Pastoralisme - Protection troupeaux

27 août 2008

Protection contre le loup: gare aux patous

Aides bergers et parcs de nuit, les mesures de protection portent leurs fruits, mais les éleveurs sont réserves par rapport aux chiens patous. Et la situation est plus difficile dans les nouvelles zones de colonisation comme en Savoie.

Le loup a colonisé de proche en proche presque tout l'arc alpin en France et le climat s'est petit à petit apaisé autour de son installation.  Ce qui ne veut pas dire que les éleveurs acceptent dans leur ensemble l'arrivée de Canis Lupus. Le climat a changé pour des raisons politiques. L'arrivée du loup au début des années quatre vingt dix avait correspondu à la présence au gouvernement de Dominique Voynet, ministre ( Vert) de l'Environnement, période pendant laquelle les défenseurs du loup avaient, reproche formulé par les opposants au canidé, "leurs entrées" au ministère, les éleveurs se trouvant dans l'opposition politique.

Eleveurs et bergers déploraient le déséquilibre juridique entre une espèce protégée, et leur propre «espèce» qu'ils considéraient menacée par le contexte économique, mais aussi par l'arrivée du loup. Manifestations et braconnage ont défrayé la chronique pendant plusieurs années.

La situation est apaisée. L'évolution du contexte politique y est pour quelque chose. Le monde pastoral a eu le sentiment d'être plus écouté depuis que la droite est revenue au pouvoir. La droite a fait droit à des revendications de base du monde de l'élevage ( et agricole) , en légalisant en particulier les « prélèvements » , réalisés par l'autorité publique, rendu possibles cette année, par les éleveurs et bergers eux-mêmes dans des conditions strictes ( voir l'infothèque d'Enviscope: loup) La mise en place de toute une série d'aide techniques a contribué à adapter éleveurs et bergers à des conditions nouvelles de travail, qui restent souvent difficiles.

Dégâts globalement stabilisés

Les niveaux de dégâts se sont globalement stabilisés. Les attaques dépendent encore du niveau de protection des troupeaux, mais aussi des conditions locales et de la météo. Un temps brumeux favorise les attaques. Les attaques dépendant aussi de l'environnement. Un «secteur comme le nord de Belledonne, avec des forêts proches des troupeaux reste un secteur sensible" explique Yves Raffin, directeur de la Fédération des Alpages de l'Isère. Plusieurs attaques ont eu lieu cette année, dans des zones de présence permanente, dans le secteur de la Chapelle en Vercors, de Treschenu, de Saint Agnan, aux confins de la Drôme et des Hautes Alpes. Les secteurs de colonisation nouvelle ou incertaine, peuvent poser problème, comme en Savoie, où les bovins allaitant restent dehors et où des veaux ont été agressés.

Si les techniques de protection passive (filets, etc) et si les aides sont approuvées par les bergers et par les éleveurs, les professionnels critiquent les chiens patous, au nom de la sécurité «Tous les jours, il y a des problèmes», note Yves Raffin de la Fédération des Alpages de l'Isère. «Les patous cela ne marche pas dans nos secteurs où 75 % des alpages sont parcourus par des randonneurs. Il y a des plaintes, il y a des accidents,un jour il y aura un accident plus grave».

En fait, explique un technicien, les patous peuvent poser un problème de gestion a aux éleveurs et aux bergers, non pas tant sur le plan de la sécurité et de la responsabilité, qu'au niveau de la charge représentée par l'animal. Un patou doit être élevé, nourri à l'année, même lorsqu'il ne travaille pas. Il peut aussi poser des problèmes dans les villages où il séjourne en dehors de la saison d'estive.

Il n'en reste pas moins qu'en Savoie, en particulier en Maurienne, en particulier cette année, trois chiens patous ont été retrouvés empoisonnés par leur propriétaire depuis le début de l'année. (Lire : Des chiens meurent empoisonnés) Plusieurs randonneurs ont été mordus, plusieurs dizaines de promeneurs ont été impressionnés, effrayés par ces chiens de plus de 50 kilos dressés pour défendre énergiquement leur troupeau. Des responsables d'entreprises touristiques mettent en garde contre les risques de remise en cause de la fréquentation de certains secteurs. En plus du loup, c'est le patou qu'il faut surveiller.

Michel DEPROST
Source : Enviscope

Rare sont ceux qui disent encore "Les patous, celà ne marche pas". Par contre, ceux qui refusent la protection des troupeaux par les patous (suivez mon regard) utilisent souvent comme argument :

  • Le danger que représente le patou pour les promeneurs
  • La responsabilité du berger en cas d'attaque, les procès qu'il encoure..

Comme pour tous les chiens, l'éducation du patou est importante. L'éducation du promeneur l'est aussi, il doit savoir comment se comporter en montagne.

Pour que "celà marche", il ne suffit d'acheter un patou et de le lâcher avec le troupeau. Pour bien comprendre la problématique des chiens de protections, ce qu'il faut faire pour que la protection soit efficace, pour trouver des solutions aux problémes des bergers, voici quelques notes importantes :

14 septembre 2007

Crétins des Alpes ou ânes des Pyrénées ?

Tout le monde n'est pas aussi têtu que les éleveurs des Pyrénées ou des Alpes : des éleveurs suisses s'associent pour mieux gérer leurs troupeaux et pour une bonne protection du capital génétique des élevages ; pour faire leur métier de berger convenablement, en bon "père de famille" en quelque sorte. 

Côté pyrénéen, Bruno-Besche Commenge (le grand défenseur des "races à petit effectif" en Ariège et de la biodiversité domestique - lire Bruno Besche-Commenge: Où est la biodiversité à préserver ?) à une vision de la protection du capital génétique absolument opposée...

BBC : «Il paraît alors inquiétant (...) que l’on fasse aussi peu référence à un document essentiel par lequel la France s’est engagée, dans la droite ligne des réflexions que la FAO conduit au niveau planétaire. Il s’agit de la Charte du Bureau des Ressources Génétiques (...) qui parle de la juste protection des races ovines et bovines rares et bien sûr de l'intérêt de ne pas garder les troupeaux afin de les laisser profiter des terrains difficiles.» Ah que la Suisse est loin des Pyrénées ! Le bon sens n'est pas justement réparti chez les buveurs de Fendant et chez les buveurs de Jurançon.

Syndicat de menu bétail du Chablais

Suisse (Chablais) - Trois syndicats d'élevage ont fusionné en une seule organisation. Les organisations de la plaine du Rhône, de Panex-Plambuit et de Bex et environs constituent le syndicat du Chablais depuis le 1er août dernier.

Le regroupement vise à optimiser le travail administratif et à s'adapter à la tendance du recul du nombre de membres. Le nouveau syndicat couvre à présent tout le Chablais, à l'exception de la région des Ormonts qui a décidé pour le moment de rester indépendante, du fait qu'elle dispose encore de suffisamment d'éleveurs et d'animaux. Le syndicat du Chablais comprend aussi bien des moutons que des chèvres. L'effectif ovin, composé d'une grande majorité de Blancs des Alpes, atteint 1200 têtes dont 600 mères, pour un total de 29 éleveurs actifs. Quant aux chèvres, leur nombre atteint 300 sujets inscrits, pour 24 détenteurs. La race Chamoisée est de loin la plus répandue, suivie de la Gessenay et de la Grisonne. Huit éleveurs possèdent entre 30 et 50 laitières et fabriquent du fromage.

Le syndicat assume la mise sur pied de trois commissions pour la vente des agneaux: une au printemps, les deux autres l'automne. Les concours, dont le nombre a pu être diminué par la fusion, ont lieu au printemps pour les chèvres et en automne pour les moutons.

La menace du loup

Auparavant, un alpage était exploité par les différents syndicats. Les incertitudes liées au loup et les problèmes de gardiennage ont amené la nouvelle structure à collaborer avec le moutonnier de l'alpage de l'Hongrin. L'estivage se fait ainsi sous la surveillance d'un berger et de chiens de protection. Une nécessité pour Georges Tribolet co-secrétaire du syndicat: «En sélectionnant des bêtes, il faut au moins dix à quinze ans pour extraire une bonne souche. Avec les dégâts du loup chez certains de nos collègues, on s'aperçoit que tout peut être anéanti en un instant. Nous préférons prévenir puisque notre élevage ne se remplace pas par une simple indemnisation financière».

[NDLB: Dans les Pyrénées, on préfère laisser divaguer les troupeaux de races "à petits effectifs", puis crier "à l'ours" devant les caméras et les micros, parce que les précieux effectifs diminuent encore suite à l'incohérence ultrapastorale et à la table dressée toute grande pour l'ours. Il est étrange de constater que les multiples "associations de sauvegarde du patrimoine", ne cherchent à sauver rien du tout, pas même le pastoralisme en crise, pas même leurs races de brebis rares ; leur seul et unique objectif : l'extinction de l'ours des Pyrénées pour laisser paître les troupeaux, sans berger et sans protection dans les terrains difficiles. Belle conception du devoir et du métier. Les bergers sont devenus des éleveurs industriels. Même les AOC divaguent. ]

L'organisation joue un rôle central pour le maintien des races, conformément à leurs standards respectifs, explique le président du syndicat Marcel Dévaud: «Les grands troupeaux sont parfois croisés à tel point qu'il leur arrive de perdre les caractéristiques spécifiques de la race d'origine. Même si la plupart des membres du syndicat sont de petits éleveurs, ceux-ci réalisent un précieux travail de sélection dont les grands élevages peuvent profiter».

Pour Roger Favre qui élève 120 brebis et exploite 27 hectares sur les pentes des Posses-sur-Bex, le fait d'avoir toutes ses bêtes inscrites au syndicat exige un travail conséquent de recensement des données et de sélection: «Je constate que la demande reprend pour des bêtes de race. Faire partie du syndicat est donc un avantage». Par rapport à l'effectif total élevé dans le Chablais, les animaux inscrits au syndicat ne représentent qu'une faible part. La différence de prix entre une agnelle d'élevage et une bête d'engraissement n'est plus aussi accentuée que par le passé, ce qui explique en partie que certains éleveurs rechignent à s'affilier au syndicat.

Michel Darbellay - agrihebdo

25 août 2007

Pas de protection, pas de pognon !

Et si pour les bergers, la solution au problème des vautours était la même que celle proposée par l'Etat pour les prédateurs : la protection des troupeaux !

Le vautour est dépendant de l'activité pastorale

Pyrénées Magazine : Quelles sont les évolutions notables chez les vautours fauves depuis qu'ils sont protégés ?

MICHEL TERRASSE : Dans les années soixante, il était extrêmement difficile d'observer des vautours à terre ou en train de manger. On devait réaliser des affûts interminables qui duraient plusieurs jours afin d'avoir la chance d'observer une curée. Ils s'envolaient précipitamment dès qu'on s'approchait à moins de trois cents mètres. Aujourd'hui, dans certains endroits, les vautours se posent à vingt-cinq ou trente mètres et se laissent facilement photographier par les touristes. On explique cela par leur présence accrue sur certains sites, et parce qu'ils ont moins peur de l'homme, qui n'est plus une menace pour eux.

BERTRAND ELIOTOUT : Quand les populations étaient très faibles, les vautours mettaient beaucoup de temps pour arriver sur un cadavre. Une carcasse pouvait rester ainsi plusieurs jours sans être dévorée. Maintenant, avec l'accroissement des effectifs, ils peuvent être là très rapidement. Même ici, dans les Grands Causses, où l'on a cent soixante-dix couples sur cinq cent mille hectares, les vautours fauves sont souvent présents en moins d'une heure. Par contre, on entend dire que les vautours préféraient la viande faisandée à la viande fraîche et que cela à changé. C'est faux, ils préfèrent la viande fraîche, mais, auparavant, ils mettaient plus de temps pour trouver les cadavres et ils avaient beaucoup plus peur de se poser.

Qu'est-ce qui peut réguler la population sur un territoire ?

MICHEL TERRASSE : La première chose qui la limite, c'est la nourriture. Les vautours ont explosé en Espagne parce qu'il y avait énormément à manger. Quand ils manquent de nourriture, ils nourrissent moins les petits, et il y a moins de reproduction. Ils ont également besoin de falaises pour pouvoir nicher. Ils n'ont pas de prédateur direct, excepté l'homme. La seule prédation qu'ils peuvent subir en milieu naturel, c'est sur leurs œufs et sur les poussins, à cause du grand corbeau notamment, mais elle reste limitée.

BERTRAND ELIOTOUT : Les vautours ne se nourrissent qu'à partir d'une mortalité naturelle des animaux. Il est hors de question pour nous de dire: "II n'y a pas assez de vautours, donc on doit les nourrir plus". C'est une impasse.

On observe de grands déplacements de vautours fauves en Europe, pourquoi ?

MICHEL TERRASSE : Ils voyagent dans toutes les Pyrénées, traversent le Massif central, les Alpes, les Vosges, le Jura, les Ardennes et certains poursuivent même vers le nord. On en trouve jusqu'en Belgique et même en Finlande et en Suède ... Ils se déplacent plus facilement en été, car ils bénéficient des courants thermiques favorables et il y a plus de nourriture disponible avec les bêtes en estive. Certains descendent en Afrique l'hiver, en passant par Gibraltar.

BERTRAND ELIOTOUT : Ces mouvements ne peuvent pas être liés à la recherche de nourriture, sinon ils n'iraient pas si loin, et les observations de terrain seraient différentes. C'est une espèce qui bouge beaucoup, sans que l'on ait d'explications précises. C'est plutôt une tendance naturelle de prospection de nouveaux territoires. Ils voyagent en groupe et sont donc beaucoup plus visibles.

MICHEL TERRASSE est vice-président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Spécialiste international du vautour fauve, il est à l'origine des mesures de protection françaises et a participé à diverses opérations de réintroduction en Europe.

BERTRAND ELIOTOUT représente la LPO dans les Grands Causses. Il vient de publier une monographie sur le vautour fauve.

Source : Pyrénées magazine.

Réaction de la buvette

Une idée simple : pour diminuer la population de vautours, il suffirait de diminuer l'abondance alimentaire. Quand les éleveurs adoptent des moyens de protections adéquats, la mortalité ovine diminue... moins de carcasses pour les vautours et une reproduction inférieure pour les rapaces. Mais quand on refuse les moyens de protection des troupeaux, la solution c'est l'éradication : "prendre des mesures de gestion et de régulation de l'espèce protégée" pour "L'association pour la sérénité à la campagne".

La protection, celà marche

De 2003 à 2005, 37 éleveurs ayant mis en place un chien de protection via l’Association Cohabitation Pastorale (ACP) ont fait l’objet d’une enquête directe concernant la prédation sur leur exploitation et les 18 estives qu’ils fréquentent."

[NDLB: L'ACP est décriée par les éleveurs anti ours et est dénoncée par Augustin Bonrepaux pour les subsides qu'elle reçoit pour placer des chiens et pour ses faibles effectifs. Les vraies raisons de cet ostracisme ? Parce que l'ACP est favorable à la cohabitation avec l'ours. Les éleveurs qui y sont opposés font pression sur les bergers "tièdes". Si des bergers ou éleveurs se rapprochent de l'ACP, ceux-çi voient leurs pneus crevés, ne retrouvent plus leur chien, et ne sont pas aidés ou remplacés en cas d'absences passagères, de maladies ou de déplacements urgents. Ils peuvent cr... ]

Lire à propos de ces violences, pressions et injures :

"Les données, recueillies sur 2 ans minimum (5 ans en moyenne) avant et après la mise en place du chien, ont été traduites en moyennes annuelles et additionnées afin d’établir un bilan global annuel. Résultats: 90 % de pertes ovines en moins !

"Ces chiffres ne concernent que les pertes par prédation et vol, c’est à dire les pertes sur lesquelles un chien de protection peut intervenir. Les dégâts sont très majoritairement causés par des chiens. Les ours représentent 5 à 10 brebis par an sur l’échantillon. Tous les éleveurs qui subissaient des dégâts constatent une baisse très forte des pertes. S’il arrive qu’une ou quelques bêtes soient tuées malgré la présence du chien, aucun gros dégât n’a été constaté sur un troupeau protégé par un patou. Toutefois, des marges d’optimisation demeurent."

Source : Brochure Protection des troupeaux - DIREN Midi-Pyrénées

Preservatif_boyau_moutonLa buvette : Il est de plus en plus évident que la cohabitation entre le pastoralisme et la faune sauvage des Pyrénées passe par la protection des troupeaux. Si les éleveurs ne veulent pas le comprendre, il est de plus en plus urgent de mettre FIN aux remboursements, dédommagements et primes et que ceux qui adoptent ces mesures financées par l'Etat soient justement aidés pour leur travail et leurs efforts de cohabitation. PAS DE PROTECTION, PAS DE POGNON ! Et si les troupeaux sortaient couverts ? La solidarité doit devenir conditionnelle.

Photo : Préservatif en caecum de mouton (www.leroidelacapote.com)

Baudouin de Menten

19 février 2007

Jean Paul Mercier : L’Ours et l’homme : Interaction et Cohabitation en Europe de l’Ouest

Par Jean-Paul MERCIER

Les rapports entre le plantigrade et l’homme ont presque toujours été conflictuels, en particulier dans les zones d’élevage. Très tôt il a été chassé des plaines et s’est réfugié dans des régions montagneuses isolées. Les seules exceptions, comme la zone sud de la Slovénie s’expliquent par la volonté du pouvoir, dans ce cas précis les traditions de l’empire austro-hongrois, puis le bon plaisir de Tito, de maintenir des réserves de chasse.

Chasseurs d'ours ou braconniers

La chasse fut historiquement la première relation entre les hommes et les ours, si l’on excepte certaines recherches sur les rites religieux dont l’ours aurait fait l’objet. Depuis le paléolithique l’ours fut un concurrent, et à ce titre chassé par les plus intrépides. Les chasseurs d’ours, comme les «oseros» espagnols de la fin du XIXème siècle, ont toujours bénéficié d’un grand prestige. On pratique toujours, en 2007, sous certaines conditions, des tirs d’ours dans les Pays Scandinaves, en Slovaquie, Slovénie, Croatie, Bosnie et Roumanie, par exemple.

De plus, dans de nombreux pays comme la Roumanie, où le phénomène s’intensifie encore, le braconnage, surtout pour les trophées, reste important. Il est difficile à quantifier, mais en Bulgarie, par exemple, on l’estimait à vingt ours par an jusqu’aux années 2000. En Grèce, on l’évalue à huit ours par an actuellement.

Collisions et guerres

Les collisions avec des véhicules provoquent également régulièrement la mort d’ours : sept cas en cinq ans en Grèce, deux par an en moyenne en Roumanie, trois à dix par an en Croatie, dont soixante dix pour cent sur des voies ferrées. 

La guerre en Croatie, Bosnie puis au Kosovo fut également la cause de la mort de nombreux ours. Après le conflit qui se termina en 1995 en Bosnie, la population d’ours de ce pays avait diminué de soixante pour cent. Certains avaient fuit les zones de combat, mais beaucoup avaient été tués dans les bombardements, en sautant sur des mines ou par des tireurs qui les visaient, ou non. De plus, de nombreuses zones minées subsistent, en Bosnie comme dans l’est de la Croatie, qui continuent à faire des victimes, et pas seulement parmi les ours.

Exploitation forestière et pastoralisme

L’activité économique génère, elle aussi, des interactions sensibles avec les plantigrades. D’abord l’exploitation forestière peut perturber gravement certaines régions occupées par les ours. La déforestation et la construction de pistes de débardage perturbent souvent son habitat naturel.

Dans les zones traditionnelles d’élevage, où l’ours a toujours été présent, il était considéré comme une contrainte naturelle, sa population ayant été maintenu à un niveau limité, souvent par la chasse. Les éleveurs utilisaient les moyens classiques de protection, comme la présence permanente de bergers et de grands chiens de garde. Ils devaient, en même temps, à peu près partout, se protéger également des loups, prédateurs beaucoup plus dangereux pour les troupeaux.

Sauf dans les territoires les plus septentrionaux, comme le nord de la Scandinavie où la nourriture végétale n’est abondante que pendant une courte période annuelle et où paissent de grands troupeaux de rennes en semi-liberté, l’ours est naturellement majoritairement végétarien (de soixante dix à quatre vingt quinze pour cent suivant les régions). De plus, la plus grande partie de sa nourriture carnée provient de petits animaux : insectes, petits rongeurs ou de charognes. 
 
L'ours est un omnivore opportuniste

L’attaque de troupeaux, surtout non gardés, s’explique donc presque exclusivement par l’opportunisme. En Norvège, par exemple, où 2 millions de moutons paissaient librement, la décision des autorités de protéger partiellement les ours en réduisant la chasse, provoqua une catastrophe. En 2000, on a estimé les pertes minimums à 50 moutons par ours pour une trentaines d’individus!
De l’autre côté de la frontière, en Suède où les mesures de protection furent appliquées très tôt, les dégâts sont restés insignifiants.

En Dalmatie, quatre ours réussirent à prendre pied sur l’île de Krk (keurk), éloignée de quelques centaines de mètres de la côte. Territoire voué au tourisme, de climat méditerranéen, elle est très éloignée de l’habitat type du plantigrade. Mais les petits troupeaux n’y ont jamais été gardés... En cinq ans, nos quatre compères ont dévoré un cheval, trois poulains, un âne, trois cochons…. Et plus de quatre cent moutons, non gardés !

L'ours a du nez

Les autres dommages causés par l’ours sur les biens portent sur les ruchers, les vergers, quelques champs de céréales ou exceptionnellement des piscicultures.
Il arrive, dans des conditions particulières de surpopulation, sans doute en situation de carence, que certains individus écorcent les arbres (sains), pour lécher la sève à l’intérieur, ce qui a pu provoquer d’importantes pertes de bois d’œuvre comme en Bosnie.

Beaucoup sont très friands d’huile de tronçonneuse et même, en Grèce et en Macédoine, des ours ont détérioré les poteaux téléphoniques traités avec une substance (créosote ?) qui les attirait.    
                                                            
Ils sont souvent familiers des tas d’ordures qui leur fournissent une source de protéines facilement accessible. Les grizzlies américains sont ainsi une cause permanente de soucis pour les responsables des parcs de loisirs.

En Europe occidentale, la société de consommation s’étend désormais jusqu’aux régions les plus reculés, et la quantité d’ordures augmente. Les décharges sauvages prolifèrent, ce qui provoque des rencontres à haut risque avec les ours. Pour éviter ces situations de conflit potentiel, la Croatie, par exemple, a lancé, en 2006, une grande campagne pour mettre en place des containers anti-intrusion.

La situation est plus difficile en Roumanie, où les ours qui venaient sur les tas d’ordures de Brasov et attiraient beaucoup de spectateurs imprudents, ont provoqué au moins un accident mortel. Un des ours, de plus, était infecté par la rage.

L'ours est un craintif, dangereux en cas de rage.

En réalité, la dangerosité réelle des ours est faible. Dans l’immense majorité des cas, il évite la rencontre avec l’homme, qu’il craint. On recense très peu d’accidents documentés. Les situations dangereuses sont, par ordre décroissant, un ours blessé, une femelle protégeant ses petits, une rencontre très rapprochée et soudaine et un ours sur sa proie.

Par exemple, sur cent quatorze rencontres documentées, aucune n’a entraîné d’attaque provoquant des blessures et seul quatre pour cent de celles-ci ont donné lieu de la part de l’animal à une charge d’intimidation.

  • En Bosnie, le dernier accident mortel avéré, un enfant tué, date de 1987. L'ours avait la rage. La population d'ursidés a fortement diminué après la guerre de 1995, mais elle atteint encore plus de 400 ours en 2006.
  • En Grèce, pas d’accident mortel depuis au moins vingt ans. (population 2006 autour de deux cent à deux cent vingt individus).
  • En Italie, pas d’accident mortel connu (population d’environ une centaine entre les deux zones).
  • En Espagne (Cantabriques) pas d’accident mortel connu. (environ cent/ cent vingt ours à ce jour).
  • En Slovaquie, pas d’accident mortel pendant tout le XXième siècle. (population actuelle de sept à huit cent ours).
  • En Croatie, un accident mortel en 1988 à Plitvice en plus de 60 ans. (Population d’un millier d’ours en 2006).
  • En Slovénie, un accident mortel, une femme qui ramassait des champignons, en 1987 (population de six à sept cents ours en 2006).
  • Enfin, il faut évoquer le cas particulier de la Roumanie. La population d’ours y est très importante, de l’ordre de six mille au moins ! Chaque année, on compte jusqu’à trois personnes tuées par des ours, mais la rage y est endémique et certaines zones d’estives bordent de profondes forêts abritant de fortes populations de plantigrades.

La méconnaissance génère peurs et préjugés

Hormis cette exception, les ours sont donc objectivement moins dangereux pour l’homme que des vipères, des sangliers ou des cerfs, et certainement beaucoup moins que le taureau de la ferme voisine, si vous vivez à la campagne!

C’est la perception subjective de cet animal, impressionnant par sa taille et sa force apparente, mais aussi la méconnaissance de ses comportements réels, qui provoque traditionnellement la peur. S’y ajoute les récits quasi mythiques de combats de forestiers, de chasseurs ou d’éleveurs contre des ours gigantesques! Ainsi les éleveurs des régions d’où les ours ont disparu depuis à peine quelques décennies en font souvent le symbole de tous les dangers.

En Slovénie, par exemple, les habitant des Alpes Juliennes (arc alpin), où le dernier ours autochtone est mort il y a plus de soixante dix ans, acceptent difficilement les quelques individus qui traversent leur région et qui, bien souvent, poursuivent leur voyage jusqu’en Autriche, où ils contribuent au repeuplement de la population d'ursidés.

Un autre exemple de ce préjugé nous a été fourni l’année dernière avec la malheureuse affaire de la mort de l’ours Bruno en Bavière.

Tous les spécialistes le répètent, la mise en place de campagnes information destinées à l’éducation du public doit être notre priorité, en particulier visant les usagers de la Nature dans les zones à Ours : éleveurs, forestiers, chasseurs et randonneurs.

Les campagnes répétées menées dans de nombreux pays sur les méthodes de protection des troupeaux, en Slovaquie, en Suède et en Autriche par exemple, commencent à porter leur fruit. Les pratiques pastorales ont évolué vers une meilleure cohabitation.

Il apparaît, d’autre part, que l’efficacité des tirs d’ours  dit « à problèmes » pour régler les situations de conflit, soit de plus en plus remise en cause. Il convient de mettre rapidement en place, dans l’élevage ovin par exemple, des moyens appropriés, comme des bergers permanents, des chiens de protection et des clôtures électrifiées pour le regroupement nocturne.

En Slovaquie, qui possède un cheptel d’environ trois cent cinquante mille moutons dans les zones de contact, pour une population ursine d’environ sept à huit cent individus, les pertes sur trois ans fluctuèrent de 397 à 169 par an, ce qui est, à l’évidence, limité pour un tel effectif d’ours.

Faciliter la coexistence

Le programme LIFE COEX, cofinancé par la Commission Européenne, le WWF, le MEDD en France, la faculté des Sciences de Lisbonne et le gouvernement de Castille et Léon a pour but l’amélioration de la COEXistence entre les grands prédateurs et l’Agriculture en Europe du Sud. Il a été mis en place dans cinq pays, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la France et la Croatie. Lancé en octobre 2004, il durera jusqu’en septembre 2008.

L'exception française et l'instrumentalisation de l'ours

En France, la partie française est menée par cinq partenaires :

  • WWF-France
  • L’Association pour la Cohabitation Pastorale
  • Pays de l’ours-ADET
  • Le Fond d’Intervention Eco-Pastoral (FIEP)
  • FERUS

Pour en terminer, certains pourrons sans doute s’étonner que la France ne figure dans aucun des exemples cités dans les paragraphes précédents.

Il me semble que dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, il faille parler d’une « exception française ». En effet, la France, avec une population ursine dérisoire d’à peine une vingtaine d’ours, c’est à dire un effectif incapable de provoquer de réels soucis à notre élevage de montagne, s’il était géré normalement, risque de manquer ce rendez-vous. En France, notre beau pays, au contraire de la plupart de ceux cités plus haut, l’ours n’est qu’un prétexte à d’autres jeux, politiques, syndicaux ou de courses aux subventions. Une minorité de la population pyrénéenne, constituée d’éleveurs et de responsables instrumentalisent l’ours à leur profit.

Pastoralisme productiviste

Les dommages les plus importants sont subis en Pyrénées Centrales, surtout en Ariège où les moutons sont élevés pour la viande. Les troupeaux en estives sont souvent entièrement constitués de brebis taries dont les agneaux ont été vendus «en bergerie» pour être engraissés ailleurs, fréquemment  en Espagne. Les troupeaux ne sont quelquefois visités qu'une seule fois par semaine !

En fait, cette politique productiviste contribue à détériorer de plus en plus leur rentabilité. La valeur ajoutée profite presque exclusivement à l’engraisseur et les quelques productions classiques ne peuvent concurrencer la viande d’agneaux néo-zélandais sous-produit de leur laine.

Cette pratique crée entre les éleveurs et les autorités en charge du dossier une situation malsaine puisque, bien que les bêtes ne soient pas gardées, les pertes dues à l’ours sont tout de même indemnisées.

Pourtant l’intérêt bien pensé des éleveurs de viande, ariégeois par exemple, menacés désormais par l’importante réduction annoncée des subventions européennes, ne serait-il pas, pour les plus dynamiques, de rechercher un nouveau mode de valorisation de leur produit ? Le maintien d’agneaux en estive peut représenter, parmi d’autres, une solution, par exemple associée à la mise en place des moyens de protections préconisés par le MEDD et avec les aides de celui-ci ?

Un miracle, un déclic, peut-être…. Souhaitons que le combat ne cesse pas dans un avenir proche, faute de combattants ! La survie des éleveurs ovins de montagne est menacée en France, mais l’ours n’y est pour rien !

Jean-Paul MERCIER

Bibliographie

Pour les Pays Scandinaves, l’Espagne, l’Italie et l’Autriche mes informations proviennent de documents du LCIE (Large Carnivore Initiative for Europe). Pour les autres pays, elles proviennent de spécialistes qui ont accepté de participer à mon travail en cours, un état des lieux des populations actuelles d’ours en Europe de l’Ouest. Ce sont Djuro HUBER, Marko JONOSOVIC, Sasa KUNOVAC, Yorgos MERTZANIS, Milan PAUNOVIC, George PREDOIU, Olsi QAZIMI, Robin RIGG et Aleksander TRAJCE dont la compétence est reconnue internationalement. Je les remercie ici pour leur appui et leurs encouragements.

11 janvier 2007

Retour du loup : les éleveurs ont surtout besoin de soutien moral

Le loup recolonise les Alpes françaises depuis 1992, et il ne se contente pas de faune sauvage. Il attaque les brebis, rendant particulièrement pénible le travail des éleveurs. Il faut faire avec, car le prédateur bénéficie d’une protection quasi-absolue de la législation internationale. Les Parcs naturels régionaux accompagnent les éleveurs et participent à la recherche de mesures efficaces de protection des troupeaux. Le débat, encore vif et complexe, commence cependant à s’apaiser.

Participent au débat :

Yves Pillet, président du Parc naturel régional du Vercors, président du « groupe Loup » de la Fédération des Parcs naturels régionaux : "On ne pourra pas longtemps se contenter de multiplier les chiens et les protections, d'indemniser en permanence. A un moment, la présence du loup continuant de s'étendre, la situation va devenir critique."

Eric Marboutin, chef de projet Loup et Lynx à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) pour le compte du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable : "L'Etat français n'a pas le choix. Il n’est absolument pas en droit de s’engager dans une politique de régulation."

Frank Dièny, éleveur ovin, président de la Fédération régionale ovine du Sud-Est: "Pour nous, éleveurs, l’arrivée du loup a représenté une révolution. C’est une vraie remise en cause de notre métier."

Samuel Marguet, en estive dans les Pyrénées Photo : Pascal Marguet, naturaliste, photographe, témoin du monde sauvage. (voir sa galerie de photos sur le pastoralisme à la buvette

Parcs : Peut-on dresser l’état de la situation, aujourd’hui, de la cohabitation entre le loup et le pastoralisme dans les Parcs ?
Yves Pillet : Le problème se pose depuis plusieurs années. C’est allé croissant. Dans le Vercors, d’abord dans la réserve naturelle des Hauts-Plateaux, les attaques se sont multipliées et se sont étendues ensuite sur l’ensemble du territoire du Parc.

Parcs : Depuis combien de temps ?
Yves Pillet : Les attaques ont commencé en 1997. Elles ont beaucoup augmenté dans les années 2000 à 2002, puis elles ont diminué en 2003, grâce, peut-être, à toute une batterie de mesures mises en place, comme les chiens de protection, les patous, entre autres.

Parcs : Est-ce que ce retour du loup a eu un impact sur l’activité pastorale? Le nombre de têtes élevées dans les alpages a-t-il diminué ou est-il stable ? Et s’il a diminué, est-ce à cause du loup ?
Frank Dièny : Pour nous, éleveurs, l’arrivée du loup a représenté une révolution. C’est une vraie remise en cause de notre métier. On n’élève évidemment pas des brebis pour qu’elles soient tuées par le loup. C’est donc toujours très mal vécu par les éleveurs. Etre éleveur est un métier difficile parce que c’est un travail très prenant. Il faut être présent tous les jours, ne serait-ce que pour alimenter les animaux. Et le public ne sait pas toujours cela. Mais c’est aussi un métier qui a su évoluer, se moderniser. Nous sommes devenus pointus sur la gestion des prairies, sur la protection de certaines espèces, comme en témoigne l’engagement des éleveurs dans les MAE (mesures agri-environnementales). Et on peut vivre aujourd’hui du mouton en assurant l’entretien des espaces et en produisant des agneaux. Les prix ne sont pas mirobolants, mais nous en tirons un revenu, des jeunes s’installent et, dans les Alpes en tout cas, le nombre de troupeaux ne diminue pas. La présence du loup est une difficulté supplémentaire, mais ne faisons pas de misérabilisme à propos des bergers.

Yves Pillet : Je crois tout de même que l’élevage ovin est en difficulté. Les éleveurs ne peuvent pas vivre seulement du marché. Ils sont considérablement aidés et c’est bien ainsi. Car pour les Parcs, c’est une condition sine qua non de la qualité des paysages, sur les pentes en particulier. Et les Parcs ont aussi pour mission de préserver la biodiversité.

Bien entendu, les éleveurs et les Parcs n’ont pas demandé le retour du loup. C'est une espèce protégée, très bien. Ce pourrait être un atout touristique, mais on ne le voit jamais ! Le problème, d’ailleurs, n’est pas tellement la quantité de dégâts causés par le loup, que l’impact psychologique des attaques et de la menace qu’elle représente pour les éleveurs. C’est une angoisse permanente, et nous redoutons que le découragement ne s’installe dans les zones les plus difficiles, que l’élevage hors sol prenne le pas sur l’élevage extensif en pâturages.

Eric Marboutin : Ce n’est probablement parfois pas facile pour un Parc naturel régional de concilier toutes ses obligations, comme par exemple une politique de l'environnement et sa vocation à développer l’économie, l’agriculture montagnarde en l’occurrence. Nous avons une cohérence à assurer entre les aspects réglementaires nationaux et européens et les orientations telles qu’elles sont souhaitées sur le terrain.

Aujourd'hui la politique de gestion du dossier “loup”, essaie de concilier ce qui peut paraître difficilement conciliable : un encouragement au maintien des activités pastorales et des obligations de protection de l’espèce, avec utilisation des clauses restrictives de la directive Habitats qui dit que quand on ne peut pas faire autrement, et que le prédateur nuit gravement aux intérêts économiques, on peut prélever quelques animaux. Mais c’est une position médiane qui, par définition, ne peut satisfaire les attentes plus absolues des uns et des autres.

Parcs : Frank Dièny, est-ce que l’indemnisation en cas d’attaque est suffisante ou est-ce qu’elle ne suffira jamais ?
Frank Dièny : L’indemnisation correspond à la valeur d’achat de la brebis perdue. Reste néanmoins des pertes de productions qui ne sont pas totalement prises en charge. Le problème, c’est que le vécu des éleveurs face à ces attaques du loup ne se règle pas avec des indemnisations. Au-delà de la surcharge de travail, il y a cette angoisse d’être dans une zone à loups. C’est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes. C’est très très difficile à vivre. Je le vois dans mes contacts, l’éleveur non soumis à la prédation, qui ne connait pas cette difficulté, ne comprend pas la nature du problème. Il faut le vivre pour le connaître.

Yves Pillet : Objectivement, aujourd’hui, la situation économique n’est pas critique, mais psychologiquement, en effet, elle n’est pas tenable. On ne pourra pas longtemps se contenter de multiplier les chiens et les protections, d’indemniser en permanence. A un moment, la présence du loup continuant de s’étendre, la situation va devenir critique.

Eric Marboutin : Je crois, en effet, qu’il y a un vrai problème de perte de qualité de la vie professionnelle des éleveurs. Bien sûr, le loup est emblématique d’une nature diverse restaurée, mais comment « compenser » l’impact de sa présence dès lors qu’il s’agit de perte de qualité de vie des professionnels ? Le problème, défini sous cet angle, n’est peut-être pas résoluble par des voies financières uniquement. Il s’agit peut-être aussi d’aider à changer la perception des impacts induits par la présence du loup.

Parcs : Mais alors comment un Parc naturel régional peut-il aider à assumer cette difficulté là ?
Frank Dièny : Je ne poserais pas la question ainsi. Un éleveur dans un Parc naturel régional, c’est vrai, est entouré, accompagné. Mais, au moins au début, s’il accepte des protections, il accepte la présence du loup. C’est difficile à admettre. Il faut donc accompagner les éleveurs, évidemment, mais avec beaucoup de prudence. L’éleveur finit toujours par mettre des moyens de protection…ou il part. Le Parc naturel régional peut l’aider dans ce cheminement.

Parcs : On a un peu l’impression, à vous écouter tous les trois, que le problème de la présence du loup ne pourra se résoudre qu’avec sa disparition. Est-ce que, oui ou non, il existe des techniques qui permettent aux éleveurs de vivre sereinement avec le loup ?
Frank Dièny : Nous avons mis en place des moyens de protection qui nous ont demandé des efforts énormes, notamment en surcharge de travail. Plus de 80% du cheptel dans les zones à loup est protégé.

Parcs : Sont-ils efficaces ?
Frank Dièny : Leur efficacité est très relative, parce que les solutions sont toutes à double tranchant. On préconise un chien patou pour 100 brebis, c’est beaucoup, et cela poserait des problèmes à la faune sauvage, aux touristes qu’ils effraient. Les parcs de nuit posent des problèmes sanitaires évidents et n’empêchent pas toujours les attaques de loup. De plus, le loup s’adapte et il faut suivre les recherches d’innovations de très près, et surtout faire du cas par cas car chaque exploitation est différente.

Parcs : Yves Pillet, vous êtes président de Parc et en tant qu’élu vous devez faire respecter la législation de protection de cette espèce. Que faites-vous, en même temps, pour aider les éleveurs à exercer leur métier dans les meilleures conditions possibles ?
Yves Pillet : Nous facilitons d’abord la mise en place des moyens de protection qui ont déjà été évoqués, mais nous en recherchons aussi de nouveaux, peut-être moins lourds et plus efficaces. Nous n’avons sans doute pas fait le tour de toutes les solutions et c’est une des missions des Parcs naturels régionaux que de mener ces expérimentations. C’est la raison pour laquelle la Fédération des Parcs m’a confié la présidence d’un groupe qui réunit tous les Parcs concernés par le loup, cette recherche devant être aussi collective, avec l’aide du ministère, de l’ONCFS…

Le loup est là, maintenant il faut apprendre à vivre avec, je suis d’accord. Mais un certain nombre d’éleveurs croient encore qu’il a été réintroduit volontairement, et il n’est pas si facile d’établir un dialogue constructif. Ce dialogue est d’ailleurs relativement récent et le Parc jouant le rôle de médiateur, il se prend des coups de chaque côté, c’est inévitable !

Frank Dièny : Ce n’est pas étonnant : quand le loup arrive dans une nouvelle zone, dans un premier temps, les éleveurs refusent tout moyen de protection, parce que pour eux, c’est un signe d’acceptation de sa présence. Syndicalement, nous nous devons d’accompagner les éleveurs touchés qui n’ont pas d’autre moyen que d’essayer de se protéger.

Ceci dit, cette démarche sera intégrée par les éleveurs si nous continuons à dire, haut et fort, que la présence du loup n’est pas souhaitable ; ils font avec, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement, mais ils savent aussi que cela va à l’encontre du type de nature que l’on prône ici, une nature façonnée par l’homme, pas une nature sauvage.

Parcs : Concrètement, Yves Pillet, quelles sont ces nouvelles solutions qui pourraient aider les éleveurs à vivre avec le loup ?

Yves Pillet : Nous essayons en ce moment des parcs électriques qui déclenchent des lumières et qui éloignent les loups, mais cela gêne d’autres espèces sauvages. Nous expérimentons aussi des cabanes de berger secondaires. On installe des cabanes en bois sur les hauts plateaux, là où se trouvent de grands troupeaux, qui servent aux aides bergers.

En réalité, nous sommes convaincus que le pastoralisme doit rester présent dans l’arc alpin et qu’il faut l’aider à vivre avec le loup. Mais il faut bien comprendre aussi que la protection absolue de cette espèce pose des problèmes de régulation.

Parcs : Je ne comprends pas. Frank Dièny disait au début de la conversation que depuis le retour du loup, le nombre d’éleveurs ne baisse pas, qu’ils parviennent à vivre de leur activité, et vous dites maintenant que la protection absolue du loup pose problème !
Frank Dièny : Je n’ai pas dit que les éleveurs vivent convenablement ! D’abord, même sans loup, les aides sont indispensables au maintien de leur activité. Et surtout, je répète que le problème est avant tout psychologique. Il faut avoir vu des bêtes, quelquefois familières, déchiquetées par le prédateur, pour s’en rendre compte. Je ne veux pas noircir le tableau, mais il faut aider les éleveurs à tenir le coup, car je ne voudrais pas que dans les 5 ou 10 ans qui viennent, beaucoup de zones difficiles à protéger, soient abandonnées par l’élevage extensif, et que les prairies soient envahies
par les broussailles.

Parcs : Qu’est-ce qui vous manque, aujourd’hui, en termes d’aide et d’accompagnement pour mieux supporter la présence du loup ?
Frank Dièny : Je ne sais pas ce qui manque ! Je trouve que la régulation est un peu compliquée. Il faudrait convaincre que, quand les attaques sont lourdes et se multiplient, il faut faire un vrai prélèvement. Les tirs d’effarouchement, je trouve cela un peu ridicule.

Il est vrai qu’en matière de régulation, les dispositifs mis en place par le ministère de l’Écologie et du Développement durable, sont complexes. Ce qui me gêne, c’est que finalement, on va autoriser un loup à faire du prélèvement sur un troupeau trois fois, avant de lui dire “stop”. Le loup ne peut pas comprendre une telle attitude et l’intégrer. C’est dès qu’il arrive sur un territoire qu’il faudrait l’effaroucher et lui montrer que s’il s’attaque à un troupeau, il y a sanction.

Parcs : Eric Marboutin êtes-vous d’accord ? Avez-vous l’impression que le ministère de l’Ecologie et du Développement durable fait ce qu’il faut pour pacifier les relations entre les éleveurs et le loup.
Eric Marboutin : Je ne suis pas d’accord sur la critique telle qu’elle est formulée : l’Etat français n’a pas le choix, il n’est absolument pas en droit de s’engager dans une politique de régulation. Les textes internationaux stipulent clairement qu’on peut faire exception à la protection intégrale de l’espèce quand on ne peut pas faire autrement et qu’il y a dommage important aux activités économiques. Je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal, j’analyse simplement le cadre législatif européen actuel. Ce n’est absolument pas le cadre théorique d’une régulation, c’est celui d’une intervention ponctuelle possible là où cela devient indispensable. Et c’est ce que fait l’Etat. Il est parfaitement clair qu’il n’y a pas de cadre légal international pour mettre en oeuvre une politique de régulation du loup.

Frank Dièny : Ce qui me paraît important, au final, c’est que les Parcs naturels régionaux ont un atout primordial : celui du tissu social qu’ils sont capables d’entretenir. Quand un éleveur vient d’être touché par une attaque de loup, il est en détresse et pour lui, pouvoir parler avec quelqu’un, dans ces moment-là, est essentiel. Dans le Parc du Queyras, des gardes tournent et assurent ce genre de travail sur le terrain. Ce qui, dans la situation actuelle, me paraît très important.

Un groupe “loup” à la Fédération des Parcs

Tous les Parcs naturels régionaux de l’Arc alpin, du Massif Central et des Pyrénées sont invités à participer au "groupe Loup" mis en place au sein de la Fédération des Parcs. Sa réunion inaugurale, en juin 2006, à laquelle participaient les Parcs du Vercors, du Queyras, du Massif des Bauges, du Haut-Jura, de Chartreuse, des Monts d’Ardèche et des Pyrénées Catalanes, a permis de faire le point de la situation en France, et de partager ce que chaque Parc a mis en oeuvre pour faciliter la cohabitation du prédateur et du pastoralisme.

Deux exemples : le Parc du Queyras a mis en place un système de radio estive entre les bergers et les agents du Parc, avec héliportage de matériel, pose de clôture…, puis a créé une brigade pastorale de 3 agents. Celui des Monts d’Ardèche est dans une phase d’anticipation : pour l’instant, seuls les sangliers font des dégâts, mais si le loup arrivait, le danger serait grand car les troupeaux sont de petite taille, dans des milieux prairiaux très imbriqués avec la forêt.

Le groupe a décidé prioritairement d’appuyer le rôle d’expérimentation des Parcs naturels régionaux et de communiquer autour de cette question.

Source : Parcs n° 56, novembre 2006

24 août 2006

Périoule: Autorisation de tir d'un loup (Massif de Belledonne)

Une trentaine de brebis ont été victimes du loup cet été en Isère

Les éleveurs ont pendant de longues décennies pris des habitudes que le loup vient bouleverser. Il faut aujourd'hui envisager l'élevage d'une autre façon

Les étés se suivent et se ressemblent pour Jean-Pierre Jouffrey. En juin, il s'installe en famille et armé avec son troupeau de brebis au Collet d'Allevard avant de rejoindre au début du mois d'août l'alpage de Périoule situé sur les  communes d'Allevard, Pinsot et La Chapelle du Bard.

Actuellement, la majorité des attaques a lieu dans le massif de Belledonne. C'est pourquoi, le préfet a décidé hier d'autoriser le prélèvement d'un loup par les lieutenants de louveterie à l'alpage de Périoule.

Le berger craint le loup comme la peste. « Chaque année, à Périoule, je perds à cause du loup des dizaines de bêtes. » Cet été 2006 ne déroge pas à la règle. « 21 moutons ont été tués par les loups. Auxquels il faut ajouter les animaux perdus. 41 aujourd'hui. »

« Après un mois de juillet calme sur le front des attaques, le mois d'août est assez agité », explique Laurent Blin, technicien à la Direction départementale de l'Agriculture et de la Forêt. «Avec le mauvais temps, la visibilité des gardiens est mauvaise.» Le loup a trouvé un allié.

Quelques attaques ont été signalées sur les hauts plateaux du Vercors et dans le massif du Taillefer. Aucune en Chartreuse depuis celles de début juillet. Actuellement, la majorité des attaques a lieu dans le massif de Belledonne. Face à ce phénomène, le préfet a décidé hier d'autoriser le prélèvement d'un loup par les lieutenants de louveterie à l'alpage de Périoule. Permis de tuer accordé.

"Une mesure pourquoi faire ?"

Jean-Pierre Jouffrey, premier concerné par cette mesure n'a pas sauté de joie en apprenant la nouvelle. « C'est insuffisant. Il y a au moins 5 ou 6 loups qui rodent autour de mon troupeau. Un de moins ça va changer quoi ? J'espère que les attaques cesseront. .. mais j'en doute. Elles feront peut-être moins de dégâts. » Et de conclure : « Moi ce que je veux c'est zéro attaque

Pour protéger ses moutons, le berger ne se cache pas d'utiliser son fusil. « Mais je rentre mes bêtes dans des enclos et j'ai deux patous. » Une race de chiens qui ne craignent pas grand monde. Ni les loups. Ni les ours. 70 % des éleveurs en posséderaient. Est-ce pour autant "La" solution ? « Un bon enclos, un gardien et des patous suffisent contre le loup » estime un spécialiste du sujet.

Jean-Pierre Jouffrey, de son alpage, ne partage pas vraiment cet avis. « Moi il me faudrait trente ou quarante patous pour mes 3 500 bêtes. Impossible. Les chiens ce n'est pas "La" solution. Mes deux patous m'annoncent l'arrivée du loup. Ils le sentent de très loin. Voilà à quoi ils me servent. »

Eve Palacio dirige pour sa part un troupeau dans le Vercors. Elle a opté pour la solution "patous" depuis une dizaine d'années. « De fusil je n'en ai jamais eu, souligne l'éleveuse ; j'ai 160 bêtes et trois patous. Pour moi ces chiens, c'est du préventif, un élément de protection pour alerter le gardien du troupeau et faire peur aux loups comme à tous les autres prédateurs. »

Convaincue par cette méthode "naturelle", elle est consciente de ses inconvénients. « Avoir un chien, c'est un travail supplémentaire. Il faut le dresser quand il est jeune, monter le nourrir tous les jours. C'est une réelle surcharge de travail. Mais je pense que c'est une des réponses pour que loups et éleveurs puissent cohabiter. »

Cohabitation: Une notion relativement récente

« Les éleveurs ont pendant de longues décennies pris des habitudes que le loup vient bouleverser. Il faut aujourd'hui envisager l'élevage d'une autre façon. »

Matthieu ESTRANGIN
Source :
La Dauphiné

Les Lieutenants de louveterie et des gardes particuliers assermentés sont chargés du tir de loup sur l'alpage de Périoule, sous le contrôle du service Départemental de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage.

20 mai 2006

Catherine Brunet : Ours, les moyens de protections

Conjointe d'éleveur sur siguer et possédant 150 brebis, depuis l'année 2000, année où nous avons apris que boutxi sévissait sur l'estive d'a côté, nous avons mis en place des moyens de protection : le fameux chien de montagne des pyrénées, appelé aussi patou. Le ministère de l'écologie nous a aidé pour l'acquisition de ces chiens. Nous avons réorganisé notre exploitation : nous mettons en place des parcs électrifiés et quand cela n'est pas possible, mon conjoint à repris la garde du troupeau l'aprés midi.

En estive, réputée difficile, nous avons préféré nous battre aupres du ministère de l'agriculte pour qu'il nous finance un 2 ème berger plutôt que de nous battre contre l'ours. C'est vrai que cela n'est pas facile de changer de pratique. mais je ne comprend pas pour certains éleveurs qui savent que l'ours traverse leur exploitation où leur estive ne mettent pas en place ces moyens de protections. Non ne me dites pas que cela n'est pas possible (beaucoups d'éleveur le font, plus que l'on ne le croit), que le gardiennage fait maigrir (le berger à quoi sert-il alors). ne me dites pas que sans gardiennage les bêtes ne disparaissent pas, connaissent la limite de votre exploitation ou de l'estive.

Tout le mois d'avril, et ce week end encore, boutxi est passé sur notre exploitation. Nous le savons car nos patous passent leur temps à " le" prévenir qu'il ne doit pas s'approcher de notre bergerie...et quand nous sortons voir de quel côtés nos chiens vont, nous savons que tel ou tel rucher aura des dégats car malheureusement les moyens de protections n'ont pas encore étaient installé.
Nous sommes en Ariège, en France, en 2006, pourquoi se battre contre l'ours plutôt que de vivre avec.

Catherine Brunet

[Romuald : Je n'ai rien à rajouter. C'est plein de bon sens]

09 août 2005

Quelles sont les moyens de protection mis à disposition des éleveurs pour protéger leurs troupeaux ?

Interview de Robert WOJCIECHOWSKI par Christophe CORET, président de l’association AVES FRANCE.

AVES FRANCE : - Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?
Robert WOJCIECHOWSKI : Je suis technicien agricole, paysagiste et depuis 1994, j’étudie et installe des systèmes de contention, et (ou) de protection à la demande du secteur agricole. J’habite dans les Pyrénées Atlantiques, aux portes de la vallée d’Aspe.

- Vous connaissez bien la problématique liée à la cohabitation entre les grands prédateurs et l’élevage de haute montagne ; d’après vous, cette cohabitation est-elle possible ?
La cohabitation entre les grands prédateurs pourrait être possible. C’est une question d’acceptation et de volonté voir de sensibilisation. Je n’étais pas un fan des ours ou autres prédateurs. Au cours de mes travaux, j’ai appris à connaître, à accepter et à respecter l’animal. Je ne suis pas éleveur et je comprends la rage de voir les pertes occasionnées par le loup ou l’ours. Que dire ? Que, peut-être le prédateur vient questionner les techniques actuelles d’élevage... qu’une remise en question serait peut être nécessaire au regard de notre société et de ses orientations.

- Si oui, comment ?
Les mesures d’accompagnement : chiens de protection, emploi de bergers et regroupement nocturne sont efficaces si elles sont correctement employées et acceptées. Cette trilogie semble répondre à la problématique. Mais il ne faut pas s’attendre à 100% de dégâts en moins. De plus, ce qui est adapté aux périodes d’estives, car on parle souvent plus de dégâts l’été, ne saurait s’appliquer aux zones intermédiaires, voir aux exploitations. La contrainte est plus grande sur les lieux même de production. Difficulté de clore, parcellement, mais aussi partage du territoire (et des idées) avec les autres usagers de l’espace : promeneurs, chasseurs, vttiste... En tant que professionnel, il m’est plus facile de « protéger » un troupeau en estive qu’une exploitation dans son intégralité.

- Avez-vous déjà mis en place des moyens de protection des troupeaux ? Quels outils sont à la disposition des éleveurs et sont-ils vraiment efficaces ?
Je ne suis ni formateur de bergers, ni dresseur de chiens, je laisse donc aux personnes compétentes le soin de répondre à la partie les concernant. Par contre pour ce qui est des équipements de protection, dont les clôtures, j’y réponds pour en avoir conçu et testé leur efficacité. Sur tous les parcs posés, avec présence ou non de bergers ou de chiens, aucun incident à ce jour n’est à déplorer.

Il s’entend que le parc de protection est un lieu de regroupement pour la nuit, pour l’intégralité du troupeau. Ce parc n’est pas un système de contention ordinaire pour le bétail mais bien un matériel fait pour empêcher toute intrusion. C’est une unité composée de clôtures et portes électriques pouvant être reliés à un système d’alarme visuel ou sonore. Les incidents enregistrés peuvent aussi être envoyés via un téléphone portable. Il est curieux de constater l’emploi de filets électrifiables dans les Alpes contre le loup. Ce matériel est peu conducteur, laisse de nombreux passages et je le considère dangereux pour le bétail en cas d’affolement. C’est pourtant une mesure financée dans le cadre du PDRN. Pour ce qui est des ours, le ministère de l’Environnement déconseille leurs emplois au profit d’un système multi-fils. Je serai curieux de connaître le cahier des charges d’un parc de protection.

- Combien coûte la mise en place de ces protections ? Existe-t-il de subventions pour les éleveurs ?
Techniquement, j’ai considérablement modifié la conception du parc, à la demande des usagers, en fonction de la topographie, des bêtes à contenir et des prédateurs à éloigner. J’ai construit des parcs lourds, fixes en haute montagne. Inabordable en prix pour l’éleveur et techniquement « pas simple ». Les coûts sont supportés par la société, l’éleveur ne paie pas un parc. Cela ne veut pas dire qu’il faille construire des murs en haute montagne. Le dernier parc installé en zone fréquentée par l’ours, en Navarre espagnole a coûté 1/5 de celui réalisé en 1994. Par contre je m’applique à ce que les représentants de l’Etat (financiers) et utilisateurs soient présents lors de la pose de la structure. S’approprier le système est un gage de réussite. Il m’est arrivé aussi d’intégrer des chasseurs, des randonneurs dans l’équipe de pose. L’acceptation et la compréhension du pourquoi, du comment est affaire de tous.

- Cette prévention protège-t-elle le troupeau seulement contre les attaques dues aux grands prédateurs ?
Tout dépend du degré d’efficacité demandé. Et il est bien entendu que le parc prévient aussi des attaques de chiens. Le parc a surtout l’avantage de donner un sommeil réparateur au berger. Bon nombre se lèvent au moindre bruit, aboiement des chiens... Le parc est une sécurité supplémentaire. Le regroupement est bénéfique : les éleveurs, bergers l’ayant adopté, y voient un outil de travail. Regrouper les bêtes, c’est y être, c’est les regarder, les toucher, les compter, c’est prévoir et aussi mieux gérer son alpage.

- Et pour les ruchers, les solutions sont-elles les mêmes ?
Autant il est difficile de prévoir les déplacements d’un troupeau, autant il est aisé d’anticiper celui des abeilles. Clore un rucher est travail aisé. On peut se permettre de réaliser des enclos là où il serait impossible de le concevoir pour des brebis (falaises par ex). Etant un élément fixe, je reste surpris que des attaques avec destructions de ruchers puissent encore avoir lieu. De plus, puisque nous parlons miel, disons bien qu’il soit plus facile de détourner un ours plutôt qu’un loup...

- Ces moyens de protection sont-ils suffisants ou est-il toujours indispensable d’avoir également des chiens de protection et la présence d’un berger ?
Si on se contente du résultat, oui ! En matière de sécurité routière, les choses ont évoluées, on réglemente, on conçoit des véhicules différents, on s’adapte aux comportements des gens. Je pense qu’il devrait être de même avec les moyens offerts pour la protection des troupeaux. Ensuite, on se fait fort de vouloir réunir le chien, l’homme et le parc, OK. J’ai des exemples où, il n’y a pas de chiens et pas de garde de jour et regroupement pour la nuit, d’autres où le parc est absent mais par contre veillent chiens et hommes. Il faut aussi savoir adapter les mesures de protection à la conduite d’élevage et à l’éleveur en place.

- Quel accueil recevez-vous lorsque vous proposez vos services en France ?
Je suis un indépendant, je ne suis pas rattaché à une administration ni ne travaille pour un fournisseur. Il semble difficile pour les administrations ayant en charge la problématique des prédateurs d’accepter les conseils d’un tiers. Sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées et dans le cadre de la future réintroduction d’ourses, j’ai informé les différentes structures de mes travaux. Cela entend envoyer des Mails, et un dossier de présentation aux politiques, administrations de l’Etat (PNP, DDA, DIREN, ONCFS) mais aussi associations écologistes. Il semble que les politiques aient plus à cœur la recherche d’électeurs, que les « écolos » soient eux en recherche d’adhérents. La réalité est que peu de personnes soient en recherche ou en études sur les moyens à mettre en œuvre afin de réduire les conflits entre hommes et prédateurs.

Les seules représentations m’ayant reçu sont celles des Pyrénées Atlantiques (DDA, DIREN Aquitaine, Conseil Général) à qui j’ai présenté les maquettes d’un parc et divers modules techniques de contrôle. Le parc est malgré tout mal perçu, c’est une barrière. Je rétorque que si je ferme un espace (restreint) c’est justement pour mieux l’ouvrir...On perçoit aussi une difficulté de s’approprier la technique, ce à quoi je propose des accompagnements lors de la mise en place, si nécessaire la formation d’agents. Je fournis à la demande un suivi régulier au fur et à mesure des modifications à mettre en place ou en fonction de la venus sur le marché d’un matériel nouveau.

- Et chez nos voisins (Canada, Espagne, Suisse, Italie...), les mentalités sont-elles différentes ?
Mes suggestions trouvent écoute chez nos voisins espagnols de Navarre. J’ai reçu des encouragements des services agricoles américains ainsi que, directement, du ministère de l’environnement d’Ontario. Les Suisses m’ont reçu chez eux. Par contre, vis à vis de l’Italie, par difficulté de langue, je n’ai pas de contact suivi. Je ne vais pas dire que tout est mieux ailleurs. Peut-être que oui mais la problématique est différente suivant les espèces, les massifs et la volonté de faire. Les pays cités ont toujours vécu avec des prédateurs, nous, nous devons réapprendre cette cohabitation. Au regard des expériences disons que j’échange plus à l’étranger, mais comme me disent beaucoup, nul n’est prophète dans son pays...

Les clôtures ne sont pas le seul et ultime recours. On peut très bien envisager d’autres techniques : des loups ont été tenus à distance pendant plus de 6 semaines par un simple fil, des flashs lumineux réduisent la prédation des coyotes, des mannequins articulés sont expérimentés, des répulsifs testés... Je suis convaincu que la communication, le partage de l’information, des connaissances sont gages de réussites pour une réduction des conflits hommes /prédateurs.

- D’autres précisions ?
J’ai une étude sur les parcs au sein de l’IPHB qui, avec le Centre départemental Ovin m’ont confié en 97 la mise en place des premiers parcs. Une autre qui a été censurée sur leur fiabilité durant l’été 2003. Et si vous voulez parler de techniques et aborder un cahier des charges ...

- D’autre part, vous parlez du manque d’études sur les moyens de protection. D’après vous, qui serait habilité pour faire ce genre de recherches ?
Je prends en référence le modèle suisse Kora. Pourquoi une association ne participerait-elle pas conjointement avec les services de l’Etat à la recherche de solutions et à la diffusion de l’information ? Reste la question du budget... Les agents de l’oncfs pensent que l’éleveur maîtrise les systèmes de clôtures et peut donc transposer ses savoirs en estive. C’est un constat rapide. Actuellement pour le loup, l’administration fait appel à un constructeur de clôtures électriques afin de construire un parc nouveau. Je les ai reçus il y a 10 jours. Leur but est de vendre du matériel donc faire du métrage de fils sans recherche d’intégration paysagère ou sans réflexion quant à la transposition future en d’autres lieux de l’équipement... La DDA me dit être présente pour faire appliquer les textes venant du ministère et non pur faire remonter les infos, etc....Une prise de position s’impose.

Interview : Christophe CORET
Président de l’association AVES FRANCE - 134 rue du renard - 76000 ROUEN - Tél.: 02.76.00.44.23 -
Robert WOJCIECHOWSKI Clôtures - Applications sur l’Environnement - 16, rue du Binet - 64400 AGNOS - Tél / fax : 05 59 39 49 41 www.compagnie-des-jardins.fr

03 avril 2005

Norvège : un manteau électrique pour chien

Un autre moyen pour se protéger des attaques de loups ?

Il s'agit d'une invention bien différente des manteaux pour gentil chien-chien à sa mèmère qu'on rencontre sur les trottoirs des villes. Celui-ci permettra au loup qui voudrait s'attaquer à un chien équipé de ce manteau, de se prendre une décharge dans les dents s'il lui venait à l'esprit de l'attaquer. Le chien lui ne sent rien.

Ce gadget, qui fera bientôt son apparition dans les magasins d’Helsinki, envoie une décharge de 1 000 volts au loup qui aurait la mauvaise idée d’y planter ses crocs. Chaque année, en Norvège, entre 20 et 30 chiens sont tués par le loup. Source : Le courrier International

21 janvier 2005

La prédation et la protection des troupeaux

En août 1996, le Cerpam (Centre d'Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes Méditerranée) publiait par la plume de Laurent Garde, une note dans le cadre d’une Convention d'étude avec le Ministère de l'Environnement (Réf  48/96 30 août 1996). Elle s’intitulait :" LOUP ET PASTORALISME : La prédation et la protection des troupeaux dans la perspective de la présence du loup en Région Provence Alpes Côte d'Azur."

Bien que datant un peu, cette étude est intéressante à plus d'un titre et apporte des éclaircissement toujours d’actualités sur la prédation des troupeaux par les loups et les chiens errants et sur les méthodes de protection des troupeaux : enclos nocturne, présence du berger, chiens de protection et autres clôtures.

Ce document donc voici la table des matières est téléchargeable au format PDF (236kb)

1 - Problématique
2 - Méthode
3 - Connaître le loup pour comprendre la prédation

  • Le comportement du loup en Europe
  • Loups, chiens errants et chiens sauvages
  • Les orientations de gestion du loup dans différents pays d'élevage extensif

4 - L'élevage ovin extensif en Provence-Alpes-Côte d'Azur
5 - La prédation

  • La mesure des niveaux de prédation
  • La prédation dans l'histoire
  • La prédation dans différents pays européens
  • Modalités de la prédation
  • Limpact de la prédation sur les systèmes d'élevage dans le Mercantour
  • La prédation par les chiens errants

6 - La protection des troupeaux : revue biblio-graphique et enquête

  • Problématique
  • L'enclos nocturne
  • La présence nocturne du berger
  • Les chiens de protection
  • Autres propositions pour diminuer la prédation
  • La gestion des parcours en parcs clôturés face au loup

7 - Conclusions et perspectives
8 -
Annexes

Télécharger le document : La prédation et la protection des troupeaux dans la perspective de la présence du loup en Région Provence Alpes Côte d'Azur

13 janvier 2005

Combiner plusieurs méthodes pour protéger le troupeau

La protection des troupeaux va devoir se renforcer.
Forcés de cohabiter avec les grands prédateurs, le loup dans les Alpes et l’ours dans les Pyrénées, les producteurs ovins qui n’adoptent pas des méthodes de protection des troupeaux appropriées auront bien du mal à faire entendre leurs doléances à l’ensemble des Français. Comment soutenir des bergers qui abandonnent leurs bêtes sans protections dans la montagne ?

Le Ministre de l’Écologie Serge Lepeltier l’a bien compris en annonçant, en même temps que la réintroduction d’une quinzaine d’ours dans les Pyrénées, qu’il comptait pousser les éleveurs à utiliser des techniques de protection des troupeaux.

Combiner plusieurs méthodes de protection
Certaines de ces techniques sont ancestrales, mais ont été abandonnées lors de la disparition progressive des loups en France. Il est toujours utile d’associer différentes méthodes pour se prémunir contre les problèmes de prédation, surtout quand plusieurs prédateurs se présentent.

L’utilisation des chiens de protection telle que les patous est déjà largement répandue. (Lire le témoignage d’un éleveur). D’autres chiens comme le hongrois Komondor font aussi l’affaire, bien que beaucoup moins présents actuellement en France.

L’initiative Pastoraloup essaie d’aider les éleveurs en augmentant la surveillance humaine du troupeau en période d’estive, en permettant aux bergers de se reposer durant les périodes chargées et en aidant les bergers à construire des enclos de regroupement nocturne. Des patrouilles rapides sont prêtes à intervenir en cas de forte pression des prédateurs.

Il existe d’autres animaux qui peuvent participer à cet effort de protection des troupeaux : L’âne ou le lama par exemple. j'en parlerai dans de prochaines notes

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