Actualités loups Pyrénées

08 novembre 2007

Retour du loup dans les Pyrénées

Annoncé régulièrement, le retour du loup dans les Pyrénées catalanes est maintenant avéré.

Officialisée depuis 1999, la présence du loup dans les Pyrénées catalanes se confirme. Les dernières analyses, réalisées sur des poils et des excréments recueillis dans le massif du Carlit en mars dernier, viennent de tomber: il s'agit bel et bien de deux mâles de type "Italie/Mercantour"; dont un adulte venu directement du Mercantour et déjà répertorié dans cette région.

Dès cet hiver, le suivi reprendra et sera assuré par le réseau loup nouvellement créé dans les Pyrénées-Orientales, l’Aude et l’Ariège. Il est composé :

  • d'agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS),
  • des réserves naturelles,
  • de l'Office national des forêts,
  • des fédérations de chasse,
  • d'accompagnateurs en montagne
  • d'associations de protection de la nature.

Soixante-dix personnes ont été formées au sein du réseau pour repérer la présence du loup. "Depuis 1999, et quasiment maque année, excepté en 2000, nous avons repéré la présence de six loups de passage, notamment dans le Madres, sur le Carlit et le Canigou", précise Alain Bataille, agent technique de l'environnement à l'ONCFS des Pyrénées-Orientales et coordinateur du réseau. "Nous avons constaté une présence continue, mais, pour l'instant, pas de reproduction", poursuit-il. Des loups venus de l’Arc alpin ont été également repérés en Catalogne, dans la sierra de Cadi.

Pour Alain Bataille, rien d'étonnant à ce retour: "Le loup est naturellement très colonisateur, il peut parcourir des distances de 700 km pour trouver un territoire. Aujourd'hui les conditions dans nos montagnes sont favorables à ce retour: présence d'un grand nombre d'ongulés, espaces abandonnés par l'humain et mesures de protection de l'espèce". Cette année, aucun dégât dû au loup n'a été à déplorer sur les ovins. Il y en avait eu un seul en 2006.

Source : Pyrénées Magazine 11/12 2007

06 septembre 2007

Homo sapiens versus Canis lupus

Histoires de savoir, la chronique de Jean-Luc Nothias

HOMO sapiens versus Canis lupus. L'homme de nouveau face au loup. Et cela a encore tourné au vinaigre cet été puisqu'il est accusé, entre autres, d'avoir provoqué la mort d'un troupeau de plusieurs centaines de moutons et brebis qui, affolés, se sont jetés dans le vide. Voilà une quinzaine d'années qu'ils ont repointé le bout de leur truffe dans le parc du Mercantour (Alpes-Maritimes).

On estime qu'ils sont aujourd'hui au moins une centaine, répartis en un peu plus d'une quinzaine de meutes. D'une longueur de 150 kilomètres, leur territoire originel s'étend sur six vallées dans les Alpes du Sud sur plus de 200 000 hectares. Zone qui compte environ 18 000 habitants permanents répartis dans 28 communes avec une forte activité de pastoralisme. Ce qui entraîne évidemment de douloureux problèmes de cohabitation entre l'animal et l'homme.

Pourtant, pour une fois pourrait-on dire, l'homme n'y est pour rien. Il n'a pas joué avec le feu. Les loups sont revenus tout seuls. Au début des années 1990, ils ont franchi la frontière entre l'Italie et la France. Le parc du Mercantour est en effet contigu au Parco naturale Alpi Marittime, en Italie, où le loup, qui n'y a jamais disparu, était bien présent et protégé.

La première observation certifiée en France date de 1992. Depuis, les troupeaux ont payé un lourd tribu aux carnassiers. Peut-être pas aussi lourd que certains voudraient le dire, mais incontestablement important.

Cette expansion du loup va-t-elle s'arrêter là ? C'est peu probable. Présent dans un seul département il y a quinze ans, il l'est aujourd'hui dans huit (Ain, Alpes- de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Drôme, Isère, Savoie, Haute-Savoie et Var), d'Annecy à Digne en passant par Grenoble et le Vercors. Il a aussi gagné les Alpes vaudoises en Suisse. Et il a déjà été vu au-delà du Mercantour, dit-on, dans les Vosges, le Jura et le Massif Central. Il a également été repéré dans les Pyrénées-Orientales. Pourquoi ne gagnerait-il pas les territoires où il était autrefois présent et où le gibier n'est pas rare ?

Le loup se déplace généralement en meute de 3 à 15 individus tous parents entre eux. Chacun occupe une place bien précise dans une hiérarchie à respecter. Le territoire de chaque meute s'étend sur 200 à 300 km². Mais la croissance démographique d'un groupe sur un territoire limité amène à en abaisser les ressources alimentaires. Et un loup a besoin de 5 à 8 kg de nourriture par jour. Seule solution à ce moment-là, élargir son horizon.

Plan d'action

C'est ce qui préoccupe aujourd'hui, par exemple, les responsables du parc américain de Yellowstone dans lequel les loups ont été réintroduits il y a une trentaine d'années. Ils sont désormais plusieurs centaines dans le parc et les scientifiques ont constaté que la biodiversité, aussi bien pour la faune que pour la flore en avait été, à de nombreux endroits, améliorées. Le « hic » est que maintenant qu'il a colonisé tous ses biotopes du parc, il a tendance à en sortir pour s'approprier d'autres territoires.

L'aspect alimentaire n'est pas le seul moteur de cette colonisation. Elle permet également d'éviter la multiplication des conflits, soit entre meutes concurrentes, soit entre membres d'un même clan. Ainsi, sans exploser, le nombre de loups augmente régulièrement et le territoire qu'ils occupent s'agrandit, en équilibre avec les ressources alimentaires et leur sécurité (en particulier vis-à-vis de la pression humaine).

En Espagne et en Italie, là où le loup n'a jamais disparu, leurs « méfaits » sont bien mieux acceptés qu'en France. La cohabitation n'y est pas aussi tendue. Les éleveurs mettent en place des stratégies de protection des troupeaux, tout en sachant qu'ils perdront tout de même, chaque année, plusieurs têtes, qui feront l'objet d'indemnisations.

L'histoire de la réapparition du lynx dans le Jura dans les années 1970, puis de sa réintroduction dans les Vosges durant les années 1980 donne aussi à réfléchir. Ce fut au début une levée de boucliers, véhémente et parfois violente. La cohabitation avec le lynx avait du mal à passer. Aujourd'hui, le lynx ne fait plus parler de lui. Un équilibre a été établi.

Mais c'est le loup qui conserve le mauvais oeil. Et pendant que nous cherchions tous un peu de soleil, au mois d'août, pouvoirs publics, éleveurs et représentants des associations se sont réunis, sous la houlette de la secrétaire d'État à l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, afin d'élaborer un plan d'action pour le loup de 2008 à 2012. La (nouvelle) principale préoccupation étant de mettre en oeuvre les moyens nécessaires à l'accompagnement de la sortie du loup de son bastion alpin.

Des loups bientôt en Sologne, dans le Massif central, ou en Bretagne ? Ce n'est pas impossible. Mais le loup a beau être un grand marcheur, il n'a pas encore de bottes de sept lieues. Et il n'est pas aussi méchant que veut nous le faire croire le Petit Chaperon rouge.

Source : Le Figaro

02 juillet 2007

Le retour du loup dans les Pyrénées

Une présence de loups originaires de l’arc alpin est constatée dans les Pyrénées depuis la fin des années 1990. Dès 1995, les premiers indices de présence sont suspectés en Pyrénées-Orientales. Ce n’est qu’en 1999, suite à des analyses génétiques, que l’arrivée du loup de lignée Italie-Mercantour est confirmée.

De 1999 à 2007, on constate une continuité de la présence du loup dans les Pyrénées-Orientales avec une alternance des massifs occupés (massif du Madres, puis Carlit-Péric, Puigmal et Canigou). Les analyses génétiques permettent l’individualisation de deux mâles et une femelle sur le Madres, présents entre 1998 et 2000 et d’un mâle et une femelle sur le Carlit en 2003-2004, tous différents. Malgré la présence simultanée d’animaux des deux sexes, il n’a pas été observé de reproduction. Les derniers indices relevés concernent les massifs du Madres en 2006, du Canigou en 2006-2007 et du Carlit au printemps 2007.

Le suivi a été réalisé dans un premier temps par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage en collaboration avec les Réserves naturelles Catalanes, l’Office national des forêts et la Fédération départementale des chasseurs de ce département. En 2004, le retour du loup, de même lignée, est officialisé en Catalogne (Espagne) et une collaboration s’instaure entre les services français et catalans de l’environnement. En 2006, un réseau de 67 observateurs (le réseau loup) est mis en place pour les départements des Pyrénées-Orientales, de l’Aude et de l’Ariège. Des observateurs sont également formés pour les autres départements Pyrénéens.

Entre 2000 et 2006, 4 dommages de brebis ont été attribués au loup et indemnisés. Depuis 2007, la procédure de constat des dommages a été redéfinie pour intégrer le loup dans les départements de l’Est de la chaîne.

Alain Bataille,
coordonnateur du réseau loup
Pyrénées, ONCFS

Source : Empreinte ours n° 3

15 mars 2007

La Dépêche : Le saigneur des agneaux est de retour

La Dépêche du midi s'offre un grand article dans le plus pur style pyréniais. Supputations, rumeurs, approximations, conditionnels, un vrai morceau d'anthologie. Le loup est de retour dans les Pyrénées. Accrochez-vous, Le saigneur des agneaux est de retour.

La Dépêche du Midi : Le fait du jour. Alors que l'association pour la sauvegarde du patrimoine pyrénéen dénonce l'ours comme menace pour la biodiversité : suspicion d'attaques du loup au Vignemale. (C'est le titre)

Par Guillaume Atchouel (Dépêche du midi du 14 mars)

Le loup aurait-il gagné les Hautes-Pyrénées ? Si pour l'heure, rien ne permet de l'affirmer, l'attaque de trois brebis, en septembre 2006, en vallée d'Oussoue, au pied du Vignemale, conduit à le penser. Pour quelle raison la nouvelle de cette étonnante prédation n'a pas été révélée? «Tout simplement parce que nous avons tout d'abord, cherché à en savoir davantage sur la façon dont attaquent les loups avant d'en parler», explique Marie-lise Broueilh, présidente de l'Association pour la Sauvegarde du Patrimoine pyrénéen et mère de Sylvain, le berger qui a fait les frais de cette "tuerie".

[NDLB : Suspicion, emploi du conditionnel, "rien ne permet de le penser", 6 mois de réflexion... Voilà de biens étranges cadavres que l'ASPP sort de son placard. D'habitude, à la moindre prédation on ameute la presse. Dans ce cas on réfléchit, on consulte les alpins : «Des alpins victimes de prédations du loup pensent qu'il pourrait bien s'agir d'une attaque de ce dernier même si pour l'heure, cela n'est pas confirmé». La prudence du journaliste qui ne vérifie pas ses sources est de rigueur, histoire d'assurer ses arrières au cas où viendrait un démenti plus officiel. Quand on a rien à dire et qu'en plus tout est hypothétique, on ferme sa ... bouche.

Cette méthode de discours, toute en insinuations intentionnelles me rappelle le style d'un pyrénéen spécialiste de la rumeur, Louis Dollo, qui posait au côté de "la présidente" de l’ASPP, un soi-disant éleveur qui, sur son site, avec des titres d'articles non développés mais accusateurs comme : «Du rififi à l'ADET», «Jean Lassalle - IPHB contre un Webmaster belge» ou encore «Franska aurait avorté» nous a habitué à ses articles nauséabonds, sensationnalistes, mensongers et parfois diffamatoires. Il n’y a pas de fumée sans feu. Continuons la lecture de Louis Dollo car voici l’histoire d’une veste en mouton retourné..]

Les brebis ont été retrouvées quasiment (?) dépecées mais pas n'importe comment : «Leur peau était arrachée à la hauteur des reins et retournée jusqu'au cou, poursuit Marie-Lise Broueilh. Elle recouvrait la tête. Exactement comme l'on fait pour un lapin».

Rien à voir, donc avec une attaque de l'ours. D'ailleurs le garde du Parc National des Pyrénées qui s'est rendu sur place, a catégoriquement réfuté que cela puisse lui être imputé. Aucune trace de son passage n'a également été relevée à proximité du "charnier". La piste de chiens errants a tout autant été rapidement écartée.

[ NDLB: Après les prétendues attaques d'ours sur les veaux d'Aston malades de septicémie, les partisans du patrimoine deviennent-ils plus prudent dans leurs diagnostics d'attaques ou inventent-ils une nouvelle stratégie pour rajouter le danger du loup au danger de l'ours et faire pleurer sur les conditions misérables d'un pastoralisme en phase terminale et sur leurs troupeaux ... non protégés ?

Le loup est dans les Pyrénées et les bergers vont regretter le bon vieux temps de l'ours et ses 300 victimes annuelles. Avec le loup, les prédations vont prendre une autre tournure et l’ambitieux programme de l'ASPP pour un pastoralisme nouveau est à la hauteur du danger nouveau : 

  • refus de garde des troupeaux au profit de surveillance de l'ours,
  • refus d'embaucher des bergers ou des gardiens de troupeaux,
  • pas de Patous pour des raisons de sécurité des randonneurs

Voilà un programme qui montre bien l'incohérence et l'irresponsabilité des ultras-pastoraux de l’ASPP, encouragée par la communication de celui qui devient le porte parole de l'ASPP sur le web et dans la presse : Louis Dollo. Allez hop, continuons encore cet article ahurissant...]

Un gros renard tueur de brebisDes randonneurs, mais aussi Louis Dollo, un Lourdais, étaient présents lors de la découverte des bêtes. Louis Dollo rapporte : «Les promeneurs nous ont dit avoir vu un animal ressemblant à un gros renard se promener dans les parages. Avec Sylvain Broueilh, nous avons questionné des Alpins victimes de prédations de loup. La description que nous leur avons fait de ce gros renard et la façon dont étaient dépecées les bêtes leur ont tout de suite fait penser au loup».

[ NDLB: Faut dire qu’il n’y a ni ours, ni gros renards dans les Alpes. Dès qu'il y a des victimes, ils pensent d'office au loup. Entrée en scène de Super Louis Dollo, le "Lourdais" (en fait il est de Tarbes, mais on n'est pas à une approximation près dans cet article) arrive sur le « charnier », les lieux de la « tuerie » après le « carnage » par pur hasard, à moins que ce ne soit la chance. Il n'a pas le temps de terminer de se prendre une veste en mouton retourné que des promeneurs (de grands naturalistes dignes de foi) prennent le loup pour un gros renard. Quelle aventure passionnante ! Et dire qu'il a fallu 6 mois de réflexion pour sortir ce scoop dans la presse. Nous sommes habitués à ses effets de manches dans les forums à ces annonces du style : "On en reparlera", "Vous verrez dans quelques temps" ou "L'avenir nous réserve des surprises", sans plus de détails. Depuis un an, nous avons pris l'habitude de lire les actualités sanglantes d'une certaine presse : "deux brebis dévorées aux portes d'un village", "Qui sera la prochaine victime, un mouton ou un enfant?" Avec le printemps, on attend le retour des porte-paroles des éleveurs à la une des pages spécialisées en faits divers et en croustillants détails macabres destinés à les faire passer pour des victimes innocentes. Ils sont impatients et fébriles.

Alors que les ours féroces autant que slovènes ne pensent qu'à dormir, heureusement que de nouveaux gros renards, sans doute venus d'Espagne (encore des estrangers) viennent réveiller les Pyrénées et que les journalistes républicains des Pyrénées sont là pour nous inonder de rumeurs rédigées au conditionnel. ]

Des «carnages» similaires auraient aussi été constatés dans les Pyrénées Atlantiques. Si là encore l'hypothèse de loups venant d'Espagne est avancée, celle de chacals n'est pas non plus écartée par d'autres sans pouvoir pour autant le confirmer.

[ NDLB : Y a pas à dire, cette phrase c'est du grand art : conditionnels, hypothèses, aucune confirmation... Taisez-vous, vous seriez risibles si vous n'étiez pas des «pro» de l'information. "De gros renards", "des chacals", et pourquoi pas des hyènes moqueuses ministérielles ? Pourquoi Guillaume Atchouel emprunte-t-il le style tout craché de Louis Dollo. Auraient-ils rédigé à trois cet article sur une table de bergerie? Et on continue dans le burlesque ...]

Sans chercher à conclure [On n'oserait pas], en l'absence d'éléments matériels et scientifiques probants [Pas même un indice] , qu'il s'agit du loup, l'éventualité [restons prudents] que ce dernier puisse [peut-être] avoir gagné les Hautes-Pyrénées n'est pas impossible [C’est pas sûr non plus].

La présence de ce prédateur, qui parcourt de grandes distances, a déjà été confirmée dans les Pyrénées-Orientales. Elle vient aussi d'être établie dans le Gard et en Lozère. Cela fait plusieurs années que des personnes (?) se promenant en montagne rapportent avoir vu une bête lui ressemblant étrangement ... [ NDLB : La bête du Gévaudan racontée par l'homme qui a vu l'homme qui a vu le gros renard, ou le chacal, on se sait pas ]. Reste que les agents de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage n'ont jamais constaté qu'il se trouve dans le département. [ NDLB : Sans doute les agents de l'Etat cherchent-ils à cacher la vérité aux bergers (Une théorie habituelle de Louis Dollo, voir ses attaques contre l'ETO ou les noms de fleurs de pavés qu'il a utilisés dans les forums pour qualifier les fonctionnaires). Le grand méchant complot qu'on vous dit. Saloperie d'écolos de salons et d'agents de l'Etat à la solde des associations financées par le lobby écologiste. Il est temps que la cour des comptes, Lassalle et Bonrepaux réunis viennent faire le grand nettoyage dans cette vermine financée par l'argent du contribuable et de réorienter l'argent du MEDD pour soutenir financièrement les pauvres troupeaux non protégés attaqués par tous les carnassiers de la terre, y compris les gros renards espagnols, ces grands fauves voyageurs. Il faut arrêter le Jurançon moelleux, Monsieur, votre discours pitoyable dépasse l'entendement.]

Article de Guillaume Atchouel dans un journal dont le titre ressemble à « Dépèche toi c'est l'heure de l'apéro, va bientôt être midi. »

Louis Dollo se prétend aussi «journaliste» à Lourdes Infos. La crédibilité et l'objectivité ne semble pas être la première de leurs préoccupations. Avec de tels articles, vos explications sur la faune, le pastoralisme, le patrimoine, la cohabitation ou l'écologie deviennent des références. Heureux lecteurs et heureux touristes guidés par de telles lumières. La buvette, soucieuse de toujours bien vous informer vous apporte la vraie réponse, pourtant simple : pourquoi les brebis enlèvent-elles leur peau ? A cause du réchauffement climatique, la preuve en image (c'est une autre hypothèse, rien n'est moins sûr. )

Mon propos n'étant pas ici de dire que ces brebis sont ou ne sont pas victimes du loup. Je n'en sais rien. Le loup est de retour dans les Pyrénées et les éleveurs qui refusent les moyens de protection parce que les adopter c'est "accepter les prédateurs" vont se rendre compte rapidement des conséquences de ce choix politique irresponsable. Par contre cette manière de traiter une information sans aucune recherche ni recoupement est pour le moins orientée et peu pro.
(Musique à écouter: «Les loups-ou, les loups sont entrés dans Paris» de Serge Reggiani)

Baudouin de MentenConséquences du réchauffement climatique sur les moeurs ovines et le pastoralisme

22 janvier 2007

Perspectives pour le loup dans les Pyrénées

Par Mathieu Krammer, biologiste.

L'Historique du retour du loup dans les Pyrénées est en 3 parties :

Dans la partie occidentale des Pyrénées françaises, même si le loup n'est certainement pas encore présent, il faut s'attendre à l'arrivée prochaine (entre 1 et 10 ans ?) de jeunes mâles erratiques à la recherche d'un territoire et d'une compagne.

On sait que le loup est présent à moins de 100 kilomètres de la frontière et que les populations espagnoles sont en phase d'expansion. L'installation durable du loup sur le versant français des Pyrénées occidentales dépend en grande partie des provinces d'Aragon et de Navarre, par où doivent transiter les loups avant de venir en France. Actuellement, la volonté de ces autorités, à ne pas laisser le loup s'installer, est certainement un facteur limitant. Pour l'instant donc, l'installation durable de loups sur le versant français des Pyrénées occidentales n'est pas encore d'actualité, mais il faut s'attendre à la présence prochaine d'individus erratiques dans nos montagnes.

Concernant les Pyrénées-Orientales, plusieurs éléments récents semblent confirmer l'installation définitive de plusieurs loups entre la France et l'Espagne. Il convient cependant de rester prudent car cette installation est loin d'être acquise. En effet, contrairement au massif alpin où la colonisation a été fulgurante et régulière dans le temps, car en continuité géographique avec la population italienne (la répartition du loup est continue des Abruzzes aux Alpes, via la dorsale ligure), l'éloignement avec les meutes alpines entraîne des difficultés pour l'arrivée régulière d'autres loups dans les Pyrénées-Orientales.

D'ici quelques années, il est probable que nous assistions à deux phénomènes parallèles :

  • Une arrivée par l'est des Pyrénées de loups d'origine italienne (Canis lupus italicus).
  • Une arrivée dans d'autres zones plus occidentales de loups espagnols (Canis lupus signatus).

La rencontre entre loups issus des deux populations devraît générer un dynamisme génétique important.

Pour finir, la présence du loup dans le massif, notamment dans sa partie orientale, devrait bientôt être précisée et beaucoup mieux connue. En effet, alors que le suivi est assuré depuis l'hiver 2003/2004 de manière informelle dans l'est des Pyrénées par des agents de l'ONCFS des Pyrénées-Orientales, de l'Equipe Technique Ours et de la Réserve naturelle de Nohèdes, il va s'intensifier avec la mise en place d'un réseau de surveillance de type Réseau Ours / Loup, à l'image du Réseau Loup / Lynx dans les Alpes. Celui-ci permettra certainement d'en savoir plus sur la présence du loup dans le massif (territoires, effectifs, meutes).

En 2004, le réseau informel de recherche d'indices de loups comptait 37 personnes, réparties sur 5 départements pyrénéens (Pyrénées-Atlantiques, Haute-Garonne, Ariège, Aude et Pyrénées-Orientales), dont la quasi totalité sont également correspondants du Réseau Ours (Quoi de Neuf ? n°14 décembre 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

En janvier 2005 , des agents de l'ONCFS des départements de l'Aude, des Pyrénées-Orientales et de l'Ariège, tous les agents de l'Equipe Technique Ours et un agent de la Réserve Naturelle de Nohèdes, ont participé à la formation du Réseau Loup / Lynx dans le Queyras (Hautes-Alpes). (Quoi de Neuf ? n°13 juin 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS et Bulletin d'Information n°11 année 2004 du Réseau Lynx - ONCFS).

Au cours de l'hiver 2005/2006, deux stages de formation se sont déroulés in situ, dans les Pyrénées-Orientales et ont rassemblé plus de 60 participants issus de l'administration, d'associations de protection de la nature et d'agriculteurs, ainsi que des Andorrans et des Espagnols.

En 2006, le Réseau Loup est donc officiellement mis en place dans la partie orientale des Pyrénées. (Quoi de Neuf ? n°15 juin 2006 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Mathieu Krammer (visitez son site sur les prédateurs et les rapaces)

[NDLB: Les autorités sont prêtes. Maintenant, les éleveurs doivent prendre conscience que le loup est dans les Pyrénées. S'ils ne le font pas, le loup se chargera de le faire.]

Historique du retour du loup dans les Pyrénées occidentales

Par Mathieu Krammer, biologiste.

L'Historique du retour du loup dans les Pyrénées est en 3 parties :

Historique du retour du loup dans la partie occidentale de la chaîne des Pyrénées
(Pays Basque, Béarn et Bigorre)

Des observations visuelles invérifiées

Hormis les Pyrénées-Orientales où la présence du prédateur est certaine, plus à l'ouest (dans les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées), les rumeurs colportées dans les milieux naturalistes et parfois rapportées par la presse locale, vont bon train. Maintenant encore, quelques observations de loups, bien sûr toujours invérifiables, seraient effectuées dans la partie occidentale des Pyrénées (en forêt d'Iraty dans le Pays Basque, en Béarn, ainsi qu'en Bigorre).

Il faut cependant se méfier, même des sources paraissant les plus sûres. Ainsi, le contenu d'un article de La Dépêche du Midi (d'avril 2001) cité auparavant s'est avéré être faux, puisque l'animal observé était en fait un chien divaguant et non un loup.

Entre 1998 et 2002, 5 témoignages de loup ont été vérifiés par le Parc National des Pyrénées Occidentales sur Iraty, les vallées d'Aspe et d'Ossau. Tous ont été "non concluant". En 2002, un autre témoignage de loup a été vérifié sur le Pic du Midi de Bigorre. Lui aussi non concluant". (Site internet du Parc National des Pyrénées)

Officiellement, le loup n'est pas présent dans les Pyrénées Occidentales à l'heure actuelle, même si des observations sont parfois réalisées sans que l'on puisse les vérifier. De toute façon, avec la présence sur le terrain du Réseau Ours entre les hautes vallées du Béarn, de Navarre et d'Aragon, toute présence lupine sera rapidement découverte.

Des loups espagnols dans les Pyrénées occidentales

Les éventuelles observations de loups effectuées dans les Pyrénées-Altantiques ou les Hautes-Pyrénées seraient le fruit de loups espagnols (Canis lupus signatus). Mais comme on l'a vu plus haut, aucun indice ne nous permet de confirmer ces observations.

En Espagne, la population lupine est en augmentation (1 500 à 2 000 loups divisés en près de 300 meutes). Le loup est surtout présent dans le Nord-Ouest du pays : quasi-totalité de la Galice, les Asturies du Sud, la Cantabrie, la moitié de nord de la Castille-Léon et certains secteurs de la Rioja et du Pays Basque. Les loups ne sont donc pas très loin du massif pyrénéen.

L'extension actuelle de la population espagnole se manifeste par le retour discret d'individus erratiques dans le Piémont pyrénéen, en Navarre, Aragon et Catalogne :

Juan-Carlos Blanco (biologiste espagnol, responsable du suivi du loup en Espagne) note la présence sporadique du loup en Aragon et Catalogne. Il pense également "qu'il est également déjà présent dans les piémonts pyrénéens". Ceci est confirmé par de très nombreux indices récoltés par bon nombre de naturalistes, attestant de la présence (pour l'instant sporadique) de loups sur le versant espagnol des Pyrénées (La Gazette des Grands Prédateurs n°8 - Mai 2003). Parmi ces indices, voici quelques informations :

  • Un jeune mâle est abattu en Navarre, plus précisément à Uncastillo (à 30 km au sud de Jaca) en 1995. Ceci a d'ailleurs contraint le gouvernement d'Aragon a reconnaître officiellement la présence de l'espèce sur son territoire, ce qu'il refusait de faire auparavant malgré les fortes suspicions (La Gazette des Grands Prédateurs n°8 - Mai 2003).
  • 2 loups sont tirés en 2001, lors de battues, dans la vallée navarraise d'Anso et la vallée aragonaise d'Hecho. (Rapport d'Activité 2001 du Parc National des Pyrénées). En 2002, selon ce même parc, ces loups étaient en fait deux chiens errants ! (Site internet du Parc National des Pyrénées)

Si ces données paraissent indéniables, les autorités compétentes continuaient toujours à nier toute présence de loup dans les Pyrénées espagnoles, du moins jusqu'au 12 février 2004.

En Navarre, le service de l'Environnement a déclaré en mars 2003, au FIEP - Groupe Ours Pyrénées, qu'il n'y a aucune donnée certaine de loup en Navarre depuis 1996, date à laquelle un individu fut présent dans la partie ouest de cette région, en Sierra de Urbasa. L'entrée du loup en Navarre peut cependant intervenir depuis le sud-ouest, c'est-à-dire depuis les régions limitrophes à celles de Rioja et d'Alava (100 km à vol d'oiseau de la frontière). (Nouvelles Ours n°60 - mai 2003)

En Aragon, le département du Milieu Naturel d'Aragon a confirmé, toujours en mars 2003 aux membres du FIEP, que les dernières données proches des Pyrénées ont été récoltées en 1997 et plus rien depuis. En Aragon, le loup est cependant présent de façon occasionnelle dans les provinces de Teruel et de Zaragoza, au sud de cette grande région, à partir des provinces de Guadalajara et de Soria.

Ces individus sont assez loin de la frontière, entre 150 et 300 km à vol d'oiseau de celle-ci (Nouvelles Ours n°60 - mai 2003). Le Rapport d'Activité 2002 du Parc National des Pyrénées révèle cependant que "des informations espagnoles en 2002 indiquent la présence - cadavre ou tir d'animaux - à environ une centaine de kilomètres de la frontière en Aragon".

Enfin, dans la province de Guipuzcoa (Pays-Basque), aucun loup n'a été tué dans cette province en 2002 comme pouvaient le laisser supposer certaines rumeurs, selon le biologiste du Gouvernement Basque chargé du dosser en Guipuzcoa. La seule présence avérée de loup dans cette province fut une incursion de loups présents dans la sierra de Urbasa (Navarre) en mai 1996 (Nouvelles Ours n°60 - mai 2003).

On peut donc s'attendre à ce que les loups qui arriveront dans la partie occidentale de la chaîne proviendront de la population lupine espagnole.

Mathieu Krammer (http://www.carnivores-rapaces.org/accueil.htm)

Historique du retour du loup dans les Pyrénées orientales

Par Mathieu Krammer, biologiste.

Depuis quelques années, on parle de plus en plus souvent du retour du loup dans les Pyrénées. De nombreuses rumeurs circulaient jusqu'à l'officialisation de la présence de Canis Lupus dans les Pyrénées suite à des analyses génétiques. Mathieu Krammer, jeune biologiste  a essayé d'en savoir un peu plus clair sur le retour annoncé du loup gris dans le massif pyrénéen.

L'Historique du retour du loup dans les Pyrénées est en 3 parties :

Historique du retour du loup dans la partie orientale de la chaîne des Pyrénées

( Haute-Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales et Catalogne )

Même si la quasi-totalité des rumeurs de présence du loup dans les Pyrénées (qui se multiplient) restent actuellement invérifiées, quelques observations certaines ont cependant eut lieu dans la partie orientale du massif, permettant de prouver la présence du loup sur le massif. Ces dernières années, ces observations ont été étayées par des analyses génétiques, prouvant formellement la présence de plusieurs individus sur plusieurs années.

Massif du Madrès (Pyrénées-Orientales et Ariège)

Tout commence en 1992, lorsque l'éleveur principal de la Réserve Naturelle de Nohèdes, située sur les hauteurs des villages de Nohèdes et de Sansa dans le massif de Madrès (Pyrénées-Orientales), commence à se plaindre d'attaques sur son troupeau. Pour lui et son groupement pastoral, il s'agit de prédateurs sauvages, peut-être du loup, vraisemblablement du lynx...

Pour les gestionnaires de la Réserve et de l'ONCFS qui ont mené l'enquête, il s'agit de chiens, au moins jusqu'en 1995. Dès 1995-1996, les prédations changent de nature et sèment les premiers doutes. Le nombre de dégâts augmente fortement et la discrétion et la régularité des attaques attirent l'attention des personnels de terrain de la Réserve et de l'ONCFS (Pour plus d'infos sur ces attaques, voir le tableau en fin de paragraphe). Bien vite, les hypothèses du chien errant et du lynx furent écartées. En plus de leur travail et indépendamment de tout cadre officiel, un suivi de terrain réalisé par les agents de la Réserve et de l'ONCFS montre qu'un loup fréquente probablement le massif de Madrès-Coronat.

Une première observation visuelle du loup est réalisée dans ce secteur en 1997. Entre 1997 et 2000, 13 relevés d'empreintes et de pistes possibles de loups ont été collectés, ainsi que 17 excréments et 1 urine à des fins d'analyse génétique. Mais jusqu'en 1999, toujours aucune preuve scientifique formelle de la présence du loup...

Ce n'est qu'en août de cette année là, après la réalisation d'analyses ADN sur des poils et des crottes prélevés au dessus de Nohèdes, que le présence du loup dans le département des Pyrénées-Orientales est officielle (La Gazette des Grands Prédateurs n°10 - Novembre 2003). Dès lors, des témoignages invérifiés d'utilisateurs du milieu s'ajoutent à cette découverte, sans que l'on puisse toujours vérifier leur véracité.

En 2003, des échantillons collectés en 4 ans de suivi (1997-2000) et confiés à l'ONCFS ont été analysés, individuellement cette fois-ci, permettant de définir la "carte d'identité" (empreinte génétique) de chaque animal dont un excrément ou des poils sont rapportés. Elles ont permis d'identifer formellement dans le massif du Madrès :

  • 1 femelle et 1 mâle en 1999, dans le massif du Madrès (Pyrénées-Orientales).
  • 1 second mâle en 2000, toujours dans le massif du Madrès.

Des indices de présence du loup sont repérés et authentifiés dans le massif du Madrès jusqu'en octobre 2000.

De 2000 à 2006, aucun indice sérieux n'a été recueilli, hormis quelques observations visuelles invérifiées, comme sur la commune de Rabouillet au printemps 2004 par exemple. (Quoi de Neuf ? n°12 décembre 2004 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS). Par ailleurs, aucune analyse génétique d'échantillons récoltés sur le terrain n'a relevé l'espèce Canis lupus durant ce laps de temps.

Mais à la fin de l'hiver 2005/2006, une piste probable d'un animal est relevée en mars sur le versant ariégeois du massif du Madrès, plus précisément sur la commune de Quérigut. ( Quoi de Neuf ? n°15 juin 2006 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Massif du Carlit (Pyrénées-Orientales)

Alors que les observations cessent dans le massif du Madrès en 2001, plus à l'ouest, dans le massif du Carlit, elles se multiplient . Pas moins de 14 témoignages sont recueillis en 2002 dont 8 jugés probables (Quoi de Neuf ? n°14 décembre 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Après près de 2 ans d'absence d'indices sérieux dans le département des Pyrénées-Orientales, un touriste effectue au cours du mois d'août 2002 une observation visuelle d'un loup dans le massif du Carlit. Heureusement, il a pu photographier la scène et ainsi authentifier son témoignage (La Gazette des Grands Prédateurs n°8 - Mai 2003 ; "Rapport intermédiaire d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Année 2002" et Quoi de Neuf ? n°14 décembre 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Des prospections hivernales réalisées lors de l'hiver 2003/2004 ont permis de découvrir 5 pistes probables et de récolter 2 excréments (Quoi de Neuf ? n°14 décembre 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS). Typés par la génétique, ils se sont révélés appartenir à deux individus différents : 1 mâle en octobre 2003 (commune de Formiguères) et 1 femelle en janvier 2004 (commune de Porté-Puymorens).

Alors que l'hiver 2004/2005 s'est relevé quant à lui infructueux en terme de relevé d'indices, au moins 4 observations visuelles probables du loup ont été réalisées au printemps 2005. Enfin, au mois d'août 2005, deux attaques (respectivement une et deux brebis tuées), très certainement dues au loup, ont été constatées dans le massifs du Carlit et du Péric. (Source : Dépêche AFP du 14/09/2005 et Quoi de Neuf ? n°14 décembre 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Depuis 2002, ce massif semble donc régulièrement occupé par l'espèce.

Massif du Canigou (Pyrénées-Orientales)

Au cours du printemps 2004, des observations visuelles et de traces faisant état d'un individu, jugées probables par le Réseau Loup, ont été relevées sur le versant nord du massif du Canigou (communes de Py et de Casteil notamment), en rive droite de la vallée de Conflent (les massifs du Carlit et de Madrès se trouvant sur la rive gauche). Cependant, les analyses génétiques de 3 échantillons récoltés en mars et avril 2004 dans le massif du Canigou n'ont pas identifiés Canis lupus mais Canis familiaris (chien). Aucun indice sérieux n'a été relevé dans le massif lors de l'hiver 2004/2005, hormis une observation visuelle classée douteuse. (Quoi de Neuf ? n°13 juin 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Mais une nouvelle preuve de la présence du loup dans le massif du Canigou est relevée tout récemment, puisqu'une observation visuelle, classée probable par le Réseau, a été réalisée sur la commune de Prats-de-Mollo en novembre 2006 (Quoi de Neuf ? n°16 Décembre 2006 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Ailleurs dans l'est des Pyrénées françaises
(Pyrénées-Orientales et Ariège)

Plus au sud, dans le massif du Puygmal, une trace de 2 animaux est relevée en 2004 dans la Réserve naturelle de la vallée de l’Eyne à la frontière espagnole. (Quoi de Neuf ? n°14 décembre 2005 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS). Cette donnée reste néanmoins isolée et ne permet pas encore de conclure à la présence permanente de l'espèce sur le massifs du Puygmal.

Enfin, en Ariège, deux échantillons ont été collectés dans le Haut-Couserans en 2005 (communes de Bethmale et Seintein). Mais les analyses génétiques ont exclu leur appartenance à l'espèce Canis lupus. (Quoi de Neuf ? n°15 juin 2006 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Catalogne (Espagne)

En 2003, les analyses génétiques individuelles d'un échantillon collecté par les espagnols ont permis d'identifer formellement un mâle en 2000, sur le versant espagnol à la frontière avec les Pyrénées-Orientales, dans la Sierra del Cadit (Catalogne). Par ailleurs, ce mâle est différent des deux autres identifiés en 1999 et 2000 dans le massif du Madrès.

En février 2004, le Gouvernement catalan et le Ministère de l'Environnement espagnol confirment la présence d'un loup dans la province de Lérida, dans le piémont pyrénéen catalan (FERUS).

En 2006, plusieurs attaques ont eu lieu dans la Sierra del Cadit et le haut Ripollès, notamment dans la zone de Berga. (Pyrénées Magazine n° 107 - Sept-Oct 2006)

Résumé de la situation dans l'est des Pyrénées

En 4 ans de suivi (1997-2000), 4 individus différents (3 mâles et 1 femelle) ont été identifiés par la génétique : 1 femelle et 2 mâles sur le massif français du Madrès (Pyrénées-Orientales) et 1 mâle dans la Sierra del Cadit (Catalogne). (Rapport intermédiaire d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Année 2002).

Actuellement, les naturalistes estiment qu'au moins 4 loups sont présents sur le versant français des Pyrénées-Orientales et au moins 2 autres sur le versant espagnol. En fait, deux petites meutes, de 3-4 loups chacune, seraient présentes dans la partie orientale des Pyrénées, à cheval sur la France et l'Espagne. (Article du Journal du Dimanche du 31/03/2004).

En 2005, la présence de l'espèce est quasiment certaine dans le massif du Carlit et possible dans celui du Puygmal (Pyrénées-Orientales). En 2006, après 6 années d'absence supposée, un premier indice fiable est relevé dans le massif du Madrès (versant ariégeois), ainsi que dans le massif du Canigou (Pyrénées-Orientales).

Pour finir, on constate que la présence du loup, certaine depuis 1999 mais probablement bien avant, génère très peu de dégâts sur les troupeaux domestiques et n'engendre pas de polémiques particulières. D'ailleurs, depuis 1998 (introduction de la garde de nuit à proximité des couchades avec un aide-berger et des chiens de protections) et 1999 (mise en place de parcs de nuit double enceinte, de chiens de protection et présence de deux bergers pour la garde), on ne constate plus d'attaques de loups dans le massif du Madrès, malgré la présence certaine de loups (Voir l'évolution de la prédation sur l'estive de Nohèdes de 1992 à 2000 pour plus de précisions). (La Voie du Loup n°19 - Octobre 2004 et La Gazette des Grands Prédateurs n°10 - Novembre 2003).

Il convient cependent de signaler que les troupeaux d'ovins sont rares dans le massif du Carlit, ce qui explique sans doute le peu d'attaques relevées. Enfin, on ne peut s'empêcher de faire un rapprochement avec le Mercantour puisque le massif du Carlit, où l'espèce est présente durant l'hiver 2003/2004, est le seul massif pyrénéen possèdant une importante population de mouflons (670 têtes).

Les loups pyrénéens sont d'origine italienne

Curieusement, on s'aperçoit que le principal secteur où les observations sont rapportées et l'unique endroit de la chaîne où la présence du loup est officielle, correspondent aux Pyrénées-Orientales, à l'extrémité est de la chaîne.

Le fait qu'aucune population de loups ne soit connue dans les environs (le loup est absent de la partie est de l'Espagne) et qu'une zone de plus de 500 kilomètres sans indice sépare les Pyrénées-Orientales des plus proches territoires espagnols occupés par le loup (les meutes espagnoles les plus proches se trouvent dans le Pays Basque au sud de la province d'Alava), plaide pour une origine autre qu'ibérique. Même si la distance n'est pas énorme pour un loup, il serait curieux que les loups préfèrent s'installer à l'extrémité orientale de la chaîne alors que la partie occidentale, beaucoup plus près et tout aussi riche biologiquement, est inhabité.

Ce sentiment a été confirmé par les analyses ADN. Il s'est avéré que le loup présent à Nohèdes entre 1999 et 2000 était un loup d'origine italienne (Canis lupus italicus), présentant les mêmes séquences génétiques que les loups du Mercantour ! Depuis, les 3 autres individus (2 en France, 1 en Espagne) recensés en 4 ans de suivi, à partir de plusieurs échantillons, étaient tous d'origine italienne (Rapport intermédiaire d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Année 2002). Le mâle et la femelle présents durant l'hiver 2003/2004 dans le massif du Carlit (sans que l'on sache encore s'il s'agit de nouveaux ou de loups déjà présents les années antérieures) étaient encore d'origine italienne (Dépêche AFP du 23/10/2004).

Cette constation peut surprendre à prime abord, mais beaucoup moins après réflexion. Tout d'abord, la partie orientale des Pyrénées se situe à égale distance entre la population alpine (Canis lupus italicus) et la population espagnole la plus proche (Canis lupus signatus).

La population des Alpes est beaucoup plus importante (une centaine d'individus) que la population lupine basque et la progression du loup espagnol vers le nord est clairement ralentie par des destructions d'origine humaine (empoisonnements et tirs). Ceci explique la plus forte probabilité que des "loups disperseurs" italiens (jeunes animaux quittant la meute et à la recherche d'un partenaire et d'un territoire) rejoignent les Pyrénées plutôt que des loups espagnols.

Les capacités de dispersion des loups sont phénoménales. Une étude de J.-C. Blanco a montré que des loups utilisaient régulièrement des territoires de part et d'autres d'autoroutes en Castille, en emprunant tout bêtement ... les ponts au dessus des voies ! Le franchissement de la vallée du Rhône (avec son fleuve, son autoroute, sa ligne TGV ...) n'est pas un exploit pour un loup. D'ailleurs, ce franchissement est confirmé par d'autres observations :

un loup d'origine italienne est tué lors d'une collision avec un véhicule dans le Cantal en 1997, tandis qu'un autre (lui aussi d'origine italienne) est abattu dans le Puy-de-Dôme en 1999. Eux-aussi ont dû traverser le couloir rhôdanien. (La Gazette des Grands Prédateurs n°8 - Mai 2003). Deux loups d'origine italienne (un mâle et une femelle) ont été identifiés génétiquement dans le massif de l'Aubrac (Lozère) au sud du Massif Central au cours de l'hiver 2005/2006. Un de ceux-ci avaient déjà été identifié génétiquement dans les Alpes (Queyras) en 2004. (Quoi de Neuf ? n°15 juin 2006 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - ONCFS).

Par ailleurs, le 12 février 2004, le Ministre espagnol de l'Environnement a officialisé le retour du loup en Catalogne, plus précisément dans la province de Lérida où la présence sporadique du loup a été constatée dans ce piémont pyrénéen catalan (secteur de la sierra de Boumort, de la Baronnie de Rialb et de Montsec), au nord de la ville de Lleida (province de Lérida). Le retour du loup dans cette région était suspecté depuis 3 ans maintenant. Alors que les spécialistes pensaient d'abord que ce loup était venu par le sud de l'Aragon (où les nombreux corridors naturels entre Aragon, Castille, Navarre et Lérida se sont aggrandis du fait de la reforestation), il s'est avéré que ce loup était d'origine italienne comme ceux présents dans les Pyrénées-Orientales. (Site internet de FERUS).

Mathieu Krammer

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02 août 2006

Sur la présence du Loup dans les Pyrénées-Orientales en 2006

Après avoir disparu des Pyrénées et de France, le Loup est de retour dans les Pyrénées depuis la fin des années 1990, dans la partie orientale de la chaîne. La disparition du Loup sur le territoire hexagonal est le fruit d'une volonté populaire et politique.

Dès Charlemagne, en passant par François 1er, jusqu'à la deuxième moitié du XXème, l' État français a mené une politique d'extermination de cette espèce sur son territoire. Certains facteurs indirects ont permis de faciliter cette politique: déboisement intensif, forte densité humaine dans les campagnes, disparition des populations d'ongulés sauvages, utilisation de poisons. Le Chevreuil, et le Cerf élaphe ont disparu des Pyrénées au début du XXème siècle. En l'absence de proies sauvages de grande taille, les Loups ont dû se rabattre sur les troupeaux domestiques. Il en résulta une augmentation des conflits avec le pastoralisme (attaques sur brebis, entraînant empoisonnement, pièges, tirs...). Il faudra attendre le retour du Loup dans les Alpes françaises au début des années 1990, pour que cet animal soit classé comme espèce rotégée en France.

En Espagne et en Italie, le Loup n'a par contre jamais totalement disparu. Son maintien historique dans certains secteurs géographiques s'explique par la persistance de populations d'ongulés sauvages (Chevreuil, Cerf élaphe), et la mise en protection de certains secteurs. Ainsi en 2006, la population lupine espagnole (Loup ibérique, canis lupus signatus) atteint 1500-2000 individus et la population italienne (loup italien, canis lupus italicus) se situe autour de 750 individus.

Tous les indices génétiques relevés dans la partie orientale de la chaîne pyrénéenne sur la période de 1999 à 2004 proviennent de Loup italien canis lupus italicus. La partie montagnarde des Pyrénées-Orientales se situe à égale distance géographique entre les populations de Loups de souche hispanique (sud du pays basque espagnol, province d'Alava) et les Loups de souche italienne (Alpes françaises, population estimée à 80 individus).

Des facteurs expliquent cette situation : la population canis lupus italicus des Alpes françaises est beaucoup plus importante que la "petite" population lupine basque. Ces deux populations ne sont que la continuité des populations lupines italiennes et hispaniques. De plus la progression du loup espagnol vers la partie septentrionale semble ralentie par des empoisonnements et des tirs. Aussi, les probabilités que des "loups disperseurs" italiens (Loups quittant la meute) rejoignent les Pyrénées-Orientales semblent supérieures.

La présence du Loup dans les Pyrénées-Orientales et la Catalogne espagnole de 1999 à 2006 est continue. La présence simultanée sur un même massif d'un mâle et d'une femelle observés à deux reprises n'a semble-t-il pas donné de reproduction. La "densité" du Loup sur ce territoire, 2 loups au minimum en 1999-2000 et en 2004-2005, quelques traces hivernales en 2006 paraît faible. L'éloignement avec les zones de présence permanente entraîne des difficultés pour l'arrivée régulière d'autres Loups sur le territoire (mortalité par collision, autres lieux d'errance...).

Sur la période considérée (1999 - 2006), la répartition des indices de présence (certains et probables) sur une vaste zone (Generalitat de Catalunya, massif du Madres, Carlit, Canigou, Puigmal) confirme la grande taille des territoires utilisés par les Loups (jusqu'à 300 à 400 km2). Au niveau de la prédation, si l'on excepte l'important préjudice financier et moral subi par un éleveur à Nohèdes (de 1995 à 1997), force est de constater le faible impact des Loups sur les troupeaux ovins (en faible nombre sur le massif). Le niveau de prédation attribuable au Loup sur les Pyrénées-Orientales peut être estimé à 2 brebis en 2005. Ce bas niveau de prédation confirme la "densité" basse de loup, déjà démontrée par le faible nombre d' indices de présence collectés (pistes dans la neige, poils, excréments, cadavres de proies, témoignages...). La prédation réduite peut être liée à la mise en place d'une sécurisation pastorale efficace.

Cette sécurisation conçue pour limiter les dégâts des Ours paraît suffisante pour limiter les dégâts de loups en faible densité ou d'individus isolés. Les moyens techniques utilisés sont le tryptique suivant: berger et chien de conduite, chien de protection, regroupement nocturne. Le Loup conserve un statut biologique précaire sur le territoire. Cette situation pourrait être transitoire. En effet, dans les Alpes françaises, la progression de la population lupine est estimée à 20 % par an. La progression lupine espagnole, à priori plus lente, devrait aussi se poursuivre.

Nous pourrions assister à terme à la rencontre sur les Pyrénées d'individus issus des populations hispaniques et italiennes. Cette situation pourrait générer un dynamisme génétique.

Olivier SALVADOR,
Chargé de mission grands prédateurs et protection des troupeaux, CRNC
Source : NATURA CATALANA, la lettre des réserves naturelles catalanes, n°5, juillet 2006.

20 juin 2006

Un réseau loup officiel dans la partie orientale des Pyrénées

La présence confirmée du loup dans les Pyrénées date de 1999, avec une hypothèse de colonisation en 1996 (voir QDN 14 à propos du loup dans les Pyrénées). Depuis 1996, les indices de présence de l’espèce on été collectés par différentes personnes (agents du SD de l’ONCFS 66, réserve de Nohèdes, équipe ours). En 2004, des agents de l’équipe ours participent à un stage de formation de correspondants loup lynx organisé dans les Hautes –Alpes. Il s’agit d’une première amorce de la formation des différents personnels pyrénéens au suivi du loup. De nouveau en 2005, des Pyrénéens se rendent dans les Alpes pour suivre un stage de formation. Enfin, en 2006 c’est in situ dans les Pyrénées Orientales que se déroulent deux stages qui rassemblent plus de 60 participants issus de l’administration , du monde associatif, de la profession agricole ainsi que des personnes d’Andorre et d’Espagne.

La constatation des attaques est actuellement réalisée à partir du formulaire Ours auquel est annexé une partie Loup. Ce système transitoire est actuellement en phase de test. S’il s’avérait que l’on assiste à une augmentation de la prédation du loup, il évoluera vers une intégration d’un formulaire commun Ours/Loup en collaboration avec les partenaires locaux. Le réseau est donc maintenant officiellement installé dans les Pyrénées Orientales.

Y. L.
Source : Bulletin d'information du réseau loup n° 15

19 juin 2006

Bulletin d'information du réseau loup n°15 de juin 2006

Bulletin d'information du réseau loup n°15 de juin 2006

Le bulletin d'information du réseau loup est publié par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage qui expertise les cas de prédation sur le cheptel domestique, organise la compensation financière des dommages de loup, collecte et vérifie les indices de présence et la répartition du loup.

La buvette publie tous les bulletins d'information du réseau loup. Voici le sommaire du n°15.

Bulletin d'information du réseau loup ONCFS

Quoi de neuf? Bulletin d'information du réseau loup n°15
48 pages - PDF 1,47 Mo juin 2006

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07 juin 2006

Des loups en route vers les Pyrénées via la Lozère?

Depuis le mois de janvier 2006, on suspectait le retour du loup en Lozère, après la découverte du cadavre d’un chevreuil... ces rumeurs sont confirmées par la préfecture de la Lozère !

Les excréments retrouvés à proximité du chevreuil ont été analysés et ont révélé qu’ils appartenaient bien à l’espèce Canis Lupus de la même lignée que les loups présents dans les Alpes.

Un mâle (encore inconnu) et une femelle (déjà fichée dans les Alpes) sont donc passés dans le massif de l’Aubrac en janvier, mais n’ont pas forcément fait souche dans ce département.

Le communiqué de la préfecture insiste sur le fait que "les spécialistes du loup s’accordent à dire que le massif central serait un couloir de passage entre les Alpes et les Pyrénées."

Christophe CORET (AVES)

28 décembre 2005

Alain Bataille : A propos du loup dans les Pyrénées

Par Alain Bataille, correspondant Réseau Ours et Réseau Loup 66

Les premières données validées ont identifié la présence du loup dans les Pyrénées-Orientales (PO) en 1999 (sur la base d’analyses génétiques), même si certains éléments, qui n’ont pas pu être confirmés, nous laissent à penser que cette présence remonte à 1996, voire 1995. Le loup a disparu des Pyrénées fin XIXe siècle. S’il a totalement disparu en France au XXe siècle il est toujours resté présent en Espagne où l’on compte aujourd’hui une population estimée à 1500-2000 individus.

A la surprise générale et après plusieurs tests, les premières analyses génétiques réalisées ont montré que les loups présents dans les Pyrénées Orientales étaient de lignée italienne.

Si l’on s’attendait plutôt à une présence de loup espagnol, il est bon de savoir que ce département se trouve pratiquement à égale distance des populations de loups ibériques (les meutes les plus proches de Canis lupus signatus se trouvent au Pays Basque, au sud de la Province d’Alava) que de celles de l’Arc Alpin (Canis lupus italicus).

Cet article vise à retracer la chronologie des informations disponibles sur la présence des loups, particulièrement dans les Pyrénées Orientales.

Du massif de Madres au massif du Carlit

Comme c’est souvent le cas, les premiers éléments de présence possible du loup ont été des attaques à répétition sur ovins dès 1995/96, suivies en 1997 d’observations visuelles de canidés identifiés par les observateurs comme des loups dans le massif du Madres.

(Lire la note de Farid Benhammou : Le loup de Nohèdes : Analyse stratégique et territoriale du retour du loup dans les Pyrénées : modalité, réalité et perspectives)

La sensibilisation, aux problèmes de prédation par la présence de l’ours, mais également par les dégâts sur le cheptel domestique et la faune sauvage par les chiens errants, des agents du SD 66 ONCFS et des personnels permanents de la réserve de Nohèdes, a sans doute été un facteur déterminant pour la détection du loup à cet endroit.

Quelques agents ont suivi la formation du Réseau Loup et des prospections hivernales sur la base du protocole de suivi utilisé dans les Alpes ont été mises en place.

Ces prospections actives ont montré très rapidement leur intérêt avec des relevés de 13 empreintes et pistes possibles de loups entre 1997 et 2000 et nous ont permis de collecter 17 excréments et 1 urine à des fins d’analyses génétiques. Sur ces 17 prélèvements, 7 ont été attribués au loup, tous de la lignée italienne, lignée identique à celle des animaux présents dans les Alpes françaises. Ce n’est qu’en 2003 que les analyses d’identification génétique ont permis  l’individualisation d’un mâle A, d’une femelle B présents en 1999 et d’un mâle C en 2000.

Photo du loup du Carlit Loup photographié dans le massif du Carlit - Août 2002. photo C. Massy

Plus aucune information ne sera confirmée après 2001 dans le massif du Madres. A l’inverse, les témoignages se sont succédés dans le massif du Carlit, situé plus à l’Ouest, avec pas moins de 14 témoignages dont 8 probables. Une photo prise en 2002 ne laissait que peu de doute quand à l’identification d’un loup. Les prospections hivernales ont permis de découvrir 5 pistes probables de loups et la récolte de 2 excréments ont été typés par la génétique comme 1 mâle et 1 femelle présents durant l’hiver 2003/2004.

Il faut noter aussi que de nombreux autres échantillons ont été récoltés et ont montré la présence de chiens dans la montagne en hiver, de même que quelques proies sauvages non attribuables au loup. Après un hiver infructueux en terme de relevé d’indices, le printemps 2005 révèle à nouveau des indications de la présence de loups dans le massif du Carlit avec au moins 4 observations
visuelles d’un loup dont l’une de 2 individus.

Les troupeaux d’ovins sont rares dans ce massif du Carlit, ce qui explique peut-être le peu de dégâts où pour le moins, de demandes de constat de dommages. Toutefois, en 2005, nous avons réalisé deux constats correspondant peut être à deux attaques de loup sur ovins.

En 2004, le réseau de personnes formées à la reconnaissance et la recherche d’indices de loups s’est étoffé et compte aujourd’hui 37 correspondants répartis dans les départements 11, 09, 66, 64 et 31. Ces correspondants sont quasiment tous également correspondants du Réseau Ours Brun.

Présence du loup dans les autres massifs pyrénéens

Quelques informations partielles ont été relevées dans le massif du Puigmal (sud du département) avec notamment une observation visuelle de 2 animaux en 2004 dans la vallée de l’Eyne à la frontière espagnole. De même, dans le massif du Canigou (Sud Centre), ont été relevés quelques indices probables, mais sans récurrence dans le temps, ni confirmation par la génétique qui a identifié des chiens.

Collaborations inter-services et transfrontalières

Les premiers indices provenant de la Réserve naturelle de Nohèdes, c’est tout naturellement que le SD 66 a travaillé dans un premier temps avec le personnel de cette Réserve. Le suivi s’étendant à d’autres territoires, c’est avec la Confédération des Réserves Naturelles Catalanes (CRNC) que s’est développé ce partenariat.

Les contacts entre agents ainsi que le fait de travailler ensemble au sein du Réseau Ours brun ont permis une mise en oeuvre rapide des collaborations sur le thème du loup.

A la demande de la Préfecture des PO et de la DIREN Languedoc Roussillon, l’ONCFS, au travers du SD 66 et avec l’aide technique du CNERA PAD, pilote le projet de suivi pour lequel a été établie une convention, en collaboration avec la CRNC, la FDC 66. L’ONF a participé dans un premier temps avant de se retirer. Des collaborations effectives sur le terrain ont également été engagées progressivement avec les services départementaux limitrophes de l’ONCFS 11 et 09. Une collaboration avec le SIME (Syndicat Interdépartemental Montagne Elevage) a également été engagée, notamment pour la partie des mesures de prévention dans le massif de Madres.

La convention établie prévoit également un volet transfrontalier. Les contacts informels qui existaient entre le SD 66 et nos homologues de la Generalitat de Catalogne (Espagne) depuis les années 1980 ont été formalisés en 2002 par la signature d’une convention entre le Directeur de l’ONCFS et la Ministre de l’Environnement de la "Generalitat de Catalunya". Depuis 2004, la présence du loup (lignée italienne) a été officialisée en Catalogne à la frontière avec les Pyrénées Orientales en 2004 (Sierra del cadi) et un plan de mesures d’aides et de compensations des dommages mis en place. Cette annonce s’est traduite immédiatement dans les faits par des échanges d’informations de terrain sur le loup et des formations relatives à l’expérience française. Cette collaboration reste au niveau informel en ce qui concerne l’Andorre.

Travailler en collaboration

Cette chronologie des indices de présence du loup montre qu’il est plus que jamais nécessaire de travailler en collaboration inter-services mais aussi de développer la collaboration transfrontalière, pour améliorer la couverture du Réseau d’observation et augmenter la pression d’observation. La récurrence des informations pour établir le statut du loup dans les Pyrénées est ici primordiale.
Tous ces indices montrent que le loup est vraisemblablement encore présent en 2005 dans le massif du Carlit et peut-être au sud dans le massif du Puigmal.

Ce qui est en bonne voie avec la Catalogne devrait être étendu à l’ensemble de la chaîne en mettant à profit le mémorandum entre la France, l’Espagne et l’Andorre au sujet de l’ours. Celui-ci pouvant s’appliquer à d’autres espèces, il semblerait souhaitable de raisonner en termes de grands carnivores, la problématique étant souvent très proche entre ces espèces.

La fusion des Réseau Ours et Loup serait sans doute une des solutions techniques pour optimiser les collaborations de terrain.

En matière d’aide à l’élevage et de protection des troupeaux d’ovins, des mesures ont déjà été prises pour le massif du Madres lors de la réapparition du loup et dans le massif du Carlit dans le cadre du plan de restauration de l’ours des Pyrénées. Elles ont été évaluées pour les autres massifs par le SIME.

Enfin, la communication doit rester un souci constant afin d’apporter les informations techniques indispensables, tant aux élus qu’aux autres acteurs socioéconomiques et ainsi assurer la transparence nécessaire à la gestion de ces dossiers conflictuels par essence.

Alain Bataille / ONCFS
Correspondant Réseau Ours et Réseau Loup 66
Source : Bulletin d'information du réseau loup - Quoi de neuf ? n° 14

01 septembre 2005

Attaques de loups dans les Pyrénées

Deux attaques successives, très certainement commises par un loup, ont eu lieu pendant le mois d’août dans les Pyrénées-orientales, l’une dans le Massif du Carlit et l’autre dans le Massif du Péric, indique un communiqué préfectoral.

"Sans que ces attaques puissent être encore formellement attribuées au loup, les expertises menées sur les lieux font apparaître de fortes présomptions", indique le communiqué de la préfecture. Les résultats des analyses des prélèvements effectués sur place devraient être connus en novembre.

Les deux attaques ont tué respectivement une et deux brebis

Selon le communiqué, la présence du loup dans les Pyrénées-Orientales est avérée depuis 1999. Durant l’hiver 2003-2004, au moins deux individus, un mâle et une femelle, étaient présents dans le Massif du Carlit.

Au printemps 2005, cinq témoignages ont fait état d’observations visuelles du loup dans le Massif du Madres, sur le Massif du Carlit et sur le Massif du Péric.

Le communiqué indique que le réseau de surveillance du loup sera renforcé, les éleveurs concernés indemnisés, et qu’un point régulier sera fait sur l’état de la connaissance des grands prédateurs (loup et ours) et sur la mise en oeuvre des mesures d’accompagnement pour le pastoralisme

29 décembre 2004

Le loup de Nohèdes : Analyse stratégique et territoriale du retour du loup dans les Pyrénées : modalité, réalité et perspectives (Farid Benhammou)

Farid Benhammou, géographe, doctorant en Sciences de l’Environnement - ENGREF

Résumé - Le loup a fait son retour dans les Pyrénées dans la plus grande discrétion. Cet événement s'est produit dans le massif du Madres-Coronat (Pyrénées-Orientales) où se posent la plupart des enjeux des territoires ruraux qui connaissent la recolonisation par les grands prédateurs : transformation des écosystèmes et des paysages, encouragement et dénonciation à la fois de la conservation de la nature, mutation socio-économique des activités humaines et principalement du pastoralisme.

Cette étude de cas montre que le retour du loup ne se réduit pas à une opposition entre des protecteurs idéalistes du loup et des éleveurs figés dans leurs pratiques ancestrales. En effet, malgré un contexte médiatique, socio-professionnel et politique difficile, des acteurs de l'Agriculture et des acteurs de l'Environnement ont oeuvré ensemble pour favoriser la coexistence pastoralisme / loup dans un espace montagnard. Dans la mesure où de plus en plus de territoires, y compris dans les Pyrénées, vont être concernés par cette présence, il paraît intéressant et urgent de tirer quelques enseignements.

  • Des acteurs agricoles pragmatiques de terrain, associés aux acteurs d’environnement sont des leviers cruciaux de résolutions des difficultés et des conflits
  • Une structure « aire protégée » est un dispositif qui offre également des marges de manoeuvre
  • La réactivité et la vigilance sur la communication sont nécessaires
  • De la flexibilité doit être encouragée pour réagir au plus vite à une situation qui risque de se généraliser non seulement aux Pyrénées (dont une partie du territoire est indirectement et partiellement préparée grâce aux mesures Ours) mais aussi à toute une série de territoires ruraux marginaux.

Le loup a fait son retour dans les Pyrénées

Le loup a fait son retour dans les Pyrénées-orientales reproduisant et annonçant les difficultés de gestion de la problématique des grands prédateurs sauvages en territoires ruraux marginaux. Cependant, même si des maladresses ont pu avoir lieu en raison du caractère hautement sensible du dossier, il s’agira de souligner ici les originalités qui ont pu et qui pourront améliorer le traitement local du retour du loup. Certes, le caractère géopolitique du grand prédateur n’a pas été absent. Autrement dit, il y a eu des tentatives politiques, syndicales et médiatiques qui ont pu avoir pour effet d’attiser des conflits entre opposants et protecteurs du loup. En effet, l’animal prédateur sauvage est communément utilisé pour critalliser des malaises socio-territoriaux et des réticences à la conservation de la nature (Benhammou, 2003 ; Benhammou et Laurent Mermet, 2003 ; Degeorges, 2004).

Néanmoins, les objectifs de notre propos sont de montrer que la grande particularité dans le retour du loup dans les Pyrénées-Orientales a été un partenariat étroit entre des acteurs d’environnement et des acteurs agricoles pour favoriser la coexistence pastoralisme / loup, de faire une analyse critique de la gestion du dossier à tous les niveaux et d’aborder les perspectives alors que la Catalogne vient de reconnaître officiellement (début 2004) la présence de loup sur son territoire. [ Par « acteurs d’environnement », nous entendons le sens défini par Mermet (1992 ; 2004 à paraître) : « La tentation est forte en effet de considérer comme acteurs d’environnement tous ceux qui sont impliqués dans le problème environnemental que l’on considère, ou bien tous ceux qui mènent des actions à objectif environnemental affiché. Nous lui donnons un sens beaucoup plus étroit : le ou les acteurs qui dans une situation donnée, jouent effectivement (à la fois dans le discours et par les actions constatées) un rôle d’agent de changement vis-à-vis des acteurs régulateurs (élus territoriaux, préfet…) » (in Mermet, à paraître)]

Ce travail est le rendu d’enquêtes de terrain, régulièrement actualisées, menées en étroite collaboration avec les acteurs directement en prise localement avec le dossier [Un article plus complet traite de la même question dans la Revue Sud Ouest Européen ( n°16 de 2003 paru en 2004 qui porte sur « Pastoralisme et environnement »)].

Carte du massif de Madres Coronat Carte du massif de Madres Coronat

1. L’arrivée du loup dans les Pyrénées-Orientales

Un jeu d’acteur particulier sur le massif du Madres-Coronat.

La zone montagnarde des Pyrénées-Orientales se caractérise par des territoires à forte biodiversité qui résultent d’éléments biogéographiques divers, des conséquences des activités humaines pluriséculaires et d’une dynamique de reconquête des milieux naturels suite à une certaine déprise agricole. Dans ce contexte, cette partie des Pyrénées est une des plus riches en réserves naturelles fédérées au sein d’une confédération (la Confédération des Réserves Catalanes).

Le parc naturel, qui est en cours d’installation, mise à la fois sur un patrimoine culturel et naturel riche. Le territoire, qui a été concerné au premier chef par le loup dans la seconde partie des années 1990, se situe au sein de la Réserve de Nohèdes, elle-même base du site Natura 2000 sur le Massif du Madres-Coronat qui s’étend sur 25 000 ha. Le jeu d’acteur y est particulier. Les chasseurs sont intégrés à la gestion de la réserve [La chasse est autorisée sur te territoire de la réserve. A noter également que le conservateur de la réserve siège à l’ACCA de Nohèdes.] tout comme les acteurs du tourisme (accompagnateurs de montagne principalement) et les acteurs pastoraux. La gestion et la promotion du site Natura 2000 sont fréquemment mises en avant comme un modèle puisque nous n’y retrouvons pas les tensions courantes liées à ce dossier en milieux ruraux (AGRNN, 2004).

L’activité pastorale et les premières difficultés liées à la prédation

Le territoire de Nohèdes et des Pyrénées-Orientales ont connu historiquement des fluctuations de la présence du pastoralisme. Après une grande tendance d’abandon des territoires pastoraux liée à l’exode rurale et à la réorganisation moderne des systèmes agricoles, une reconquête modérée a été amorcée à partir des années 1980 (Salvador, 2003). Elle est principalement le fait de néo-éleveurs [Le terme de néo-éleveur nous semble plus précis que le terme de néo-rural communément employé dans ce contexte. Or ce terme nous paraît plus vaste puisque rural n’est pas synonyme d’agricole. Le terme de néo-paysan paraît également tout à fait approprié.] et l’élevage bovin pour la viande tend de plus en plus à être majoritaire.

Les éleveurs ovins, principalement pour la viande, à l’activité généralement la moins rentable, ont souvent eu les terroirs les plus difficiles. C’est le cas pour l’éleveur travaillant sur le territoire de la Réserve de Nohèdes. N’ayant pas reçu les meilleurs conseils et les soutiens techniques au moment de son installation (Lambert in Salvador, 2003), le système d’élevage en question a pâti d’emblée de difficultés d’exploitation liées à l’inadaptation des équipements pastoraux et à l’insuffisance de main d’oeuvre.

En raison d’un climat qui pouvait s’y prêter, ces handicaps ont été compensés par la possibilité de laisser les brebis en pacage libre. La réserve de Nohèdes a d’ailleurs encouragé la présence de l’élevage sur son territoire car cela entrait bien dans la prise de conscience et dans le discours sur la portée agri-environnementale de certaines activités. Cependant, quelques années après son installation, le troupeau commence à subir une prédation chronique.

Evolution de la prédation sur l'estive de Nohèdes depuis 1992 Tableau : Evolution de la prédation sur l'estive de Nohèdes depuis 1992. Tableau extrait de Salvador (2003)

Jusqu’au milieu des années 1990, tout montre qu’il s’agit d’une prédation de chien. Cette question est depuis longtemps soulignée comme un vrai problème pastoral par les organismes agricoles régionaux [En cela ils se distinguent des organismes alpins qui, maintenant, suite au retour du loup dans les Alpes, se crispent et parlent de faux problèmes quand cette question de prédation de chien est abordée (Garde et Vors, 2001).] (Pistolesi, 1998). Cependant à partir de 1997, plusieurs soupçons évoquent la présence d’un prédateur sauvage qui s’est spécialisé. Un suivi de terrain se met en place et très vite, on s’aperçoit que les soupçons de l’éleveur sont fondés, ce grand canidé doit être un loup.

La récupération médiatique et socio-professionnelle

La question de l’origine du loup

Le résultat des analyses génétiques paru en 1999 confirme qu’il s’agit bien d’un loup et la souche identifiée est italienne, Canis lupus italicus. Au premier abord, ces conclusions sont étonnantes. Dès l’été 1999, la presse locale et surtout nationale se saisit de l’affaire. La question des grands prédateurs est un marronnier [Dans le domaine journalistique, un marronnier est un sujet que l’on traite régulièrement et dont on sait qu’il sera systématiquement payant sur un plan éditorial.] dans le domaine des médias et bénéficie toujours dans son traitement de sensationnalisme et de simplisme.

L'origine du loup de Nohèdes : venu des Abruzzes aux Pyrénées Photo : Loups des Abruzzes aux Pyrénées. Le retour du loup dans les Pyrénées vu par Paris-Match, une vision déformante.

Ainsi Paris Match (9 septembre 1999) fait un reportage choc sur le « loup de Nohèdes » et publie une carte extravagante montrant « l’itinéraire surprenant » du loup depuis le coeur des Abruzzes aux Pyrénées-Orientales.

Plus étonnant le journal Le Monde publie la même carte. Il est clair qu’avec une telle carte se fondant sur une origine italienne des loups, la thèse d’un lâché humain s’éveille. Cependant, certains éléments permettent de recadrer cette présence. Comme l’Espagne est à proximité et que ce pays compte une population de près 2000 loups, l’hypothèse d’un loup espagnol semblait la plus logique.

Il faut rappeler néanmoins que les premières populations viables de loups se situent bien plus à l’ouest de l’Espagne et que la distance qui les sépare des Pyrénées-Orientales est du même ordre que celle qui sépare les Alpes du sud aux Pyrénées-orientales. De plus, ce qui a poussé les concepteurs de la carte de Paris-Match à figurer un trajet partant des Abruzzes est que les loups italiens sont communément appelés « loups des Abruzzes » puisque c’est de cette région qu’est repartie la recolonisation de l’Italie.

Dans la mesure où l’on trouve maintenant du Canis lupus italicus dans les territoires alpins français et suisses, on peut également parler de loups italo-alpins. Même si une intervention humaine ne peut jamais être exclue à 100 %, bien qu’elle paraisse très difficile, la présence de loup de cette souche peut s’expliquer.

Plusieurs études ont montré que des infrastructures types routes, autoroutes, ponts… peuvent être utilisées et traversées par des loups (Mech, 1996 ; Mech and Boitani, 2003). La vallée du Rhône a donc pu être franchie. En outre, deux individus ont été retrouvés morts dans le Massif Central en 1997 et 1999 (Cantal et Puy-de-Dôme) montrant également la colonisation par bond et les grandes distances que les loups peuvent parcourir. Cela nous mène d’ailleurs à l’hypothèse suivante : il est fort probable que depuis déjà plusieurs années des loups erratiques parcourent des zones rurales françaises dans la discrétion la plus totale. Cependant, la diffusion d’informations tronquées et la cartographie parue dans la presse contribuent à diffuser la rumeur de lâchers clandestins récupérée par une partie de la profession agricole.

Mobilisation syndicale et interférences sur le terrain

Alors que l’éleveur est en pleine détresse face à cette situation de prédation qu’il a du mal à gérer jusqu’en 1998, plusieurs représentants professionnels essaient de tirer profit de la situation pour faire parler d’eux. Au premier titre, certains représentants agricoles départementaux (Syndicat Ovin Catalan, Confédération Paysanne des Pyrénées-Orientales.), sollicités par l’éleveur qui a besoin d’aide, mobilisent les médias. Ils convoquent des journalistes, rappellent :

  • qu’ils sont hostiles à tous les grands prédateurs,
  • que la cohabitation entre le loup et le pastoralisme est impossible,
  • qu’ils refuseront toutes les aides,
  • la seule solution demeurant le retrait pur et simple des prédateurs.

Très vite, le porte-parole de la section locale de la Confédération Paysanne, surpassant le syndicat majoritaire, récupère et contribue à la médiatisation d’une hostilité ouverte aux prédateurs sauvages (Benhammou 2001, De Bellefon et Benhammou, 2004). Le syndicaliste « alternatif » fait tout pour se montrer actif sur la question et pousse l’éleveur de Nohèdes à adopter des positions sans concessions. Néanmoins, l’influence du syndicaliste a des effets catastrophiques sur le terrain puisqu’il incite l’éleveur à ne pas se protéger et ne pas travailler différemment car « ce serait être d’accord avec la présence du loup ». Ces initiatives débouchent sur peu de choses concrètes concernant l’amélioration de la situation de l’éleveur face à la prédation. La mobilisation contre le loup fait même un certain tort à l’éleveur. En effet, elle freine considérablement le travail technique d’aide qu’essaient de mettre en place certains acteurs pragmatiques au sein de la Chambre d’Agriculture locale notamment. (Voir le graphique de prédation de l'estive de Nohèdes).

Partenariat entre acteurs d’environnement et acteurs agricoles

Le rôle des acteurs locaux d’environnement dans la résolution du problème. Dès 1998, l’équipe de la Réserve de Nohèdes est renforcée par un chargé de mission qui a une compétence de suivi «ours». Avec l’aide d’un agent de l’ONF mais surtout de l’ONCFS très à l’écoute des problèmes de l’éleveur, ils renforcent un suivi empirique qui leur permet de mettre au jour qu’un grand canidé parcourt la montagne. Leur conviction se dirige de plus en plus vers la piste loup. Or ils savent pertinemment que s’ils arrivent à montrer qu’un loup est responsable des attaques sur le troupeau, alors et seulement alors une série d’aides concrètes peuvent être débloquées.

La Réserve, n’ayant pas de moyens particuliers mais devant à la fois accepter la présence d’une espèce protégée et favoriser le pastoralisme, laisse cette mission prendre de l’ampleur même si l’agent n’hésite pas à donner de son temps libre. Il en est de même pour l’agent de l’ONCFS. Ils essaient du mieux qu’ils peuvent d’entretenir le dialogue avec l’éleveur aux humeurs variables. Parfois il les associe à ceux qui sont responsables de la présence du prédateur et parfois, il a conscience qu’ils essaient de l’aider. La résolution des difficultés et du conflit fait un saut qualitatif lorsque les acteurs d’environnement et des structures techniques agricoles décident de travailler ensemble.

La mobilisation technique des acteurs locaux de l’agriculture

Le SIME, Service Inter Chambre d’Agriculture Montagne Elevage de Languedoc –Roussillon est une structure qui s’investit activement dans les politiques de sauvegarde et de reconquête pastorale. Elle a particulièrement oeuvré dans les Pyrénées-Orientales pour favoriser l’organisation foncière des usagers des territoires pastoraux. Le SIME est particulièrement actif grâce notamment à la présence d’un ingénieur pastoraliste basée à Prades à une quinzaine de km de Nohèdes. Dans la continuité du soutien technique à l’élevage et appuyé par son chef de service, il s’est énormément impliqué afin de trouver des solutions à l’éleveur confronté au loup. Il aide à la réorganisation du système d’exploitation et met en place de nouveaux équipements qui ont pu être financés, entre autre, par le groupement pastoral  [Le groupement pastoral est une structure visant à regrouper des éleveurs dans le but d’exploiter et de gérer collectivement des espaces de pacage. Le groupement pastoral de Nohèdes est principalement composé par l’éleveur directement confronté au loup, auquel s’ajoute pour l’estive des petits éleveurs ou des retraités possédant quelques brebis].

Le SIME collabore également très étroitement avec la Réserve de Nohèdes, notamment quand un de ses agents travaille au placement de chiens de protection. Il a également diligenté toute une série d’études afin d’améliorer la compréhension et la prévention de ce genre de situation de prédation (Pistolesi, 1998 ; SIME, 1999).

Un soutien institutionnel varié

D’autres structures conjuguent leur travail afin d’améliorer la cohabitation naissante. La mairie s’investit particulièrement par le biais de la secrétaire et du maire, lui-même éleveur bovin. Ce dernier, bien qu’ayant subi les critiques d’une partie de la profession et bien que ne voyant aucun intérêt au loup, a dès le début essayé d’aider l’éleveur en question. La mairie a monté tout une série de dossiers de demande d’aide et, une fois accordée, elle a fait une avance de frais. En effet, via Natura 2000 notamment, la DIREN Languedoc-Roussillon a dégagé des crédits pour payer des cabanes de chantiers préfabriquées dans le but de favoriser le gardiennage du troupeau dans les différents quartiers d’estives.

Des fonds ont permis également de financer une aide-bergère et la DIREN Midi-Pyrénées, qui gère le dossier de l’ours, a fourni une aide concernant les chiens de protection. Dans ce contexte, le groupement pastoral a décidé d’embaucher un berger salarié expérimenté à temps plein. Enfin, la sous-préfecture a poussé un certain nombre de dossiers car toutes ces aides ont mis un certain temps à se débloquer ce qui n’a pas été toujours pour le mieux dans l’apaisement des tensions.

Au total, suite aux efforts de l’éleveur, des acteurs d’environnement (la réserve de Nohèdes étant motrice) et des acteurs agricoles qui ont mobilisé autour d’eux pour obtenir des soutiens, la prédation a très fortement diminué (voir le tableau des prédations sur l'estive de Nohèdes). Certes, dès 2000, des rumeurs font état de la disparition naturelle ou de l’élimination de la présence de loup, cependant des éléments récents montrent qu’il y a encore des loups dans la région.

Remarques critiques

Les risques liés au temps perdus. Dès 1996-1997, l’éleveur est demandeur d’aide face à une situation qu’il a du mal à gérer. Or, les acteurs de terrain locaux n’ayant pas de «culture loup», ne savent pas ce qu’il faut rechercher et surtout, il n’y a pas de moyens pour cela. Ce n’est que fin 1998 avec principalement la motivation d’un nouvel agent de la Réserve de Nohèdes et d’un agent technique de l’environnement de l’ONCFS que des indices sont trouvés et récoltés. Les résultats mettent six mois à arriver, en plein été autrement dit en plein saison d’estive. Malgré cela, des aides ont leur aval pour être débloquées mais le groupement pastoral reproche toujours des investissements qu’il a financé et qu’il pensait, à tort, se faire rembourser.

Des dossiers délicats pour les administrations de l’Environnement et de l’Agriculture

Même si des acteurs d’environnement de terrain peuvent développer des synergie avec des acteurs agricoles, il en est autrement au niveau national. L’administration de l’Environnement est dépassée par le dossier des grands prédateurs jugé coûteux et polémique. Déjà affaiblie et attaquée de toute part, cette administration se méfie de l’irruption du loup à l’extérieur des Alpes. Elle n’est donc pas toujours à même d’apporter le soutien et la flexibilité (déblocage des moyens, cadres et objectifs) que l’action des agents de terrain nécessite. Quant aux administrations agricoles, elles ont longtemps délaissé ce dossier des grands prédateurs qui révélait la situation du pastoralisme dont les politiques publiques qu’elles ont soutenu sont grandement responsables. En outre, le poids de la profession a pu se faire sentir jusque dans le Ministère de l’Agriculture lorsque celui-ci a refusé un soutien sollicité par le SIME et la réserve de Nohèdes. Mais là-aussi, la situation tend à évoluer et l’action pragmatique des DDAF alpines ont souvent beaucoup oeuvré dans le sens de la résolution des conflits.

Le militantisme écologique : les accompagnateurs de montagne

Les agents de terrain de l’Environnement se contentent d’apporter des solutions techniques sans répondre à la polémique. Lors des présentations de Natura 2000 et des séances de rédaction du document d’objectif du site Madres-Coronat, la Réserve s’est bien gardée de parler du loup comme d’un animal prioritaire au titre de la Directive Habitat. Le loup a pu même être ressenti par les promoteurs de Natura 2000 comme une nuisance au dialogue entre la Réserve et certains acteurs du territoire.

Le rôle de militant actif pro-loup a donc été tenu par d’autres acteurs. Les accompagnateurs en montagne des Pyrénées-Orientales sont regroupés dans une association au positionnement écologiste et régionaliste très marqué. Tout en ayant une bonne connaissance des réalités du pastoralisme montagnard, cette catégorie d’acteurs se fait entendre dans les médias locaux et milite activement auprès des élus locaux afin de promouvoir la cohabitation et la protection des grands prédateurs.

Vu l’importance du tourisme et le charisme du président des accompagnateurs, ces acteurs locaux ont un certain poids : «Souvent nous avons des discussions âpres avec des représentants de la profession agricole qui disent qu’il s’agit d’une idée de technocrates ou d’écolos de Paris. Mais nous on dit que ce ne sont pas les seuls, nous qui vivons au pays, nous voulons entrer dans le débat et faire entendre notre voix favorable à la protection de ces espèces » (A. G., comm. pers.).

Perspectives : le loup dans les Pyrénées, une réalité, une actualité

Après le silence qui a suivi l’année 2000, une photographie prise sur le Massif du Carlit, toujours dans les Pyrénées-Orientales, en août 2002, apporte de nouveaux rebondissements. C’est suite aux pressions du Groupe Loup France-Ferus que l’information est livrée par l’ONCFS en mars 2003 [Ferus a publié cette photographie prise par un vacancier dans le Gazette des grands prédateurs].

Le réseau grands carnivores de l’ONCFS en profite pour livrer les informations qui apportent de récentes précisions sur les analyses génétiques des indices relevés dans les Pyrénées-Orientales entre 1998 et 2000. Il y aurait eu au moins trois loups différents sur cette période. En mai 2003, la Préfecture des Pyrénées-Orientales en profite pour publier un communiqué de presse officiel où elle présente tous ces éléments. L’information est alors uniquement reprise par la presse locale et elle ne parvient même pas aux organes de presse habituels qui couvrent la chaîne des Pyrénées. Ainsi, cette mise au point exhaustive sur l’état du loup dans les Pyrénées demeure dans la discrétion.

Peu de moyens et des volontés… à ne pas briser

Jusqu’à très récemment, tout concourait à montrer que l’on cherchait à accompagner cette présence de loup dans les Pyrénées-Orientales sans véritablement l’admettre. Cependant la Confédération des Réserves Catalanes (fédérant la Réserve de Nohèdes très en pointe sur la question), l’ONCFS, la DIREN Languedoc-Roussillon, la DDAF des Pyrénées-Orientales planchent et réfléchissent à un dispositif d’accompagnement pérenne.

Un des éléments de blocage se situe encore au niveau national car localement, des dispositions et des lignes de conduite générale sont attendues d’en haut. L’attentisme ne semble pas la meilleure solution pour autant. En effet, une communication mal maîtrisée peut avoir des effets catastrophiques sur le travail des agents de terrain d’environnement. Contrairement à la plupart des endroits des Pyrénées et des Alpes confrontés à une présence de grands prédateurs, des acteurs et des organismes agricoles compétents et pragmatiques sont prêts à s’investir efficacement sur le terrain afin de favoriser une cohabitation. Certains acteurs locaux, comme ceux du tourisme ont également une vision constructive de la question. Cependant, une mobilisation active radicale contre les grands prédateurs, minoritaire pour le moment, ne demande qu’à resurgir avec force si une crise de gestion du dossier éclate.

Depuis 2002, l’éleveur, qui a été le premier confronté au loup, accepte le soutien technique des acteurs agricoles et des acteurs d’environnement sans pour autant accepter le prédateur. De plus, de jeunes éleveurs à proximité ont déjà commencé à se préparer par rapport à une prédation sauvage dans la mesure où depuis leur installation, ils subissaient une prédation chronique de chien.

L’annonce du gouvernement autonome de Catalogne (Espagne)

Le 12 février 2004, la Generalitat de Catalunya [Il s’agit du gouvernement autonome de Catalogne. L’Espagne est un pays très décentralisé où les régions (Autonomie) ont de larges prérogatives. La Catalogne est une des plus importantes, une des plus riches d’Espagne et la mise en avant de son particularisme culturel, politique et linguistique sont anciens.], par le biais de son Département de l’Environnement, annonce par un communiqué de presse très documenté le retour du loup [Generalitat de Catalunya, Departamente de Medi Ambient I Habitatdge, Detectat el Primer exemplar de llop salvatge a Catalunya des de fa de més de 70 anys, Dossier de Premsa, 12 de febrer de 2004, 6 p].

Plusieurs éléments sont mis en avant. Premièrement, ce loup est de souche italicus et les indices de présence ont été prélevé dans la Parc naturel du Cadi sur un territoire situé à quelques km des Pyrénées-Orientales françaises. Ensuite, les autorités catalanes se félicitent du retour du prédateur qui est vu comme un enrichissement de la biodiversité. Elle s’engage donc à mettre tout en oeuvre pour assurer sa protection et la cohabitation avec les activités humaines. Une politique d’aide est prévue pour subvenir aux éleveurs qui subiraient cette présence.

Politiquement, ces prises de positions sont révélatrices. Depuis novembre 2003, une alternance politique s’est produite à la tête de la Catalogne. Ainsi, une coalition de gauche comprenant des socialistes, écologistes et des Indépendantistes Catalans désirent rompre avec le pouvoir précédent. Au moment où en 2003, côté français, des analyses génétiques ont précisé le nombre de loups présents entre 1998 et 2000 (trois individus), un indice de présence provenant du Parc du Cadi avait également montré qu’à l’époque un quatrième individu était en Catalogne espagnole.

Les autorités catalanes avaient alors jugé qu’il ne fallait pas communiquer. Depuis, les élections ont remplacé les tenants de cette ligne. Tous les éléments montrent donc que d’un côté comme de l’autre de la frontière qui sépare les Pyrénées catalanes, quelques loups de même origine parcourent ces montagnes.

Et du côté français des Pyrénées ?

Quelle suite donner à l’accompagnement de la population de loup dans les Pyrénées françaises alors que côté espagnol catalan, une politique prend forme ? Avant toute chose, il s’agit bien de clarifier la situation. Suite au colloque repris dans ces mêmes actes, on a pu voir l’utilisation polémique que la presse et certains acteurs pyrénéens peuvent faire d’une information tronquée. Ainsi, l’Institution Patrimoniale du Haut Béarn a utilisé la Dépêche du Midi (31 mars 2004) afin de sous-entendre que "les écologistes étaient en train de réintroduire dans toutes les Pyrénées des loups italiens, que c’était bien la première fois qu’on en entendait parler et qu’encore une fois on mentait aux acteurs locaux des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées qui se doutent depuis longtemps des manipulations écologistes." Voici une des manipulations possibles de l’information lorsqu’un dossier si sensible est géré de manière un peu attentiste. Doit-on pour autant complètement condamner le silence des pouvoirs publics français ?

Les administrations, tant de l’Environnement et de l’Agriculture, tentent tant bien que mal à dénouer le problème au niveau national mais en ayant tout de même une vision très alpine du dossier. Nous avons évoqué précédemment l’hypothèse de l’existence de loup dans des zones rurales où cette présence n’est pas soupçonnée. Or, du jour au lendemain, cette p