Dialogue virtuel entre Mathieu Erny et la buvette des alpages
Mathieu Erny est berger dans les Alpes de haute Provence l'été et en Crau à d'autres saisons.
Mathieu Erny (Ledroitdesbrebis) : Un des principaux arguments des militants pour le retour des grands prédateurs est que ces derniers ne sont de loin pas les seuls problèmes que rencontre le pastoralisme. Ce à quoi les paysans répondent que l'ours, le loup et le lynx ne sont que trois espèces parmi les centaines qui composent notre environnement.
Mettre les bergers dans leur poche
On ne peut nier la pertinence de ces deux arguments, et je crois effectivement que pour trouver des solutions il faudrait cesser d'être obnubilé par les grands prédateurs. De la part des écologistes, il serait bon d'arrêter de vouloir à tout prix «mettre les bergers dans leur poche. »
Je me souviens d'une expérience très désagréable. J'avais accepté de figurer dans un film qui avait pour objectif de promouvoir les techniques de cohabitation, principalement celle liée au patou. Le réalisateur semblait au départ bien conciliant mais avait besoin de flatter à outrance le « berger moderne » que j'étais, et mon « ouverture d'esprit » qui signifiait bien sûr pour lui que j'acceptais le loup. Mais au fur et à mesure, il s'est mis à dénigrer les paysans et à afficher un tel mépris pour les brebis que j'ai eu honte et ai cessé la collaboration.
Aquarelle de Mathieu Erny.
J'ai repensé à ce souvenir lorsque plus tard j'ai lu sur loup.org un article intitulé : «Grande première entre bergers, éleveurs et protecteurs de la nature». En fait F.N.E et l' Association Cohabitation Pastorale (le site de l'ACP) avaient payé le voyage à des représentants d'associations de bergers et d'éleveurs pour qu'ils viennent signer un texte hyper consensuel dont le brouillon était certainement écrit avant les débats. Comme cela n'engageait pas beaucoup les signataires, la plus part se sont exécutés. Est ce afin de «diviser pour mieux régner» qu'on tient tant à ce que les bergers et éleveurs aient un avis sur le loup, l'ours ou le lynx ? Dans les Alpes, le berger qui s'est le plus investi dans la recherche sur la cohabitation m'a clairement dit qu'il n'avait jamais pris parti pour le loup.
Baudouin de Menten (La buvette des alpages) : Il est bien évident que par la buvette, je ne cherche pas à pousser les bergers à prendre parti pour le loup, mais bien pour la cohabitation raisonnée avec les grands prédateurs (raisonnée parce que j’accepte les « prélèvements » sous certaines conditions).
Qu’est ce qu’un bon berger ?
L’ours et le loup ne sont pas dans la même case : l’ours disparaît, le loup conquiert de nouveaux territoires et se multiplie. Les loups font de gros dégâts, les ours causent des prédations beaucoup plus limitées, même si cela des reste des prédations non souhaitées et mal acceptées. Voilà pourquoi l’on rencontre des bergers qui respectent l’ours et acceptent de cohabiter avec lui.
Cédric Tolley a obtenu un D.E.A. de Sociologie obtenu à l’Université de Provence et une Licence (Maîtrise) en Sociologie et Anthropologie (orientation Sociologie) à l'Université Libre de Bruxelles. Vous pouvez lire quelques analyses de Cédric Tolley à la buvette ainsi que de nombreux commentaires.
A la question : Qu’est ce qu’un bon berger ? Cédric Tolley écrit : «Nous observons donc un phénomène dans le milieu pastoral (phénomène qui prend les allures d’un système de régulation sociale) qui veut que l’éleveur soit reconnu et estimé par ses pairs à condition que son troupeau soit beau, en bonne santé et éventuellement rentable.
Celui qui a un beau troupeau, jouira d’une certaine notoriété auprès des collègues, il fera autorité et on parlera de lui comme d’un éleveur exemplaire. Il sera écouté à l’occasion des rencontres, lors des foires pastorales et dans le groupement d’éleveurs auquel il appartient. Au contraire, celui qui néglige son troupeau, même s’il est reconnu comme membre de la pastrille (Vieux terme provençal pour désigner la communauté des bergers.), n’aura pas souvent voix au chapitre et, parfois, tout en lui trouvant des excuses, les collègues médiront de lui et de sa famille. » (Cédric Tolley dans : «Travail et rapports sociaux chez les bergers transhumants » Université Libre de Bruxelles, Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Economiques - Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de licencié en Sociologie orientation : Sociologie du Travail et Sociologie Politique.)
Est-ce qu’un berger qui refuse d’utiliser une combinaison de méthodes pour protéger son troupeau sous prétexte que posséder des patous, un parc de nuit et garder son troupeau, c’est «accepter» le prédateur (l’ours, le lynx ou le loup, peu importe) ou c’est «changer les méthodes de travail» est un bon berger ? Dans une entreprise on dirait «gérer en bon père de famille». Pour moi, un bon berger doit gérer son troupeau, et donc sa protection, en bon père de famille.
Mathieu Erny : De fait, pour faire du bon travail, on n'a pas besoin de cette polémique. Au contraire, elle gène. Pour un éleveur ou un berger il faut que le pastoralisme reste une activité vivable intéressante et respectée. Cela n'est donc lié au loup que si on laisse sa présence mettre en péril ce à quoi nous tenons. Les écologistes multiplient les déclarations de bonnes intentions envers le pastoralisme, mais qu'est ce que cela signifie ? Nous n'en savons rien !
Baudouin de Menten : Les bergers et le pastoralisme possèdent un «facteur de séduction» énorme, un «capital sympathie» qu’ils gèrent très mal. Il n'y a qu'à voir les livres qui sortent, le monde qui accourt aux fêtes des transhumances. Tous les «bobos parisiens» et les «écolos de salons» ; c'est à dire pour certains tout ceux qui ne sont pas berger, et cela fait du monde, rêvent de passer une nuit «en estives» dans une cabane au confort précaire au milieu des brebis et des chiens, de visiter les bergeries au moment de l'agnelage, de vivre au grand air, d’avoir cette indépendance, ce rapport idilique (et théorique) avec la nature.
Les poches sont trouées
Les bergers sont naturellement «aimables», mais ils perdent cette sympathie en même temps qu'il perdent leur amabilité. Quand le berger n'est pas un bon professionnel :
- exploitation de la nature, sans respect ni nuance
- troupeaux abandonnés, soins aléatoires (on voit parfois des brebis dans un état ..
Quand la qualité baisse :
Quand les hommes se radicalisent :
- Intimidation des "traitres" à la cause sur les marchés,
- Violences envers les confrères pas assez radicaux et non engagement des bergers pas assez militant,
- Manifestations violentes, slogans haineux,
- radicalisations sous-régionalistes, rejet du reste du monde (parisiens, citadins, gens d'en bas, étrangers, fonctionnaires...)
Alors le capital sympathie a disparu et domine l'image du montagnard bourru, du paysan violent et sectaire qui ravage Arbas après une longue mise en jambes et quelques chants bien sentis à la buvette du village. C'est là que les associations pastorales essaient de "redorer leur image", de "donner une nouvelle image du pastoralisme", de "gagner la bataille médiatique". Lisea à ce sujet : ADIP: fausse identité, ASPAP: faux patrimoine et Philippe Lacube et l'ASPAP, le nouveau visage du pastoralisme.
Par contre le bon berger qui gère en «bon père de famille» (pas celui dont les brebis sont belles) aura moins de pertes et il pourra aussi «mettre les écolos dans sa poche.»
Mathieu Erny : Si vraiment l'Etat Français et l'Europe sont comme les associations écologistes absolument persuadés que la cohabitation est possible, alors il faut qu'ils s'engagent fermement à ce qu'aucun terrain ne cesse d'être pâturé, aucune exploitation ne s'arrête à cause du loup, du lynx ou de l'ours. Cette garantie serait un gage sérieux car cela impliquerait que si elle ne pouvait être tenue dans une zone, ce serait alors les prédateurs que l'on ferait disparaitre de cet endroit.
Baudouin de Menten : Quand je vois dans certains coins des Pyrénées le surpâturage dans des montagnes pelées et chauves, je souhaite que certaines exploitations s’arrêtent et que la forêt regagne un peu de terrain, mais ce n’est pas le cas partout.
Je suis 100% d’accord pour aider et défendre les bergers qui gèrent les territoires, protègent les troupeaux et «supportent» la présence de prédateurs. pour les excessifs : ceux pour qui les «bestes sauvages» ne sont acceptables qu’en statues de bois (et encore, ils les brûlent !), ceux qui ne contrôlent ni les feux pastoraux (ça débarasse), ni les soins réguliers (pas le temps), je n’ai pas de remords à les voir se recycler en homme d’affaires vendeurs de «produits du terroir» plus ou moins authentiques, en «guide de pays» ou en «néo-phylosophes» ruraux et aproximatifs.
Quant «à la garantie qu'aucune exploitation ne s'arrête à cause des prédateurs, sinon ce serait alors les prédateurs que l'on ferait disparaitre», il faut le conjuguer au présent : « on » les fait disparaître :
- « On » empoisonne les loups et les vautours indirectement. Lire "Des poisons sont utilisés pour faire disparaître les loups, 3 indices différents le confirment", et "Mercantour, le poison est de retour pour le loup".
- « On » braconne les loups : lire "Autodéfense ou braconnage ?" et Un loup tué dans les Bauges )
- « On » « accidente » les ours (Claude, Mellba, Canelle, (Palouma ?) et Boutxy où est tu ?
- La justice prononce des «non lieu», relaxe et donne sa bénédiction à tour de bras en cas «d’Etat de nécessité absolue» ou de «discrétion», histoire de calmer les ultra-pastoraux et les porteurs de flingues avant les prochaines élections. Même les «prélèvements» officiels ne respectent pas les conditions du plan loup et l’Etat cette année fait des expérimentations, de la gestion adaptative de la population de loup en France, il évalue les possibilités de prélèvement avec des formules scientifiques bien compliquées (Lire : Loups, évaluation des possibilités de prélèvements). Qu’avec des mots étudiés ces choses là sont dites à la place de dire "tuer desloups avec un fusil à lunette à visée nocturne sur un territoire quadrillé par des gardes de l'ONCFS et des lieutenats de louveterie", il est vrai moins politiquement correct.
Mathieu Erny : Si on peut admettre qu'un éleveur qui refuserait de protéger son troupeau malgré des aides appropriées à son cas, en subisse les conséquences, on ne peut pas tolérer de ne plus pouvoir pâturer sur tel terrain embroussaillé et éloigné du fait que la protection contre le loup y est trop compliquée.
On ne peut pas nier le bien fondé de la remarque des éleveurs qui disent que la pression du loup les gènes précisément dans la pratique extensive du métier, donc dans le domaine ou ils sont utiles à l'entretien des espaces naturels.
Car il est facile de dire que les troupeaux sont trop grands pour être bien gardés. Mais il ne faut pas se leurrer, aujourd'hui seul un grand troupeau donne la garantie qu'il sera gardé à temps plein par un berger. Si on ne prend pas de mesures, la tendance pour se protéger du loup, sera justement de former d'avantage de gros troupeaux et d'abandonner les terrains qui ne se prêtent pas à la conduite de tels troupeaux.
Baudouin de Menten : Pourquoi seul un grand troupeau serait-il bien gardé ? Quelles mesurent prendre pour améliorer la protection dans de pareils cas à part subventionner plus de patous et subventionner les associations qui favorisent l'usage, l'éducation et la généralisation des chiens de protection patou comme l’Association Cohabitation Pastorale que par ailleurs tu critiques, comme ce diable de censeur juge et partie qu’est le rapporteur président Bonrepaux ?
Mathieu Erny : Les moyens et la logique nécessaires pour assumer cet engagement permettra peut-être enfin d'inverser le système qui réduit inexorablement le nombre des éleveurs et des bergers et qui est encore toujours de mise aujourd'hui quoi qu'on en dise.
Cette garantie pourra également rassurer sur les intentions des écologistes qui utilisent de manière récurrente un argument qui me fait froid dans le dos. Celui ci consiste à systématiquement marginaliser les éleveurs ayant des problèmes avec le loup. C'est le cas par exemple lorsqu'on compare les dégâts de chiens errants sur tous les élevages ovins de France aux dégâts du loup qui ne concernent pour le moment qu'une minorité d'exploitations. Et dans les zones à loup on fait des études prouvant que la cohabitation est vivable dans une majorité de cas. Les autres sont immédiatement suspectes. Bref cela signifie que ceux qui sont dans la marge avec un cas spécial - et ils sont nombreux - ne comptent pas. C'est à l'opposé de la philosophie déclarée de ces mouvements écologistes notamment en ce qui concerne la diversité.
Le fait de s'engager à ce que tous les terrains puissent continuer à être pâturés et qu'aucune exploitation ne doive s'arrêter à cause du loup devrait permettre également d'orienter les efforts dans un sens de préservation et de développement du savoir faire des bergers particulièrement lorsqu'il est lié à leur choix personnels où la passion de certains pâtres en font des artistes.
En ce sens je suis étonné qu'on ne propose pas aux bergers plus de formations par rapport à l'environnement. Des pâtres formés en botanique par exemple, seraient autant d'observateurs privilégiés. Beaucoup de bergers sont demandeurs. Ne pas répondre à leur attente renforce chez eux le sentiment que l'on cherche à les déposséder de leur métier. A vrai dire je peux très bien comprendre que les naturalistes soient eux aussi jaloux de leur métier. Mais rajouter cette chamaillerie à toutes celles qui existent déjà est ce que ça ne fait pas un peu beaucoup?
Car bien que certains nient l'argument de l'humanisme cher aux bergers, il me semble pourtant tout à fait évident que le pastoralisme ne perdurera que tant que des femmes et des hommes pourront vivre leur passion pour ce métier. Aussi faut-il prendre en compte ceux qui ont des techniques originales et intéressantes liées à leur cas particulier. J'ai trop souvent lu ou entendu des avis de gens qui trouvent normal d'imposer au monde entier la même technique de garde. Pour éviter cela il faut que se soient des bergers d'une expérience aussi grande que diversifiée qui fassent référence en la matière pour examiner les cas particuliers.
Un engagement comme celui que je propose et qu'il me semblerait bien naturel de prendre a certainement un coût élevé mais beaucoup d'argent est déjà dépensé pour le retour des prédateurs et les efforts dans le sens de la préservation de l'environnement et de la biodiversité iront-on peut l'espérer-croissants. On se rendra alors vite compte que l'investissement en travail pour le pastoralisme n'est pas plus cher qu'un autre et qu'il s'avère payant. Car si l'on regarde ce que coûte le fait de restaurer des situations dégradées, on comprend combien on a intérêt à préserver le patrimoine pastoral qui reste.
Maintenant est ce que les pouvoirs publics de France ou d'Europe ont réellement la volonté de préserver cette diversité? C'est exactement ce qui reste à prouver car on n'est toujours pas sorti d'une logique d'uniformisation et dans ce cas, le retour du prédateur sert une politique de nivellement par le bas. Ce serait alors les écologistes les premiers déçus par cette expérience malheureuse.
Baudouin de Menten : La France compte environ 10 millions d'ovins pour quelques 112 000 cheptels, mais les chiffres sont à la baisse. L'essentiel est regroupé à l'Est d'une ligne reliant l'extrémité Ouest de la chaîne pyrénéenne au Nord du massif du Jura. Sont donc englobés toutes les Pyrénées, le Massif Central, les Alpes et le Jura. Dans les Pyrénées, la moyenne de la mortalité ovine est un peu en dessous de 10 % du cheptel. Presque une brebis sur 10! L’ours lui ponctionne chaque année 0,005% de ce cheptel. De quoi meurent les 0,9500 % autres, 19 fois plus ! En 2005 et en 2006, le loup est responsable de la perte de 3 200 brebis par an en moyenne, 0,032% du cheptel, 6 fois plus que l’ours.
Le loup n'est évidemment pour rien dans la crise qui secoue la filière ovine. En effet, pendant que le loup occupe tous les esprits dans les médias, la majorité des français continue d'ignorer les réalités de l'activité agricole.
Bouc et misère
Il aura notamment fallu des manifestations « anti-loups » et « anti ours » pour que les pouvoirs publics se rendent compte que le secteur ovin était en pleine crise. Les prédateurs ont été économiquement les représentants syndicaux des bergers, des ambassadeurs, des déclencheurs de décisions politiques et d'aides au secteur du pastoralisme. Sans le retour du loup en France et le mouvement de sauvegarde de l’ours, le pastoralisme aurait continué à s’enfoncer dans la crise dans l’indifférence générale. Vous vous trompez de cible, aveuglés par les vrais responsables syndicaux qui eux hurlent avec les loups.
Même en rayant les prédateurs de la carte, l’aide au pastoralisme est encore très insuffisante pour le faire sortir de la crise. L'élevage ovin subit depuis des années les conséquences de la mondialisation : les supermarchés sont remplis d’agneaux de Nouvelle-Zélande. Conséquence : une baisse du nombre de producteurs (-20% en 8 ans), une baisse de l'effectif des troupeaux (-1 million de brebis entre 1990 et 2000), une production concentrée dans les zones montagneuses ne couvrant plus que 40% des besoins nationaux en terme de consommation annuelle etc.
On sait que l'élevage ovin offre le plus faible revenu de l'agriculture française (40% de moins que les autres secteurs, primes comprises). Des primes qui, par ailleurs, sont plus faibles que dans d'autres domaines d'activité. Paradoxalement, les aides viennent plus du ministère de l’écologie que du ministère de l’agriculture.., c’est bien le mouvement de protection des prédateurs qui finance le pastoralisme.
Je suis d’accord pour une meilleure formation des bergers, pour des aides à la protection, pour que les bergers deviennent de vrais acteurs de la protection de la biodiversité, qu’ils fassent découvrir la montagne, sa faune et sa flore aux touristes, qu’ils acquièrent des revenus complémentaires mais alors que les éleveurs acceptent aussi l’entièreté de cette biodiversité, pas comme les associations de défense du patrimoine ou l'IPHB qui pratiquent une défense sélective limitée au pastoralisme. Dans l'agriculture, par tradition, tout ce qui gêne, il faut s’en débarrasser : nuisibles ou mauvaises herbes (Lire Michel Chansiaux : Ours ou pas ours, le paysan est anti nature). Des solutions cache-misère sont proposées au détriment de l'animal et de notre dignité humaine.
Changez de cibles, corrigez les facteurs économiques qui nuisent au pastoralise, produisez de la qualité, mettez les touristes dans votre poche en prenant en compte la lame de fond de l’écologie qui gagne tous les partis et la terre. Le changement climatique est un énorme bras de levier qui va créer, pour tous, et très vite, beaucoup plus vite que prévu, une prise de conscience générale que la terre est à protéger (l’entièreté de la biodiversité : l'homme étant l'espèce qui met toutes les espèces, y compris la sienne, en péril).
Les bergers renâclent à changer leurs habitudes pastorales avec le retour du loup alors que nous allons tous devoir changez nos habitudes et en profondeur. La peur du changement est un frein énorme qui pousse les bergers pyrénéens à refuser la protection du troupeau (Ils sont même parvenus à inclure dans le texte de l'AOC Barèges-Gavarnie l’obligation de NE PAS protéger les troupeaux).
Le loup est de retour dans les Pyrénées. Avec un tel aveuglement, le carnage va commencer et la crise du pastoralisme n’est pas prête de se terminer.
Pour ma part, je ne suis pas dans la poche des bergers, je suis tombé par le trou. J’achète chez des producteurs sélectionnés, chez les bergers qui gèrent leurs troupeaux en bon père de famille et acceptent ou supportent la cohabitation, chez les bergers qui ont compris où est lleur avenir et leurs intérêts.
Les manifestations, les violences ne rendront pas les éleveurs populaires. Ils veulent gagner la bataille de l'opinion publique, ils sont en campagne électorale permanente mais n’écoutent pas leurs électeurs. Ils vont droit dans le mûr et alors la forêt reprendra ses droits. Les skieurs ont besoin des bergers pour entretenir les pistes, mais que vont devenir les stations sans neige?. La fôret reprendra peut-être et par endroit ses droits, si on lui en laisse le temps, si elle n'est pas exploitée à fond sur l'hôtel de la rentabilité et de la croissance, comme le reste. Bien sûr que le pastoralisme DOIT survivre avec le reste, pas au détriment du reste. J'espère que les bergers vont oeuvrer progressivement dans ce sens.
Auteurs : Erny Mathieu et Baudouin de Menten
Mathieu Erny est webmaster du site « Le droit des brebis » et berger dans les Alpes de haute Provence l'été et en Crau à d'autres saisons. Baudouin de Menten s'occupe de la Buvette des alpages, d'IPHB.org et est chef de projets dans une agence web.
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