approfondies dans les nombreuses situations - que ce soit dans les pays développés du « Nord » ou dans des pays du « Sud » où le désarroi et les difficultés (réelles) de certains groupes locaux sont délibérément mis en avant pour dénoncer les actions de protection de la nature et soustraire à l'évaluation certains projets de développement.

Notes

(1) Plus précisément, on le verra plus loin, Jusqu'à la « directive ours » cosignée en 1988 par le ministère de l'Environnement et celui de l'Agriculture.

(2) L'étude des divergences intrasectorielles demande une analyse plus détaillée et dépasse ici notre propos.

(3) Fonds d'intervention éco-pastoral : c'est la principale association de protection impliquée dans le dossier l’ours du Béarn.

Bibliographie

[1] Mermet L. ; L’Institution patrimoniale du Haut Béarn: gestion intégrée de l'environnement ou réaction anti-environnementale? ; Responsabilité & Environnement, n°21, janvier 2001.

[2] Selon Jean Lassalle, le président le l'IPHB : « Les hommes plutôt que les directives » ; lettre de l’IPHB n°4, août 2000.

[3] Ollagnon Henri : « Mise en œuvre opérationnelle de la charte de développement durable et de protection de l'ours des vallées d'Aspe. D’Ossau, et de Baretous - convention d’assistance technique - rapport d'exécution »; Institution patrimoniale du Haut Béarn, Institut national agronomique Paris-Grignon ; 1996.

[4] C'est ce qui ressort par exemple de l'observation de séances du Conseil de Gestion Patrimoniale de l'IPHB par C. Ferrere (Des hommes et des ours. Eco-gestion montagnarde, Editions Atlantica ; 2000).

[5] Lassalle Jean; Editorial de la Lettre de l'IPHB, n° 1, janvier 1996.

Source : Engref-Cired

Laurent Mermet

Homme ou vie sauvage ? Société locale ou bureaucratie centrale ? Faux dilellemmes et vrais rapports de force. Laurent Mermet  Homme ou vie sauvage ? Société locale ou bureaucratie centrale ? Faux dilellemmes et vrais rapports de force. Laurent MermetAprès une double formation, en écologie (Ecole Normale Supérieure) et en gestion (doctorat de l’Université de Paris-Dauphine), Laurent MERMET est aujourd’hui Professeur à l’Ecole Nationale du Génie Rural, des Eaux et des Forêts (ENGREF). Laurent MERMET  travaille sur l’analyse stratégique de la gestion environnementale, sur les problèmes de négociation liés à l’environnement, sur les théories et méthodes de la prospective.

02 juillet 2006

Laurent Mermet : L’Institution Patrimoniale du Haut Béarn

Comment, sous couvert de réforme et d’innovation affichée, contrôler les partisans d’une gestion plus écologique de l’ours et préserver le statu quo. Et les intérêts économiques en jeu.

Par Laurent Mermet (Engref)
Après une double formation, en écologie (Ecole Normale Supérieure) et en gestion (doctorat de l’Université de Paris-Dauphine), Laurent MERMET est aujourd’hui Professeur à l’Ecole Nationale du Génie Rural, des Eaux et des Forêts (ENGREF). Laurent MERMET  travaille sur l’analyse stratégique de la gestion environnementale, sur les problèmes de négociation liés à l’environnement, sur les théories et méthodes de la prospective.

Le sentiment semble prévaloir aujourd'hui aussi bien chez les acteurs que chez les chercheurs  que les problèmes environnementaux sont à poser surtout en termes de procédures de négociation, de concertation, de «coordination». Dans le même temps, leurs aspects conflictuels sont souvent minorés, ignorés, voire déniés. Tout au long de la décennie 90, la montée en puissance du modèle de la gestion concertée de l'environnement s'est accompagnée d'une vague d'expérimentations quant à la manière de poser les problèmes, d’organiser leur prise en charge, de débattre et de négocier des programmes d'action.

Ces expérimentations entrent aujourd'hui dans une phase d'analyse et d'évaluation. C'est entre autres l'objet du programme de recherches «Concertation, Décision, Environnement» du ministère chargé de l'Environnement. Mais cela passe aussi, plus près du terrain, par le fait que chacune de ces multiples expériences est appelée à tirer un bilan de ses réussites, de ses échecs, de ses enseignements.

Pour alimenter le débat, nous nous livrerons ici à cet exercice au sujet de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB), mise en place en 1994 pour prendre en charge le problème de l'ours des Pyrénées. (Il s'agit ici des derniers ours bruns «indigènes» des Pyrénées, dans le Haut Béarn (Pyrénées-Atlantiques).

Entre-temps, un nouveau volet du dossier «ours» a été ouvert dans les Pyrénées centrales et a été l'objet d'une intense couverture médiatique, avec notamment le lâcher de trois ours «slovènes» à partir de 1997, la mort de l'un d'eux tué par un chasseur, l'amendement «Bonrepaux» demandant en 2000 la recapture de ces ours et de leurs descendants. Ce volet échappe au sujet traité ici).

l'IPHB, un modèle?

L'attention est attirée sur ce cas d'abord par ses promoteurs eux-mêmes, qui le présentent comme un modèle. Du côté des experts, Henry Ollagnon, pionnier de la gestion patrimoniale et concepteur de l’IPHB, propose dans sa thèse  [«Une approche patrimoniale de la gestion de la qualité: une application à la nature et au vivant» ; Thèse de doctorat en sciences économiques, Université Paris I, décembre 1998, (exemplaire de soutenance, 552 p.)] un modèle général de ce que devraient être les «institutions patrimoniales», modèle qui correspond, trait pour trait, à l'organisation de l’IPHB.

Sur le plan politique, les responsables de l'IPHB ont eux aussi revendiqué à plusieurs reprises son caractère exemplaire  [Voir par exemple: Jean Lassalle ; «L'Institution patrimoniale du Haut-Béarn: une structure adaptée à un problème complexe de gestion du territoire»; Sol et Civilisation, numéro 6, août 1997]. L'intérêt de l'IPHB comme cas de référence est renforcé par le caractère emblématique que revêt le dossier de l'ours dans le domaine de la gestion de la faune.

Pour notre part, après une première prise de contact avec ce terrain en 1995 à l’occasion d’une expertise, nous avons suivi avec beaucoup d’attention les développements de ce qui constitue un véritable cas d’école, que nous utilisons notamment comme matériau d'appui pour la formation des étudiants de l'Engref à la gestion de l’environnement.

C'est sur cette base que nous proposons ici une analyse et une évaluation de l'IPHB selon deux points de vue complémentaires:

  • D'abord, nous examinerons son fonctionnement et ses réalisations au regard des priorités et des caractéristiques originales revendiquées par les fondateurs de l'IPHB.
  • Nous envisagerons, ensuite, une interprétation de «l'expérience IPHB» comme stratégie de réaction anti-environnementale.

Au croisement de ces deux lectures, nous esquisserons une évaluation, et nous tirerons quelques enseignements sur la mise en œuvre d'une gestion intégrée de l'environnement.

Présentation d'une expérience pilote dans l'air du temps

Au préalable, présentons brièvement la genèse et le fonctionnement de l'IPHB. Depuis la fin des années 50, la protection des ours des Pyrénées est devenue un dossier emblématique pour tous les acteurs soucieux de la faune, depuis le public [Cela ressort à la fois du succès que rencontrent les nombreux articles de presse sur ce thème et de résultats de sondages qui mettent l'ours en tête de la liste des animaux à protéger («Les Français et l'environnement» ; Ifen, Orléans, 1997).] jusqu’ aux associations et administrations chargées de la protection de la nature.

Des mesures nombreuses et diverses ont été prises au fil des années  :

  • interdiction totale de chasse en 1957,
  • création du Parc national des Pyrénées en 1967,
  • généralisation de l’indemnisation des bergers pour les moutons tués en 1979,
  • dispositifs de concertation sur les aménagements en montagne à partir du «plan ours» de 1984 puis de la «directive ours» de 1988

Ces mesures ne se sont mises en place que lentement, face à des réticences extrêmement vives, notamment de la part de groupes de pression agricoles, forestiers et cynégétiques [On en trouvera un récit vivant dans le livre de Claude Dendaletche, «La cause de l'ours» ; Le sang de la terre ; 1993].

Tirs, pièges, poison et destruction de l'habitat

Elles n’ont pas été suffisantes pour stabiliser la population d’ours: de 25 en 1975, celle-ci était tombée à 7 ou 8 en 1990. Les causes principales de cette régression sont de deux ordres:

  1. la destruction clandestine d’ours par le fusil ou le poison
  2. et aussi, la dégradation de son habitat vallon après vallon,due à la construction de pistes carrossables desservant les secteurs de montagne les plus reculés où l’ours trouvait la tranquillité et le refuge nécessaires à son alimentation, à sa reproduction, à sa sécurité.

De plus, l’effectif est aujourd’hui si faible que la conservation de la population d’ours passe nécessairement par des renforcements de population, c’est-à-dire par le lâcher d’individus capturés ailleurs que dans le Béarn [Sur ce point, voir l'expertise de Christopher Servheen dans «Etat des lieux de la population ursine et de son habitat dans le Haut-Béarn – stratégies de conservation et de renforcement éventuel» ; AscA (Poux X., Dubien D.) et Servheen C. / Institution patrimoniale du Haut-Béarn ; rapport de première phase, 1996.]

Résistance locale à la protection de l'habitat des ours

En 1990 et 1991, le ministère de l’Environnement poursuit ses efforts pour la conservation de l’ours en mettant en place un dispositif plus exigeant d’études et de concertation préalables à la construction de pistes. Il engage aussi la négociation avec les chasseurs pour tenter d'obtenir la mise en place de réserves de chasse sur environ 10 % du territoire occupé par l’ours. Suite à une résistance virulente, qui déclenche sur un conflit local extrêmement aigu, cette tentative débouche sur une impasse.

Deux interventions vont converger pour résoudre cette crise:

  1. La première, en 1991, est la réalisation d’un «audit patrimonial» au cours duquel Henry Ollagnon mènera une procédure d'écoute auprès des protagonistes du conflit, qui permettra de réamorcer un certain dialogue. Il en tirera, dans son rapport d'audit [«Audit patrimonial de la gestion de l'ours et de son environnement dans les vallées d'Aspe, d'Ossau et de Baretous» ; Comité intervalléen pour la sauvegarde de l'ours et de la faune et de leur environnement/Institut national agronomique Paris-Grignon ; 1991.], un diagnostic global du problème, assorti de propositions, au premier rang desquelles la création d’une institution patrimoniale.
  2. La seconde intervention, au cours de l'été 1993, est le traitement politique du problème par Michel Barnier, alors ministre de l’Environnement. Ayant noué lui-même le dialogue avec une partie des responsables, il propose une prise en charge locale et contractuelle du dossier dans le cadre d’une charte.
L’INSTITUTION PATRIMONIALE DU HAUT-BÉARN
L’IPHB est composée de trois instances:

Une instance de décision.
L’IPHB étant un syndicat mixte composé des communes béarnaises adhérentes, du département et de la région, il est dirigé par un comité syndical réunissant les maires des 16 communes, 5 conseillers généraux et 3 conseillers régionaux.

Une instance consultative.
C’est le conseil de gestion patrimoniale (CGP). Il est constitué de trois collèges:

  • le collège des élus (11 membres) ;
  • le collège des valléens (11 membres) composé de représentants des bergers (4), des chasseurs (2), des exploitants forestiers, des sociétés de protection de la nature (2), de la Chambre de commerce et de celle des métiers ;
  • le collège des personnalités qualifiées où siègent 6 représentants des services et établissements publics de l’Etat, les services du conseil régional et du conseil général, ainsi que deux scientifiques. Il est à noter que ce dernier collège ne dispose pas du droit de vote dans les délibérations du CGP. La charte prévoit que celui-ci soit animé par un «animateur consultant».

Une instance d’exécution.
C’est l’équipe de gestion: un directeur, un ou deux ingénieurs, un secrétariat.
Toutes les décisions qui ont une portée pour la gestion de l’ours et de son territoire relèvent désormais de l’Institution patrimoniale, qu’il s’agisse des projets d’aménagement de pistes, de l’aide aux bergers, de la chasse, de la gestion des forêts, et des mesures de protection de l’ours.


C’est ainsi qu’au cours du dernier trimestre de 1993, un «groupe de travail des vallées béarnaises» constitué de cinq commissions (structures de gestion, forêt, agro-pastoralisme, chasse, ours), auxquelles les associations de protection de l'environnement ne sont pas conviées, mettra sur pied, en suivant les recommandations du rapport d'audit de 1991, la «Charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l’ours». Cette charte, que ses promoteurs [Par exemple dans «Sol et civilisation»; lettre numéro 3, août 1996.] présentent comme «une nouvelle stratégie de qualité», «une alternative à l’écologisme excessif», instaure un nouveau dispositif institutionnel: l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB).

Par ailleurs, elle entérine un programme d’actions, dont les partenaires arrêtent le financement.

Cette mise en place de l’IPHB s'inspire des chartes d’environnement (municipales, départementales, ad hoc,…) et des structures intercommunales qui se multiplient dans les années 90. Elle y puise en particulier:

  • sa philosophie («le contrat plutôt que la contrainte» — c'est ce mot d'ordre que Michel Barnier lance aux responsables locaux lors de sa visite de l'été 1993),
  • sa procédure (la signature d’une charte suite à des travaux en commissions consultatives),
  • ses orientations de contenu (la juxtaposition des actions d’aménagement et de protection, assortie d’une innovation essentiellement procédurale),
  • la structure de gestion mise en place, associant collectivités locales et territoriales.

Le diagnostic fondateur et les ambitions de l'IPHB à l'épreuve de la réalité

Cependant, les fondateurs de l'IPHB ne considèrent pas qu'ils adaptent simplement au Haut-Béarn les structures de concertation et de planification souples qui se répandent un peu partout en France. Ils considèrent que leur expérience possède des traits spécifiques qui en font un modèle pionnier de «gestion patrimoniale», «de portée beaucoup plus générale».

Cette spécificité et cette ambition portent essentiellement sur la volonté d'inaugurer de nouveaux rapports entre les acteurs. Ces nouveaux rapports, selon eux, seraient seuls capables de sortir de l'impasse où s'était enferrée la protection de l'ours. Dans quelle mesure leur expérience a-t-elle donné raison à ce diagnostic?

De nouveaux rapports entre acteurs ?

Dans les conclusions de son audit, Henri Ollagnon insiste sur une triple exigence quant aux rapports entre les acteurs locaux:

  • «une négociation et une gestion patrimoniale démocratiquement légitimes» (c'est le rôle du comité syndical, l'instance de décision du syndicat mixte),
  • «le conseil et l'implication des forces vives des vallées» (c'est le rôle du conseil de gestion patrimoniale),
  • «un lieu de rencontre, de négociation et de communication patrimoniales» (c'est le sens de la création de la maison de l'IPHB à Oloron-Sainte-Marie).

L'innovation affichée se trouve dans l'articulation, dans l'équilibre, entre ces trois dimensions de la vie démocratique (démocratie élective, démocratie des porte-parole, démocratie participative). Pour renforcer la démocratie des porte-parole, la charte de 1993 prévoit, en particulier, que «le président du comité syndical devra obligatoirement recueillir l'avis écrit du conseil de gestion patrimoniale pour toute décision prise dans le cadre de la charte avant de l’inscrire à l'ordre du jour du comité syndical» (art.11 de la charte). C'est en particulier le cas pour les orientations les plus importantes: «Le CGP […] a pour rôle: de donner obligatoirement et préalablement son avis au syndicat mixte sur les programmes pluriannuels d'exécution de la charte […]» (chapitre «conseil de gestion patrimoniale» de la charte).

Sur le plan de la participation du public des vallées à la gestion, le cahier des charges de l'étude internationale prévue dans la charte pour définir les orientations en matière d'ours prévoyait des réunions publiques dans les vallées pour débattre des différentes orientations possibles.

Sur ces deux plans, l'innovation prévue était donc de taille. Mais, après six ans de fonctionnement de l'IPHB, il ressort que les principales décisions d'orientation prises par le comité syndical (en particulier les programmes annuels d'action et surtout le pacte d'objectifs de décembre 1996) n'ont pas été soumises à avis préalable du CGP. Le rôle consultatif de celui-ci a essentiellement porté sur l'exécution des programmes, par exemple sur l'instruction de tel ou tel projet de construction de pistes pastorale ou forestière, ou d'exploitation forestière.

De plus, le CGP est en fait présidé (très activement) par l'élu président du syndicat mixte (et donc du comité syndical), ce qui limite sensiblement l'autonomie de pensée et de parole du CGP au sein de l'IPHB, au regard de ce qui était prévu dans la charte.

Au total, l'IPHB est simplement un syndicat d'aménagement possédant, comme bien d'autres, une commission consultative extra-syndicale (le CGP) dont le fonctionnement n'est ici ni particulièrement ouvert, ni particulièrement innovant.

Quant à la participation de tous, le programme de réunions publiques s'est arrêté net en 1996, peu après son démarrage, pour ne plus reprendre. Et la maison de l'IPHB ne s'est dotée d'aucun dispositif invitant à la participation du public ou permettant la communication avec lui: celle-ci se résume à une communication institutionnelle (plaquettes, courriers du président du syndicat, lettre d'information de l'IPHB) et aux conférences de presse au cours desquelles le président de l'IPHB s'attache à faire relayer sa lecture des situations par la presse locale.

Des solutions «positives» et originales pour la gestion de l'ours ?

Si les efforts pour mettre en place une gestion patrimoniale portent, comme on vient de le voir, sur des changements dans les procédures de gestion, c'est parce que leurs promoteurs sont convaincus que la racine des problèmes d'environnement en général — et de celui de l'ours en particulier — réside dans une mauvaise communication entre les acteurs. Ainsi Henry Ollagnon affirme-t-il dans son audit de 1991 «… une fois que la règle du jeu sera ainsi clarifiée, beaucoup d'innovations vont voir le jour, ce qui permettra de poser les problèmes les plus insurmontables de façon différente, tout en prenant en compte les vœux des différents acteurs».

Après six ans d'activité, les actions concrètes mises en place par l'IPHB confirment elles ce pronostic? Et d'abord, en quoi consistent-elles ?

Les expériences multiples au niveau international montrent que la conservation d'une petite population d'ours comme celle du Béarn nécessite de répondre à quelques questions fondamentales:

  • Comment renforcer la population?
  • Comment conduire de vraies réorientations dans les développements agricole et forestier, de façon à diminuer la desserte routière, et donc la fréquentation des secteurs sensibles de la montagne ?
  • Comment prévenir durablement l'exposition des troupeaux aux dégâts ?

Pour répondre à ces questions, la charte prévoyait que l'IPHB organise une expertise conduite par des intervenants indépendants à la fois de l'Etat et des acteurs locaux. Ainsi fut fait: en 1995, l'IPHB confie à un consortium constitué d'un expert américain à la compétence indiscutée en matière de gestion de l'ours et d'un bureau d'étude français spécialisé dans la gestion concertée de l'environnement, auquel l'auteur de ces lignes était associé, la mission de poser un diagnostic sur l'état du problème de l'ours et de mettre à plat les programmes possibles en matière de protection de l'ours pour débattre de cet «univers des possibles» dans les vallées et déboucher sur des préconisations.

Le pacte d'objectifs de décembre 1996

Le principe du pacte d’objectifs a été conçu par Henry Ollagnon en 1996, dans le cadre d’un rapport confidentiel. Il le formule dans les termes suivants :

Les options de guerre ou de déficience, de type «double zéro» (du type «zéro piste» ou «zéro ours») ou de type «simple maximum» (du type «quarante pistes», «120 ours pyrénéens»), dans lesquelles chacun maximise ses avantages propres et les inconvénients qu’il impose aux autres, apparaissent comme non optimales. Et, sous des formes différentes, la faveur apparaissait nettement pour des options intégrées de type «multi objectifs» (du type: «les pistes essentielles sur dix ans / chasse adaptée / exploitation forestière adaptée / quelques jeunes femelles ours sur dix ans / une sécurisation réciproque crédible des hommes et des ours) comme celles qui se dégagent aujourd’hui de la réflexion de l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn» (sic).

Concrètement, le pacte d’objectifs prévoit :

  • des mesures de sécurité pour les troupeaux,
  • une accélération des dessertes des estives, pour partie par pistes et pour partie par les moyens alternatifs (mini tracteurs de montagne),
  • la poursuite des programmes de coupes forestières

et pour ce qui concerne l’ours,

  • le marquage d’un ours pour permettre d’étudier ses déplacements par télémétrie et, surtout,
  • le lâcher expérimental, en 1997, d’une ourse, suivie d’une deuxième en 1998, si «l’intégration de la première ourse s’avère réussie».

Ce «pacte» reçoit un accueil très mitigé d’acteurs dont aucun n’avait été clairement associé à la décision. L’association des éleveurs et transhumants souligne que les réintroductions ne seront envisageables qu’après la réalisation de toutes les pistes décidées dans le pacte d’objectifs et de celles mentionnées dans les annexes de la charte de 1994. Les chasseurs expriment leur fureur devant le fait accompli et quelques semaines plus tard se retirent définitivement du conseil de gestion patrimoniale.

Les associations de protection de la nature, tout en saluant la décision de réintroduction, déclarent qu’elles ne peuvent accepter le «marché» formulé par le pacte d’objectifs: la réalisation d’aménagements qui compromettent l’habitat des derniers ours, contre des lâchers conditionnels. Les élus sont loin d’être unanimes et l’annonce du pacte donnera lieu à de vives passes d’armes politiques.


Le pacte d'objectifs fait long feu

L'opération sera brutalement interrompue par le syndicat mixte au terme de la première étape, le diagnostic proposé [voir l'expertise de Christopher Servheen dans «Etat des lieux de la population ursine et de son habitat dans le Haut-Béarn – stratégies de conservation et de renforcement éventuel»] étant rejeté sans discussion de fond sur l'état du problème ursin et sur les solutions envisageables.

  • Les réunions de discussion publique prévues pour en débattre n'auront pas lieu.
  • Les fonds qui leur étaient destinés seront en partie utilisés
    (expertise confidentielle réalisée par Henry Ollagnon [«Mise en oeuvre opérationnelle de la charte de développement durable et de protection de l'ours des vallées d'Aspe, d'Ossau, et de Baretous — convention d'assistance technique — rapport d'exécution» ; Henry Ollagnon; Institution patrimoniale du Haut-Béarn, Institut national agronomique Paris-Grignon ; 1996.)
    Une autre partie des fonds sera utilisée pour financer, dans le cadre de l'association «Sol et Civilisation», la promotion de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn comme «structure adaptée à un problème complexe de gestion d'un territoire». Dans les deux cas, cette utilisation des fonds LIFE a été contestée par la Commission de Bruxelles et fait aujourd'hui l'objet d'un contentieux.]

Ce rapport qui n'a pas été communiqué au conseil de gestion patrimoniale (ni, à notre connaissance, au comité syndical) précise et argumente le contenu du «pacte d'objectifs» que le président de l'IPHB fera voter au comité syndical en décembre 1996 et qui constitue le programme d'actions à moyen terme de l'IPHB pour la gestion de l'ours.

Le blocage IPHB / Ministère de l'Environnement

Suite au pacte d'objectifs, l'IPHB a proposé, en 1997, un projet de renforcement de la population d'ours. Il était assorti de conditions et, en particulier, de l'exigence de capturer un (ou deux) des 5 ours restants pour l'équiper d'une balise permettant de suivre ses déplacements.

Envisagé depuis deux décennies, ce marquage avait toujours été refusé, en raison du risque qu'il comporte pour des animaux déjà en difficulté. Le ministère de l'Environnement n'a donc pas retenu cette condition dans l'autorisation de renforcement de population qu'il délivre en réponse au projet de l'IPHB. De ce fait, et aussi pour manifester son opposition à l'application sur son territoire de la directive «habitats» (zones natura 2000) , l'IPHB a retiré son projet de renforcement et l'on est donc, depuis 1997, dans une situation de blocage dont IPHB et ministère de l'Environnement se renvoient la responsabilité.

Les quelques avancées enregistrées en matière d'ours dans le Haut-Béarn sont-elles le prélude à une telle gestion intégrée, ou seulement quelques concessions transitoires, le temps que meurent les derniers ours ?

Quant aux solutions alternatives en matière d'élevage, pratiquement aucun effort de réflexion, d'études ou de recherche n'a été effectué dans ce sens. L'IPHB a plutôt fonctionné ici comme un frein. C'est ce que montre l'exemple du muletage, l'une des solutions pour descendre les fromages produits sur les estives et approvisionner les bergers sans recourir à la construction de voies carrossables.

L'étude de la faisabilité technique, économique, sociale de cette solution, confiée au centre ovin d'Ordiarp (centre technique de la Chambre d'agriculture des Pyrénées Atlantiques et promoteur du programme de desserte routière des estives) a pris plusieurs années de retard. A ce jour, aucun résultat n'a été communiqué aux acteurs intéressés.

Cette alternative commence aujourd'hui seulement a être débattue au CGP, suite à la mise en place, sur une petite échelle, d'une expérience de muletage à l'initiative d'une entreprise locale désireuse de développer ce système, qui reçoit un accueil très favorable de la part des bergers concernés.

Alors que fait l'IPHB ?

Alors, que fait l'IPHB ? Pour ce qui est de l'ours:

  • Il assure la continuité des programmes d'action  progressivement mis en place depuis 1975.
  • Il réalise ou supervise l'indemnisation des dégâts d'ours,
  • les campagnes de sensibilisation,
  • les études biologiques sur les ours,
  • l'indemnisation des reports de coupes forestières motivés par la présence de l'ours,
  • l'équipement des estives pour la protection des troupeaux contre les dégâts d'ours, etc.

Les mesures de protection réglementaires jouent, bon an mal an, leur rôle pour parer aux destructions directes par le fusil. Un ours a été abattu illégalement en 1994, par un chasseur qui a été condamné (c'est la première fois) à une amende sévère. Face à la justice, il n'a reçu qu'un soutien mitigé des élus et de la presse locale.

L'unique femelle subsistant en 1995 a donné naissance à trois oursons (en 1995, 1998 et 2000). La population d'ours du Béarn reste dans le même état précaire, avec selon les comptages du réseau ours brun en septembre 2000, 4 adultes et 1 ourson (peut-être 2).

Pour le reste — et c'est l'essentiel de son activité — l'IPHB :

  • poursuit la réalisation, engagée depuis la fin des années 70, d'équipements pastoraux et forestiers.
  • Elle met en oeuvre le programme de construction de pistes élaboré par la Direction départementale de l'agriculture et le centre ovin d'Ordiarp en 1991 et repris par la charte en 1993.

L'IPHB, inefficace pour protéger l'ours

Après 6 ans d'activité, il ressort que l'espoir affiché au départ de libérer un véritable gisement d'innovations en confiant la responsabilité aux «acteurs locaux» ne s'est pas concrétisé. L'IPHB n'est toujours pas en mesure de concevoir et de mettre en oeuvre un plan cohérent et crédible pour une conservation durable de la population d'ours du Haut-Béarn.

C'est que le diagnostic, posé par l'audit de 1991, était tronqué: les difficultés auxquelles se heurte la gestion de l'ours ne sont pas tant liées à des règles relationnelles inappropriées qu'aux résistances actives que des  groupes de pression — dont l'influence domine aujourd'hui au sein de l'IPHB — opposent à des changements indispensables dans leurs activités.

L'IPHB: beaucoup de réaction anti environnementale, un peu d'intégration de l'environnement

Le développement au niveau mondial de nouvelles formes de réaction anti-environnementale

Dans son livre Green Backlash [«Green backlash - Global subversion of the environmental movement» ; Routledge, Londres, 1996], Andrew Rowell dresse, à partir de nombreux exemples, une synthèse des mouvements de réaction anti-environnementale dans le monde, et décrit les méthodes utilisées par les acteurs qui combattent la protection de l’environnement. On en retrouve les traits essentiels dans la situation Haut-Béarnaise.

Le schéma type de la rhétorique anti-environnementale des années 90

Ce discours est articulé autour de quatre volets.

  1. Il commence par installer les populations locales dans la position de victimes et les protecteurs de l’environnement en position de persécuteurs, faisant porter à ces derniers toute la responsabilité des problèmes sociaux et économiques rencontrés par les populations rurales. Puis il s'attache à récuser les constats scientifiques et à déconsidérer les experts.
  2. Ensuite, il propose un concept «nouveau» de gestion des ressources. Aux Etats-Unis, par exemple, le «partage» (share), qui consiste à partager les espaces protégés avec les acteurs qui veulent les exploiter économiquement, ou l’utilisation rationnelle (wise use), qui revient à ne pas laisser des ressources économiques se perdre pour des motifs de protection de l'environnement.
  3. Ces concepts sont affichés comme «éclairés» dans la mesure où ils reposent sur un principe auquel il est difficile de s’opposer, et «équilibrés» en ce sens qu’ils considèrent la poursuite de la dégradation de l’écosystème à un rythme raisonnable comme le bon compromis entre ceux qui veulent stabiliser la situation de conservation et ceux qui veulent continuer à exploiter ou transformer les écosystèmes concernés.
  4. Sur cette base, enfin, les partisans d’une politique claire de conservation, qui rende compte de ses résultats, sont présentés comme des extrémistes auxquels on attribue souvent des visées cachées, marxistes ou mondialistes, par exemple. (d'après A. Rowell)

En Béarn, les années 1990 et 1991 ont vu culminer une réaction anti-environnementale frontale:

  • manifestations contre la protection de l'ours et de son milieu,
  • menaces de mort adressées à des experts, à des fonctionnaires.

Ces formes d'opposition ne peuvent être considérées comme des aberrations isolées. Les élus étaient en tête des manifestations. Et lors du procès des auteurs de menaces, identifiés par la gendarmerie, ils sont venus apporter leur soutien aux accusés. Mais, dans son ouvrage, Rowell constate que le début des années 90 voit de plus en  plus ces oppositions ouvertes à la protection de l'environnement remplacées par des «stratégies de subversion du mouvement environnemental» dont il résume ainsi les grandes lignes.

  1. D’abord, les opposants à la conservation consultent des firmes de relations publiques spécialisées pour les aider à sortir de leur attitude d’opposition trop fruste. Elles élaborent pour eux un discours qui conforte leur position tout en étant «environnementalement correct» dans sa formulation.
  2. Dès lors, ils se proclament eux-mêmes les «vrais protecteurs» de l’environnement. Ils créent, dans ce but, des organisations spécifiques (associations, fondations, ...) qu’ils contrôlent et qui portent un nom très environnemental.

L'IPHB: un dispositif de réaction anti-environnementale

On retrouve cette stratégie, et la rhétorique qui la fonde, au centre de la genèse et du fonctionnement de l'IPHB.

Elles sont apparentes dès la création: en 1990, du «comité intervalléen pour la sauvegarde de l’ours et de la faune pyrénéenne dans leur environnement», qui formule ainsi sa raison d’être: à la fois […] réagir à l’action excessive des «protecteurs de la nature» et […] répondre au besoin de «gestion intégrée» de la zone à ours»[«Propositions de mesures immédiates en faveur de l'ours brun dans les Pyrénées Atlantiques, et de structures locales pour en assurer l'application avec l'appui des services de l'Etat» ; Comité intervalléen pour la sauvegarde de l'ours et de la faune pyrénéenne dans leur environnement, 26 juillet 1990.] Les interventions d'Henry Ollagnon apportent aux «réticents» locaux un appui professionnel pour monter l’IPHB et, surtout, pour mettre au point une rhétorique anti-environnementale adaptée à la situation. Dans son discours comme dans celui de l'IPHB, on retrouve tous les points clés identifiés par Rowell.

  • Les valléens sont activement installés dans le rôle de victimes: «... Il est vrai que l’ours a fait beaucoup souffrir les vallées» ; ou encore: «... La protection de l’ours a été pendant de nombreuses années un facteur de blocage du développement des vallées» [Henry Ollagnon, dans «Charte de développement durable des vallées d'Aspe, d'Ossau et de Baretous et de protection de l'ours: projet de fondation patrimoniale — rapport final» ; Institution patrimoniale du Haut-Béarn, Institut national agronomique Paris-Grignon, 1998.].
  • Des incertitudes, sans portée significative pour l'action, sont montées en épingle pour récuser les bases scientifiques et techniques fournies par des années de recherches: «Combien y-a-t-il réellement d'ours ? 6 ou plus ? Combien y-a-t-il effectivement de femelles ? Que cache vraiment ce déficit d'information?» [«L'ours: çà se trouble à nouveau…» ; La lettre de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn, n° 4, août 2000.]
  • La «gestion patrimoniale» est présentée comme un concept nouveau rendant obsolètes les difficultés bien réelles sur lesquelles a buté — et en réalité bute encore — la protection de l'ours. En pratique, elle ne correspond qu'à un affichage: on rebaptise, par exemple, «patrimonialisation de l'ourson» des actions classiques de nourrissage des animaux et de sensibilisation du public, ou «conseil de gestion patrimoniale» la commission consultative extra-syndicale.
  • Le compromis bancal du pacte d’objectif — un ou deux ours supplémentaires contre la poursuite du programme de pistes — présenté comme une solution «équilibrée».
  • Les responsables et les mouvements environn