Le lynx a sévi une neuvième fois
En croquant un neuvième mouton, le félin du Val-de-Ruz se rapproche du quota qui lui est permis. S'il sévit trop, son arrêt de mort pourrait être signé. Des mesures de prévention ont été prises pour protéger le troupeau.
Un neuvième mouton a été tué par le lynx du Val-de-Ruz la semaine dernière. En quelques jours et seulement deux attaques, le félin a ainsi bien entamé le quota d'animaux domestiques tués que l'homme estime admissible. S'il prélève encore six moutons cette année, ses jours pourraient être comptés.
Lors d'une première attaque, le lynx avait tué sept moutons d'un troupeau paissant du côté du Mont-d'Amin. Une huitième bête est morte de ses blessures le lendemain.
Mercredi dernier, le même prédateur est revenu prendre un neuvième mouton. Il a frappé le soir, apparemment peu avant que l'agriculteur-éleveur ne rentre, par précaution, son troupeau pour la nuit.
Le «concept lynx Suisse» prévoit qu'après le quinzième animal domestique tué en une année, un canton peut autoriser l'abattage du félin. Encore faut-il l'attraper: depuis l'introduction de ce concept, en 1997, 13 autorisations de tir ont été délivrées, sept lynx ont été abattus.
Si un tel ordre devait être donné, pas question d'organiser une chasse. «Le lynx devrait être abattu sur une proie qu'il a attrapée, explique Christoph Angst, spécialiste du félin au Kora (le groupe mandaté par la Confédération pour assurer le suivi des grands prédateurs). Car cela ne sert à rien de vouloir le chercher sur un territoire qui peut s'étendre sur 100 km2!» Le lynx du Val-de-Ruz, par exemple, a été identifié par photographie à 12 km de là, dans le Val-de-Travers.
Avant de presser sur la gâchette, il faut s'assurer de viser le bon animal: des jeunes et des femelles peuvent séjourner sur le même territoire.
Dans le canton de Neuchâtel, il s'agit des deux premières attaques d'animaux domestiques par un lynx. Pas en Suisse: la centaine de félins que le pays compterait (c'est une estimation) a tué 40 moutons l'an dernier. Soit un peu moins que le loup (44), dont le pays ne compte qu'entre deux et quatre individus.
Deux tiers des éleveurs de moutons suisses pratiquent cette activité comme travail accessoire ou comme hobby, estime le Kora qui rappelle en passant que seul 0,3% des quelque 250 000 moutons amenés à l'estivage tombe dans les griffes d'un lynx. «Par comparaison, relève Christoph Angst, les pertes dues à ces estivages - accidents, coups de foudre... - sont estimées entre 2 et 3%.» Soit presque dix fois plus que celles dues au lynx.
Relativiser les chiffres ne veut pas dire laisser tomber les éleveurs. La Confédération indemnise les animaux tués par les grands prédateurs. Et l'Etat de Neuchâtel a pris l'affaire «très au sérieux: nous voulons protéger l'agriculteur touché», insiste le garde-faune Jean-Pierre Flück, lequel a placé des lampes de chantier dans le pâturage pour dissuader le lynx de revenir. L'éleveur reçoit ces jours des conseils de prévention pour protéger son troupeau.
Non, ce n'est pas le loup!
Sept agneaux d'un coup, huit, même, en comptant la malheureuse bête morte plus tard de ses blessures. Voilà qui porte la patte d'un canidé. Pas celle du lynx, qui se contente d'une proie qu'il mettra plusieurs jours à dévorer.
Cette conclusion, le garde-faune l'avait faite, dans un premier temps: il pensait qu'un chien était l'auteur du carnage. D'autres l'ont faite aussi, avançant l'hypothèse qu'un loup aurait tué les moutons dont le lynx, photographié sur les lieux du crime, a ensuite fait son repas. Christoph Angst, du Kora, la balaie sans l'ombre d'une hésitation.
«Dans 99,9% des cas, les lynx ne mangent que ce qu'ils tuent: ce ne sont pas des charognards, insiste le spécialiste. De plus, les attaques n'ont été portées qu'au cou, ce qui est la méthode des félins pour étouffer leurs victimes. Quand ils poursuivent leurs proies, les canidés mordent aussi à l'arrière et aux pattes...» Le reste est affaire de probabilités.
Un seul loup a été vu dans l'Arc jurassien, et on ne lui a trouvé aucune victime. Alors les chances que ce soit lui qui ait fait le coup et qu'un lynx soit passé par là ensuite sont «égales à zéro!», selon Christoph Angst. L'attaque aurait pu être attribuée à un chien, errant ou non, parce que la méthode collait aux canidés. Et parce que le meilleur ami de l'homme étant par ailleurs aussi le principal prédateur de ses bêtes.
Le Lynx remet le couvert
NEUCHÂTEL - Un lynx a sévi pour la troisième fois lundi sur le même pâturage isolé du Val-de-Ruz (NE), tuant un nouveau mouton. C'est le dixième ovin du même troupeau victime du félin en dix jours. Le lynx pourra être abattu s'il tue quinze bêtes en une année.
Le lynx a tué huit moutons dans la nuit du 8 juillet et un autre la nuit du 13 juillet, a rappelé mercredi Fridolin Zimmermann, biologiste au Kora, la structure de la Confédération chargée de la conservation et de la gestion carnivores. Vu le mode opératoire, le dixième mouton a vraisemblablement été tué par le même félin, a-t-il indiqué, confirmant une information du «Matin».
Lors des deux premières attaques, le lynx a été photographié grâce à un dispositif automatique et identifié par ses taches. L'éleveur a alors pris des mesures de prévention en rentrant son troupeau la nuit et en installant des lampes de chantier. Selon M. Zimmermann, la troisième attaque est aussi le fait d'un lynx, car la victime a été tuée d'une morsure à la gorge.
Par ailleurs, cet individu a un comportement étrange, a souligné le biologiste. Il s'en prend à un nombre important de moutons alors qu'il se nourrit normalement de chevreuils, dont le nombre est suffisant dans la région. Il sévit à présent de jour et reste à proximité du pâturage au lieu de se déplacer dans l'ensemble de son espace vital de 80 km².
C'est la première fois en 30 ans qu'un lynx s'en prend à des moutons dans le canton de Neuchâtel. La région du Jura suisse compte environ 25 lynx, soit environ un lynx pour 100 km².