CHOISY Jean-Pierre

24 juillet 2008

Louis Dollo n'aime pas

Louis Dollo n'aime pas les vautours

Louis DolloDu neuf sur le web! Des titres comme «Le vautour, un éboueur émérite»,  «Les vautours, alliés indispensables et fragiles du pastoralisme» (pdf 14 pages - 792 ko) . Ce qui n’empêche pas Louis Dollo de publier sur son site pyréniais  «Vautour fauve, ennemi public pyrénéen» par Michaël HAJDENBERG, "envoyé spécial" en Vallée d'Ossau! Et de déclarer dans la rubrique nature de Kairn «Quant à dire qu'il (le vautour) est l'allié du développement durable, il ne faut peut être pas sombrer dans le délire idéologique». Qui délire ?

Pour Louis Dollo, pas de doute, quand la LPO annonce  «Les vautours : des culs de sac épidémiologiques», c’est du délire : «Aucun virus et aucune bactérie pathogène ne résistent à leur système de digestion. Leur rôle sanitaire indiscutable est prouvé par plusieurs thèses vétérinaires. Ils participent donc à la salubrité des écosystèmes de montagnes en limitant la propagation de certaines maladies véhiculées par des carcasses de mammifères et en évitant la contamination des eaux de sources

Pour Louis Dollo, formé aux volatiles à L'observatoire départemental des dommages au bétail de l’IPHB, qui «engrange» les témoignages douteux sur les attaques de vautours sur des bêtes vivantes et saines, il est inadmissible de défendre les rapaces. Quant on met en doute la véracité de toutes ces prétendues attaques, on devient un scientifique douteux. C’est fou ce qu’il y a de gens douteux pour Louis Dollo, surtout parmi les chroniqueurs occasionnels de la Buvette…

Louis Dollo n'aime pas Jean-Pierre Choisy

Il semble que Louis Dollo n'apprécie pas les propos de Jean-Pierre Choisy à la buvette "Attaques de vautours : faits et analyse" :

  • "Il est bien connu que les ornithologues finissent par ne plus croire même ce qu'ils voient. Ils en arrivent à contester des faits reconnus par les pouvoirs publics et, dans tous les cas, préférent se retrancher derrière la littérature qui est leur seul credo." (Il est bien connu ? Par qui ? Quelles sources?)
  • "Un tel texte est de la pure provocation pour les éleveurs des Pyrénées. Nier la réalité et citer Farid Benhammou manque pour le moins de sérieux et de rigueur scientifique." (Voir les qualités de scientifiques de Farid Benhammou ci-dessous. Pour Louis Dollo, citer un Docteur en Géographie c'est faire preuve de manque de sérieux et de rigueur... scientifique. Quel scientifique êtes-vous Monsieur Dollo, Bac plus combien?
  • "Après le militantisme, on fait intervenir des pseudos scientifiques ou spécialistes qui, comme ici Jean-Pierre Choisy du Parc Naturel Régional du Vercors (il fallait aller le chercher, il n'y avait probablement personne sur les Pyrénées pour l'exécution de basses œuvres) utilise des chiffres dont on ne sait d'où ils sortent (aucune référence n'est fournie) pour établir une thèse reprise quelque temps plus tard par des communiqués de presse militants très affirmatif reprenant l'étude approximative." Jean-Pierre Choisy est chargé de mission au Parc Régional du Vercors et gère le site sur les vautours (sur le terrain à Chamaloc et sur le web ce qui fait de lui un "exécuteur de basse oeuvre", c'est évident, alors qu'il centralise toutes les observations en France et en Europe sur les vautours. Si c'est un éxécutant (il est employé de l'Etat je pense), qui tire les ficelles Monsieur Dollo? Nous attendons votre étude où celle de l'IPHB pour comparer avec celle de JP Choisy, où des témoignages d'autres spécialistes vautours pour confirmer vos commentaires désobligeants sur ce spécialiste (Michel Terasse,..). Quelle formation ornithologique avez-vous Monsieur Dollo? Celle de la formation de "guide de pays"?
  • "C'est ainsi que le mensonge et la manipulation deviennent une institution dans le milieu environnementaliste en pensant que ces simples paysans, qui, par définition, ne sont pas crédibles et ne détienne pas le savoir. Mais la grande différence avec l'ours et les années 80 et 90 est qu'aujourd'hui l'information et la connaissance circulent et qu'il faudra à la LPO et à Jean-Pierre Choisy d'autres arguments pour convaincre."
    La vidéo exclusive Lourdes-Infos "Les vautours attaquent dans les Pyrénées" ou une carcasse de brebis roule dans la pente semble bien peu fiable comme  preuve. Pouvez-vous apporter d'autres témoignages crédibles : ceux des "simples paysans" sur les veaux d'Aston par exemple, tentative notoire d'optention de dédommagements pour des attaques fictives d'ours cette fois-çi. Qui manipule qui ?

Faut dire que nous sommes de plus en plus nombreux à être considéré comme des talibans et à ne pas trouver grâce aux yeux de Louis Dollo. Louis Dollo n'aime pas grand monde...

Louis Dollo n'aime pas Christophe Coret

On s’avait que Louis Dollo n’aime pas les ours en peluche mais voilà qu’il fait plus fort encore. Suite au succès de la souscription lancée en avril 2008 par AVES France, Christophe Coret va publier un livre pour enfant sur l’ours intitulé «Palouma, l’histoire de l’ourse qui voyagea dans les Pyrénées.» Le livre n’est pas encore sorti que Louis Dollo, guide de pays et pigiste occasionnel à Lourdes et Tarbes-Infos, rédacteur d’articles anti-environnementaux dans la rubrique … nature de Kairn et diplômé du Lycée d’enseignement professionnel de la cathédrale (de Poitiers) devient critique littéraire à ces heures, sans avoir lu le livre, juste un communiqué de presse :

  • «Ce projet soutenu par une association qui n'a jamais caché son extrémisme en utilisant des méthodes souvent peu soucieuses de la vérité, ne peut pas s'empêcher de faire référence à celle qui, pour certain, est considérée comme une " martyre ", c'est-à-dire Cannelle tuée en novembre 2004». Montrez où AVES France se déclare association extrémiste?
  • «Selon l'association écologiste, l'ours est le "compagnon de nos nuits enfantines, chasseur de fantômes et de monstres en tout genre, l'ours (en peluche) rassure les enfants." Toutefois, la question posée est "connaissent-ils les vrais ours ? Ceux qui vivent dans les montagnes, dans nos forêts ? " Il ne semble pas qu'à la lecture de cet ouvrage les enfants puissent connaître les vrais ours ni même en avoir la moindre idée.» Est-ce là la fonction d'un livre pour enfant? Avez-vous eu une enfance heureuse Monsieur Dollo pour régler ainsi vos comptes avec le "doudou" chéri de tous les enfants?
  • «Là débute la manipulation pour les enfants.» «(…) et la propagande se poursuit en expliquant que "apprendre à connaître les animaux nous permet de mieux les appréhender à l'âge adulte..." Nous voyons bien là l'intention d'influer sur les enfants dès le plus jeune âge pour mener une véritable campagne idéologique en faveur du tout sauvage pour une seule espèce d'animal qu'est l'ours en faisant totalement abstraction de son environnement naturel, social, humain, économique… » (Si maintenant la littérature enfantine vient à contredire la «Biodiversité à visage humain» chère aux associations ultra-pastorales, où va-t-on ? Faut-dire qu’en manipulation de l’information, Louis Dollo est un expert reconnu sur la toile ; il n’y a qu’à voir les quantités de critiques et de casseroles qu’il trimballe derrière lui sur tous les forums.)
  • «En fait, une histoire racontée par une personne qui n'a jamais été un acteur lui-même et dont on se prend à douter qu'il ait quelque fois lui-même découvert les Pyrénées.» Même critique pour moi aussi, qui n’est censé jamais avoir mis les pieds dans les Pyrénées, mais même, est-il indispensable d'alloir foulr le GR10 pour écrire un livre sur l'ours pour les 3 à 6 ans ? Pourquoi tant de haine? Louis Dollo est très sensible à «l’origine» des gens non pyrénéens, lui qui est originaire des bords de Loire et qui m'appelle "le belge". D’où lui vient cet ostracisme aïgu? De son service militaire dans la gendarmerie ou de l’influence idéologique due à sa fréquentation assidue des porteurs de bérets ariégeois ou Toy? Une consultation s'impose.
  • «Et un imaginaire idéologique dangereux pour la bonne perception de la réalité de l'ours.»  L’association Plumes en seine (édition de livre pour enfants) serait-elle elle aussi infiltrée par les milieux écologistes infâmes qui noyautent les ministères? Encore un nid de talibans à dénoncer dans la rubrique «Faits Divers» de Lourdes-Infos? On nous ment, une nouvelle pierre à la théorie du grand complot.

Louis Dollo n’aime pas les (artistes) belges

Et tant qu’on y est pourquoi Louis Dollo ne deviendrait-il pas aussi critique artistique, une nouvelle ligne sur sa carte de visite déjà chargée?

Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken sont deux jeunes artistes flamands responsables d’une exposition "Expédition Francka" sui vient de se terminer à Bruxelles. Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken (lauréate du prix «Beeldende Kunst en Vormgeving Provincie Vlaams-Brabant 2007», c'est pas de l'occitant) ont entrepris cet hiver un voyage sur les routes des Pyrénées, pour y relever et photographier les inscriptions en faveur ou en défaveur de l’Ours.

Cette expo Expédition Francka peut être interprété comme une fable, un «exemple animal» de la problématique de l’émigration, dans nos états laïques, de réfugiés d'autres religions, avec les aspects de nationalité, d'identité, de différences et de peur générée par tout ce qui est différent : «l'autre», l’étranger déclarent les auteurs. Alors Louis Dollo publie «Quand le délire rejoint l’ignorance» (ce n'est pas un pamphlet).

Louis Dollo : «Nous savions que certains belges (c’est moi qu’il vise) avaient une vision très particulière de l’ours et du pastoralisme pyrénéen, mais là nous atteignons le paroxysme du ridicule.

« …. rendent hommage au patrimoine que représente l’ourse Franska…. » A travers cette phrase, l’ourse Franska ferait, selon l’auteur, partie du patrimoine pyrénéen. Mensonge, manipulation, révisionnisme, perturbation idéologique… ? Tous les qualificatifs sont possibles face à une telle stupidité. Tout le monde sait que Franska est une ourse slovène importée dans les Pyrénées pour satisfaire l’enthousiasme de quelques « talibans escrolos » qui font de l’ours une bête commerciale et un emblème pour mener les Pyrénées à l’ensauvagement de son patrimoine naturel.

Faire une exposition autour de ce thème est à la fois la preuve d’une ignorance coupable mais également un comportement par ailleurs condamné par la secrétaire d’Etat à l’Ecologie quant à la «peopolisation» des plantigrades qui constitue « un élément de plus pour alimenter l'incompréhension entre Parisiens et habitants de la montagne. Les éleveurs ont du mal à admettre cet anthropomorphisme, cette façon de traiter les ours comme des gros doudous, alors qu'ils se retrouvent face aux prédations. »

Quel est le rapport entre l’exposition et le nom donné aux ours pyrénéens? Des artistes font de l’art sur les ours pyrénéen; ce serait un comportement condamné par la ministre de l’écologie NKM! Le titre de l’article de Louis Dollo est bien trouvé :  «Quand le délire rejoint l’ignorance». Alors si en plus cette œuvre parle de patrimoine et d’acceptation de l’autre..., quelle provocation pour Louis Dollo!

Dans les Pyrénées et dans les stades de football, certains n’aiment pas trop les étrangers ou ceux qui les acceptent (belges, chtis, slovènes, c’est un peu la même chose, non? La culture doit être contrôlée, surtout celle-çi qui parle d'ours. Que dis-je contrôlée? Détruite! A quand le bûcher sur la place de Foix financé par le CG de l’Ariège? J’exagère?

L'art est subversif pour les ultras-pastoraux.

Louis Dollo n’aime pas Farid Benhammou

Ca commence à ressembler à une des dernières chanson De Francis Cabrel ! Farid Benhammou est un scientifique bien connu de ceux qui fréquentent les colloques sur les prédateurs. Lors du débat sur la biodiversité du Festival Résistances, l’un des opposants aux ours (Olivier X?) avait dit à Farid Benhammou «Vous n’êtes qu’un intellectuel!» comme s’il s’agissait d’une tare. Pourtant, dans le même camp, Louis Dollo n’en croit rien:

  • Farid Benhammou, un chercheur contesté.
    Louis Dollo : «Doctorant en géographie à l'École nationale du génie rural, des eaux et des forêts (Engref), Farid Benhammou est aussi une des têtes pensantes et "scientifiques" de FERUS et de l'ADET-Pays de l'ours. Il est particulièrement attaché aux problématiques liées aux grands prédateurs tels que le loup, l'ours et le lynx. Il a publié plusieurs ouvrages dont certains sont parfois contestés et plusieurs publications dont une dans le n° 48 du Courrier de l'environnement qui fait débat avec trois chercheurs de l'INRA qui semble l'accuser "d'affirmations mensongères".  «Accusation qui apparaît pratiquement normal (sic) lorsque l'on voit les propos pro-ours qui se répandent sur les forums de discussion. Mais vu la violence des propos de ces trois chercheurs de l'INRA, ne doit-on pas remettre en cause l'ensemble des communications de Farid Benhammou? Ici, il s'agit du loup. Mais la même démarche, la même méthode, le même type de raisonnement existe pour l'ours.» Quel jugement sûr et définitif basé sur la violence de propos. Pas sûr qu'elle soit bonne conseillère? Querelle d'expert? J'aime bien votre affirmation comme quoi tenir des propos pro-ours entraine "normalement" des accusations. Evident, non?
  • Et sur la page consacrée à Stephan Carbonnaux (voir ci dessous) : «Moins connu que Farid Benhamou dont nous n'entendons plus parler depuis qu'il a passé son doctorat (l'a-t-il obtenu ?)». Et une petite attaque gratuite supplémentaire. Bac plus combien Monsieur Dollo ? Et bien Farid Benhammou a obtenu la mention "très honorable avec les félicitations du jury à l'unanimité", autrement dit la récompense maximum pour un doctorat dans les universités françaises. En outre, le Comité national français de géographie (CNFG) a retenu sa thèse parmi plus de 200 en géographie pour l'inscrire dans les 10 qui concourent pour le "prix de la thèse 2008". Le complot est bien plus préoccupant que prévu Monsieur Dollo. Plus moyen de critiquer Farid Benhammou, il est devenu intouchable. Existe-t-il un championnat de France des guide de pays?
  • Les guillemets autour de «scientifiques» sont là pour émettre un doute sur les qualités scientifiques de Farid Benhammou. Alors voyons un peu le pédigree de Farid Benhammou  (Est-ce un nom de chez nous?) Farid Benhammou est Docteur à l'école nationale du Génie rural, des eaux et forêts (ENGREF) et agrégé de Géographie à Orléans.
  • Depuis 1998, ce géographe s'est orienté pour sa licence sur les problèmes  géopolitiques des grands prédateurs.
  • Il est également l’auteur d'un article sur le loup dans les Pyrénées-Orientales: "La cohabitation Hommes/grands  prédateurs en France. Actes du colloque du 21 et 22 mars  2004 à Orléans". Ed. Recherches naturalistes en région Centre n°14.
  • Il a aussi publié : "Vivre avec l’Ours", Ed. Hesse, 152p. et
  • L’Ours des Pyrénées, les 4 vérités, Ed. Privat, 160p.

Farid Benhammou a présenté sa thèse de doctorat:  «Crier au loup pour avoir la peau de l’ours : une géopolitique locale de l’environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France. » (665 pages!)  Pour télécharger sa lourde thèse (bas débit, s'abstenir!)

Parmi les membres du jury, son professeur à l’ENGREF Laurent Mermet.  Laurent Mermet a lui une double formation, en écologie (Ecole Normale Supérieure) et en gestion (doctorat de l’Université de Paris-Dauphine). Il travaille sur l’analyse stratégique de la gestion environnementale, sur les problèmes de négociation liés à l’environnement, sur les théories et méthodes de la prospective. Parmi les publications de Laurent Mermet, il est intéressant de lire :

Avec un tel professeur, qui a démonté les mécanismes anti-environnementaux de l’IPHB, Farid Benhammou est bien évidement suspect dès le départ pour Louis Dollo, alors vous pensez si d'autres scientifiques de l'INRA critiquent un tant soit peu son travail, c'est du pain béni..

L'INRA ? Institut national de la Recherche Agronomique. Est-il surprenant que dans le milieu agricole, on trouve des scientifiques opposés à quelqu'un qui ne s'oppose pas catégoriquement aux grands prédaters. Laurent Garde du CERPAM n'a t-il pas conseillé aux ultras-pastoraux de ne pas mettre les pieds dans le groupe National Ours? La FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) de l'Ariège ne finance t-elle pas les "Pastoralies", sur le Plateau de Beille, dans le département de l'Ariège, le vendredi 8 août 2008?

La liste des publications de Farib Benhammou aggrave encore son cas. Pour Louis Dollo, il s’agit d’un  «scientifique contesté» -et d’un parisien (comme pour l’éleveur du débat du festival résistances!)- vendu aux associations environnementales.

Louis Dollo oppose souvent Farid Benhammou à un autre scientifique Bruno Besche-Commenge (qu’il respecte et publie abondement celui là) qui défend lui la cause des éleveurs ultra-pastoraux. C’est BBC qui a rédigé le «rapport à mi parcours» de l’ADDIP. Louis Dollo le présente comme un «Ex-Enseignant et chercheur (retraité) au centre de linguistique et de dialectique de Toulouse. Spécialiste de l'histoire des techniques agropastorales» et donne la liste de ses publications :

  • «Le savoir des bergers de Casabède» - Textes gascons pastoraux du Haut Salat (Ariège-Pyrénées) Edition : Toulouse : Université de Toulouse-le-Mirail, 1977. - 150 p .Collection : Travaux de l'Institut d'études méridionales / Centre de Ressources Occitanes et Méridionales.
  • «De la notion de race au concept de population - Les concours bovins en Ariège depuis 1823 ", Ethnozootechnie n° 28, pp. 59-74.- 1981.
  • «Le concept de race - Mythe rationaliste ou pratique socio-économique», Ethnozootechnie n° 29, pp. 43-59.- 1982.
  • «La mère du bétail n'est pas encore morte. Culture technique et pensée symbolique : évolution et permanence dans les Pyrénées (1787-1987) », Histoire et animal. Colloque Homme-Animal-Société. Sources, travaux historiques – 1988.
  • Publications dans Les Cahiers d'Études Romanes (Toulouse) : «Un carnet de saillie» - N° 1 (1979) ; « Le maïs mange, les brebis sont en sève ou les maîtres de l'herbe. Analyse sémantique du "glap" et du "reish"», 8 mai 1980 - N° 2 (1981).

Un scientifique très spécialisé! Je vous laisse juger de leurs qualités respectives dans la problématique des grands prédateurs. La mauvaise foi de Louis Dollo est quant-à-ne fait aucun doute.

Louis Dollo n’aime pas Stephan Carbonnaux

Stephan Carbonnaux est ornithologue, naturaliste et imitateur à ses heures perdues. Ses écrits ne plaisent pas non plus à Louis Dollo qui a rédigé sur son site un brouillon de biographie agressive truffée d’erreurs et d’oublis. Encore un exemple du travail méticuleux de «journaliste» sans recherches ni vérifications. Faut dire que le "travail" de Louis Dollo à la rubrique «faits divers» de Lourdes-infos ne doit pas aider à se faire une expérience enrichissante de journalisme. C'est un métier. Il ne suffit pas d'avoir une carte de presse.

«Stéphane Carbonnaux (sic) est considéré comme étant un écrivain, se dit également naturaliste et vit à Pau. Il a écrit ou co-écrit deux ouvrages, " Chasseur de Crayon " (re sic) et " Enquête sur le roman " qui ne semblent pas être représentatif de sa qualité de naturaliste. Moins connu que Farid Benhamou dont nous n'entendons plus parler depuis qu'il a passé son doctorat (l'a-t-il obtenu ?), le niveau de ses interventions publiques sur l'ours ne dépasse guère celui des intervenants sur le Forum de l'ADET-Pays de l'ours c'est-à-dire d'un intérêt assez primaire.. » A propos du dialogue Carbonnaux/Paroix : «Au lieu de chercher à le convaincre et de trouver des points de convergence avec lui, Stéphane Carbonnaux le " casse " comme un traître au " Parti " comme dans les heures de gloire du Parti Communiste de l'ex-URSS (pas que là d'ailleurs). C'est ce que les environnementalistes appellent  tendre la main.»  Où Louis Dollo va-t-il chercher cela ?

Louis Dollo semble spécialiste pour donner des étiquettes d’extrémistes à tous ses détracteurs. Dans de nombreuses interventions de Louis Dollo sur son site ou dans les  forums (ceux où il n’est pas le seul intervenant comme sur Vallée d’ossau ou le monde des Pyrénées qui sont pour li des outils de référencement), où ses contradicteurs deviennent escrolos, talibans, haineux, fonctionnaires, fascistes ou communistes de la pire époque. Une technique bien connue et utilisée par les pollueurs de forum. (Lire ses innombrables interventions sur les anciens forums Ossau, Paysdelours, Kairn etc. De certains, il a disaru, pas étonnant.)

  • Habiter Pau : une tare pour Louis Dollo ; autant dire habiter Paris puisque c’est déjà la plaine.
  • Alapage.com semble être la seule source de Louis Dollo, ce qui en fait le roi de la biographie de l’à peu près....
  • A la trappe le remarquable livre «Le cercle rouge» sur les voyages naturalistes de Robert Hainard dans les Pyrénées et le Gypaète barbu.
  • La biographie de Robert Hainard «Chasseur au crayon» (Robert Hainard est dessinateur), devient «chasseur de crayon» quitte à ne plus avoir aucun sens et à résumer la vie du naturaliste suisse à un voleur de préau de cours de récréation!
  • Rien sur le fait que Stéphan (celà s'écrit sans e, mais l'exactitude ne semble pas pas importante pour Louis Dollo) soit juriste et possède un DEA de droit de l’environnement en 1992. (Louis Dollo est lui guide de pays; voir plus haut)
  • Rien sur ses activités d’administrateur et de militant au sein de la SEPANSO Béarn où il effectue son service civil (Louis Dollo a fait le sien dans la gendarmerie.)
  • Rien sur le film « Une vallée en sursis » puis la libération de Pépetin, Stephan Carbonnaux est secrétaire de son comité de soutien. Louis Dollo, lui est dans ses écrits, un fidèle serviteur du zélé zélu du tunnel, Jean Lassalle.
  • Rien sur «Le casseur d’Os», seule revue du genre à paraître régulièrement dans le Sud-Ouest.
  • Rien sur le Groupe ornithologique des Pyrénées et de l’Adour (GOPA), qu’il préside et pour lequel il entretient des relations avec des naturalistes de la France entière, mais aussi des Espagnols, des Anglais, des Italiens.
  • Rien sur la création en 2005 avec Arnaud Bordes (Qui ?), écrivain, les éditions Alexipharmaque.
  • Rien sur les voyages de Stephan Carbonnaux en Europe orientale, et les Balkans en particulier : Roumanie, Slovénie, Serbie, Bulgarie…
  • Par contre le poste que Ferus lui confie sur la réintroduction de l’ours en France devient (on n’est pas à une erreur près) : «Monsieur Stéphan Carbonnaux a été embauché par Ferus+ADET+WWF», puis quand on lui fait remarquer ses approximations, il aggrave son cas : «Il semble qu'il ait été embauché uniquement par FERUS pour établir le Bilan à mi-parcours de l'ADET-Pays de l'ours, FERUS et le WWF ce qui, in fine, revient au même.» Ah, c'est difficile d'acquérir la précision nécessaire à un journaliste de métier.

L’attachement de Stephan Carbonnaux à la «naturalité des forêts» a fait un tabac sur le forum du Grand Charnier et sur les autres sites agro-pastoraux. L’idée que la forêt puisse évoluer seule, sans intervention humaine, et être ainsi beaucoup plus riche en biodiversité qu’une forêt gérée par l’homme (coupes à blanc, monoculture) ou qu’une estive (une forêt tellement exploitée par l’homme (coupes, feux pastoraux) et les brebis qu’elle est devenue rase comme un golf, a provoqué une masse de commentaires violents envers Stephan Carbonnaux comme ceux de Bruno-Besche-Commenge, encore lui :

  • «Désirons-nous un retour à la normale, un ré-enchantement du monde, comme ces forestiers roumains qui cherchent en certains lieux à retrouver la nature d'il y a 2 000 ans
  • «Et s'il a des enfants, et qu'ils chopent l'appendicite, surtout, surtout, je l'en supplie, qu'il les laisse crever, comme il y a 2000 ans dans un monde normal».

Ou ceux de JL Grasset du Grand Charnier :

  • «Quelle suffisance de l’intellectualisme pour se désolidariser ainsi de la lutte millénaire de nos ancêtres, sur tous les continents, pour lutter contre une nature hostile de friches et de ronces, afin de survivre !» «Ce qui me paraît grave c'est qu’il utilise le support d'une association écologiste et la notion consensuelle d'écologie pour faire passer une idéologie totalitaire qui n'a rien à voir avec la protection de l'environnement.»
    Ah! Il va me faire pleurer sur le sort des agriculteurs. La nature hostile, les mauvaises herbes et les nuisibles! Heureusement que pour "la biodiversité à visage humain", Monsanto a inventé le Roundup et je ne sais plus qui le DDT pour rendre la montagne de ses ancètres propre. Quand aux nuisibles, la strichnine et les porteurs de canons doubles s'en chargent avec la bénédictioon de la justice. Le pastoralisme, quel beau métier pour "entretenir" les paysages et "réguler" la nature dans le sens d'une biodiversité bien contrôlée avec le secours des écobuages difficilement contrôlés. (Y en a marre des renards, blaireaux, loups, ours, vautours et autres cormorans...)

Certains commentaires gardent eux les pieds sur terre : «Si on foutait un peu la paix à la nature au lieu de vouloir en permanence l'asservir, la modeler, la diriger, ou la transformer, les équilibres indispensables à notre survie ne seraient pas aussi menacés qu'ils le sont actuellement.»

D’autres par contre sont aussi lamentables (sans doute les mêmes auteurs) que ceux qui polluent depuis des lustres les forums « biodiversité » d’Orange où il n’y a que haine et invectives. «Mais notre interlocuteur anonyme, comme Stéphan Carbonaux (sic) ne sont pas des obscurantistes. Ce sont des idéologues qui font passer leurs messages. C'est bien cela le danger de cette idéologie nazie.» Ou encore : «Pour ce qui est du nazisme et les propos de Stéphan Carbonnaux, nous ne pouvons que regretter que ce personnage soit la parfaite caricature du propagandiste d’idées proches du nazisme que certains qualifieront sans doute de néo-nazies.» Nous y revoilà, la boucle est bouclée. Les bérets sont remplacés par des casques à pointes. Montagnards, nous voilà...

Et on peut continuer avec Alain Reynes, François Arcangeli, Laurent Mermet, Jean-Jacques Camara, L'Equipe Technique Ours, ...
A qui le tour ? Bienvenue au club des préférés de Louis Dollo. Vous savez quoi? J'aime bien Louis Dollo, il me fait rire.

18 juin 2008

Attaques de vautours : faits et analyse

par Jean-Pierre Choisy
Chargé de mission au Parc Naturel du Vercors

Attaques de vautours

I.    Avant propos
II.   Vautours et ongulés + autres Mammifères et Oiseaux
III.  Attaques? Dommages réels, dommages fictifs, instrumentalisation ou information ?
IV.  Dommages réels dans les Pyrénées françaises
V.   A propos de la situation en Espagne
VI.  Attaque de vautours : Interprétation scientifique ou fantaisiste ?
VII. Conclusions


I. Avant propos

Il y a quelques années que circule une rumeur de vautours fauves Gyps fulvus attaquant le bétail.

Depuis 2007 on entend et même on lit, dans des publications qui vont de la presse de caniveau à un manuel scolaire, que le Vautour fauve serait devenu prédateur, s’attaquant au bétail, du fait d’une pénurie alimentaire, du fait des effectifs atteints, fermeture de charniers en Espagne.

Attaques de vautoursD’aucuns, à propos de comportements, réels ou supposés, ayant causé des dommages, n’ont pas craint soit, cyniquement, d’abuser du terme “évolution” soit, de bonne foi, de surestimer leur propre compréhension de la théorie de l’évolution.

Une information et une analyse à ce sujet est devenu d’autant plus nécessaire que, en 2007 un battage politico-médiatique a été orchestré dans l’ouest des Pyrénées, avec des échos considérable à l’échelle nationale, organisé délibérément par les uns, repris de manière inconsidérée par certains journalistes des presses écrite, parlée et télévisée, plus avides de sensationnel que d’information fiable et totalement indifférents à l’impact durable sur l’opinion publique de présentations erronées, au détriment de la conservation et restauration des populations de Vautours.

De ce fait, ce thème a tenu en mars 2008 une grande place dans les travaux du séminaire annuel du Groupe Vautours France qui, depuis quinze ans, rassemble chaque année des professionnels concernés, cette année à Die (Parc Naturel Régional du Vercors). Le présent article, s’il recoupe ces débats, n’en constitue pas un compte-rendu.

II. Vautours et ongulés, autres Mammifères, Oiseaux

Vivre de charognes détectées en prospectant de vastes espaces en vol plané est une extrême spécialisation, propre à deux lignées actuelles d’oiseaux :

  • Vautours d’Afrique et Eurasie : quinze espèces (L’évolution d’une seizième espèce, africaine, le Vautour palmiste Gypohierax angolensis, singulière pour un Rapace, l’a spécialisée dans la consommation des fruits charnus de certains palmiers : Elaeis guineensis et Raphia sp.) représentant 4,57% des Accipitridés, la principale famille de “Rapaces diurnes” (“Rapaces” , terme purement descriptif, n’implique nullement qu’il y ait parenté entre les espèces concernées en dépit d’analogies de formes : les Rapaces nocturnes ne sont pas apparentés aux Rapaces diurmes. Parmi les premiers, les Effraies Tyto sp. ne sont pas dans la même famille que les autres. Parmi les seconds les Faucons et espèce voisines appartiennent à une famille (Falconidés) sans parenté étroite avec les autres et le Balbuzard Pandion haliaetus représente aussi, à lui seul, une famille distincte.)
  • “Vautours” des deux Amériques : leurs sept espèces sont les seules de la famille des Cathartidés, qui, elle, est apparentée aux Cigognes, Hérons, etc.

L’adaptation à des modes de vie analogues a donné une ressemblance à ces deux groupes d’espèces, pourtant non apparentés : convergence évolutive dont on connaît de multiples exemples (Ex : l’évolution a donné une similitude de formes adaptation à la nage aux Requins, Espadons, Ichtyosaures, Dauphins alors qu’ils ne sont nullement apparentés entre eux mais bien davantage à, respectivement, Raies, Carpes, Lézards et Ruminants).  Le charognage ocasionnel se rencontre chez des espèces apparentées aux précédentes :

  • Accipitridés non spécialisés dans une catégorie de proie (Aigles Aquila sp., Buses Buteo sp., etc.), certains plus que d’autres (Milans Milvus sp., Pygargues Haliaeetus sp., etc.) ;
    Ciconiiformes divers ( Hérons Ardea cinerea, Ardeola ibis, Cigogne blanche Ciconia alba, Marabouts Leptoptilos sp., etc).

1.  Les Vautours ne sont pas armés pour la prédation

Le grand public sans compétence particulière en matière de faune sauvage perçoit volontiers le bec crochu des Rapaces comme une arme de capture et mise à mort de leurs proies. Or, il n’en est rien.

Les armes avec lesquels les Rapaces prédateurs, diurnes comme nocturnes, tuent leur proies, sont des serres : pieds préhensiles armés de griffes accérées, la fermeture des premiers enfonçant les secondes dans la proie, grâce à des muscles puissants, situés plus haut sur le membre.

Le bec crochu de ces espèces sont des outils de dépeçage de proies déjà mortes: l’oiseau, posé dessus ou à côté, les utilise, en tirant de bas en haut en général, pour arracher des lambeaux alimentaires, plus ou moins gros. Ce bec peut-être être utilisé pour achever une proie agonisante, liées par les serres, notamment en lui brisant les vertèbres cervicales. (Inversement, une proie extrêmement petite peut être mangée telle quelle, sans intervention des serres. Même différence lorsque, à un Rapace apprivoisé, autre que Vautour, on tend un animal mort ou un morceau de viande d’une certaine taille tend une serre pour la saisir, puis en arrache des lambeaux qu’il avale, alors que si c’est une simple bouchée (bribe de viande, petit insecte) il est très courant qu’il le saisisse directement avec le bec et l’avale).

Cet usage occasionnel n’en fait pas pour autant une arme, permettant de se rendre maître d’une proie capable de fuir, pas davantage lorsque vautours commencent à entamer un ongulé agonisant, avançant quelque peu une mort très proche et inéluctable (cf. infra analyse finale)

Les becs qui sont des armes pour capturer des proie ont une toute autre forme : généralement celle, sans crochet, d’un poignard (Corvidés, Mouettes Goélands Larus sp., etc.) ou de fer de lance, s’ils sont “emmanchés d’un long cou” (Cigognes, Hérons), encore que fer de pertuisane évoquerait encore mieux leur forme. Parfois ils portent un petit crochet terminal, au bout d’un bec de forme générale droite, très différent de celui globalement en crochet des Rapaces : cas de certains oiseaux pêchant en plongée (Cormorans, Harles).

Or, les vautours n’ont pas de serres mais de simples pattes :

  • Leurs ongles sont beaucoup moins aigus que ceux des Rapaces prédateurs (Ceux qui ont manipulé des oiseaux vivant -capturés pour baguage, blessés ou épuisés recueillis, etc.- savent qu’il faut prendre garde au bec des Goélands, Corbeaux, etc, et plus encore, du fait du long cou, à celui des Hérons et Cigognes, mais que c’est des serres des Rapaces autres vautours qu’il faut d’abord se garder, le bec, bien souvent, n’étant pas utilisé alors, la tête étant souvent rejetée en arrière.)
  • Leurs pattes ont perdu non seulement la puissance avec lesquelles se referment les serres de Rapaces prédateurs mais elles ne sont même plus préhensiles, sauf chez le Gypaète Gypaetus barbatus. C’est pourquoi, contrairement aux autres Rapaces, c’est au bec qu’ils transportent les matériaux de construction de leurs nids. (J’ai eu en main de nombreux vautours fauves avant lâcher pour mesures, prélèvements, baguage, pose d’un émetteur radio. L’un, d’eux, cherchant à se libérer, m’a enfoncé l’une de ses ongles entre le majeur et l’annulaire d’une main, avec un mouvement absolument inverse de celui du Rapaces prédateur refermant ses serres, pattes plus ou moins pliées: il me repoussait, étendant la jambe, doigts écartés. Même un dindon aurait pu, ainsi enfoncer son ongle. Les tissus interdigitaux ont été plus refoulés que déchirés, avec très peu d’effusion de sang. Si l’oiseau avait été un Aigle Aquila sp., Haliaeetus sp., Hieraaetus sp. Etc., j’aurai eu la main transpercée entre les deux doigts, probablement déchirée. Alors, j’aurais dû être recousu, au lieu d’être simplement pansé, et soigneusement désinfecté. Sol, fientes, charognes fournissent un riche assortiment de bactéries. Mon engagement en faveur de la biodiversité ne va pas jusqu’à m’offrir en milieu de culture.)

2. Les Mammifères et les oiseaux ne craignent pas les vautours, quelques observations locales et ou personnelles.

a) Faune sauvage, en présence de vautours et d’autres grands oiseaux.

Bouquetin Capra ibex et Grand corbeau Corvus corax
Au cirque d’Archiane (sud-est du Vercors) G. & H. David, CORA-Drôme, ont observé, lors d’une mise bas de Bouquetin, qu’un grand corbeau s’étant posé à quelques mètres, la mère a protégé le nouveau-né en se plaçant au-dessus de lui : le danger, lorsqu’il existe, provoque une réaction.

Mouflon et Aigle royal Aquila chrysaetos
Sur les pentes du Quint (sud-ouest du Vercors) Y. Pacquet et moi-même avons observé un aigle royal immature tentant de précipiter dans le vide un mouflon dont une patte antérieure était brisée par balle, ceci au seul point du trajet exposé, et sans faire aucune tentative à l’égard de la vingtaine d’autres mouflons, qui n’ont pas montré aucune réaction (cf. note in Le Bièvre).

Bouquetin, Chamois R. rupicapra et Aigle royal
Même des femelles suitées de Bouquetin ou de Chamois restent sur place (Ce qui ne prouvent nullement qu’elles y soient indifférente, l’inverse étant même quasi-certain) lorsque arrive un aigle royal, habituellement. Ce n’est pas le cas si le rapace arrive alors que l’ongulé est en situation très exposée (ex. : sommet étroit d’une aiguille rocheuse). Alors généralement ce dernier gagne la plus proche station moins exposée.

Renard V. vulpes, Milans Milvus sp., Corvidés, petits Passereaux et Vautour fauve Gyps fulvus, V. moine Aegypius monachus, Percnoptère Neophron percnopterus
Sur une même charogne on peut observer avec le Vautour fauve, non seulement Vautour moine et Perc, mais aussi, couramment Milans, Corvidés, petits Passereaux (en hiver Mésanges Parus sp. mangeant de la graisse, à la belle saison Bergeronnette grise Motacilla alba chassant les mouches attirées, etc.), de temps à autre Renard. Aucune de ces espèces n’hésite à cotoyer durablement le Vautours fauve, même présent par dizaines.

Comportement d’espèces sauvages face au Vautour fauve Gyps fulvus immédiatement après lâcher puis accoutumance rapide

Chamois à courte distance
Peu après lâcher, des femelles suitée se sont enfui devant un vautour se posant. Une autre fois, au contraire, un mâle a chargé le vautour, le contraignant à l’envol. Depuis, les chamois sont devenus indifférents à la présence de vautours, sauf des jeunes émancipés qui manifestent parfois une certaine curiosités.

Bouquetin
On ne dispose pas d’observations juste après lâcher de vautours. Au cirque d’Archiane, depuis 2007 nichent avec succès des vautours fauves dans les hautes falaises urgoniennes du Vercors dominant le Diois, dans une des principales zones de mise base du Bouquetin dans le massif.

Chamois, Cerf Cervus elaphus, Chevreuil C. capreolus, Sanglier S. scrofa, sont présents dans les alentours immédiats du même site, y compris en période de mise bas.

Grand corbeau dans les Baronnies
Immédiatement après lâcher, les grands corbeaux réagissait très vivement à la présence des vautours fauves. Un mois plus tard, hormis quelques très normales querelles de voisinage, c’était fini : les vautours maitrisaient désormais parfaitement le vol en liberté et les grands corbeaux avaient compris qu’ils étaient inoffensifs ;

Grand corbeau dans le Diois
Dès lâcher les grands corbeaux ont eu à l’égard des vautours fauves ce comportement de voisinage calme. C’est que, les mailles des volières étant plus larges, depuis des années les grands corbeaux locaux y pénétraient quotidiennement, partageant avec les vautours perchoirs et charognes.

b) Animaux domestiques à Chamaloc, commune de réintroduction du Vautour fauve dans le Diois (Préalpes)

Au site bas : brebis, chèvres, ânes, chevaux et chiens côtoient quotidiennement les vautours. Depuis quelques années, il s’y ajoute canards, pintades, poules et coqs, sans qu’aucun incident n’ait jamais été déploré. Les effectifs de Vautour fauve sont en moyenne autour d’une cinquantaine, avec parfois des maxima très supérieurs :

  • au total : en vol + posés, jusqu’à cent vingt-six ensemble ;
  • au repos seulement : posés dans une pâture légèrement en pente et bien exposé, qui leur plait particulièrement en hiver, jusqu’à quatre-vingt quatre ensemble ;
  • curées très fréquentes (charnier) : jusqu’à quatre-vingt dix sept vautours fauves, avec quatre vautours moines et un percnoptère.

A la fin de 2008, en période de début de construction des aires, j’ai vu vingt et un vautours fauves semblant particulièrement excités par du foin étalés dans un enclos, le saisissant à pleine bouchée, courant ainsi, le lâchant, recommençant, certains prenant une posture de dominance comme sur charnier. De ce fait, il est arrivé qu’ils soient mêlés à douze ânes. L’éleveur, M. Vartanian, a même vu une fois l’un d’eux posé sur un âne, lequel le portait placidement. Puis, quand sa “monture” s’est déplacée, le vautour rétablissait son équilibre en écartant les ailes.

Je ne doute pas que beaucoup d’entre vous aient d’autres données montant que les animaux sauvages et domestiques ne perçoivent nullement les vautours comme inquiétant.

III. Dommages réels, dommages fictifs, instrumentalisation ou information ?

1. Dommages réels : Comment des charognards peuvent-ils causer des dommages au bétail?

Même exceptionnels, des dommages au bétail du fait de vautours sembleraient a priori totalement impossibles de la part de charognards non armés pour la prédation.
En effet il y faut des anomalies : du fait du contexte (conditions artificielles) ou/et du bétail lui-même.

a) Accident en terrain escarpé

On a observé des cas, exceptionnels, d’Ongulés domestiques divers non habitués à la présence de vautours fauves, s’effarouchant lors de leur passage à basse altitude, lors de leur atterrissage, de leur envol, d’autant plus qu’il n’est pas rare que plusieurs dizaines de ces grands oiseaux soient concernés. Sur terrain escarpé, il pourrait se faire que des bêtes effarouchées fassent une chute, se blessant, voire se tuant.

b) Déficiences comportementales

Parmi les ovins ”seules les brebis de Black Face - race écossaise - savent cacher leur premier jumeau, pour la protéger des prédateurs, avant de faire le second G. Joncour, vétérinaire in litt.” Que des vaches ne pas défendent pas un veau gisant inerte, épuisé après mise bas difficile montre, au moins chez certaines races, une déficience comportementale.

c) mises bas à problèmes

Races
Les mise-bas à problème atteignent des fréquences relatives considérables chez les races bovines les plus intensivement sélectionnées pour la viande :

  • Blonde d’Aquitaine : 11 %
  • Charolaise : 17 %
  • Blanc Bleu Belge : 100 %

TABLEAU I. - FREQUENCE RELATIVE DES VELAGES NECESSITANT UNE INTERVENTION HUMAINE.
Source : séminaire de biologistes, naturalistes, gestionnaires et vétérinaires concernés, 13, 14 et 15 mars 2008, rassemblé à Die (Drôme, Parc Naturel Régional du Vercors). NB On peut trouver sur certains sites d’Internet des fréquences plus faibles. Par exemple : chez la race charolaise un total de 4 % de césariennes + 4 % de vêlages difficiles, donc, par différence : 92% de vêlages faciles. L’apparente contradiction disparait si l’on est attentif au sens exact des termes : “vêlages faciles” inclut les “vêlages faciles avec aide”. Il suffit que ces derniers aient une fréquence de 9% pour retrouver les 17% de vêlages avec intervention humaine. Voir exemple sur le site “les races domestiques françaises ” d’Agro Paris Tech : pour l’Aubrac la distinction entre les 88% de vêlages faciles et les 10% de vêlages faciles avec aide. Chez la race Blanc Bleu Belge en moyenne 50% des vêlages se font par césarienne, près de 100% dans certains élevages.

Gènes
Sources : multiples sites sur Internet (Wikipedia, Institut agronomique et autres organismes zootechniques, éleveurs, etc.) en cherchant à “culard”.

Le terme désigne un caractère présent chez certaines races domestiques présente une hypertrophie musculaire de l’arrière-train. Connu depuis un siècle environ, ce caractère a été sélectionné chez des races bovine à viande : plus de muscle et moins de graisse, d’où augmentation du rendement à l’abattage, viande des animaux culards moins grasse et plus tendre. Cependant, ce caractère entraîne des difficultés de mise bas. Les sujets hautement sélectionnés peuvent présenter des problèmes de motricité, leur poids devenant trop important pour leur squelette. Le gène culard, présent chez Charolais, Bleue du Nord, Piemontese, atteint une fréquence près de 100 % chez le Blanc Bleu Belge et de 30% chez la Blonde d’Aquitaine, race relativement récente largement répandue désormais dans les Pyrénées. Il se rencontre aussi chez certains porcins et ovins mais chez ces derniers, généralement dits “callipyges”, il semble avoir des effets négatifs sur la viande, moins tendre.

Distinguo
«Toutes les vaches à conformation -et visée- “viande” sont difficiles à vêler sauf la Limousine, championne toutes catégories du prolapsus utérin.» G. Joncour, vétérinaire in litt.

Pour le profane :

  • difficulté à vêler = difficulté à expulser le veau
  • propension au prolapsus utérin = tendance à expulser trop au lieu du veau seul.

Prolapsus utérin : origine de dommage par chiens ou par vautours
Certaines vaches, lors d’une mise bas difficile, font un prolapsus utérin avec paraplégie post partum.

Il arrive que le veau, mort, ne soit que partiellement expulsé. Un ou plusieurs chiens, parfois ceux de l’éleveur, peuvent consommer la partie du cadavre qui dépasse, puis continuer la vulve, avant de passer au reste : les lésions aux nerfs insensibilisent toute une partie de la vache. Ensuite, il est trop tard.

Ces suites dramatiques d’un vêlage difficiles, sans être fréquentes, sont mais néanmoins bien connues, classiques.

Or, il peut très bien se faire, dans certains cas, que le Vautour fauve tienne le rôle dans lequel le Chien est bien connu. Sources vétérinaires : H. Chamoux comm. or. pers., G. Joncour in litt.

d) Les facteurs humains : réseau vétérinaire rural, pratiques d’élevage.

A l’échelle de l’exploitation, le risque peut très bien être inférieur au risque moyen à l’échelle de la chaîne ou même de la commune. Mais il peut aussi être très supérieur.

Joncour, vétérinaire rural ayant beaucoup travaillé sur ce sujet, insiste sur le rôle, dans la fréquence des dommages par vautours de l’organisation, donc l’efficacité, du réseau local de vétérinaire ruraux, ainsi que des pratiques des éleveurs :

  • particulièrement avec certaines races bovines : «Toutes les vaches à conformation -et visée- “viande” sont difficiles à vêler et exigent une surveillance de bon père de famille.»
  • les races rustiques ne dispensent pas de toute surveillance : les mises bas à problèmes, bien plus rares ne sont cependant pas totalement exclues.

Les troupeaux à risque élevé peuvent correspondre à des cas extrêmement différents. On n’en donnera ici que deux exemples extrêmes (source : C. Arthur, P.N.P.) diamétralement opposés, sans prétendre épuiser le sujet :

  • mise en alpage de troupeaux en très mauvais état pour des raisons (subventions, etc.) qu’on ne détaillera pas ici, car c’est un autre débat ;
  • excellent travail et élevage biologique mais avec des races peu rustiques, notamment à mise bas difficile (cf. supra).

2. Dommages fictifs : nature, cause, amplification et diffusion

a) Rares fraudes délibérées

La plus commune, mais non pas la seule, des motivations de tentatives de fraude des causes diverses dont la plus commune est l’espoir de se faire rembourser un animal perdu pour une tout autre cause. Exemples :

Limousin (Massif Central)
« Agneaux et brebis mortes d’entérotoxémie : les trous étaient faits “post-mortem” au tournevis…, pour faire croire à des attaques par Rapaces divers. Tentative de fraude “dégonflée” par expertise vétérinaire. » Source : Joncour. vétérinaire rural.

Diois (Alpes)
« En 2005, un éleveur de Valdrôme alerte la DDAF et la gendarmerie pour des corbeaux qui tuaient ses brebis en leur crevant les yeux. Une visite sur place m’a permis de constater que ces brebis était déjà mortes ayant mangé de l’engrais (ammononitrate) trouvés dans des sacs crevés en accès libre aux brebis, quelqu’un lui ayant “conseillé” de ne plus donner de sel à ses brebis pendant la gestation », courriel d’un vétérinaire rural local.

Que les fraudeurs soient à la fois très minoritaire et toujours présents est probablement inhérent non pas aux éleveurs mais à Homo sapiens en général. Ce qui relativise mais ne doit pas pour autant être une raison de ne pas réagir : sans expertises, une fraction infime de fraudeurs pourrait, du fait du nombre important d’éleveurs, atteindre un nombre absolu constituant un grave problème de gestion.

b) fréquent défaut de sens critique, d’où conclusions hâtives erronnées.

L’observation factuelle avec prise de notes circonstanciées du technicien, du scientifique, du naturaliste, du garde, du militaire, du policier, du médecin, etc, bien loin d’être n’est pas spontanée, doit s’acquérir.

Il n’est pas exceptionnel que des personnes psychologiquement fragiles, ou fragilisés par une situation économique difficile, cherchent un bouc émissaire à tous leurs problèmes : ça soulage, ça aide à vivre. Le monde de l’élevage n’en est pas plus indemne qu’un autre.

Ce qui est plus courant, même chez ceux qui ne sont pas psychologiquement fragiles, c’est une grande influençabilité par les media, directement ou par le relais de la rumeur publique : «ceux qui ne se posent plus de questions et accusent systématiquement les vautours, alors qu’avant ils n’y pensaient même pas ! » C. Arthur, P.N.P. Quelques exemples significatifs :

En 2007 dans les Pyrénées
Sur les seize cas concernant des bovins adultes ayant été expertisés par vétérinaires, «quatre avaient été déclarés en bonne santé par l’éleveur, et ce en toute bonne foi», alors que l’autopsie a révélé que les vautours n’étaient par responsable de la mort : «deux interventions post mortem sur un animal foudroyé et un animal décédé de façon brutale (cause de la mort non découverte), deux interventions (des vautours) ante mortem lors de l’agonie par entérotoxémie (maladie digestive pouvant entraîner la mort en quelques heures) » V. Zénoni, vétérinaire.

En 2007 dans les Baronnies (Préalpes)
Un éleveur, ouvert, non hostile aux vautours, au contraire, a modifié son mode d’expression : «Les vautours m’ont encore débarrassé d’une brebis crevée» est devenu : «Les vautours m’ont encore tué une brebis» ceci dès qu’une chaîne de télévision a prétendu que les vautours étaient devenus prédateurs, et sans aucune autre cause.
Source : C. Tessier,Vautours-en-Baronnies ;

En 2007 dans l’Ardèche (Massif-Central)
Une brebis et ses agneaux mangés par des vautours. L’éleveur (même influence médiatique que ci-dessus) attribue la mort de ses bêtes aux charognards, ce que reprend un article dans le Dauphiné Libéré du 31 mai (cf. in dl_31_05_07_vautour ) démenti dès le lendemain dans le même journal par un vétérinaire (cf. in dl_01_06_07_vautour ) ;

En avril 2008 dans l’Aude (piémont des Pyrénées orientales)
«Un veau aurait été tué au cours d’un vêlage. Autopsie vétérinaire : le veau était mort bien avant l’intervention des Vautours, il lui manquait même un morceau d’os de mâchoire, des chiens ou sangliers étaient sans doute passés avant. Rien de bien grave, si ce n’est que l’éleveuse avait prévenu la gendarmerie et la conseillère générale. Un inconnu s’était quand à lui chargé d’avertir la presse. Heureusement nous avons eu affaire à des personnes correctes. L’éleveuse après un moment de stress a compris la situation et acceptée le résultat de l’autopsie. Le journaliste a fait un article le lendemain et un autre ensuite pour donner le résultat de l’autopsie et cela sans faire dans le sensationnel.»
Y. Roullaud, LPO Aude.

c) Instrumentalisation politique de la grande faune : une singularité locale ?

La thèse soutenue le 22 novembre 2007 par F. Benhammou, géographe, doctorant en sciences de l’Environnement, Ecole Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts, analyse une extraordinaire instrumentalisation politico-financière de la grande faune.

Résumé : «Les dossiers de l’ours et du loup en France sont des cas d’école pour les stratégies d’opposition ou de promotion de conservation de la nature. Cette question est représentative des relations tendues entre le secteur environnemental et le secteur agricole. Ensuite, le conflit autour de ces animaux permet à des entités ou personnalités politiques (Institution patrimoniale, organisations agricoles, élus) de capter des fonds, d’accroître leur rayonnement territorial et/ou de renforcer un pouvoir. L’ours et le loup sont des boucs émissaires et des révélateurs d’une crise-mutation du monde agricole qui arrive à la fin d’un cycle de bouleversements mal vécus (PAC, changements des usages territoriaux, exode rural, évolution paysagère). Les difficultés concrètes posées par les grands prédateurs, symboles forts de nature, entraînent une réaction anti-environnementale qui s’attache à exagérer les problèmes réels causés par ces espèces. Pourtant, les tentatives des opposants à l’ours et au loup d’inscrire la conservation de la nature dans un «anti-humanisme» s’avèrent caduques. Au contraire, les acteurs d’environnement favorables à ces animaux encouragent une réflexion visant à repenser et renforcer la place de l’homme pour améliorer la cohabitation avec l’ours et le loup. Enfin, la formulation géo-environnementale, géopolitique et stratégique de notre sujet nous porte à croire qu’une telle analyse peut contribuer à un enrichissement disciplinaire de la géographie.”

On trouvera dans “Vivre avec l’ours” (2005 éd. Hesse) du même auteur une analyse de la captation évoquée ci-dessus des fonds affectés par les gouvernements les plus divers à la conservation des ours des Pyrénées, de ce fait détournés pour des actions lui portant gravement préjudice.

  • dans l’espace: concentration géographique des plaintes relative au Vautour fauve (ce qui est fort différent des dommages prouvés cf. supra ) dans le fief des ” entités et personnalités politiques ” dont la stratégie est analysée par Benhammou (cf. supra) ;
  • dans le temps: explosion du nombre de plaintes depuis que, après des décennies, justement alors qu’il a été mis fin aux abus scandaleux évoqués plus haut concernant les grands carnivores.

Ces corrélations ne peuvent guère passer pour des coïncidences. Le battage médiatique intense, montant en épingle des problèmes, réels mais très rares, les gonflant d’une abondance de bruits sans fondements, apparait comme une tentative pour sauver l’instrumentalisation de la grande faune en substituant le Vautour fauve à l’Ours : opportunisme stratégique sacrifiant, encore une fois, la biodiversité.

Je ne développerai pas davantage car les Pyrénéens concernés sont déjà informés, les autres personnes éventuellement intéressées pourront trouver d’autres sources (publications de Benhammou, Internet) et la situation politique et sociologique générale ailleurs, même dans les Pyrénées est beaucoup plus saine.

Néanmoins, il était nécessaire d’évoquer ce grave problème local pour l’information des personnes concernées et de bonne foi d’autres régions.

d) La rumeur ne recule devant aucune absurdité

C’est même une de ses caractéristiques, et non pas seulement à propos de la faune. La fin de 1996 a vu dans les Baronnies le premier lâcher de Vautour fauve dans les Alpes françaises et, dans la même vallée, presque en même temps, un suicide par saut d’une falaise. Rapidement il s’est dit que les vautours avaient dévoré le cadavre, ce qui n’aurait rien eu d’impossible.

Puis la rumeur est devenu que les vautours avaient précipité un promeneur dans le vide. Ce qui permis de dégonfler sans peine la baudruche, c’est que le suicide avait eu lieu quelques jours avant l’ouverture de la volière.
Source :C. Tessier, Vautours-en-Baronnies,comm. or. pers.

e) Le poids décisif des médias dans la genèse de la rumeur

Il aura suffit, en 2007, d’un ou deux reportage incompétents ou tendancieux dans le cas cadre de l’instrumentalisation évoquée plus haut, pour créer une vague d’inquiétude se propageant jusque dans les Alpes, qui chez les plus influençables ou les plus angoissés aura même radicalement transformé au détriment des vautours la perception de faits inchangés (cf. supra)

f) Défaut de sens critique, conclusions hâtives

Certains journalistes, purement et simplement au service des intérêts politiques ci-dessus, n’ont pas hésité à mentir : cela se passe de commentaire.

D’autres, de bonne foi, ont été manipulés, ce qui est très facile avec des affirmations péremptoires assaisonnées de photos “sanglantes”. Sont particulièrement susceptible de commettre cette faute professionnelle :

  • ceux prêt qui se dispense de vérification pour être les premiers à faire état de n’importe quoi sortant de l’ordinaire ;
  • ceux totalement inconscient ou/et indifférent à l’égard des conséquences catastrophiques pour la politique de restauration de la biodiversité dans l’opinion publique et même de la perception par les détenteurs de l’autorité politique ou administrative de ce battage outrancier. Tout particulièrement dans un pays dont le niveau moyen de culture naturaliste se situe, au niveau moyen de culture gastronomique des USA, même chez une large fraction de mes collègues biologistes, dont le niveau d’appréhension du vivant dépasse de plus en plus rarement le niveau moléculaire ou cellulaire…
  • ceux qui occupent le créneau «exploitation démagogique et populiste du sensationnel de bas niveau». La presse à sensation s’en est donné à cœur joie. Ainsi, France Dimanche titre : «Au secours, les vautours attaquent !» et en rajoute à l’avenant : «Par hordes, ils s’abattent sur le bétail et le dévore vivant», «Brebis, veaux, vaches, chevaux, chaque jour c’est un nouveau massacre», «Je n’ose plus laisser mes enfants dehors» confie une villageoise. Ceci avec une manipulation par la mise en page photographique: un examen critique de la vache et son veau en alpage a beau montrer leur indifférence aux dix-sept vautours fauves posés à côté d’eux, les gros plans de curée, et de carcasses après curée (toutes sur brebis), collés à côté transmettent un tout autre message et atteignent parfaitement leur but: susciter une réaction sans réflexion chez des lecteurs qui, il est vrai, ne demandent rien d’autre et certainement pas une information critique.

Qu’il n’ait pas manqué de journalistes dignes de ce nom, prenant la peine s’informer, motivé par la biodiversité, désireux de s’informer pour informer, dont le «créneau» professionnel n’est pas d’abord de jeter de l’huile sur le feu c’est l’honneur de leur profession.

Certains articles erronés ont été suivis à très terme de mises au point plus fondées (voir, entre autre, plus haut « en 2007 dans l’Ardèche » ). Certains journaux ont largement ouvert leurs colonnes à un exposé par des gens compétents. Certes, certes, certes. Malheureusement :

  • l’audience d’une seule des grandes chaînes de télévision est bien supérieure à celle du démenti.
  • Tous  les professionnels de la publicité savent qu’en matière de rumeur publique, un seul bruit négatif a autant de poids que dix informations positives.

Un comportement particulièrement retors : Calomniez, calomniez : il en restera toujours quelque chose !

  • le texte d’un article rapporte les propos d’un éleveur décrivant une concentration de vautours attendant la fin de l’agonie d’une de ses juments après une chute mortelle, dont il suppose qu’elle a été provoquée par effarouchement ;
  • le titre au contraire transmet un message faux et dramatique «Cerdagne, Des vautours fauves s’attaquent à des chevaux». Or, c’est le titre qui marquera les esprits, d’autant que plus beaucoup n’auront lu rien d’autre.

IV. Dommages réels dans les Pyrénées françaises

Source des données : C. Arthur, Parc National des Pyrénées

«Du fait d’une lettre de mission adressée par la Direction de la Nature et du Paysage en 2002 à la Préfecture des Pyrénées-Atlantiques, renouvelée en 2007, des constats officiels sont effectués par les agents de l’Etat, doublés depuis 2007 d’expertises par des vétérinaires indépendants, financées par la DIREN Aquitaine. Leur qualité s’est considérablement améliorée, de même que la rapidité d’intervention : en 2007, plus de la moitié moins de vingt-quatre heures après la dernière observation de l’animal intact. Mais cette amélioration se heurte à des limites : près de la moitié des cadavres sont consommé au point que l’autopsie a peu de sens, ce qui a peu de chance d’être amélioré, l’arrivée des vautours étant de plus en plus précoce», probablement à cause de la fermeture de charniers sur le versant espagnol.

1. Nature des dommages

a) Bovins

Hors vêlage
«L’analyse a montré que dans la quasi-totalité des cas, les bêtes étaient fortement handicapées, voire condamnées et que les vautours fauves n’ont fait qu’anticiper la mort de l’animal, certaine avec ou sans vautours»

Vêlage
«Les vêlages se passant mal (avortement, retournement de matrice, veau mort et bloqué…) constituent la majorité des cas. L’intervention des vautours vient compliquer le pronostic de survie de la bête, qui va dépendre alors de la rapidité d’intervention du berger. Une inconnue demeure l’état de santé des veaux. Etaient-ils tous condamnés, ou certains d’entre eux, épuisés, ont-ils été tués par les vautours fauves ? Cette seconde hypothèse n’est pas à totalement à exclure.»

b) Ovins

Adultes immobilisés, pris dans des ronces, des barbelés
«Lorsque le berger ne s’en rend pas compte à temps et tarde à venir les délivrer des ovins peuvent être consommés vivants (au début) par les vautours fauves.»

A l’agnelage
«Peu de cas, surtout des morts d’agneaux, l’inconnue est son état lorsque les vautours l’ont entamé, même si l’hypothèse d’une mise à mort par les vautours fauves, notamment dans le cas de naissances gémellaires ou/et difficile, n’est pas totalement à écarter : un charognard n’est pas un clinicien, il ne faut quand même pas espérer qu’il fasse la différence entre un agneau mort et un agneau immobile par épuisement, entre les faibles mouvements d’un agneau épuisés et ceux d’un agneau agonisant.»

Autres cas
«Outre les cas de pathologies lourdes pour lesquels les vautours n’ont fait que hâter une mort inévitable (cf. supra Bovins), il semble que des dommages sur ovins adultes à pathologies bénigne soit possibles. La compréhension n’en est pas encore totale. Les études vétérinaire en cours devraient prochainement éclaircir ce point : 2008 devrait être très instructif.»

2. Nombre de cas

a) Moins de 2x d’animaux perdus par vautours que de plaintes

Les trois cents vingt deux plaintes ont concerné près de cinq cents animaux : une grande majorité de morts, une minorité de blessés, une très petite minorité de « sauvés » : plainte quoique sans dommage, l’éleveur étant intervenu. Mais plainte n’est pas preuve : dans plus de 70% des cas, on a démontré qu’il était exclu que le Vautour fauve ait pu être la cause de la perte de bétail constaté, ni même un simple facteur d’aggravation de risque.

Globalement, le nombre maximum de tête de bétail pour la perte desquelles on ne peut écarter que le Vautour fauve ait joué un rôle n’atteint pas la moitié du nombre de plaintes : (500/322) x 0,30 = 47%. C’est ce facteur de correction global qui, appliqué aux nombre de plaintes du tableau I donne le nombre maximum possible de victimes réelles du tableau II ci-dessous.

Année(s)       / nombre de plaintes / maximum de victimes réelles
1993-2005    /                      11,3 /                                       5,3
2006            /                         42 /                                         20
2007            /                       133 /                                         62

TABLEAU II. - Nombre de plaintes de dégâts de bétail du fait de Vautour fauve Gyps fulvus dans les Pyrénées françaises et nombre maximum d’animaux réellement perdu pour lesquels le Vautour fauve ne peut être éliminé comme cause possible de perte, unique ou aggravant d’autres causes. Pour la période 1993-2005 : moyenne annuelle. Passage du nombre de plaintes au nombre maximum de victimes sur la base des moyennes globales de 1993 à 2007.
NB : Facteur de conversion permettant de passer du nombre plaintes au nombre de victimes :

  • Ces 47% comprennent les cas où le vautour fauve n’a été qu’un facteur de risque aggravant d’autres causes de perte ;
  • il s’agit d’une limite maximale possible et non pas d’un nombre prouvé. La réalité est très probablement inférieure quoique du même ordre de grandeur ;
  • c’est une moyenne de 1993 à 2007. Il est possible que la valeur d’une année donnée ait été quelque peu différente. Mais je n’ai disposé que des données globales. Disposer de celles en 2007, en 2006 et avant améliorerait un peu le tableau, mais sans le bouleverser, surtout en 2007 : 41% du total des plaintes.

b) Forte augmentation après 2005

La pénurie alimentaire infligée depuis 2005 aux vautours dans des contrées limitrophes d’Espagne est la seule variable susceptible d’expliquer la forte augmentation du nombre de plaintes et victimes. En effet, si la chaîne des Pyrénées est une barrière du point de vue humain, elle constitue pour les Vautours et autres espèces rupestre une même entité, en majeure partie en Espagne. La diminution de 9,2% par rapport à 2006 du nombre de couples de Vautours fauves nichant dans les Pyrénées françaises (M. Razin, LPO Mission Rapace in litt.) a déjà démontré que cette population ne peut pas être séparée fonctionnellement de l’ensemble ibérique.

c) Près de huit fois plus de plaintes de dommage à bovins qu’à ovins.

nombre de plaintes / cheptel rapport / nb de plaintes/cheptel
Ovins :           130 /           > 450 000 /             0,0289 %
Bovins:           180 /                80 000 /             0,2250 %

TABLEAU III. - Dans la zone de référence étudiée dans les Pyrénées, en dépit plus de cinq fois inférieurs, les plaintes de dommage à bovins sont de 38% supérieurs au nombre de celles concernant les ovins : la fraction des cheptels concernées est 7,79 fois supérieure (rapport des % de la colonne la plus à droite).

3. Fréquence relative : risque et impact économique global

Rapportons les effectifs du tableau précédent à ceux du bétail dans la zone de présence du Vautour fauve dans les Pyrénées françaises, soit environ un million cent mille de têtes (400000 bovins, 700000 ovins, M. Razin, , com. or. pers.)

1993-2005 : 0,0005 % = 0,005 ‰
2006        : 0,0018 % = 0,018 ‰
2007         : 0,0056%  = 0,056 ‰

TABLEAU IV. - Fraction maximale des cheptels perdus par an du fait du Vautour fauve, cause unique ou facteur aggravant dans les Pyrénées françaises.

Ces fréquences relatives sont le meilleur estimateur, à la fois, de :

  • risque annuel de perdre une tête de bétail dans l’aire de présence de l’espèce dans les Pyrénées françaises du fait du Vautour fauve, y compris les cas où il n’a été qu’un facteur aggravant et non pas cause unique.
  • impact économique relatif de ces pertes à l’échelle de l’ensemble de la zone.
    L’un et l’autre sont globalement totalement insignifiants : moins d’un dix-sept millième. La mortalité courante, incompressible, jamais inférieure à 1% par an, atteignant souvent 3%, voire plus, ne s’en trouve donc augmentée que de moins de 0,2 à 0,6%.

Rappel
Il ne s’agit nullement de valeurs prouvées des fréquences relatives mais de leur limite maximale possible dans la pire hypothèse, la réalité étant probablement un peu inférieure quoique analogue.

V. A propos de la situation en Espagne

1. Interprétation très vraisemblable

L’augmentation récente sur le versant français des Pyrénées des plaintes et aussi des dommages réels au bétail du fait du Vautour fauve est certainement en rapport avec les récentes fermetures de charniers dans certaines provinces d’Espagne, dont certains étaient à moins d’une heure de vol.

Mais (C. Tessier,Vautours-en-Baronnies, comm. or. pers.) il parait probable que ce ne soit qu’un pic transitoire car ou bien l’organisation bureautico-financière de la famine cessera dans les provinces d’Espagne concernées, ou bien les effectifs de vautours s’y effondreront, que ce soit par échec de reproduction, mortalité massive ou émigration.

2. Idées fausses démenties par les faits

« Tout le mal nous viendrait d’Espagne ! »
On entend, et même parfois on lit, que les disettes dans certaines provinces d’Espagne auraient non pas seulement augmenté la fréquence des plaintes pour dommages par Vautour fauve mais seraient leur unique cause. Or, c’est chronologiquement impossible car alors que c’est à partir de 2005 que, en Espagne, des disettes ont été bureaucratiquement organisées, les premières plaintes enregistrées dans les Pyrénées françaises l’ont été douze ans plus tôt.

«Les effectifs de vautours en Espagne serait artificiels, très anormalement élevés»
Les quelques vingt-mille couples ibériques de Vautour fauve, environ quatre-vingt mille individus au total, sont souvent présentés comme une aberration démographique, totalement artificielle. C’est probablement vrai localement. Mais c’est globalement totalement faux : les ordred de grandeur des effectifs actuels de Vautours sont les mêmes que ce qu’ils seraient si, notre encombrante espèce étant totalement absente des Pyrénées à Gibraltar, y prospéraient en densités ipso facto naturelles, non seulement Isard, Bouquetin, Sanglier, Cerf, Chevreuil (et Daim?) mais aussi Bison, Aurochs, Tarpan et grands Carnivores. Une analyse ad hoc, déjà bien avancée, sera prochainement présentée.

3. Le conservatisme est la chose du monde la mieux partagée

Cette paraphrase de Descartes évoque une caractéristique d’Homo sapiens, qu’il serait exagérément pessimiste de croire absolue, mais dont il serait très irréaliste d’ignorer la très large dominance statistiquement, même chez ceux professant une idéologie inverse, à savoir : une mentalité conservatrice, au plus mauvais sens du terme, c’est à dire non pas la volonté de conserver ce qui de la valeur, la biodiversité par exemple, mais une incapacité radicale et timorée à concevoir que les choses aient pu être ou/et puissent devenir autres que ce qu’ils ont toujours connu. Une “frilosité” pitoyable qui mériterait quelque indulgence si elle ne constituait un gravissime handicap pour la politique en faveur de la biodiversité. C’est pourquoi, au contraire, on ne saurait avoir la moindre indulgence pour cette carence intellectuelle majeure, qui devrait être incompatible avec certaines fonctions, mais qu’on y rencontre néanmoins trop souvent.

Le renouveau, en cours, de notre grande faune, rupture historique sans précédent, est vécu par d’aucuns comme une anomalie (!), pour cette seule raison qu’ils ont grandi dans un contexte de grande faune ruinée par des siècles d’extermination soutenue. Si l’état de quasi-anéantissement de notre grande faune lors des trois décennies suivant la seconde guerre mondiale était son état normal, alors les grands mammifères n’auraient joué qu’un rôle insignifiant ou nul dans la nourriture carnée de nos ancêtres paléolithiques, laquelle aurait été fondée exclusivement sur poissons, oiseaux, lièvres, marmottes, escargots, écrevisse, etc.

En réalité, les densités naturelles de grands herbivores dans nos contrées seraient du même ordre de grandeur qu’ont peu observé dans les savanes africaines…dans les territoires protégés des ravages au fusil. Dans de telles conditions, les effectifs ibériques de Vautour fauve sont, globalement, d’un ordre de grandeur tout à fait naturel, les effectifs plus au nord et à l’est en Europe étant encore très…sous-développés, même en France, devenu pourtant le second pays du continent pour les vautours.

VI. Interprétation scientifique ou fantaisiste ?

1. Vautours et prise de nourriture

a) Incompréhension radicale du comportement alimentaire des vautours

«Si les vautours étaient vraiment des charognards, ils ne devraient consommer que des animaux morts » est une idée fort répandue (au moins implicitement), qui suppose implicitement mais nécessairement :

  • ou bien que les vautours se forment des concepts, dont celui de mort. Hypothèse qui serait extraordinairement hardie (si elle était formulée explicitement et consciemment) mais dont on ne voit pas sur quoi elle pourrait s’appuyer !
  • ou bien que « l’essence » (!) d’un charognard exclut qu’il consomme jamais un animal vivant. « Platonicisme populaire inconscient » ?

Dans les deux cas on est très loin de la biologie et même de toute approche scientifique.

b) Erreur d’interprétation plus excusable

Il peut arriver que du bétail non accoutumé à la présence de vautours s’effarouche de leur présence en nombre, en vol, à proximité du sol. Pour des raisons diverses, par exemple aérologique, les vautours peuvent répéter leurs passages à proximité. Sur terrains escarpés, certains témoins, non spécialistes des Rapaces et le plus souvent nullement naturalistes, ont cru y voir une tentative de provoquer une chute mortelle. Les spécialistes des Rapaces, notamment ceux qui observé de tels faits, conviennent qu’une telle erreur d’interprétation se comprend de la part d’un profane. Mais ils ne connaissent aucun cas de données circonstanciées confirmant un tant soit peu cette hypothèse.

Croyance analogue plus traditionnelle mais aussi infondée
Il n’est pas exceptionnel que des déplacements de bouquetins, une fuite de chamois, fasse pleuvoir des pierrailles, parfois quelque bloc, sur un humain en contre-bas. J’en sais quelque chose.

Or, encore au XXI° siècle, d’aucuns croient, dur comme fer, pour l’avoir toujours entendu dire, que c’est là un bombardement délibéré !

c) Eco-Ethologie : réactions écologiquement très adaptées, par des centaines de milliers d’années d’évolution, aux stimuli reçus d’ongulés naturels ou peu altérés.

Des charognards qui ont faim commencent à consommer un ongulé si celui-ci présente des caractéristiques constituant pour eux des stimuli éthologiques, dans le cadre du programme génétique de consommateurs de charognes issu de leur évolution, éventuellement modulé par leur expérience individuelle antérieure…pour le dire de manière très simplifiée.

Ces stimuli sont olfactifs chez des Mammifères opportunistes, volontiers charognards d’occasion (Sanglier, nombreux Carnivores, certains Rongeurs) de même que chez diverses espèces d’Insectes nécrophages, arrivant successivement, avec une précision remarquable à divers stades de décomposition (Au point que la police scientifique emploie des entomologistes de niveau doctorat pour une évaluation fine de l’heure d’un décès suspect.)

Mais les Vautours d’Europe, d’Asie et d’Afrique, eux, réagissent à des stimuli purement visuels (Au contraire, des sept « vautours » américains les trois Urubus Carthartes sp. font partie des rares oiseaux utilisant l’odorat pour se nourrir, ce qui leur permet de trouver des charognes même sous couvert forestier dense.) : posture des cadavres ou agonisants, immobilité totale ou soubresauts d’agonie la différence avec des animaux vivants en bonne santé, même au repos, est perçue avec acuité. Si les stimuli normalement étroitement corrélés à des animaux disposant de tous leurs moyens ne déclenchent pas de comportement de consommation, c’est qu’alors leur inefficacité dans le cadre de la spécialisation évolutive des vautours en ferait une perte d’énergie (Et pourrait même être dangereuse avec de grand animaux.)

La même raison fait que des espèces extraordinairement grégaires, tel que, parmi les quatre d’Europe, le Vautour fauve, ne réagissent pas au trop petites charognes : des dizaines de vautours fauves sur un cadavre de petit rongeur ou de passereau en obtiendraient moins d’énergie que ce que nécessiterait leur envol à tous.

Il faut bien comprendre que ce comportement n’est pas le résultat d’un raisonnement du vautour mais que le succès ou l’insuccès moyen de la réaction induite ou non induite par tel ou tel stimulus fait que les uns ont transmis leurs gènes, dont nous observons la traduction, et d’autres non.

C’est justement cela la sélection naturelle.

Bien entendu, ce comportement, surtout chez des Rapaces, n’est pas rigidement stéréotypé, le programme génétique inclus une certaine souplesse comportementale en fonction des circonstances, pour le dire encore de manière extrêmement simplifié. Il est possible que la tendance innée puisse être renforcée par de précoce expériences négatives, mais je n’ai pas de données dans ce sens, ni personnelles ni d’autres observateurs.

Les vautours attendant patiemment la fin des mouvements des animaux agonisant, parfois pendant de très nombreuses heures. C’est une réalité statistique mais non pas absolue, comme bien souvent en éco-éthologie et même plus généralement biologie de l’évolution.

Il arrive donc, parfois, que des vautours commencent la curée avant l’achèvement de l’agonie.

Ce n’est pas un acte de prédation, dont ils sont incapable, faute d’armes : leurs pattes ne sont pas des serres ( lire plus haut). En commençant le dépeçage avec leur bec, de forme adapté à cette fonction d’outil (idem), ils hâtent la fin d’une agonie, accélérant quelque peu une mort inéluctable, qu’ils seraient incapables de provoquer chez un ongulé en bonne condition physique et dans une situation non handicapante, ce qui constitue la prédation proprement dite (Ceci n’est nullement contradictoire avec la fonction d’élimination des plus faibles des prédateurs. Celle-ci également est statistique, non pas absolue : les prédateurs tuent généralement une majorité de proie saines mais les animaux malades, blessés, diminués, etc., s’ils restent minoritaires parmi leurs proies y ont néanmoins une fréquence relative beaucoup plus élevée que dans l’ensemble des populations des mêmes espèces).

Attente de la fin de l’agonie ou anticipation?: cela dépend de divers facteurs, qui ne sont probablement pas encore tous identifiés. Parmi lesquels on peut citer l’intensité de la faim des vautours, le degré d’affaiblissement de l’animal agonisant, sa taille.

d) Stimuli et réactions : Inadaptation à des situations artificielles et récentes

Les oiseaux, les mammifères et d’autres sont capables d’une certaine souplesse comportementale, parfois réellement surprenante. Mais il ne faut quand même pas en attendre une analyse, ni un diagnostic, tel que peuvent le faire un éleveur, un technicien, un vétérinaire, un naturaliste, un scientifique, etc.

Pour un vautour :

  • les stimuli reçus d’un mouton ou d’une chèvre en bonne santé mais réduit à une quasi-immobilité par des liens, un épais roncier ou tout autre cause, ne sont guère discernables de ceux qu’il reçoit des quelques mouvements d’une bête à l’agonie ;
  • les stimuli reçus des veaux ou agneaux nouveau-nés immobiles épuisés par une mise bas difficile ne diffèrent pas de ceux de mort-nés. Ensuite, une fois la curée commencée, ce ne sont pas quelques soubresauts de la victime qui changeront quelque chose, a supposer que, dans la mêlée d’une curée, ils soient perçus différemment des tractions exercées par les congénères concurrents.

Les insectes nécrophages ne sont pas sujets à de telles confusions car, eux, réagissent à des stimuli olfactifs.

2. les vautours ne sont pas prédateurs, notamment d’ongulés.

a) Mise bas

Chez les Ongulés sauvages
Les complications lors de la mise bas sont rarissimes car, le cas échéant, elles entraineraient la mort, aucune assistance humaine ne venant permettre la survie d’animaux présentant une déficience, ni temporaire, ni permanente, ni acquise, ni génétique. Ceci élimine ipso facto toute mutation entrainant des mises bas à problème.

Chez les races domestiques rustiques, les seules pendant des milliers d’années
Les mises-bas à problèmes, sans être aussi exceptionnelles, restent rares, pour les mêmes raisons.

Chez les races de bétail extrêmement sélectionnées, notamment pour la viande de boucherie
L’augmentation du rendement se paie d’un effondrement de la rusticité, tout particulièrement au niveau de la mise bas. (cf. supra)

b) Hors mise bas

Les Ongulés sauvages sont indifférents à la présence des Vautours
Ils ne craignent rien d’Aigles ou Grand corbeau sauf s’ils sont très jeunes et à distance de leur mère, ou bien gravement handicapés (blessure, etc.), ou encore en situation exceptionnellement exposé.

Les Ongulés domestiques sont indifférents à la présence des Vautours
Dans maintes régions d’Afrique, d’Asie et d’Europe, depuis des milliers d’années, les vautours vivent en quasi-commensaux de l’élevage. A ma connaissance, mais il serait intéressant d’interroger des ethnologues les étudiant, il ne semble exister chez aucun peuple pasteur de tradition orale mentionnant une prédation de bétail par vautours.

c) Prédation : abus de language ou incompétence en Biologie ?

La totale innocuité des vautours pour le bétail, hors pathologie gravement handicapante (mise bas très difficile ou autre cause), suppose qu’il soit libre de ses mouvements. Ce n’est pas le cas d’un animal plus ou moins immobilisé, accidentellement, emberlificoté par une clôture par exemple, ou encore pris dans un roncier du fait d’une toison laineuse, mutation handicapante sélectionnée par l’Homme chez le Mouton, voire lié volontairement pour une “expérience” douteuse.
J’ai moi-même fait une observation équivalente à une toute autre échelle : un rouge-gorge Erithacus rubecula immobilisé dans un filet (capture pour baguage) qu’avait commencé à manger une mante religieuse Manta religiosa et qui en était mort.

Dans de tels cas, parler de «prédation», serait faire preuve d’une grande inculture en éco-éthologie, à moins que ce soit une tentative délibérée de fraude scientifique?
Autant vaudrait arguer de mon observation ci-dessus pour prétendre que la Mante religieuse soit un prédateur du Rouge-gorge !

Qu’il s’agisse de Vautour et bétail ou de Mante et Rouge-gorge, on ne peut pas totalement exclure d’être, un jour, confronté à cette « interprétation », débile au sens propre du terme (= faible) car :

  • ce ne serait pas le premier exemple de mensonge délibéré, au service d’intérêts particuliers aux dépends de l’intérêt général ;
  • selon le mot d’un « humoriste » la prise de conscience de la bêtise humaine étant une des meilleurs approches intuitive de la notion d’infini.

d) Dommages aux bovins / Dommages aux ovins : un rapport incompatible avec la prédation.

Toutes autres choses étant égales par ailleurs plus un Ongulé est grand, moins il est vulnérables face à d’authentiques prédateur. Or, dans l’ouest des Pyrénées, tout au contraire, les plaintes pour dommage sont, en pourcentage des cheptels près de huit fois plus fréquentes concernant les bovins que concernant les ovins ( cf. supra tableau III ). C’est que la zone concernée est celle de présence maximum de la relativement récente race bovine Blonde d’Aquitaine, particulièrement sujette aux mises bas difficiles et nécessitant une présence humaine (11%), du fait de la fréquence du gène culard (30%). Ceci démontre que la perte de rusticité, les caractéristiques propres aux races les plus artificialisées, jouent un rôle majeur dans la fréquence des dommages au bétail par vautour fauve.

3. Evolution biologique : sens réel et usage abusif

(Une totale impropriété terminologique est nécessairement également conceptuelle, car ni langue ni langage ne se réduisent pas la communication mais structurent la pensée. Sans leur maîtrise, au moins et surtout écrite, il n’y a pas de pensée scientifique.)

En biologie «Evolution» a, un sens précis impliquant une modification de la génétique des populations concernées. Mais il ne saurait désigner toute sorte de changement chez des animaux ou des végétaux, de quelque nature qu’il soit.

Et pourtant, avec l’audace que peut donner parfois l’inconscience de son incompétence, d’aucuns ont prétendu «interpréter» les rares dommages au bétail par vautours comme « évolution » en réponse à des changements des conditions trophiques. Une inculture en biologie de l’évolution aussi crasse, l’indigence intellectuelle de cette «interprétation», serait tellement consternante que, à tout prendre, on serait presque rassuré pour les personnes concernées d’apprendre qu’il s’agisse de malhonnêteté intellectuelle tablant avec cynisme sur l’ignorance en la matière de partenaires lui faisant naïvement confiance.

MIEUX VAUT EN RIRE QU’EN PLEURER ?
voire, voire, voire, car les conséquences peuvent être dramatiques pour les vautours : quand les auteurs de ces élucubrations, ont le pouvoir de peser sur des décisions conditionnant leur survie. Ceci du fait d’un statut (politique, administratif, technique, médiatique, associatif ou autre), à défaut d’avoir une compétence en matière biologie de ces oiseaux remarquables, dont la contribution à la biodiversité est sans commune mesure avec le nombre modeste de leurs espèces.

VII. Conclusions

Dans les Pyrénées, l’expertise des plaintes de dommage à bétail du fait du Vautour fauve Gyps fulvus, a permis d’écarter l’espèce comme cause de perte de l’animal ou même comme facteur aggravant du risque dans 70% des cas.

Les dommages au bétail par vautours fauves ne traduisent nullement évolution de l’espèce du passage de l’Etat de charognard à celui de prédateur mais une artificialisation croissante de l’élevage dans certaines régions, avant tout la faiblesse rusticité des races les plus intensivement sélectionnées, notamment lors de la mise bas.

De ce fait des animaux domestiques peuvent se trouver dans des situations telles que les stimuli reçus d’eux par les vautours ne diffèrent pas significativement de ceux reçus le cas d’Ongulés morts ou agonisant, alors même qu’il n’en est rien. D’où réactions de consommations, cause des dommages réels.

Localement la brutale et quasi-totale suppression de ressources en Espagne auparavant surabondant, aggravant le phénomène, est une composante de cette artificialisation.

La fréquence relative aux effectifs des cheptels reste en 2007 moins de moins d’un animal sur dix-sept mille dans la zone de fréquence maximale des plaintes : globalement le risque, la contribution à la mortalité normale incompressible (de plusieurs pour cent) et l’impact économique sont totalement insignifiants.

Mais le problème n’est nullement mineur pour des raisons :

  • objectives : que le cas soit rarissime n’amoindrit nullement le dommage pour celui qui le subit;
  • subjectives : le spectacle peut être fort impressionnant pour quiconque n’est pas un spécialiste des vautours, sa résonnance particulièrement forte pour le propriétaire qui connait son animal.

Il s’agit non pas d’un problème global d’économie régionale ni même locale mais d’un problème individuel humain, et de relations humaines.

Faute d’une prise en compte adéquate à ce niveau et d’une communication pertinente à ce propos, on laisserait le champ libre à une facile exploitation médiatique au service d’intérêt particulier pouvant porter le plus grand préjudice à la politique de conservation et restauration des populations de vautours, composante majeure de la biodiversité, bien au-delà du nombre d’espèces, relativement modeste.

Jean-Pierre Choisy
Chargé de mission au Parc Naturel du Vercors

Source :  Blog nature du PN du Vercors (s'inscrire)  

Cette première partie (complétée et corrigée) présente les faits et leur interprétation rationnelle critique à la lumière des connaissances disponibles. D’éventuels compléments d’informations, ne serait-ce qu’une précision des données chiffrées, seront les bienvenus et intégrés aux lignes qui suivent.

  • La vidéo de Lourdes Infos : Les vautours attaquent dans les Pyrénées. Le journalisme en question...
  • Un vautour amateur de lacets de godasses ! Le propriétaire des lacets est couché par terre, immobile, mais il ne faut pas pousser le vautour trop loin ;-)
  • Plus bas, le dernier exemple du genre : une sortie de Didier Hervé de l'IPHB : "Nouvelles attaque,t d'animaux de ferme par des vautours dans les Pyrénées-atlantiques.

Lire la suite "Attaques de vautours : faits et analyse" »

25 décembre 2007

Retour du loup et biodiversité, l'avis de Jean-Pierre Choisy

Par Jean Pierre Choisy
Chargé de mission Faune au Parc Naturel Régional du Vercors

En tant que biologiste de la faune sauvage d'une part, citoyen français et européen d'autre part, je me solidarise entièrement avec la position du Groupe Loup Suisse qui s'oppose au tir de loup en Valais. Je n'ai pas pour autant qualité à parler au nom de mon employeur, bien évidemment et je ne le fais jamais, pas plus cette fois que d'autres. Je ne cite cette appartenance que pour me situer professionnellement et, j'ose, l'espérer, en compétence "Faune" ; néanmoins, en tant que naturaliste, scientifique et citoyen ma parole est libre.

C'est donc en tant que tel que je m'exprime, après une brève information sur le Parc Naturel Régional du Vercors et le retour du Loup sur son territoire. Pour des espèces telles que Loup, Gypaète etc., ce qui se passe où que soit sur l'ensemble de l'Arc Alpin concerne l'ensemble de la chaîne, en dépit de l'esprit de clocher de certains Franchouillards et l'équivalent cantonal de certains Helvètes.

Parc Naturel Régional

Un Parc Naturel Régional n'est ni une Réserve, ni un Parc National. C'est juridiquement un syndicat mixte de communes et autres collectivités locales (départements de la Drôme et de l'Isère etc.). C'est un espace habité de quelque 1400 km2. Ses missions comprennent aussi bien le développement touristique et la conservation/restauration de la biodiversité, dont celle de la grande Faune que le maintien de l'élevage.

Le territoire du PNR du Vercors depuis quelques décennies a connu :

  • un renouveau remarquable du Chamois, du Sanglier, de l'Aigle royal ;
  • les réintroductions avec succès de Marmotte, Cerf, Chevreuil, Bouquetin, Vautour fauve.
  • le Vautour moine, réintroduit dans les Baronnies, fréquente régulièrement le territoire du PNRV ;
  • les retours spontanés du Héron cendré, en hiver du Grand cormoran, du Lynx (à partir de la Suisse) et du Loup (à partir de l'Italie).
  • le Gypaète s'observe quasiment chaque année.

Cas particuliers :

  • Castor, présence spontanée et renouveau remarquable dans le bassin de la Drôme, réintroduction dans le bassin de l'Isère et du Drac.
  • Retour spontané du Vautour percnoptère induit par la réintroduction du Vautour fauve, comme dans les Causses, les Baronnies et au Verdon.

Le retour du loup

Le PNR du Vercors n'a pas choisi de favoriser le retour du Loup, mais il a décidé, sans s'en masquer les difficultés techniques, ni subjectives, d'assumer la coordination de la cohabitation de cette espèce et de l'élevage. Je rappelle que le pouvoir dans le PNR du Vercors est aux mains des élus. Leur hauteur de vue et leur courage mérite d'autant plus d'être souligné qu'il semble faire défaut en certaines contrées de l'Arc Alpin.

Restauration de la biodiversité faunistique

Le retour de la grande faune permet la reconstitution de communauté complexe en interactions de plus en plus riches :

  • Percnoptère et Vautour moine suivent le Vautour fauve ;
  • le Bouquetin est l'Ongulé le plus favorable au retour du Gypaète (Mouton et Chamois ensuite seulement). Je tiens à votre disposition par le même canal une remarquable publication scientifique suisse le mettant statistiquement en évidence. Dans le Vercors, nous observons que, parmi les Ongulés sauvages, c'est celui le plus souvent consommé par les vautours, quoique ce soit le moins abondant, pour la même cause : habitat extrêmement rupestre qui maximalise la probabilité de détection des charognes.
  • le retour du Loup est favorable à tous les charognards. Chez vous le Gypaète, chez nous les autres vautours. C'est en particulier la voie d'accès privilégiée de ces charognards à la ressource potentielle constituée par la biomasse de Sanglier, Cerf, Chevreuil, Mouflon. Je peux vous envoyer par le même canal deux photos de curées de Vautour fauve et Vautour moine sur restes de proies de Loup, en 2005 sur les Hauts-Plateaux du Vercors et des publications américaines mettant en évidence le rôle important du retour du Loup pour divers charognards américains (Oiseaux, Mammifères) ;
  • régulation des Ongulés non rupestres. Dans la forêt domaniale (= d'état) de Lente (sud-ouest du Vercors), on a constaté que, depuis le retour du Loup, les abroutissement par le Chevreuil sont revenus à taux économiquement tout à fait supportable pour la sylviculture et ce, sans disparition de l'espèce (un forestier, comm. or. pers.). Une plus grande abondance du Loup pourrait peut-être avoir un impact sur le Sanglier (en Italie, une proie majeure surtout des jeunes assez grands pour s'éloigne de la mère mais encore assez petits pour être une proie facile).

En montagne

L'abandon de tout sylviculture, agriculture, élevage serait certainement socialement et sociologiquement négatif mais  ne serait certainement pas une catastrophe pour la biodiversité globale à terme. Notamment pour la grande faune.

Sans entrer dans les détails, il est rationnellement impossible que la reforestation spontanée de prairies de fauches issues de défrichements du XIII° siècle, l'abandon d'exploitation de boisements inaccessibles avant le débardage par câble au XIX° siècle, constituent des catastrophes pour la faune et la flore. Parmi les travaux récents mettant en évidence l'impact négatif sur la biodiversité de l'évolution de l'élevage en montagne, voire les travaux de Benhamou, dont je peux vous envoyer un article. Il faut bien, un jour, que la vérité se fasse jour. Vous connaissez le conte des vêtements de l'empereur...

Economie

Sylviculture : je renvoie au paragraphe précédent ;

Tourisme : le tourisme de nature prend une importance économique croissante, particulièrement en moyenne montagne où la diminution de l'enneigement inquiète. Le retour de la grande faune est un atout majeur, dont les responsables sont de plus en plus conscients, à plusieurs niveaux :

Touristes "faune sauvages" : les moins nombreux mais les plus motivés et actifs, d'où impact fort sur l'opinion "nature" relative à un territoire. Les professionnels de l'encadrement utilisent de plus en plus la présence de la faune sauvage comme thème de sortie, Loup inclus (traces) pour les plus "pointus" ;

Randonneurs heureux de rencontrer des animaux : une grande majorité. Le succès le plus assuré va aux espèces qu'on peut voir facilement (Marmottes) et surtout aux grandes qu'on voit en nombre : Bouquetin, Vautour fauve et, sur certains territoires, Chamois. Les professionnels de l'encadrement savent aussi susciter l'intérêt de cette clientèle pour des espèces moins abondantes (Gypaète, Aigle royal) ou plus discrètes. Des empreintes de Loup, avec de la chance un hurlement, sont extrêmement appréciés ;

Très grand public : au niveau de l'image d'un territoire, la présence d'une grande faune abondante et diversifiée est indiscutablement argument. L'exemple des Abruzzes montre que la présence du Loup est indiscutablement positive de ce point de vue (en dépit d'un infime pourcentage de personnes dont le cas relèves plus des "psy" que des naturalistes ou des professionnels du tourisme). Etudiant, j'ai pratiqué deux été, en Savoie, l'encadrement de sortie de nature pour un Office du Tourisme. Plus tard, je l'ai fait un quelques étés dans les Préalpes de la Drôme. Depuis, ponctuellement à d'autres occasions, surtout dans un but didactique, en faveur des actions de réintroduction entreprises.

Eleveurs et ensemble des citoyens

Faits objectifs : non compris la restauration de la biodiversité, abordée plus haut) :

La grande majorité des citoyens de nos pays et de nos régions sont favorables au retour de la grande faune : Ongulés, Loup, Lynx, Ours, etc.

  • Certaines de ces espèces ont intérêt économique majeur : tourisme
  • Certaines de ces espèces portent tort aux intérêts économiques de certains producteurs : sylviculteurs, cultivateurs, éleveurs ;
  • Dépendance économique de l'agriculture de montagne : de nos jours, cultivateurs (sauf exceptions, tels que certains viticulteurs), éleveurs, parfois sylviculteurs, ne peuvent survivre économiquement en montagne que grâce à des transferts de ressources de la collectivité, que ce soit le soutien des prix ou des subventions : ≥ 50% du prix de vente des brebis n'a pas d'autre origine ;
  • Globale et à terme le maintien de la sylviculture, de l'agriculture, de l'élevage n'est nullement nécessaire au maintien de la biodiversité en montagne particulièrement pour la grande faune ;

Il y a de solides raisons pour maintenir ces activités en montagne : elles sont sociales et sociologiques. Sans être exhaustif, ne serait-ce que pour prévenir leur départ vers des banlieue urbaines qui n'ont réellement pas besoin de ce surcroît de problèmes et pour d'autres raisons que ce n'est pas le lieu de développer.

Politique
Cette fois, c'est le simple citoyen, et électeur, qui s'exprime.

Appelons un chat un chat ! Lorsqu' existent d'excellentes raisons sociologiques de maintenir en montagne sylviculture, agriculture, élevage, il n'y a pas à chercher de prétextes  "biodiversité", pour sacrifier à une mode de l'écologisme, aux dépends de l'écologie au sens scientifique du terme.

Trucs et ficelles tactiques ne fonctionnent qu' à court terme : "Vous pouvez mentir tout le temps à quelqu'un ou quelque temps à tout le monde. Mais vous ne pouvez pas mentir tout le temps à tout le monde!" (Je crois que c'est de Lincoln).

Dans le cas de la nécessité de maintenir des activités humaines pour la biodiversité en montagne, beaucoup ne mentent pas sciemment mais répètent sans jamais s'être réellement informé une construction, au mieux littéraire, comme s'il s'agissait de réalités écologiques, scientifiquement fondées.

Solidarité
Il est exclu que ces sylviculteurs, agriculteurs, éleveur portent seuls le poids économique de la présence de la grande faune, que ce soit des Ongulés ou des Carnivores. Il ne s'agit pas de compassion mais d'une nécessité concrète, fonctionnelle, objective. Faute de quoi, ça ne pourra pas fonctionner.

Démocratie
Il serait éthiquement très contestable, politiquement scandaleux, qu'un groupe minoritaire dont la survie dépend de la solidarité économique de la société  de la majorité décidât seul du sort de la faune de tous.

La solution est nécessairement faite de compromis et de devoirs réciproques :

  • les éleveurs doivent apprendre à vivre avec les grands Carnivores, de retour quand le Troisième Chimpanzé, poursuivant son hominisation, cesse d'être le Grand Exterminateur de la Biodiversité ;
  • la collectivité doit faciliter, financièrement et techniquement, l'accès de tous les éleveurs aux moyens de prévention des dégâts sur bétail ;
  • les protecteurs doivent accepter qu'on tire certains loups "à problèmes", c'est à dire non pas simplement présents, mais cause d'importants dégâts en dépit de la mise en œuvre honnête, persévérante et surtout compétente de tous les moyens de prévention. Apparemment, cela n'a pas été le cas dans le Valais.

Avec mes salutations à tous.

Jean-Pierre Choisy

20 août 2007

Les vautours en Belgique n'étaient pas des réfugiés espagnols affamés

Belgique, Allemagne, Pays-Bas : Une vague brève mais intense, a touché successivement la Belgique (16-17 juin), puis l’Allemagne (17-19 juin) et enfin les Pays-Bas (18-20 juin).On a vu des individus ou de petits groupes à d’autres dates mais avec des effectifs sans commune mesure. Au moins une centaine de vautours en Belgique, peut-être le double.

Pour la plupart des associations (AVES par exemple) cette situation est due aux mesures sanitaires relatives à la directive CEE numéro 1774/2002 et ayant pour objet la lutte contre l'Encéphalite Spongiforme Bovine (ESB). Ces mesures drastiques auraient entraîné la quasi-fermeture des charniers dans certaines régions d'Espagne.

Mais dès le départ, Jean-Pierre Choisy, spécialiste des vautours au Parc Naturel Régional du Vercors, a contesté cette hypothèse. Pour Jean-Pierre Choisy, et pour d'autres spécialistes, ces mouvements sont naturels.

Jean-Pierre Choisy : Ces mouvements ont suscité beaucoup d’émoi en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, dans la presse comme parmi les ornithologues et les associations de protection de la nature. L’interprétation largement dominante a été d’y voir l’effet la famine d’origine bureaucratique (et affairiste semble-t-il) que connaissent depuis 2006 inclus les vautours dans certaines provinces d’Espagne. (cf. SEO – Birdlife, 15 juin 2007, Impact of Regulation1774/2002 and European Commission decisions in 2003 and 2005 on carrion-feeding birds in the Iberian Peninsula, and possible solutions, Report for the European Commission, 32 pp).

La famine en Espagne, une hypothèse qui ne résiste pas à la confrontation avec les faits

a) de tels mouvements, de la France au sud de la Scandinavie, ont commencé bien avant la famine créée en 2006 dans certaines provinces d’Espagne ;

b) que ces mouvements gardent un caractère totalement saisonnier est totalement incompatible avec la pérennité des pénuries douze mois par an dans certaines provinces d’Espagne ;

c) date : inefficacité énergétique d’un départ d’Espagne justement à la saison où les ressources sont maximales : mises bas d’ongulés sauvages (placentas), bétail en estivese dont beaucoup de charognes ne peuvent pas être retrouvées avant consommation par les vautours même si on le veut ;

d)  s’arrêter dans les montagnes du sud de la France seraient ce qu’on observerait si une carence en charognes en Espagne déterminait les mouvements, surtout dans le Massif Central et dans les Alpes (moins de concurrence que dans les Pyrénées) que  s’arrêteraient ces vautours. Les ressources y abondent pour des raisons multiples : développement importants des Ongulés sauvages, notamment Chamois et Bouquetin dans les Alpes dont c’est la période de mise bas (placentas = friandise à vautours) et, en été, arrivée centaines de milliers de têtes de bétail en alpage avec quelques pourcent de morts. Ces vautours n’iraient pas dans le nord de la France, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, où la pénurie de charognes qu’on déplore depuis moins de deux ans en Espagne a été organisée depuis des générations...

e) persistance d’un reflux vers le sud après l’été, jusqu’en Espagne, en dépit  des disettes locales récentes dans ce pays : évolution des effectifs locaux, lectures de bagues et même suivi par satellite de deux vautours fauves équipés lors de leur séjour en Allemagne en 2006. Si l’un est resté dans le sud de la France, l’autre a regagné le centre de l’Espagne. Les histogrammes de la figure 6 de (Terrasse M. 2006 Evolution des déplacements du Vautour fauve en France et en Europe, Ornithos 13-5, 273-299) montrent, en Espagne le bagues de visiteurs sont notées surtout d’octobre à mars (max. décembre et janvier), alors qu’en France comme dans le nord et l’est de l’Europe c’est surtout d’avril à septembre (max. mai juin). Or, on n’observe pas de bouleversement depuis 2006. Et pourquoi donc un vautour moine des Causses (Massif-Central) serait-il allé faire un séjour en Espagne en décembre 2006 si ce pays était massivement quitté par les vautours affamés?

f) Relativisons : si l’Espagne était massivement désertée, ce serait des dizaines de milliers de vautours qu’on verrait affluer dans les autres pays, non pas quelques centaines ;

g) où est la pénurie ? Malgré la récente dégradation alimentaire pour les vautours en Espagne, les charognes y sont toujours bien plus disponibles que dans la France hors montagnes et dans les pays au-delà, où la famine pour charognards est systématiquement organisée depuis probablement plus d’un siècle.

L’hypothèse d’un déterminisme par la récente pénurie de charognes en Espagne de l’arrivée massive temporaire de vautours fauves jusqu’en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, incompatible avec les faits, doit donc être rejetée.

Des randonnées amoureuses ?

Une grande partie des vautours fauves immatures sont relativement casaniers, se contentant de “randonnées“ d’une à quelques centaines de kilomètres autour de leur colonie d’origine, surtout si les effectifs sont encore loin d’atteindre le niveau permis par les ressources locales. C’est court si on considère que, à la belle saison, le rayon d’action quotidien des nicheurs atteint couramment 50 à 60 km, que 70 à 100 km ne sont pas vraiment extraordinaires et que, dans les Alpes françaises, on a observé un cas à 150 km : Une femelle dont le mâle couvait dans les gorges du Verdon, copulant aux confins du Diois et du Vercors avec un mâle dont la femelle couvait, à 60 km seulement, vers Nyons. Or, les deux couples ont réussi leur reproduction cette année-là. Chez les Oiseaux se reproduisant en couples, les copulations extraconjugales sont tout à fait banales, des petits Passereaux aux grands Rapaces, en dépit de quelques exceptions. Encore un mythe romantique qui s’en va...

Des centaines de kilomètres par jour

Mais une proportion tout à fait notable des immatures est erratique à grande distance : un vautour non nicheur peut faire facilement 100 à 400 km par jour, si nécessaire (Sahara) 600 km (suivis par satellite) et un individu bien gras ne commencer à avoir sa survie menacée qu’après deux ou trois semaines de jeune. Alors, il perd la force de prospecter et doit de toute urgence trouver une charogne. Donc, même sans trouver de quoi manger en route un vautour peut faire un voyage de plusieurs milliers de kilomètres et revenir à sa colonie d’origine. Un vautour né dans les Causses a fait un aller-retour aux confins de la Grèce et de la Bulgarie ; au autre né en Croatie y a retourné après plus d’un an d’absence où il a visité Israël, les Alpes françaises, Massif Central et un long nouveau séjour dans les Alpes françaises. Des vautours moines des Alpes françaises ont été vus en Espagne, Sicile, Corse, Suisse, Allemagne et aux Pays-Bas, des individus des Causses de l’Espagne à l’Allemagne.

Il n’est donc pas étonnant que, de l’Espagne à Israël la diversité génétique (plus exactement allélique) de toutes les populations, réintroduites ou non, soit élevée et on n’ait guère trouvé entre elles de différences génétiques statistiquement significatives.

Un effet spectaculaire de l'accroissement de la population de vautours

Que l’on considère le nombre de données ou l’effectif des groupes, le niveau sans précédent des mouvements observés au nord des Pyrénées et même au nord de la France en 2006 et 2007 est simplement l’effet spectaculaire d’un accroissement rapide (exponentiel ? Un traitement statistique des données devrait le vérifier) ayant atteint un niveau suffisant pour être remarqué du grand public et des media, alors qu’il a commencé son développement de nombreuses années avant la pénurie de 2006-2007 en Espagne.

M. Terrasse (2006) présente les données antérieures à 2005 dans l’espace (fig. 3 et 4 carte) comme dans le temps. Au nord et à l’est de France : 9 données de 1991 à 1991, 101 de 1992 à 2004 ; les données deviennent régulières à partir de 1992, avec un net accroissement à partir de 1997 et surtout de 2000. Dans les montagnes françaises au nord des populations actuelles comme en Suisse, contrées où le phénomène se développe graduellement depuis dix ans, nul alarmisme même devant des groupes importants (54 dans le Jura suisse en 2005, 50 en Bourgogne en 2006, 40 en Haute-Savoie en 2007, etc.) avec même une perception nettement positive, totalement justifiée.

Il serait extrêmement intéressant de modéliser l’accroissement des données au fil des ans avant 2006, puis de comparer les effectifs théoriques prédits par le modèle pour 2006 et 2007 à ceux réellement observés. Si la différence était statistiquement significative, alors seulement on peut évaluer la contribution éventuelle de la situation en Espagne non pas à l’origine du phénomène, mais à une éventuelle rupture, vers le haut, dans son intensité.

Il ne serait pas étonnant qu’on arrive à des conclusions différentes selon les contrées : le versant français des Pyrénées n’est, pour les vautours de l’autre côté que la frange nord d’un bloc de biotopes ibériques, les conditions écologiques dans les Alpes et aux Pays-Bas sont extrêmement différentes, etc.

Un traitement des données de lectures de bagues et reprises dans le même esprit s’impose également. Exemple du Parc National des Ecrins et alentours, massif de haute montagne à une cinquantaine de kilomètres à l’est de la population de Vautour fauve Diois-Baronnes : les premiers vautours ont été observés en 1998. Que l’on considère chaque année le nombre de données, les effectifs cumulés, la moyenne des effectifs ou l’effectif maximum ensemble, l’augmentation de la fréquentation à la belle saison a été exponentielle, avec respectivement r =  0,692 ; 0.683 ; 0.542 et 0.734 (corrélation avec les Log.). C’est particulièrement net pour le nombre de donnée et pour l’effectif maximal de l’année. Or, si observe bien que les valeurs de 2006 sont nettement supérieures à celle prédites par le modèle, c’est déjà le cas en 2005 et, sauf pour le nombre données, en 2004 ! Des données n’étant disponibles que pour six années, la valeur statistique n’est probablement pas assurée. Mais c’est dans cet esprit qu’il faut travailler.

Des causes qui ont toutes été nécessaires, aucune n’étant suffisante

a) démographiquement l’énorme réservoir espagnol joue un rôle de premier plan dans l’alimentation de ces flux ;

b) éthologiquement comme le souligne M. Terrasse (2006) les réintroductions en France dans le sud du Massif Central et les Alpes (Baronnies, Verdon, Diois) ont été essentiels pour cette espèce extraordinairement grégaire. La réduction à environ 600 km (Diois-Frioul) du plus grand hiatus entre Espagne et Croatie, naguère de 1100 km, a permis le rétablissement d’un transit entre les péninsules ibériques et balkaniques, même, à l’occasion à la Crimée, la Russie (au nord de Kazan) et à Israël ;

c) écologiquement, les disponibilités alimentaires accrues depuis le début des réintroductions en France ont également joué un rôle majeur. Certains immatures espagnols qui atteignent les populations de vautours fauves des Causses et des Alpes s’y installent, puis y nichent, et ce depuis bien avant la pénurie de 2006-2007. D’autres retournent en Espagne. S’ils ne sont pas encore adultes ou subadultes, certains reviennent, entraînant d’autres individus (grégarisme), augmentant de plus en plus l’intensité du flux au fil des ans.

Des interprétations surprenantes

A la lecture de tout ce qui été diffusé à lors arrivées massives récentes de vautours fauves en B, D et NL, quatre faits sont réellement très surprenants :

a) la seule origine potentielle envisagées est l’Espagne. Or, les lectures de bagues dans les Alpes françaises ont montré que la probabilité d’arrivée était également largement dépendante de la distance, d’où une proportion de visiteurs des Causses (Massif Central sud) bien supérieure à ce qu’on pourrait prédire à partir des effectifs comparés à ceux des Pyrénées et de l’Espagne. Rappelons que les 22 vautours fauves observés les 12 et 13 mai en Baden-Würtemberg étaient accompagnés de deux vautours moines de France : l’un du Massif Central, l’autre des Causses.

Même “cécité” obstinée aux Pays-Bas, qui ont pourtant été visités, avec retour, par au moins (je ne dois pas avoir toutes les informations) un vautour fauve de France (Massif Central sud) et un d’Italie (Alpes orientales) et où un vautour moine des Alpes françaises a vécu six moins dans la réserve naturelle des Oostvaardersplassen (avant de se faire tuer par un train).

b) lorsque, pour une raison quelconque, un site allemand, belge, néerlandais, parle de vautours en France c’est dans les Pyrénées, souvent dans le Massif Central, jamais dans les Alpes (90 couples de vautours fauves en 2007, les quatre espèces d’Europe y ont désormais au moins un nid). Or, la carte des données depuis plus de 10 ans montre que la localisation préférentielle des observations  distance des populations est manifestement corrélée avec les reliefs : Alpes, Jura, etc.

En toute rigueur, cela ne suffit pas à prouver que les reliefs soient la voie privilégiée de transit. On observerait aussi un corrélation si les reliefs se prêtaient à un stationnement, même pas très long, les autres régions étant survolées à haute altitude. Néanmoins, on sait que les reliefs sont particulièrement favorables aux déplacements des vautours, d’autant plus que le climat est peu ensoleillé : ascendances dynamiques. Lorsqu’ils n'y a pas de vrais relief, s’il y du vent les vautours volent à travers brume, pluie, neige..

c) le fait majeur de l’incursion récente au nord n’a nullement été commenté : on n’a pas vu une arrivée massive d’oiseaux tentant de s’installer, ni d’oiseaux épuisés au bout d’un trajet ayant épuisé leurs dernières forces et le pic d’abondance n’a duré que trois jours, se décalant d’un jour de la Belgique à l’Allemagne, puis aux Pays-Bas ;

d) pas la moindre lecture de bagues de vautours fauves malgré l’abondance récente des observations : il aurait été plus modeste, mais moins stérile, de consacrer son temps et son énergie au travail de terrain concret plutôt qu’à la suractivité médiatique ! Cela aurait été du plus grand intérêt.

Les observations de la première moitié de 2007

En mai

Une brève virée dans le sud-ouest de l’Allemagne, avec une curée observée (sur brebis) de 22 vautours fauves d’origines inconnues et 2 vautours moines de France, l’un du Massif-Central, l’autre des Alpes, le groupe étant trois jours après en Suisse, sauf le Vautour moine du Massif-Central, reparti vers les Causses, celui des Alpes étant identifié quatre jours plus tard de retour dans les Baronnies ;

En juin

  • poursuite de l’extension du domaine de prospection estivale des vautours dans les Alpes françaises, au nord jusqu’aux abords de la Suisse, avec deux curées observée (sur brebis) à 37 et 40 individus + 3 vautours moines, dont deux identifiés venaient des Baronnies (sud-ouest des Alpes françaises) ;
  • virée exploratoire jusqu’en Belgique, dans l’ouest de  Allemagne (jusqu’à son nord) et aux Pays-Bas (essentiellement leur moitié sud-ouest) massive (de 100 à 200 individus) mais brève (pour l’essentiel des effectifs). Aucune lecture de bague, donc provenances des oiseaux inconnues. Tout ce qu’on dirait à ce sujet aurait la même fiabilité scientifique que des propos de buveurs à une terrasse de café.

La compilation des observations de vautours a distance des domaines vitaux des populations pérennes est une accumulation de données extrêmement précieuses. Elle permet de suivre le développement de fréquentations saisonnières locales de plus régulière. Mais l’interprétation des déplacements ne peut se faire qu’à l’échelle continentale, ou au moins de vastes régions naturelles dont les limites n’ont rien de commun avec celles des états.

Communication : une faute tactique

L’opinion publique est accablée de mauvaise nouvelles, tout à fait fondées, hélas, concernant la biodiversité. Concernant uniquement les vautours :

  • grave problèmes de gestion des charognes en Espagne,
  • campagne d’hostilité orchestrée avec des motivations locales contestables dans les Pyrénées,
  • situations catastrophiques dans les Balkans, dans la péninsule indienne et dans de vastes contrées d’Afrique.

On a assez de travail avec les vrais problèmes : par pitié, ne nous en rajoutons pas d’illusoires ! D’accord, ça peut faire augmenter les bénéfices des fabricants, prescripteurs, vendeurs d’anxiolytiques et d’anti dépressifs, mais est-ce une raison suffisante ?

Métaphore anthropomorphique : la prétendue “invasion” de vautours en  Belgique et aux Pays-Bas avec quelques débordements en Allemagne n’était pas un exode massif de “réfugiés” affamés, trop épuisés pour aller plus loin. C’était une incursion massive mais brève de “touristes”, curieux de nouveaux espaces. Les vautours ont trouvé que, ni le logement (relief faible, pénurie de rocher) ni la nourriture (pénurie de charognes) ne valaient la peine de prolonger leur séjour. Ils sont donc pour la plupart vite retournés au sud, sans avoir manifesté de faiblesse particulière, sauf éventuelles exceptions. Cela ne signifie nullement qu’on n’en verra pas d’autres à l’avenir, peut-être même en 2007.

La légitime volonté des associations concernées par la conservation et la restauration de la biodiversité faunistique d’exercer une pression sur les autorités des provinces espagnoles ou/et de l’Union Européenne via l’opinion publique ne doit pas aller jusqu’à réagir émotionnellement sans analyser les faits à la lumière de l’ensemble des faits connus, en diffusant des rumeurs non fondées, dans le but de frapper les esprits.

Il est très regrettable qu’on ait répandu dans les media des idées fausses, inutilement alarmistes, du fait d’une analyse hâtive, simpliste, superficielle. Je ne suis même pas certain que, parmi ceux ayant contribué à répandre ces idées erronées il n’y ait pas eu quelques scientifiques... C’est quand  même très préoccupant comme mode de fonctionnement : comment reprocher aux journalistes (à propos des Pyrénées par exemple) de servir de caisse de résonances aux émotions populaires, sans information solide, si vérification auprès des spécialistes, si nous mêmes faisons la même chose ? Comment rester crédibles ? Il valait encore mieux rester quelque temps sans rien dire d’autre que : “nous nous informons”.

Ce qui a été particulièrement contre-productif, c’est d’avoir donné une connotation alarmante à un phénomène largement positif par ce qu’il signifie à propos de :

  • l’évolution de la situation des populations de vautours dans le sud de la France,
  • le développement potentiel du Vautour fauve, pérenne ou saisonnier, bien au-delà des limites et effectifs actuels, en France comme dans d’autres pays.

Perspectives à court terme

Nous attendons tous avec la plus extrême curiosité :

  • une synthèse sur les données de vautours en 2006 en B, D et NL : au bout d’un an, on devrait au moins disposer d’un bilan provisoire ;
  • de nouvelles observations au cours de l’été dans ces pays ou d’autres ;
  • des lectures de bagues : les bagues métalliques ne sont lisibles qu’au X 60 et à moins de 20 m. Encore, on n’y réussit-on pas très souvent ! Les bagues plastiques, lisibles à l’œil nu à une distance de 4 ou 5 m, le sont à une distance de 40 à 300 m selon l’optique utilisée. Il faut beaucoup de patience quand les oiseaux sont au repos, masquant souvent leurs pattes sous les plumes. Au contraire, lorsqu’ils mangent, on a un très bon rendement. J'ai lu jusqu’à 37 bagues sur une même curée à près de 100 vautours, les uns locaux, d’autres provenant d’une autre population des Alpes françaises (Verdon), du Massif-Central, d’Espagne et de Croatie, tous sur la même charogne. Il est souvent possible de lire des bagues sur photos, parfois même au vol.

Perspectives à moyen terme

Réintroduction : priorités stratégiques en Europe

  • Balkans : reconstitution de ce qui, jusqu’aux années 1970, fut le second bastion des vautours en Europe et qui, (en dehors de quatre populations essentiellement dans des espaces protégés) du fait d’un usage général du poison, n’est plus qu’un souvenir...motivant !
  • Alpes et environs : deux ou trois réintroductions scindant le hiatus entre les populations des deux extrémités de la chaîne conduirait aux portes des Balkans le flux de visiteurs provenant d’Espagne. Actuellement géographiquement prioritaire et le plus réalisable compte-tenu du contexte humain (cf. Choisy J.-P., 2002, Réintroduire des vautours en Europe. Les Alpes : une position clé, objectifs et stratégies, éléments de réflexion).  A l’échelle des déplacements des vautours rétablit une quasi-continuité ;
  • Italie péninsulaire et insulaire : de la même manière, on pourrait mettre en quasi-continuité (avec des hiatus ≤ 200 km) les noyaux de population actuels avec le flux Espagne-Alpes, ultérieurement avec la Tunisie.

Plus au nord :

Charognes

Le développement tant des effectifs de visiteurs d’Espagne que de ceux des populations du sud des Alpes françaises et du Massif Central entraînera une présence de plus en plus habituelle dans le nord de ces montagnes, avec extension au-delà, surtout le long des reliefs : au minimum Alpes françaises du nord, très probablement Jura, liste non exhaustive. L’installation d’un estivage de non nicheurs, comme il n’a jamais cessé dans les Alpes autrichiennes (de mai à septembre) à partir de la population nicheuse de Croatie, dépendra essentiellement des disponibilités alimentaires. Ces dernières dépendent de deux facteurs :

    • présence d’importantes populations d’Ongulés sauvages, tout particulièrement celles non chassées de chamois et plus encore de bouquetins, ne prélevant pas la biomasse dans des habitats rocheux maximalisant la probabilité de trouver des charognes ;
    • gestion dépassant la “névrose hyper-hygéniste” qui sévit dans certaines contrées, mais pas dans toutes.

Les bases de départ actuelles dans les Alpes occidentales sont désormais bien plus proches des régions au nord que les Pyrénées et mêmes que les Causses. Les effectifs y sont de plus en plus étoffés, qu’il s’agisse des populations pérennes, des zones de transhumances estivales, ou de visiteurs lointains connaissant désormais ces étapes sûres. Il en résultera donc nécessairement un accroissement des effectifs “explorateurs” observés dans des régions et des pays bien au-delà vers le nord.

Poison

L’arrivée saisonnière des vautours dans de nouvelles régions exige un renforcement de la lutte contre l’usage illégal de poison. Cet estivage fournit aussi des arguments faunistiques et juridiques car il s’agit d’espèces protégées par des textes européens. On est très surpris que subsistent ici ou là des archaïsmes “balkaniques” dans les pays où l’on s’y attendrait le moins par exemple dans la charmante région de la Forêt Noire, d’apparence si civilisée. Ceci avec bien moins d’excuses que dans les Balkans, où il ne s’agit pas de protéger des troupeaux contre les carnivores ou champs contre les sangliers dans le cadre d’une agriculture de subsistance. Au contraire, dans nos riches contrée c’est pour des loisirs qu’on empoisonne : pour obtenir des surdensités de “petit gibier”, notamment de Faisan, plus souvent volailles en élevage extensif que populations sauvages et, au demeurant, espèce étrangère à la faune autochtone. Sans oublier, ailleurs, certains tirs de Busards ou d’Autour dans le cadre des mêmes conceptions de gestion...très XIX° siècle ! En France, les empoisonnements massifs visant des Campagnols, notamment dans le Jura, intoxicants de nombreuses autres espèces de Mammifères ainsi que des Oiseaux pourraient concerner des vautours en visite : on en voit de plus en plus fréquemment dans le massif.

Autres espèces
Il est probable que, en bien des régions, Percnoptère et/ou Vautour moine suivraient le Vautour fauve, comme on l’a vu dans les Alpes françaises.

Perspectives à long terme

Pour réagir contre les introductions d’exotiques (Faisan, Mouflon, Rat musqué, Poisson-chat, etc.) Homo sapiens, comme trop souvent, a exagéré dans l’autre sens : en exigeant, pour réintroduire, la preuve que l’espèce était présente à l’époque historique dans la localité même. Approche bureaucratique, scientifiquement non fondée, en tout cas pour des espèces ayant les moyens de déplacements des grands Mammifères, des Vautours et de beaucoup d’Oiseaux :

  • la pertinence d’une réintroduction doit être appréciée à l’échelle biogéographique, avec ses composantes écologiques et historiques ;
  • sa faisabilité doit être étudiée sur la base des conditions actuelles, humaines et écologiques : Lynx et Grand Tétras sont présents de nos jours dans des forêts des Alpes sur des versants totalement déboisés en 1830 !

Colvert, Alouette, Pinson sont bio-géographiquement présents dans toute l’Europe ou presque, de nos jours comme il y a deux mille ans. Mais, à un instant donné, ce n’est pas vrai partout à l’échelle écologique : un même biotope ne peut pas être en même temps aquatique, prairial et forestier. Rationnellement l’absence du Chamois dans le Massif-Central, entre Alpes et Pyrénées, ne pouvait s’expliquer que sa destruction par l’Homme et ce en dépit de l’absence de tout document écrit : extermination antérieure à l’écrit ? Destruction des rares documents? Peu importe : de nos jours, des pionniers traversent le Rhône là où les premiers contreforts de l’est du Massif et les derniers de l’est des Alpes sont proches. (Pour développement voir Choisy J.-P. (2003) Réintroductions animales et biodiversité. Objectifs, stratégies. La Fayolle, revue d’information naturaliste et culturelle du Parc Naturel Régional du Vercors, n° 5, pp 18-31.)

Vautours et biogéographie

La limite nord de l’aire de nidification présente et passée des vautours en Eurasie ne dépasse qu’à peine le 50° N. Peut-être pour des raisons d’aérologie ? Certainement du fait de la brièveté des journées hivernales : les pontes de vautour fauve commencent à l’époque de l’année où les jours sont les plus courts. La prospection de vastes étendues n’est guère compatible avec des journées très courtes.

Vautours et écologie

En Europe, de toute façon, les trois espèces nicheuses rupestres rencontrent au nord un obstacle géomorphologique : la carence de parois rocheuses dans la vaste zone d’Europe moyenne qui s’étant du nord-ouest de la France à la Russie par la Belgique, les Pays-Bas et la vaste plaine germano-polonaise. Au sud de cette limite, les facteurs déterminants sont humains : disponibilité ou non de charognes d’Ongulés sauvages ou/et domestique, usage ou non du poison.

Remarques

  • le Vautour fauve en Allemagne nichait en Rhénanie entre Trèves et Worms (à la latitude du Luxembourg) jusqu’au XIII°-XIV° siècle et dans le Schwäbisch Alb (Jura souage) il y a encore 150 ans cf. W. Baumagart Europas Geier (Karl, merci pour le cadeau utile !). Il s’en faut de beaucoup que ses nids actuels les plus au nord (confins Diois-Vercors, Frioul, Crimée) atteignent cette limite. Les retours sont donc loin d’être achevé...si Homo sapiens le permet !
  • toute remontée en latitude de l’aire de nidification devrait entraîner une augmentation des observations en dehors de ses limites vers le nord, essentiellement à la belle saison ;
  • le Vautour moine, sans jamais atteindre les densités locales du Vautour fauve, extraordinairement grégaire, a probablement été dans un passé plus ou moins ancien, le vautour le plus répandu d’Europe car il n’a pas besoin de rocher pour nicher, il peut exploiter jusqu’à la forêt claire et de petits trouées de la forêt dense, enfin s'ils ne dédaignent nullement les charognes beaucoup plus petites que celles d’Ongulés. A long terme, son aire potentielle pouraît être la plus vaste de celle des quatre Vautours d’Europe.

Pas de passéisme ! Il ne s’agit pas d’être obsédé par la reconstitution d’une situation antérieure à n’importe quelle époque du présent post glaciaire. Ce qu’on doit viser c’est de permettre, dans le contexte actuel, l’expression d’un potentiel de recolonisation d’espèces autochtones d’Europe, éventuellement aidées par des mesures telles que réintroduction et/ou charniers compensant des altérations humaines opposées. Il est très possible que, au sein de l’aire bio-géographiquement pertinente, les conditions actuelles ne permettent pas le retour dans des localités où la présence historique est attestée, alors que ce retour pourra avoir lieu dans des contrées pour lesquelles on n’a aucune documentation.

Jean-Pierre Choisy

30 avril 2007

A propos d’une agression majeure contre la nature dans le Vercors

Par Jean-Pierre Choisy

J’ai appris quasi-incidemment, à l’issue d’une réunion professionnelle, le projet de « parc de vision » dans le sud-ouest du Vercors. Consterné, j’ai communiqué à ce sujet à l’intérieur d’un groupe de naturalistes concernés. Ceci me permettait – et me permet toujours - une totale liberté d’expression, tant comme naturaliste et biologiste de la faune sauvage que comme résident et électeur du territoire du Parc Naturel Régional du Vercors.

Il se trouve que, pour des raisons diverses, indépendantes de ma volonté, un de mes courriels s’est retrouvé sur ce site, ouvert à tous. D’aucuns, de plus ou moins bonne foi, auraient pu y voir un manquement au fameux « devoir de réserve » (dont je n’ai jamais pu obtenir de définition officielle)…si c’était moi qui avait mis mon texte à la disposition du public. Or, ce n’est pas le cas. Donc, à supposer qu’il y ait eu gaffe, je n’en suis pas l’auteur. Au demeurant, il serait maladroit er ridicule de créer, à ce propos, une tempête dans un verre d’eau, d’autant plus que, à ma demande, ce texte en a été retiré.

Néanmoins, il est maintenant inconcevable de se contenter cette suppression. Mieux vaut en profiter pour aborder le sujet sous une forme dont la diffusion publique ne saurait être contestée, sauf hostilité de mauvaise foi, bien entendu.

A chacun sa fonction

Je n’ai pas à me substituer pour agir, ni au décideurs politiques ni aux associations, ni aux professionnels du tourisme vert : un individu seul ne peut rien et ce n’est pas mon rôle,

En outre, je n’en ai pas la possibilité : la saison est pour moi au surmenage de terrain maximum : suivi de vautours quasiment 365 par ans se terminant actuellement vers 20h45 et de plus en plus tard à mesure qu’on s’approche du 21 juin, auquel il faut ajouter certains jours des relevés ornithologiques avec lever parfois à 5h du matin… C’est pourquoi il m’est rigoureusement impossible d’aller moi-même m’informer ;

  • la localisation du projet dans le massif de Lente (sud-ouest du Vercors), sur la commune de Bouvante, au carrefour des Autarets au départ de la route du col de Carri, m’a été fournie par un naturaliste et militant écologiste local ;
  • divers courriels m’ont montré que divers professionnels du tourisme de nature ou de plein air comme de l’hébergement m’ont déjà fait part de leur opposition au projet.
  • c’est l’un de mes correspondants qui s’est étonné d’avoir constaté le début de travaux avant même la clôture de l’enquête publique ;
  • je ne sais même pas si cette dernière est close ;
  • c’est une collègue qui m’a appris que le Parc Naturel Régional du Vercors aurait été à peine été tenu au courant de ce projet. Si c’était confirmé, ne serait-ce pas préoccupant pour la cohérence et la concertation entre les acteurs du territoire ? Un problème auquel d’autres Parc Naturels Régionaux semble également en butte. En période de refonte de la Charte du P.N.R. du Vercors, le procédé serait d’autant plus choquant au niveau de la qualité des relations souhaitables entre les acteurs du territoire ;
  • c’est par un courriel de quelqu’un de la Direction Départementale de l’Environnement que j’ai su que celle-ci n’avait pas failli à sa mission et en émis un avis défavorable.

Je m’étonne de l’étonnante passivité dont ont fait preuve à propos de ce projet les associations de protection de la nature régionales et des deux départements sur lesquels s’étend le Parc Naturel Régional du Vercors, tant au niveau de l’action que de la diffusion de l’information. Il y a là une réelle carence, éthique ou/et intellectuelle. Ceci s’adresse à tous, mais plus particulièrement au naturaliste local et militant actif d’un parti écologiste qui le premier m’a informé du projet, en s’étonnant non pas de la carence des organismes évoqués ci-dessus mais…de celle du Parc Naturel Régional du Vercors, dont les pouvoirs en la matière sont assez proches de zéro… Alors qu’il s’agit là d’un enjeu justifiant qu’on y consacre temps et énergie. Cela aurait été infiniment plus fondé que, il y a peu dans le même secteur, une agitation vaine contre des projets de tunnels routiers, option qui, pour la conservation et la restauration de la biodiversité, est objectivement bien préférable à la voirie de surface.

Ma contribution au débat

Appelons un chat un chat : même si c’est sous une forme sophistiquée, c’est un zoo, qu’on projette d’implanter au sein même d’une vaste zone naturelle...Je ne m'étendrais pas sur l'impact très négatif pour l'image du Parc Naturel Régional du Vercors chez les professionnels, de ceux des associations aux chercheurs, en passant par les personnels espaces protégés, tous ceux concernés par la biodiversité, forestiers inclus et une fraction des professionnels du tourisme . Pour ne rien dire des militants de la protection de la nature ou de l’écologisme politique…

Tout zoo dans le Vercors nuit-il à la conservation ou à la restauration de la biodiversité ?

Certains zoos sont fortement engagés, techniquement et financièrement, dans des actions de  conservation et/ou réintroduction, non seulement localement, mais même à l'échelle internationale, et ce jusqu'à des milliers de kilomètres de leur clientèle. Que ce soit ou non pour leur image de marque importe peu : ils agissent, concrètement. Et c’est cela qui doit être prise en considération. En outre, ce n’est nullement incompatible avec un réel engagement, technique et financier, en faveur de la restauration de la faune. Aux promoteurs du parc animalier on n'en demande pas tant. Il suffirait que leur zoo ne constitue pas une agression majeure contre la biodiversité du massif pour qu’un professionnel de la faune sauvage n’ait aucune appréciation technique et scientifique négative à l’égard de l’impact prévisible du projet sur la conservation et la restauration de la biodiversité, objet de sa mission. S’ils veulent aller plus loin, on peut en outre évoquer comment un parc de vision pourrait contribuer à la poursuite de ces objectifs majeurs, maintenant fois affirmés, du Parc Naturel Régional du Vercors.

Ne pas nuire à la conservation ni à la restauration de la biodiversité dans le Vercors

Tout est relatif :

  • même une monotone plantation de pins noirs ne peut être jugée dans l'absolu quant à sa richesse en espèces : très inférieure à celle d'une forêt naturelle mûre pluristratifiée et irrégulière, cette richesse est néanmoins supérieure à celle d’un versant érodé purement minéral ou presque ;
  • pour un citadin, un zoo avec un vaste parc, tel que ceux de Lyon ou de Montpellier, est perçu subjectivement comme une enclave naturelle par rapport au contexte urbain environnant. Mais par rapport à l'état actuel des lieux, un parc animalier, ses aménagements, ses bâtiments, ses accès et surtout la fréquentation humaine (et canine...) induite constitue objectivement une urbanisation locale.

La question cruciale : où ?

La fragmentation ou, au contraire, la non fragmentation, des derniers grands restes d’espaces non urbanisés ou/et fortement altérés ou/et simplement encore d’accès exagérément aisé est un enjeu majeur d’une stratégie au service d’une politique de la conservation et de la restauration et de la restauration de la biodiversité.

Ceci où que ce soit en Europe en général, dans le Vercors en particulier, que l’aménagement qui soit à l’origine de la fragmentation soit un zoo ou tout autre chose, peu importe : tout décideur qui permet qu’on tronçonne ou noyaute ces derniers « beaux restes » prouve ou bien sa complète indifférence à la conservation ou la restauration de la biodiversité, ou bien sa totale incompétence en la matière, quelle que soit sa sensibilité affichée à son égard.

Pourquoi ? Comment ?

Considérons le réseau des zones aménagées et voies de communication. Toutes autres choses étant égales par ailleurs, les perturbations qu’il cause aux biotopes qu’il enserre de ses mailles et, donc, à leur faune est fonction de sa densité, elle varie en sens contraire de la distance du centre du biotope aux voies de communication, bâtiments, etc.

En première approximation on peut décrire la fréquentation par Homo sapiens, ses chiens, ses chats par un modèle de diffusion physique, diminuant non pas avec la distance aux voies mais avec son carré, car ainsi augmente la surface où les perturbations se diluent. Ainsi une nouvelle route ou piste traversant une zone qui en était exempte, diminuant de moitié la distance du point le plus éloigné d’une voie carrossable, asphaltée ou non, multiplie les perturbations et altérations par quatre, toutes autres choses étant égales par ailleurs.

Dans le détail, les choses sont plus complexes car les sociologues ont montré que la majorité des occidentaux sont reliés à leur véhicule par un « cordon ombilical mental » d’un quart de kilomètre environ. Il est donc facile de calculer la fraction de biotope entourée d’une maille du réseau de la voirie hors de la zone de perturbation maximale. Pour que chacun puisse vérifier, considérons le cas, un peu théorique mais simple, d’un carré de nature entouré de quatre voies carrossables, pas nécessairement asphaltées.

Rôle de la densité de la voirie sur les perturbations : fraction d’un carré de nature hors de la zone très vulnérable aux perturbations à partir de quatre voies encadrantes.

Côté du carré, Peu perturbé
5 km, 81%
4 km, 77%
3 km, 69%
2 km, 56%
1,5 km, 44%
1 km, 25%
500 m, 0%

C’est clair et incontestable !

Cause d’altération des habitats et de la végétation, tronçonnage et noyautage des biotopes sont une cause majeure de perturbation de la faune, particulièrement aiguë pour certains groupes. Parmi les espèces remarquables présentes  en forêt de Lente et sensibles au dérangement, citons la Gélinotte, le Chouette de Tengmalm, trois espèces d’Ongulés autochtones, le Loup, le Lynx… Il est probable que cette perturbation causerait aussi des difficultés de gestion à d’autres usagers de l’espace :

  • la chasse sous licence dirigée gérée par l’Office National des Forêts dans le massif de Lente? Peut-être ;
  • la difficile cohabitation de l’élevage avec le Loup dans le sud-ouest du Vercors : il est essentiel pour la réduction des dégâts que ce prédateur puisse se replier sur de vastes zones tranquilles riches en Ongulés sauvages. Les mesures de protection des troupeaux en sont d'autant plus efficaces ;
  • création d’un nouveau type de dégâts ? Il est loin d’être exclu que le Loup arrive à s'introduire dans un parc animalier de dizaines d'hectares. L’impénétrabilité sera bien plus difficile à obtenir que pour les modestes parcs à bétail, d'autant que la trop haute densité pérenne d’animaux captifs créera une motivation intense et permanente. En hiver un enneigement important offrira des facilités de franchissement de clôture à une espèce ayant de telles capacités comportementales. Nouvelle source de plaintes pour dégâts...N'ayant nulle compétence juridique, je n'ai pas la moindre idée de la recevabilité de telles plaintes éventuelles… Les gestionnaires concernés apprécieront. Comme citoyen, je ne pense pas que la collectivité aurait la moindre obligation éthique comparable à l’obligation morale de ne pas laisser agriculteurs et éleveurs supporter seuls le poids économiques des dégâts causés par la grande faune.

Contribuer à la conservation ou à la restauration de la biodiversité dans le Vercors

Comment un Parc de vision peut ajouter à une localisation ne nuisant pas à l’écologie une participation à la conservation ou/et à la restauration de la biodiversité ? C’est que je vais évoquer.

Action concrète en faveur de la biodiversité
Par exemple :

  • mesures compensatoires écologiques sur une aire égale l'emprise de la totalité du zoo ;
  • participation à d’éventuels projet de réintroduction (pas nécessairement dans le Vercors) nécessitant une phase d'élevage, brève ou longue, qui se ferait dans le zoo.

Action éducative
Exclure toutes les espèces présentes dans le Vercors que l'on a une forte probabilité d’observer en liberté c’est à dire...presque toutes. Pour le grand public ou les naturalistes débutants avec encadrement des accompagnateurs de moyenne montagne, dont beaucoup sont naturalistes et/ou animateurs d’associations naturalistes. Le parc de vision peut lui-même participer à cette animation, éventuellement avec quelques aménagements : mirador d’observation, entretien d’un charnier pour les vautours, etc.
Exceptions éventuelles : individus éclopés ne pouvant pas être relâchés après guérison car restant handicapés.

Centre de soins d’animaux sauvages
Techniquement, ce n’est qu’exceptionnellement une contribution significative à la conservation de la biodiversité : uniquement dans le cas des espèces très peu abondantes, dont chaque individu est démographiquement précieux. Mais accueillir et soigner les blessés toutes espèces, les oisillons tombés du nid, etc. joue un grand rôle éducatif. C’est également l’occasion de fournir des infos telles que: «Comment transporter un animal blessé», «Ne le recueillez pas, il n’est pas abandonné!» etc.

N.B.  Une formule plus simple serait d’assurer la réception des animaux et leur acheminement rapide vers les proches centres de soins (Grenoble, Tournon ou autre). Les animaux pourraient aussi éventuellement, ensuite, être gardés en convalescence, en instance de remise en liberté.

Projet didactique fort

Ne pas collectionner un maximum d’espèces mais cibler quelques espèces pertinentes, ce qui permettra d’attendre un excellent niveau sur ce créneau.

Thèmes possibles:

  • espèce très difficile à voir et de statut régional précaire : la Loutre.
  • espèces de la faune locale dont l’absence actuelle est dû à l’Homme, qu’elle aient été exterminées (Ours, Bison d'Europe ), éliminées par altération de leur habitat (Pic tridactyle, Pic à dos blanc, probablement aussi Chouette de l’Oural, encore présente dans les Alpes orientales) ou les deux à la fois (Grand Tétras) : liste probablement non exhaustive ;
  • espèces difficiles à voir et dont le retour pose un délicat problème de cohabitation avec l’élevage : au minimum le Loup, éventuellement aussi le Lynx. Il sera nécessairement de ne pas se contenter de présenter la biologie des espèces et les méthodes d’études, mais aussi de permettre aux éleveurs et bergers de présenter leurs problèmes. Les techniciens présenteraient les méthodes de prévention des dégâts. Cela s’est fait dans divers pays ;

- aménagement des abords des installations de façon à être le support concret d’une action éducative sur le thème : «Faites de votre jardin un habitat favorable à la petite faune.» ;

Pour conclure

En fournissant les informations ci-dessus, j’assume mes responsabilités éthiques de biologiste travaillant à la conservation et à la restauration de la biodiversité de la Faune du Vercors. Je peux éventuellement répondre à demande des compléments d’information technique ou scientifique si j’ai les compétences ad hoc. Mon analyse vaudrait tout autant pour des aménagements de toutes natures « découpant » ou « noyautant » les derniers grands restes de biotopes peu perturbés dans d’autres massifs ;

Mais fondamentalement, c’est aux associations de protection de la nature et à leurs alliés d’entreprendre l’action, à se mobiliser sans tout attendre des élus, qui ont aussi une foule objectifs autres que la seule conservation de la biodiversité, ni du Parc Naturel Régional du Vercors, tenu par des procédures strictes. La proximité d’élections, la refonte cn cours de la Charte ne sont-elles pas un contexte favorable pour faire entendre la voix des citoyens concernés ? Certes, un décideur peut considérer qu’il a des raisons de sacrifier la biodiversité à des objectifs d’une autre nature, dont je n’ai forcément compétence à juger. Mais, alors, il doit assumer ouvertement cette position : associations et fraction du public concernées d’en tirer les conséquences qu’il jugeront opportunes.

La création de zones urbaines dans la plus grande des zones peu altérées du Vercors hors des Hauts Plateaux est un "serpent de mer" qu'on voit resurgir une fois par génération, sous des formes diverses. Cette fois c’est un « parc de vision ». Il y a quelques décennies c’était un projet d'aménagement de la forêt de Lente avec vingt cinq mille lits, "création d'espaces verts, avec des pelouses n'ayant rien à envier à celle de Hyde Park et du Bois de Boulogne!" (sic) Même au niveau zéro de compétence en biologie et de sensibilité naturaliste, une telle monstruosité conceptuelle laisse rêveur…Et pourquoi pas, pendant qu’on y est irriguer le lac du Bourget ?

Le fond du problème est en partie culturel. Les diverses variantes locales de la culture occidentale ont, toutes, leurs forces et leurs faiblesses. Le niveau moyen de culture naturaliste en Franc, quoique en amélioration, peut encore se comparer au niveau moyen de culture gastronomique aux USA  : dans les cas, celui du « fast food  ». Ceci même chez une large fraction des forestiers et des biologistes français, beaucoup de ces derniers se limitant à une approche moléculaire, au plus cellulaire… J’ai d’ailleurs publié il y a quelques années un article sur ce thème : «Nature, l’exception inculturelle française». Ne rêvons pas : même dans les pays à haut niveau de culture naturaliste moyen, tout problème d’aménagement du territoire ne se régle pas automatiquement au bénéfice de la biodiversité. Là-bas aussi les décideurs sont également sensibles à d’autres choses. Mais, au moins, on peut directement entrer dans le vif du sujet. Alors qu’en France, handicap considérable, on est obligé de commencer par un véritable travail d’alphabétisation…pour faire prendre conscience qu’il y a un problème ! Ca peut prendre des mois avant de pouvoir aborder le débat proprement dit…si la décision n’a pas déjà été prise entre temps…vous devinez dans quel sens. C’est usant ! On comprend que, parfois, les militants des associations de la protection de la nature baissent les bras…temporairement !

J.-P. Choisy

27 juillet 2006

Jean-Pierre Choisy: La réintroduction des vautours, objectifs et retombées

Objectifs

Les actions en faveur du Percnoptère de même que la réintroduction des trois grands Vautours d’Europe se placent dans les politiques de conservation et restauration de la biodiversité européenne et nationales, éventuellement régionales, voire locales. Chez des espèces qu’on peut voir très habituellement à 50 km de leur œuf ou de leur poussin (aux bons soins du conjoint tant qu’il n’est pas gros), parfois à 150 km, l’objectif ne saurait être le retour dans une commune, ni même un massif, un département ou un Parc. L’échelle pertinente est bien plus large : l’Arc Alpin et ses marges pour le Gypaète, au minimum le sud-est de la France pour Vautour fauve et Vautour moine, pour ne parler que des réintroductions en cours.

Les stratégies diffèrent selon les espèces (En Rhône-Alpes et PACA, bien au-delà pour le Gypaète), en fonction à la fois de leur éco-éthologie et de la disponibilité d’oiseaux à lâcher.

Vautour fauve

Trois opérations de réintroduction : dans les Baronnies, dans le Diois, par le Parc Naturel Régional du Vercors  et dans celui du Verdon.

Vautour moine

La moindre abondance d’oiseaux disponibles a conduit à se contenter de deux opérations seulement: Baronnies (premiers lâchers en 2004) et Verdon. Le retour spontané aux confins du Vercors et du Diois est une quasi-certitude, du fait de la distance modérée des Baronnies comme de l’estivage de l’espèce depuis 2002, à partir des Causses.

Percnoptère

En France méditerranéenne et dans les Préalpes des charniers augmentant taux de survie et de reproduction ont été la principale contribution au renouveau amorcé. L’on constate que la réintroduction du Vautour fauve conduit à la restauration de l’estivage (Verdon, confins du Diois et du Vercors), puis à la reprise de la nidification (Causses, Baronnies). Dans l’Ardèche, où le dernier couple avait disparu, le transit croissant de vautours fauves (21 ensemble en 2004) et moines entre Causses et Préalpes, a probablement renforcé l’action de charniers qui ont induit le retour de l’espèce (nidification d’un couple en 2004).

Gypaète barbu

Gypate_barbu2Dans les Alpes, lâchers au Mercantour, en Haute-Savoie, en Engadine (Suisse), dans les Hohe Tauern (Autriche) et dans les massifs contigus d’Italie. Le Parc Naturel Régional du Vercors a répondu favorablement à une demande de la Fondation Gypaète pour étudier la faisabilité d’un point de lâcher sur son territoire, élargissant la zone de retour vers l’extrême ouest de l’arc alpin, minimisant le hiatus entre les actuelles populations des Alpes et des Pyrénées.

La survie globale des espèces à long terme

Du fait de l’extrême originalité écologique de chacune, tout retour d’une espèce de vautour est une reconstitution majeure de la biodiversité locale de la structure des communautés de Vertébrés et de leur fonctionnement. Mais les opérations de réintroduction sont bien davantage justifiées par le fait que chaque réussite augmente la probabilité de survie globale de l’espèce à long terme, se place dans une stratégie du : « Ne pas avoir tous les œufs dans le même panier! » dont le principe est d’application générale et non pas limité aux seuls vautours. Exemples...

Bison d’Europe et Première Guerre Mondiale

Dans l’immense aire d’origine, l’espèce avait été totalement exterminée par l’Homme sauf, en 1914, une seule population à Bialowieza (Pologne, dans la partie alors russe) : environ un millier, encore trois centaines en 1917, plus aucun en 1918. L’espèce n’a pu être sauvée qu’en « raclant les fonds de zoos », essentiellement en Allemagne et en Suède. L’espèce a failli connaître le même sort que l’Aurochs et de nombreuses autres. Pour une espèce réduite à une seule population, une épizootie aurait pu avoir des effets démographiques analogues. La leçon a été comprise : dix-huit populations actuelles (Pologne orientale et ex-soviétiques) assurent l’avenir de l’espèce;

Bouquetin des Alpes et Seconde Guerre Mondiale

En 1945 ne subsistaient plus que 10 % de la vaste population reconstituée grâce à sa protection dans le Parc National du Grand Paradis. Mais même si l’anéantissement avait été total dans tous les pays belligérants, l’espèce aurait pu connaître un renouveau à partir des populations réintroduites antérieurement en Suisse, resté hors du conflit ;

Les vautours en Espagne

Les menaces qui pèsent sur les vautours en Espagne du fait de la reprise, illégale, des empoisonnements, des Carnivores plaident en faveur de la réintroduction de ces espèces ailleurs en Europe, partout où c’est un objectif bio-géographiquement pertinent et où le contexte humain local le permet tactiquement, pour les moins abondants Gypaète et Vautour moine, encore plus que pour les deux autres.

Outre ses objectifs immédiats démographiques, cette stratégie a aussi des retombées génétiques favorables à la diversité allèlique, elle-même favorable à l’objectif de survie à long terme des espèces concernées.

(La fréquence allélique est la proportion d’un allèle au locus désiré de tous les allèles considérés dans une population). [NDLB: Vous n'êtes pas venu à la buvette pour rien. Il y en a sous le comptoir !]

Retombées de la Réintroduction des vautours

Retombées sur le tourisme

L’impact très positif pour le tourisme rural du retour des vautours, oiseaux, spectaculaires par leur vol, leur taille, leur nombre, leurs mœurs, la facilité de leur observation n’a plus à être démontrer:

Causses

En 1995, sur 250 000 touristes visitant les gorges de la Jonte :

  • si seulement 3 750 (=1,5 %) sont venus spécialement pour les vautours,
  • 33 250 (=13,3 %) sont venus autant pour les vautours que pour d’autres motivations.
  • 6 à 7 % (12,3 % en été) s’arrêtent au Belvédère des Vautours qui a consacré une animation sur le thème des vautours.

Le bénéfice net réalisé par le tourisme local lié à la présence des vautours était de 4,4 millions de francs:

  • 102 organismes différents (nationaux comme internationaux font découvrir les vautours à leur clientèle, 24 eux-mêmes, 78 en passant par le FIR (Fonds d’Intervention pour les Rapaces, depuis fusionné avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).
  • Majoritairement locaux (Grands Causses), 44 organismes (33 privés, 11 publics) utilisent l’image du vautour dans leurs outils de promotion publicitaire.
  • Neuf entreprises étrangères au territoire des Grands Causses ont compris l’intérêt touristico-économique des vautours et créent des produits touristiques le représentant.
  • Une cinquantaine de magasins de souvenirs vendent au total 33 produits touristiques différents d’une valeur moyenne de 10 euros et 39 modèles de cartes postales comportant une image de vautours.
  • 55 livres français et étrangers, dont 22 guides touristiques, citent ou localisent géographiquement la réintroduction du Vautour fauve.
  • Ont paru depuis 1981: 158 articles (68 dans des journaux, 90 dans des revues) dans 30 journaux français et allemands, 61 revues françaises, espagnoles et italiennes. 
  • 5 émissions radiophoniques françaises d’une durée moyenne de 20 minutes diffusées sur des radios nationales (à fort taux d’écoute : France Inter, etc.) et locale, aux heures de grande écoute ; 19 émissions télévisées, d’une durée moyenne de 7 minutes, diffusées aux heures de grande écoute par les télévisions françaises, britannique à diffusion mondiale et jusqu’à…Taiwan !

Sources : QUILLARD V. Valeur sociale et économique de la Biodiversité in situ L’exemple de la Réintroduction du Vautour fauve (Gyps fulvus fulvus) dans les Grands Causses. Rapport de stage de Maîtrise S. & T. Aménagement et Mise en Valeur des Régions (Rennes). Actuellement membre du personnel du Parc National du Mercantour.

Baronnies

Rémuzat, la commune de réintroduction, n’avait pas d’Office Tourisme avant la première réintroduction de vautours, en 1996. Elle en a un depuis, dit « Maison des Vautours », avec boutique, et exposition permanente. En 2002 comme en 2003 entre quatorze quinze mille personnes ont visité le local. (Soit un nombre analogue à celui du Belvédère des Vautours dans les Causses en 1995). Ceci dans un canton dont la densité humaine est de 3/km2.

Auparavant le tourisme se réduisait au seul afflux estival, alors qu’actuellement la présence des vautours a généré une fréquentation hors saison appréciable. Ces derniers sont également l’atout majeur d’une animation locale bien organisée, pour des publics variés (touristes, classes vertes, etc.)

En 2003, lors d’un séminaire européen consacré aux Vautours, le maire de Rémuzat, banquier à la retraite, a souligné l’impact économique du retour des vautours. (Pour plus d’information, demander à mon collègue des Baronnies : Christian Tessier et à la Maison des Vautours à Rémuzat. Une étude mériterait d’être réalisée, analogue à celle dans les Causses).

Diois-Vercors

Les accompagnateurs de moyenne montagne de ces deux massifs ont vite compris le grand intérêt pour leurs activités du retour de ces oiseaux spectaculaires. Parmi ceux qui intègrent régulièrement à leur programme hebdomadaire une sortie « vautours », l’un est basé à Villard-de-Lans, vient spécialement aux confins des deux massifs. On n’est certainement qu’au début de cette exploitation.

Verdon

Je ne suis guère informé sur les retombées touristiques, pour informations, adressez vous à la LPO PACA, qui mène l‘opération locale de réintroduction.

Nul responsable n’a su en prévoir l’intérêt local 

Reintroduction_des_vautours_choisyLes réintroductions de vautours auraient pu, donc, constituer des objectifs également pour les politiques de développement local de tourisme rural. Mais, (A ma connaissance - si je faisais erreur, ce que je souhaite, prière de transmettre l’information - nul responsable départemental ou régional d’organismes dont le tourisme est la seule raison d’être, n’a su en prévoir l’intérêt local pour cette activité économique.

La prise de conscience est venue une fois le succès acquis et l’intérêt évident. En ce qui les concerne, le terme « objectif », qui suppose un projet, avant la réalisation d’opérations et une participation à celle-ci, financière ou autre, serait donc abusif. « Retombées » est bien celui qui convient. Au contraire, à la lumière du précédent des Causses, les personnes et organismes directement impliqués dans les opérations de réintroduction dans les Préalpes, ont fait de l’intérêt économique des vautours pour le tourisme local un des arguments en faveur de leurs projets. Ceci que la promotion du tourisme rural soit au nombre de leurs missions (Parcs Naturels Régionaux du Vercors et du Verdon) ou non (Associations Vautours en Baronnies, FIR-LPO). Pour les Associations, développer elles-mêmes ces activités est un moyen de soutenir leur action, tant sur le plan de l’information du public que de l’obtention des ressources financières.

Equarissage naturel

Ce point est primordial. Il constitue la base même de la démarche dans les Préalpes de la Drôme. Toutefois, ayant rédigé à ce sujet un document « Parc Naturel Régional du Vercors » pour un colloque du Réseau Alpin des Espaces Protégés, je le joins et me contente de renvoyer à sa lecture. [NDLB: Lire «Vautours et Elevage Extensif» du même auteur: Jean-Pierre Choisy]

Du fait du service rendu aux éleveurs, de son efficacité sanitaire, de son moindre coût que la filière habituelle d’équarissage et d’autres retombées, les responsables sanitaires départementaux auraient pu considérer la réintroduction des vautours dans les Causses comme un des objectifs de leur politique d’élimination des charognes. Néanmoins, ils ont pris conscience a posteriori de la contribution des vautours à cette élimination, en partie du fait de travaux tels que ceux de Chassagne et/ou de Briquet.

Lors des réintroductions dans les Préalpes de la Drôme cet aspect du problème était déjà bien compris. Mais les services concernés ne sont pas davantage allés jusqu’à en faire des objectifs de leur politiques de gestion des charognes, ce qui aurait été pourtant concevable (Si je faisais erreur, je serais très heureux de l’apprendre et faire amende honorable. Cela me semble peu probable ). Comme pour le tourisme, il s’agit donc de retombées, tactiquement essentielles pour la pérennisation du succès de ces opérations, mais le terme objectifs, qui suppose un projet en amont serait excessif.

Remarques

Le contexte humain local est l’un des facteurs déterminant le succès ou l’échec de toutes les opérations de réintroduction. Dans la poursuite de ces objectifs, il est aussi véridique qu’habile, donc doublement justifié, de mettre en avant les retombées économiques (tourisme), financières (coût de l’équarrissage), technique (service rendu aux éleveurs), sanitaires (élimination de charognes dans la nature).

Néanmoins, biologistes et naturalistes concernés se doivent de n’analyser les retombées d’une réintroduction qu’en termes de contraintes et ressources: une composante du contexte tactique local qu’il serait particulièrement maladroit de ne pas prendre en compte. Mais ils se doivent de ne pas hausser la prise en compte de ce contexte au niveau d’objectifs : ce serait trahir respectivement leur fonction et leurs valeurs.  Le feindre pourrait avoir une efficacité éventuelle à court terme, mais, outre que ce serait éthiquement discutable, l’effet à long terme serait probablement négatif. Encore faut-il avoir un minimum d’éthique et le souci du long terme.

La satisfaction de réussir une opération locale est légitime, que ce soit pour un Parc Régional, une association, un organisme départemental, régional ou leurs partenaires. Il est plus valorisant encore de la considérer comme participation locale à une stratégie de réintroduction au service d’un objectif bio-géographique à l’échelle continentale et comme contribution majeure à la pérennité à long terme des espèces concernées. Ceci moyennant un tout petit peu de hauteur de vue.

L’esprit de clocher étant une des petitesses du monde les mieux partagée (Pour paraphraser une formule célèbre ), on est malheureusement souvent conduit tactiquement à mettre l’accent, parfois exclusivement, sur le grand intérêt local de ces opérations. Pire encore: certains n’y voient d’intérêt que dans le lâcher proprement dit: petit événement d’actualité locale. « Petit » est le mot, en effet, par rapport à d’autres motivations qui se situent à un tout autre niveau intellectuel, émotionnel, philosophique et politique, au bon sens du terme. Je ne ferais pas l’injure à aucun des destinataires de ces lignes de croire qu’il n’ait pas une perception un peu plus élevée des motivations des réintroductions de vautours dans la Drôme.

Conclusion

Les motivations essentielles des réintroductions de vautours se placent dans les politiques de conservation et la restauration de la biodiversité, politiques européennes, nationales, parfois régionales, voire locales. On peut contester ces politiques, que ce soit au niveau des valeurs les fondant.  Ceux qui ne les partagent pas préfèrent souvent les attaquer, de bonne ou mauvaise foi, du fait de leur coût, réel ou supposé. Dans le cas de la réintroduction des vautours, cette critique est sans fondement. En effet, globalement, pour la collectivité le coût de ces opérations est sans commune mesure avec leurs bénéfices :

  • augmentation induite du chiffre d’affaires du tourisme rural local ;
  • amélioration sanitaire de l’élimination des charognes issues des élevages extensifs comme du renouveau des Ongulés sauvages ;
  • traitement sur place au lieu de transport routier de dizaines de tonnes de charognes à des centaines de kilomètres ;
  • prestation de service gratuite pour les éleveurs de montagne, donc aide objective à leur activité professionnelle ;
  • création d’un emploi local, au moins à temps partiel, assurant la prestation ci-dessus ;
  • coût moindre pour les finances publiques.

Localement, le bilan matériel est encore plus favorable puisque la majeure partie des bénéfices est locale alors que la quasi-totalité des coûts sont départementaux, régionaux, nationaux, européens.

L’apport esthétique, émotionnel, culturel, non développé, non chiffrable, mais pourtant bien réel, améliore encore le bilan de  ces opérations pour la collectivité.

Jean-Pierre Choisy

Jean-Pierre Choisy s’occupe des expertises scientifiques et du suivi des réintroductions dans l’équipe technique du Parc Naturel Régional du Vercors (et de l’équipe Patrimoine).
Tél.: +33 (0)4.76.94.38.26 - Fax : +33 (0)4.76.94.38.39 - 26150 Chamaloc

11 juillet 2006

Vautours et élevage extensif

par Jean Pierre Choisy

Elevage et tir, piégeage, dénichage des vautours

Ces destructions ont fortement affecté les quatre espèces de vautours d’Europe : chasse de trophées, collection d’œufs, et d’oiseaux taxidermisés, destructions des Rapaces ne s’embarrassant pas de distinctions entre charognards et prédateurs. Mais les vautours n’ont pas suscité l‘animosité des éleveurs, au contraire, à deux exceptions près :

  1. A partir de la fin du XVIII° siècle et jusqu’à son éradication totale, l’inoffensif Gypaète, dans les Alpes, a été victime de fantasmes cynégétique-littéraires en faisant un véritable dragon. Eleveurs et bergers en ont diversement influencés. Curieusement, les Pyrénées et la Péninsule Ibérique n’ont pas été contaminés par ces délires romantiques.
  2. Depuis quelques années on a relaté, dans les Pyrénées et en Espagne, des cas de vautours fauves tuant du bétail. Une fois éliminées les billevesées, ainsi qu’une prétendue expérience (une chèvre en bonne santé peut effectivement être tuée par des vautours…si elle est bien ligotée !), le fait a été réellement observé dans des situations très particulières, concernant toujours des animaux en situation critique : blessé ou agonisant, jeune gisant durablement inerte sur le sol et pris pour un cadavre, mort-né dépassant de la vulve tiré par les vautours entraînant l’utérus, etc. Dans la grande majorité des cas, les vautours n’ont fait qu’accélérer une mort quasi-inéluctable. La récente augmentation de ces incidents tient à deux causes :
    - mise en alpage de races, notamment bovines, plus productives mais peu rustiques, dont certaines ne devraient jamais être laissées à elles-mêmes, sans possibilité d’assistance humaine, lors des mises-bas ;
    - suppression brutale de charniers dont disposaient précédemment d’importantes populations de vautours, d’où disette brusque et très forte motivation alimentaire.

D’impact concret très limité, localisé, le problème est néanmoins très préoccupant médiatiquement, monté en épingle comme faits divers « sensationnels » et, plus encore, par tous ceux qui supportent mal la protection des Rapaces en général.

Notez bien : le problème, complexe, a été tout au plus évoqué et non pas traité. Pour information détaillée s’adresser à :

Elevage et empoisonnement des vautours

Dans le passé

L'impact du poison a été encore bien plus catastrophique, en tout cas pour les trois vautours autres que le Gypaète. Qu’il s’agisse d’un appât ou d’un Carnivore lui-même victime du poison, une seule charogne peut tuer en une seule fois plusieurs dizaines de vautours. Ces derniers sont atteints alors même que ce sont généralement les Carnivores qui sont généralement visés : le Renard pour des raisons surtout cynégétiques, l’Ours et surtout le Loup pour protéger les cheptels domestiques.

De nos jours

  1. Situation catastrophique de tous les vautours dans les Balkans et une grande partie de l’Afrique au Nord du Sahara du seul fait de l’usage de ce moyen de destruction redoutable et absolument non sélectif, est la cause essentielle de la quasi-extinction des vautours ;
  2. Graves préoccupations en Espagne : des centaines de vautours sont empoisonnés illégalement chaque année. Jusqu’à maintenant la survie globale du Vautour fauve n’est pas en cause du fait de l’importance des effectifs. Mais la situation pourrait vite s’aggraver. Elle est déjà préoccupante pour les trois autres vautours, bien moins abondants. Jusqu’à un passé récent, l’objectif était cynégétique : destruction des prédateurs (conséquence de la récente intensification agricole ayant entraîné un effondrement des effectifs de nombreuses espèces, dont Lièvre et Perdrix rouge) . Les incidents avec le bétail évoqués plus haut sont parfois à l’origine d’une volonté délibérée de détruire les vautours. Alors on préfère généralement le poison, plus discret, moins risqué, que le fusil ou le piège ;
  3. Inquiétudes dans les Alpes : va-t-on vers une reprise illégale de l’empoisonnement des Carnivores ? En France :
  • un Percnoptère agonisant car empoisonné a été trouvé au printemps 2004, à moins de 20 km des Hauts Plateaux du Vercors, fréquentés tout l’été par le Vautour fauve, à l’occasion par les trois autres Vautours, et où le Loup tue des brebis depuis quelques années ;
  • au Mercantour, premier massif de retour du Loup dans les Alpes françaises, une étude toxicologique récente des cadavres de Renard a montré que, dans au moins 80 % des cas, le poison était la cause de la mort !
    NB Rien ne prouve que le Loup ait été visé dans le cas du Percnoptère. Au Mercantour c’est le Renard qu’on voulait détruire. Néanmoins, il est permis de redouter que le retour du Loup contribue à augmenter de la fréquence de tels délits.

Qu’en est-il dans les autres pays de l’Arc Alpin, dans la chaîne elle-même comme ailleurs ?

Elevage et ressources alimentaires des vautours

Vautour fauve dans le ciel de Chamaloc, Col du Rousset (Vercors)Certes, les Ongulés sauvages connaissent dans les Alpes et ailleurs en Europe un renouveau sans précédent depuis des siècles. Leurs cadavres peuvent très constituer une ressource suffisante pour les vautours lorsque ces animaux ne sont pas prélevés par la chasse (Ceux qui sont braconnés restant généralement minoritaires) et que, morts, ils restent à la disposition des charognards. Le plus souvent, il s’agit des espaces hors chasses : Parc Nationaux et certaines Réserves. Mais cela peut aussi se rencontrer ailleurs dans certaines conditions :

  • pression de chasse faible ou très faible ;
  • chasse exclusivement pour le trophée, abandonnant le reste du corps ;
  • chasse blessant beaucoup d’animaux non retrouvés par les chasseurs : symptôme de bas niveau cynégétique, qui n’est guère une méthode de gestion à préconiser !
  • au moins une des espèces d’Ongulés n’est pas chassée (Exemple : le Bouquetin en France).

Pour des raisons économiques (agriculture, sylviculture) une telle situation est de nos jours rarement tolérée ailleurs qu’en haute montagne. Celle-ci offre deux autres avantages aux vautours :

  1. la faiblesse ou l’absence de voirie, la faible profondeur des sols, conduisent généralement, au moins en France, à laisser la plupart des cadavres de transhumants, sinon tous, à la disposition des charognards ;
  2. la rareté ou de l’absence des ligneux rendent la grande majorité des charognes accessibles aux vautours.

Tout ce qui précède est d’une grande importance pour la corrélation entre élevage et retour des vautours dans les Alpes et même en Europe en général. Elle est fort diverse selon les espèces.

Gypaète (Gypaetus barbatus)

Certes, le Casseur d’Os peut prospérer à très basse altitude : il y a des nids à partir de 630 m. dans les Pyrénées (bien plus bas naguère dans certaines régions d’Espagne) et de 300 m. en Crète. A ces altitudes, ses populations dépendent en grande partie du bétail, pour des raisons analogues à celles qu’on a exposées à propos du Vautour fauve. Mais c’est le seul des quatre vautours d’Europe à pouvoir vivre toute l’année et nicher même en haute montagne : nids jusqu’à 2300 mètres dans les Pyrénées, avec prospections jusqu’aux plus hauts sommets.

C’est pourquoi de nos jours une partie importante des Alpes permettrait le développement de populations de Gypaète même en l’absence d’élevage. Bien que celui-ci même en altitude lui procure des ressources saisonnières notables du fait de la transhumance, ce n’est nullement une condition nécessaire à sa survie.

Vautour moine (Aegypius monachus)

Jusqu’à maintenant, les réintroductions de Vautour moine ont suivi celle du Vautour fauve sur les mêmes sites. Les charniers nécessaires à ce dernier sont donc exploités par le premier. En Europe, il niche sur arbre (Essentiellement sur Chêne vert Quercus ilex ou Pin sylvestre Pinus sylvestris) , mais guère au-dessus de 1400 m, même s’il peut exploiter les plus hautes régions, particulièrement à la belle saison. Néanmoins, quoique pour d’autres raisons que le Gypaète, le retour du Vautour moine ne dépend pas forcément partout de l’élevage car il peut :

  • prospecter aussi les habitats semi-boisés, clairières et simples trouées en forêt, voire les boisements très clairs, donc y exploiter des cadavres d’Ongulés inaccessibles aux autres vautours ;
  • vivre de cadavres de lapins, lièvres, marmottes, et autres Vertébrés de taille analogue si leur abondance est suffisante.

Percnoptère (Neophron percnopterus)

La prospérité du Vautour blanc est liée à la présence de restes à finir :

  • Originellement en picorant les bribes laissées sur les os par les grands vautours (Son bec, fin, y est très bien adapté, alors qu’il n’est guère apte à ouvrir le « cuir » des Ongulés),  ainsi que, dédaigné par eux, le contenu de la panse des Ruminants.
  • Secondairement, il s’est fréquemment adapté à l’exploitation des déchets humains (D’où ses noms allemands et néerlandais), qui peuvent lui permettre de survivre à la disparition des grands vautours. Partout où ces déchets ne sont plus disponibles, sa prospérité dépend de l’organisation de l’accès aux charognes de bétail, que ces charniers soient prioritairement destinés à lui ou à d’autres vautours.

Vautour fauve (Gyps fulvus)

C’est l’espèce dont la prospérité est, depuis des siècles, la plus étroitement liée à l’accès aux charognes de bétail du fait du cumul de plusieurs caractéristiques :

  • il n’exploite que les charognes d’Ongulés ou de taille analogue, du fait de son extrême grégarisme : quelques des dizaines d’individus descendus consommer un cadavre d’écureuil dépenseraient plus d’énergie en s’envolant qu’ils en auraient obtenu ;
  • il ne niche guère au-dessus de la moyenne montagne, de l’étage montagnard, même si des couples peuvent nicher jusqu’à la limite supérieure des forêts, voire un peu au-dessus (Lorsque les Rapaces en général sont persécutés ou, au contraire, lorsque l’espèce est tellement prospère que les sites rocheux plus bas sont saturés.) .  A la belle saison, il prospecte jusqu’aux plus hautes altitudes, y trouve beaucoup de cadavres de bétail transhumant et/ou, de nos jours d’Ongulés sauvages. Mais la haute montagne seule ne peut guère suffire à l’entretien de ses populations toute l’année ;
  • il ne prospecte que les habitats ouverts. Or, à basse et moyenne altitude, il est exceptionnel que, de nos jours, agriculture et/ou sylviculture y tolèrent des densités d’Ongulés sauvages non prélevés telles qu’il puisse y trouver dans les zones ouvertes des charognes en suffisance pour entretenir ses colonies.

Le fondement de la prospérité du Vautour fauve en Espagne (vingt-trois à vingt-quatre mille couples, plus de cinquante mille individus) est la persistance répandue d’une élimination des charognes par la faune sauvage même à basse altitude.

En dessous de la haute-montagne, la mise à disposition du Vautour fauve des charognes de bétail joue un rôle central également pour la prospérité des autres espèces de vautours : sur une même charogne leurs préférences alimentaires ne sont pas les mêmes et très souvent, les autres Vautours repèrent les charognes du fait des mouvements et rassemblement du Vautour fauve, plus abondant et grégaire.

Ceci n’exclut nullement que, dans certaines situations particulières rares de nos jours, même à basse altitude, le Vautour fauve et les autres, puissent vivre essentiellement de charognes d’Ongulés sauvages. Mais c’est un autre débat.

En France, en 1998 CHASSAGNE a fait de l’équarrissage naturel par les Vautours dans les Causses (sud du Massif Central) l’objet de sa thèse de doctorat vétérinaire. Son analyse historique s’applique parfaitement à une grande partie des montagnes françaises sinon à toutes.

Traitement des charognes en France

A partir de 1714, des mesures de police sanitaire imposent l’enfouissement des charognes, auparavant abandonnées aux charognards. Respectées en ville, elles ne le sont pas en milieu rural où les forces de police sont beaucoup moins présentes.

Au XIX° siècle, les découvertes pastoriennes justifient la destruction prophylactique des cadavres.

Au XX° siècle le Code Rural intègre les divers textes : loi du 2/2/42, puis du 31/12/75, revue et refondue le 26/12/96, du fait de la crise de l’ESB (maladie de la vache folle). Sur la majeure partie du territoire français, de moins en moins de carcasses sont abandonnées dans la nature, les ressources alimentaires des animaux charognards chutent et la démographie des populations sauvages qui profitaient de la situation s’en ressent. Le niveau sanitaire de l’élevage progresse énormément. La situation des zones de montagne reste particulière :

  • distance kilométrique,
  • lenteur de l’accès,
  • légèreté des carcasses à collecter sont défavorables au passage de l’équarrisseur en zone de montagne (Surtout pour des camions),
  • le texte de loi du 31/12/1975, puis celui du 26/12/1996 le reconnaissent. L’équarrisseur, le plus souvent, ne passe ni dans les 24h réglementaires après convocation, ni dans les 48 heures tolérées.

La mise en place de conteneurs réfrigérés où les éleveurs peuvent apporter les charognes qui attendront le passage de l’équarrisseur a diminué la dépose illégale de charognes dans la nature. Elle ne l’a pas supprimée car beaucoup d’élevages de montagne sont situés à plusieurs dizaines de kilomètres du conteneur réfrigéré. A défaut d’équarrissage, trois modes de traitement sur place sont admis par les services vétérinaires :

  • incinération : lourde à mettre en œuvre, outre qu’elle génère des pollutions, fait courir un risque d’incendie (hors d’un four, autres combustibles nécessaires, généralement hydrocarbures) ;
  • traitement à la chaux vive : « l’efficacité prouvée sur les effluents organiques liquides n’est pas forcément transposable en ce qui concerne les solides » comme l’a montré une étude utilisant pourtant des doses de chaux triples de celles qui sont préconisées (Müller E., 1987, DEA, INSA Lyon). « L’effet bactéricide attendu (…) ne se produit (…) pas dans les charniers chaulés » ;
  • enfouissement : dans des massifs où la très grande majorité des sols sont peu profonds, voire squelettiques, cette éventualité reste généralement très théorique, une vue de l’esprit, déconnectée de toute possibilité de réalisation concrète. En outre, on a démontré que beaucoup de spores de bactéries pathogènes survivent de nombreuses années, une partie étant remontée en surface par les lombrics, puis dispersée par le ruissellement.

Pour toutes ces raisons, l’abandon des charognes dans la nature est une pratique courante, quoique parfaitement illégale et présentant de nombreux inconvénients sanitaires :

  1. dissémination de germes, de parasites,
  2. pollution des eaux,
  3. ressources trophiques supplémentaires pour les chiens errants,
  4. pullulation des mouches,
  5. pour le bétail cause d’inconfort et agents de disséminations de germes infectieux.

Divers travaux ont montré que la consommation par les vautours était le plus efficace traitement sur place des charognes de bétail dans les régions d’élevage extensif, tant du point de vue de l’efficacité que du coût.

« Le tube digestif des griffons ( C’est-à-dire les vautours du genre Gyps, en Europe le Vautour fauve Gyps fulvus; groupe auquel on peut joindre les vautours moines et oricou (Torgos tracheliotus) ) détruit tous les micro-organismes qui auraient pu survivre dans les cadavres, hormis quelques spores très résistantes ».

Outre que la plupart des spores sont détruites, Chassagne souligne que la consommation a presque toujours lieu avant sporulation des bactéries pathogènes. Cette aseptisation est due à l’extrême acidité du milieu stomacal : pH 1 à 1,5 ! Soit environ mille fois plus acide que chez les Mammifères.

« L’action des vautours apparaît donc sans danger et même très bénéfique, dans une zone de moyenne montagne mal desservie par l’équarrissage industriel conclut l’auteur à propos des Causses. C’est a fortiori le cas dans les alpages de haute montagne : Alpes, Pyrénées. Ajoutons que cette fonction sanitaire concerne aussi charognes d’animaux sauvages.

Ces constatations ont débouché sur des tractations pour un assouplissement de la législation en faveur des grands rapaces charognards.  Des dérogations ont d’abord été obtenues au coup par coup auprès des services vétérinaires départementaux dans les Pyrénées, les Causses, les Alpes. Le FIR (Fonds d’Intervention pour les Rapaces, fusionné depuis avec la Ligue Protectrice des Oiseaux (LPO)) souligne alors la contradiction paradoxale entre le soutien du Ministère de l’Environnement aux mesures en faveur des vautours (charniers inclus) et le Ministère de l’Agriculture qui « se retranche derrière la législation sanitaire et condamne en bloc les moyens nécessaires à ces actions ».

Passons sur le détail des péripéties multiples négociations entre les deux Ministères, arrêtés locaux, etc.(1985, 1986, 1989, 1991, 1993, 1994, 1995, 1996, 1997), débouchant en 1998 sur un arrêté Ministériel assouplissant l’application de la législation dans les zones à vautours, démarche étayée scientifiquement (Briquet, 1990, Evaluation du rôle épidémiologique du vautour fauve dans le cadre de sa réintroduction en France sur les Grands Causses, thèse doctorat vétérinaire, Alfort-Créteil).

Dans les zones à vautours, il devient possible d’entretenir légalement, outre les quelques charniers « lourds », ou charniers proprement dits, des charniers légers intermittents, dits « placettes » gérées par les éleveurs ou/et bergers eux-mêmes, pour les charognes issues de leur propre élevage. Les principes techniques de base sont :

  • étanchéité du sol (béton) et
  • interdiction de l’accès aux mammifères (clôture électrique).

Il est exclu qu’un tel « charnier fermier » soit utilisé par d’autres éleveurs, pour éviter de transporter des germes pathogènes d’un élevage à l’autre.

Organisation de la participation du vautour fauve à l'équarissage dans les massifs de réintroductions des préalpes françaises

Diois

Les éleveurs de quatre cantons (Diois et du sud du Vercors = 1 162 km2) disposent d’un numéro téléphonique avec répondeur-enregistreur, où ils peuvent signaler les charognes à enlever chez eux. Cette collecte permet d’approvisionner aussi bien les oiseaux en volières avant lâcher que deux charniers sur la commune à Chamaloc, à la bordure méridionale du Vercors mais dans le Diois.

Volière à vautours à Chamaloc, Vercors, DieVolière à vautours et charnier dans la falaise de Chamaloc, col du Rousset (Vercors)

Actuellement, ces frais de collecte de charogne et de gestion de charnier sont financés dans le cadre de la réintroduction par le Parc Naturel Régional du Vercors, opération qui n’est pas achevée.

Baronnies

Le système est analogue mais, l’opération de réintroduction étant achevée, la pérennité du financement a été assurée en associant officiellement à l’équarrissage l’association Vautours en Baronnies, gérant les charniers. Requise d’équarrissage, elle est rémunérée 23 € par cadavre.  Un système analogue existe dans les Causses (Pour information plus précise demander à LPO Grands Causses   (sud du Massif Central) et en projet pour le Diois.

Les avantages sont multiples pour les divers partenaires et pour la collectivité :

  • politique de restauration de la biodiversité : contribution à la pérennisation du retour des vautours, essentielle surtout pour le Vautour fauve ;
  • éleveurs : ils ne sont plus obligés de choisir entre illégalité, jamais très confortable, ou bien élimination sur place, dont on a vu plus haut les difficultés de mise en œuvre et les limites sanitaires, ou encore le transport au conteneur réfrigéré (Un seul pour tout le Diois et le sud du Vercors, un seul pour toutes les Baronnies, etc.)  à destination de l’équarrisseur, imposant un transport par eux-mêmes, le souvent à une ou quelques dizaines de kilomètres de route de montagne, près d’une cinquantaine parfois. La collecte à domicile des charognes constitue donc pour eux une prestation de service très appréciée ;
  • développement local : la collecte fournit un emploi à temps partiel dans des contrées où l’emploi est rare ;
  • prophylaxie : la collecte annuelle d’un millier de charognes de bétail dans le cadre de l’opération menée par le Parc Naturel Régional du Vercors ne s’est traduite par aucune baisse de leur nombre au conteneur réfrigéré de Die. La seule interprétation possible c’est qu’un millier de charognes ont été soustraites à des dépôts illégaux dans la nature. Evolution analogue dans les Baronnies (Pour nombre exact, demander à Tessier. Pour comparaison avec le nombre de charognes collectées pour l’équarrissage, avant et après le début de l’opération, demander à Traversier.
  • politique de l’environnement : un traitement sur place est préférable au transport de plusieurs dizaines de tonnes de charognes depuis les Préalpes jusqu’à Lyon ou Marseille ;
  • finances publiques : dans la grande majorité des cas, le coût pour elles est moindre que la filière d’équarrissage classique. Celle-ci ne redevient meilleur marché que dans les cas, heureusement rares, de mortalité massive, rentabilisant le déplacement d’un camion. Dès les trois premières années de la réintroduction dans les Baronnies, encore au stade du maintien en volière, le nombre de charognes collectées a été tel que leur élimination par l’équarrissage aurait coûté au Conseil Général de la Drôme au moins autant que la subvention de celui-ci à l’opération de réintroduction (Pour information précise demander à Trouillet. Ceci à supposer qu’un contrôle fortement accru ait éliminé les pratiques d’abandon des charognes dans la nature, ce dont la possibilité concrète est douteuse, et qui ne serait pas nécessairement préférable, tant sur le plan prophylactique qu’environnemental.

Verdon

On a choisi de ne pas collecter de charognes dans les élevages et de puiser directement dans le conteneur réfrigéré de la filière classique d’équarrissage.

C’est évidemment bien plus facile que de mettre sur pied un système de collecte à domicile ! Certes, cette manière de faire permet, elle aussi, la pérennité de l’approvisionnement des charniers. Mais, ce faisant, on a perdu tous les autres avantages :

  • affaiblissement de la légitimité politique du financement de l’opération, qui ne se justifie plus que par la seule restauration de la biodiversité et les retombées touristiques ;
  • aucun emploi à temps partiel n’est créé ;
  • nulle diminution des dépôts, illégaux et dans des conditions sanitaires discutables, de charognes dans le milieu ;
  • les éleveurs, qui ne bénéficient pas d’une collecte des charognes à domicile, ne sentent pas directement concernés par le retour des vautours.

Quelles ont bien pu être les raisons d’une telle faute tactique majeure ? Les responsables des autres opérations de réintroduction ont été bien inspirés de faire un tout autre choix.

Deux problèmes de gestion d'élevage liées au retour des vautours fauves

  1. bain dans les abreuvoirs : les vautours fauves sont des fouilleurs-tireurs qui introduisent leur tête et leur long cou dans la cavité générale des cadavres, les souillant abondamment. Ensuite, ils se nettoient. Lorsqu'un groupe de vautours se baigne dans des abreuvoirs, le bétail refuse ensuite l’eau à odeur de cadavre. A court terme, le problème peut être immédiatement réglé par un épouvantail. Si les vautours s’y habituent, d’autres techniques simples sont très efficaces.
  2. disparition d’indices lors de dégâts aux troupeaux par des carnivores : quelques dizaines de vautours fauves font rapidement disparaître l’essentiel d’une brebis. En cas d’attaque par Chien, Lynx ou Loup, tout constat devient alors impossible. La seule parade est une intervention extrêmement rapide ou de recouvrir le cadavre d’une bâche.

Un projet de règlementation européenne menaçant les base mêmes de la survie des vautours à l'échelle continentale

Un projet actuel de réglementation européenne induit par la crise de la « vache folle » constitue une menace majeure et sans précédent sur la pérennité des vautours à l’échelle continentale : les charognes destinées aux charniers devraient être congelées, la tête prélevée pour analyse et ensuite, seulement, si l’analyse est négative, les charognes seraient placées sur les charniers.

La France et l’Espagne, leurs Ministères de l’Environnement, les associations concernées par les vautours, ont présenté des contre-propositions élaborées par des vétérinaires. En tout état de cause, une modulation en fonction du contexte local s’impose : dans les Préalpes comme les Causses, la tremblante du mouton n’est guère présente et les races élevés y sont résistantes.

Le coût exorbitant des mesures préconisées entraînerait obligatoirement une réduction à presque rien des charognes de bétail disponibles pour les vautours.
Du point de vue de la conservation de la biodiversité, l’examen détaillé des contre-propositions est sans importance. Un seul point sera stratégiquement décisif : quelle que soit l’option retenue, il importe que l’éleveur ou le berger optant pour l’élimination par les vautours ne subissent pas la moindre contrainte supplémentaire par rapport à la filière d’équarrissage industriel, au contraire.
Faute de quoi l’impossibilité d’un contrôle effectif conduirait à un contournement de ces contraintes par une reprise massive des pratiques antérieures de dépôt dans le milieu.

Ces dépôts illégaux ont toujours été camouflés : sous le couvert ligneux, dans des ravins, chaos rocheux, gouffres et cavernes, toutes conditions d’inaccessibilité aux vautours.

Alors, les ressources trophiques des vautours autres que le Gypaète s’effondreraient à l’échelle continentale, donc leurs populations également, ceci sans le moindre bénéfice prophylactique dans les régions d’élevage extensif peu peuplées, à voirie peu dense, notamment en montagne, et même au contraire, du fait de la reprise de la dépose clandestine de charognes dans la nature.
C'est ce qui se passe actuellement : les vautours sont en danger.

Jean Pierre Choisy
Photos: Baudouin de Menten

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