FERUS

09 octobre 2008

Valérie-Claude Sourribes : Loup, où es-tu, qui es-tu? La menace pour le pastoralisme est-elle bien là où l’on veut nous le faire croire?

"Loup, où es-tu, qui es-tu … ? La menace pour le pastoralisme est-elle bien là où l’on veut nous le faire croire ?" C'est sous ce titre que Valérie-Claude Sourribes, coordinatrice du groupe pastoralisme chez FERUS publie en mai 2008 un article qui confirme "l'effet goutte d'eau" des prédateurs dans la crise du pastoralisme. Cet article est parfaitement complémentaire aux analyses économiques de la filière ovine de Marc Laffont :

Sommaire de "Loup, où es-tu, qui es-tu … ? La menace pour le pastoralisme est-elle bien là où l’on veut nous le faire croire ?"

Le rapport sur «L’avenir de la filière ovine», réalisé à l’automne 2007 pour le sénat* , présente un état des lieux de cette activité. Dix huit points, difficultés ou handicaps rencontrés par la filière, sont recensés et permettent de mieux comprendre cette fragilité.

I- Synthèse commentée

  1. Contexte international : sous les crocs de la mondialisation
    1. Un marché intérieur qui échappe à la filière
    2. Un système d’aide peu favorable aux producteurs ovins
    3. L’impact des crises sanitaires
  2. Contexte national, des structures d’exploitation prises à la gorge
    1. Chute du cheptel et du nombre d’exploitations
    2. Une production à faible rendement avec des charges conséquentes
    3. Une perte de maîtrise de la commercialisation et des marges face au réseau de la grande distribution
    4. Un contexte sociologique défavorable
  3. Les difficultés propres à la filière
    1. Des contraintes techniques lourdes de conséquences

II- Et le Loup dans tout cela ?

  1. Un ultime prédateur
  2. Une nécessité : hiérarchiser les menaces
    1. L’impact du loup, relativisé à partir des chiffres
  3. Budget loup, un budget modéré pour un double objectif

Source : FERUS - Télécharger le document "Loup, où es-tu, qui es-tu … ? La menace pour le pastoralisme est-elle bien là où l’on veut nous le faire croire ?" complet.

18 septembre 2008

Les commingeois disent oui à l'ours

Saint-Gaudens. Résultat de l'enquête Ferus, les commingeois disent oui à l'ours
Ours. L'association Ferus a rendu compte de l'opération Parole d'ours.

Les commingeois disent oui à l'ours L'association Ferus a rendu compte de l'opération Parole d'ours

Stéphan Carbonnaux présente les résultats de l'opération Parole d'Ours. Photo DDM

400 communes sur cinq départements, 1500 personnes rencontrées et autant de réponses aux questionnaires proposés, 45000 documentations distribuées, le programme associatif de communication sur l'ours dans les Pyrénées, dénommé Parole d'ours et financé par la Diren et la Fondation Nature et Découverte, a mobilisé durant trois mois une trentaine de bénévoles et un salarié, tous adhérents de l'association Ferus. L'objectif était de sortir des polémiques, de donner la possibilité à chacun de s'exprimer, et par là, de récolter les doutes, les craintes et faire évoluer la situation. Dès la mi-juin, depuis leur base installée dans un village du piémont saint-gaudinois, des petits groupes de bénévoles ont sillonné le territoire pyrénéen où réside l'ours, de la vallée d'Aspe dans les Pyrénées Atlantique jusqu'aux confins de l'Ariège, Vicdessos, Ascou, Mérens, de Saint-Lary et Loudenvielle Hautes-Pyrénées et tout le sud de la Haute-Garonne, de Saint-Martory à Saint-Gaudens, de Montréjeau à Luchon, en passant par la Barousse, Saint-Béat et Melles.

Pas assez écoutés

Au terme de cette croisade, Stéphan Carbonnaux, permanent de Férus qui a suivi et animé les groupes, a délivré un premier bilan de l'opération. Dans les locaux de la mairie d'Arbas, entouré de membres de l'équipe, il a brossé un compte-rendu des contacts avec la population. « Au départ, on ne savait pas du tout qui on allait rencontrer et quel serait l'accueil, avouait-il. On s'attendait à rencontrer des adversaires radicaux. Or, nous n'en avons pas croisé, et pourtant on était facilement repérable. Nous avons circulé jusque dans les fonds de vallée. Et même face à des gens défavorables sur la question de la réintroduction de l'ours, à Auzat, Vicdessos, ou ailleurs, la discussion a toujours eu lieu, et jamais on ne nous a mal accueillis. » Questionnaire en main, les bénévoles ont écouté, beaucoup, argumenté aussi, et diffusé largement des informations sur l'ours. « On s'est rapidement aperçu que les gens appréciaient avant tout d'être entendus, regrettaient qu'on ne leur ait pas demandé leur avis sur l'ours, et qu'ils étaient en manque d'informations, avançant parfois des vérités erronées. »

Fort de cette première avancée, Férus compte bien renouveler l'opération Parole d'ours. Dès que les questionnaires auront rendu leur quota de renseignements.

Source : La Dépêche du Midi

17 septembre 2008

Succès pour l'écobénévolat Parole d'ours 2008

Parole d'ours 2008
Ecobénévolat - programme associatif de communication sur l’ours dans les Pyrénées
Du 14 juin au 12 septembre 2008


Parole d'ours 2008 - écobénévolatDans les Pyrénées, les mois qui ont accompagné et suivi les nouveaux lâchers d’ours de 2006 nous ont permis de constater qu’il manquait cruellement de personnes sur le terrain pour informer les habitants, mais aussi les gens de passage.

FERUS estime important d’être présent sur le terrain pour expliquer le choix de la protection de l’ours dans les Pyrénées et sur la possible cohabitation avec les activités humaines, notamment le pastoralisme. FERUS pense aussi qu’il est nécessaire d’informer les randonneurs sur l’attitude à adopter lors d’une rencontre avec l’animal ou, bien plus probable, avec un troupeau gardé par des chiens patous.

C’est pourquoi, cet été et durant 12 semaines, l’association FERUS a lancé dans les Pyrénées un programme de bénévolat «PAROLE D’OURS» dont les objectifs consistaient notamment à délivrer à la population locale et aux gens de passage une information éclairée sur l’ours mais aussi à recueillir le ressenti des personnes présentes même temporairement dans ces montagnes.

Depuis le 22 juin 2008, de nombreux bénévoles se sont succédés et l’association FERUS se réjouit du bon accueil reçu localement de l’Ariège aux Pyrénées-Atlantiques.

Après plusieurs semaines de présence quotidienne sur le terrain, les bénévoles de «PAROLE D’OURS» ont constaté que les habitants et les gens de passage sont demandeurs d’informations objectives sur l’ours et ne se retrouvent pas dans les outrances et les mensonges d’une minorité d’opposants à l’ours, radicale et violente.

L’ours fait partie intégrante de la biodiversité pyrénéenne et sa présence ne peut en aucun cas être tenue pour responsable de toutes les difficultés de l’élevage aujourd’hui. D'autre part, au-delà des Pyrénées, l'ours peut être considéré comme un patrimoine national et tous les citoyens sont concernés par sa nécessaire protection. De même, l’ours ne menace en rien la biodiversité des espèces domestiques, sa présence permet au contraire de maintenir des postes de bergers. On sait aussi que les modes de gardiennage des troupeaux compatibles avec la présence de l’ours sont ceux qui préservent le mieux la biodiversité de la flore des estives.

Dans les vallées, une grande majorité des Pyrénéens nous rappellent : «l’ours était là avant et il doit rester dans les Pyrénées». L’ours est une espèce difficile à maintenir et demande l’implication de tous avec un minimum de bonne volonté. Ce programme, au bilan positif, a été mené grâce au soutien de la DIREN Midi-Pyrénées et de la Fondation Nature et Découvertes.

Parole d'ours sur le terrain, été 2008

Principales localités visitées :

  • Pyrénées-Atlantiques : Bedous, Accous, Etsaut, Borce, Lescun
  • Hautes-Pyrénées : Bagnères-de-Bigorre, Sarrancolin, Arreau, Ancizan, Saint-Lary-Soulan, Loudenvielle, Borderès-Louron, Bareille, Mauléon-Barousse, Loures-Barousse, Antichan, Avantignan.
  • Haute-Garonne : Montréjeau, Saint-Gaudens, Miramont-de-Comminges, Barbazan, Saint-Bertrand-de-Comminges, Sauveterre-de-Comminges, Encausse-les-Thermes, Boussens, Salies-du-Salat, Cierp -Gaud, Cier-de-Luchon, Antignac, Moustajon, Salles-et-Pratviel, Bagnères-de-Luchon, Saint-Béat, Fronsac, Fos, Melles, Couledoux, Figarol, Mane, Montbrun-Bocage.
  • Ariège : Saint-Lizier, Saint-Girons, Castillon-en-Couserans, Seintein, Sex, Oust, Ercé, Cominac, Massat, Castelnau-Durban, La Bastide-de-Sérou, Le Mas-d’Azil, Foix, Loubières, Tarascon-sur-Ariège, Vicdessos, Auzat, Les Cabannes,
    Perles-et-Castelet, Ax-les-Thermes, Mérens-les-Vals, Orlu, Lascou, Prades, Lavelanet, Aigues-Vives.
  • Aude : Comus.

L’ours : petit historique d'une situation préoccupante

Au début du siècle, la France comptait entre 100 et 200 ours. En 1937, le dernier animal est observé dans les Alpes ; en 1950, on ne compte plus que 70 ours dans les Pyrénées. De nos jours, ils sont à peine une vingtaine.

La chasse, les battues, les prélèvements d’oursons, puis le poison, le braconnage et enfin la détérioration de son habitat ont eu raison des capacités de reproduction de l’ours en France.

En 1972, fut décidée l’interdiction de la destruction de l’ours mais c’est seulement en 1981 qu’il rejoignit la liste des espèces de mammifères protégés créée en application de la loi de 1976 sur la protection de la nature. La population d’ours pyrénéenne était déjà d’un effectif trop faible pour être viable à long terme. Les associations de protection de la nature sortent le dossier de l’oubli, prennent des initiatives pour favoriser la cohabitation avec le pastoralisme et donnent à la sauvegarde de l’ours une dimension nationale.

Au début des années 1990, le dernier ours disparaît des Pyrénées Centrales. Seuls 7 à 8 individus subsistent en Béarn. La disparition de l’ours des Pyrénées apparaît comme inéluctable. Il s’ensuit alors une mobilisation forte de l’opinion publique qui conduisit à la réintroduction en 1996 et 1997 de trois ours (Mellba, Živa et Pyros) capturés en Slovénie.

La population d’ours dans les Pyrénées compte en 2005 14 à 18 individus. C’est insuffisant pour sauver l’espèce et un nouveau programme de renforcement est mis en place ; 5 ours sont lâchés dans les Pyrénées centrales en 2006.

Le modèle mathématique sur l’évaluation de la viabilité de la population d’ours bruns dans les Pyrénées (G.CHAPRON, P.Y. QUENETTE, S.LEGENDRE et J.CLOBERT), étude réalisée en 2003 et mise à jour en 2005 avec les données disponibles à la fin de l’année 2004, a servi de base au plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009. Compte tenu de l’état des lieux dressé page 23 de ce plan, il est probable qu'après les cinq lâchers de 2006, le noyau central aurait pu être considéré actuellement comme viable. Du point de vue strict de la dynamique des populations, ce n'est pas faux. C'est beaucoup plus discutable si l'on prend en compte tous les paramètres et les aléas qui conditionnent la survie à long terme d'une population de plantigrades isolée (avec 80 individus, les Espagnols considéraient toujours comme fragile leur noyau principal des Monts Cantabriques). Depuis, Palouma et Franska, deux ourses relâchées en 2006, sont mortes.

Aucun lâcher n'ayant eu lieu en Béarn, où ne subsistent que deux ou trois mâles, l'ours aura bientôt définitivement quitté ce qui a longtemps été son bastion historique.

Qui sommes- nous ?

FERUS est une association loi 1901, agréée au titre de l'article L-141-1 du Code de l'Environnement, née de la fusion d'Artus et du Groupe Loup France. C’est aujourd'hui la première association française par le nombre de ses adhérents à regrouper de façon spécifique les défenseurs de l’ours et des autres grands carnivores présents dans notre pays.

Nos objectifs, en France, notamment dans les massifs frontaliers et en relation avec les pays européens voisins :

  • Articuler et coordonner toutes actions de recherche, de sensibilisation et d’éducation liées à la présence et à la réhabilitation du loup, de l’ours et du lynx,
  • Favoriser la réussite du retour naturel du loup là où les conditions sont propices,
  • Favoriser le maintien et le renforcement des populations d’ours,
  • Favoriser le retour et le maintien des populations de lynx.

Les actions menées, nos engagements pour la cause de l’ours et des grands prédateurs en France

Après la disparition au début des années 1990 du dernier plantigrade des Pyrénées centrales, l’extinction de l’ours des Pyrénées apparaît comme inéluctable. ARTUS, association pour la protection de l’ours en France, engage alors sur ses fonds propres (adhésions et mécénat) des études de faisabilité liées au milieu naturel et économique dans l’optique de réintroduire l’ours dans les Pyrénées Centrales. Il s’ensuivit une mobilisation forte d’acteurs locaux et ce projet est devenu un grand programme d’actions de l’Etat Français et de l’Union Européenne avec pour partenaires : ARTUS, les communes d’Arlos, Boutx, Fos, Melles regroupées au sein de l’Association de Développement Economique et Touristique (ADET, devenue aujourd’hui Pays de l’Ours-ADET), les Fédérations Départementales des chasseurs de l’Ariège et de la Haute-Garonne, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage et l’Office National des Forêts, qui conduisit à la réintroduction en 1996 et 1997 des trois ours (Mellba, Živa et Pyros) capturés en Slovénie.

Depuis sa création en 1989, ARTUS a cherché avec les partenaires locaux des solutions qui réduisent les conflits ours-troupeaux, en proposant par exemple, l’utilisation des chiens de protection pour réduire les risques de prédation sur les moutons. Cela a abouti à l’élaboration d’une méthode audiovisuelle de mise en place des chiens de protection, la vulgarisation des connaissances de cette méthode et des témoignages d’éleveurs professionnels confrontés à la prédation, ainsi qu’à la formation d’éleveurs à cette technique.

Concernant la problématique loup : dès sa création en 1993, le Groupe Loup France a lancé une politique de concertation et de dialogue avec le monde de l’élevage, considérant les éleveurs et les bergers comme des partenaires avec qui trouver des solutions partagées et librement consenties.

Depuis 1999, le programme alpin d’écobénévolat «PastoraLoup» (aide aux éleveurs situés en zone à loup) s’inscrit dans cette démarche et concrétise sur le terrain la volonté de rapprochement entre le monde de la protection de la nature et celui de l’élevage pour faciliter la coexistence entre l’homme et les grands prédateurs.

Fort de la réussite des lâchers de 3 ours en 1996 et 1997, FERUS a milité pour la poursuite du renforcement de la population d’ours des Pyrénées, et 5 ours ont été lâchés en Pyrénées centrales en 2006.

Les derniers lâchers ont suscité des mouvements d'opposition relativement importants et largement ravivés la polémique sur la présence de l'ours dans le massif. Il devenait de plus en plus nécessaire de proposer un programme de bénévolat en faveur de l’ours dans les Pyrénées pour, notamment, délivrer à la population locale et aux gens de passage une information approfondie sur le plantigrade mais aussi recueillir le ressenti des personnes présentes même temporairement dans les zones à ours pyrénéennes.

Avec le programme PAROLE D'OURS, le but est de conforter l’acceptation du plantigrade par les habitants des Pyrénées et les gens de passage.

«PAROLE D’OURS», été 2008 : bilan positif !

«Parole d’Ours», c’est d’abord un travail d’équipe, mené grâce à des personnes qui ont accepté de consacrer un peu de leur temps libre à une cause en laquelle elles croient. De ce point de vue, cette première session a obtenu une participation plus qu’honorable pour un tout jeune programme et atteste de l’importance vouée à la préservation de l’ours dans les Pyrénées. En plus d’un salarié, 27 bénévoles au total se sont mobilisés et relayés durant les 82 jours sur lesquels se sont étendues nos actions. Il convient de noter que cela représente au total 282 jours de bénévolat soit une moyenne de 10.44 jours de bénévolat pour chaque participant, ce qui n’est pas négligeable !

C’est grâce à toutes ces bonnes volontés que nous avons pu obtenir des résultats satisfaisants et prometteurs pour la suite.

Les objectifs de « Parole d’Ours »

Il s’agissait d’abord et prioritairement d’écouter et de communiquer avec les gens, qu’il s’agisse de touristes ou de Pyrénéens. Le contact s’est établi d’autant plus facilement que nous avions choisi, pour engager le dialogue, d’établir une enquête d’opinion. Nous nous sommes rendus dans de nombreuses communes (Cf. carte), avons profité de manifestations festives, de marchés … pour rencontrer la plus grande diversité possible de personnes.

Nous proposions ensuite à ces mêmes individus différents types de documentations concernant l’animal (outils synthétiques d’information sur les caractéristiques du plantigrade, sur les attitudes à adopter en cas de rencontre (improbable) avec un ours ou un Patou alloués par le ministère de l’écologie, des «Bonnes adresses du Pays de l’ours» …) en fonction des centres d’intérêts et activités pratiquées. Nous avons aussi pu diffuser un dépliant «Parole d’Ours» qui dispose d’un dernier volet, détachable, offrant la possibilité à tout un chacun de s’exprimer par écrit sur la question de l’ours. Aux individus les plus intéressés, nous offrions la Gazette des grands prédateurs, revue trimestrielle de FERUS.

Par ailleurs, nous avions un autre objectif défini préalablement : laisser dans les commerces, les institutions et les lieux publics (offices de tourisme, écoles, bibliothèques …) de la documentation concernant le plantigrade. Certains de ces outils de communication étaient identiques à ceux précédemment cités mais nous proposions également et systématiquement une affichette didactique de la Coordination Cap-Ours et, en fonction des lieux, un beau poster d’ours imprimé par Artus.

« Parole d’ours » était aussi dans la montagne …

Une sortie par semaine était prévue en montagne afin que chaque bénévole connaisse davantage les particularités anthropiques et physiques du milieu. Cela nous a permis de laisser de la documentation dans certains refuges pour les randonneurs. Nos visites du piémont, traversé de temps à autres par l’ours, auront une fois encore appuyé le fait, si cela était encore nécessaire, que les caractéristiques physiques de la montagne pyrénéenne sont très favorables à l’ours. Nos séjours répétés en Slovénie et en Asturies permettent des comparaisons très instructives sur le sujet. La visite au printemps d’un site fréquenté par l’ours Balou -malheureusement au coeur de l’actualité aujourd’hui- dans le secteur de Foix, a été également très éclairante. L’ours a bien sa place dans le piémont.

Bien entendu, un travail d’information conséquent reste à faire à ce sujet.
Nos actions disposaient donc d’objectifs clairement définis :

  • L’écoute des gens,
  • Le recueil du ressenti des personnes présentes, même temporairement, dans les Pyrénées, grâce, notamment, à une enquête d’opinion,
  • La communication,
  • Les échanges,
  • La large diffusion de plaquettes et d’outils éducatifs
  • La prise en considération des craintes éventuelles afin d’apporter des réponses lorsque cela nous était possible ou d’en prendre note afin de réfléchir à des solutions envisageables,
  • La recherche des personnes et institutions qui souhaiteraient travailler à une bonne acceptation de l’ours.

La démarche adoptée vise à sortir des polémiques incessantes et infructueuses causées par les réintroductions ursines, générées par une frange de la population numériquement peu importante. Pour que chacun puisse s’exprimer sur la question, rétablir la communication est une composante indispensable. Les documents distribués permettront à tous de se forger une première opinion indépendante et inciteront les plus intéressés à des recherches plus approfondies sur le sujet.

L’accueil

Nous avons bénéficié d’un accueil très favorable dans toutes les vallées que nous avons visitées sauf quelques rarissimes exceptions. Nous avons été chaleureusement reçus et félicités pour l’action menée. Les gens paraissent très en demande d’informations objectives concernant la question de l’ours. Ils sont ravis de pouvoir s’exprimer librement, quelle que soit leur opinion et de sortir de la polémique stérile habituelle.

La grande majorité des individus rencontrés est favorable au retour de l’ours dans les Pyrénées «L’ours était là avant nous, il doit rester» a-t-on coutume d’entendre. Bien entendu, un certain nombre d’interrogations et d’inquiétudes s’expriment aussi. Nous les prenons systématiquement en considération afin d’y apporter les réponses et solutions nécessaires.

Chaque semaine apporte son lot de soutiens : propositions de bénévolat, de logement pour de futures actions, des dons …

Nombreux sont ceux qui désapprouvent la médiatisation importante des questions concomitantes à l’ours. Ils regrettent également la superficialité des sujets dénués de toute véritable source d’information. Nous avons été étonnés de constater que bon nombre de personnes découvraient pour la première fois les documents que nous leur avons remis. De fait, la connaissance du plantigrade et de ses particularités s’avèrent relativement superficielle. La demande et la nécessité d’informations auront donc été des constantes importantes de cette première session « Parole d’ours ». Les personnes abordées semblaient satisfaites de se voir remettre des documents objectifs concernant l’animal.

Le vent de la désinformation

Nos pérégrinations estivales nous auront montré, une fois de plus, combien la désinformation opérée par les groupes des radicaux opposés au retour de l’ours, notamment depuis 2006, a pu induire un trouble important dans l’esprit de nombreuses personnes. Bon nombre de gens affirment des choses dénuées de toute objectivité. La Slovénie, que quasiment personne ne connaît, est présentée comme une plaine forestière sans habitant dans laquelle les ours seraient nourris et presque domestiqués ce qui les rendrait, bien entendu, inadaptés aux Pyrénées ! Et pourtant, les plantigrades slovènes proviennent d’une entité géographique composée d’un karst boisé culminant à 1 800 mètres. C’est dire si les particularités physiques du milieu sont bien éloignées des chimères collectives. Le relief est chaotique (gouffres, blocs de pierre en équilibre, profondes gorges …) et montagnard.

Quant aux caractéristiques anthropiques slovènes, rien à voir avec le désert qu’on imagine ! En 1991, la densité moyenne dans les zones à ours était de 22 habitants au km2 (source : B. Kryštufek, B. Flasjšman et H. I. Griffiths, 2003, Living with bears, large european carnivore in Shrinking word, LDS, Ljubljana, 368 p.) ce qui représente une densité largement supérieure à bien des vallées pyrénéennes. Les activités qu’y mènent les hommes présentent des similarités importantes avec celles qu’on trouve sur le massif pyrénéen. Quelques différences existent cependant, notamment en ce qui concerne les activités liées à la chasse.

De la même manière, nous avons fréquemment entendu que l’ours n’aurait pas sa place en piémont. Pourtant, est -il nécessaire de rappeler que l’ours n’est pas un animal montagnard et qu’il s’agit avant tout d’une espèce forestière ? Les moeurs des ours en Asturies démontrent que, contrairement aux idées reçues, l’ours d’origine slovène (de même espèce que l’ours de lignée pyrénéenne) n’a pas la primeur des escapades à basses altitudes. Des ours descendent chaque année au mois de mai manger les premières cerises à 400 mètres d’altitude et à 6 kilomètres à vol d’oiseau d’Oviedo, capitale des Asturies et agglomération de 270 000 habitants. Mieux, des ours recolonisent des vallées autrefois occupées par l’espèce. Certaines tanières sont situées à 400 mètres d’altitude, à moins de 2 kilomètres de villages dont les ours fréquentent les abords immédiats (renseignements collectés sur le terrain lors de nos deux séjours de l’hiver et du printemps 2008, à l’invitation de l’association FAPAS).

Par ailleurs, de nombreux récits pyrénéens attestent aussi des échappées que s’octroyaient les plantigrades autochtones. L’ouvrage d’Etienne LAMAZOU (L’ours et les brebis), berger transhumant du siècle dernier en vallée d’Aspe, s’avère très inst ructif. Page 191, il écrit : «Des voisins du village se rendaient un jour dans un champ pas très éloigné du bourg, pour aller voir du bétail. Ils avaient pris par un chemin de traverse qui faisait un raccourci et voilà qu’au beau milieu, ils tombèrent nez à nez avec une ourse accompagnée de son ourson. Croyant sans doute son petit en danger, l’ourse se dressa sur ses pattes de derrière, et resta là, au milieu du chemin. Ne tenant pas à expérimenter les effets de sa colère, les villageois n’eurent plus qu’à faire demi-tour, et trouver une autre voie pour aller visiter leurs bêtes. Je n’ai jamais entendu parler d’un ours s’attaquant à l’homme, mais quand on se trouve en face de ce paquet de chair et de muscles, et que de surcroît c’est une mère qui défend son petit, il vaut mieux lui tourner le dos que vouloir forcer le passage !»

La corrélation entre la désinformation et l’accroissement de la peur du plantigrade est indéniable. Un certain nombre de personnes nous confie craindre d’ «aller aux cèpes» ou de se promener dans la forêt depuis les derniers lâchers d’ours. Néanmoins, nous constatons que la crainte de l’ours est très variable et repose sur une méconnaissance des moeurs de l’animal. Il arrive souvent que quelques renseignements soient suffisants pour permettre aux gens de se défaire de ces appréhensions infondées. Il faut se rendre compte que l’extrême majorité des gens n’a pas vécu quotidiennement avec l’ours. Il s’est écoulé plusieurs générations depuis la fin d’une population d’ours digne de ce nom. Comme un restaurateur originaire de Foix nous le confiait : «il faut réapprendre à vivre avec l’ours».

A titre d’exemple, un autre passage du livre de LAMAZOU est très évocateur et ne nécessite aucun commentaire supplémentaire. En 1947, l’épouse du berger ainsi que son fils étaient occupés à «faner du regain» dans une prairie. «Et ils virent», explique-t-il, «au beau milieu de la journée un ours magnifique tranquillement installé à l’orée d’un bois, à moins de cent cinquante mètres de l’endroit où ils travaillaient, en train de ratisser avec ses griffes un buisson de myrtilles». Pendant toute la journée, son fils et sa femme ont donc travaillé à proximité de l’animal sans chercher à le faire fuir et sans que lui ne tente quoi que ce soit à leur encontre. Il ajoute : «ce ne fut que le soir que mon fils, amusé par cette compagnie et voulant admirer le fauve de plus près encore, s’approcha de lui en faisant un grand détour pour ne pas être aperçu. Mais là, l’ours s’enfuit à toute vitesse, ne souhaitant sans doute pas de contact rapproché avec l’homme, même sous l’aspect d’un jeune garçon qui n’avait rien de terrible à côté de sa montagne de muscles».

Bien entendu, il est naturel et sain de nourrir un certain nombre de craintes face à l’animal sauvage, a fortiori lorsqu’il s’agit d’une espèce située également au sommet de la chaine trophique, mais il convient de ne pas sombrer dans une peur obscurantiste et dénuée de toute objectivité. Les accidents liés à des animaux sauvages sont numériquement peu importants. Par ailleurs, notons que le dernier incident enregistré entre un homme et un animal dans les Pyrénées concerne un enfant encorné par une vache au plateau de Beille au mois d’août.

Les groupes radicaux n’ont pas de base populaire solide

C’est un enseignement assez inattendu de notre travail. Si les groupes radicaux de l’ADDIP (Association pour le Développement Durable et l’Identité des Pyrénées) font beaucoup parler d’eux et sont soutenus par de hautes autorités politiques départementales et les syndicats agricoles, ils n’ont pas de base populaire dans la société pyrénéenne. Ils ne regroupent que certains éleveurs et leurs proches. La violence de ces groupes déplaît fortement à une très grande majorité des personnes rencontrées.

La présence de l’ours

Le travail que nous avons effectué durant près de trois mois l’atteste : l’ours est omniprésent. Il l’est dans les esprits et les coeurs mais aussi dans la toponymie … Son image est utilisée partout. On comprend aisément combien l’existence des dix-sept à vingt-trois ours sauvages dans les montagnes perpétue une image positive pour le massif et combien elle est utilisée parfois à plus ou moins bon escient. Pour continuer de profiter de la manne apportée par l’ours à de nombreux points de vue et confirmée par l’utilisation fréquente de son image, il est évident qu’il faudra que les Pyrénées adoptent une position cohérente en acceptant et en assurant le retour du plantigrade sur le massif. L’un ne peut durablement aller sans l’autre.

Par ailleurs, nous avons été extrêmement surpris et même choqués par l’occultation de l’ours menée en Ariège, du moins dans les sites gérés par le Conseil Général. Pour certains, ce sont des lieux historiques, appartenant à la mémoire collective de tous. Comment est -il acceptable que l’histoire soit ainsi détournée ? Quel crédit accorder à un département qui se permet de modifier des faits passés à sa guise ? Est -ce raisonnable d’en arriver à de telles proportions ? Encore une fois, cela ne fait qu’exprimer la démesure du conflit alimenté par l’ours, la cristallisation des tensions dont il n’est en rien responsable mais dont il a été le formidable canalisateur. Il serait pourtant indispensable de travailler sur les problèmes fondamentaux que supportent les Pyrénées afin d’aller dans le sens de démarches constructives, indispensables pour l’avenir du massif.

Quelques échos de rencontres impromptues …

«Parole d’ours» nous aura permis, au hasard de nos pérégrinations, de rencontrer des gens plus ou moins impliqués par le retour amorcé de l’ours dans les Pyrénées et de recueillir des témoignages intéressants.

C’est ainsi que des chasseurs nous ont indiqué être favorables au principe de réserves destinées à la tranquillité des ours pendant l’automne, période critique pour leur alimentation avant l’entrée en tanière. Nous avons également collecté de nombreux témoignages de dégâts aux troupeaux, parfois très importants, dus aux chiens. La connaissance de ces attaques reste confinée aux personnes concernées et à leur entourage proche, comme si un voile pudique était posé sur cette question.

Un certain nombre de personnes favorables au retour de l’ours nous disent qu’ils le sont moins ou ne le sont plus si des conditions correctes ne sont pas offertes à ces animaux. Ils visent là les cas de tirs sur les ours et les deux collisions avec des véhicules (Franska en août 2007 et l’ours percuté par un minibus à Mérens le 14 août dernier).

« PAROLE D’OURS », un programme à poursuivre

Les résultats obtenus, très encourageants, nous confortent dans l’idée que «Parole d’Ours» est utile et qu’il doit être reconduit dans les années à venir. Bien entendu, les actions menées durant cette première session, satisfaisante à de nombreux points de vue, se verront complétées par d’autres. Les idées ne manquent pas et nous sommes persuadés que la session «Parole d’Ours» 2009 sera encore plus riche et plus complète …

Brève présentation des expectatives pour 2009 …

Nous souhaitons que «Parole d’Ours» dispose d’autres volets qui viendront s’ajouter à ceux déjà institués. Il nous paraît important de rétablir le lien entre l’histoire de l’homme et celle de l’ours dans les Pyrénées. Leur cohabitation dans les montagnes durant des siècles, les particularités des sociétés rurales montagnardes, celles du plantigrade ont permis l’essor de traditions séculaires, d’histoires et de légendes, de fêtes populaires qui rendent ces «Pyrénées mystérieuses» incroyablement riches et attractives. Ce sont ces récits, ces témoignages des temps passés que nous aimerions pouvoir faire partager. Nous pensons que le fait de rétablir ce lien peut aussi permettre de rendre toute sa place au «Seigneur des Montagnes», comme on avait coutume ici d’appeler le plantigrade.

Nous souhaitons également élargir nos outils de communication grâce à des soirées thématiques … Bien d’autres idées sont actuellement à l’étude.

Forts de l’expérience menée, nous avons aussi tiré bon nombre d’autres enseignements qui nous permettront, nous l’espérons, d’asseoir «Parole d’Ours» dans la durée et de développer son impact.

O_tout_l_oursFerus s’engage, au travers des actions menées en faveur des grands prédateurs, à la restauration d’une biodiversité digne de ce nom. Ne nous trompons pas, le retour et le maintien de l’ours dans les Pyrénées n’a rien d’accessoire. Nous pensons même au contraire qu’il est primordial. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation écologiquement très préoccupante due à un archétype sociétal, à des modes de vie dont l’empreinte est trop lourde à supporter pour les milieux.

Nous savons bien que les choses ne pourront se perpétuer en l’état. Nous savons aussi, mais il semble nécessaire de le rappeler, que nous sommes liés intrinsèquement à cette nature que nous détruisons, qu’en rompant toujours plus sa stabilité fragile et précarisée, ce sont nos propres chances de survie que nous sabordons.

La place du sauvage est un symbole. Il nous faut accepter de cohabiter avec. Nous ne pouvons continuer à adopter cette vision purement utilitariste des milieux. Nous ne pouvons continuer à spolier la quasi-totalité des espaces géographiques en refusant de les partager avec les autres espèces dont la pérennité est liée à la nôtre. Ne confondons pas, nous ne souhaitons en aucun cas revenir à l’âge des cavernes, bien au contraire. Nous ambitionnons de nous inscrire dans une démarche consistant à opérer un virage nécessaire qui s’oriente dans le sens véritable du progrès.

N’omettons pas non plus de rappeler le fonctionnement systémique du monde. Le déséquilibre d’un des maillons qui le constitue a des répercussions globales insoupçonnées. De ce point de vue, chaque espèce a sa place et sa nécessité. La reconstitution d’une chaine trophique la plus complète possible vise à participer à la restauration d’un équilibre déjà bien ébranlé dont nous ressentons tous les violentes premières secousses.

« Parole d’Ours » s’engage à travailler dans le sens d’une réconciliation, certes difficile, mais ô combien indispensable, entre l’homme et l’ours car au travers de cette thématique, se cachent des enjeux fondamentaux pour tous. Il ne s’agit en aucun cas de desseins utopiques mais bien d’une prise de conscience urgente et nécessaire.

Nous espérons vivement que l’ours pourra bénéficier des conditions et de la tranquillité nécessaires à sa survie dans un massif où il a indéniablement toute sa place.

«Il semblerait, d’après ce que disent les spécialistes qu’il ne reste plus assez d’ours pour assurer la reproduction saine de l’espèce. Même si j’ai versé comme tous les bergers un lourd tribut au seigneur de nos montagnes, je suis le premier à le regretter, car il en faisait intégralement partie, et sans lui, elle ne sera plus jamais tout à fait la même

E. LAMAZOU, berger transhumant de 1913 à 1969 en vallée d’Aspe
(Source : E. LAMAZOU, 1988. L’ours et les brebis, Petite bibliothèque Payot, 203 p.)

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Contactez PAROLE D’OURSFERUS

Sabine MATRAIRE, coordonnatrice ours de FERUS, 06 71 89 62 62
Stéphan CARBONNAUX, chargé de mission ours de FERUS, 06 63 15 52 85

08 septembre 2008

Tir de l'ours Balou en Ariège : FERUS porte plainte

Ferus avait mis en garde les autorités

L’ours Balou a été blessé par un chasseur, nous espérons bien sûr qu’il s’en remettra. Qu’on ne s’y trompe pas, ce triste événement est tout sauf un malheureux concours de circonstances.

Après la mort de Cannelle, puis celle de Franska, Ferus avait averti solennellement les pouvoirs publics : puisque les forêts pyrénéennes ne disposent pas de parcs nationaux ou de réserves dignes de ce nom, il convient au minimum d’encadrer les activités les plus perturbantes pour les ours, dont la chasse en battue, et de sanctionner ceux qui les tuent ou même les dérangent volontairement.

Ferus renouvelle toutes ses demandes, que l’affaire Balou rend encore plus pressantes. Il faut d’abord voter une loi qui réprime les tentatives de destruction d’espèce protégée, et qui de plus sanctionne sévèrement les perturbations intentionnelles. Nous allons porter plainte dans cette affaire mais, et c’est un comble, le tireur ne semble pas risquer gros si l’ours n’est que blessé.

Il faut ensuite cesser d’absoudre ceux qui tuent des ours et qui s’en sortent devant des tribunaux peu au fait des réalités de la nature et du monde de la chasse. Nous avions dit au gouvernement que renoncer à faire appel de l’acquittement du tueur de Cannelle, c’était délivrer un permis de chasse à l’ours. Cela n’a pas traîné, et peu importent les détails que nous ne connaissons pas tous à ce jour. Que les chasseurs aient organisé une battue alors que la présence de l’ours était connue serait une circonstance aggravante mais les chasseurs ne sont pas censés être avertis de la présence de chaque représentant de toutes les espèces protégées de France. Leurs dirigeants disent partout que les chasseurs doivent identifier avant de tirer, et dans le doute s’abstenir. L’expression "tir d’instinct" est scandaleuse, elle fait froid dans le dos si l’on songe aux risques d’accident avec des promeneurs. La seule attitude correcte pour un chasseur surpris, c’est de ne pas tirer.

Il faut enfin rétablir des espaces de tranquillité là où les femelles ont l’habitude d’élever leurs jeunes et de passer l’hiver, en interdisant dans ces espaces la chasse en battue avec des chiens courants en automne, avant l’entrée dans les tanières.

Si par malheur Balou ne devait pas survivre, Ferus réclamerait, conformément au programme qu’il a adopté avec ses partenaires associatifs et remis à Nathalie Kosciuzko-Morizet, son remplacement par deux animaux reproducteurs. Et de toute manière Ferus confirme sa demande d’un programme de soutien régulier des populations d’ours pendant des années, jusqu’à ce qu’elles aient atteint le seuil critique qui leur permettra de surmonter ces aléas malheureux.

07 septembre 2008

Symposium "Lynx : le grand retour”

Symposium international les 17, 18 et 19 octobre 2008
Muséum - 45000 ORLEANS - FRANCE

Organisé par FERUS et Loiret Nature Environnement

Le Muséum, FERUS et Loiret Nature Environnement organisent les 17, 18 et 19 octobre 2008, un symposium international, sur un autre grand prédateur de nos forêts, intitulé «Lynx, le grand retour».

Le Muséum d’Orléans attache une grande importance au devenir de la faune sauvage et à la conservation des grands carnivores. Ainsi, depuis 2003, a-t-il présenté une série d’expositions sur le thème des canidés, des félidés et des ursidés sauvages et, pour couronner ces manifestations muséographiques d’ampleur nationale, il a organisé, en 2004, sous l’égide de l’association FERUS et de Nature-Centre, un colloque international sur les grands prédateurs «La cohabitation hommes - grands prédateurs en France».

Lors du symposium "Lynx, le grand retour", les communications concerneront essentiellement le lynx boréal, réintroduit avec succès en France et en Suisse, depuis plus d’un quart de siècle mais aussi d’autres espèces comme le lynx pardelle, félin endémique de la péninsule ibérique, menacé d’extinction.

Symposium Lynx le grand retour Orléans 17, 18 et 19 octobre 2008Pour présenter l’évolution de la répartition, l’écologie et l’éthologie des lynx de France et d’ailleurs mais, également, les relations «homme-grands carnivores» chères aux préoccupations de FERUS, les organisateurs du symposium donneront la parole à des scientifiques de renommée internationale : Miguel DELIBES, Urs BREITENMOSER, Eric MARBOUTIN, Jean-Claude GENOT et à des naturalistes de terrain qui étudient le lynx depuis près de vingt ans. Le programme détaillé, comportant les communications et les intervenants, est en cours d’élaboration et sera diffusé ultérieurement.

Ce symposium est ouvert aux scientifiques, aux naturalistes et à tous les amoureux des grands prédateurs. Pendant la période du symposium, des manifestations destinées au grand public et une exposition sur les lynx du monde seront présentées dans les salles du Muséum.

En prévision du grand retour du lynx dans les forêts de plaines du Centre, les organisateurs ont souhaité sensibiliser et préparer les acteurs et les gestionnaires de nos espaces forestiers, pour accueillir ce carnivore prestigieux, réintroduit dans l’Est de la France depuis plus de vingt ans…

Ce symposium sera aussi l’occasion d’évoquer les problématiques de la gestion des grands carnivores, de s’enrichir de l’expérience des pays étrangers et, par delà, échanger les points de vue sur la nécessité de protéger les grands prédateurs sur le territoire français.

Jacques BAILLON

Vendredi 17 octobre

Soirée gratuite tout public

18h00 Discours introductif et inauguration des expositions par Philipe Guillet, Directeur du Muséum

  • « Le tour du monde des Lynx »  Présentation de spécimens naturalisés de lynx du monde
  • « Objectif Lynx » Exposition de photographies de Lynx de France et d’ailleurs
    Photographies de : Philippe Garguil, Louis-Marie Préau, Stéphan Bonneau… (liste non exhaustive)
  • Scullpture de Lynx de Jean Lemonnier, Sculpteur - Peintre de la Marine
  • Posters scientifiques « Dernières nouvelles du Lynx en Europe »
  • Exposition itinérante « Le retour du Lynx dans le Jura » de Patrice Raydelet Président du « Pôle Grands Prédateurs Jura », auteur de « Lynx » (Editions Aéropage) et « Le lynx boréal» (Delachaux et Nietslé)

19h00 Dîner libre
20h30 Projection du film de Loïc Coat « Vivre lynx dans le Jura » (2000)
21h30 Conférence-Débat sur le Lynx en France «L'image du lynx à travers les siècles : de la créature fabuleuse au fantôme de nos forêts » par Patrice Raydelett, Président du Pôle Grands Prédateurs Jura, Correspondant du Réseau Lynx pour le Jura

SAMEDI 18 OCTOBRE

08h30 Ouverture des Inscriptions
09h30 Discours inaugural, Serge GROUARD, Maire d’Orléans
Un représentant de la DNP (MEEDDAT)
Président de séance : Gilbert SIMON - Vice-président de Ferus et du WWF France, ancien Directeur de la Protection de la Nature au ministère de l’Environnement
09h15 Origine et évolution du genre Lynx, par Agnès TESTU, paléontologue, Chercheur au Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel
09h50 Historique, par Cécile CALLOU archéologue, archéozoologue, Docteur en archéozoologie de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. MNHN
10h25 Pause café

Président de séance : Miguel Delibès de Castro - Docteur en Sciences biologiques de l’Université de Madrid, Président du Conseil Supérieur des Recherches Scientifiques (CSIC). Station biologique de Donana (Espagne)
10h45 Bilan de la réintroduction du Lynx en France, par Gilbert SIMON, Vice-président de FERUS
11h20 Statut et évolution du Lynx en France, par Eric MARBOUTIN, Coordinateur des études Loup et Lynx de l’ONCFS
11h55 La progression discrète du Lynx en France. Bilan actuel, par Mathieu KRAMMER, Administrateur et coordinateur Lynx de Ferus
12h30 Déjeuner

Président de séance : Eladio Fernandez GALIIANO - Chef de la Division du Patrimoine Naturel et de la Diversité Biologique du Conseil de l'Europe
14h15 Eco-éthologie du Lynx dans les Vosges, par Loïc COAT, écoéthologue et cinéaste animalier
14h50 Evolution et écologie du Lynx en Suisse, par Urs BREITENMOSER, Directeur du KORA (Suisse), président du groupe des spécialistes
des félins de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)
15h25 Statut et évolution du Lynx pardelle dans la péninsule ibérique, par Miguel DELIBÈS DE CASTRO, Docteur en Sciences biologiques
16h00 Pause café

Président de séance : François LETOURNEUX - Président du comité français de l’UICN, ancien Directeur de la Protection de la Nature au ministère de l’Environnement
16h25 Status and eco-ethology of the Lynx in Dinaric Mountains (Slovenia), par Miha KROFEL, biologiste (Université de Ljubiana, Slovénie)
17h00 Historique, situation et perspectives d’avenir du Lynx en Italie, par Franco TASSI, Directeur du Centre d’Etudes Ecologiques des Apennins,
responsable du Comité Parcs (Comitato Parchi Italia), ancien directeur du Parc National des Abruzzes et ancien président du Groupe Lynx Italie.
17h35 Présentation orale des posters scientifiques « Dernières nouvelles du Lynx en Eurrope » par leurs auteurs et René ROSOUX, Directeur Scientifique du Muséum
Dédicaces par les auteurs présents (liste non exhaustive) :
Jean-Paul THÉVENIN dédicacera son dernier ouvrage : « Traces de vie, balades d’un naturaliste » (Ed. GRANVAUX)
Jean-Claude GENOT dédicacera son dernier ouvrage « Vivre avec le Lynx » (Ed. HESSSSE)
19h15 Réception Hôtel de Ville d’Orléans
20h30 Dîner et soirée fesstive au Muséum

DIMANCHE 19 OCTOBRE

Président de séance : Jacques TROUVILLIEZ - Directeur du Service du Patrimoine Naturel, MNHN
09h00 Chronique d’une réintroduction, par Pierre ATHANAZE, Président de l'ASPAS et Président d’Action-nature
09h35 Vivre avec le Lynx ou comment accepter le sauvage, par Jean-Claude GENOT, Chargé de la protection de la nature au Parc naturel régional des Vosges du Nord, auteur de « Vivre avec le Lynx » et
« Raconte le Lynx » (éditions HESSE)
10h10 Présentation et 1er bilan du programme Life sur le Lynx pardelle en Espagne, par Miguel A. SIMON, coordinateur du programme Life de réintroduction du Lynx ibérique, Consejería de Medio
Ambiente, Andalousie (Espagne)
10h45 Pause café

Président de séance : Représentant du MEEDDAT (sous réserve)
11h00 The Lynx in fragmented landscapes - The case of Germany, par Mathias HERRMANN, Biologiste, Cabinet d’études ÖKOLOG
11h35 Les politiques publiques en faveur de la population de Lynx en France, mesures de protection et compensatoires,
par Nathalie LACOUR, sous-direction de la chasse, de la faune et de la flore sauvages, Direction de la Nature et des Paysages (MEEDDAT)
12h10 Perspectives géopolitiques du retour du Lynx et des grands prédateurs en France : connexions, similitudes et spécificités, par Farid BENHAMMOU, Géographe, Docteur en Sciences
de l’Environnement - Auteur de « Vivre avec l’ours » (éditions Hesse), « L’ours des Pyrénées, les 4 vérités » (Editions Privat)
13h00 Déjeuner libre

Informations pratiques

Inscription symposium (samedi et dimanche) :

  • tarif normal : 15 €
  • tarif réduit (étudiants, demandeurs d’emploi, adhérents Ferus et LNE, sur justificatif) : 10 €
  • Déjeuner Samedi* (au Café du Théâtre) : 16 €
  • Dîner et soirée festive Samedi* (au Muséum) : 20 €
  • Actes du symposium (les actes vous serons adressés par voie postale dès parution) :  10 €

* Les inscriptions au déjeuner et dîner du samedi (en option) doivent impérativement être faites avant le 15 septembre. Pour les autres repas et l’hébergement, de nombreux restaurants et hôtels sont disponibles à proximité du Muséum

Pour tout renseignement : symposium-lynx@orange.fr
www.ours-loup-lynx.info rubrique symposium

08 juillet 2008

Carte postale de Slovénie à deux chasseurs de talibans

Par Stéphan Carbonnaux

Stephan CarbonnauxEn septembre 2007, j’ai écrit un texte en réponse à un article du berger Joseph Paroix, «Le renforcement de la désespérance» publié dans Laborari, journal d’E.L.B., la Confédération paysanne du Pays Basque. Mon texte, «Chacun a ses propres raisons d’exister», est paru sur le blog La Buvette des Alpages.

Il aurait pu paraître, avec celui de Joseph Paroix, dans L’Agulhada, le journal de la Confédération paysanne du Béarn, si ses responsables avaient le goût de la contradiction. Manifestement, ils ne l’ont pas et on m’a expliqué que mon texte ne serait pas publié pour ne pas gêner Julien Lassalle, que je citais, frère de Jean, le gréviste de la faim que l’on sait. J’en profite une nouvelle fois pour remercier Baudouin de Menten, créateur et rédacteur de La Buvette des Alpages, le seul qui a pris le texte de J. Paroix puis le mien, preuve s’il en fallait encore une que les ours belges, eux, savent créer des débats dans les Pyrénées.

Ce mois de mai 2008, Baudouin de Menten me prévient qu’un texte a été écrit par Bruno Besche-Commenge et publié dans L’Echo du Grand Charnier (tout un programme !) en réaction à mon texte de l’automne. Au mois d’octobre dernier, j’ai été justement embauché par Ferus comme chargé de mission "ours" (et non pas par «Ferus + A.D.E.T. + W.W.F.» comme il est avancé) et nous avons bien compris que mon travail au sein de l’association justifiait la charge de nos adversaires.

Stéphan Carbonnaux : Carte postale de Slovénie à deux chasseurs de talibansLe Grand Charnier est un site d’ultrapastoraux alpins qui bourrent leurs pages de clichés sanguinolents de bêtes domestiques et sauvages tuées par des loups. Tout récemment, ils donnent même à voir une image rarissime de la jambe d’un homme attaqué par un ours… blanc. J’en connais un autre, lui dans la médecine par les plantes, qui vous envoie ces photos de pauvres gens attaqués par les ours avec des commentaires hallucinants. Un jour, j’ai eu l’idée de lui envoyer des clichés de personnes écrabouillées sous les bombes de l’O.T.A.N. en Serbie (j’ai un ouvrage édifiant sur le sujet) en lui recommandant de concentrer ses efforts sur une espèce plus agressive que l’ours pour nous autres. Je le ferai un de ces quatre en lui conseillant des tisanes apaisantes.

M. Bruno Besche-Commenge, d’après Louis Dollo (lui, c’est la nouvelle Marianne Bernard [1]), est un ex-enseignant de l’Institut de linguistique et de dialectique de Toulouse, par ailleurs «spécialiste de l’histoire des techniques agrospastorales».

Il est en quelque sorte une ressource intellectuelle des groupes ultrapastoraux. Depuis des mois, j’ai lu de nombreux textes de M. Besche-Commenge qui renseignent fort bien sur les obsessions de la nébuleuse ultrapastorale. Oh, c’est pas X-Files tout de même, leur complot remonte chez eux au Plan agricole européen Mansholt des années 70, sans petits gris - pas les escargots, ceux de Roswell - mais avec de vrais méchants : les Talibans ! Besche-Commenge et ses amis, c’est Massoud dans le Panshir contre les vilains Talibans de l’écologie qui régissent les villes et s’apprêtent à fondre sur la montagne pour la conquérir.

Dénoncés comme une lèpre gauchiste par la droite d’affaires dans les années 70, suspectés de fascisme par les gauchistes dans les années 90, les écologistes naturalistes seraient devenus des Talibans. Chacun appréciera la portée dialectique d’une telle dénonciation. Si M. Besche-Commenge n’était pas à la retraite, je pourrais lui lancer : «C’est un peu court, jeune homme !» La correction et la bienséance me l’interdisent.

Maintenant, venons-en au fond du débat que M. Besche-Commenge n’aborde pas, lui préférant des pirouettes dialectiques. À la racine de tout, il y a justement la nature que M. Besche-Commenge et moi ne voyons ni ne sentons de la même manière. Quand j’adhère à la définition de Robert Hainard pour qui la nature est ce que nous n’avons pas créé et que nous ne contrôlons pas, M. Besche-Commenge nous parle de « la biodiversité à visage humain », très rarement de la nature elle-même. Sous nos latitudes, la forêt primaire est l’expression évidente de la nature, pour MM. Paroix et Besche-Commenge, c’est l’estive, la prairie de fauche qui sont la vraie nature. Je suis heureux de voir la forêt reprendre la place autrefois perdue dans les Pyrénées, nos adversaires invoquent un pays qui se meurt sous les broussailles.

Et puis, à côté de cette nature, il y a la civilisation, la société humaine qui a toujours existé (l’état de nature est un mythe), même quand les hommes vivaient aux temps préhistoriques. Le drame, c’est qu’Homo sapiens a envahi la quasi-totalité de l’espace à son profit, en éliminant quantité de magnifiques formes de vie qui n’ont pas demandé plus que lui à vivre sur Terre. C’est ainsi que la faune européenne s’est appauvrie assez récemment à l’échelle historique : chevaux sauvages, aurochs, bisons, grands prédateurs, rapaces, etc. ont disparu ou se sont considérablement raréfiés. Je ne vois pas en quoi cette évolution est positive. Je ne vois pas en quoi nous devrions aduler chèvres et moutons, qui associés au feu et à la hache suffisent à anéantir d’immenses écosystèmes.

Quand j’évoque le retour par libre évolution à une nature qui sur de grands espaces se rapprocherait de ce que nos ancêtres ont connu voici des siècles ou des millénaires, c’est par désir partagé avec un nombre sans cesse croissant de personnes, de rétablir un équilibre entre une nature aujourd’hui étriquée, souvent misérable (il faut aller en Slovénie, en Roumanie, en Pologne, en Biélorussie pour trouver de vraies forêts), et une civilisation urbaine ou rurale envahissante. L’allusion au projet des ingénieurs forestiers roumains, que M. Besche-Commenge enfermerait sans doute s’il le pouvait dans les anciens asiles d’aliénés de feu Ceaucescu, n’est qu’une illustration. Le projet du groupe "Forêts sauvages" (une talibanerie d’un nouveau genre!), que j’ai récemment rejoint, en est une autre. Dans tous les cas, il s’agit de laisser faire la nature, quitte parfois à lui donner un coup de pouce en réintroduisant une espèce, ce qui constitue évidemment une subversion des valeurs de contrôle et de domestication défendues par M. Besche-Commenge et ses amis.

Je comprends que notre amour de la nature vienne troubler les ultrapastoraux désireux de conserver une «biodiversité à visage humain». C’est si rassurant de vivre avec ses semblables, avec des animaux domestiques, d’exclure tout ce qui est par trop sauvage, d’évoluer dans un paysage où chaque élément porte la marque de l’homme, où même la nuit des cloches viennent vous rappeler que la civilisation est toute proche. Seul dans la nature, couché la nuit à la belle étoile dans la forêt, parfois habitée d’ours, de loups et de lynx, j’ai connu ce désir d’être entouré par un univers familier, quand l’orage ou le grand vent viennent sur vous. C’est si humain ! Mais un désir plus fort l’emporte et je me réveillerai une nouvelle fois changé par cette expérience extraordinaire. Pouvoir vivre un jour ou plus dans une nature sans trace de l’homme, la plus riche possible, en prenant bien sûr quelques risques assumés, n’est-ce pas un retour à la normale ? M. Besche-Commenge, lui, se moque et me, nous range dans la catégorie simpliste des illuminés. Monsieur le dialecticien, prenez garde, les "illuminés" se multiplient ! 

Enfin, puisqu’il a une pensée affectueuse pour des enfants que j’aurais peut-être un jour, s’ils contractaient l’appendicite ou je ne sais quoi encore, je les ferai soigner comme les hommes le font depuis l’aube des temps.

Quel curieux fantasme de croire que l’existence à notre époque d’une nature primaire peuplée d’ours, de bisons, de loups, d’aigles, d’élans et de mille et une autres formes de vie, au sein de vastes forêts, entraînerait ipso facto la mort des enfants malades ! Dois-je lui apprendre que l’Europe balkanique a encore abrité des lions (et sans doute des tigres) après Jésus-Christ, quand les hommes avaient développé depuis des millénaires déjà des techniques de chirurgie très perfectionnées. Il y a mieux ! Autour de l’an 1 000, dans certaines steppes d’Asie centrale, cohabitaient des tigres, d’ultimes lions, des esturgeons centenaires longs de dix mètres et d’une masse de deux tonnes, des descendants des daims géants à large ramure, des rhinocéros à fourrure et des… hommes modernes qui ne supportèrent pas les "gêneurs" et exploitèrent les autres jusqu’au dernier [2].

Quelle misère de penser que le développement des techniques ("rassurons" M. Besche-Commenge, je ne possède pas de voiture, ni grand-chose d’ailleurs) doit s’accompagner de la régression de la nature ! Jusqu’où faudra-t-il aller ? Jusqu’à ne plus vivre qu’avec des bactéries et des virus ? Le grand défi du siècle est justement de résoudre l’apparente contradiction entre avancée technologique et protection de la nature. Décidément, vous manquez d’imagination, M. Besche-Commenge, comme tous ceux qui craignent la nature, ses ombres et sa force.

Puis j’ai découvert mon texte (dans un document pdf) reproduit sur le site Pyrénées-Pireneus, avec un préambule bâclé et pour tout dire visqueux. Louis Dollo ne s’est même pas donné la peine d’une recherche sérieuse de mon pedigree, jette une bibliographie erronée et incomplète, se permet de douter de ma qualité de naturaliste (de quel droit ? pour sa gouverne, je suis passionné par l’observation de la nature depuis l’enfance et membre actif d’associations naturalistes et écologistes depuis 25 ans), juge mes interventions publiques d’un intérêt assez primaire (que dirais-je alors de ses textes : l’œuvre d’un primate peu évolué ?). Mais enfin, il m’a fait rire avec cette remarque : «Au lieu de chercher à convaincre et de trouver des points de convergence avec lui (J. Paroix), Stéphane Carbonnaux le "casse" comme un traître au Parti comme dans les heures de gloire du Parti Communiste de l’ex-URSS (pas que là d’ailleurs).»  Diantre, quelle culture politique !

Au terme de mon texte, M. Dollo confie ses observations. Elles confirment ce que j’ai écrit plus haut. Marianne Bernard défendait noste Jean Lassalle, le guide de pays tarbais a pris la relève et sanctionne les crimes et délits de lèse-majesté. Je ne résiste pas à l’envie de le citer tant c’est drôle : «La correction et la bienséance auraient commandé que nous nous passions de commentaires désobligeants.» Mon délit ? Avoir écrit : «… aux côtés de Julien Lassalle, frère de la Castafiore de Lourdios… » ! Pas une ligne d’observation sur les questions de fond soulevées par mon texte !

J’attends, nous attendons de vrais dialecticiens, des contradicteurs, pas des gens qui plaisantent avec la mort de nos enfants ou qui cirent les pompes des puissants.

Stéphan Carbonnaux (FERUS) : Carte postale de Slovénie à deux chasseurs de talibans"Carte postale" de Slovénie, juin 2007. Les versants sous les falaises étaient pâturés par des moutons jusqu’à la deuxième guerre mondiale. La plupart des habitants sont partis pour des raisons politiques, militaires et économiques. La forêt est revenue, peuplée d’ours, de loups, de lynx et de quantité d’autres espèces. Dieu que cette montagne est vivante ! Bons baisers de l’ancienne Yougoslavie.

Stéphan Carbonnaux, 10 juin 2008

[1] Marianne Bernard fut à la charnière des années 80 et 90 une journaliste qui soutenait mordicus tous les élus bouffeurs d’ours. Elle aimait tant les ours qu’elle les préférait dans un cul-de-basse-fosse à Saint-Lary, où elle avait créé l’association Les Amis des ours… Depuis sa disparition on attendait son remplaçant.

[2] Je cite ici un article remarquable d’Alain Sennepin, « Un tigre européen oublié », qu’on lira avec grand profit sur le site passionnant animé par Alain et Michel Sennepin. Encore des amis pour M. Besche-Commenge !

Avec l'aimable autorisation de Stephan Carbonnaux et de Ferus
Photo Stephan Carbonnaux - Illustration de f'Murrr dans "Eloge de la Pentitude"

25 juin 2008

Lauriane d’ESTE : La mort de Cannelle est un crime contre l’humanité

Lauriane d’ESTE dans l'éditorial de "la Gazette des grands prédateurs" n°28
Publication FERUS

Lauriane d'EsteLe procès Marquèze ne fut qu’une pitoyable parodie de justice. Marquèze, c’est le «courageux» chasseur qui a tué Cannelle. Cannelle ce n’était pas un grizzli, c’était une ourse de petite taille qui fréquentait ce territoire familier aux ourses suitées. Elle avait commis l’erreur de se promener avec son ourson dans une zone que les chasseurs considéraient à eux, pas aux ours.

Si j’étais Marquèze et sa clique j’aurai honte de ma lâcheté, de mes mensonges. Nous vivons des temps bien étranges. Dans les Pyrénées,on tue des ours, espèce protégée, sans craindre que la justice ne vous demande des comptes, hier Claude, Mellba et je ne voudrais pas alourdir la liste avec Franska et Palouma, victimes expiatoires de la vindicte locale.

Et pendant ce temps, à Paris, dans les aréopages dont le Grenelle de l’Environnement n’a été que l’épiphénomène médiatique on ne parle que de sauvegarde de la biodiversité et de préservation des espèces dans leurs biotopes. Schizophrénie, inconscience, qui protège-t-on, l’animal sauvage ou le chasseur-éleveur-piégeur, pourvu d’armes de mort ? Car s’il y a des espèces protégées il doit y avoir aussi des espaces protégés où les animaux peuvent en toute quiétude se déplacer sans la crainte de se retrouver face à un fusil.

En vérité, quelle nature voulons-nous donc ? Depuis le néolithique l’homme n’a eu de cesse d’éradiquer ce qui ne lui était d’aucun profit : il a conquis les territoires et éliminé l’animal sauvage. Si le loup est revenu, si l’ours s’est maintenu dans la montagne, si le lynx se cache au plus profond de la forêt, c’est qu’il y a encore quelques rares espaces sauvages…Laissons-les leur. Cette nature, l’homme du XXI° siècle a le droit de la rêver peuplée d’animaux sauvages dont il espère l’improbable rencontre car la nature n’appartient
ni aux éleveurs ni aux agriculteurs, elle est à tous, elle est patrimoine de l’humanité.

Cette Nature c’est aussi notre chance, notre billet de première classe pour l’avenir de l’humanité car sans elle, sans l’équilibre de ses écosystèmes auquel collaborent toutes les espèces vivantes d’un bout à l’autre de la chaîne de l’évolution, la vie de l’homme est en sursis.

Le poison et le fusil qui éradiquent loups, renards, oiseaux sont des armes qui en détruisant la vie, polluent la terre et les eaux et collaborent à plus ou moins brève échéance à la destruction de l’homme. Les crimes contre la Nature sont aussi des crimes contre l’humanité. La justice « impartiale » ferait bien d’y réfléchir.

Lauriane d’ESTE,
administratrice de Ferus
Chevalier de l’Ordre national du mérite

18 juin 2008

Parole d'Ours

Parole d’Ours"Parole d'ours", un programme de bénévolat associatif initié par l'association FERUS.

Le but de "Parole d'Ours" est de disposer d'un certain nombre de bénévoles qui circuleront dans les Pyrénées entre le 15 juin et le 15 septembre 2008 pour communiquer sur l’ours des Pyrénées.

Le public a répondu présent puisque le programme est déjà complet entre le 14 juin et le 10 août 2008.  Il reste encore quelques places pour des bénévoles entre le 10 août et le 12 septembre 2008.

Parole d'Ours, un programme associatif de communication sur l’ours dans les Pyrénées

FERUS : Dans les Pyrénées, les mois qui ont accompagné et suivi les nouveaux lâchers d’ours de 2006 nous ont permis de constater qu’il manquait cruellement de personnes sur le terrain pour informer les habitants, mais aussi les gens de passage.

  • FERUS estime important d’être présent sur le pavé pour expliquer le choix de la protection de l’ours dans les Pyrénées et sur la possible cohabitation.
  • FERUS pense aussi qu’il est nécessaire d’informer les randonneurs sur l’attitude à adopter lors d’une rencontre avec l’animal ou, bien plus probable, avec un troupeau gardé par des chiens patous.
  • FERUS propose un programme de bénévolat dans les Pyrénées dont les objectifs sont notamment de délivrer à la population locale et aux gens de passage une information éclairée sur l’ours mais aussi de recueillir le ressenti des personnes présentes même temporairement dans ces montagnes.

Du 15 juin au 15 septembre 2008, des bénévoles sont conviés pour prendre part à ce programme associatif PAROLE D’OURS afin de communiquer sur l’ours dans les Pyrénées.

Les actions programmées visent à :

  • Diffuser massivement ces outils (plaquettes ours FERUS, posters de la coordination CAP-Ours, plaquettes ours et chien patou DIREN, plaquettes Pays de l’Ours-ADET …) ;
  • Sonder les habitants et les gens de passage ;
  • Cerner et prendre en considération les éventuelles craintes ; y répondre ou en prendre note pour de futures recherches de solutions ;

Les bénévoles s’inscriront en fonction de leurs disponibilités ; l’engagement du bénévole devra être d’une semaine au minimum.

Tous les détails de Parole d'Ours se trouvent dans le dossier d’inscription à télécharger sur le site de Ferus ou en contactant Sabine MATRAIRE par mail ou par téléphone au 06 71 89 62 62

16 avril 2008

Le bilan mi parcours des associations Ferus, WWF, Pays de l'Ours-ADET

Les associations Ferus, WWF et Pays de l’Ours-ADET ont été entendus par les inspecteurs généraux que Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET avait mandatés pour établir un premier bilan (à mi parcours) du programme de restauration de la population d’ours des Pyrénées.

Dans ce texte, les 3 associations ont envoyé à Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET de nombreux éléments et le bilan que les associations tirent à ce jour non seulement des deux années d’application du plan Ours proprement dit mais aussi de celles qui les ont précédées.

Ferus, WWF et Pays de l’Ours-ADET  y ont inclus des propositions auxquelles elles sont particulièrement attachés, et sollicitent un rendez-vous pour les commenter et évoquer le futur de la conservation de l’ours, à un moment crucial marqué par la conclusion du premier procès "Cannelle", par la parution de divers bilans, par la décision capitale du tribunal administratif de Pau sur la chasse et par la prochaine montée en estive des brebis.

Le Bilan à mi parcours du Plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009 des associations FERUS, Pays de l’Ours-ADET, WWF

16 avril 2008

Historique

Nous estimons nécessaire, avant de tirer le bilan provisoire des dernières années, de rappeler quelques étapes de la longue histoire de l'ours dans les Pyrénées. Ce survol aidera à comprendre le passé récent et donnera plus de poids aux projections que nous tentons de faire pour le proche avenir.

L'ancêtre de l'ours brun apparaît il y a environ 600 000 ans.

L'ours a été combattu par l'homme depuis l'avènement de l'agriculture et de l'élevage, et l'Eglise s'est attachée à rabaisser son image (Pastoureau). Malgré tout, cette dernière reste très présente dans le folklore et la tradition pyrénéens.

Les premières demandes de protection connues ont été formulées par le prince Albert de Monaco, venu chasser en Ariège (1915). Dès 1923, l'inspecteur des Eaux et Forêts Salvat attribue la régression de l'ours à l'ouverture des routes, à l'exploitation des bois et à la chasse, réclame l'arrêt de celle-ci et la création d'un parc national.

En 1954 Marcel Couturier, chasseur acharné et correspondant du Muséum, évalue la population d'ours des Pyrénées françaises à 70 animaux. La Slovénie abritait alors 75 ours...Tout en réclamant des réserves pour protéger l'espèce, Couturier chasse l'ours et en tue un premier à Urdos, guidé par André Apiou.

En 1957 la chasse à l'ours est fermée mais des battues administratives restent possibles.

Le parc national des Pyrénées occidentales voit le jour en 1967. La protection de l'ours est un de ses objectifs. Mais ses limites, qui excluent pratiquement toute la forêt, ne lui permettent pas de préserver l'habitat et la tranquillité de l'espèce.

En 1972 l'ours est intégralement protégé, il en reste à peine 35.

En 1975 Tanguy Le Gac, Dendaletche et leurs amis créent le FIEP (Fonds d'Intervention Eco-Pastoral) sur le modèle du Fonds d'intervention pour les rapaces des frères Terrasse qui connaissent d'ailleurs bien les ours béarnais. Leur démarche, présentée comme révolutionnaire, entend assurer la coexistence du pastoralisme et de l'ours, et montrer aux bergers qu'ils peuvent même avoir intérêt à ce que l'ours fréquente leurs estives.

En 1976 la SNPN et l'ONC commandent le premier rapport biologique sur l'ours des Pyrénées à Camarra et Dendaletche. Il reste 25 ours.

En 1979, le FIEP verse les premières indemnités de dérangement aux bergers ; l'argent provient du WWF avant que l'Etat prenne le relais.

En 1981 le projet de parc national en Ariège est abandonné. Ses limites et son contenu étaient aussi critiqués par les associations naturalistes que ceux du PNPO existant. Le chapelet de réserves naturelles proposé à sa place notamment par Michel Clouet ne verra pas davantage le jour.

L'année suivante François Mitterrand déclare à Foix "il faut sauver les ours".

Le groupe ours national (inter-associatif) se constitue en 1983 sous la présidence de Jean-Pierre Raffin.

En 1984 le premier plan ours est lancé par le ministère de l'Environnement. On évoque la nécessité de retrouver au minimum une population d'une quarantaine d'ours. Des zones rouges (d'hivernage et d'élevage des jeunes) sont identifiées par les scientifiques. Les aménagements y seront examinés avec soin. L'exploitation des forêts pourra faire l'objet de reports ou de rachats de coupes. Des échanges de réserves seront étudiés pour restreindre la chasse en battue dans ces zones. Des groupes de concertation sont créés et une ligne de crédit ouverte.

En 1987 au colloque de Seix l'hypothèse d'un renforcement de population est défendue par Clouet.
Au Muséum National d'Histoire Naturelle, inaugurant l'exposition "d'ours en ours" en 1988, le président Mitterrand affirme à nouveau la volonté de l'Etat de sauver l'ours : "je réitère l'appel que j'avais lancé en 1982. A quoi servirait de protéger les ours si dans un même moment on détruisait leur habitat ?". Michel Rocard confirme cette volonté. Il reste alors 13 ours.

L'année suivante, l'association "Artus" est créée. Dans le même temps, Jean Lassalle, devenu président du parc national des Pyrénées occidentales, invente le "comité intervalléen du Haut Béarn", qui s'oppose immédiatement aux associations pro-ours. Le dernier ours disparaît des Pyrénées centrales.

Le 5 septembre 1990, Brice Lalonde, secrétaire d'Etat chargé de l'Environnement, prend des arrêtés créant des réserves temporaires pour protéger l'ours de la chasse en battue pendant les deux mois qui précèdent l'hibernation. Le tocsin sonne dans les vallées béarnaises le 9 septembre, et le comité intervalléen "pour la sauvegarde de l'ours" dépose un recours contre ces arrêtés (il sera rejeté par le Conseil d'Etat en ... mai 1995).

L'association de développement économique et touristique (ADET) est fondée par quatre communes de Haute-Garonne qui se regroupent en 1991 autour de la sauvegarde et de la valorisation de l'ours.

En 1993, le ministre de l'Environnement Michel Barnier signe avec l'ADET une charte prévoyant à titre expérimental une réintroduction d'au moins trois ours. Côté Pyrénées-Atlantiques, les arrêtés Lalonde sont abrogés.

En 1994 l'institution patrimoniale du Haut -Béarn (syndicat de communes présidé par Jean Lassalle) voit le jour et se fait confier par l'Etat le soin de reprendre le flambeau de la sauvegarde de l'ours en Béarn. En dix ans l'IPHB recevra 11 millions d'euros de crédits. La même année l'avant dernière femelle pyrénéenne, "Claude", est abattue à Borce, au coeur d'une ancienne "réserve Lalonde". Quatre ans plus tard se tient le procès des deux braconniers en présence de Jean Lassalle et de Didier Hervé, directeur de l'IPHB, venus les soutenir. Ils seront sévèrement condamnés par le tribunal. L'un d'eux est le même André Apiou qui avait aidé Couturier à tuer son premier ours quarante ans plus tôt.

Trois ours slovènes sont introduits en 1996 et 1997 dans les Pyrénées centrales avec le soutien du maire de Melles, André Rigoni, président de l'ADET, et d'Artus.

En 2000, le député Augustin Bonrepaux fait voter un amendement pour capturer les ours réintroduits, mais le Conseil Constitutionnel le censure.

En 2004 la dernière femelle de souche pyrénéenne, "Cannelle", est abattue par un chasseur près d'Urdos. En 2008 Jean Lassalle et Didier Hervé viendront le soutenir pendant son procès.

Le ministre de l'Ecologie Serge Lepeltier annonce un programme de renforcement de la population d'ours en 2005, et Nelly Olin qui lui succèdera conduira à bien, au milieu de grandes difficultés, le lâcher de cinq ours en 2006.

1 Faut-il des ours dans les Pyrénées?

Nous ne faisons pas de la conservation de l'ours l'alpha et l'oméga de la politique de protection de la nature en France. Nous savons que l'espèce n'est pas menacée à l'échelle planétaire ou même européenne, du moins à moyen terme. Nous n'ignorons pas qu'en France des vertébrés comme l'esturgeon sturio ou le hamster d'Alsace sont au bord de l'extinction. Nous ne voulons pas que l'ours, auquel les pouvoirs publics ont quand même prêté beaucoup d'attention, soit l'arbre qui cache la forêt dans un pays qui ne consacre pas à la biodiversité des moyens à la hauteur de ses proclamations et de ses engagements internationaux. L'ours ne nous fera jamais oublier le reste, y compris la menace globale du changement climatique.

Mais nous rappelons que ceux qui protègent l'ours sont AUSSI ceux qui se préoccupent du bon état de conservation des autres espèces et des écosystèmes naturels, des paysages, de la lutte contre les gaz à effet de serre. Nous rejetons par avance les critiques de ceux qui nous disent "pourquoi l'ours ? il y a mieux à faire ..." car en général eux ne font rien.

Quant à dire qu'on pourrait arrêter l'érosion de la biodiversité à partir de 2010 dans notre pays (promesse du Grenelle de l'Environnement) tout en laissant l'ours s'éteindre peu à peu, nous n'imaginons pas qu'un responsable puisse seulement l'envisager. La biodiversité ne se divise pas entre espèces qu'on va sauver et espèces qu'on sacrifiera à des intérêts économiques.

Nous n'ouvrirons pas le chapitre connu de tous, et extrêmement riche, des arguments culturels qui militent en faveur de la conservation des ours dans les Pyrénées. Nous nous bornons à nous attacher aux engagements internationaux pris par la France notamment vis à vis de l'Europe. L'espèce Ursus arctos est encore présente chez nous, elle doit le rester.

2 Dans ce cas, les renforcements étaient indispensables

Il fut un temps où la discussion était vive entre ceux qui étaient favorables à des "renforcements de population" et ceux qui plaidaient pour qu'on laisse pleinement sa chance à la seule reconstitution spontanée à partir des derniers ours pyrénéens. Ce débat s'est terminé avec l'extinction du dernier noyau de population autochtone : même si la présence de l'espèce ne s'est jamais interrompue, sa survie n'est due qu'aux réintroductions en provenance de Slovénie. Faut-il poursuivre dans cette voie ? Nous préciserons nos propositions à court et moyen terme mais il est patent que techniquement une population isolée, sans connexion avec d'autres noyaux de la même espèce, ne peut pas être conservée durablement si l'on écarte a priori l'apport d'individus extérieurs en renfort. Non seulement les lâchers d'ours de 1996, 1997 et 2006 ont été indispensables, mais on peut regretter que le nombre d'animaux introduits soit resté en dessous de ce qu'il aurait fallu réintroduire pour précisément ne plus avoir au moins pendant un temps à se poser à nouveau la question. Quoi qu'il en soit, la discussion sur le bien fondé d'apports d'ours en provenance de l'étranger n'avait pas lieu d'être dès lors qu'on refusait de laisser l'espèce s'éteindre et que toutes les femelles autochtones avaient été braconnées.

Quant à savoir si les renforcements auraient pu intervenir pus tard, une fois réunies de meilleures conditions notamment du côté des adversaires déclarés de l'ours, ceux qui n'en veulent pas, nous disons clairement que non. Il était bien préférable de ne pas prendre le risque de voir l'espèce disparaître complètement du massif, on aurait eu ensuite de grandes difficultés pour décider de reconstituer une population d'ours ex nihilo ; les adversaires du plantigrade n'auraient sûrement pas désarmé et l'émotion suscitée par la mort de Cannelle avait créé dans l'opinion un contexte favorable.

3 Techniquement, ils n’ont pas été mauvais

L'ours est une espèce peu dynamique, la mortalité naturelle des oursons est très élevée, il faut y rajouter le fait de l'homme. S'agissant en plus d'ours provenant d'un massif montagneux éloigné, il n'était pas acquis que le petit noyau initial ferait souche. Or, une comparaison entre les Pyrénées et le Trentin, deux expériences qui se sont déroulées à peu près à la même période, est instructive.

Pyrénées

Premier lâcher : 1996 et 1997

  • Nombre d’ours lâchés : 3 dont 2 femelles
  • Mortalité : une femelle tuée par un chasseur à l’automne 1997, Mellba et une autre femelle adulte.
  • Nombre de naissances constatées jusqu'à 2006 : il a été estimé à 17-18 oursons, soit 1,7 à 1,8/an. Par comparaison, entre 1979 et 1996, 10-12 jeunes avaient été détectés, soit une moyenne de 0,55 jeune /an.
  • Mortalité : elle est estimée à 20% par an depuis 1995, 3 oursons ont été retrouvés morts.
    (Source : O.N.C.F.S., 2007).

Second lâcher : 2006

  • Nombre d’ours lâchés : 5 dont quatre femelles
  • Mortalité : deux femelles
  • Nombre de naissances constatées (avant le printemps 2008) : 2 oursons

A noter que les résultats des analyses génétiques communiquées par l’Equipe Technique Ours, pour la période de mars à octobre 2007, ne révèle avec certitude que la présence de 3 ours issus des premiers lâchés : Živa, Boutxy et Néré. Si on ajoute les résultats donnés par la synthèse générale pour le premier semestre 2007, ce sont 12 à 13 ours qui ont été repérés (moins un, puisque l’ourse Franska était comptabilisée).

Il est impossible de dire aujourd’hui combien d’ours vivent dans les Pyrénées. L’Equipe technique annonce souvent l’estimation de 15 à 20, mais ce peut être moins ou plus. Rappelons qu'un écart de 20 à 30% dans une estimation de population animale montre que cette dernière est bien connue, et qu'une marge d'erreur de 50% n'est pas anormale.

Trentin

Lâcher : 1999 à 2002

  • Nombre d’ours lâchés : 9 (plus un pour remplacer une ourse morte).
  • Mortalité : une femelle tuée par une avalanche très vite après son lâcher
  • Nombre de naissances constatées : 27 oursons sont nés de 2001 à 2007
  • 33 ours différents ont été identifiés génétiquement.
  • 22 minimum sont vivants en 2006 (identifiés génétiquement), dont 8 adultes, autant qu'en 2006.
  • 11 sont morts ou disparus (un ours peut disparaître du recensement génétique pendant un an, puis réapparaître, mais à ce jour aucun ours disparu deux années consécutives n’a réapparu ensuite).
  • Perte globale : 30 à 33%

On note la capture d’une ourse « à problèmes », Jurka, au mois de juin 2007. ctuellement, un seul ours, la femelle Daniza, est équipé d’un collier émetteur en raison d’incursions près d’habitations et de dégâts sur des moutons. Le suivi des ours repose donc sur l’analyse génétique.

(Source : Service Forêt -Faune de la Province du Trentin).

D’ores et déjà, on constate que nous n’avons pas à rougir du nombre d’oursons nés dans les Pyrénées, ni du taux global de survie des animaux au bout de quelques années. Et, en France, l'opération a subi un triple handicap par rapport à l'Italie : les ours ont beaucoup voyagé alors qu'en Italie une connexion avec la Slovénie et la Croatie fait partie du programme, le nombre d'ours lâché en France a été nettement inférieur (6 ont réellement participé au programme en survivant plus d'un an, contre 9 en Italie), enfin les lâchers italiens ont été concentrés dans le temps et l'espace.

La capture, le transport, la remise en liberté des ours n'ont donné lieu à aucune mortalité directe alors que cette éventualité avait été prise en compte, s'agissant d'un processus délicat. Des naissances ont eu lieu régulièrement malgré le très petit nombre d'individus, l'absence d'une population réellement reconstituée et le grand éloignement de plusieurs des ours qui ne participent pas à la reproduction.

4 La concertation aurait pû être meilleure

Il s'agit d'abord d'une faillite des instances banales où devraient être examinées les interventions sur la faune sauvage, réintroductions ou renforcements compris. En France, dans le domaine de la nature et de la biodiversité, on s'est ingénié à créer des lieux de fausse concertation, conseils départementaux dits "de la chasse et de la faune sauvage" à nette dominante cynégétique, conseils régionaux du patrimoine naturel qui sont plus le havre des protecteurs. Les comités de massifs sont celui des élus et n'ont pas vocation à débattre sereinement des projets concernant la nature. Il n'existe nulle part de lieux qui permettent de véritables échanges, à égalité des partenaires, et favorise l'émergence d'une culture partagée.

Il faut donc pour chaque programme inventer une nouvelle forme de concertation, et la mise en place de ses canaux devient aussitôt un enjeu. Les partisans du projet commencent la phase de concertation avec un gros avantage puisqu'ils en connaissent les détails techniques, et ont prévu des réponses à la plupart des objections. Les adversaires qui ne sont pas toujours identifiés au début se sentent attirés sur un terrain qui ne leur est pas favorable, ils se demandent si le fait de dialoguer ne sera pas interprété par leur "base" comme un aveu de résignation et d'acceptation du projet. Au mieux ils participent à quelques rencontres pour exposer leurs objections au projet, au pire ils boycottent.

Il n'est pas faux que la concertation aurait pu être bien meilleure en 2005 et 2006, en fait elle aurait du commencer après les premiers lâchers "expérimentaux" de 1996-1997. Aucun ministre avant Serge Lepeltier n'a pris le risque de tirer calmement les enseignements de cette expérience, d'organiser des discussions locales. La mort de Cann elle a déclenché un processus marqué du sceau de l'urgence, il ne s'agissait plus de débattre du principe mais des modalités d'un renforcement des derniers ours survivants.

Cela dit, il est particulièrement difficile de nouer un véritable dialogue s'agissant de l'ours dans les Pyrénées. Ce qui se dit dans les bureaux officiels d'une administration traditionnellement approchée avec méfiance n'a pas grand chose à voir avec ce qui se pense et se fait sur le terrain. On améliorera sûrement les apparences du débat, on ne parviendra probablement pas à une embellie spectaculaire. Les plus gros progrès se feront sans doute lors de contacts d'homme à homme, au plus près des réalités locales, ce qui implique un savoir faire, une patience, des moyens humains dont ne dispose pas à ce jour l'administration française qui travaille surtout par contacts avec les porte-paroles des principaux groupes constitués.

Le fonds d'écran devant lequel se déroule plus ou moins bien la concertation n'est pas défavorable, puisque l'opinion publique est très largement pour la présence d'ours dans les Pyrénées. Mais il s'agit d'une majorité silencieuse, qui n'est ni prête à se mobiliser, ni disposée à prendre des risques pour afficher ses préférences.

L'opposition à l'ours s'est structurée et a constitué un bon réseau de relais politiques et médiatiques. Elle bénéficie de lobbyistes efficaces, qui emploient les recettes qui ont valu des succès au mouvement "Chasse, Pêche, Nature et Tradition".

Nous sommes très favorables à la création d'instances permanentes de concertation et d'examen objectif des faits ainsi que des arguments des uns et des autres, à l'instar de ce qui fonctionne pour le loup : groupe national (qui peut se réunir à Toulouse) et groupes départementaux. On a d'ailleurs vu dans le rappel historique que ce ne serait pas une nouveauté sur ce dossier.

Reste à espérer que ceux qui veul ent imposer "pas d'ours" comme issue au débat n'opteront ni pour la chaise vide, ni pour la porte qu'on claque au bout de quelques séances. Les éleveurs alpins ne seraient sans doute pas mécontents si le loup disparaissait comme il est venu, mais ça ne les empêche pas de siéger et de dialoguer sans abandonner leurs convictions profondes.

Les maîtres-mots de la concertation pour l'avenir doivent être "éviter les grand messes" et surtout "ne rien cacher". Sur ce dernier point d'ailleurs l'administration n'a pas failli volontairement dans le dossier de l'ours (au contraire, puisque nous lui reprochons de trop en dire sur la localisation de certains animaux), mais elle ne communique pas bien, c'est structurel, et elle devrait davantage s'appuyer sur des organismes privés pour faire passer bien plus de messages au grand public, aux groupes constitués et aux médias, et ne pas abandonner le terrain aux anti-ours.

L'hypothèse d'un débat public véritable (animé par une commission particulière selon la loi) a été évoquée. Elle mérite d'être discutée avant toute prise de décision, et nous sommes partagés au sein de nos associations. Nous irions au débat public très volontiers, puisque le principe de l'exercice consiste à organiser des échanges d'arguments rationnels et permet de donner la parole équitablement à tout le monde. Cela dit, les exemples de débats dénaturés, au moins lors des séances plénières, par des agitateurs qui ont empêché bruyamment toute expression d'avis qui leur déplaisaient ne manquent pas.
Dans ce cas, le risque est de voir les médias n'accorder d'importance qu'à ces agitateurs. Par ailleurs il resterait à savoir quelle question serait posée et où auraient lieu les débats.

Nous n'imaginons pas qu'on interroge "le public" pour savoir s'il faut, ou non, conserver telle ou telle espèce sauvage en France. Si c'était le cas, il faudrait dénoncer immédiatement tous les traités que la France a signé en matière de biodiversité. Il faut débattre avec le public sur les modalités de la conservation, pas sur le principe. Mais s'il est une constante des débats, c'est précisément que les publics ont le droit et la capacité d'aller au delà des questions qui leurs sont posées...

Quant aux lieux, ils devraient permettre l'expression de tous, pas uniquement des valléens ou des Pyrénéens. Là encore le hamster n'est pas l'affaire des seuls Alsaciens même s'ils sont les principaux concernés, ni l'esturgeon celle des Girondins, ni la tortue d'Hermann celle des méridionaux. Il faudrait des lieux de débat partout en France, au minimum des "jurys de citoyens". Compte tenu du coût d'un vrai débat public, plusieurs millions d'euros, mieux vaudrait être certain que son organisation servira vraiment à débloquer la situation.

5 Les nouveaux ours ont montré que l’habitat naturel était propice

On entend et on lit trop souvent ces dernières années qu’il n’y a plus assez d’espace pour l’ours dans les Pyrénées, des montagnes qui seraient trop peuplées. C’est un discours qui gagne du terrain auprès d’un public citadin coupé de la nature et d'un public rural qui méconnaît la nature sauvage.

Les adversaires de l'ours l'écrivent régulièrement. « Une démonstration de plus, cinglante, du fiasco de ces introductions. En important les ours les promoteurs de ces programmes n’ont pas importé leur territoire : jamais ces ours ne trouveront dans les Pyrénées vivantes et humanisées les conditions de solitude des déserts forestiers de Slovénie, qu’ils n’auraient jamais dû quitter. » (Vivre en Pyrénées, Lettre de l’ASPAP, n°5, septembre 2007)

Sous l’influence des auteurs et biologistes américains, on s’est imaginé que l’ours ne pouvait vivre que dans des territoires d’une grande sauvagerie, toujours loin des hommes.

La réalité est toute autre, on la constate dans la Cordillère cantabrique, en Slovénie aussi, c'est celle d’un ours très proche de l’homme, presque un commensal si on le laisse tranquille.

Ce qui est frappant, et nous l’avons bien constaté lors de séjours en Asturies, c’est que les ours recolonisent des secteurs et des vallées très marquées par l’empreinte de l’homme, grâce aux noyaux historiques et aux réserves. Ils s’approchent même jusqu’à 6 km du centre ville d’Oviedo pour manger les premières cerises au mois de mai ! Là, personne ne les voit, on ne relève que les empreintes. La même chose pourrait se produire dans les Pyrénées si les ours étaient suffisamment nombreux et qu’on les laissait tranquille (les déplacements de Balou et de Sarousse n’avaient sans doute rien d’anormal pour des ours « décomplexés » comme le sont les ours slovènes). Ces ours asturiens vivent très proches des villages et nul ne s’en étonne. Les frères Hartasanchez estiment ainsi que 500 ours pourraient ainsi habiter la Cordillère Cantabrique … mais aussi les Pyrénées. Ils connaissent bien les Pyrénées depuis 25 ans, notamment grâce aux échanges avec le FIEP. Ils disent (ils ne sont pas les seuls) que le piémont nord et les pré-Pyrénées sud sont des zones plus riches pour les ours.

La surface nécessaire à la survie à long terme de l’espèce, à partir de laquelle elle est en état de conservation favorable, est estimée à environ 10 000 km2 par l'ETO.

L’ours est une espèce à grand domaine (plusieurs centaines de km2, variable selon les individus) et à faible densité. Il a besoin de vastes forêts. La population d’ours brun la plus proche d’un point de vue écologique, est la population située en Espagne dans les Monts Cantabriques. Répartie actuellement en deux noyaux, cette population (de 120 à 150 ours) occupe une aire totale d’environ 5 500 km2. Cette surface d’habitat peut constituer un ordre de grandeur pour le maintien de l’espèce, toujours selon l’ETO.

Entre 2004 et 2006, l’aire fréquentée par le noyau occidental avoisine 1 440 km2 sur le versant nord des Pyrénées. Il faut y ajouter le versant sud, navarro-aragonais estimé à 500 km2. L’aire de distribution du noyau centro-oriental atteint 3 600 km2 versant nord. Total : 5 060 km2.
(Source : J.J. Camarra, D. Coreau, P. Touchet –ONCFS, 2007)..

D’après l’E.T.O., l’habitat disponible pour l’ours dans les Pyrénées françaises et espagnoles couvre une surface estimée à 10 460 km2, soit environ deux départements.

Ces considérations confortent les études faites naguère par des experts étrangers indépendants, notamment celle de Christopher Servheen, président du Bear Group de l'UICN, consultant en 1996 avec le cabinet ASCA pour l'IPHB. Les Pyrénées comportent encore suffisamment de couvert, de nourriture naturelle et de zones propices à l'élevage des jeunes pour abriter une population d'ours en bon état de conservation.

Comme beaucoup l'avaient prédit, les ours slovènes ont d'ailleurs occupé spontanément d'anciennes zones connues pour avoir abrité de nombreux ours, les animaux retrouvant toujours à peu près les conditions favorables aux mêmes endroits. Ce qui, nous le verrons, milite pour une identification assez précise et immuable des zones dans lesquelles on devrait leur garantir un maximum de tranquillité.

6 Les conditions préalables aux lâchers n’étaient pas optimales

Elles n'étaient pas idéales, mais nous avons dit plus haut que malgré tout nous approuvions la décision qui avait conduit aux premiers renforcements de population.

Les lacunes passées et présentes doivent inciter toutes les parties, à commencer par les pouvoirs publics, à améliorer le contexte dans lequel évoluent les ours aujourd'hui et dans lequel de nouveaux ours seront amenés à être à leur tour réintroduits.

Chasse

La plupart des premières demandes de protection de l’ours et de ses habitats vinrent de chasseurs.

En 1946, Jean-Émile Bénech, auteur de plusieurs ouvrages cynégétiques, s’écrie dans Fauves de France, chez Stock : « Peut-être - il est bien tard ! - quelques mesures draconiennes… Mais non ! Il n’est jamais trop tard. Seulement, il faudrait les prendre tout de suite. N’ont-elles pas sauvé les derniers survivants des républiques de castors ? N’assistons-nous pas aujourd’hui au miracle de leur survivance sur le Rhône. Qui défendra la vie des derniers ours pyrénéens ?»

Couturier en 1954 « La question des réserves à ours en France est aussi importante que celle de la réglementation de sa chasse ».

La première interdiction de la chasse à l’ours sera conditionnée à l’indemnisation des dégâts des ours au bétail. C'est le président de l'association des chasseurs de montagne Chavanne qui l' a conçue et mise en oeuvre dès 1955.

Des réserves de chasse au régime juridique plus ou moins contraignant existent chez nos voisins les plus proches, plus latins que nous.

  1. En Espagne, la réserve intégrale de Muniellos, la réserve nationale de chasse de Somiedo, notamment, dans la Cordillère Cantabrique.
  2. En Italie, le Parc national des Abruzzes (1922) qui héberge la majorité de la population ursine a joué un rôle capital pour la conservation d’Ursus arctos marsicanus ; le parc naturel du Trentin et une réserve intégrale protègent le nouveau noyau d’ours d’origine slovène.

Dans son rapport intitulé «La conservation de l’ours brun dans l’Union européenne. Actions financées par LIFE-Nature», Olivier Patrimonio, pour le bureau d’études Écosphère (1997), conclut ainsi un tour d’Europe méridionale : « L’existence d’espaces avec une protection réglementaire (parc national ou réserve naturelle) dans des habitats hébergeant des ours donne une assise territoriale à la conservation de l’espèce. L’existence de "noyaux durs" pour préserver les zones refuges et les sites vitaux semble un préalable indispensable à la mise en oeuvre des mesures de gestion des activités humaines sur les secteurs moins sensibles. Seule la France et peut-être l’Autriche ne semblent pas privilégier cette voie.»

Il est révélateur de constater que la France et l’Autriche justement connaissent de grosses difficultés dans la préservation de leurs ours …

Toutes les analyses étrangères démontrent que les ours s’adaptent à la présence des chasseurs, mais pas à tous les modes de chasse ou à une chasse sans limites. En Slovénie ou en Slovaquie, pour ne prendre que ces deux exemples, la population d’ours, aujourd’hui florissante, a été sauvée grâce aux efforts des chasseurs. Dans ces deux pays, cependant, la chasse est pratiquée à l’affût depuis un mirador. C’est donc un mode de chasse peu dérangeant pour l’ours et la faune en général.

Il n’en est pas de même avec la chasse en battue aux sangliers. Partout où elle est pratiquée, elle se révèle extrêmement dérangeante pour l’ours, lui-même soumis pendant les deux derniers siècles à des battues de destruction avec chiens. « La battue au chevreuil et surtout au sanglier est certainement le mode de chasse le plus perturbant, car son objet même est de débusquer l’animal chassé », lit-on dans le bulletin de l’O.N.C. spécialement consacré à l’ours brun des Pyrénées en janvier 1990.

Le sanglier fréquente les mêmes territoires que l’ours, pour se nourrir ou se remiser. Tous les chasseurs et les bons connaisseurs de l’ours le savent.

La chasse en battue a également des conséquences indirectes et graves pour l’ours. Elle le dérange dans une période cruciale de l’année, pendant laquelle l’ours s’engraisse avant l’entrée en tanière. S’il s’agit d’une femelle suitée, des dérangements répétés peuvent affaiblir mère et oursons, et compromettre les chances de survie de ces derniers. Une femelle gestante peut également avorter.

En France, à la différence de l’Espagne ou de l’Italie, pour ne prendre que ces deux pays voisins aux faibles populations d’ours, les territoires ursins ne sont que très peu recouverts par des aires protégées.

La seule protection française spécifique fut celle des réserves dites "Lalonde", créées après une grande campagne nationale lancée en avril 1989 par les associations de défense de la nature, avec ce préambule : « Aucun pays n’a réussi la restauration de l’ours brun sans un territoire protégé, sans une structure territoriale pérenne. »

Si un climat violent s’installa alors dans les vallées béarnaises, tous les intéressés témoignent qu’au fil des mois les réserves ainsi créées furent respectées. C’est ce que révèle aussi un excellent travail sur la chasse et l’ours dans le Haut -Béarn : « d’après tous les entretiens réalisés avec les gardes de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage de l’époque, les réserves Lalonde ont été assez rapidement respectées ; à partir de novembre-décembre 1990, les gardes affirment qu’il n’y avait plus de chasse dans ces zones » (Elodie Bonnemaison, Pratiques cynégétiques en présence de l'ours brun dans le Haut -Béarn, Université de Pau et des Pays de l'Adour, janvier 2006).

Mais comme nous l'avons vu, ces quelques contraintes furent rapidement abrogées à la demande de Lassalle, Saint-Josse et Bayrou.

A la place des réserves ministérielles, ont été créées d’autres réserves dont la limitation de chasse est fondée sur un cadre conventionnel et non sur la législation de la chasse. Ces zones sont appelées "réserves tournantes", car les battues y sont tantôt interdites tantôt autorisées (du 1er octobre au 20 novembre et du 20 novembre au 25 décembre), et couvrent une superficie de 5 950 hectares. Les sociétés de chasse se sont alors engagées à ne pas chasser lorsque la présence de l’ours est signalée, surtout s’il s’agit d’une femelle suitée.

Les juristes qui ont analysé la charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l’ours ont conclu, tel Philippe Landelle ou Maître Sylvie Godard, qu’il ne s’agissait manifestement pas d’un contrat. « Il s’agirait plutôt d’une convention, c’est-à-dire d’un simple accord de volontés sur le développement durable des vallées béarnaises et de la protection de l’ours, sans que cela se traduise par des obligations sanctionnables. »

« La responsabilité de l’organisation des activités cynégétiques dans les zones à ours a été laissée aux chasseurs … » conclut Olivier Patrimonio. Comme si les automobilistes rédigeaient eux -mêmes le code de la route

Alors que les associations attendaient une réaction forte après la mort de la dernière ourse des Pyrénées, ce fut l’exact contraire qui se produisit. Ainsi, en 2005, dans les Pyrénées-Atlantiques, au moment de la signature de la charte du massif par les chasseurs, les réserves dites tournantes seront remplacées, dans certains secteurs répertoriés comme fréquentés par l’ours en automne, par une simple déclaration d’aller y chasser en battue, à envoyer à l’O.N.C.F.S. 72 heures avant la battue ! Le Réseau ours brun et l’O.N.C.F.S. sont dans l’impossibilité faute de moyens humains d’aller vérifier dans chacun de ces secteurs, et dans un délai aussi bref, qu’un ours est présent ou non.

Dans le "Plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009", ou "Plan Ours", l’Etat rappelle sa volonté de « ne pas imposer de mesures réglementaires concernant la chasse en présence d’ours dans le massif des Pyrénées ». La mise en place de mesures réglementaires n’est pas exclue, si elle fait l’objet d’un consensus.

En conséquence, pour les Pyrénées occidentales, la déréglementation a été avalisée : c’est un « champ de ruines » que nous décrivent presque tous les connaisseurs et défenseurs de l’ours rencontrés, qu’ils fassent partie de l’administration ou des associations.

En Pyrénées centrales, d’après l’E.T.O., les chasseurs jouent le jeu. Si un ours et plus encore une ourse suitée est repérée, l’information est transmise par téléphone aux présidents des sociétés de chasse, qui prennent la responsabilité de chasser ou pas. Chaque fois, les chasseurs auraient déplacé les battues, en tout cas depuis 2006. Cependant, ce système est artificiel puisqu'il ne concerne que les ours localisés électroniquement.

L’association Nature Comminges n’est pas satisfaite de ce système qui n’offre aucune garantie pérenne ni sanction. D’autre part, elle a eu connaissance de tirs sur les ours "Pyros", "Boutxy" et "Hvala".
De son côté, la SEPANSO-Béarn, excédée par la mollesse du préfet et les dispositions pour empêcher de nouveaux "accidents" entre chasseurs et ours, a déposé depuis trois ans des recours en annulation devant le T.A. de Pau, contre les dispositions réglementant la chasse en battue dans les territoires ursins des Pyrénées-Atlantiques, dispositions contenues dans les arrêtés préfectoraux d’ouverture de la chasse.

Une des grandes conclusions de ce travail est qu’on peut facilement créer des réserves à partir du droit commun de la chasse, en classant les secteurs vitaux de l’ours parmi les 10% du territoire de chasse des ACCA que la loi oblige à réserver. Elodie Bonnemaison a montré que malgré une importante surface de zones en réserve de chasse (21 758 hectares), seuls 11% des sites vitaux sont protégés par des mesures à valeur réglementaire (Réserves de chasse et de faune sauvage et zone centrale du Parc national). « Or, si les 10% du territoire des 12 A.C.C.A. (surface de la zone centrale du Parc national des Pyrénées déduite), soit 5 908 hectares, étaient effectivement mis en R.D.C.F.S. st si ces surfaces étaient superposées sur des sites vitaux et centres d’activités, cela permettrait d’en préserver d’ores et déjà près de 60% ».

D’autre part, la SEPANSO-Béarn a critiqué l’insuffisance criante des mesures destinées à protéger l’ours des effets de la chasse en battue, notamment la déclaration préalable par les chasseurs 72 heures avant la battue.

Ces recours ont été examinés en audience le jeudi 13 mars 2008 devant le tribunal administratif de Pau, réuni exceptionnellement en séance plénière.

Le commissaire du gouvernement a prononcé des conclusions très motivées demandant l’annulation des arrêtés attaqués.

Il a notamment dit : « Sans remettre en cause l’utilité d’une politique contractuelle d’information et de responsabilisation des chasseurs, l’appel à la responsabilité des chasseurs en cas de détection de l’ours, qui est l’axe essentiel de la défense du préfet, ne me paraît pas suffisant pour éviter la perturbation intentionnelle de l’ours. Un chasseur qui participerait à une battue malgré la d