Actualités loups Alpes 2007

05 octobre 2007

Un baton de berger à l’andouille pour Christian Estrosi

par Laurent Dingli

Il est là, sur l’estrade de la Concorde, jubilant face aux caméras, en ce 6 mai 2007 ; on voit qu’il s’agite, il est même parvenu à s’incruster au premier plan, entre Cécilia et Nicolas, il faut dire que c’est un pro de l’image et de la publicité personnelle, Christian. Ancien coureur motocycliste, il a commencé sa carrière sous les auspices de l’excellent Jacques Médecin. Il est donc là, rayonnant, car la victoire de Nicolas, c’est un peu la sienne. Il ne cesse d’ailleurs de le répéter, à qui veut bien l’entendre, ce sont de vieux amis de vingt ans !

Christian Estrosi, c’est le roi des lobbyistes, le politicien parti en croisade contre le loup en France, pour satisfaire quelques uns de ses électeurs, à qui la présence de l’animal sauvage ne convenait pas. L’homme a le droit d’abattre des millions de têtes de bétail, à la chaîne, et de s’empiffrer jusqu’à l’obésité, mais le loup, lui, presque toujours famélique, n’a même pas la possibilité de manger quelques animaux pour survivre. La voix paternelle de l'actuel ministre soutenait ainsi de loin les cris de colère de certains bergers comme celui de cet éleveur qui, devant les caméras, éructait sérieusement : «le loup, on l’acceptera quand il sera devenu végétarien!»

Et pendant qu’on nous montrait complaisamment des cadavres de moutons déchiquetés, Christian continuait d’oeuvrer à l’Assemblée pour que l’on puisse «prélever» des loups, terme pudique pour dire «tuer», un peu comme l’on disait retrancher des unités quand on exterminait en masse les vaches «folles». La coexistence entre l’homme et l’animal est un problème difficile, auquel il n'existe pas de réponse simple, mais quand des hommes du calibre d’Estrosi s‘en mêlent, il devient insoluble.

C’est donc grâce à l’énergie déployée par le triste sire que, dans certaines circonstances, il était devenu légal d’abattre les représentants d’une espèce protégée (depuis juillet 1993). Président de la commission de l’Assemblée en 2003, Estrosi a en effet tout dit, tout fait, tout tenté, pour ridiculiser les écologistes, ces doux rêveurs nourris de fantasmes extravagants sur Mère nature, ces fanatiques, gavés d’intolérance et d’idéologie marxiste. Du Palais Bourbon, en passant par la télé, la presse écrite, la radio, sans relâche, il aura agité l’épouvantail du Grand Méchant Loup. «Plus de 12 000 brebis auraient (sic) été égorgées par les loups en moins de dix ans», déclarait-il sérieusement au Nouvel Obs, en mai 2003. Mazette ! Rentrez vite dans vos chaumières, les trois petits cochons ! le Grand Méchant Loup est revenu.

Liens : pour se détendre, une magnifique séquence vidéo sur un couple de loups en Russie. Les loups remontent lentement vers le nord de la France et nous espérons qu'avec des responsables courageux et volontaires comme Nathalie Kosciusko-Morizet, nous parviendrons à gérer une réalité qui se révélera certainement de plus en plus complexe.

Laurent Dingli

"Les articles du mon blog (Laurent Dingli) sont, pour la plupart, des retranscriptions de mes carnets ou de ma correspondance associative. L'écologie y tient une place prépondérante. Ma prise de conscience, dans ce domaine, a débuté en septembre 1995 quand, ma femme et moi avons vu un documentaire de la chaîne japonaise NHK sur les destructions de l'environnement. Il nous a bouleversés. Quant à la question particulière de la condition animale, nous y avons toujours été sensibles. Aujourd'hui, je soutiens le Pacte écologique de Nicolas Hulot. J'estime, en effet, que seule une démarche non partisane nous permettra de relever le défi de la biodiversité."

Un blog que j'aime bien.

06 septembre 2007

Homo sapiens versus Canis lupus

Histoires de savoir, la chronique de Jean-Luc Nothias

HOMO sapiens versus Canis lupus. L'homme de nouveau face au loup. Et cela a encore tourné au vinaigre cet été puisqu'il est accusé, entre autres, d'avoir provoqué la mort d'un troupeau de plusieurs centaines de moutons et brebis qui, affolés, se sont jetés dans le vide. Voilà une quinzaine d'années qu'ils ont repointé le bout de leur truffe dans le parc du Mercantour (Alpes-Maritimes).

On estime qu'ils sont aujourd'hui au moins une centaine, répartis en un peu plus d'une quinzaine de meutes. D'une longueur de 150 kilomètres, leur territoire originel s'étend sur six vallées dans les Alpes du Sud sur plus de 200 000 hectares. Zone qui compte environ 18 000 habitants permanents répartis dans 28 communes avec une forte activité de pastoralisme. Ce qui entraîne évidemment de douloureux problèmes de cohabitation entre l'animal et l'homme.

Pourtant, pour une fois pourrait-on dire, l'homme n'y est pour rien. Il n'a pas joué avec le feu. Les loups sont revenus tout seuls. Au début des années 1990, ils ont franchi la frontière entre l'Italie et la France. Le parc du Mercantour est en effet contigu au Parco naturale Alpi Marittime, en Italie, où le loup, qui n'y a jamais disparu, était bien présent et protégé.

La première observation certifiée en France date de 1992. Depuis, les troupeaux ont payé un lourd tribu aux carnassiers. Peut-être pas aussi lourd que certains voudraient le dire, mais incontestablement important.

Cette expansion du loup va-t-elle s'arrêter là ? C'est peu probable. Présent dans un seul département il y a quinze ans, il l'est aujourd'hui dans huit (Ain, Alpes- de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Drôme, Isère, Savoie, Haute-Savoie et Var), d'Annecy à Digne en passant par Grenoble et le Vercors. Il a aussi gagné les Alpes vaudoises en Suisse. Et il a déjà été vu au-delà du Mercantour, dit-on, dans les Vosges, le Jura et le Massif Central. Il a également été repéré dans les Pyrénées-Orientales. Pourquoi ne gagnerait-il pas les territoires où il était autrefois présent et où le gibier n'est pas rare ?

Le loup se déplace généralement en meute de 3 à 15 individus tous parents entre eux. Chacun occupe une place bien précise dans une hiérarchie à respecter. Le territoire de chaque meute s'étend sur 200 à 300 km². Mais la croissance démographique d'un groupe sur un territoire limité amène à en abaisser les ressources alimentaires. Et un loup a besoin de 5 à 8 kg de nourriture par jour. Seule solution à ce moment-là, élargir son horizon.

Plan d'action

C'est ce qui préoccupe aujourd'hui, par exemple, les responsables du parc américain de Yellowstone dans lequel les loups ont été réintroduits il y a une trentaine d'années. Ils sont désormais plusieurs centaines dans le parc et les scientifiques ont constaté que la biodiversité, aussi bien pour la faune que pour la flore en avait été, à de nombreux endroits, améliorées. Le « hic » est que maintenant qu'il a colonisé tous ses biotopes du parc, il a tendance à en sortir pour s'approprier d'autres territoires.

L'aspect alimentaire n'est pas le seul moteur de cette colonisation. Elle permet également d'éviter la multiplication des conflits, soit entre meutes concurrentes, soit entre membres d'un même clan. Ainsi, sans exploser, le nombre de loups augmente régulièrement et le territoire qu'ils occupent s'agrandit, en équilibre avec les ressources alimentaires et leur sécurité (en particulier vis-à-vis de la pression humaine).

En Espagne et en Italie, là où le loup n'a jamais disparu, leurs « méfaits » sont bien mieux acceptés qu'en France. La cohabitation n'y est pas aussi tendue. Les éleveurs mettent en place des stratégies de protection des troupeaux, tout en sachant qu'ils perdront tout de même, chaque année, plusieurs têtes, qui feront l'objet d'indemnisations.

L'histoire de la réapparition du lynx dans le Jura dans les années 1970, puis de sa réintroduction dans les Vosges durant les années 1980 donne aussi à réfléchir. Ce fut au début une levée de boucliers, véhémente et parfois violente. La cohabitation avec le lynx avait du mal à passer. Aujourd'hui, le lynx ne fait plus parler de lui. Un équilibre a été établi.

Mais c'est le loup qui conserve le mauvais oeil. Et pendant que nous cherchions tous un peu de soleil, au mois d'août, pouvoirs publics, éleveurs et représentants des associations se sont réunis, sous la houlette de la secrétaire d'État à l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, afin d'élaborer un plan d'action pour le loup de 2008 à 2012. La (nouvelle) principale préoccupation étant de mettre en oeuvre les moyens nécessaires à l'accompagnement de la sortie du loup de son bastion alpin.

Des loups bientôt en Sologne, dans le Massif central, ou en Bretagne ? Ce n'est pas impossible. Mais le loup a beau être un grand marcheur, il n'a pas encore de bottes de sept lieues. Et il n'est pas aussi méchant que veut nous le faire croire le Petit Chaperon rouge.

Source : Le Figaro

30 août 2007

Retour du loup dans le canton de Vaud

Un loup dans les Alpes vaudoises !

Un loup photographié dans le canton de Vaud

Photo : Le loup a été photographié par le Service vaudois de la conservation de la faune le 9 août dernier près d’Anzeindaz, au sud des Diablerets, non loin des lieux où ont été retrouvées ses premières victimes.

Aucun loup n’avait jamais été vu dans le canton de Vaud depuis... 152 ans. Un bail qui a pris fin le 9 août dernier. Date à laquelle un individu a été photographié non loin d’Anzeindaz, dans la réserve de chasse du Muveran, a annoncé hier le canton. «On le soupçonnait depuis juillet, après l’attaque de plusieurs chèvres, dont deux retrouvées mortes. On avait donc installé des pièges photo. Et les analyses ADN nous ont maintenant confirmé qu’il s’agit bien d’un loup de souche italienne», raconte Sébastien Sachot, conservateur vaudois de la faune. Qui précise que les 25 et 26 août, treize moutons ont «disparu» dans la même région des Alpes vaudoises. Sans doute un jeune mâle

D’autres analyses sont en cours pour savoir s’il s’agit d’un loup venant du Valais ou du canton de Berne, ainsi que pour déterminer l’âge et le sexe de l’animal. «On peut imaginer qu’il s’agit d’un jeune mâle, avance le conservateur. Et qu’il ne restera pas longtemps seul...»

Le canton a pris des mesures d’urgence. L’élevage de mouton touché a reçu le soutien de deux chiens - des patous des Pyrénées - et d’une bergère. Deux propriétaires de chèvres ont obtenu des enclos électriques. D’autres mesures suivront. Reste que la réapparition du carnivore ne plaît pas à tous. «Les éleveurs sont sur les dents», prévient Moritz Schwery, président de la commission grand prédateur de la Fédération ovine suisse. «Ils doivent faire face à la perte de leurs bêtes et ont une surcharge de travail. Certains parlent même de tirer le loup. Puis ils se calment.»

Les chasseurs n’explosent pas non plus de joie. «Pour nous, c’est un concurrent. Les bouquetins vont souffrir, prédit Jean-Louis Grivet, président de la Diana vaudoise. Mais il nous mettra surtout face à des problèmes insolubles. Ce prédateur n’a simplement pas sa place chez nous. Et je parie que dès qu’il aura vraiment faim, il dépassera les quotas

Sébastien Sachot rappelle qui n’est pour l’instant pas question de tirer le loup. «C’est seulement s’il tue 25 animaux de rente en un mois ou 35 en quatre mois que le Conseil d’Etat peut, s’il le veut, demander que ce soit fait.» Mais reconnaît que son impact est plus lourd que celui du lynx. «D’abord sur les populations animales : en meute, il peut s’attaquer à des chamois, chevreuils, cerfs, bouquetins ou même des veaux. Puis sur les éleveurs, qui doivent s’organiser, supporter des coûts et du travail supplémentaire

En 1855, à Agiez, mourrait le dernier loup sur sol vaudois

1855. C’est cette année-là que le dernier loup sur territoire vaudois a été tué, à Agiez, près d’Orbe, par un groupe de personnes. Ces faits, rapporte le conservateur de la faune Sébastien Sachot, figurent dans les Archives cantonales. «Entre 1800 et 1900, de nombreux prédateurs ont disparu, dont le loup. Les éleveurs menaient contre eux une lutte acharnée

Entre 1762 et 1842, au moins 80 loups ont été tués à L’Abbaye, à la vallée de Joux. Au XVIe siècle, le loup est encore présent sur tout le territoire suisse. C’est à partir du milieu du siècle suivant qu’il devient rare un peu partout. Mais des loups ont tout de même rôdé en Suisse au XXe siècle puisque sept animaux ont été tués entre 1908 et 1998 (à Reckingen en Valais). A noter qu’en Italie, entre autres, le loup n’a jamais disparu. Ce qui explique son retour naturel en plusieurs endroits (en France notamment). En Suisse, la loi protège le loup puisqu’il ne figure pas dans la liste des animaux à chasser.

27 août 2007

Montsapey en Maurienne - L'abattage d'un loup autorisé

Savoie - La préfecture a autorisé l'abattage d'un loup 

Un dispositif a été mis en place. Cinq tireurs armés de carabines sont à l'affût sur le secteur de Montsapey. La traque doit durer trois semaines mais cessera sur le champ si un loup est abattu. L'opération de « prélèvement » doit s'achever le 03 septembre. Mais cette mesure ne parvient pas à convaincre les bergers...

Pour Luc Etellin, l'éleveur victime du carnage du 19 juillet, ce dispositif n'est pas adapté à la situation sur le terrain. Il dénonce également un manque de moyens mis en œuvre pour combattre le loup. La mesure fait suite à l'attaque d'un troupeau dans les alpages de Montsapey, en Maurienne, cet été :

Pour l'instant, on ne peut pas dire que ce sont effectivement des loups qui ont poussé les bêtes à fuir et à se dérocher

19 juillet  - Une brebis a été mangée dans la nuit de vendredi à samedi à Montsapey, en Savoie, 2 jours après que 478 brebis du même cheptel se sont jetées dans le vide. Un ou des loups sont soupçonnés, même s'ils n'ont pas été vus. Les chiens sont en alerte depuis plusieurs nuits.

Montsapey recherche le coupable et soupçonne un ou des loups. Alors que 478 brebis, représentant environ la moitié d'un troupeau en estive à Montsapey, en Savoie, ont trouvé la mort jeudi en sautant une barre rocheuse, une brebis du même cheptel a été mangée dans la nuit de vendredi à samedi. « Malgré le regroupement des bêtes rescapées dans un parc électrifié et toujours placé sous la protection des chiens Patou, l'une d'entre elle a été attrapée », a déclaré le président du syndicat ovin de Savoie, qui était sur place samedi après-midi.

Selon un premier comptage, la plupart des bêtes du troupeau en estive qui se sont précipitées dans le vide, « souffrant de blessures importantes, ont du être euthanasiées ». Les corps étaient extraits par hélicoptère depuis la découverte de l'accident. Si « pour l'instant, on ne peut pas dire que ce sont effectivement des loups qui ont poussé les bêtes à fuir et à se dérocher », selon le président du syndicat ovin de Savoie qui décrit « un charnier », « depuis une semaine, des loups tournaient autour du troupeau pour l'affoler (...) c'est une technique des loups en chasse, ils entourent les bêtes, les affolent pour que l'une, ou plusieurs sortent du troupeau ».

Pour l'adjoint au maire de Montsapey aussi, il s'agit « certainement » des loups. Il a raconté que les brebis « étaient parties sur les pâturages » mais qu'elles « sont revenues sur leurs pas car elles ont dû être effrayées par un ou des loups certainement, puisque les chiens étaient en alerte depuis quelques nuits ».

Selon le secrétaire général de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles, « deux des quatre chiens de race Patou qui gardaient les bêtes ont été blessés, alors qu'ils défendaient leur troupeau, ce qui confirmerait une attaque de grand canidé, avant que le troupeau s'affole ».

La clôture, efficace ?

Pour Laurent Garde du Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM) : « L’efficacité est réelle, mais partielle. Trois cas d’échec sont recensés :

  • le loup franchit la clôture (état de la clôture ou de l’électrification, comportement particulier d’un loup) ;
  • Le loup affole le troupeau et l’incite à rompre la clôture ; comportement bien connu en parc de nuit ;
  • Le berger n’est pas en mesure de regrouper la totalité du troupeau (mauvaises conditions climatiques notamment) et la prédation se porte sur un lot de bêtes hors clôture.»

Lire l'avis complet de Laurent Garde dans : La clôture et la protection des troupeaux face aux loups dans les Alpes.

02 août 2007

Nathalie Kosciusko-Morizet vers un plan loup 2008-2012

Vers un plan loup 2008-2012
jeudi 2 août 2007, par FERUS

Madame Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie a honoré de sa présence la réunion du groupe national «loup» qui s’est tenue à Paris le 1er août 2007.

Elle a demandé à ses services de mettre en chantier un nouveau plan d’action pour le loup couvrant la période 2008-2012. L’actuel plan s’achève en effet à la fin de 2007 et, de plus, les perspectives de progression de l’espèce en dehors du bastion historique alpin conduisent toutes les parties à souhaiter une mise à jour des objectifs et des moyens. Ferus sera bien entendu au premier rang des forces de propositions dans cette nouvelle phase.

Cela dit la réunion a donné lieu à quelques passes d’armes houleuses. Restés jusqu’à la fin (pour la ministre), les députés Bouvard et Martinez, et surtout le premier, ont vivement critiqué un peu tout, le loup qui augmentait ses effectifs, ses attaques et ses victimes, qui menaçait la biodiversité en montagne en vidant les alpages, qui poussait à l’intensification de l’élevage. Ceux qui prônaient la mise en place de moyens de protection - et notamment de chiens- «qui ne marchent pas». Ceux qui rendaient complexe «l’autodéfense» des éleveurs. Ceux qui consacraient au ministère de l’Agriculture des crédits pour soutenir l’élevage en zone à loup, alors que ce sont «les gens qui ont voulu sa présence qui devraient tout payer sur le budget de la biodiversité ». Le déclassement du loup dans la convention de Berne a naturellement été réclamé.

Le réseau Loup de l’ONCFS et la DIREN coordonnatrice ont fourni quelques chiffres qui ne corroboraient pas ces propos alarmistes.

Les effectifs minimums relevés (notamment par traces dans la neige) donnent entre 50 et 55 loups pour 2007 contre 56 à 67 pour 2006. Certes, l’enneigement a été très faible. [multiplier en gros ces EMR par deux pour avoir une idée du nombre total] Les zones de présence permanentes sont de 23 en 2007 contre 21 en 2006 mais l’une des 23, celle de Canjuers, pourrait être déclassée l’an prochain (aucun loup repéré cet hiver dans cette ZPP ; un braconnage révélé en 2006). On compte 17 meutes dont 5 ou 6 transfrontalières.

Les attaques constatées sont passées au 15 juillet de 256 en 2006 à 293 en 2007, soit une augmentation de 15%. A la zone de prédation sur ovins traditionnellement forte des Alpes-Maritimes s’ajoutent la Savoie et la Haute -Savoie, terres d’expansion de l’espèce. Nous ne comptons pas dans ces attaques le dérochement qui a coûté récemment la vie à plus de 400 brebis et qui, quoique indemnisé au titre du loup par souci de pacification, n’était très probablement pas causé par une attaque du prédateur dont on n’a relevé aucune trace directe ou indirecte, même sur les victimes,chien compris.

S’agissant du fameux protocole expérimental qui devait permettre quelques tirs de défense des troupeaux par les éleveurs et les bergers, seules trois demandes valables ont été à cette date formulées dans les Hautes-Alpes et il est donc impossible de tirer la moindre conclusion.

Les associations présentes et notamment FERUS ont rappelé leur attachement au dialogue, les efforts qu’elles avaient consentis pour admettre dans quelques cas précis des tirs de défense, mais aussi ont dit leurs inquiétudes devant la stagnation des effectifs, le braconnage, ont dénoncé l’attaque orchestrée depuis les Pyrénées contre les techniques de protection «qui ne marcheraient pas» alors que tout prouve le contraire, de même que la prétendue menace qu’exerceraient les prédateurs sur la biodiversité. Elles ont rejeté toute modification du statut du loup et ont appelé de leur voeux un programme ambitieux pour les cinq ans à venir, en espérant qu’on saurait anticiper l’expansion (souhaitable !) du loup en plaine et dans d’autres massifs.

Source : FERUS

01 juillet 2007

La clôture et la protection des troupeaux face aux loups dans les Alpes

Contexte

Dans les Alpes, le niveau de prédation attribué aux loups s’élève à environ 3 000 animaux par an. Le gardiennage permanent, généralisé en alpage, permet à une majorité d’éleveurs de pratiquer le regroupement nocturne du troupeau en parc sur tout ou partie de la saison. En intersaison les parcs de pâturage sont fréquemment utilisés pour des troupeaux non gardés.

La clôture, des matériels très divers pour un outil à fonctions multiples.

Le parc de nuit a pour seule fonction la protection nocturne d’un troupeau, qui est conduit le jour par un berger.

Le parc de pâturage est quant à lui d’abord conçu pour satisfaire l’alimentation des animaux ; mais désormais, il doit aussi assurer leur protection.

Le parc de fin d’après-midi est intermédiaire : c’est l’association d’un petit parc de pâturage (où les animaux passent la nuit) à une conduite de jour par gardiennage. Il permet de prolonger le pâturage, favorisant ainsi un meilleur état des animaux, et d’assurer la protection du troupeau en soulageant la contrainte de travail du parc de nuit (entrée en parc plus tôt).

Dans tous les cas, la protection passe par l’association d’une clôture bien électrifiée et du chien de protection. Les matériels utilisés sont classiques : filets, clôture fixe électrique 4 ou 5 fils. La qualité de la pose ainsi que le choix de l’électrificateur et de la prise de terre sont primordiaux pour assurer une bonne électrification.

Le parc de nuit

L’implantation du parc de nuit doit s’intégrer au fonctionnement du système pastoral : résence d’une cabane, positionnement dans les circuits de pâturage, organisation du travail.

Le parc de nuit tournant, simple enceinte et fermé, est le plus souvent utilisé. Mais d’autres formes sont utilisées : double enceinte (pour écarter le prédateur du troupeau), parc en demi-lune utilisé en forte pente (pour permettre la fuite aux animaux en cas d’affolement).

Mais les contraintes sont importantes : forte mobilisation en travail, risque sanitaire, risque d’érosion liée à la répétition quotidienne des trajets vers le parc de nuit, baisse d’état des animaux en raison d’un raccourcissement de la durée de pâturage. En pratique, nombre d’éleveurs utilisent moins le parc de nuit dès que la prédation se relâche.

La sécurisation des parcs de pâturage

Le risque d’attaque en parcs de pâturage est un souci croissant, du fait de l’extension de la prédation vers les quartiers de demi-saison.
La sécurisation repose sur :

  • la présence de chiens,
  • une bonne pose des clôtures,
  • le renfort sur clôtures existantes.

La clôture, efficace ?

L’efficacité est réelle, mais partielle. Trois cas d’échec sont recensés :

  • le loup franchit la clôture (état de la clôture ou de l’électrification, comportement particulier d’un loup) ;
  • Le loup affole le troupeau et l’incite à rompre la clôture ; comportement bien connu en parc de nuit ;
  • Le berger n’est pas en mesure de regrouper la totalité du troupeau (mauvaises conditions climatiques notamment) et la prédation se porte sur un lot de bêtes hors clôture.

Le choix de l’équipement le plus adapté doit être raisonné au cas par cas

Le regroupement nocturne du troupeau en parc de nuit résulte d’un compromis souvent difficile entre protection du troupeau et bonne gestion pastorale (sanitaire, érosion, état des animaux, travail...). Il ne peut donc pas s’agir d’une pratique systématique appliquée de façon rigide, mais d’une pratique partielle, souple, évolutive en fonction de la situation et des contraintes de chacun.

Laurent Garde,
Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM)
Anne Dumé,
Direction départementale de l’agriculture et de la forêt des Alpes de Haute-Provence

Source : Empreinte ours n° 3

22 avril 2007

Les actes du séminaire «Loup–Elevage, s’ouvrir à la complexité» viennent de paraître

CERPAM : Loup - élevage, s'ouvrir à la complexité. Les actes du séminaireCERPAM : Les actes du séminaire technique «Loup–Elevage, s’ouvrir à la complexité» des 15 et 16 juin 2006 sont désormais sous presse.

Cet ouvrage de 270 pages, richement illustré, restitue les communications présentées lors de ces deux journées qui ont réuni près de 200 personnes. Ce séminaire, réalisé par le CERPAM, le SIME et l’Institut de l’Elevage dans le cadre de l’Unité Commune de Programme «Pastoralisme Méditerranéen», présentait les résultats du programme de recherche PREDATION mené depuis 4 ans, auquel étaient associés de nombreux partenaires techniques et scientifiques : INRA, DDAF, ONCFS, OREAM, Parcs naturels régionaux.

les actes du séminaire «Loup–Elevage, s’ouvrir à la complexité» ont l’ambition de devenir l’ouvrage de référence des connaissances acquises par le monde de l’élevage concernant les problèmes posés par la présence de loups sur les activités d’élevage dans les montagnes méditerranéennes. Les techniques de protection progressent, mais leur mise en oeuvre soulève de nouveaux problèmes sur la gestion des troupeaux et des espaces naturels. Cet ouvrage en dresse le panorama. Il se veut le témoignage de l’engagement des éleveurs à trouver les meilleurs compromis entre bonne gestion pastorale et protection des troupeaux, mais il met aussi en lumière les limites d’une politique d’accompagnement de présence du loup qui passe certes par un soutien fort aux activités pastorale, mais ne se donne pas de réel moyen d’action sur la population alpine de loups. La publication de cet ouvrage doit ainsi servir à l’amélioration du dialogue sur le sujet toujours difficile du loup, sur la base d’une meilleure compréhension de la mise en cause que sa présence représente pour le pastoralisme et la gestion des milieux naturels.

« Loup – Elevage, s’ouvrir à la complexité ».
Actes du séminaire technique des 15 et 16 juin 2006, Aix-en-Provence.
Coordination Laurent Garde.
Ouvrage 22,5 x 22,5 cm, quadrichromie, 272 p.
Disponible auprès du CERPAM à partir du 15 février au prix de 25 €

Lettre 20 du CERPAM /1er trimestre 2007
CERPAM - Centre d'Etudes et de  Réalisations Pastorales Alpes Méditerranée
pour la gestion des espaces naturels par l'élevage
Route de la Durance - 04100 MANOSQUE - Téléphone : 04 92 87 47 54 - Télécopie : 04 92 72 73 13

01 avril 2007

Frédéric Nihous : Les loups ont été réintroduits !

Il y a quelques jours, sur TF1, aujourd'hui sur Canal, Frédéric Nihous continue de prétendre que le loup a été réintroduit en France. Ils ne sont plus qu'une poignée d'indécrotables à prétendre mordicus que des passionnés les ont sortis de camions venus d'Italie. Démontage d'une rumeur de campagne "Chasse Pêche Anti-nature et tas de couillons".

Les loups en France

par Marie-Claire (loup.org)

La thèse de la réintroduction des loups dans l’arc alpin, volontaire ou accidentelle, est fermement défendue par les représentants du monde agricole local (FNSEA, CNJA, Fédération Nationale Ovine, Confédération Paysanne, Chambre d’Agriculture des Alpes-Maritimes...) et par certains élus locaux.

En revanche, le retour naturel des loups en France est soutenu par les experts scientifiques et les associations de protection de la nature. Malgré le maintien vivace de la première version dans le milieu agricole et dans une moindre mesure, celui de la chasse, c’est finalement la deuxième qui a été retenue comme hypothèse officielle par le gouvernement français, ce qui ne l’empêche pas d’être régulièrement attaquée encore aujourd’hui.

L’origine génétique des loups : une base consensuelle ?

Une seule réalité n’est pas dénigrée à l’unisson par les partisans de la thèse de la réintroduction des loups : celle de l’origine génétique des meutes présentes en France.

En effet, dès 1996, le ministère de l’environnement demande au professeur TABERLET, du Laboratoire d’écologie alpine de Grenoble, d’effectuer des analyses génétiques de manière à connaître davantage les loups présents sur le sol français. Ces analyses sont effectuées (encore de nos jours) sur des bulbes de poils, de la salive (morsures) et des excréments. Elles visent l’étude de l’ADN mitochondrial des animaux.

Ce type d’ADN est particulier ; il est présent en multiples fragments, très petits, à l’intérieur de chaque cellule du corps. Il diffère de l’ADN nucléaire, qui lui n’est présent que dans le noyau des cellules. Il est tout particulièrement «pertinent» : quelque soit l’espèce animale étudiée, l’ADN mitochondrial permet d’identifier l’espèce et la lignée (filiation maternelle).

Or la sous-espèce Canis lupus italicus (le loup italien) a un ADN mitochondrial unique en son genre, qui ne se retrouve pas chez les autres sous-espèce de Canis lupus. Pour assurer la fiabilité des résultats et des comparaisons, les mêmes analyses ont été reproduites chez des loups captifs en France ainsi que sur des chiens de diverses races (Samoyède, Husky...). Cette forme «italienne» d’ADN mitochondrial n’a été retrouvée sur aucun des prélèvements canins ni chez les loups captifs. En revanche, elle a été retrouvée dans l’ensemble des traces laissées (et les cadavres retrouvés) par les loups de l’arc alpin français, avec de très faibles mutations (résultats diffusés le 13/09/96 et dans "L’info Loups", novembre 1996, publication du ministère de l’environnement / DIREN PACA).

Il apparaît donc sans aucun doute que tous les loups présents en France ont pour origine commune la souche italienne, dès lors que n’est pas remise en question la neutralité des laboratoires qui ont effectué les multiples analyses depuis 1996 (argument quelque fois avancé pour contrecarrer la véracité de ces analyses).

Ces loups italiens ont-il donc été réintroduits sur le sol français ?

La version selon laquelle les loups auraient été réintroduits en France s’appuie sur divers arguments, aussi bien liés à des faits passés qu’à la géographie des Alpes frontalières. Tous ne peuvent être détaillés mais ils ont en commun de faire peser une lourde suspicion sur le milieu associatif lié à la protection des grands prédateurs (réintroduction frauduleuse pour le «seul plaisir» de recréer une nature sauvage selon leurs critères). Opérations de réintroduction du lynx dans les Vosges et retour du loup en France se mélangent allègrement. Ces positions témoignent au mieux d’un profond clivage entre monde agricole et monde de la protection de la nature, très vivace chez certains opposants à la présence du grand prédateur en France.

Beaucoup de protagoniste locaux reprochent vertement l’«effet de surprise» qui a entouré l’annonce officielle de la présence du loup dans le Mercantour et le silence de l’équipe dirigeante du Parc national. Les média l’ont relayé avec efficacité, diffusant en même temps une large suspicion quant à la responsabilité du Parc national. Cet «effet de surprise» cacherait en réalité une vérité longtemps dissimulée : la mise en œuvre d’une réintroduction du loup par les agents et l’équipe dirigeante du Parc.

«Ils ont menti, ils ont tenu secret le retour du loup. C’est ça qui a alimenté la rumeur et qui fait que c’est une catastrophe aujourd’hui. Trop de mensonges, c’est ça que l’on n’accepte pas. S’ils n’avaient pas menti et avaient su gérer, on aurait pu cohabiter» (sic. Isabelle, bergère, in « Vivre avec le Loup », J.DELFOUR, 2004, éd°Hesse p101).

Or, «en 1990 et 1991 [Roger Settimo, membre du conseil scientifique du Parc signalait] une prédation anormale sur des mouflons, dont la proportion de jeunes était très inférieure à celle des autres années. Selon lui, il devait y avoir des chiens errants qui opéraient dans ce secteur. Nous avons signalé le fait aux gardes qui ont accru la surveillance. Ils n’ont rien vu. [...] Il a fallu l’opération de comptage des ongulés sauvages qui mobilise tous les 3 ans une cinquantaine de personnes pour qu’une garde voit, le 5 novembre 1992, deux animaux qui manifestement n’étaient pas des chiens». (sic P. PFEFFER -biologiste, membre du comité scientifique du parc du Mercantour, directeur de recherche au CNRS et au Muséum d’histoire naturelle-, in Rapport Parlementaire n°825, 2 mai 2003 - tome 2 p30).

Aussi, s’il n’a pas immédiatement fait une campagne officielle d’information sur la présence du loup dans les Alpes, le Parc du Mercantour a d’abord porté son effort sur l’étude des faits, au cours des hivers 1992-93 : évolution des populations d’ongulés sauvages, nombre de cadavres retrouvés, recherches et recensement des «signes» (traces dans la neige, poils, excréments...) etc.

Bien que le retour du loup semblait inévitable, à la vue des recherches menées côté italien, aucune donnée scientifiquement prouvées n’avait encore été récoltées.
Les résultats des recherches, notamment la découverte de cadavres de chamois et de mouflons, ont permis d’écarter l’hypothèse de chiens errants ou de loups échappés de captivité (ils auraient de grandes difficultés à survivre l’hiver en ne dépendant que de la capture d’ongulés sauvages). Néanmoins, il a fallu attendre début juillet 1993 pour découvrir la dépouille d’un loup, confirmant indéniablement le retour de l’espèce. Ce n’est que lorsque cette certitude a été acquise que l’information a été communiquée au grand public de manière officielle.

Par la suite, il est certes possible de reprocher au Parc national du Mercantour les défauts de sa stratégie de communication et de concertation... mais elles ne changent pas les faits concernant le loup.

Pourtant, les partisans de la réintroduction avancent qu’il existe en France des «parcs à loups» et des particuliers détenteurs de loups «comme animal de compagnie». Abandons, fuites d’animaux ou «lâchers» volontaires et clandestins pourraient être ainsi à l’origine de la présence de loups en liberté dans les Alpes et de l’établissement de meutes.

Or, à la suite du Rapport Braque (1999), un effort réglementaire est réalisé de manière à mieux contrôler cette population de loups captifs, de les identifier et de définir leur(s) origine(s).

Désormais, un arrêté ministériel daté du 19 mai 2000, soumet à autorisation préfectorale toute détention d’un ou de plusieurs individus de l’espèce. Chaque animal doit être identifié par marquage (tatouage ou puce électronique), de manière à connaître sa provenance et son propriétaire. Cette mesure est rétroactive : toute personne ou structure avait jusqu’au 19 octobre 2000 pour se mettre en règle. Un fichier national des loups captifs est créé, géré par le Syndicat national des directeurs de parcs zoologiques français. L’autorisation est délivrée pour 5 années. A ce terme, les particuliers possédant des loups ne sont plus autorisés à faire se reproduire les animaux (ni les remplacer) à moins d’obtenir un «certificat de capacité» et une autorisation d’ouverture d’établissement zoologique. Ainsi, 62 établissements et 524 loups captifs ont été recensés (le plus important : le Parc du Gévaudan avec 127 loups). Sans certificat de capacité, les particuliers détenteurs de loups et recensés par l’administration sont contraints à rétrocéder le ou les animaux aux structures autorisées (parcs, zoo, ...).

Des analyses génétiques ont également été effectuées sur ces loups, pour déterminer leur origine géographique et donc, leur sous-espèce. Tous les animaux captifs en France recensés alors étaient de souche polonaise, nord-américaine, et plus récemment, mongole. Pouvaient-ils donc venir de parcs à loups italiens ? De tels parcs existent en effet dans ce pays, et certains d’entre eux maintiennent effectivement captifs des loups de souche italienne. Il n’existe pourtant que 3 centres autorisés à posséder de tels animaux. Ils sont sous le contrôle d’un organisme public, le Corpo forestale delle stato (un corps de gardes forestiers). Or, aucun lâcher, transaction ou fugue n’était à signaler à l’époque. Les autres parcs ou zoo conservent comme en France, des loups provenant de Yougoslavie, Russie...

Ce n’est que quelques années plus tard que certains parcs administrativement identifiés en France ont pu se procurer des loups de souche italienne à partir des centres du Corpo forestale, moyennant le respect des procédures de suivi et d’identification (par ex. le parc de Chabrières, créé en 2000).

Les partisans de la réintroduction des loups en France rappellent pourtant des faits historiques reconnus prouvant que des loups ont bel et bien été relâchés dans quelques régions françaises. Trois principales «affaires» ont pu être recensées : celle de Fontan (novembre 1987), des Landes (1968-70) et d’Aspres-les-Corps (novembre 1992). Ces affaires correspondent réellement à des lâchers clandestins de loups. Les évènements qui s’en suivirent sont marqués par des dégâts importants sur le bétail ovin et sur des poulaillers. Ces loups détenus captifs pendant trop longtemps avaient perdu les capacités de chasser des proies sauvages, plus difficiles que les proies domestiques. Elles se sont toutes terminées par la mort des loups, lors de battues ou de tirs individuels. D’autres loups ont été retrouvés dans les campagnes françaises, autrefois propriétés de particuliers : capturés, ils ont été gardés en enclos dans des centres aujourd’hui contrôlés par l’administration.

Toute opération de réintroduction officielle doit passer par une procédure lourde, engageant le ministère de l’environnement, le Muséum d’Histoire Naturelle, les services déconcentrés de l’Etat etc. Cette procédure a été mise en place bien avant 1992 («année officielle» du retour du loup) et les dossiers des opérations autorisées sont disponibles auprès des administrations.

Il n’y a donc pas eu d’opération de réintroduction de loups autorisée. Parallèlement, les opérations clandestines ont abouti à des échecs : les loups imprégnés par l’homme étant beaucoup moins adaptés à la vie sauvage (prédation à 100% sur des espèces domestiques). Quand bien même aurait-elle abouti à une réacclimatation de ces loups à l’état sauvage, elles n’auraient pas permis que le souche italienne soit présente (ou aussi bien conservée) dans l’ADN des individus actuels.

En 1992, lorsque la présence du loup a été confirmée dans les Alpes, il ne s’agissait donc pas de loups autrefois captifs (en France ou en Italie) retournés à l’état sauvage.

Néanmoins, la version d’un retour naturel depuis l’Italie est encore remise en question par le fait que jusqu’en 1992, il n’existait pas de «signes probants» de la présence du loup dans la région séparant le Parc du Mercantour des derniers territoires italiens occupés par les meutes (soit une distance de 140 km). La région «vide» en question se situe à l’ouest de Gênes, sur les provinces de la Ligurie : Savona et Imperia. L’arrière-pays de ces provinces constitue un espace favorable à l’expansion géographique du loup.

Ces deux provinces sont montagneuses et caractérisées par un couvert forestier continu (150 000 hectares dans la seule province de Savona) composée de hêtraies, chênaies, pinèdes et quelques châtaigneraies. Elles sont très giboyeuses : d’importantes populations d’ongulés sauvages y sont présentes et parallèlement assez peu peuplées. L’agriculture est caractérisée par l’élevage ; l’association des éleveurs de Savone mentionne 5 à 600 vaches, qui ne vivent pas sur les alpages mais sont gardées dans les étables. Il n’y a ni brebis ni chèvres. En plus des caractéristiques naturelles de la région (le couvert forestier rend les observations incertaines), il est très difficile de repérer la présence des loups...car ils ne signalent leur passage qu’en cas de dégâts sur les troupeaux domestiques laissés en pâture et peu ou pas gardés. Pour autant, en 1995, une attaque sur un troupeau à l’ouest de Gênes est tout de même attestée par les services vétérinaires de Savone.

Or, cette «absence» de constat régulier de prédation ne remet pas en cause les résultats des recherches de M. Luigi BOITANI (spécialiste italien du loup, président de Gruppo luppo italia) menées sur les loups en Suède et Scandinavie : «la distance moyenne entre un territoire et un autre peut aller jusqu’à 140 km, tout en vivant sur un milieu homogène. Le loup colonie une nouvelle région par « patch » [...]. De nouvelles taches se constituent au fur et à mesure [...] C’est ainsi que dans les Apennins nous trouvons des zones vides » (in Rapport Parlementaire n°825, 2 mai 2003 - tome 1 p29).

Ce n’est donc pas parce qu’il n’y a eu aucun constat de dégât dans cette région dû au loup (« signes probants ») qu’il n’y est pas présent ou qu’il ne la traverse pas au cours de sa recolonisation vers le nord et l’ouest de l’Europe.

Enfin, la présence d’infrastructures autoroutières très importantes dans cette région frontalière de la France, fait néanmoins croire à certains que toute circulation des espèces de la faune sauvage depuis l’Italie est impossible. En effet, les infrastructures autoroutières peuvent constituer d’importants obstacles à la migration de certaines espèces, a priori peu mobiles.

Néanmoins, à ce titre, une anecdote venue d’Espagne peut utilement venir remettre en cause ce postulat. Il y a aussi des loups dans ce pays, ainsi qu’un fort développement économique. Or, sous la pression des associations naturalistes locales, l’Etat fut amené à financer une étude d’impact autoroutière, liée à un projet traversant le territoire d’une meute. Cette étude a révélé que le projet n’aurait aucun impact : les loups traversent déjà (de jour comme de nuit) les nombreuses infrastructures routières du pays, les chemins de fer et les fleuves sans que les morts par collision n’entrainent le déclin de ces populations lupines.

Ainsi donc que l’affirme Daniel SPAGNOU, rapporteur de la Commission d’enquête sur le loup et le pastoralisme : «[Ces obstacles apparents] sont donc des barrières quasi inexistantes pour les loups [...] le loup est capable de parcourir facilement plus de 100 kilomètre en quelques jours avant de s’établir, même s’il traverse sur son chemin des zones potentiellement favorables, quitte à revenir ensuite combler les espaces interstitiels par la suite» (in Rapport Parlementaire n°825, 2 mai 2003 - tome 1 p32)

La preuve scientifique de ce constat de «libre circulation» a d’ailleurs été définitivement apportée en 2004. Le 28 février 2004, un jeune loup mâle (Le loup Ligabue) est heurté par un véhicule près de Parme, à 250 km à vol d’oiseau de la frontière franco-italienne. L’animal est équipé d’un collier émetteur puis libéré, son équipement permettant aux scientifiques de suivre régulièrement ses déplacements et sa progression. Le jeune loup se dirige alors vers l’ouest c’est-à-dire, vers le nord des Apennins. Il franchit ainsi plusieurs routes et autoroutes, traverse des régions où se sont installées des meutes sans s’y arrêter. Il prend la direction de la côte, près de Rapallo et passe les plaines et collines de la région de Mondovi. Il franchit la frontière franco-italienne en passant par Pesio, jusqu’au col de Turini. Il retourne ensuite en Italie, où durant plusieurs semaines, il se déplace (à raison de 20 à 40 km/j) dans la région de Pesio-Stura (données été - automne 2004).

Ces éléments sont également à regarder en parallèle de l’évolution démographique des loups en Italie, prouvant s’il en est que la population lupine italienne est réellement en phase de reconquête de territoire depuis les années 1970. Aussi, peut-on encore douter du retour naturel du loup en France ?

Nous attendons votre démonstration, Monsieur Nihous ? La France rurale d'abord, bon. La tradition a du bon, mais encore, et à part celà ?

21 mars 2007

Des éleveurs s'en prennent à un tournage de film qui utilise des loups

Des éleveurs ont bloqué des véhicules transportant des loups dressés pour les besoins d'un tournage dans un alpage en Haute-Savoie. 

Des éleveurs manifestent pendant le tournage d'un film qui utilise des loupsThorens Glières (Haute-Savoie) - Alors qu'un tournage va débuter sur le plateau des Glières, tournage mettant en scène une douzaine de loups apprivoisés et dressés, une trentaine d'éleveurs d'ovins ont manifesté leur mécontentement. Les agriculteurs ont également expliqué  leurs positions et les difficultés de leur activité. 

Durant près de trois quarts d'heure, ces éleveurs en colère ont bloqué les véhicules qui transportaient les loups. Ils n'auraient pas été prévenus par la préfecture de ce tournage. Les bergers se sentent une fois de plus incompris mais surtout méprisés par l'administration. Peur que le film ne leur soit pas favorable ?

Augustin Bonrepaux avait coupé les ailes au festival "Résistances", pas assez favorable aux éleveurs à son goût. D'autres éleveurs s'attaquent à un réalisateur, des pattes de loups déposées devant des gendarmeries, on dérape, on dérape...

Source : FR3 Rhône-Alpes

08 février 2007

Le retour du loup dans le Vercors

Par Michel OLIVIER, un habitué des Hauts plateaux du Vercors

La disparition officielle du loup en France date de l’année 1937 où « le dernier loup » fut abattu dans le Limousin. Plus précisément, le loup a été présumé éteint en temps que «population reproductrice» entre 1930 et 1939. Un loup aurait tué dans le Vercors en 1942. En 1954, selon des témoignages recueillis par «Terre Sauvage» ; le dernier loup «made in France» est tué en Isère dans le prolongement du Vercors. Ce qui invalide la mort du dernier loup du Limousin et de France toujours, tué lui, en 1949. Et ainsi de suite : il y a toujours un « dernier loup » quelque part. Plus récemment, Nice matin montre en 1982 une photo de chasseurs posant devant la dépouille d’un loup tué qu’ils ont tué.

Retour officiel du loup 1992 dans le parc du Mercantour

2 individus ont été aperçus en 1992. En 2002, l’effectif moyen était d’environ 30 individus pour passer à environ 70 loups fin 2005. Suivant les données de l’ONCFS - Les effectifs minimums résidants (EMR) dans les ZPP passent donc de 41-50 loups détectés en hiver 2004/2005 à 56-67 individus durant le dernier hiver. Pour ma part je pense que nous devons être plus près de la centaine de loups reparti dans l’arc alpin. Certains commencent à aller se promener du côté des Cévennes.

Eté 1996, quelque chose dans l'air..

Donc dans le Vercors après 1942, plus de loup ! Puis arriva l’été 1996. Les gardes de la réserve des hauts plateaux - le parc venait tout juste d’avoir 25 ans - sentaient bien une modification. Quelque chose dans l'air, mais quoi ?

Les hardes d’ongulés comportent moins d’individus, mais la population totale ne semble pas affectée. Des troupeaux, au pied du grand Veymont - plus précisément celui de la grande cabane située a 1563 m d’altitude - subit régulièrement des attaques et parfois plusieurs dans la même semaine. Des chiens errants pensaient-ils, mais la présence du loup était connue dans le Mercantour depuis 1992. Des loups dans le Vercors ? 4 ans après son retour dans le Mercantour? Impossible ! Les gardes pensent donc à des attaques de lynx et sollicitent l’appui des gardes de l’ONC.  Les résultats de la surveillance renforcée, jusqu'à l’arrivée de l’hiver ne sont pas probants.

L’été suivant voit de nouvelles attaques du côté du Grand Veymont, entre Pré Râteau et le pas des Bachassons, mais aussi sur le secteur de la Jasse du Play un peu plus au nord. Plusieurs carcasses d’ongulés sauvages sont découvertes. Aussitôt la recherche de traces et d’indices s’intensifie. La pose de pièges photographiques ne donne pas de grands résultats. Cela permet juste aux gardes de constater que des chiens de la vallée de la Vernaison font des incursions assez fréquentes sur les hauts plateaux en 1997.

La transformation du biotope des hauts plateaux, devint plus sensible à partir de l’automne. Jean Paul Vieron employé à cette époque par l’ONC, interviewé par le magasine « Epines drômoises » indiquait : « On percevait ces éléments mais on ne les reliait à rien de précis ni de révélateur de quoi que ce soit ; après tout, il est normal que les choses bougent et que les observations évoluent d’une année sur l’autre. » Et puis un garde de l’ONC et un agent de la DDAF, fin septembre au dessus de Tiolache à l'écart des grands sentiers, au creux d'une clairière perdue sur les Hauts Plateaux du Vercors, ramassèrent une crotte. Ils l’envoyèrent au labo de Grenoble pour une analyse génétique. Deux mois plus tard le résultat tombait : c’était bien une crotte de Canis lupus, un loup ! Après plus demi-siècle d’absence, messire loup revenait sur son territoire.

Alors le travail commença à s’organiser. Ainsi depuis l’été le parc du Vercors réalise sur le territoire de la Réserve des Hauts Plateaux un suivi des attaques des troupeaux transhumants et de la faune sauvage. Ce suivi a été mis en place en été 1996 durant les périodes estivales et hivernales (14 parcours doivent être suivis simultanément, et cela plusieurs fois par hiver) après des plaintes relatives à des attaques, exprimées par les éleveurs et les bergers et en raison du contexte créé par l'arrivée en 1992 du loup dans le Mercantour.

Et pour la première fois cela est retranscris dans Quoi de neuf ? Bulletin d'information du réseau loup  n°2  du 2 septembre 1998. La réunion pour la formation des correspondants cette année là eu lieu dans la Drôme.  Une seule phrase pour compte rendu : « Vercors (38) : quelques constats et collecte d’un excrément qui s’est avéré être du loup (analyse génétique) ».

Les services du Parc réalisent le suivi en collaboration avec le réseau lynx, le réseau LIFE loup, les services de la garderie de l'ONC, l'ONF, la DDAF, la gendarmerie. Il nécessite aussi la motivation des éleveurs et des bergers. Les actions comprennent un recueil d'informations auprès des bergers, l'établissement de constats de dommages lors d'une attaque, la recherche sur le terrain d’indices de présence. Ces prérogatives sont menées par la garderie de la Réserve Naturelle secondée par des stagiaires de l'Université de Grenoble et de Chambéry.

Le recueil des ces éléments a permis entre autre au parc d’éditer le 14 février 2006 le document suivant : Le retour du loup et la protection des troupeaux dans le territoire du Parc. On peut citer pour exemple les parcours hivernaux par temps de neige, les analyses génétiques généralisées ce qui permettra de 1998 à 2001 d’identifier 6 loups différents sur les hauts plateaux, un femelle signifiera sa présence pendant 4 années de suite sans aucun indice de reproduction.

Prédation Vercors Depuis de nouvelles attaques de troupeaux sur le Vercors Ouest (Lente, Ambel), vers le Vercors sud (Mont Aiguille, vallée de Combeau), vers le nord (Autran, Lans en Vercors et dernièrement jusqu'à Rancurel) témoignent d’une certaine vitalité des meutes et de l’extension de l’activité des loups présents qui suivant les derniers bulletins loup de l’ONCFS se seraient (?) reproduits. Ces renseignements auraient été obtenus par la pratique de séances de hurlements provoqués pour l’année 2005. En 2006 suivant le Quoi de neuf ? Bulletin d'information du réseau loup N° 16 : Dans la Drôme, aucun contact n’a pu être établi sur la partie ouest du Vercors. En revanche, sur les Hauts Plateaux, la présence des loups a été confirmée mais sans pouvoir détecter une reproduction éventuelle malgré un important investissement de terrain consenti par le PNR du Vercors et la Réserve Naturelle des Hauts Plateaux.

Les renseignements émanant de la base de données du Parc Régional du Vercors confirmeraient cette hypothèse. En 2003, l’estimation de la population de loups sur l’ensemble du territoire du Vercors serait de 4 à 5 individus en deux meutes pouvant se regrouper (communication préfectorale 26-38).

En 2004, confirmation de l’extrême mobilité des jeunes loups en phase de dispersion, suite au suivi en Italie d’un jeune loup équipé d’un collier GPS/GSM récupéré par le Gouvernement provincial de Parme après percussion par un véhicule. Celui-ci a parcouru 20 à 40 kms par jour, traversant à plusieurs reprises routes et autoroutes mais aussi les aires vitales d’autres meutes de loups.

En 2005, confirmation génétique de 2 zones de présence permanente (ZPP) du loup en Vercors, l’une à l’Est à cheval sur Isère et Drôme, sur les Hauts-Plateaux, avec 3 à 4 individus au minimum, et l’autre plus à l’ouest en Drôme avec 2 à 3 individus au minimum. L’application du protocole « hurlements provoqués » en période estivale a permis de détecter la présence de jeunes, donc de reproduction dans le Vercors.

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Jean-Marie Ouary membre de l’association Mille-traces (basée à Saint Agnan en Vercors) nous livre ici son Avis : A la question : « Que peut-on projeter pour l’avenir ? », celui-ci répond : « S’il n’y a pas de nouveaux actes de braconnage, on peut prévoir l’installation de la meute puisqu’elle se reproduit. Le jeune est dans une situation difficile, mais s’il passe l’hiver et si les 4 loups sont présents au printemps on pourra vraiment avancer que la meute s’est installée, qu’elle a pris possession de tout le territoire entre Font-d’Urle, Ambel, même les monts du matin (qui sont au nord est de la Drôme) plus tout le haut plateau habité, La Chapelle en Vercors et Villard de Lans, sans oublier les hauts plateaux de la réserve et ses contreforts. »

C’est vrai qu’il ne faut pas oublier le tir mortel, d’une jeune louve de  18 mois au Pas de l’Infernet du côté de Font-d’Urle, le 21 octobre 2004. La première victime du nouveau plan mis en place par le Ministère. Que deviendra la meute après la disparition brutale d’un de ses membres ? C’était la question que l’on pouvait se poser à l’époque.

Une autre autorisation de tir, pour le lieu dit « les Gagères », sensée protéger le troupeau d’une de nos vieilles connaissances « le berger au bâton des crocs de la colère »,  avait été donnée par la préfecture de la Drôme en date du 17 août 2005, cette autorisation a été levée le 19 septembre de la même année par décision du tribunal de Grenoble, sans que le tir ait pu être effectué. Lors de la réunion du comité départemental loup, le 17 novembre 2005 la FRAPNA Drôme, le CORA et d’autres naturalistes ont été mis  en cause pour « la manifestation de leur présence sur les lieux pour observation de la situation sur le terrain et ainsi d’avoir empêché le tir pendant une semaine ».

Un loup a été photographié mort, percuté par une voiture, mais son cadavre n’a pas été retrouvé, cela se passait près de Chaud Clapier. Voir l’article: Vercors - le cadavre d’un loup qui disparaît….dans : Quoi de neuf ? Bulletin d'information du réseau loup n°15)

Cette transition va nous permettre de pouvoir visualiser à l’aide de tableaux, toujours fournis par la base de données du Parc régional du Vercors, l’évolution du nombre de victimes de prédateurs sur le territoire du Vercors depuis 1997, la première année qui a vu la reconnaissance de la présence de Canis Lupus, sur ce merveilleux territoire qu’est le Vercors.

Pour faire un parallèle avec le nombre de loups répertorié sur le territoire français on peut citer Jean David Abel responsable de la mission loup de France Nature Environnement qui indique que de 1993 à 2003, 108  individus (génotypes) différents ont été identifiés sur l’ensemble du territoire alpin, avec au plus  35 individus différents détectés dans une année (2001). Ce qui veut dire que les loups passent, qu’ils ne s’installent pas forcément, qu’ils retournent en Italie, vont vers de nouveaux territoires de colonisation en France, ou meurent  soit de mort naturelle, soit par collision, soit par braconnage (empoisonnement, tir).

Depuis 1992 et sur ces 108 individus, on a pu ainsi dénombrer 16 loups morts, tous par cause anthropique. Et ceci ne comptabilise bien sûr pas la totalité des loups tués notamment par empoisonnement.

Cette analyse peut donc être rapportée au Vercors, pour comprendre l’évolution de la population lupine de cette région. Et nous amène à nous poser naturellement la question : Le Vercors sera-t-il le tremplin pour la colonisation du massif Central ? Car il faut savoir que les premiers contreforts du massif cévenol ne sont qu’a 50 km a vol d’oiseau.

Michel OLIVIER
un habitué des Hauts plateaux

20 janvier 2007

Et si on nous donnait l'engagement qu'aucun pâturage ne devra être abandonné à cause du loup ? Et si la forêt reprennait ses droits ?

Dialogue virtuel entre Mathieu Erny et la buvette des alpages

Mathieu Erny est berger dans les Alpes de haute Provence l'été et en Crau à d'autres saisons.

Mathieu Erny (Ledroitdesbrebis) : Un des principaux arguments des militants pour le retour des grands prédateurs est que ces derniers ne sont de loin pas les seuls problèmes que rencontre le pastoralisme. Ce à quoi les paysans répondent que l'ours, le loup et le lynx ne sont que trois espèces parmi les centaines qui composent notre environnement.

Mettre les bergers dans leur poche

On ne peut nier la pertinence de ces deux arguments, et je crois effectivement que pour trouver des solutions il faudrait cesser d'être obnubilé par les grands prédateurs. De la part des écologistes, il serait bon d'arrêter de vouloir à tout prix «mettre les bergers dans leur poche. »

Je me souviens d'une expérience très désagréable. J'avais accepté de figurer dans un film qui avait pour objectif de promouvoir les techniques de cohabitation, principalement celle liée au patou. Le réalisateur semblait au départ bien conciliant mais avait besoin de flatter à outrance le « berger moderne » que j'étais, et mon « ouverture d'esprit » qui signifiait bien sûr pour lui que j'acceptais le loup. Mais au fur et à mesure, il s'est mis à dénigrer les paysans et à afficher un tel mépris pour les brebis que j'ai eu honte et ai cessé la collaboration.

Et si on nous donnait l'engagement qu'aucun pâturage ne devra être abandonné à cause du loup ? Et si la forêt reprennait ses droits ? Aquarelle de Mathieu Erny.

J'ai repensé à ce souvenir lorsque plus tard j'ai lu sur loup.org un article intitulé : «Grande première entre bergers, éleveurs et protecteurs de la nature». En fait F.N.E et l' Association Cohabitation Pastorale (le site de l'ACP) avaient payé le voyage à des représentants d'associations de bergers et d'éleveurs pour qu'ils viennent signer un texte hyper consensuel dont le brouillon était certainement écrit avant les débats. Comme cela n'engageait pas beaucoup les signataires, la plus part se sont exécutés. Est ce afin de «diviser pour mieux régner» qu'on tient tant à ce que les bergers et éleveurs aient un avis sur le loup, l'ours ou le lynx ? Dans les Alpes, le berger qui s'est le plus investi dans la recherche sur la cohabitation m'a clairement dit qu'il n'avait jamais pris parti pour le loup.

Baudouin de Menten (La buvette des alpages) : Il est bien évident que par la buvette, je ne cherche pas à pousser les bergers à prendre parti pour le loup, mais bien pour la cohabitation raisonnée avec les grands prédateurs (raisonnée parce que j’accepte les « prélèvements » sous certaines conditions).

Qu’est ce qu’un bon berger ?

L’ours et le loup ne sont pas dans la même case : l’ours disparaît, le loup conquiert de nouveaux territoires et se multiplie. Les loups font de gros dégâts, les ours causent des prédations beaucoup plus limitées, même si cela des reste des prédations non souhaitées et mal acceptées. Voilà pourquoi l’on rencontre des bergers qui respectent l’ours et acceptent de cohabiter avec lui.

Cédric Tolley a obtenu un D.E.A. de Sociologie obtenu à l’Université de Provence et une Licence (Maîtrise) en Sociologie et Anthropologie (orientation Sociologie) à l'Université Libre de Bruxelles. Vous pouvez lire quelques analyses de Cédric Tolley à la buvette ainsi que de nombreux commentaires.

A la question : Qu’est ce qu’un bon berger ? Cédric Tolley écrit : «Nous observons donc un phénomène dans le milieu pastoral (phénomène qui prend les allures d’un système de régulation sociale) qui veut que l’éleveur soit reconnu et estimé par ses pairs à condition que son troupeau soit beau, en bonne santé et éventuellement rentable.

Celui qui a un beau troupeau, jouira d’une certaine notoriété auprès des collègues, il fera autorité et on parlera de lui comme d’un éleveur exemplaire. Il sera écouté à l’occasion des rencontres, lors des foires pastorales et dans le groupement d’éleveurs auquel il appartient. Au contraire, celui qui néglige son troupeau, même s’il est reconnu comme membre de la pastrille (Vieux terme provençal pour désigner la communauté des bergers.), n’aura pas souvent voix au chapitre et, parfois, tout en lui trouvant des excuses, les collègues médiront de lui et de sa famille. » (Cédric Tolley dans :  «Travail et rapports sociaux chez les bergers transhumants » Université Libre de Bruxelles, Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Economiques - Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de licencié en Sociologie orientation : Sociologie du Travail et Sociologie Politique.)

Est-ce qu’un berger qui refuse d’utiliser une combinaison de méthodes pour protéger son troupeau sous prétexte que posséder des patous, un parc de nuit et garder son troupeau, c’est «accepter» le prédateur (l’ours, le lynx ou le loup, peu importe) ou c’est «changer les méthodes de travail» est un bon berger ? Dans une entreprise on dirait «gérer en bon père de famille». Pour moi, un bon berger doit gérer son troupeau, et donc sa protection, en bon père de famille.

Mathieu Erny : De fait, pour faire du bon travail, on n'a pas besoin de cette polémique. Au contraire, elle gène. Pour un éleveur ou un berger il faut que le pastoralisme reste une activité vivable intéressante et respectée. Cela n'est donc lié au loup que si on laisse sa présence mettre en péril ce à quoi nous tenons. Les écologistes multiplient les déclarations de bonnes intentions envers le pastoralisme, mais qu'est ce que cela signifie ? Nous n'en savons rien !

Baudouin de Menten : Les bergers et le pastoralisme possèdent un «facteur de séduction» énorme, un «capital sympathie» qu’ils gèrent très mal. Il n'y a qu'à voir les livres qui sortent, le monde qui accourt aux fêtes des transhumances. Tous les «bobos parisiens» et les «écolos de salons» ; c'est à dire pour certains tout ceux qui ne sont pas berger, et cela fait du monde, rêvent de passer une nuit «en estives» dans une cabane au confort précaire au milieu des brebis et des chiens, de visiter les bergeries au moment de l'agnelage, de vivre au grand air, d’avoir cette indépendance, ce rapport idilique (et théorique) avec la nature.

Les poches sont trouées

Les bergers sont naturellement «aimables», mais ils perdent cette sympathie en même temps qu'il perdent leur amabilité. Quand le berger n'est pas un bon professionnel :

  • exploitation de la nature, sans respect ni nuance
  • troupeaux abandonnés, soins aléatoires (on voit parfois des brebis dans un état ..

Quand la qualité baisse :

Quand les hommes se radicalisent :

  • Intimidation des "traitres" à la cause sur les marchés,
  • Violences envers les confrères pas assez radicaux et non engagement des bergers pas assez militant,
  • Manifestations violentes, slogans haineux,
  • radicalisations sous-régionalistes, rejet du reste du monde (parisiens, citadins, gens d'en bas, étrangers, fonctionnaires...)

Alors le capital sympathie a disparu et domine l'image du montagnard bourru, du paysan violent et sectaire qui ravage Arbas après une longue mise en jambes et quelques chants bien sentis à la buvette du village. C'est là que les associations pastorales essaient de "redorer leur image", de "donner une nouvelle image du pastoralisme", de "gagner la bataille médiatique". Lisea à ce sujet : ADIP: fausse identité, ASPAP: faux patrimoine et Philippe Lacube et l'ASPAP, le nouveau visage du pastoralisme.

Par contre le bon berger qui gère en «bon père de famille» (pas celui dont les brebis sont belles) aura moins de pertes et il pourra aussi «mettre les écolos dans sa poche

Mathieu Erny : Si vraiment l'Etat Français et l'Europe sont comme les associations écologistes absolument persuadés que la cohabitation est possible, alors il faut qu'ils s'engagent fermement à ce qu'aucun terrain ne cesse d'être pâturé, aucune exploitation ne s'arrête à cause du loup, du lynx ou de l'ours. Cette garantie serait un gage sérieux car cela impliquerait que si elle ne pouvait être tenue dans une zone, ce serait alors les prédateurs que l'on ferait disparaitre de cet endroit.

Baudouin de Menten : Quand je vois dans certains coins des Pyrénées le surpâturage dans des montagnes pelées et chauves, je souhaite que certaines exploitations s’arrêtent et que la forêt regagne un peu de terrain, mais ce n’est pas le cas partout.

Je suis 100% d’accord pour aider et défendre les bergers qui gèrent les territoires, protègent les troupeaux et «supportent» la présence de prédateurs. pour les excessifs : ceux pour qui les  «bestes sauvages» ne sont acceptables qu’en statues de bois (et encore, ils les brûlent !), ceux qui ne contrôlent ni les feux pastoraux (ça débarasse), ni les soins réguliers (pas le temps), je n’ai pas de remords à les voir se recycler en homme d’affaires vendeurs de «produits du terroir» plus ou moins authentiques, en «guide de pays» ou en «néo-phylosophes» ruraux et aproximatifs.

Quant «à la garantie qu'aucune exploitation ne s'arrête à cause des prédateurs, sinon ce serait alors les prédateurs que l'on ferait disparaitre», il faut le conjuguer au présent : « on » les fait disparaître :

Mathieu Erny : Si on peut admettre qu'un éleveur qui refuserait de protéger son troupeau malgré des aides appropriées à son cas, en subisse les conséquences, on ne peut pas tolérer de ne plus pouvoir pâturer sur tel terrain embroussaillé et éloigné du fait que la protection contre le loup y est trop compliquée.

On ne peut pas nier le bien fondé de la remarque des éleveurs qui disent que la pression du loup les gènes précisément dans la pratique extensive du métier, donc dans le domaine ou ils sont utiles à l'entretien des espaces naturels.

Car il est facile de dire que les troupeaux sont trop grands pour être bien gardés. Mais il ne faut pas se leurrer, aujourd'hui seul un grand troupeau donne la garantie qu'il sera gardé à temps plein par un berger. Si on ne prend pas de mesures, la tendance pour se protéger du loup, sera justement de former d'avantage de gros troupeaux et d'abandonner les terrains qui ne se prêtent pas à la conduite de tels troupeaux.

Baudouin de Menten : Pourquoi seul un grand troupeau serait-il bien gardé ? Quelles mesurent prendre pour améliorer la protection dans de pareils cas à part subventionner plus de patous et subventionner les associations qui favorisent l'usage, l'éducation et la généralisation des chiens de protection patou comme l’Association Cohabitation Pastorale que par ailleurs tu critiques, comme ce diable de censeur juge et partie qu’est le rapporteur président Bonrepaux ?

Mathieu Erny : Les moyens et la logique nécessaires pour assumer cet engagement permettra peut-être enfin d'inverser le système qui réduit inexorablement le nombre des éleveurs et des bergers et qui est encore toujours de mise aujourd'hui quoi qu'on en dise.

Cette garantie pourra également rassurer sur les intentions des écologistes qui utilisent de manière récurrente un argument qui me fait froid dans le dos. Celui ci consiste à systématiquement marginaliser les éleveurs ayant des problèmes avec le loup. C'est le cas par exemple lorsqu'on compare les dégâts de chiens errants sur tous les élevages ovins de France aux dégâts du loup qui ne concernent pour le moment qu'une minorité d'exploitations. Et dans les zones à loup on fait des études prouvant que la cohabitation est vivable dans une majorité de cas. Les autres sont immédiatement suspectes. Bref cela signifie que ceux qui sont dans la marge avec un cas spécial - et ils sont nombreux - ne comptent pas. C'est à l'opposé de la philosophie déclarée de ces mouvements écologistes notamment en ce qui concerne la diversité.

Le fait de s'engager à ce que tous les terrains puissent continuer à être pâturés et qu'aucune exploitation ne doive s'arrêter à cause du loup devrait permettre également d'orienter les efforts dans un sens de préservation et de développement du savoir faire des bergers particulièrement lorsqu'il est lié à leur choix personnels où la passion de certains pâtres en font des artistes.

En ce sens je suis étonné qu'on ne propose pas aux bergers plus de formations par rapport à l'environnement. Des pâtres formés en botanique par exemple, seraient autant d'observateurs privilégiés. Beaucoup de bergers sont demandeurs. Ne pas répondre à leur attente renforce chez eux le sentiment que l'on cherche à les déposséder de leur métier. A vrai dire je peux très bien comprendre que les naturalistes soient eux aussi jaloux de leur métier. Mais rajouter cette chamaillerie à toutes celles qui existent déjà est ce que ça ne fait pas un peu beaucoup?

Car bien que certains nient l'argument de l'humanisme cher aux bergers, il me semble pourtant tout à fait évident que le pastoralisme ne perdurera que tant que des femmes et des hommes pourront vivre leur passion pour ce métier. Aussi faut-il prendre en compte ceux qui ont des techniques originales et intéressantes liées à leur cas particulier. J'ai trop souvent lu ou entendu des avis de gens qui trouvent normal d'imposer au monde entier la même technique de garde. Pour éviter cela il faut que se soient des bergers d'une expérience aussi grande que diversifiée qui fassent référence en la matière pour examiner les cas particuliers.

Un engagement comme celui que je propose et qu'il me semblerait bien naturel de prendre a certainement un coût élevé mais beaucoup d'argent est déjà dépensé pour le retour des prédateurs et les efforts dans le sens de la préservation de l'environnement et de la biodiversité iront-on peut l'espérer-croissants. On se rendra alors vite compte que l'investissement en travail pour le pastoralisme n'est pas plus cher qu'un autre et qu'il s'avère payant. Car si l'on regarde ce que coûte le fait de restaurer des situations dégradées, on comprend combien on a intérêt à préserver le patrimoine pastoral qui reste.

Maintenant est ce que les pouvoirs publics de France ou d'Europe ont réellement la volonté de préserver cette diversité? C'est exactement ce qui reste à prouver car on n'est toujours pas sorti d'une logique d'uniformisation et dans ce cas, le retour du prédateur sert une politique de nivellement par le bas. Ce serait alors les écologistes les premiers déçus par cette expérience malheureuse.

Baudouin de Menten : La France compte environ 10 millions d'ovins pour quelques 112 000 cheptels, mais les chiffres sont à la baisse. L'essentiel est regroupé à l'Est d'une ligne reliant l'extrémité Ouest de la chaîne pyrénéenne au Nord du massif du Jura. Sont donc englobés toutes les Pyrénées, le Massif Central, les Alpes et le Jura. Dans les Pyrénées, la moyenne de la mortalité ovine est un peu en dessous de 10 % du cheptel. Presque une brebis sur 10! L’ours lui ponctionne chaque année 0,005% de ce cheptel. De quoi meurent les 0,9500 % autres, 19 fois plus ! En 2005 et en 2006, le loup est responsable de la perte de 3 200 brebis par an en moyenne, 0,032% du cheptel, 6 fois plus que l’ours.

Le loup n'est évidemment pour rien dans la crise qui secoue la filière ovine. En effet, pendant que le loup occupe tous les esprits dans les médias, la majorité des français continue d'ignorer les réalités de l'activité agricole.

Bouc et misère

Il aura notamment fallu des manifestations « anti-loups » et « anti ours » pour que les pouvoirs publics se rendent compte que le secteur ovin était en pleine crise. Les prédateurs ont été économiquement les représentants syndicaux des bergers, des ambassadeurs, des déclencheurs de décisions politiques et d'aides au secteur du pastoralisme. Sans le retour du loup en France et le mouvement de sauvegarde de l’ours, le pastoralisme aurait continué à s’enfoncer dans la crise dans l’indifférence générale. Vous vous trompez de cible, aveuglés par les vrais responsables syndicaux qui eux hurlent avec les loups.

Même en rayant les prédateurs de la carte, l’aide au pastoralisme est encore très insuffisante pour le  faire sortir de la crise. L'élevage ovin subit depuis des années les conséquences de la mondialisation : les supermarchés sont remplis d’agneaux de Nouvelle-Zélande. Conséquence : une baisse du nombre de producteurs (-20% en 8 ans), une baisse de l'effectif des troupeaux (-1 million de brebis entre 1990 et 2000), une production concentrée dans les zones montagneuses ne couvrant plus que 40% des besoins nationaux en terme de consommation annuelle etc.

On sait que l'élevage ovin offre le plus faible revenu de l'agriculture française (40% de moins que les autres secteurs, primes comprises). Des primes qui, par ailleurs, sont plus faibles que dans d'autres domaines d'activité. Paradoxalement, les aides viennent plus du ministère de l’écologie que du ministère de l’agriculture.., c’est bien le mouvement de protection des prédateurs qui finance le pastoralisme.

Je suis d’accord pour une meilleure formation des bergers, pour des aides à la protection, pour que les bergers deviennent de vrais acteurs de la protection de la biodiversité, qu’ils fassent découvrir la montagne, sa faune et sa flore aux touristes, qu’ils acquièrent des revenus complémentaires mais alors que les éleveurs acceptent aussi l’entièreté de cette biodiversité, pas comme les associations de défense du patrimoine ou l'IPHB qui pratiquent une défense sélective limitée au pastoralisme. Dans l'agriculture, par tradition, tout ce qui gêne, il faut s’en débarrasser : nuisibles ou mauvaises herbes (Lire Michel Chansiaux : Ours ou pas ours, le paysan est anti nature). Des solutions cache-misère sont proposées au détriment de l'animal et de notre dignité humaine.

Changez de cibles, corrigez les facteurs économiques qui nuisent au pastoralise, produisez de la qualité, mettez les touristes dans votre poche en prenant en compte la lame de fond de l’écologie qui gagne tous les partis et la terre. Le changement climatique est un énorme bras de levier qui va créer, pour tous, et très vite, beaucoup plus vite que prévu, une prise de conscience générale que la terre est à protéger (l’entièreté de la biodiversité : l'homme étant l'espèce qui met toutes les espèces, y compris la sienne, en péril).

Les bergers renâclent à changer leurs habitudes pastorales avec le retour du loup alors que nous allons tous devoir changez nos habitudes et en profondeur. La peur du changement est un frein énorme qui pousse les bergers pyrénéens à refuser la protection du troupeau (Ils sont même parvenus à inclure dans le texte de l'AOC Barèges-Gavarnie l’obligation de NE PAS protéger les troupeaux).

Le loup est de retour dans les Pyrénées. Avec un tel aveuglement, le carnage va commencer et la crise du pastoralisme n’est pas prête de se terminer.

Pour ma part, je ne suis pas dans la poche des bergers, je suis tombé par le trou. J’achète chez des producteurs sélectionnés, chez les bergers qui gèrent leurs troupeaux en bon père de famille et acceptent ou supportent la cohabitation, chez les bergers qui ont compris où est lleur avenir et leurs intérêts.

Les manifestations, les violences ne rendront pas les éleveurs populaires. Ils veulent gagner la bataille de l'opinion publique, ils sont en campagne électorale permanente mais n’écoutent pas leurs électeurs. Ils vont droit dans le mûr et alors la forêt reprendra ses droits. Les skieurs ont besoin des bergers pour entretenir les pistes, mais que vont devenir les stations sans neige?. La fôret reprendra peut-être et par endroit ses droits, si on lui en laisse le temps, si elle n'est pas exploitée à fond sur l'hôtel de la rentabilité et de la croissance, comme le reste. Bien sûr que le pastoralisme DOIT survivre avec le reste, pas au détriment du reste. J'espère que les bergers vont oeuvrer progressivement dans ce sens.

Auteurs : Erny Mathieu et Baudouin de Menten

Mathieu Erny est webmaster du site « Le droit des brebis » et berger dans les Alpes de haute Provence l'été et en Crau à d'autres saisons. Baudouin de Menten s'occupe de la Buvette des alpages, d'IPHB.org et est chef de projets dans une agence web.

lire aussi, car il y a de la lecture à la buvette :

16 janvier 2007

Chambéry - Relaxe pour Denis Dupérier, un tueur de loup

Denis Dupérier a toujours affirmé qu’il avait tiré à la tombée du jour en pensant qu’il s’agissait d’un chien errant qui attaquait à nouveau son troupeau de chèvres alors qu’elles paissaient en alpage dans le parc des Bauges. Jeudi 11 janvier, la cour d’appel de Chambéry a conclu à la bonne foi de ce berger savoyard.

La cour d’appel de Chambéry a confirmé la relaxe obtenue en première instance par Denis Dupérier, 56 ans. Cinq associations parties civiles avaient fait appel du premier jugement. La cour d’appel, comme le tribunal correctionnel de Chambéry l’avait fait en première instance, a jugé que le délit reproché était "non intentionnel".

Quant à l’amende de 800 euros avec sursis, infligée à Pierre Dupérier, frère du berger et maire de la commune de Jarsy, elle a été ramenée en appel à 500 euros avec sursis. Pierre Dupérier avait été condamné pour avoir transporté la dépouille de l’animal devant le bureau de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Le retour des chiens errants

Il suffira donc de dire "Je croyais que c'était un chien errant". C'est fou, mais j'ai l'impression que les bergers vont se enfin accepter de dire qu'il y a plein de chiens errants autour des troupeaux. "Je n'avais pas encore vu un pays où la protection des prédateurs consiste à fair la cour aux braconniers" disait Michel Hainard en 1981. Il ne reste plus que la décision pour Cannelle et la boucle sera bouclée.

Lire aussi

11 janvier 2007

Gaston Franco et le silence des agneaux

Gaston Franco : "La clé, c'est de surveiller les troupeaux"

Maire de Saint-Martin Vésubie, conseiller général des Alpes-Maritimes, vice-président du parc national du Mercantour et président de l'association des communes forestières des Alpes-Maritimes.

Le maire charismatique de Saint-Martin Vésubie, commune qui a vu pour la première fois le loup réapparaître en France, ne cache pas sa position favorable au loup, ni aux éleveurs de sa commune et du département, ni à ses adversaires politiques. Au contraire, Gaston Franco (UMP) dénonce sans détour les travers du pastoralisme et de la filière ovine dans le Mercantour, dont le loup ne serait que le bouc émissaire. Selon lui, les éleveurs ne protègent pas leurs troupeaux et ne devraient, en conséquence, plus recevoir ni indemnisations ni subventions. De même qu'il les accuse de détourner la filière ovine et de vendre sous le manteau. Parlez Franco ! 
   
La cohabitation entre loup et élevage est-elle possible dans le Mercantour ?
Gaston Franco : Elle sera de toute façon difficile, la cohabitation. Mais j'ai pu constater qu'en Italie, cela a été possible. A partir de moyens d'accompagnement dans les zones à risque, je pense qu'on pourrait assez facilement arriver à cette cohabitation.

Vous connaissez beaucoup d'exemples où la cohabitation se déroule bien ?
Gaston Franco :Il y a plein de pays où des loups cohabitent avec l'homme et l'élevage. L'Espagne, par exemple, contient 2500 loups. Ca veut dire que là-bas les éleveurs n'ont jamais arrêté de surveiller leurs troupeaux et sont arrivés à trouver des solutions qui permettent la cohabitation entre les prédateurs et l'élevage. 
 
Quelles sont ces solutions ?
Gaston Franco : C'est très simple. Il faut tout d'abord que les troupeaux soient gardés, jour et nuit. Ca veut dire qu'il faut qu'on mette en place des moyens et des comportements différents. Et puis, il y a des moyens de protection comme les chiens, qui ont fait la preuve de leur efficacité. Cela, je l'ai vu moi-même en Italie. Les chiens de protection sont efficaces à partir du moment où ils sont suffisamment nombreux et, surtout, réellement utilisés pour la protection.

Les contraintes qui accompagnent ces solutions sont-elles supportables pour les éleveurs ?
Gaston Franco : De toute façon, il y a des moyens d'accompagnement qui ont déjà été mis à la disposition des éleveurs. Des aides bergers leur sont proposés gratuitement durant la période d'été. En ce qui concerne les chiens de protection, les éleveurs touchent une aide significative des pouvoirs publics pour les acquérir. Je pense qu'il suffirait d'adapter le dispositif pour que les aides soient un peu plus importantes et on serait en vue de la solution.

Pourquoi les éleveurs proclament-ils l'incompatibilité entre loup et élevage ?
Gaston Franco : Parce que le retour du loup les oblige à changer leur façon de travailler, leur mode de vie. Et je comprends que ce soit pour eux difficile et compliqué mais à partir du moment où le loup est revenu de façon naturelle et de façon durable, il faudra bien qu'on s'adapte. C'est à ce prix-là que le pastoralisme pourra se perpétuer.

Pourquoi la situation du Mercantour est-elle plus conflictuelle qu'ailleurs ?
Gaston Franco : Elle est plus conflictuelle parce que c'est là que le loup est revenu et que c'est là que les premières attaques ont été subies. Puis, c'est là aussi que les meutes sont les plus nombreuses. Donc, il est normal que la situation soit ici un peu plus difficile qu'ailleurs. Mais surtout, les éleveurs ont reçu des soutiens qui font que rien ne les incite vraiment à modifier leur comportement. Des soutiens politiques, bien sûr.

Mais, hors de France, pourquoi la cohabitation se passe-t-elle mieux ?
Gaston Franco : Ailleurs qu'en France, la situation meilleure s'explique par le fait qu'on n'a jamais arrêté de protéger les troupeaux. C'est ce que j'ai constaté en Italie. Les loups y sont protégés depuis 30 ans et les éleveurs se sont toujours adaptés à la protection de leurs troupeaux. Je n'ai pas senti, en Italie, avec les éleveurs, le même problème relationnel entre le loup et l'élevage. Ils font la démonstration que nous pouvons maîtriser cette cohabitation.

Pourquoi la législation européenne ne suffit-t-elle pas à assurer la protection du loup en France ?
Gaston Franco : Parce que, en France, et notamment dans les Alpes-Maritimes, certains se sont arc-boutés sur l'hypothèse d'une réintroduction, ce qui nous a fait perdre beaucoup de temps. Vouloir démontrer l'indémontrable a fait perdre 11 ans à toute la profession. Mais la Convention de Berne permet, de toute façon, la protection des troupeaux. Pour moi, il n'y a pas de contradiction entre la protection du loup et la protection des troupeaux. Le dispositif réglementaire qui est en place aujourd'hui devrait permettre de satisfaire tout le monde.

Mais le loup est-il réellement revenu naturellement et, par conséquent, sous la protection européenne ?
Gaston Franco : Certains crient à la réintroduction. C'est toujours la position de la Chambre d'agriculture. Personnellement, je ne la partage pas. Si la réintroduction était une réalité, on l'aurait démontré depuis longtemps. Onze ans après, on est toujours en train de chercher des indices qui accréditeraient l'hypothèse de la réintroduction. En revanche, depuis les expériences que j'ai pu acquérir et les voyages d'études que j'ai réalisés, le retour naturel du loup depuis l'Italie m'apparaît comme logique au regard des habitudes de l'animal et de la situation en Italie.

Quels sont les problèmes de la filière ovine qui précédaient ce retour ?
Gaston Franco :
La filière ovine est fragile en Europe. Elle ne vit qu'à grands coups de subventions. Il est clair qu'un prédateur en plus représente des problèmes qui, pour certains, peuvent sembler insurmontables. En tous cas, la filière ne se porte pas bien et le retour du prédateur ne lui a pas fait du bien non plus.

Mais le pastoralisme vivait déjà une crise ?
Gaston Franco :
Quand on voit à quel prix le mouton de Nouvelle-Zélande ou de Grande-Bretagne arrive sur le marché, il est évident que nous ne sommes pas, et depuis longtemps, compétitifs. Seules les aides européennes ont maintenu de façon artificielle la possibilité pour les éleveurs de continuer à exercer leur activité. Mais il n'y a pas que la filière ovine. On sait très bien que le prix de la viande est extrêmement bas. Nous avons régulièrement des éleveurs qui se plaignent de ne pas retrouver ne serait-ce que leurs frais, dans le prix de la viande de bœuf, par exemple, fût-elle de très grande qualité. C'est un problème général.

En quoi cette fragilité de la filière ovine implique-t-elle le loup ?
Gaston Franco : C'est avec l'arrivée du loup que les éleveurs commencent à craindre les contrôles quant au mode d'élevage, à la garde des troupeaux et à la légalité de la vente. Mais cela ne devrait rien avoir à faire avec le loup. Je pense que ce sont deux problèmes différents.

A partir du moment où l'Europe donne des moyens aux éleveurs, je pense qu'il serait juste et normal qu'elle mette en place des mesures de contrôle pour savoir ce que deviennent les aides, si cela profite réellement aux troupeaux, ce que deviennent les animaux après que les éleveurs aient touché les aides. Ceci n'a rien à voir avec le retour du loup. Il me semble que ce serait un partenariat juste et équilibré; à partir du moment où on fait appel à de l'argent public, nous devons nous assurer de sa bonne utilisation.

Mais qu'y a-t-il réellement à cacher ?
Gaston Franco : Il y a des modes de commercialisation qui sont archaïques et permettent la vente directe (sous le manteau) à une grande part de la communauté des Alpes-Maritimes. Mais ces phénomènes sont bien connus.

Quelle part ces pratiques représentent-t-elles sur l'ensemble de la filière ?
Gaston Franco : Plus de la moitié !

Le problème du loup dans le Mercantour est dit exclusivement politique. Pourquoi ?
Gaston Franco : A partir du moment où il y a conflit, certains hommes politiques ont pris leurs responsabilités et certaines positions ! Certains sont résolument pour l'éradication parce qu'ils se sont rangés du côté des éleveurs. D'autres, dont je fais partie, ont des positions plus nuancées.

Qu'est-ce qui fonctionne mal dans la politique agricole actuelle ?
Gaston Franco : On a, à grands coups d'argent public, réussi à maintenir des filières. Mais on ne pourra pas éternellement mener une politique d'argent public en méprisant les attentes du marché. Il faut assortir les aides d'une vraie politique de qualité qui corresponde aux attentes du consommateur. A ce moment-là, même avec un peu d'argent public, on maintiendra une économie qui tournera de façon positive. On ne peut pas artificiellement inventer ou maintenir une filière. Au-delà des subventions, il faut qu'un éleveur ou un producteur, quel qu'il soit, puisse vivre de son travail. Sinon, ce que nous faisons est totalement artificiel.

Le loup n'empêche pas cette perspective meilleure que vous imaginez ?
Gaston Franco : Bien sûr que non, si les mesures sont mises en place. Au contraire, le retour du loup aura eu au moins un mérite, c'est de donner un formidable coup de projecteur sur des professions qui, jusqu'à maintenant, n'intéressaient pas grand monde. Au moins, ce côté positif du loup est évident.

Benjamin Moriamé

Source : reportage.loup.org

Benjamin Moriamé

Le loup face à l'économie de marché - Benjamin Moriamé Benjamin Moriamé est journaliste (Institut des hautes études des communications sociales de Bruxelles). [ NDLB : Encore un belge ] Il a choisi de réaliser son mémoire sur le retour du loup en Europe. Son reportage, réalisé sur le terrain (duquel est extraite cette interview), est disponible sur le net : www.reportage.loup.org. Il a publié un livre "Le loup face à l'économie de marché".

Le silence des agneaux

Il est regrettable que si peu d’élus osent s’opposer – comme Gaston Franco - au raisonnement binaire qui consiste à vouloir faire un choix entre le loup et le pastoralisme ! Le loup dérangerait-il autant parce qu’il révèle des modes de commercialisation illégaux des agneaux ... qui gardent le silence à jamais : le silence des agneaux ?

Lire Aussi : Franska, la nouvelle cible.

Retour du loup : les éleveurs ont surtout besoin de soutien moral

Le loup recolonise les Alpes françaises depuis 1992, et il ne se contente pas de faune sauvage. Il attaque les brebis, rendant particulièrement pénible le travail des éleveurs. Il faut faire avec, car le prédateur bénéficie d’une protection quasi-absolue de la législation internationale. Les Parcs naturels régionaux accompagnent les éleveurs et participent à la recherche de mesures efficaces de protection des troupeaux. Le débat, encore vif et complexe, commence cependant à s’apaiser.

Participent au débat :

Yves Pillet, président du Parc naturel régional du Vercors, président du « groupe Loup » de la Fédération des Parcs naturels régionaux : "On ne pourra pas longtemps se contenter de multiplier les chiens et les protections, d'indemniser en permanence. A un moment, la présence du loup continuant de s'étendre, la situation va devenir critique."

Eric Marboutin, chef de projet Loup et Lynx à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) pour le compte du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable : "L'Etat français n'a pas le choix. Il n’est absolument pas en droit de s’engager dans une politique de régulation."

Frank Dièny, éleveur ovin, président de la Fédération régionale ovine du Sud-Est: "Pour nous, éleveurs, l’arrivée du loup a représenté une révolution. C’est une vraie remise en cause de notre métier."

Samuel Marguet, en estive dans les Pyrénées Photo : Pascal Marguet, naturaliste, photographe, témoin du monde sauvage. (voir sa galerie de photos sur le pastoralisme à la buvette

Parcs : Peut-on dresser l’état de la situation, aujourd’hui, de la cohabitation entre le loup et le pastoralisme dans les Parcs ?
Yves Pillet : Le problème se pose depuis plusieurs années. C’est allé croissant. Dans le Vercors, d’abord dans la réserve naturelle des Hauts-Plateaux, les attaques se sont multipliées et se sont étendues ensuite sur l’ensemble du territoire du Parc.

Parcs : Depuis combien de temps ?
Yves Pillet : Les attaques ont commencé en 1997. Elles ont beaucoup augmenté dans les années 2000 à 2002, puis elles ont diminué en 2003, grâce, peut-être, à toute une batterie de mesures mises en place, comme les chiens de protection, les patous, entre autres.

Parcs : Est-ce que ce retour du loup a eu un impact sur l’activité pastorale? Le nombre de têtes élevées dans les alpages a-t-il diminué ou est-il stable ? Et s’il a diminué, est-ce à cause du loup ?