CAUSSIMONT Gérard

30 juin 2007

Gérard Caussimont, chevalier dans l'ordre national du Mérite

Ours : l’action associative de protection de la nature honorée

28 juin 2007
Gérard Caussimont, président du FIEP (Fonds d'intervention éco-pastoral) reçoit des mains du préfet Marc Cabane les insignes de chevalier dans l'ordre national du Mérite.

Plaidoyer pour la nature
par Odile Faure

Il aura attendu quinze ans avant qu'un préfet n'accepte de lui remettre les insignes de chevalier de l'ordre national du Mérite, décernés en 1992 par le ministre de l'environnement, Ségolène Royal. «Au départ, j'avais dit que le moment n'était pas très opportun. Nous étions en plein conflit sur les réserves Lalonde (Zones d'interdiction de chasse). Après, on me répondait toujours que ce n'était pas le moment.» explique Gérard Caussimont, fier de cette décoration. «Je voulais qu'à travers cette distinction, ce soit le mouvement d'action de protection de la nature du département qui soit reconnue par l'État.» Gérard Caussimont veut partager cette décoration avec la Sepanso, le WWF France qui aide financièrement le FIEP, le Conservatoire régional des espaces naturels d'Aquitaine, la Ligue de protection des oiseaux, Organbidexka col libre et Saiak.

« Pas des ayatollahs. »

«On nous fait souvent passer pour des ayatollahs de la nature parce que nous voulons remplacer l'ourse Cannelle. Nous n'avons jamais voulu que la protection de l'ours soit au détriment de l'homme. Si j'ai rejoint le fonds d'intervention éco-pastoral (FIEP) de Claude Dendaletche en 1978, c'est que j'ai été séduit par l'idée de préserver l'ours et l'homme. À l'époque, nous sommes allés voir les bergers pour comprendre leurs demandes. En réponse, nous avons proposé le réseau de radiotéléphones dès 1991, une indemnisation des dégâts d'ours pour le berger (prime de dérangement), la création de la marque de fromage Pé Descaous, les clôtures de protection. En 1983, les transports par hélicoptère ont démarré, pris en charge par le Parc national des Pyrénées. Nous avons plus tard demandé à l'État de mettre en place les mesures agri-environnementales pour aider financièrement les éleveurs afin de maintenir la traite en estive, le rassemblement nocturne du troupeau et les chiens patou. L'idée était de préserver le métier de berger tout en protégeant l'ours. Depuis le FIEP n'a pas cessé de continuer sur la même ligne de conduite

Agacé par l'IPHB

Depuis, aussi, l'Institution patrimoniale du haut Béarn s'est constituée et assume depuis 1994, en parallèle ou à sa place, des missions initiées par le FIEP. Une «récupération» que Gérard Caussimont n'a pas contestée tant que le FIEP et la Sepanso siégeaient ensemble au sein de l'institution. Mais depuis la rupture, en janvier 2005, date à laquelle Jean Lassalle, son président, décide de se retirer du plan de restauration de la population d'ours dans les Pyrénées, Gérard Caussimont est très sévère. «Le contrat moral n'est plus rempli. N'oublions pas que toutes les aides de l'État et de l'Europe en faveur du pastoralisme (héliportages, muletages?) sont une compensation pour accepter la présence de l'ours. On comprend bien qu'un berger n'élève pas des brebis pour se les faire manger ! Cela veut dire que s'il n'y a plus d'ours dans les Pyrénées, il n'y aura plus d'actions pour soutenir le pastoralisme !» Le président du FIEP continue à penser qu'il faut renforcer le noyau d'ours béarnais par une femelle «sinon l'espèce disparaîtra, malgré la charte, malgré l'argent dont ont bénéficié le pastoralisme et la forêt

Enfance landaise

Né à Dax en 1952, Gérard Caussimont a été sensibilisé à la nature par son père, féru de balades en forêt. Son grand-père maternel, navarrais espagnol, lui a fait aimer la montagne. Venu à Pau pour ses études, où il obtient un DEA d'espagnol et un doctorat troisième cycle d'études régionales sur les vallées béarnaises, il n'en est jamais reparti. Il dirige depuis 2003, le collège et lycée Saint-Joseph à Oloron-Sainte-Marie et vit à Ogeu-les-Bains. Père de trois grands enfants, il parcourt souvent la montagne à titre personnel ou dans le cadre du suivi de l'ours au sein du réseau ours brun, relevant poils et empreintes. Il dit avoir rencontré l'ours trois fois au cours de sa «carrière » de défenseur de l'environnement. C'était il y a dix ans.

Préserver la biodiversité

Gérard Caussimont (Il est l'auteur de « Plaidoyer pour Cannelle » paru à l'automne 2005 chez Loubatières) n'adhère à aucun parti politique considérant que «la protection de la nature est l'affaire des citoyens de tous bords. Je suis en revanche très heureux de voir la protection de l'environnement figurer dans la Constitution. L'idée du FIEP était de lier l'économie et l'écologie, nous avions trente ans d'avance

La bonne place du ministère de l'écologie au sein du gouvernement Fillon ? «Oui, c'est très bien mais il faudra voir si l'argent dédié à l'environnement sert à corriger les abus de notre société, comme la lutte contre la pollution par exemple, ou bien s'il y a une vraie préoccupation à préserver la biodiversité. Quand je dis biodiversité, je pense à l'être humain et au cadre qu'on léguera à la génération future

Gérard Caussimont se bat pour renforcer la population d'ours en Béarn tout en préservant la vie pastorale. «Je n'ai jamais mis l'ours avant le berger. Pour moi, ils peuvent vivre ensemble

Source : SUD OUEST

06 juin 2007

Le mythe de l'ours est bien vivant

Ariège - Un éleveur aurait  relevé une prédation d'ours sur une vache de sept ans à Larcat. L’animal présentait des traces de coups sur l’arrière train mais ces traces, si l’on en croit l’équipe de suivi de l’ours rendue sur place,  «relèveraient plus d’une chute que d’une attaque d’ours».

Sébastien Pauly de l’ONCFS n’aurait pas constaté la présence d’empreintes de plantigrade à proximité de l’animal, pas de coups de griffes, de morsures. Selon des sources officieuses «les éleveurs du canton bien remontés, envisageraient de réaliser des opérations d’effarouchement sauvages sur la route des corniches». «On parle d’effarouchement des ours afin de les éloigner des habitations, de cantonnement dans des réserves».

Dans son livre "Plaidoyer pour Cannelle", Gérard Caussimont explique bien le "Mythe de l'Ours"

À l'origine: un fait réel

L’homme de ces vallées, le berger dans la société traditionnelle, vit depuis des millénaires en rapport de force avec la nature. La forêt, l'ours, le loup, le lynx ... sont parmi tant d'autres des contraintes ou des limitants de son activité pastorale. Pour l'ours, le loup, ce sont leurs attaques aux troupeaux qui sont le fait réel, qui sert de base au mythe (...).

L'exagération

L’exagération concerne toujours des détails descriptifs qui cherchent à augmenter la frayeur suscitée par le récit en faisant de l'ours un être terrible, puissant qui s'approche des villages et des fermes (...) Ces descriptions sont la plupart du temps liées au récit de dégâts ou de chasse. Les récits de dégâts ou de rencontres avec l'ours s'accompagnent presque toujours, à une époque où le pastoralisme constituait la principale occupation des montagnards, d'une demande ou d'une justification de la battue, l'acte de chasse collectif.

Le rituel : la chasse en battue

Le mythe de l'ours est bien vivant - Battue à l'ours : La chasse à l'ours en battue, actuellement la traque vue les peines encourues.

Le mythe n'a pas une intention intellectuelle, mais purement pratique. Le mythe va fixer le comportement, les actions des montagnards dans un rituel: la battue à l'ours. (...) L'homme cherche à se justifier lui-même, limité par des lois « étrangères ». L’événement réel, le dégât au troupeau, qui au départ avait justifié ou donné naissance au comportement de l'homme, s'efface devant une sorte de tradition (ou d'habitude) que l'on perçoit dans certaines demandes de battue à l'administration, où, en fait, l'on sent la recherche d'un prétexte pour accomplir ce qui, en réalité, est devenu un véritable rituel: la chasse à l'ours en battue. En réalité ce rituel exprime à quel point le mythe se trouve lié à une tradition ininterrompue, pour le montagnard. 

La battue à l'ours va canaliser l'émotion, les réactions instinctives des bergers et des valléens bien au-delà de la simple vengeance contre le mangeur occasionnel de quelques brebis. Le mythe est un élément stabilisateur qui joue le rôle de « soupape de sûreté» de l'esprit humain dans un système social donné. Dans la société pastorale, c'est la poursuite d'un animal s'attaquant au bétail qui joue ce rôle.

L’acte de chasse collectif va servir de catalyseur du groupe, comme le prouvent les références continues à la solidarité, au désintéressement, à l'esprit d'équipe, à l'unité de tous dans cette action commune. Unité bien difficile à obtenir, d'ailleurs, si ce n'est contre un « ennemi» commun.

Le mythe sert à contrôler la conduite de la société, canalisant l'agressivité et les pulsions des éléments mâles dans un combat dépourvu de tout danger pour la pérennité du système social traditionnel et offrant même l'avantage de renforcer le sentiment communautaire. Peut-être faut-il y voir une première perception inconsciente du danger « d'assimilation» par un autre système de société. L’individualité va donc retrouver un sens dans le groupe au sein duquel vont se révéler une série de valeurs guerrières propres à l'élément mâle.

En quelque sorte, le domaine du mythique compense alors le domaine du vécu, du réel. Afin de «retrouver» toutes ces valeurs guerrières, l'inconscient rajoute à la réalité de la chasse collective toute une série de concepts qui permettent de franchir le pas entre l'acte réel et le rite guerrier communautaire: l'ours est gratifié de tous les caractères, de tous les qualificatifs qui en font l'adversaire le plus difficile à vaincre: un surhomme, sa mort devenant un acte héroïque.

Le mythe de l'ours existe-t-il encore?

Gerard Causimont, Plaidoyer pour CannelleLes conditions matérielles qui créaient un sentiment d'insécurité du berger face aux éléments naturels ont régressé grâce à l'équipement pastoral moderne, à la rupture de l'isolement sous toutes ses formes, mais on peut se demander si le mythe joue toujours le rôle polarisateur des inquiétudes, du manque de sécurité des valléens.

Selon les témoignages recueillis, il semble que oui pour un certain nombre de bergers: dans le sens traditionnel, visant à justifier l'inexpliqué en matières de pertes de bétail, mais aussi dans un sens différent.

Le mythe va canaliser, comme l'on peut apprécier sur les documents, les inquiétudes des bergers vis-à-vis de la perpétuation de l'activité pastorale. L’ours va être rendu responsable de la disparition progressive de l'élevage ovin, de l'abandon des pâturages les plus éloignés.

C'est une façon inconsciente de faire coïncider leur pensée et la réalité (et c'est bien là l'un des caractères du mythe) dans une vision " actuelle de leur vallée qui concilie les nouvelles exigences de manque de main-d' œuvre, de successeur, de confort, de tranquillité, etc., que " l'on ne veut avouer, avec une contrainte, prétexte idéal: l'ours.

Le mythe de l'ours joue donc toujours encore aujourd'hui son rôle polarisateur, même si les inquiétudes sont dirigées vers l'impact de la société urbaine et industrielle sur les mentalités valléennes.

Le vécu actuel du mythe, reflet d'une crise des mentalités

En fait, le mythe continue ainsi à jouer son rôle stabilisateur de la société valléenne, évitant des heurts entre les éleveurs et leurs enfants ne voulant plus continuer, évitant des conflits entre générations, etc., mais il ne masque pas, vu de l'extérieur, la désarticulation de mentalités traditionnelles.

Cet aspect est amplement confirmé par certaines des contradictions et des ambiguïtés relevées dans bon nombre de témoignages avec l'introduction de notions « nouvelles» par rapport au domaine lexical utilisé au cours de l'époque précédente. Des notions comme équilibre naturel, comme faune, comme danger de disparition, vie sauvage, conservation, protection que l'on retrouve dans de nombreuses opinions de valléens actuels sont totalement étrangères à la perception du mythe et contrastent fortement avec les termes employés il y a 20 ou 30 ans. Ceci dénote une perception de l'ours qui, pour la majorité des habitants, n'est plus mythique mais purement biologique et par conséquent raisonnée.

Lire le texte complet du Mythe de l'ours de Gérard Caussimont

13 février 2007

Ours, chasse et forêt : trouver vite les voies vers une cohabitation responsable !

Comment créer rapidement les conditions nécessaires pour trouver ensemble les voies pour une cohabitation responsable avec l’ours?

Accompagner éleveurs, bergers et apiculteurs

Alors que la DIREN Midi-Pyrénées s’apprête à recevoir les associations pour un bilan du plan gouvernemental de restauration et de conservation de l’ours brun des Pyrénées, la fédération souhaite rappeler que ce plan ne doit pas s’arrêter aux ours relâchés et que les efforts pour rétablir une population d’ours viable dans nos montagnes doivent être poursuivis. Cela nécessite la volonté et les moyens pour accompagner éleveurs, bergers et apiculteurs, pour améliorer les connaissances sur l’espèce et ses habitats et pour sensibiliser nos concitoyens à la présence de cet animal emblématique.

Assurer sur le long terme la préservation du milieu de vie des ours

La fédération France Nature Environnement rappelle aussi que l’État doit être le garant de la sécurité des ours et assurer sur le long terme la préservation de leurs milieux de vie, en redéfinissant notamment les conditions d’exercice de la chasse en zones à ours et les pratiques d’exploitation forestière, activités humaines qui ont un fort impact pour l’ours, comme l’a démontré l’affaire Cannelle ou des projets de pistes forestières.

Eviter que d’autres destructions d’ours

Concernant la chasse, France Nature Environnement souhaite que soient rapidement trouvées des solutions responsables et acceptables par tous pour assurer la sauvegarde de l’ours dans les Pyrénées. Quelques mesures de simple bon sens doivent être urgemment mises en place pour éviter que d’autres destructions d’ours ne puissent se reproduire. Aussi, FNE appelle les autorités, nationales et locales, en concertation étroite avec les chasseurs et les associations à :

  • revoir les pratiques de chasse en zone à ours, par exemple, en suspendant voire en interdisant la chasse en battue dans les zones vitales fréquentées régulièrement par les ours en automne (site d’alimentation rares ou zones de tanières) ou en cas de présence d’une ourse suitée.

Maintenir des espaces forestiers diversifiés

Concernant les mesures de gestion appliquées aux forêts pyrénéennes et aux politiques d’aménagement d’infrastructures dans les zones de présence de l’ours, FNE souligne que reconstituer une population d’ours sauvage implique de maintenir des espaces forestiers diversifiés, non uniformes permettant leur utilisation par l’ours. La gestion forestière dans son ensemble (aménagements, sylviculture, rotation des coupes, exploitation,...) doit prendre en compte en amont la présence de l’ours aujourd’hui et demain dans la perspective d’une reconquête de son aire suite à la restauration de ses effectifs.

Il est désormais important et urgent d’ouvrir tous ensemble un dialogue responsable pour mettre rapidement quelques mesures de bon sens en place. C’est le message que porteront les associations pyrénéennes regroupées au sein de notre fédération lors de leur entrevue avec la Direction Régionale de l’Environnement du 13 février.

France Nature Environnement, convaincue que nous ne pourrons pas parvenir à reconstituer une population viable d’ours sans passer par un dialogue franc et ouvert sur l’exercice des activités humaines dans les zones qui sont et seront fréquentées par les ours, invite les autorités nationales et locales à créer rapidement les conditions nécessaires pour trouver ensemble les voies pour une cohabitation responsable avec l’ours.

FIEP – Groupe Ours Pyrénées - Gérard Caussimont : 06 73 34 74 96
Nature Midi-Pyrénées : 05 34 31 97 32

27 novembre 2006

Natura 2000, la bête noire de Jean Lassalle : "Il est urgent de lâcher des ourses en Béarn"

Pourquoi Jean Lassalle fait-il un "caca nerveux" dès qu'il entend parler de "Natura 2000" ?

Que dit "Natura 2000" a propos de l'ours brun des Pyrénées (Ursus arctos). Les textes sont clairs : Il est urgent de lâcher des ourses en Béarn, le fief et la chasse gardée du seigneur béarnais, grand patron de l'usine à gaz qu'est L'IPHB, cette institution pas très morale, grosse mangeuse de subventions mais très peu productive en résultats autres qu'électoraux.

Pas touche au Béarn de l'élu béarnais. Le seigneur désire rester maître de ses terres. Alors Natura 2000, cette invention d'écologistes parisiens en mal de sauvage, Jean Lassalle n'en veut pas. Mais son château de cartes est sur le point de s'effondrer : les subventions fondent comme la banquise sous les pieds des ours polaires; les soutiens politiques fondent comme le gras d'un cochon qu'on ne nourrit que de salades. La fin d'un règne. Il pourra toujours chanter.

Natura 2000 et l'ours

* Ursus arctos (L., 1758) : L’Ours brun
Mammifères, Carnivores, Ursidés

Description de l’espèce

L’Ours brun est le plus gros carnivore terrestre de France. Son corps se montre massif et rehaussé d’une bosse proéminente à l’épaule. Sa corpulence peut varier considérablement selon les individus. Il atteint en général une hauteur au garrot de 0,80 m à 1 m et une longueur de 1,25 m à 1,60 m. Il est pourvu d’une queue de 10 cm de long. Son poids se situe entre 70 et 200 kg. Les mâles sont plus gros que les femelles.

Le pelage est brun mais peut présenter des nuances allant du fauve clair au brun obscur. Il comprend des poils de duvet et de jarre, crantés, de 7-8 cm de long. Le pelage est habituellement très sombre en milieu d’automne. Il s’éclaircit en été.

Les pattes, larges, comprennent 5 doigts prolongés de puissantes griffes d’environ 7 cm de long aux antérieures et 4 cm aux postérieures. L’ours est plantigrade ce qui lui permet de se dresser sur ses membres postérieurs.

Les yeux sont petits et réputés peu performants. Le squelette comporte des os robustes et est dépourvu de clavicule.

La dentition se rapproche de celle d’un omnivore. La formule dentaire est la suivante : I 3/3, C1/1, PM (3/3), M 2/3 ; le nombre de prémolaires peut varier selon les individus, de 1 à 3.

L’espèce est le plus souvent décelable dans la nature par ses empreintes de pattes d’apparence humaine, ses poils à la pointe blanchâtre, ses arbres griffés à hauteur d’homme et ses fèces volumineux en forme de courts boudins compacts.

Confusions possibles

L’autosuggestion du témoin est forte du fait du caractère mythique et emblématique de l’espèce et des confusions se sont révélées possibles, par exemple, entre Ours et Marmotte (Marmotta marmotta).

Par ailleurs, les dimensions des empreintes de pattes de l’ourson de 6-8 mois sont à peine supérieures à celles du Blaireau (Meles meles). La distinction avec les fèces de Sanglier (Sus scrofa) n’est pas évidente en automne du fait d’un régime alimentaire proche. La présence de poils (de léchage) caractéristiques et l’odeur peuvent la faciliter.

Caractères biologiques

L’Ours brun est une espèce dont la biologie est particulièrement bien connue.

Reproduction

La maturité sexuelle est atteinte à 4-5 ans. Le rut a lieu courant mai-juin et demeure très discret ; en présence de densités normales, ce sont les mâles dominants qui participent le plus à la reproduction. La mise bas a lieu sept mois plus tard, en janvier février, après une ovo-implantation différée de cinq mois. La tanière hivernale, qui est aussi le lieu de mise bas, est choisie dans une cavité rocheuse ou creusée tel un terrier. L’animal en tapisse le fond avec une litière de végétaux. La taille moyenne des portées varie de 1 et 4, selon l’individu, la région et la disponibilité en nourriture. La périodicité de mise bas est de 2-3 ans. L’allaitement dure six mois et l’émancipation des jeunes intervient entre 1,5 et 2,5 ans. L’espérance de vie en nature est estimée à 25-30 ans.

Activité

L’Ours brun est une espèce sédentaire, à large domaine vital : il exploite une superficie comprise selon les individus entre 10 000 et 100 000 ha, incluant la zone qui l’a vu naître, surtout chez les jeunes femelles.

Une population d’ours est constituée d’individus solitaires entretenant des rapports épisodiques (rut, élevage des jeunes, concentrations saisonnières, etc.) très fortement hiérarchisés. Les grands mâles dominent le groupe, ils sont suivis par les femelles suitées de l’année, puis par les autres mâles adultes. Les subadultes récemment émancipés occupent le bas de l’échelle. Plusieurs individus peuvent cohabiter au sein d’un même espace à condition qu’ils soient de rangs sociaux différents, mais ils tâchent de s’éviter.

Le cycle d’activité annuel comprend une période d’immobilité hivernale passée à l’abri au fond d’une tanière. Pour cet homéotherme les fonctions vitales sont à peine ralenties (elles sont comparables à celles d’un mammifère marin en plongée) ce qui lui permet de survivre aux pénuries alimentaires en période de grand froid : rythme cardiaque à 10 battements/minute, circulation sanguine cloisonnée, température à 32°C dans les organes vitaux. Ce « pseudo-hibernant » reprend progressivement un rythme d’activité normal en avril lequel s’intensifie jusqu’en juillet pour décroître de nouveau en automne, période d’abondance.

C’est contraint par l’homme qu’il est devenu nocturne. Deux pics d’activité ont été mis en évidence, respectivement entre 6 et 8 h et entre 18 et 23 h ; la nuit comprend des phases de repos. La couche, utilisée pour le repos diurne en période d’activité, consiste en une dépression d’environ 1 m de diamètre souvent creusée au sein de fourrés impénétrables. L’ours consacre la majorité de son temps actif à quêter une nourriture très dispersée ce qui l’oblige à de perpétuels déplacements, aidé en cela par un odorat et une ouïe très performants. Un ours adulte parcourt quotidiennement en moyenne entre 3 et 5 km. Des déplacements de plus grande envergure sont régulièrement notés.

Il est dépourvu de glandes de marquage, ce qui ne l’empêche pas de griffer et se frotter sur certains arbres aisément repérables de ses congénères et d’y laisser des indices perceptibles de son passage.

Régime alimentaire

L’Ours brun est un omnivore opportuniste à nette dominante végétivore.

Il a rarement l’occasion de consommer des protéines d’origine animale que lui procurent les carcasses d’ongulés domestiques (ovins, caprins) ou sauvages (Sanglier, Chevreuil, Capreolus capreolus, Cerf élaphe, Cervus elaphus...). En pratique, il satisfait sa ration protéique printanière par la consommation de végétaux herbacés ; les racines lui procurent les nécessaires oligo-éléments. Dès le début de l’été il s’intéresse aux fruits charnus (myrtilles, bourdaines, framboises, etc.), pour ensuite se reporter sur les fruits secs (glands, faines, châtaignes, etc.), en début d’automne dès leur apparition.

La prédation n’est pas un recours systématique, elle se manifeste à l’occasion de la présence des troupeaux d’ovins et caprins domestiques sur les estives. Entre 1968 et 1991, le nombre annuel moyen d’ovins tués par ours est estimé entre 3,4 et 5,1 (fiables et douteux). Dans le cas de conditions particulières (ovins non gardés par exemple, « ours à problèmes »), ce nombre peut s’accroître considérablement, comme dans les Pyrénées centrales. Parfois certains sujets, immatures surtout, peuvent développer un comportement excessivement prédateur, voire perdre toute peur de l’homme (1969, 1991-1992 et 1998-1999), on les qualifie d’« ours à problèmes ».

Sa légendaire gourmandise pour le miel, ou plutôt le couvain, se vérifie quelque peu chez les ours réintroduits dans les Pyrénées centrales.

Caractères écologiques

L’Ours brun passe le plus clair de son temps sous le couvert forestier mais n’est pas inféodé à un habitat particulier. Vivant à l’origine autant en plaine qu’en montagne, il occupe aujourd’hui les massifs montagneux boisés les plus isolés d’où l’homme n’a pu totalement l’extirper.

En Europe tempérée, son optimum biotique se situe à l’interface des étages collinéen et montagnard, dans les chênaies, châtaigneraies et hêtraies, où il trouve une nourriture riche et variée et surtout des fruits secs à forte valeur énergétique. En été, il fréquente les pelouses alpines et subalpines, à la recherche de myrtilles et plus occasionnellement d’ovins ou caprins domestiques.

Les ours autochtones pyrénéens se rencontrent généralement sur des terrains particuliers :

  • vallons boisés difficiles d’accès à l’homme, marqués par une forte déclivité et une grande diversité végétale, utilisés comme zone refuge ;
  • landes d’altitude comprenant des myrtilles (Vaccinium myrtillus) et du Conopode élevé (Conopodium majus) et versants boisés de basse altitude, parcourus de nuit pour s’alimenter ;
  • cols d’altitude et corridors boisés de fond de vallée, pour transiter si nécessaire.

Quelques habitats de l’annexe I susceptibles d’être concernés

La plupart des habitats forestiers de l’annexe I présents dans les Pyrénées sont susceptibles d’être fréquentés par l’Ours. Parmi les habitats les plus représentatifs, il est possible de citer :

  • 4060 - Landes alpines et boréales (Cor. 31.4)
  • 5110 - Formations stables xérothermophiles à Buxus sempervirens des pentes rocheuses (Berberidion p.p.) (Cor. 31.82)
  • 6230 - * Formations herbeuses à Nardus, riches en espèces, sur substrats siliceux des zones montagnardes (et des zones submontagnardes de l’Europe continentale) (Cor. 35.1) : habitat prioritaire
  • 6520 - Prairies de fauche de montagne (Cor. 38.3)
  • 9260 - Forêts de Castanea sativa (Cor. 41.9)
  • 9410 - Forêts acidophiles à Picea des étages montagnard à alpin (Vaccinio-Piceetea) (Cor. 42.21)
  • 9430 - Forêts montagnardes et subalpines à Pinus uncinata (Cor. 42.4)

L’Ours brun est présent sur de vastes régions situées entre 30 et 70° de latitude Nord, en Asie, Europe et Amérique du Nord. Dans les Pyrénées, on trouve deux populations sans contact entre elles :

  • la première, constituée d’ours bruns autochtones, subsiste dans les Pyrénées occidentales, en France dans le Haut-Béarn et dans une moindre mesure sur les vallées aragonaises de Sallent de Gallego, Aragues, Hecho, Anso et navarraise de Roncal. On note des incursions sporadiques dans la vallée de Cauterets en Hautes-Pyrénées ;
  • la seconde, expérimentale et constituée de six individus, est issue de trois spécimens slovènes adultes réintroduits en 1996 et 1997. En France, elle fréquente les Hautes-Pyrénées, la Haute-Garonne, l’Ariège, l’Aude et les Pyrénées-Orientales ; en Espagne, la Catalogne et l’Aragon.

Les habitats fréquentés par les ours autochtones pyrénéens sont répartis entre 450 et 2 600 m d’altitude.

Statuts de l’espèce

  • Directive « Habitats-Faune-Flore » : annexes II (espèce prioritaire) et IV
  • Convention de Berne : annexe II, résolution n° 10 (1988)
  • Convention de Washington : annexe II
  • Espèce de mammifère protégée au niveau national en France (art. 3 ter)
  • Cotation UICN : France : en danger

Présence de l’espèce dans des espaces protégés

Dans les Pyrénées occidentales, les ours bénéficient peu de la protection du parc national des Pyrénées qui inclut moins de 5% de l’aire de répartition.

Évolution et état des populations, menaces potentielles

Évolution et état des populations

Au cours de l’Antiquité, l’Ours brun était présent sur l’ensemble du territoire national. Plus tard, au cours de la période historique, la destruction massive des habitats et des individus ont conduit à une forte régression des effectifs. Au XVIIIe siècle on ne le trouvait plus que dans les massifs montagneux ; les populations des Pyrénées et des monts Cantabriques (Espagne) se séparent alors. Peu avant la dernière guerre mondiale, on ne le trouvait plus que dans quelques vallées alpines et sur la majeure partie des Pyrénées où COUTURIER (1954) estimait alors les effectifs à 72 individus. Le minimum de population viable, d’abord atteint dans la partie centro-orientale des Pyrénées, devait rapidement conduire à des fragmentations successives de l’aire de distribution et ainsi précipiter sa disparition de cette partie de la chaîne vers la fin des années 1980.

En 1999, la population d’Ours brun des Pyrénées, subsistant uniquement à l’ouest de la chaîne, comprenait six spécimens : une femelle adulte, trois mâles adultes, un subadulte et enfin un ourson de sexe indéterminé. Même si des cas de reproduction sont encore observés (un ourson tous les trois ans), les effectifs sont estimés en deça du minimum de population viable dont les scientifiques situent le seuil entre 100 et 120 individus. La conservation de cette souche d’ours bruns, identifiée comme la plus ancienne au monde, revêt un caractère patrimonial exceptionnel.

La population expérimentale des Pyrénées centrales est issue du lâcher d’un mâle et de deux femelles d’origine slovène (dont l’une a été abattue en 1997). Ces deux dernières ont donné naissance à cinq oursons, dont un a disparu en bas âge en 1997. En 1999, on estimait que la population ainsi créée comprenait cinq ou six individus : un mâle adulte, une femelle adulte et trois ou quatre subadultes de deuxième année.

En conclusion, en 1999, les Pyrénées françaises abritent 11-12 ours bruns ; on estime que trois ou quatre d’entre eux franchissent fréquemment la frontière pour séjourner de façon plus ou moins longue sur le versant espagnol.

Menaces potentielles

Menaces pesant sur la population

La faible taille des effectifs constitue la menace la plus objective puisqu’elle ne permet pas à la population de se maintenir de façon spontanée. La présence d’une femelle unique rend les causes de mortalité événementielles particulièrement importantes (mort accidentelle par exemple, comme ce fut le cas en 1983 en vallée d’Aspe). La perte de diversité génétique est perceptible entre un spécimen né en 1971 (« Jojo ») et ceux nés depuis (perte d’allèles).

Par le passé, l’autodéfense des bergers vis-à-vis des ours trop prédateurs se traduisait par des actions de destruction directe (poison, pièges, armes de chasse). Actuellement de nombreuses aides au pastoralisme, en particulier l’indemnisation des dégâts et les aides à un meilleur gardiennage, réduisent considérablement les risques de conflit (dégât, « ours à problèmes ») mais ne les éliminent pas. Seules les vallées d’Aspe et d’Ossau où survivent les derniers ours autochtones sont attachées à des traditions pastorales fortes. Ailleurs, les troupeaux d’ovins évoluent sans gardiennage ce qui est l’occasion de problèmes de cohabitation.

Le tir de l’animal, soit de façon délibérée, soit par erreur, lors d’actions de chasse est exceptionnel mais reste encore d’actualité. Deux femelles ont été récemment abattues, l’une en vallée d’Aspe en 1994, l’autre dans la haute vallée de la Garonne en 1997. (NDLB : Depuis la date de parution de ce texte, in peu rajouter l’ourse Cannelle à la liste des femelles tuées par des chasseurs.)

● Menaces pesant sur les habitats

L’aire potentielle susceptible d’abriter une population viable dans les Pyrénées occidentales est estimée à 200 000 ha. Les deux tiers de cette zone s’étendent au-delà de l’aire de répartition actuelle de l’espèce et aucune règle de gestion particulière n’y est observée. Elles peuvent donc être le théâtre de modifications paysagères défavorables et irréversibles.

La fragmentation des habitats, phénomène habituel des zones comportant des fonds de vallées fortement humanisés, est une des principales menaces. Elle conduit au cloisonnement des massifs montagneux et donc à des isolats. Ce phénomène pourrait s’intensifier en vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques) et dans une moindre mesure dans celle de la Garonne (Haute-Garonne) avec l’accroissement du trafic routier.

L’accès motorisé au réseau de pistes et routes forestières accroît la fréquentation humaine et donc la perturbation des sites. Ce phénomène est particulièrement préjudiciable dans les zones refuges et d’élevage des jeunes.

Les feux courants constituent une menace constante pour certaines zones de sécurité à Buis (Buxus sempervirens) et d’alimentation à myrtille. La quasi absence du Châtaignier (Castanea sativa) dans la zone à ours actuelle du Haut-Béarn renvoie les ours, pour s’alimenter, aux fluctuations capricieuses des cycles de fructification du Hêtre (Fagus sylvatica) et surtout du Chêne (Quercus petraea, Q. robur), ce qui réduit les taux de reproduction de l’unique femelle et de survie des jeunes. Au printemps et en automne, on note des similitudes d’ordre alimentaire avec le Sanglier, ce qui pourrait avoir un effet négatif sur les ours subadultes plus sensibles. Les grands ongulés sauvages (Cerf élaphe surtout) dont les carcasses intéressent habituellement les ours, subsistent en très faibles densités voire sont totalement absents.

Dans les Pyrénées centrales, les données radiotélémétriques (DIREN Midi-Pyrénées) ne permettent pas de montrer l’évidence d’un impact négatif de l’activité humaine sur les déplacements des ours.

Propositions de gestion

La délimitation d’une zone de restauration pour l’Ours brun est plus aisée avec des individus autochtones sédentarisés (Pyrénées occidentales) qu’avec des animaux exogènes plus mobiles au cours des premières années (Pyrénées centrales).

Lorsqu’elles ne sont pas cadrées, les activités humaines (infrastructures lourdes, présence régulière, pastoralisme, chasse, tourisme) peuvent, dans certaines conditions, agir négativement sur les populations d’Ours, jusqu’à même constituer des facteurs limitants.

Les résultats scientifiques obtenus à partir du suivi indirect de la population (aire de répartition, taille des effectifs) et du suivi radiotélémétrique individuel (utilisation des habitats) constituent la base scientifique incontournable pour l’élaboration d’une politique de gestion.

L’étendue des domaines vitaux individuels des ours nécessite une action transfrontalière. Dans les Pyrénées, les États français et espagnol doivent s’accorder sur des orientations générales susceptibles d’être appliquées à large échelle : suivi scientifique, gardiennage des troupeaux domestiques, gestion des ours à problèmes, conservation des sites vitaux...

L’amélioration trophique des habitats (apports complémentaires de nourriture naturelle, dégagement en faveur d’espèces à baies, plantations, etc.) doit être renforcée car elle est susceptible de réduire fortement la dispersion des ours, de limiter le nombre de dégâts sur les troupeaux domestiques et enfin d’augmenter le taux de reproduction des ours.

Plus pratiquement, dans les Pyrénées-Atlantiques, le dispositif mis en place par l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn doit le plus rapidement possible conduire au nécessaire renforcement de la population. Dans les Pyrénées centrales, la situation est inverse puisqu’avec la réintroduction l’avenir biologique de l’espèce semble assuré mais que les rapports avec le pastoralisme sont problématiques.

D’un point de vue biologique, la gestion des habitats à ours pourrait s’appuyer sur quelques principes très généraux :

  • aire de distribution au sens large : zones sans contrainte particulière, à condition d’éviter les perturbations à caractère irréversible préjudiciables à l’espèce en question ;
  • sites d’activités : maintien des activités humaines traditionnelles ;
  • zones tampon : accès motorisé réglementé ;
  • sites vitaux : règles de gestion compatibles avec les activités essentielles des ours (reproduction, hibernation, repos, alimentation automnale) ;
    corridors potentiels : préserver ou permettre la circulation des spécimens entre massifs montagneux afin de faciliter le brassage génétique entre sous-populations (passages de faune).

Les activités touristiques souvent sources de perturbation des habitats doivent être identifiées et faire l’objet d’un suivi soutenu compte tenu de leur essor brutal. Il convient d’ores et déjà, pour certaines d’entre elles (canyoning, chasse photographique), de mettre en oeuvre des réglementations ponctuelles particulières (site, saison). Il est à signaler que dans de nombreux pays le tourisme naturaliste en zone à ours est une activité en plein essor.

Le suivi de population par des techniques indirectes légères est à développer sur le long terme.

L’impact direct de l’Ours sur l’homme ou ses activités est surtout visible par les dégâts causés au pastoralisme. Le gardiennage joue ici un rôle primordial, comme le montre le cas des Pyrénées-Atlantiques où la présence permanente du berger et de chiens patous réduisent considérablement les pertes. Depuis peu, des outils modernes de sécurisation pastorale (clôtures électrique, systèmes d’effarouchement) complètent la panoplie.

En revanche, des mesures analogues devraient être prises dans les zones à ours où les habitudes de gardiennage se sont perdues (Pyrénées centrales) du fait de la disparition du grand prédateur.

Expérimentations et axes de recherche à développer

Dans le cas de l’Ours brun, espèce emblématique et concurrente de l’homme (espace, bétail), les aspects politiques et sociaux sont prépondérants et constituent le socle incontournable de toute politique de restauration dans les Pyrénées.

L’État doit, en préalable, opter pour une politique de gestion à moyen-long terme qui s’accorde avec les objectifs internationaux préalablement pris. Il se doit ensuite d’accompagner les actions d’initiative locale. Un bon exemple est fourni en Haut-Béarn par l’IPHB (1998). Bien qu’elle n’ait pas encore abouti de façon définitive dans son oeuvre de restauration de l’Ours pyrénéen, son action doit être poursuivie.

En matière de population, l’objectif est de constituer une population viable sur l’ensemble des Pyrénées mais là encore le pragmatisme prévaut. Le lâcher d’individus exogènes ne peut être envisagé qu’à dose homéopathique, un à deux individus par an. Dans le Béarn il s’agit d’une intervention particulièrement urgente.

D’un point de vue pratique, l’expérience acquise depuis 20 ans sur les ours autochtones a permis de dégager des priorités d’actions ciblées en faveur de la cohabitation avec le prédateur, que sont surtout le suivi comportemental des spécimens, une sécurisation pastorale mesurée, la gestion des ours à problèmes (1969, 1991, 1998, 1999) et l’impact de certains modes de chasse et de tourisme.

Les facteurs limitants des populations d’ours sont assez bien connus, mais en Béarn la promiscuité avec l’homme pyrénéen est telle que plusieurs zones d’ombre subsistent en particulier à propos de l’utilisation fine de l’espace par l’ours. Quant aux ours réintroduits, dont le comportement semble quelque peu différer de celui des ours autochtones, les incertitudes sont nombreuses. En l’occurence, quelles sont les influences respectives d’une part de l’origine des animaux, d’autre part des facteurs environnementaux présents sur la zone de lâcher ?

Globalement, deux situations contrastées sont visibles dans les Pyrénées, l’une relevant de comportements de cohabitation humains et ursins acquis depuis le néolithique, l’autre où tout doit être réinventé et s’imprégner de façon durable chez les deux protagonistes, l’homme et l’ours. Outre le patrimoine génétique exceptionnel que représente l’ours brun des Pyrénées, le réel enjeu ne réside-t-il pas d’abord dans la sauvegarde de cette « culture » conjointe forgée par le temps.

Le succès de la gestion de ce bien patrimonial commun qu’est l’ours repose sur une politique d’information, de dialogue et de responsabilités partagées entre l’Union européenne, l’État et les acteurs locaux. C’est à ce prix que l’on sera en mesure de dresser les bases d’une gestion durable des activités humaines compatible avec les besoins d’une population d’ours bruns sauvages.

Bibliographie

  • CAMARRA J.-J., 1994.- Aire de répartition et fréquentation saisonnière de l’habitat de l’ours brun dans le département des Pyrénées-Atlantiques, de 1989 à 1993. Document interne Groupe Ours Administratif, ONC/DNP, 7 cartes au 1/150 000, 10 p.
  • CAMARRA J.-J., 1997.- Investigations en vue de la connaissance scientifique d’une population relictuelle d’ours bruns dans les Pyrénées, France. Diplôme École pratique des hautes études, laboratoire de biogéographie et écologie des vertébrés, université de Montpellier 2, 185 p.
  • CAMARRA J.-J., 1999.- Suivi de la population d’ours brun des Pyrénées occidentales françaises. Rapport annuel 1998. Office national de la chasse, Cnera Pad, 14 p.
  • CAMARRA J.-J., 1999.- The brown bear in France: status, threats, management. Bear Action Plan, IUCN SSC Bear Sp. Group. Iucn Publ. Services Unit : 68-71.
  • CAMARRA J.-J. & DUBARRY E., 1996.- The brown bear in the french Pyrenees: distribution, size and dynamics of the population from 1988 to 1992. Proceedings International Conference on Bear Research and Management, 9 : 51-59.
  • CAMARRA J.-J. & RIBAL J.P., 1989.- L’Ours Brun. Hatier, Paris, 213 p.
  • CAUSSIMONT G., 1997.- L’ours brun des Pyrénées. Éd. Loubatières, 208 p.
  • CAUSSIMONT G. & HERRERO J., 1996.- L’ours brun dans les Pyrénées espagnoles : statut actuel et propositions de protection. Proceedings International Conference on Bear Research and Management, 9 : 26-35
  • COUTURIER M., 1954.- L’ours Brun. Artaud, Grenoble, 1003 p.
  • DUBARRY E. & CAMARRA J.-J., 1999.- Contribution du réseau Ours brun pour le suivi des ours réintroduits en Pyrénées Centrales, d’août 1997 à décembre 1998. ONC Cnera Pad, 19 p.
  • INSTITUTION PATRIMONIALE DU HAUT-BÉARN, 1998.- Panorama des actions de l’IPHB menées depuis 1994. 36 p.
  • NEDELEC L., gardes moniteurs du parc national des Pyrénées, 1995.- L’ours et le berger dans les Pyrénées : le prix de la cohabitation. Documents scientifiques du parc national des Pyrénées, 30 : 72 p.
  • PARDE J.M. & CAMARRA J.-J., 1992.- L’ours. Encyclopédie des carnivores de France, 5. Société française pour l’étude et la protection des mammifères. Bohallard, Puceul, 43 p.
  • PUYO F., 1999.- L’évaluation des impacts économiques liés à la protection de l’habitat des espèces menacées. Évaluation des coûts de protection de l’ours brun des Pyrénées Françaises. DEA éco. publ. Envir., lab. analyse rech. éco., université de Bordeaux, 106 p.
  • QUENETTE P.Y., CHAYRON L., CLUZEL P., DUBARRY E., DUBREUIL D., ALONSO M. & PALAZON S., 1998.- First transplantation of brown bear in the Pyrenees: the results. Proceedings International Conference on Bear Research and Management, 11 (in print).
  • TABERLET P., CAMARRA J.-J., GRIFFIN S., UHRES E., LANOTTE O., WAITS L.P., DUBOIS-PAGANON C., BURKE T. & BOUVET J., 1997.- Noninvasive genetic tracking of the endangered Pyrenean brown bear population. Molecular Ecology, 6 : 869-876.

14 juin 2006

Gérard Caussimont porte plainte

Gérard Caussimont a porté plainte. Après la manifestation d'une trentaine d'opposants à la réintroduction, le responsable du FIEP groupe ours Pyrénées a décidé de réagir. Après une manifestation à Oloron, les éleveurs avaient tenté de déposer la carcasse d'une brebis morte dans sa maison. Tentative à laquelle se sont évidement opposés sa femme et l'un de ses enfants.

Les Verts du Béarn dénoncent « la démonstration de haine » des anti-ours. « Il faut que ces minorités violentes et agissantes soient fermement condamnées » estiment-ils. « Au-delà des ours et de la biodiversité, un problème de fond est posé sur les valeurs fondamentales de notre République. Des décisions ont été prises par l'Etat. La loi doit être appliquée ».

La coordination rurale, a pour sa part éludé la question de cette nouvelle manifestation de violence. Celà compte pour tripette pour eux. Par contre, ils sont revenus sur la manière d'ont pour eux l'Etat traite le dossier : « Encore une fois, les agriculteurs se sont vu imposer une politique hasardeuse, les autorités étant persuadées qu'avec le porte-monnaie à la main, ceux-ci feraient le beau, bouche ouverte ... Une brebis, la panique dans le troupeau, le stress de l'éleveur, pas de problème. On sort le chèquier et on paie rubis sur l'ongle. Et notre honneur ? Et notre fierté ? Combien cela vaut-il pour des « Parisiens » qui s'auto-amnistient ? Rien ». Il me semble que l'Etat est bien conscient du problème et la manière de présenter les choses montre bien bien à quel point le lobby agricole est et à toujours été opposé au respect de la nature et que l'histoire montre que les agriculteurs ont toujours cherché à dominer leur environnement.

11 juin 2006

L'association des bergers des vallées d'Aspe, d'Ossau et de Barétous communique

Communiqué de Presse
OLORON, le  12 Juin 2006

L'association des bergers des vallées d'ASPE, d'OSSAU et de BARÉTOUS favorable à la cohabitation avec l'ours et à son plan de sauvegarde s'insurge et condamne avec la plus grande fermeté les agissements de certains dont les actions ternissent l’image des bergers. Les gesticulations médiatisées qui finissent par des menaces physiques et morales sur des personnes individuelles en l’occurrence Mrs DELAMARCHE et CAUSSIMONT sont inacceptables pour elles, comme nous-mêmes qui avons le droit de vivre et de penser que d’autres solutions sont possibles.

L'association des bergers des vallées d'ASPE, d'OSSAU et de BARÉTOUS travaille avec le FIEP sur son programme de développement du fromage fermier d'estive avec sa marque déposée "PE DESCAOUS".

L’ours est bien au delà de la mêlée, par contre la bêtise et les contres vérités sont au centre des débats et nous pensons que les agissements qui se veulent une épreuve de force et de démonstration médiatique  sont loin de plaider la cause des bergers dans leur ensemble.

Contact : Françoise et Alain PERRET 64360 MONEIN
Association des bergers des vallées Aspe Ossau et Barétous
Quartier Castet - 64360 MONEIN

Anti-ours : Violation du domicile de Gérard CAUSSIMONT et nouvelles menaces de mort

A nouveau, les anti-ours se conduisent d'une manière inadmissible

A l’issue de la manifestation organisée par des éleveurs anti-ours à Oloron devant la sous préfecture le 9 juin. Une trentaine d’entre eux s’est arrêtée au domicile de Gérad Caussimont, responsable du FIEP Groupe ours Pyrénées et ont tenté d’introduire la carcasse d’une brebis morte dans sa maison.

Sa femme et l’un de ses enfants les en ont empêché. Les éleveurs ont laissé la brebis dans le jardin  et ont proféré des menaces de mort à l’encontre de Gérard Caussimont annonçant qu’ils reviendraient chaque fois que l’ours tuerait une brebis.

Gérard Caussimont réagit

Nous sommes face à des méthodes de type « fasciste ». Une vie en société ne peut se concevoir dans une démocratie et un état de droit que dans le respect des biens et des personnes. Ce type d’attitude, 30 personnes contre une femme et un jeune, cela les déshonore. On peut ne pas être d’accord et s’exprimer en respectant les autres.

Si les responsables politiques et syndicaux locaux ne se démarquent pas très nettement de ce type d’agissements, c’est qu’ils les cautionnent ou qu’ils les encouragent afin d’en retirer ensuite les bénéfices comme médiateurs. J’attends des condamnations fermes. Pour ma part, je dépose une plainte auprès de la gendarmerie.

Moralement, ces personnes ne respectent même pas une personne bénévole qui sur son temps libre a crée ou fomenté la plupart des mesures de compensation de la présence de l’ours en faveur des bergers :

  • indemnités de dérangement aux bergers,
  • héliportages gratuits de matériel pastoral,
  • réseau de radiotéléphones,
  • demande des mesures agri-environnements,
  • incitation au muletage, etc.

Sans compter la marque de fromage « Pédescaous » où l’image de l’ours permet à des bergers de mieux vendre leur fromage, sans oublier la participation aux travaux de l’IPHB pendant 10 ans qui ont permis de rénover 60 cabanes aux normes européennes, des salles de fabrication, des sources aux normes, etc., bref d’améliorer la vie des bergers.

Qui d’entre eux aurait consacré 28 ans de sa vie à cela ? C’est tout simplement écœurant ! Enfin, en tant qu’adultes, quels exemples donnent ces personnes à la génération de leurs enfants ? Pas celui du respect et de la tolérance en tous cas. J’ai honte pour eux.

01 juin 2006

Gérard Caussimont : le mythe de l'ours des Pyrénées

Le Mythe de l’ours est un extrait de "Plaidoyer pour Cannelle, pour la sauvegarde de l'ours dans les Pyrénées" de Gérard Caussimont aux Editions Loubatières. Ce texte explique parfaitement le comportement actuel des opposants à la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées.

Le Mythe de l'ours

Gérard Caussimont

Gerard CaussimontD’après une étude du mythe que Gérard Caussimont a réalisé à l’occasion d’une thèse de doctorat sur les vallées Pyrénéennes d’Aspe, d’Ossau, Barétous, Hecho, Anso, Roncal.

Le mythe fait partie d’une culture, de l’univers des symboles, et trois des six communautés étudiés qui sont les dernières vallées à ours autochtones des Pyrénées ont pour symbole héraldique un ours.

Ces sociétés de pasteurs et de chasseurs ont choisi parmi d’autres un animal comme l’ours non pas uniquement parce qu’il évoquait la chasse, ou la nature contraignante, mais parce qu’il concentrait, en outre, tout un contenu inconscient. Il paraît difficile ou impossible de définir le mythe lui-même, le mythe en tant qu’élément échappant à la raison, échappe du même coup à toute systématisation et relève du domaine du vécu, de l’émotionnel. Le langage et l’expression artistique sont donc étroitement associés au mythe.

C’est pourquoi pour rechercher comment le montagnard vivait ou ne vivait plus le mythe, il fallait considérer toute une époque allant du milieu du xxe siècle, où le système agropastoral « traditionnel » prévalait encore sur tout le territoire de notre étude, jusqu’à nos jours.

Comme témoignage de vécu du mythe, j'ai utilisé des sources documentaires multiples et de première main. Dans les archives locales: des lettres, des rapports ou des délibérations des habitants des vallées, des articles des correspondants locaux de la presse quotidienne régionale (rares versants sud), des récits. À l'époque contemporaine, des témoignages, des récits recueillis dans les vallées et une enquête sous forme de questionnaire.

À l'origine: un fait réel

L’homme de ces vallées, le berger dans la société traditionnelle, vit depuis des millénaires en rapport de force avec la nature. La forêt, l'ours, le loup, le lynx ... sont parmi tant d'autres des contraintes ou des limitants de son activité pastorale. Pour l'ours, le loup, ce sont leurs attaques aux troupeaux qui sont le fait réel, qui sert de base au mythe.

La plupart des témoignages, des récits sur l'ours émanant de la société pastorale commencent par une référence aux dégâts commis sur le cheptel. Le mythe prend à la base un élément de réalité et l'assume en le plaçant en dehors de toute unité temporelle. Cette série de documents, que l'on pourrait multiplier par dizaines, illustre cette référence quasi « obligatoire ».

Ce fait réel, le dégât au troupeau, qui touche le berger dans un élément dont dépend sa survie, dans un système quasi autarcique, engendre tout naturellement des émotions. Cette émotion occasionne toute une série de réactions passionnelles qui prennent la forme d'actes instinctifs de vengeance ou d'autodéfense qui, pour trouver leur justification, exagèrent le fait réel qui les a provoqués.

Exagération du dégât, exagération du nombre d'ours, vocabulaire faisant appel à des sentiments d'horreur ... , ce sont des dizaines d'articles ou de témoignages qui sont bâtis sur le même modèle amplificateur, dans la presse béarnaise jusqu'aux années 1970 et dans les témoignages. L’émotion qui est le point de départ de tout mythe, provoque une exagération du fait réel et lui donne une dimension intemporelle en le transformant en « archétype ».

L'exagération

L’exagération concerne toujours des détails descriptifs qui cherchent à augmenter la frayeur suscitée par le récit en faisant de l'ours un être terrible : taille, poids, crocs, griffes, pattes, grognements ... La répétition de termes au cours de ces exemples étalés sur trente ans démontre bien que le mythe possède un pouvoir à partir de la répétition qui, par le biais du langage, situe le sentiment individuel sur un plan collectif transmissible de génération en génération dans un système agropastoral. Ces descriptions sont la plupart du temps liées au récit de dégâts ou de chasse. Les récits de dégâts ou de rencontres avec l'ours s'accompagnent presque toujours, à une époque où le pastoralisme constituait la principale occupation des montagnards, d'une demande ou d'une justification de la battue, l'acte de chasse collectif.

Le rituel : la chasse en battue

Le mythe n'a pas une intention intellectuelle, mais purement pratique. Le mythe va fixer le comportement, les actions des montagnards dans un rituel: la battue à l'ours.

Comme le montrent les documents de l'époque, l'homme cherche à se justifier lui-même, limité par des lois « étrangères ». L’événement réel, le dégât au troupeau, qui au départ avait justifié ou donné naissance au comportement de l'homme, s'efface devant une sorte de tradition (ou d'habitude) que l'on perçoit dans certaines demandes de battue à l'administration, où, en fait, l'on sent la recherche d'un prétexte pour accomplir ce qui, en réalité, est devenu un véritable rituel: la chasse à l'ours en battue.

Durant des années, les communautés valléennes ont organisé des battues, régulièrement parfois même sans motif logique (le mythe échappe au domaine du raisonné) se contentant d'en rechercher un pour l'administration: la répétition ou le risque de dégât.

En réalité ce rituel exprime à quel point le mythe se trouve lié à une tradition ininterrompue, pour le montagnard jusqu'aux années 1950-1960.

La battue à l'ours va canaliser l'émotion, les réactions instinctives des bergers et des valléens bien au-delà de la simple vengeance contre le mangeur occasionnel de quelques brebis. Le mythe est un élément stabilisateur qui joue le rôle de « soupape de sûreté» de l'esprit humain dans un système social donné.

Dans la société pastorale, c'est la poursuite d'un animal s'attaquant au bétail qui joue ce rôle (ours, loup ... ).

L’acte de chasse collectif va servir de catalyseur du groupe, comme le prouvent les références continues à la solidarité, au désintéressement, à l'esprit d'équipe ... à l'unité de tous dans cette action commune. Unité bien difficile à obtenir, d'ailleurs, si ce n'est contre un « ennemi» commun.

Le mythe sert à contrôler la conduite de la société, canalisant l'agressivité et les pulsions des éléments mâles dans un combat dépourvu de tout danger pour la pérennité du système social traditionnel et offrant même l'avantage de renforcer le sentiment communautaire. Peut-être faut-il y voir une première perception inconsciente du danger « d'assimilation» par un autre système de société.

L’individualité va donc retrouver un sens dans le groupe au sein duquel vont se révéler une série de valeurs guerrières propres à l'élément mâle.

Ces témoignages sont en effet truffés de concepts exaltant les valeurs martiales: le courage, l'héroïsme, le sacrifice et même le triomphe, au sens romain du terme, de termes carrément militaires et même de références au passé combattant des chasseurs d'ours.

Le chasseur est constamment identifié au berger et au guerrier. Le mythe semble permettre au montagnard des années 1950-1960 de retrouver des racines, en partie perdues à un moment où des changements commencent à se profiler dans sa vie quotidienne.

En quelque sorte, le domaine du mythique compense alors le domaine du vécu, du réel. Afin de « retrouver» toutes ces valeurs guerrières, l'inconscient rajoute à la réalité de la chasse collective toute une série de concepts qui permettent de franchir le pas entre l'acte réel et le rite guerrier communautaire: l'ours est gratifié de tous les caractères, de tous les qualificatifs qui en font l'adversaire le plus difficile à vaincre: un surhomme, sa mort devenant un acte héroïque.

L'ours surhomme

L’ours est doublement personnifié à cet effet : d'abord ce n'est plus un simple animal, mais un bandit, un criminel notoire et dangereux qui est combattu (on demande même le concours de la gendarmerie dans bien des battues). Ensuite, une fois mort, il ne devient pas un simple trophée de chasse, mais un ennemi que l'on respecte dans sa défaite, à qui l'on rend des honneurs militaires et pour qui l'on n'éprouve plus aucun ressentiment mais plutôt du respect.

La chasse collective à l'ours permet aussi aux autres éléments non mâles ou non valides de la société de s'identifier, de s'unir autour de la fête populaire, communautaire, en cas de victoire.

Le mythe affirme ainsi son aspect sentimental et sa fonction catalysatrice de la société traditionnelle où la fête était un des moments de rencontre à l'échelle villageoise, valléenne ou extra-valléenne, dans un système très hiérarchisé et coercitif pour l'individu (surtout pour les femmes ou les cadets). Il permettait aussi une polarisation des rivalités entre village ou vallées des deux versants contre un ennemi commun puisque on se mettait d'accord avec les villages et les vallées voisines. Cela fut le cas par exemple, le 4 juin 1939 simultanément en Haut-Ossau, Aspe et Barétous, ou en août 1963 entre Barétous et Soule.

On promenait la dépouille de l'ours abattu de village en village ou dans les vallées voisines (en Roncal) comptant sur la gratitude et la générosité des voisins face à tel acte d'« héroïsme ».

Si à propos de la chasse collective, l'ours est personnifié, l'anthropomorphisme est un trait permanent à travers les témoignages et les récits, écrits ou oraux.

On relève plusieurs traits communs: position debout, pied humain (les valléens l'appellent bien pé descaou, le va-nu-pieds), manière de porter, de manger, de frapper à la porte, de lancer des pierres, et même capable d'éprouver des sentiments. Notons les références à la famille, base de la société pastorale. Tout au long des trente années que recouvrent ces témoignages, l'ours est affublé des mêmes termes montrant le « respect» envers un être reconnu comme supérieur (maître, seigneur, Mme ... ) par les bergers qui reconnaissent lui verser un « tribut ».

Quelques essais sur le mythe de l'ours ont déjà abordé cette « humanisation» de l'ours, que ce soit à propos de l'histoire de Jean de l'ours ou de la complainte sur l'ours Dominique. L'ours était même souvent nommé par des prénoms humains et non d'animaux : il y eut une ourse tuée en 1882 qui fut nommée Margotine en Ossau, puis Mme Gaspard, Bismarck ou Dominique au XIXe siècle.

Cette tendance à humaniser l'ours n'est en fait que le reflet d'un sentiment affectif vis-à-vis d'un être qui symbolise l'autre homme, l'homme resté sauvage.

Le montagnard, l'homme, le perçoit comme un concurrent mais aussi comme faisant partie de lui-même d'où ces sentiments de respect, d'affection ou même d'admiration en contradiction avec la « haine» qui cristallise la chasse collective ...

L'ours: être surnaturel

D'autres témoignages ou d'autres récits révèlent un aspect irréel, mystérieux, magique de tout ce qui touche à l'ours dans les vallées. L'ours, ainsi vécu par les montagnards, à la fois humanoïde et surnaturel, n'est en fait que l'image perturbée de l'homme face à une nature sauvage et hostile (dans le système agropastoral traditionnel).

Le manque de sécurité qu' éprouvait le berger, la nuit dans sa cabane en pierres empilées, où, le vent, la pluie, l'orage, tous les éléments naturels étaient vécus comme si on était à l'extérieur, nécessitait un élément polarisateur sur lequel « décharger» toutes les inquiétudes, face à la nature.

Cet élément c'était « le dieu animal », être surnaturel, supérieur, à forme mi-humaine, sur lequel on concentrait tous les instincts que suscitait l'impuissance humaine vis-à-vis de l'inconnu, le danger, l'hostilité d'un environnement alors sauvage et d'une divinité, elle, inaccessible à la colère des hommes.

Carnaval et mythe

On rejoint ainsi le carnaval pyrénéen, chasse à l'ours, où le dieu animal est immolé par les chasseurs tous les ans, la pérennité du mythe dépendant de sa répétition ininterrompue.

Curieusement, dans les vallées béarnaises, navarraises ou aragonaises, où il existe des ours, je n'ai pas relevé ce type de coutume qui existe par contre dans des vallées où la chasse à l'ours a disparu: carnaval de Gèdre (Hautes-Pyrénées), danse de l'ours en vallée de Tena ou dans d'autres villages des Pyrénées, chasse à l'ours des Pyrénées-Orientales (Amélie-les-Bains, Prats-de-Mollo, Castellbo, Saint-Laurent-de-Cerdans), ou chasse à l'ours en Andorre, mascarade de Zuberoa, en Pays basque, où l'ours était représenté avec le berger et un agneau ... À Senegüé (vallée de Tena), l'on rapporte, au début du siècle, la présence d'un pantin contre lequel on tirait des coups de fusil pour carnaval, accomplissant ainsi le rite de la chasse, disparue dans cette vallée (le dernier ours y fut abattu dans les années trente).

Les ours abattus promenés assis, ou debout ou assis sur la place des villages de nos vallées ne rejoignaient-ils pas carnaval dans un certain sens? Peut-on parler de perpétuation du mythe à travers le rituel du carnaval là où la chasse en battue n'est plus pratiquée, montrant la nécessité de la survivance du mythe même là où l'ours animal a disparu ou régressé?

Dans ce genre de commémorations sacrées, l'homme se transcende et transcende son environnement. Le masque, la danse lui permettent de rejoindre l'infini, la divinité.

Le berger polarise sur l'ours tous ses problèmes, tout ce contre quoi il est désarmé ou impuissant: maladie, mort, disparition inexpliquée du bétail, même s'il est en partie responsable par négligence, le mythe permet d'éliminer des conflits entre bergers et éleveurs ou membres d'une même famille ... etc., jouant ainsi à plein son rôle de polarisateur de l'agressivité du groupe.

De nos jours, le mythe, toujours vivant pour les vieux bergers, polarise leur rancune vis-à-vis du « progrès », du système urbain, à cause de la disparition ou la diminution du bétail et des bergers de haute montagne.

Le mythe est en fait une façon pour le montagnard d'adhérer constamment et inconditionnellement à la structure du monde dans lequel il vivait (agropastoral, puis « déviant vers» autre chose).

Il permet à la pensée et à la réalité de s'unir de façon irraisonnée dans une vision de l'environnement quotidien. C'est précisément ce caractère irraisonné qui apparaît à travers une approche analytique sémantique: joie et mort, valeurs martiales et crime, laideur (fauve) et beauté, courage et peur, sont autant de valeurs antithétiques qui se révèlent grâce au mythe.

En fait, c'est la réalité humaine qui apparaît dans toute sa contradiction. Ambiguïté dans la figure de l'ours tantôt animal fauve, tantôt bel animal, tantôt humanoïde empreint des valeurs et sentiments des valléens, tantôt adversaire ou ennemi de poids, bandit de grands chemins, tantôt animal dieu, être mystérieux et surnaturel.

Contradiction enfin, entre tous les termes exprimant le refus d'une réalité défavorable au berger, l'ours bandit fauve, et la figure quasi humaine de l'ours seigneur, ou surnaturelle: l'ours sacrifié et honoré.

Le mythe de l'ours existe-t-il encore?

Gerard Causimont, Plaidoyer pour CannelleLes conditions matérielles qui créaient un sentiment d'insécurité du berger face aux éléments naturels ont régressé grâce à l'équipement pastoral moderne, à la rupture de l'isolement sous toutes ses formes, mais on peut se demander si le mythe joue toujours le rôle polarisateur des inquiétudes, du manque de sécurité des valléens.

Selon les témoignages recueillis, il semble que oui pour un certain nombre de bergers: dans le sens traditionnel, visant à justifier l'inexpliqué en matières de pertes de bétail, mais aussi dans un sens différent.

Le mythe va canaliser, comme l'on peut apprécier sur les documents, les inquiétudes des bergers vis-à-vis de la perpétuation de l'activité pastorale. L’ours va être rendu responsable de la disparition progressive de l'élevage ovin, de l'abandon des pâturages les plus éloignés.

C'est une façon inconsciente de faire coïncider leur pensée et la réalité (et c'est bien là l'un des caractères du mythe) dans une vision " actuelle de leur vallée qui concilie les nouvelles exigences de manque de main-d' œuvre, de successeur, de confort, de tranquillité, etc., que " l'on ne veut avouer, avec une contrainte, prétexte idéal: l'ours.

Le mythe de l'ours joue donc toujours encore aujourd'hui son rôle polarisateur, même si les inquiétudes sont dirigées vers l'impact de la société urbaine et industrielle sur les mentalités valléennes.

Le vécu actuel du mythe, reflet d'une crise des mentalités

En fait, le mythe continue ainsi à jouer son rôle stabilisateur de la société valléenne, évitant des heurts entre les éleveurs et leurs enfants ne voulant plus continuer, évitant des conflits entre générations, etc., mais il ne masque pas, vu de l'extérieur, la désarticulation de mentalités traditionnelles.

Cet aspect est amplement confirmé par certaines des contradictions et des ambiguïtés relevées dans bon nombre de témoignages avec l'introduction de notions « nouvelles» par rapport au domaine lexical utilisé au cours de l'époque précédente. Des notions comme équilibre naturel, comme faune, comme danger de disparition, vie sauvage, conservation, protection que l'on retrouve dans de nombreuses opinions de valléens actuels sont totalement étrangères à la perception du mythe et contrastent fortement avec les termes employés il y a 20 ou 30 ans. Ceci dénote une perception de l'ours qui, pour la majorité des habitants, n'est plus mythique mais purement biologique et par conséquent raisonnée.

À partir du moment où l'on prend un recul, une attitude logique il vis-à-vis du mythe, on s'en détache, on ne le vit plus.

Gérard Caussimont

Gérard Caussimont est un naturaliste qui arpente les deux versants des Pyrénées. Spécialiste de l'Ours brun pyrénéen, il est l'un des initiateurs du suivi de ces populations en France comme en Espagne et l'auteur d'articles et de communications sur cette espèce. Professeur de lycée, il est militant bénévole du FIEP) Groupe ours Pyrénées depuis plus de 25 ans. Il est l'un de ceux qui ont créé des aides spécifiques pour les bergers de la zone à ours et des outils de sensibilisation auprès du public. Il préside le FIEP depuis 1987.

27 avril 2006

Gérard Caussimont : L’ours brun, un craintif parfois

Proche de l'homme

Gerard CaussimontLà où on a l’habitude de vivre avec l’ours, on sait que c’est tout à fait normal ou même habituel qu’en début de printemps ou en fin d’automne on puisse avoir des ours présents à basse altitude et donc non loin de certains quartiers ou hameaux de villages de montagne.

L’ours (Ursus arctos) utilise, au cours de son cycle annuel, la totalité de son territoire, du fond des vallées au estives, en fonction de la poussée de la végétation, de la fructification, bref de la nourriture disponible.

Au printemps, c’est le fond des vallées, les quartiers de grange, là où la végétation a démarré en premier lieu. En ce moment, depuis 4 semaines, nous suivons un ours qui se trouve souvent en fond de vallée en Ossau (Béarn), il descend brouter l'herbe très bas (800m), on a trouvé des traces et des crottes d'herbe.

Nous avons beaucoup d'exemples montrant que l'ours fréquente normalement, au printemps des zones basses de fond de vallée à la recherche d'herbe verte à brouter. Nous avons observé ce phénomène en Béarn ( plateau de Lhers, Lescun, Hameau d’Aubise (Borce), hameau de Seberry (Etsaut) Gabas, parfois non loin des habitations. Cela a été le cas il y a quelques jours en Aragon,à quelques centaines de mètres du village d'Anso, et en Navarre, non loin du village de Garde. Il n’y a rien d’exceptionnel à cela.

Cela est observé régulièrement dans les populations d’ours plus importantes : dans les monts Cantabriques, près des villages, dans les Asturies.Les gesn les observent parfois à la tombée de la nuit, en train de brouter dans les prés. Dans les Abruzzes j’ai observé une ourse et ses oursons en dessous d'un village, en train de brouter, etc.

Boutxi

Il n’y a donc rien d’ étonnant à ce que Boutxi, comme d’autres ours, fréquente des zones de basse altitude, non loin de zones habitées. S'il tombe sur des brebis, en bon opportuniste qu’est l’ours, il en profite pour refaire ses réserves de graisse après le sommeil hivernal. A partir du moment où il sort la nuit et qu’il ne se laisse approcher par personne, il semble qu’il n’y ait rien d’anormal.

Plus on connaît l’ours, moins on le craint

Il faut arrêter la rumeur disant que le renforcement va entraîner des risques pour les humains. Depuis que l’on a accès à des archives fiables, on n’a pas de cas d’attaque d’ours sur un humain dans les Pyrénées, y compris depuis les réintroductions de 1996 et 1997 dont sont issu la plupart des ours bruns pyrénéens actuels. Tous les ans des bergers, des randonneurs, des pêcheurs, des naturalistes, des gardes, rencontrent fortuitement des ours et il ne se passe rien, l’ours s’enfuit. Par contre en 1994, 1997, 2004, des rencontres avec des chasseurs ont mal fini pour trois ourses.

Gérard Caussimont
Naturaliste, président du FIEP Groupe ours Pyrénées, membre du réseau ours brun et du Comité scientifique du Parc National des Pyrénées.

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