L’Equipe Technique Ours a reçu le résultat des analyses génétiques effectuées par le Laboratoire d’Ecologie Alpine basé à Grenoble. Les analyses traitent des échantillons prélevés sur le terrain entre mi-mars et début septembre 2008.
Sur les 80 échantillons envoyés :
- 5 n’avaient pas d’ADN amplifiable,
- 9 comportaientt de l’ADN illisible ou appartenant à une autre espèce et
- 66 ont été exploitables.
10 individus différents ont été identifiés, dont 2 animaux encore équipés d’un émetteur, mais aucun nouveau génotype n’a été repéré.
Noyau Occidental
Les échantillons du noyau occidental ont permis d’identifier 2 ours mâles (M) :
- Néré (M) possible [* L’échantillon permet de connaître l’individu avec certitude si l’ADN extrait est de bonne qualité, avec une bonne probabilité s’il est de qualité moindre et seulement la souche (slovène ou pyrénéenne) s’il est de mauvaise qualité.] grâce à des poils sur Etsaut, Laruns et les Eaux-Chaudes (64) début juillet puis avec certitude grâce à des poils prélevés en Espagne, sur la commune d’Anso, mi-juillet. On retrouve également de l’ADN de souche slovène sur Estaing (65) début juin et sur Laruns et Cette-Eygun (64) fin juillet, mais la qualité de l’échantillon ne permet pas d’identifier l’individu.
- Aspe-Ouest (M) est identifié plusieurs fois en Espagne. D’abord sur la commune D’Anso en mars et juin (poils) et sur la commune de Garde en avril (poils et crotte). Ces échantillons font suite aux observations d’un ours pelé et permettent de l’identifier avec certitude. Il est ensuite localisé à Etsaut (64) début juillet pour finalement revenir en Espagne, à Anso, fin juillet. D’autres échantillons ont mis en évidence de l’ADN de souche pyrénéenne à Estaing (65) début août et à Anso mi-juillet, mais la qualité de l’échantillon ne permet pas d’identifier l’individu.
Noyau Central
Les échantillons du noyau central ont permis d’identifier 6 individus dont 5 femelles :
- Hvala (F) suite à une prédation sur la commune de Bagnères-de-Luchon (31) au début du mois de mai, puis à plusieurs reprises pendant l’été sur les communes de Melles et Boutx (31). Des poils ont été prélevés à Boutx en juin et sur Melles en juillet.
- Pollen (F) suite à une prédation sur la commune de Bagnères-de-Luchon (31) au début du mois de mai, puis à Melles (31) vers la fin du mois de juin.
- Bambou (F) suite à une prédation sur la commune de Bagnères-de-Luchon (31) au début du mois de mai.
- Ziva (F) possible [* même remarque] sur la commune de Melles (31) grâce à plusieurs échantillons de poils anciens et récents en avril sur un sapin, puis avec certitude avec des poils récoltés au mois de juillet.
- Pyros (M) possible [* même remarque] grâce à une crotte récoltée sur la commune de Couflens (09) le 25 juin.
- Caramelles (F) est identifiée à Couflens (09) grâce à des poils estimés de la deuxième quinzaine de juin.
D’autres échantillons ont permis de mettre en évidence de l’ADN de souche slovène, mais dont la qualité n’était pas suffisante pour identifier l’animal : une crotte et des poils lors d’une prédation début mai à Bagnères-de-Luchon (31) et des poils datés de la deuxième quinzaine d’avril à Melles (31)
Noyau Oriental
Les échantillons du noyau oriental ont permis d’identifier 2 mâles :
- Boutxy (M) grâce à des poils prélevés en mai à Siguer et Caussou (09), puis à Mérens et Mijanes (09) fin juin. Il est également identifié à Ascou et Siguer en juillet avant de l’être à nouveau sur Mérens et Orlu (09) en août et début septembre.
- Balou est identifié grâce aux échantillonnages effectués après l’accident de chasse survenu à Prades (09) le 7 septembre.
D’autres échantillons de poils ont révélé de l’ADN d’ours de souche slovène, mais sans pouvoir identifier l’individu par manque de qualité de l’indice :
- des poils prélevés sur la commune de Mérens (09) en avril,
- des poils à Gestiès et Siguer (09) en juin,
- des poils à Ascou (09) en juillet,
- des poils à Siguer (09) en août et enfin
- des poils estimés du 1er septembre à Mérens (09).
- Des échantillons de poils et une crotte prélevés à Comus, St Martin Lys et Marsa (11) en juin et juillet n’ont pas permis de connaître l’individu mais il s’agissait vraisemblablement de Balou, suivi avec son émetteur intra abdominal.
L'ours Hvala est arrivée gravide
L’analyse de la paternité des oursons Pollen et Bambou permet d’exclure tous les mâles dont le génotype a déjà été déterminé dans les Pyrénées. Le père de ces oursons serait très certainement un ours slovène, avant la capture de Hvala en mai 2006.
Les échantillons prélevés après le début du mois de septembre ne seront analysés qu’au printemps 2009, lors de la prochaine session génétique.
Détails des échantillons envoyés pour analyses génétiques OURS - 1ère session 2008
(PDF -619 ko - 7 pages) : Ce document comprend également les cartes des échantillons génétiques d'ours brun relevés dans les 3 noyaux : le noyau occidental (Navarre, Béarn, Aragon, Hautes-Pyrénées), le noyau central (Haute Garonne, Catalogne, Ariège), le noyau oriental (Ariège, Aude) ainsi que la liste et les analyses détaillées des échantillons.
Analyse de Mathieu Krammer
Les analyses génétiques 2008 n’apportent malheureusement rien de bien nouveau…
En 2008 (au moins jusqu’en septembre), 10 ours déjà connus ont donc été individualisés par la génétique dans les Pyrénées françaises. L’année dernière, au même moment, 7 génotypes connus avaient été découverts (Néré, «Aspe Ouest » et Cannelito dans les Pyrénées occidentales ; Hvala, une de ses oursonnes et Ziva dans les Pyrénées centrales et Boutxy en Haute-Ariège).
Bien que la pression d’échantillonnage semble faible dans les Pyrénées (bien plus que pour d’autres populations beaucoup mieux suivis génétiquement, comme celle du Trentin, dans les Alpes italiennes), force est de constater que depuis 2004, aucun nouveau génotype n’a été découvert sur le versant français des Pyrénées.
Difficile d’imaginer que plusieurs individus puissent passer si longtemps à travers les mailles du filet, même si les mailles sont très larges !
Toutefois, il est quand même important de rappeler que les analyses génétiques complètent le suivi de terrain, mais ne s’y substitue pas. Pour preuve, en 2007, 7 ours ont été individualisés génétiquement comme rappelé plus haut. Mais l’ensemble des données du suivi (cumulant génétique, observations simultanées et à distance, relevés d’empreintes, photos…) indiquait la présence minimale de 14 à 19 ours sur l’ensemble de la chaîne :
- 3 animaux ont été individualisés dans les Pyrénées occidentales franco-espagnoles : Néré, «Aspe Ouest» et Cannelito.
- 9 ours au minimum dans les Pyrénées centrales franco-espagnoles. On est moins sûr pour 4 autres.
- 2 autres individus dans la partie orientales des Pyrénées : l’ours mâle Boutxy et un autre de taille moyenne.
L’ensemble des données du suivi 2008 devraient être connues durant l’hiver ou au tout début du printemps 2009. Elles permettront de connaître l’effectif réel comptabilisé – en 2008 – par l’Equipe Technique Ours, le Réseau Ours Brun et les équipes espagnoles.
Enfin, on ne peut que regretter que depuis 2006, nous n’ayons aucun résultat d’analyses génétiques d’échantillons collectés dans les Pyrénées centrales espagnoles, alors qu’au moins la moitié des zones à ours pyrénéennes se trouvent précisément en Espagne et que sans doute au moins (si ce n’est plus de) la moitié de la population d’ours des Pyrénées se trouve en Espagne…
Mathieu Krammer
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