Combien d'ours dans les Pyrénées

18 mai 2009

Résultats des analyses génétiques ours – 2ème session 2008

Le Laboratoire d’Ecologie Alpine vient de nous envoyer le résultat des analyses génétiques effectuées sur les échantillons prélevés après le 10 septembre 2008 et sur certains qui n’avaient pu être envoyés lors de la première session.

Il est important de souligner que nous avons bénéficié d’un nombre important d’échantillons  de nos collègues espagnols du Val d’Aran, en Catalogne. Ainsi, ce sont 22 prélèvements supplémentaires qui élargissent le champ d’action de ces analyses.

Sur les 45 échantillons envoyés, 10 n’avaient pas d’ADN amplifiable et 35 étaient exploitables, dont 26 ont donné l’individu ou l’individu possible.

8 animaux différents ont été identifiés, dont 1 équipé d’un émetteur, mais aucun nouveau génotype n’a été repéré.

Noyau Occidental

Les échantillons du noyau occidental ont permis d’identifier 2 ours mâles :

  • Cannellito sur la commune de Viscos, dans les Hautes Pyrénées, grâce à des poils prélevés le 15 novembre 2008 et estimés de la veille.
  • Néré possible (L’échantillon permet de connaître l’individu avec certitude si l’ADN extrait est de bonne qualité, avec une bonne probabilité s’il est de qualité moindre et seulement la souche (slovène ou pyrénéenne) s’il est de mauvaise qualité. ) sur la commune d’Anso, en Aragon, grâce à des poils prélevés le 19 juin 2008.
 


On retrouve également de l’ADN de souche slovène sur Estaing (65), Laruns (64) et Borce  (64) à partir de poils prélevés respectivement les 19 septembre, 14 juillet et 25 juin 2008 mais estimés de fin juillet, de l’hiver et de fin juin. Enfin, de l’ADN pyrénéen est recueilli sur Estaing (65) et Anso (Aragon) grâce à 2 crottes prélevées respectivement début août et début juin.

Noyau Central

Les échantillons du noyau central ont permis d’identifier 5 individus dont 4 femelles :

  • Caramelles est individualisée à 5 reprises sur Couflens (09) dont 1 fois grâce à une crotte récoltée suite à un dégât sur brebis début septembre et 4 fois via des poils prélevés sur des stations de suivi en septembre mais estimés de l’été.
  • Pollen est individualisée sur la commune de St Lary (09) grâce à des poils prélevés sur une station de suivi la première quinzaine de septembre.
  • Bambou est repérée sur Les et Canejan (Val d’Aran, Catalogne) fin août et début septembre grâce à des poils.
  • 6 échantillons de poils ont permis de confirmer la présence de Hvala sur Les et Canejan (Val d’Aran, Catalogne) une grande partie de l’année 2008.
  • Pyros est également détecté à plusieurs reprises (8 fois) sur le Val d’Aran : des poils et une crotte ont permis de le localiser sur les communes de Canejan, Arres, Vilamos, Arros, et Les tout au long de l’année. Pour mémoire, il avait aussi été repéré sur Couflens en juin 2008 (voir résultats de la première session 2008).
 


D’autres prélèvements ont mis en évidence de l’ADN d’ours slovène sur Couflens (09) fin septembre, Canejan (Val d’Aran) en avril et juillet et Les (Val d’Aran) en août, mais leur qualité n’a pas permis de déterminer les individus.

Noyau Oriental

Les échantillons du noyau oriental ont permis d’identifier 1 individu mâle :

  • Boutxy grâce à des poils prélevés à Luzenac et estimés du 11 septembre 2008.

L’ensemble de ces données confirme les résultats de la première session mais aucun génotype nouveau n’est repéré. Notons que Pyros est détecté sur Couflens et une grande partie du Val d’Aran, ce qui confirme l’étendue de son domaine vital. Enfin, Cannellito est individualisé sur la partie Est du noyau Occidental, comme en 2007.

La génétique est un des outils qui contribue à déterminer l’effectif de la population ursine sur la chaîne pyrénéenne mais ce n’est en aucun cas exhaustif. En effet, la génétique est couplée à l’analyse des tailles d’empreintes, aux photos prises par déclenchement automatique et aux présences simultanées pour déterminer un effectif minimum sur le massif. Ces résultats seront communiqués via le prochain rapport sur le suivi de l’espèce pour l’année 2008.

De son côté, Louis Dollo déclare sur le site kairn que les éleveurs comptent les ours dans cette vallée espagnole : "Le décompte des éleveurs est assez précis et se base essentiellement sur des observations visuelles « croisées et totalement sûres en éliminant tout ce qui pourrait être un double comptage ». La plupart d’entre eux étant chasseurs, ils sont habitués au comptage de la faune sauvage. Sanglier, chevreuils, isards ou ours, la méthodologie ne diffère guère." C'est ainsi qu'il annonce que "Ce comptage des éleveurs relèvent entre 10 et 12 plantigrades relativement certains sans chercher à grossir le cheptel et sans faire de comptage systématique." des données "totalement sûres et il s’agit bien d’observations de bêtes différentes."

Dans le val d'Aran, les ours ne font donc aucune crotte et ne laissent aucun poil accroché aux arbres ou aux fils. "Douze, voire davantage, quelle que soit la réalité une chose est certaine, comme le précisait un éleveur, « en tous les cas c'est beaucoup" Et il termine sa démonstration scientifique par "Où est la vérité? (...) La simple comparaison entre les informations recueillies en Val d'Aran et celles fournies par le Ministère de l'Ecologie nous montre le niveau d'ignorance de la problématique par les services de l'Etat"

Sans commentaires.

04 mai 2009

Pyrenées : naissance de 2 oursons pour l'ourse Hvala

Hvala de nouveau suitée

L'ourse Hvala a été observée, accompagnée de 2 oursons, sur la commune de BOSSOST en Espagne (Val d’Aran, Catalogne) le samedi 2 mai 2009. Ce sont les agents chargés du suivi de la population d’ours du Val d’Aran qui ont réalisé cette observation alors qu’ils jumelaient à distance le site d’hibernation.

Rappelons que Hvala est toujours équipée de son émetteur intra-abdominal, ce qui a permis le localiser le secteur d’hibernation et de constater qu’elle se déplaçait très peu depuis son réveil.

Pour mémoire, cette femelle a été lâchée le 16 mai 2006 sur la commune d’Arbas (31) dans le cadre du Plan de restauration et de conservation de la population d’ours bruns dans les Pyrénées françaises 2006-2009. Elle avait mis bas de 2 oursons qui se sont révélés être des femelles (baptisées Bambou et Pollen) pendant l’hiver 2006-2007 sur la commune de Melles (31).

Seule la récolte de matériel génétique (poils, crottes) permettra de déterminer le sexe des oursons de cette nouvelle portée.

Source : Flash info réseau Ours Brun ONCFS

Réactions

Association Pays de l'Ours- ADET : "C’est bien entendu une très bonne nouvelle pour tous les amis de l’ours et de la Nature, qui sont très nombreux dans les Pyrénées . Cela démontre une fois de plus la bonne adaptation des ours lâchés dans les Pyrénées et le bon potentiel des Pyrénées pour accueillir une population d’ours. Cela ne doit pour autant pas occulter la faiblesse de la population d’ours dans les Pyrénées : avec une vingtaine d’individus, l’espoir de reconstituer une population viable passe toujours obligatoirement par de nouveaux lâchers."

Association FERUS : "Très bonne nouvelle pour notre trop maigre population d’ours pyrénéens !"

Lire aussi

16 avril 2009

Ours pyrénéens : la sortie des tanières

Fin mars, l'ours des Pyrénées sort de sa tanière. «J'ai trouvé des traces le 2 février dans le massif Aspe-Ossau », témoigne Gérard Caussimont du FIEP.

Pour s'extraire complètement de sa tanière d'hivernation, l'ours est parfois obligé de creuser un tunnel dans la neige qui en a obstrué l'entrée. Ce pourrait être le cas en 2009 où l'enneigement a été important.

On a longtemps cru qu'il sortait de son long jeûne complètement affamé, prêt à se jeter sur tout ce qui pouvait alors lui tomber sous les griffes et entre les crocs. Erreur. A chaque printemps, l'ours fait son entrée dans le monde en douceur. Il pointe sans précipitation son museau hors de son antre, flaire tranquillement l'air ambiant, bâille de langueur.

L'ours en fin d'hivernation ne s'éloigne pas beaucoup de sa tanière et ne parcourt que de faibles distances, la faim ne le poussant pas à s'aventurer sur les hauts versants et surtout les cols encore enneigés en cette saison. En fait, jusqu'en mai, l'ours dispose normalement d'une réserve de graisse encore conséquente qui lui permet d'attendre sans trop souffrir les vraies largesses de la belle saison. Les anciens chasseurs d'ours savaient bien que les ours tirés en mars ou en avril étaient encore bien enrobés.

La muguette

L'ours ne fait pas le dédaigneux au point de ne pas consommer les glands et les faînes tombés au cours de l'automne précédent et qui tapissent la neige qui recouvre le sol de la forêt. Les fourmilières, où dorment encore les fourmis rousses avant le grand réveil de mai, les larves d'insectes qui lardent les arbres morts, les nouveaux nés des chevreuils, sangliers ou isards représentent des occasions qu'un larron sauvage tel que l'ours ne laissera jamais passer.

A partir de la mi-avril, tout s'accélère :

  • La graisse de l'ours a fondu progressivement en même temps que la neige sur les pentes bien exposées.
  • Les bourgeons et déjà les premières feuilles poussent aux hêtres, aux noisetiers, puis aux chênes.
  • Les prairies se remplissent d'herbes vertes et tendres.
  • Mais, surtout, une compétition se prépare. Sous le manteau aminci de la neige, les réserves de tubercules de muguette, de châtaignes ou de conopodes stockées par les campagnols se révèlent au flair aiguisé des grands mammifères. Qui de l'ours ou du sanglier défoncera le premier ces caves miniatures pour en piller avidement tout le contenu? Si l'ours se fait doubler, il se consolera vite en broutant les muguettes elles-mêmes qui poussent hors de terre dès que la neige ne la recouvre plus.

Zones d'élevage

Naissance d'oursons en 2007?Mais la sortie des tanières, c'est aussi l'éventuelle révélation de la naissance d'oursons. Dans les Pyrénées, comme ailleurs, la sortie des femelles "suitées" se fait en général plus tard que celle des autres ours adultes qui a lieu fin mars ou début avril selon le climat.

Quand ils mettent pour la première fois le nez dehors, les petits d'ours ne sont pas loin d'être sevrés. Leur mère leur apprend très vite à chercher leur nourriture : tubercules de muguette, herbes, mais aussi escargots, larves d'insectes et, pourquoi pas, petits mammifères.

A cette époque de leur vie, les oursons sont particulièrement joueurs, au point d'être parfois inconscients du danger. C'est pourquoi, les zones d'élevage des jeunes se situent toujours dans les sites les plus protégés, les moins accessibles de la montagne. Les mères ourses ont d'ailleurs la réputation d'aimer bien, mais aussi de châtier sévèrement, à l'occasion, leurs turbulents rejetons.

Pyrénées, des naissances d'oursons en 2009 ?

En Béarn, pas de naissance à espérer, il n'y a que des mâles solitaires. Camille, le viel ours qui errait entre Béarn, Navarre et Aragon est peut-être mort. Aspe-ouest est sans doute l'ours atteint de la gale (ce qui n'empêche pas la reproduction, mais n'est pas rassurant sur sa santé). Néré et Cannellito (Mohican, le dernier ourson de Cannelle) hantent les vallées d'Aspe et d'Ossau où le fromage de brebis est mis à l'honneur par les responsables du tourisme! A quand l'introduction de plusieurs femelles en Béarn? La parole donnée de Jean Lassalle n'a aucune valeur contrairement au titre de son livre.

Dans le noyau centro-oriental, les femelles Hvala, Sarousse, Ziva et Caramelles, ont peut-être des oursons :

  • Hvala, ourse slovène réintroduite gestante en 2006 : fraichement séparée de ses oursonnes Pollen et Bambou (nées en 2007) a été observée au printemps 2008 avec un ours mâle pendant la période du rut. Elle est sortie d'hibernation en mars 2009 et bouge peu, ce qui pourrait confirmer une naissance. Des traces ont été observées sur la commune de Bossòst (Val d’Aran, Espagne), dans la montagne de Sainte Margalida. On ne sait pas encore si elle s'est à nouveau reproduite. A suivre.
  • Sarousse ne s'est pas reproduite depuis son lâcher en août 2006; "elle serait stérile" disent certains opposants. Difficile à prouver. Elle seule pourra les contredire.
  • Ziva, ourse femelle d'origine slovène, née en 1991, réintroduite en 1996 se serait reproduite en 1997, 2000, et sans doute en 2002 et 2004. Une nouvelle portée est donc possible.
  • Caramelles, ourse femelle, née en 1997 (Mellba x Pyros). Elle se serait déja reproduite en 2002-2003. 
  • Pollen et Bambou, les "filles" de Hvala sont probablement trop jeunes encore. Elles pourraient se reproduire l'année prochaine si elles rencontrent un mâle cette année pendant le rut.

2 femelles nées en 2002-2003 (Pyros x Caramelles), identifiées en 2004 par des analyses génétiques, ainsi que l'ourson mâle identifié la même année n'ont plus été individualisés depuis, pourraient participer à la reproduction de l'espèce côté français ou côté espagnol, d'où peu d'informations filtrent. (Une ourse et ses deux oursons ont été observés dans les Pyrénées catalanes espagnoles en juillet 2008). Les oursons nés de Ziva en 2000, 2002 et 2004 n'ont jamais été identifiés ^par des analyses génétiques. Soit ils sont très discrets, soit ils ont disparus.

Lire aussi :


Au printemps, les ours descendent ... dans les villages!

Gérard Caussimont : "Au printemps, c’est le fond des vallées, les quartiers de grange, là où la végétation a démarré en premier lieu. En 2006, nous avons suivi un ours qui se trouvait souvent en fond de vallée en Ossau (Béarn), il descendait brouter l'herbe très bas (800m), on a trouvé des traces et des crottes d'herbe.

Nous avons beaucoup d'exemples montrant que l'ours fréquente normalement, au printemps des zones basses de fond de vallée à la recherche d'herbe verte à brouter. Nous avons observé ce phénomène en Béarn ( plateau de Lhers, Lescun, Hameau d’Aubise (Borce), hameau de Seberry (Etsaut) Gabas, parfois non loin des habitations. Cela a été le cas il y a quelques jours en Aragon,à quelques centaines de mètres du village d'Anso, et en Navarre, non loin du village de Garde. Il n’y a rien d’exceptionnel à cela.

Cela est observé régulièrement dans les populations d’ours plus importantes : dans les monts Cantabriques, près des villages, dans les Asturies.Les gesn les observent parfois à la tombée de la nuit, en train de brouter dans les prés. Dans les Abruzzes j’ai observé une ourse et ses oursons en dessous d'un village, en train de brouter, etc."

Une aubaine pour la presse locale et les opposants qui vont pouvoir à nouveau en faire leurs choux gras: jouer avec la peur et les titres sensationnels. Tous aux abris.

(merci à P.C. pour son aide à la vérification de la véracité des infos "oursons")

06 février 2009

Effectifs d'ours des Pyrénées 2007

Suivi de l'espèce ours brun dans les Pyrénées françaises - Rapport annuel 2007

Les indices récoltés sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées au cours de l’année 2007 ont permis de dresser un état des lieux de la population d’ours bruns présente. L’analyse des présences simultanées, couplée aux typages génétiques et aux tailles d’empreintes de pattes, permet une estimation des effectifs présents.

Le noyau occidental reste stable avec 4 individus mâles (3 adultes et 1 subadulte) présents dans les Pyrénées-Atlantiques, l’Ouest de l’Aragon, la Navarre et la partie occidentale des Hautes-Pyrénées. Ce sont principalement les vallées d’Aspe, d’Ossau, de Roncal et d'Anso même si des indices ont été relevés dans les vallées d’Arrens Marsous et Cauterets. Les mâles Néré, Cannellito et Aspe-Ouest ont été identifiés grâce à des empreintes de pattes et des échantillons de poils ou de crottes et un autre ours (Camille) a pu être individualisé par les présences simultanées. L’ourse Francka, après voir migré au printemps vers l’est, a réintégré ce noyau pour être malheureusement percutée par une voiture sur la voie rapide Lourdes-Argelès Gazost (août 2007).

Le noyau central quant à lui s’est trouvé renforcé avec les lâchers de 2006. Un de ces animaux, Palouma, est mort suite à une chute en août 2006. En 2007, 9 animaux minimum ont pu être individualisés, dont les ours Hvala, ses 2 oursons Bambou et Pollen, Balou, Sarousse et Ziva, ainsi que 3 individus indéterminés : 1 dans le Val d’Aran, 1 dans le Haut Couserans et 1 dans l’Est de la Catalogne (vallée d’Alins). Pour mémoire, 2 femelles suitées avaient été repérées côté espagnol en 2006 sans que l’on sache si elles font partie des ours individualisés en 2007. De plus, les analyses génétiques de 2006 avaient révélé la présence de Pyros et Caramelles côté français, mais ces individus peuvent faire partie des indéterminés en 2007. C’est pour cette raison que l’effectif minimum est de 9 ours dans le
noyau central. C’est le seul noyau qui comporte des femelles en âge de se reproduire (3 au moins en 2007, Hvala, Sarousse et Ziva).

Dans le « noyau » oriental on estime la présence de 2 individus, dont 1 de façon permanente, l’ours Boutxy et un autre ours occasionnel non identifié par la génétique mais par une présence simultanée en août. Ce second individu est relativement discret, sa zone vitale semble se situer entre le noyau central et oriental et devrait nous inciter très prochainement à parler d’un noyau de population centro-oriental.

En 2007, sur l’ensemble des Pyrénées, nous estimons l’effectif minimum à 15 ours, dont 13 repérés de façon certaine sur le versant français. Dans la mesure où les méthodes utilisées ne permettent pas un inventaire exhaustif, il est probable que l’effectif global soit compris entre 15 et 19 individus. En effet, plusieurs animaux n’ont pu être clairement individualisés, 2 de ces individus seraient dans le Val d’Aran et 2 autres sur le reste de la Catalogne.

Source : suivi de l'espèce ours brun dans les Pyrénées françaises - Rapport annuel 2007

14 novembre 2008

Résultats des analyses génétiques ours – 1ère session 2008. Analyse de Mathieu Krammer

L’Equipe Technique Ours a reçu le résultat des analyses génétiques effectuées par le Laboratoire d’Ecologie Alpine basé à Grenoble. Les analyses traitent des échantillons prélevés sur le terrain entre mi-mars et début septembre 2008.

Sur les 80 échantillons envoyés :

  • 5 n’avaient pas d’ADN amplifiable,
  • 9 comportaientt de l’ADN illisible ou appartenant à une autre espèce et
  • 66 ont été exploitables.

10 individus différents ont été identifiés, dont 2 animaux encore équipés d’un émetteur, mais aucun nouveau génotype n’a été repéré.

Noyau Occidental

Les échantillons du noyau occidental ont permis d’identifier 2 ours mâles (M) :

  • Néré (M) possible [* L’échantillon permet de connaître l’individu avec certitude si l’ADN extrait est de bonne qualité, avec une bonne probabilité s’il est de qualité moindre et seulement la souche (slovène ou pyrénéenne) s’il est de mauvaise qualité.] grâce à des poils sur Etsaut, Laruns et les Eaux-Chaudes (64) début juillet puis avec certitude grâce à des poils prélevés en Espagne, sur la commune d’Anso, mi-juillet. On retrouve également de l’ADN de souche slovène sur Estaing (65) début juin et sur Laruns et Cette-Eygun (64) fin juillet, mais la qualité de l’échantillon ne permet pas d’identifier l’individu.
  • Aspe-Ouest (M) est identifié plusieurs fois en Espagne. D’abord sur la commune D’Anso en mars et juin (poils) et sur la commune de Garde en avril (poils et crotte). Ces échantillons font suite aux observations d’un ours pelé et permettent de l’identifier avec certitude. Il est ensuite localisé à Etsaut (64) début juillet pour finalement revenir en Espagne, à Anso, fin juillet. D’autres échantillons ont mis en évidence de l’ADN de souche pyrénéenne à Estaing (65) début août et à Anso mi-juillet, mais la qualité de l’échantillon ne permet pas d’identifier l’individu.

Noyau Central

Les échantillons du noyau central ont permis d’identifier 6 individus dont 5 femelles :

  • Hvala (F) suite à une prédation sur la commune de Bagnères-de-Luchon (31) au début du mois de mai, puis à plusieurs reprises pendant l’été sur les communes de Melles et Boutx (31). Des poils ont été prélevés à Boutx en juin et sur Melles en juillet.
  • Pollen (F) suite à une prédation sur la commune de Bagnères-de-Luchon (31) au début du mois de mai, puis à Melles (31) vers la fin du mois de juin.
  • Bambou (F) suite à une prédation sur la commune de Bagnères-de-Luchon (31) au début du mois de mai.
  • Ziva (F) possible [* même remarque] sur la commune de Melles (31) grâce à plusieurs échantillons de poils anciens et récents en avril sur un sapin, puis avec certitude avec des poils récoltés au mois de juillet.
  • Pyros (M) possible [* même remarque] grâce à une crotte récoltée sur la commune de Couflens (09) le 25 juin.
  • Caramelles (F) est identifiée à Couflens (09) grâce à des poils estimés de la deuxième quinzaine de juin.

D’autres échantillons ont permis de mettre en évidence de l’ADN de souche slovène, mais dont la qualité n’était pas suffisante pour identifier l’animal : une crotte et des poils lors d’une prédation début mai à Bagnères-de-Luchon (31) et des poils datés de la deuxième quinzaine d’avril à Melles (31)

Noyau Oriental

Les échantillons du noyau oriental ont permis d’identifier 2 mâles :

  • Boutxy (M) grâce à des poils prélevés en mai à Siguer et Caussou (09), puis à Mérens et Mijanes (09) fin juin. Il est également identifié à Ascou et Siguer en juillet avant de l’être à nouveau sur Mérens et Orlu (09) en août et début septembre.
  • Balou est identifié grâce aux échantillonnages effectués après l’accident de chasse survenu à Prades (09) le 7 septembre.

D’autres échantillons de poils ont révélé de l’ADN d’ours de souche slovène, mais sans pouvoir identifier l’individu par manque de qualité de l’indice :

  • des poils prélevés sur la commune de Mérens (09) en avril,
  • des poils à Gestiès et Siguer (09) en juin,
  • des poils à Ascou (09) en juillet,
  • des poils à Siguer (09) en août et enfin
  • des poils estimés du 1er septembre à Mérens (09).
  • Des échantillons de poils et une crotte prélevés à Comus, St Martin Lys et Marsa (11) en juin et juillet n’ont pas permis de connaître l’individu mais il s’agissait vraisemblablement de Balou, suivi avec son émetteur intra abdominal.

L'ours Hvala est arrivée gravide

L’analyse de la paternité des oursons Pollen et Bambou permet d’exclure tous les mâles dont le génotype a déjà été déterminé dans les Pyrénées. Le père de ces oursons serait très certainement un ours slovène, avant la capture de Hvala en mai 2006.

Les échantillons prélevés après le début du mois de septembre ne seront analysés qu’au printemps 2009, lors de la prochaine session génétique.

Détails des échantillons envoyés pour analyses génétiques OURS - 1ère session 2008 Détails des échantillons envoyés pour analyses génétiques OURS - 1ère session 2008
(PDF -619 ko - 7 pages) : Ce document comprend également les cartes des échantillons génétiques d'ours brun relevés dans les 3 noyaux : le noyau occidental (Navarre, Béarn, Aragon, Hautes-Pyrénées), le noyau central (Haute Garonne, Catalogne, Ariège), le noyau oriental (Ariège, Aude) ainsi que la liste et les analyses détaillées des échantillons.

Analyse de Mathieu Krammer

Les analyses génétiques 2008 n’apportent malheureusement rien de bien nouveau…

En 2008 (au moins jusqu’en septembre), 10 ours déjà connus ont donc été individualisés par la génétique dans les Pyrénées françaises. L’année dernière, au même moment, 7 génotypes connus avaient été découverts (Néré, «Aspe Ouest » et Cannelito dans les Pyrénées occidentales ; Hvala, une de ses oursonnes et Ziva dans les Pyrénées centrales et Boutxy en Haute-Ariège).

Bien que la pression d’échantillonnage semble faible dans les Pyrénées (bien plus que pour d’autres populations beaucoup mieux suivis génétiquement, comme celle du Trentin, dans les Alpes italiennes), force est de constater que depuis 2004, aucun nouveau génotype n’a été découvert sur le versant français des Pyrénées.
Difficile d’imaginer que plusieurs individus puissent passer si longtemps à travers les mailles du filet, même si les mailles sont très larges !

Toutefois, il est quand même important de rappeler que les analyses génétiques complètent le suivi de terrain, mais ne s’y substitue pas. Pour preuve, en 2007, 7 ours ont été individualisés génétiquement comme rappelé plus haut. Mais l’ensemble des données du suivi (cumulant génétique, observations simultanées et à distance, relevés d’empreintes, photos…) indiquait la présence minimale de 14 à 19 ours sur l’ensemble de la chaîne :

  • 3 animaux ont été individualisés dans les Pyrénées occidentales franco-espagnoles : Néré, «Aspe Ouest» et Cannelito.
  • 9 ours au minimum dans les Pyrénées centrales franco-espagnoles. On est moins sûr pour 4 autres.
  • 2 autres individus dans la partie orientales des Pyrénées : l’ours mâle Boutxy et un autre de taille moyenne.

L’ensemble des données du suivi 2008 devraient être connues durant l’hiver ou au tout début du printemps 2009. Elles permettront de connaître l’effectif réel comptabilisé – en 2008 – par l’Equipe Technique Ours, le Réseau Ours Brun et les équipes espagnoles.

Enfin, on ne peut que regretter que depuis 2006, nous n’ayons aucun résultat d’analyses génétiques d’échantillons collectés dans les Pyrénées centrales espagnoles, alors qu’au moins la moitié des zones à ours pyrénéennes se trouvent précisément en Espagne et que sans doute au moins (si ce n’est plus de) la moitié de la population d’ours des Pyrénées se trouve en Espagne…

Mathieu Krammer

15 septembre 2008

L'espace de l'ours : les Pyrénées sont-elles trop humanisées pour l’ours ?

«Cinq cents ours peuvent vivre dans les Pyrénées, autant dans les Cantabriques.»
Roberto Hartasánchez
[Discussion avec R. H., président du Fond pour la protection des animaux sauvages (Asturies, Espagne), grande personnalité de la protection de la nature en Espagne et excellent connaisseur de la nature et de l’ours, mars 2008.]

Les Pyrénées sont-elles trop humanisées pour l’ours ?

On entend et on lit trop souvent ces dernières années qu’il n’y a plus assez d’espace pour l’ours dans les Pyrénées, des montagnes trop peuplées ? C’est un discours qui gagne du terrain auprès d’un public citadin très coupé de la nature et d’un monde pastoral et rural qui souhaiterait se passer de tout ce qui peut le "gêner", prédateurs de toute taille et même vautours désormais pour certains, ou qui méconnaît la nature.

C’est ainsi que le journaliste Jack Dion a pu écrire ce commentaire parfaitement ridicule et odieux : «On découvrit même, non sans effarement, que certains groupuscules écolos se battaient pour assurer "dans notre société une réelle place à la nature sauvage", ce qui pourrait légitimer la libre circulation des ours dans les villes des Pyrénées, l’implantation des lynx dans les banlieues des Vosges, voire le retour des SS dans le Vercors. [« Le loup et l’agneau (nouvelle version) » Libération ou Marianne, 2005 ou 2006.] »

Voici un autre commentaire en apparence nuancé mais tout aussi grossier : «En important les ours les promoteurs de ces programmes n’ont pas importé leur territoire : jamais ces ours ne trouveront dans les Pyrénées vivantes et humanisées les conditions de solitude des déserts forestiers de Slovénie, qu’ils n’auraient jamais du quitter.» (Vivre en Pyrénées, Lettre de l’ASPAP, n°5, septembre 2007).

C’est aussi la position de Jacques Vyns qui réalisa quelques clichés de l’ours en vallée d’Aspe. «De 1937 (dernier ours des Alpes) à 2004, (dernier ours de souche béarnaise) il s'est passé 67 ans. Les Béarnais sont à féliciter d'avoir su cohabiter avec les ours 67 ans de plus que dans les Alpes ! C'est au prix d'un retard économique de 67 ans, qu'ils ont conservé leurs ours.» Cette surprenante démonstration, J. Vyns la nourrit d’un exemple : celui de la forêt d’Issaux. Il écrit : «En 1960, à Lourdios- Ichère, la route s'arrêtait avant le col d'Ichère à l'est, et à "Badarié" au sud-ouest, Lourdios était ainsi un cul-de-sac et non un passage. Aujourd'hui, le beau territoire à ours qu'est la splendide forêt d'Issaux est "sillonné" par des routes (…).

Pourtant, personne n'était venu perturber les lieux depuis les bûcherons de la marine royale du XVIIIème siècle, qui venaient ici prélever les arbres pour confectionner les mâts des grands voiliers de l'époque ! Nous avons le souvenir précis du silence ABSOLU qui régnait au cœur de la forêt d'Issaux en 1960. Jamais, nous n'avons pu retrouver un tel silence dans cette forêt !

Il était alors courant de voir l'ours descendre aux abords du village de Lourdios, au début de l'hiver. Maintenant, les tronçonneuses et autres camions permettent à seulement 3 hommes de couper et de charger un hectare de bois par jour, et surtout pénètrent toujours plus profondément dans le territoire de l'ours grâce aux nouvelles routes et pistes. [Extraits d’un texte « Le déclin naturel de l’ours des Pyrénées » publié sur son site.]»

Sans remettre en cause les éléments factuels de ce témoignage (la création des routes et des pistes en forêt d’Issaux, l’exploitation des bois, l’existence sédentaire de l’ours dans ce haut lieu), il nous faut ajouter ceci. Nous regrettons bien évidemment la création de routes dans ce massif, son exploitation outrancière mais nous constatons que des massifs forestiers de Slovénie très aménagés et exploités abritent des ours. Nous rappelons aussi que le loup, présent dans le département et en forêt d’Issaux encore à la fin du 19ème siècle, a disparu alors qu’il n’existait aucune route ni piste ni exploitation moderne du bois. Ces deux éléments attestent que l’existence de l’ours tient bien sûr à la qualité du milieu, qui s’est dégradée à Issaux, mais aussi à son acceptation par les habitants.

Ce n’est pas forcément la route qui tue l’ours mais ce qu’on fera de cette route, par exemple un moyen pour des hommes armés de se rendre facilement en un lieu où ils peuvent abattre l’ours ou chasser trois fois ou plus par semaine au lieu d’une. La forêt d’Issaux a malheureusement été le théâtre d’éliminations directes d’ours facilitées par les pistes et les routes. La dernière mise bas a été relevée en 1979 et depuis 1983-1984 la présence de l’ours y est devenue occasionnelle [J.-J. Camarra, «L’ours dans les Pyrénées : suivi de la population de 1979 à 1983», Bulletin de l’O.N.C., n°142, janvier 1990.] Cependant, si l’ours venait à repeupler les Pyrénées occidentales, ce massif apparaît encore comme favorable à l’espèce, sous réserve bien entendu d’une autre pratique de la chasse et de la circulation qui ne constitue pas une privation excessive des libertés.

Cette idée que l’ours ne pouvait vivre que dans des territoires d’une grande sauvagerie, toujours loin des hommes, est sans doute née sous l’influence d’auteurs et biologistes américains, habitués à de grands espaces peu perturbés. Dans son remarquable Almanach d’un comté des sables, l’Américain Aldo Leopold, un des précurseurs de l’écologie, professeur et chasseur, écrivait ainsi en 1947 que pour l’Europe, la vie sauvage s’est retirée dans les Carpathes et en Sibérie.

Claude Berducou, à l’époque agent de l’O.N.F. chargé de la faune, interrogé par Marieke Aucante en 1990, déclarait de son côté : «Je crois que ce serait abusif d’accuser l’O.N.F., un organisme particulier plutôt qu’un autre. Notre civilisation s’est occupée de prendre des terrains et je ne suis pas persuadé que les ours aient encore leur place dans l’Europe occidentale dans leur façon de vivre sauvage. Il est possible de maintenir cette espèce au prix d’un petit degré d’artificialisation de leur milieu et de leur vie, il faut arriver à créer des milieux qui soient plus favorables, à des potentialités plus élevées que ce qu’elles seraient dans les forêts vierges, inexploitées. Si on veut la garder vraiment, renforcer les populations

Ces deux visions sont en grande partie fausses. Certes, les Carpathes et la Sibérie sont plus sauvages que les Pyrénées, quoi que les premières soient très occupées par une société paysanne traditionnelle qui a disparu chez nous. Nous avons vécu au contact de ces paysans en Roumanie, au cœur d’une montagne à la fois sauvage et humanisée. Oui, l’homme occidental rogne la nature pour la satisfaction égoïste de ses seuls besoins (c’est ce qu’on peut appeler la sous civilisation du «C’est mon choix»), et ne se soucie guère des espèces sauvages. C’est d’ailleurs une des raisons de l’existence des lois de protection de la nature, des parcs et des réserves. Cependant, force est de constater, pour ce qui est de la grande faune sauvage, une amélioration générale de la situation d’après-guerre. Si les derniers ours alpins, ceux du Trentin, ont disparu, si la lignée pyrénéenne est presque éteinte, l’espèce a regagné du terrain dans plusieurs pays et vu sa population considérablement augmenté, notamment en Slovénie, Slovaquie et Suède. Elle recolonise même naturellement l’est de l’Italie, le sud de l’Autriche. Qui aurait cru il y a 20 ans au retour du loup en France, en Allemagne, en Suisse, etc. ? Le lynx boréal, lui aussi, a reconquis de grands territoires européens et s’apprête sans doute en France à recoloniser des forêts de plaine. À partir de son bastion polonais, le bison d’Europe s’étend, il est vrai modestement, vers l’ouest. Des élans gagnent aussi, très
doucement, l’ouest de l’Europe. Nous pourrions ajouter d’autres exemples et évoquer le bouquetin et le retour en nombre de nombreux ongulés plus communs (cerfs, chevreuils, sangliers) dans la plupart de nos pays.

Stéphan Carbonnaux

Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénéescommandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.

L'espace de l'ours : l’aire de distribution de l’ours dans les Pyrénées

D’après les travaux de l’ONCFS, il est probable qu’au cours de la première moitié du XXe siècle, l’habitat de l’ours brun a fortement diminué suite à une déforestation importante. Rappelons que l’optimum démographique en montagne en France a été atteint à la fin du XIXe siècle.

En 2003, l’aire de distribution est momentanément de 8 300 km2, une superficie jamais atteinte depuis 50 ans. Entre 2004 et 2006, l’aire fréquentée par le noyau occidental avoisine 1 440 km2 en versant nord. Il faut y ajouter le versant sud, navarro-aragonais estimé à 500 km2.

Pour mémoire, l’aire de répartition sur le versant français était estimée en 1970 à 120 000 hectares, soit 1 200 km2. Les témoignages d’observation et les dégâts aux troupeaux étaient relativement fréquents entre le pic d’Orri en haute Soule et la crête du Moun Né à l’est en vallée d’Estaing. Entre 1979 et 1988, l’aire de répartition sur le versant français était réduite à 80 000 hectares (800 km2) [J.-J. Camarra, op.cit.]

Si l’aire de répartition du noyau occidental est plus importante en 2004-2006 qu’en 1970, alors que la population est plus faible, c’est en raison de l’arrivée d’ours originaires de Slovénie.

L’aire de distribution du noyau centro-oriental atteint 3 600 km2 en versant nord.

Au total : 5 000 à 5 500 km2, soit 500 000 hectares, sont habités par l’ours brun sur le versant nord des Pyrénées [J.-J. Camarra, D. Coreau, P. Touchet, « Le statut de l’ours brun dans les Pyrénées françaises. Historique, évolution, perspectives », Faune sauvage, revue de l’ONCFS, n°277, septembre 2007.]

D’après l’Équipe technique ours (E.T.O.), «l’habitat disponible pour l’ours dans les Pyrénées couvre une surface estimée à 10 460 km2. En intégrant l’ensemble de la zone montagne des Pyrénées (versant français) et une part du piémont où la couverture forestière est importante (au moins 40%), il apparaît que 10 460 km2 serait potentiellement disponible pour permettre l’installation de l’ours dans les Pyrénées. La surface nécessaire à la survie à long terme de l’espèce, à partir de laquelle l’espèce est en état de conservation favorable est estimée à 10 500 km2. »

«Il n’existe pas de données claires dans la littérature scientifique. L’ours est une espèce à grand domaine (plusieurs centaines de km2, variable selon les individus) et à faible densité d’individus. Il a besoin de vastes forêts réparties sur plusieurs milliers de kilomètres carrés. La population d’ours brun la plus proche d’un point de vue écologique, est la population située en Espagne dans les Monts Cantabriques. Répartie actuellement en deux noyaux, cette population (note : de 120 à 150 ours) occupe une aire totale d’environ 5 500 km2. Cette surface d’habitat peut constituer un ordre de grandeur pour le maintien de l’espèce. [Eléments provenant de la « Pré-fiche » Natura 2000 - document non validé - Espèce 1354 : Ursus arctos, Ours brun, rédaction par l’E.T.O. 1999.] »

On n’a pas d’idée précise du territoire habité par l’ours ou potentiel pour l’ours sur le versant sud des Pyrénées, dixit Frédéric Decaluwe de l’E.T.O.

Ces éléments scientifiques démontrent ce que nous vérifions depuis le renforcement de 1996. À savoir que l’ours, mammifère très "plastique", a su réoccuper les anciens territoires des ours de lignée pyrénéenne, allant même jusqu’à reprendre les mêmes sentiers, démontrant toute l’intelligence proverbiale de la bête.

Les incursions connues de l’ours hors de la haute montagne, loin d’être anormales, sont au contraire le signe de la vitalité de l’espèce. Si elles s’accompagnent du hourvari des éléments ultrapastoraux, c’est en raison de l’attitude provocatrice de ces derniers soutenus par des chefs de file politiques ou du syndicalisme agricole. L’emballement médiatique fait le reste. Faut-il se moquer quand en 1993 (pas en 1893 !), la presse locale des Pyrénées-Atlantiques se faisait l’écho d’une bête, la fameuse "bête de Nay", qui fut tour à tour une lionne, un lynx, une genette, un chien, qui se perdait dans les champs de maïs, effrayant une partie de la population ? Les ressorts de la peur n’ont finalement pas évolué depuis des millénaires. Faut-il condamner certains individus pour propagation de fausse nouvelle lorsqu’en 2008 on essaie d’apeurer la population de l’agglomération toulousaine parce qu’un
ours descendrait de la montagne pour se rendre au Capitole ?

Bien avant les incursions médiatisées à outrance des ours "Balou" et "Sarousse", un ours issu du premier renforcement de 1996-1997 était venu en piémont pyrénéen sans tohu-bohu imbécile. C’était au printemps 2000, donc, que les traces d’un ours avaient été repérées au sud-est de Saint-Gaudens, en rive droite de la Garonne. L’animal avait d’ailleurs poussé jusqu’au fleuve (altitude, environ 300 m) et avait attaqué une ruche. Personne ne l’a vu ! Notons que l’ours avait dû utiliser le couvert forestier presque continu, même s’il est parfois étroit, entre la montagne et le piémont. Ce comportement est tout à fait normal, s’est reproduit et se reproduira à l’avenir.

Les incursions des ours issus du renforcement de 2006 en piémont (rive droite de la vallée de la Lèze, région du Volvestre en Haute-Garonne) sont de la même nature. En automne, c’était le cas en 2006, elles correspondent à des recherches de nourriture abondante en piémont. Au printemps, comme en avril 2008 dans la région de Foix, elles signent la facilité pour l’ours de trouver sa nourriture à basse altitude lorsque la végétation n’a pas encore démarré ou tarde à le faire en montagne. Dans une France qui a oublié que l’ours n’était pas un strict animal de montagne, il est facile pour les ultrapastoraux de crier au danger et d’effrayer les Toulousains comme il le font («L'ours slovène Balou retourne t'il à Toulouse, comme il l'a déjà tenté ? » ainsi commence un communiqué de presse de l’ASPAP du 10 avril 2008). Rappelons que personne n’a vu ces ours qui n’ont manifestement pas commis de dégâts invraisemblables.

Il est donc d’une nécessité absolue que l’État tienne désormais un autre discours vraiment appuyé sur la biologie de l’ours. Dans un reportage diffusé sur France 3 en avril 2008, Madame Véronique Castro, directrice de cabinet du préfet de l’Ariège, déclarait que tout le monde peut être un peu surpris, que la localisation d’un animal sauvage n’est pas facile (puisque c’est un forestier qui a découvert des traces et a prévenu l’ETO), cherchait à rassurer la population qui peut s’alarmer et espère que la localisation se fera le plus rapidement possible. Un tel discours par trop frileux n’est pas propre à rassurer les populations. La meilleure réponse à ces comportements normaux est de renseigner la population sur les mœurs réelles, et non supposées, de l’ours.

Stéphan Carbonnaux

Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénéescommandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.

13 août 2008

L'équipe technique ours espagnole annonce l'observation d'une ourse et de 2 oursons

Deux oursons en plus dans les Pyrénées catalanes espagnoles !

  • Le 25 juillet, le Parc Naturel Cadi - Moixero (Alt urgell, Espagne) reçoit un témoignage d'observation d'une ourse suivie d'un ourson, réalisée le 23 juillet. Les techniciens mettent en place un suivi scientifique spécifique : prospections de terrain, recherches d'indices, affuts et mise en place de 3 appareils photo automatiques.
  • Le 26 juillet, ils trouvent une crotte d'ours.
  • Le 30, ils observent de nuit, 3 ours : un ours adulte non identifiée (une femelle sans doute!) accompagnée de deux jeunes estimés de seconde année (nés durant l'hiver 2006-2007)
  • Le 31, découverte de nouvelles crottes d'ours. Les échantillons ont été envoyés au laboratoire de la Faculté vétérinaire de Barcelone pour analyses génétiques.

C'est la première fois que la présence de l'ours est signalée au Sud de la rivière "Segre" et aussi à l'Est dans les Pyrénées.

SerradecadiSituation de la Serra de Cadi.

Interrogé sur cette découverte, Mathieu Krammer (FERUS) analyse : "La mère ne peut être Sarousse (présente ailleurs dans les Pyrénées et qui n'a pas donné naissance à des oursons cette année), ni à priori Ziva, Caramelles ou bien évidemment Hvala (qui a 2 oursonnes) ou d'aucune des ourses actuellement "baptisées" dans les Pyrénées. Il ne s'agit absolument pas de leurs territoires respectifs. Ce serait donc (en utilisant le conditionnel toujours) une ourse née dans les Pyrénées entre 2000 et 2004. Une ourse parfaitement anonyme, non pucée et qui vit librement et tranquillement dans les Pyrénées!"

L éducation des oursons peut durer 2 ans© Dessin Marc Large

"Les oursons peuvent rester un ou deux ans avec leur mère selon les cas. Si la densité en ours est forte dans une zone, les oursons resteront plutôt un an avec leur mère ; alors que si la densité est faible dans ce même secteur, ils peuvent rester 2 ans ensemble." Ce qui semble être le cas. "Dans les Pyrénées, tous les cas de figure ont été observés : les oursonnes de Hvala nées en 2007 ne sont restées qu’un an avec leur mère, puisque émancipées ce printemps 2008 ; les oursons de Ziva nés en 1997 (Kouki et Néré) sont restés deux ans avec leur mère. Ils ne se sont émancipés qu’au printemps 1999."

Cette ourse pourrait être issue de Ziva et Pyros (née en 2000 ou en 2004) ou une des deux femelles issue de Boutxy et Caramelles née en 2002-2003 déjà repérée par analyse génétique en 2003. Les résultats de l'analyse confirmeront ou infirmeront cette hypothèse. Voir la généalogie des ours pyrénéen.

Pour l'ADET, "cette observation montre une extension territoriale de la population d'ours vers le Sud, une trés bonne nouvelle pour l'avenir de l'ours dans les Pyrénées."

La Pedraforca ou fourche de Pierre - Parc naturel de Cadí-MoixeroLa Pedraforca ou pierre fourchue.

Voici comment le site randonades.com présente la Serra de Cadi : "Le parc naturel de Cadí-Moixero s'étire d'est en ouest, parallèlement aux Pyrénées, une quinzaine de kilomètres au sud de l'Andorre. Les «Rocheuses catalanes» sont une longue barre calcaire de grès et schistes rouges au relief tourmenté. Cette palissade de roches océaniques fait face à la silhouette singulière de la Pedraforca ou montagne en forme de fourche, montagne emblématique de la Catalogne, arborant ses faces blanches aveuglantes. Les paysages de haute montagne (2700m), aux épaisses forêts et prairies naturelles, alternant avec la roche calcaire, abritent une grande diversité d’écosystèmes qui favorisent la présence d’une faune et d’une flore aux nombreuses espèces." Dont maintenant l'ours.

Merci à Vicenç pour ses corrections ;-)

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