Ourse Cannelle

25 juin 2008

Lauriane d’ESTE : La mort de Cannelle est un crime contre l’humanité

Lauriane d’ESTE dans l'éditorial de "la Gazette des grands prédateurs" n°28
Publication FERUS

Lauriane d'EsteLe procès Marquèze ne fut qu’une pitoyable parodie de justice. Marquèze, c’est le «courageux» chasseur qui a tué Cannelle. Cannelle ce n’était pas un grizzli, c’était une ourse de petite taille qui fréquentait ce territoire familier aux ourses suitées. Elle avait commis l’erreur de se promener avec son ourson dans une zone que les chasseurs considéraient à eux, pas aux ours.

Si j’étais Marquèze et sa clique j’aurai honte de ma lâcheté, de mes mensonges. Nous vivons des temps bien étranges. Dans les Pyrénées,on tue des ours, espèce protégée, sans craindre que la justice ne vous demande des comptes, hier Claude, Mellba et je ne voudrais pas alourdir la liste avec Franska et Palouma, victimes expiatoires de la vindicte locale.

Et pendant ce temps, à Paris, dans les aréopages dont le Grenelle de l’Environnement n’a été que l’épiphénomène médiatique on ne parle que de sauvegarde de la biodiversité et de préservation des espèces dans leurs biotopes. Schizophrénie, inconscience, qui protège-t-on, l’animal sauvage ou le chasseur-éleveur-piégeur, pourvu d’armes de mort ? Car s’il y a des espèces protégées il doit y avoir aussi des espaces protégés où les animaux peuvent en toute quiétude se déplacer sans la crainte de se retrouver face à un fusil.

En vérité, quelle nature voulons-nous donc ? Depuis le néolithique l’homme n’a eu de cesse d’éradiquer ce qui ne lui était d’aucun profit : il a conquis les territoires et éliminé l’animal sauvage. Si le loup est revenu, si l’ours s’est maintenu dans la montagne, si le lynx se cache au plus profond de la forêt, c’est qu’il y a encore quelques rares espaces sauvages…Laissons-les leur. Cette nature, l’homme du XXI° siècle a le droit de la rêver peuplée d’animaux sauvages dont il espère l’improbable rencontre car la nature n’appartient
ni aux éleveurs ni aux agriculteurs, elle est à tous, elle est patrimoine de l’humanité.

Cette Nature c’est aussi notre chance, notre billet de première classe pour l’avenir de l’humanité car sans elle, sans l’équilibre de ses écosystèmes auquel collaborent toutes les espèces vivantes d’un bout à l’autre de la chaîne de l’évolution, la vie de l’homme est en sursis.

Le poison et le fusil qui éradiquent loups, renards, oiseaux sont des armes qui en détruisant la vie, polluent la terre et les eaux et collaborent à plus ou moins brève échéance à la destruction de l’homme. Les crimes contre la Nature sont aussi des crimes contre l’humanité. La justice « impartiale » ferait bien d’y réfléchir.

Lauriane d’ESTE,
administratrice de Ferus
Chevalier de l’Ordre national du mérite

02 mai 2008

CPNT et les associations zoolâtres écologistes

« Mort de Cannelle : un acte de dernière nécessité, compris et défini par la loi » 

Communiqué de presse CPNT 33
Le Mouvement de la ruralité CPNT est rassuré par le jugement du tribunal correctionnel de Pau. Par sa clairvoyance, le bon sens naturel et l’application stricte des lois, le juge a fort logiquement relaxé le chasseur René Marquèze dans l’affaire « Ours Cannelle » en reconnaissant qu’il était dans son droit le plus élémentaire : le droit à la vie.

Pour CPNT, si cette décision ne remet en rien en cause les règles qui régissent la protection des espèces, elle confirme néanmoins que face à un risque de mort imminente, la légitime défense face à un grand prédateur reste un acte naturel d’instinct de survie, parfaitement compris et défini par la loi.

Il est vrai que pour les associations zoolâtres écologistes, la mort d’un humain peut paraître préférable à celle d’un animal et a fortiori encore plus lorsqu’il s’agit d’un chasseur. Cet acharnement extrême et haineux, véhiculé par des idéologues aux comportements psychiques douteux, devrait inciter le Gouvernement à une plus grande réserve vis-à-vis de leurs associations et de la représentativité que leur accorde trop régulièrement le ministère de l’écologie. Brigitte Bardot n’est-elle pas poursuivie pour la 4ème fois pour incitation à la haine raciale alors que le ministère lui déroule le tapis rouge dans le cadre des discussions sur le bien-être animal ?

CPNT souhaite que René Marquèze puisse enfin retrouver une quiétude bien méritée auprès de sa famille et dénonce la montée de l’intégrisme écologique qui consiste à agresser et harceler des citoyens dans l’exercice de leurs bons droits. Les parlementaires devraient rapidement s’attacher à faire évoluer les textes législatifs, pour qu’enfin une loi protège les acteurs d’activités légales comme la chasse, la pêche ou la corrida loin de la vindicte haineuse de leurs détracteurs.

CPNT
20 avril 2008

Voilà du Frédéric Nihous pur jus, sans nuances, un vocabulaire d'Ayatollah. Quand je pense que j'ai été chasseur ! Heureusement chez nous c'est sensiblement différent : les chasseurs participent par exemple au projet LIFE de restauration des tourbières et milieux humides du plateau de Saint-Hubert !   

13 novembre 2007

René Marquéze sera jugé

René Marquèze pourra se défendre en correctionnelle

La Cour de cassation a confirmé mardi le renvoi en correctionnelle de René Marquèze, le chasseur responsable de la mort de Cannelle en 2004. Cannelle était la dernière ourse de souche pyrénéenne.

Au mois d'avril, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau avait décidé le renvoi en correctionnelle de René Marquèze, annulant le non-lieu prononcé quelques mois plus tôt par le juge d'instruction de Pau.

Selon Me François Ruffié, l'un des avocats des nombreuses associations parties civiles, M. Marquèze contestait le fait que les débats devant la cour d'appel de Pau aient été publics. Mais mardi, la Cour de cassation a rejeté son pourvoi. Regrettant avoir "perdu du temps", Me Ruffié s'est tout de même "réjoui de cette décision" et "de ce que M. Marquèze va pouvoir ultimement s'expliquer" en public.

René Marquèze, le chasseur qui a tué l'ourse Cannelle est renvoyé en correctionnelle. Il y aura bien un procès Cannelle !Le 1er novembre 2004 en Vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques), René Marquèze avait fait feu sur Cannelle et l'avait tuée. Le sexagénaire avait alors été mis en examen pour "destruction d'espèce protégée". Il a toujours affirmé n'avoir tiré qu'en dernier recours, après avoir cherché à éviter l'animal à plusieurs reprises, lors d'une partie de chasse en montagne.

Source : AFP

René Marquèze va t-il avoir un procès? La réponse aujourd'hui !

René Marquèze, le chasseur qui a tué l'ourse Cannelle, la dernière ourse de souche pyrénéenne va savoir aujourd'hui s'il sera renvoyé en correctionnelle. La Cour de cassation tranchera ce mardi 13 novembre sur la tenue d'un procès Marquèze.

L'Ourse Cannelle tuée par le chasseur René Marquèze le 1er novembre 2004Cannelle a été abattue le 1er novembre 2004 en Vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques), laissant les ours du Béarn sans femelle, condamnés à la disparition.

Le 19 janvier 2007, un non-lieu avait été prononcé par un juge d'instruction de Pau en faveur de René Marquèze. La cour d'appel de Pau, saisie par des associations de protection de la nature, avait ordonné en avril son renvoi devant le tribunal correctionnel dans cette affaire. René Marquèze s'était pourvu en cassation.

René Marquèze avait été mis en examen le 7 décembre 2004 pour "destruction d'espèce protégée". Il a toujours affirmé n'avoir tiré qu'en dernier recours, après avoir cherché à éviter l'animal à plusieurs reprises, lors d'une partie de chasse en montagne.

L'État ainsi que 19 associations environnementales s'étaient portées parties civiles dans le dossier.

La mort de Cannelle avait provoqué une vague d'indignation en France, poussant même le gouvernement à mettre en place un plan de renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées.

05 novembre 2007

FIEP : Il faut relâcher 2 ourses en Béarn

Mort de Cannelle : 3 ans déjà !

Communiqué du FIEP
Fond d’Intervention Eco-Pastoral Groupe Ours Pyrénées
1er novembre 2007

Va-t–on laisser l’ours brun s’éteindre sous nos yeux ?

Le 1er novembre 2004, l’ourse Cannelle était abattue d’un coup de fusil. L’affaire traîne en longueur dans les méandres de la justice. Quand sera-t-elle jugée ?

Après Claude, Mellba, Papillon, Cannelle, Franska, combien d’autres ours (espèce protégée !) devront prendre du plomb dans leur corps pour que cela change enfin ?

L’extinction de l’ours est là, sous nos yeux ! Qu’a-t-on fait en Béarn depuis 3 ans ?

Aucun des signataires de la charte de 1994 (communes, chasseurs, éleveurs, Région, Département) qui prévoyait le renforcement si nécessaire n’a vraiment honoré sa signature, malgré un comptage «patrimonial» des femelles en 2004 et la mort de la seule reproductrice, Cannelle, la même année.

Face aux manquements à la parole donnée, l’Etat a essayé de sauvegarder l’ours dans notre région en lâchant une ourse en Hautes Pyrénées pensant qu’elle arriverait jusqu’au noyau occidental existant. Mais ce lâcher, dans un habitat peu favorable où on ne cohabite plus avec l’ours depuis longtemps, n’a pas eu l’effet escompté.

A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Cannelle, le FIEP Groupe Ours Pyrénées lance un appel pour que, dans l’esprit du Grenelle de l’environnement, se mettent autour d’une table tous ceux qui veulent faire du développement durable (respectueux de l’environnement) et de la conservation de la biodiversité concrets, en évitant l’extinction de l’ours (par un renforcement limité) et du berger.

C’est en Béarn qu’il faut relâcher 2 femelles pour remplacer celles qui y ont été abattues. C’est là que des habitats favorables existent et qu’une culture de vie avec l’ours n’a jamais disparu.

La cohabitation ours - berger est une réalité dans les vallées où vivent les ours depuis toujours de façon sédentaire (Aspe-Ossau) : les dommages aux troupeaux sont en général très limités (une quarantaine de brebis/an) ; la grande majorité des bergers cohabite avec l’ours sans problèmes majeurs, bénéficiant de mesures de compensation (héliportages, radiotéléphones, muletage, etc). Certains se sont prononcés publiquement en faveur de la cohabitation.

La mise en place dans notre département, au cours des étés 2006 et 2007, grâce au plan de restauration de l’ours, d’aides en faveur du gardiennage, de bergers salariés, de chiens et de moyens de protection (35 bénéficiaires), démontrent que sur le terrain on arrive à du concret et qu’ours et berger peuvent cohabiter quoi qu’en disent certains leaders dont le seul projet est de rassembler les gens «contre» quelque chose.

C’est un enjeu d’avenir, qui bien au-delà de l’ours, doit mobiliser dans le Département et la Région pour démontrer que l’on est capables localement de relever les défis d’un développement respectueux de l’environnement qui permette aux hommes et aux espèces sauvages de vivre dans une nature qui est notre «or vert» et notre patrimoine à léguer aux générations futures.

FIEP
Groupe Ours Pyrénées

14 avril 2007

Questions à Maître François Ruffié, avocat de la Sepanso

La buvette des alpages a posé quelques questions à Maître François RUFFIÉ, avocat de la SEPANSO dans le dossier René Marquèze/Cannelle.

La buvette : L'arrêt "René Marquèze" pris le 6 avril par la Cour d'Appel de Pau a suscité assez peu de réactions. Que pensez-vous du «vice de forme» invoqué par Me Thierry Sagardoyotho, avocat de René Marquèze ?
François RUFFIÉ : La nullité arguée par Me Thierry Sagardoyotho ne fait pas grief à son client. La publicité des débats ne gêne en rien le prévenu Marquèze, c’est même une garantie d’impartialité. Elle a été réclamée et aurait été bien utile dans d’autres affaires comme celle d’Outreau par exemple. Cela ne change en rien le fond du dossier, mais risque juste de retarder le procès de plusieurs mois. C’est peut-être d’ailleurs l’effet recherché.

La buvette : L’arrêt de la Cour d’Appel de Pau a été très bien rédigé. Il est bien documenté et argumenté dans les détails.
François RUFFIÉ : Effectivement, le texte est exemplaire. Avec de telles conclusions, la porte de sortie est étroite pour René Marquèze!

La buvette : Un proche des associations pastorales de "défense du patrimoine" déclare que "La haine et l'obstination qu'affichent les associations parties civiles au procès signent un arrêt total et immédiat de tout dialogue et toute collaboration. Toutes les associations locales de protection du patrimoine et les éleveurs refusent toute aide et indemnisation transitant par des associations dites "écologistes". C'est donc la fin de l'intervention dans le pastoralisme d'associations comme le FIEP". Qu’en pensez-vous ?
François RUFFIÉ : Pour arrêter un dialogue, encore faudrait-il qu’il ait commencé ! L’histoire récente de la gestion de l’ours en Béarn montre que l’IPHB a tout fait pour éviter le dialogue et imposer les vues de son président. Le résultat obtenu par l’IPHB est éloquent : les ours disparaissent. Dans d’autres régions de France, des fédérations de chasse confient la gestion de territoires à des associations come la LPO. La concertation entre les professionnels et les associations est régulière… sauf dans le Sud-ouest. Pourtant, même les pêcheurs du bassin d’Arcachon collaborent avec les écologistes pour vérifier que les boues de dragage du bassin soient rejetées en mer et pas dans le bassin où c’était nuisible pour les huitres et le milieu. En Béarn, l’IPHB n’a jamais voulu dialoguer et attaque l’Etat qui a arrêté de subventionner une institution inefficace. La SEPANSO est bien décidée à  soutenir l’Etat contre l’IPHB.

La buvette : Le dialogue avec le milieu du pastoralisme est-il impossible?
François RUFFIÉ : Tout débat social ou démocratique sous-entend une confrontation d’idées opposées, ce qui n’empêche pas la concertation et le dialogue. Les négociateurs sociaux parviennent bien à des accords depuis des années.

Les associations écologistes ne nient pas l’utilité des associations de bergers ou de chasseurs. Ils sont condamnés à s’entendre et à la gestion paritaire. Cette déclaration a visiblement un but incendiaire. Chaque partie doit prendre ses responsabilités et à le choix de la méthode pour être crédible et pour convaincre.

Lors de la reconstitution dans l’affaire Cannelle, les chasseurs ont traités publiquemenr les avocats des associations environnementales d’ «enculés de parisiens». Il faut qu’ils se rendent compte qu’ils n’ont aucun monopole sur la montagne. Ils ne sont pas les seuls à participer à la gestion du milieu montagnard. Aucun des chasseurs qui participaient à la battue fatale à l’ourse Cannelle ne vit ou n’a vécu de la montagne : René MARQUEZE est retraité de l'équipement, Alain BONNEMAZOU est agent d'entretien, Francis CLAVERIE surveillant de nuit, Joseph HOSTA est gérant d'entreprise, André CEDET est agent de travaux à la DDE et Bernard CLAVERIE est retraité de France Télécom. Ce ne sont pas des métiers liés à la montagne. Traiter ceux qui n’ont pas les mêmes idées qu’eux d’ «enculés de parisiens», c’est faire de l’ostracisme, de l’ostra-racisme! Si tu n’es pas de ma vallée, voir de mon village, tu es un étranger, un «écologiste de salon».

La montagne appartient à tout le monde. Les touristes et les promeneurs respectent des règles : ils ne peuvent cueillir les plantes protégées, ni faire de feux. Les chasseurs qui sont aussi des «usagers» de la montagne n’ont pas de privilèges, ils ont les mêmes obligations que les autres usagers, voire plus.

La buvette : Pourquoi les chasseurs auraient-ils plus d’obligations?
François RUFFIÉ : Les chasseurs s’étaient engagés, afin de ne pas avoir d’interdiction de chasse en zone à ours à une «particulière prudence» et au minimum à prendre en compte les informations de localisation fournies par le réseau Ours. Ce qu’ils n’ont pas fait comme le montre bien les faits relatés dans l’arrêt de la cour d’appel de Pau. L’égalité doit être pour tous: pour les professionnels de la montagne, les estivants et les chasseurs. Chacun à des obligations à respecter. On a demandé aux chasseurs d’adapter leurs pratiques au milieu (les zones à ours) et à l’Etat de la faune (l’état de faiblesse de l'espèce protégée Ours des Pyrénées).

Les chasseurs en question forment une bande d’irréductibles qui refusent les adaptations au milieu naturel, à l’évolution des données scientifiques et écologiques voire même au respect de la loi républicaine.

La buvette : Frédéric Nihous, le candidat aux élections présidentielle du parti «Chasse, pêche, nature et traditions» qui est aussi le représentant des chasseurs annonce dans sa campagne qu’il est «l’adversaire des partisans de l’écologie répressive»...
François RUFFIÉ : Pourquoi l’écologie doit-elle parfois être répressive ? Si tous les usagers de la montagne s’inscrivaient dans un cadre consensuel et contractuel de la gestion et de l’utilisation du milieu, il n’y aurait pas besoin de «réprimer». Si tous les chasseurs et tous les éleveurs respectaient les lois, il n’y aurait pas besoin de réprimer. Mais si des irréductibles attisent la haine, saccagent des lieux publics ou privés, ne respectent pas les engagements contractuels et attaquent les personnes comme l’a été Gérard Caussimont, la seule solution, c’est la répression! Est-ce faire preuve d’intelligence politique que de soutenir des personnes irrespectueuses?

Il est extrêmement dommage qu’une minorité d’extrémistes porte atteinte à l’image de la majorité des professionnels de la montagne et des chasseurs qui sont respectueux de la nature, du milieu montagnard et de la loi.

Lire aussi

12 avril 2007

L'arrêt Marquèze ne passe pas pour tout le monde

Le futur procès de René Marquèze passe mal pour les ultras du pastoralisme. Me Thierry Sagardoyotho attaque pour "vice de forme" : l'ouverture des portes, un détail de procédure? Or, la publicité des débats ne gêne en rien le prévenu, ce serait même une garantie d’impartialité. Mais ils ne désirent sans doute pas l'impartialité. La nullité cynégétique est avérée, celle de procédure a moins de chances de prospérer que les ours des Pyrénées.

Louis Dollo, le célèbre guide du pays pastoral déclare que "La haine et l'obstination qu'elles affichent (ndlb: les associations parties civiles au procès) signent un arrêt total et immédiat de tout dialogue et toute collaboration. Toutes les associations locales de protection du patrimoine et les éleveurs refusent toute aide et indemnisation transitant par des associations dites "écologistes". C'est donc la fin de l'intervention dans le pastoralisme d'associations comme le FIEP". Est-il mandaté par les associations ultra-pastorales pour faire de telles déclarations incendiaires? Son intention est claire en tout cas. Ce printemps on vous met le feu! Et il parait que la buvette répend la haine...

Louis Dollo admet que le jugement fera jurisprudence et que nous serons "clairement fixé" sur ce que les chasseurs peuvent faire ou ne pas faire. N'y a-t-il pas des lois, aussi pour les chasseurs? Il est vrai que les chasseurs ont pris l'habitude d'une certaine... liberté avec la législation. Les exemples sont nombreux.

Pour le bouillant scribe de Lourdes-Infos et de Kairn, une condamnation de Marquèze deviendrait "un problème de liberté d'activités de loisir et professionnel sur les territoires (...)  le jeu est beaucoup plus dangereux pour les écologistes que pour les éleveurs et nécessitera une clarification sur le droit de chasse dans les Pyrénées sur les territoires de montagne où l'ours peut se trouver n'importe où sans que personne ne le sache."

Louis Dollo unit les chasseurs et les éleveurs, il pense que "les éleveurs et les chasseurs doivent pouvoir positiver une telle situation au détriment des écologistes." avant de, comme le faisait il y a quelques mois Augustin Bonrepaux, proférer quelques menaces prémonitoires : "attention, une condamnation trop lourde du chasseur pourrait entraîner une réaction violente difficilement appréciable aujourd'hui."

Rumeurs difficilement vérifiables, menaces difficilement appréciables, développements nébuleux, le spécialiste de l'approximation n'est pas meilleur avocat que journaliste. Il qualifie même les demandes de dommages et intérêt des associations de "totalement fantaisistes"  et de "tentative d'escroquerie légale". La justice suivra son cour, malgré les commentaires subtils de maître Louis Dollo.

06 avril 2007

Le texte de l'Arrêt Marqueze : Pourquoi René Marquèze va être jugé en Correctionnelle?

Cour d’Appel de Pau
Chambre de l’Instruction
Arrêt du 6 avril 2007-04-06  - Marquèze René

(…) Attendu qu'il résulte de l'information les faits suivants:

Le 30 octobre 2004 Gérard CAUSSlMONT, président du Fonds d'Intervention Eco Pastoral Groupe Ours Pyrénées (FIEP) accompagné de deux autres membres du réseau ours brun et d'une quatrième personne, s'était rendu dans le secteur d'URDOS-SAUQUET-LA GAUBE-BENDOUS-ROUGLAN afin de localiser l'ourse Cannelle et son ourson qui n'avaient pas été repérés depuis le 19 octobre. Les quatre hommes avaient rencontré Francis CLAVERIE près du sentier LARRY-LA GAUBE, l'avaient informé de la présence probable des deux ursidés et lui avaient demandé de ne pas chasser dans le secteur. Gérard CAUSSIMONT expliquera plus tard aux gendarmes qu'il pensait  que l'ourse était partie dès lors que le berger dont l'animal suivait les brebis avait quitté l'estive le jeudi précédent et que lui et ses amis avaient attendu suffisamment. Le témoin évoquera un échange « vif ».

Quelques heures plus tard Gérard CAUSSIMONT et ses compagnons découvraient des traces fraiches de l'ourse et de son petit datant de moins de 48 heures dans le secteur du col du Couret-Pas de l'ours. L'information était aussitôt transmise dans la journée à Jean-Jacques CAMARRA, le coordinateur du réseau ours brun qui la diffusait à Didier HERVE, directeur de l'Institut Patrimonial Haut-Béarn, lequel contactait ensuite Fernand ESTEREZ, secrétaire général de la fédération des chasseurs puis les présidents des ACCA d'ETSAUT et d'URDOS, ce dernier Bernard CLAVERIE recevant l'information le 31 octobre vers 20 H 30.

Quelques heures plus tard soit le 1er novembre 2004 en début de matinée six chasseurs, membres de l'association de chasse ACCA d'URDOS : René MARQUEZE -retraité de l'équipement- Alain BONNEMAZOU -agent d'entretien- Francis CLAVERIE –surveillant de nuit- Joseph HOSTA -gérant d'entreprise- André CEDET -agent de travaux à la DDE- et Bernard CLAVERIE -retraité France Télécom- se retrouvaient pour participer à une chasse au chevreuil et au sanglier au dessus du village d'URDOS dans le secteur dit de « la deux » en bas du Rouglan.

Au point de rencontre de la cabane du Rouglan avant que la chasse ne débute, Bernard CLAVERIE recommandait la prudence à ses compagnons et les informait de la découverte des traces récentes d'ours dans le secteur signalé par Didier HERVE.

Enfin de matinée, après avoir abattu un chevreuil, les chasseurs déjeunaient puis ils décidaient de poursuivre la chasse dans le secteur de « la deux ».

Francis CLAVERIE, accompagné de ses six chiens plongeait dans les bois situés sous la cabane de Rouglan pour prendre le chemin du Fort puis remonter vers le col du Couret.

Alain BONNEMAZOU se postait sur le plateau de la cabane du Rouglan, en bordure de l'entrée du bois où venait d'entrer le traqueur. Les quatre autres chasseurs remontaient les crêtes du chemin du Bendous.

Francis CLAVERIE attendait quelques minutes pour permettre à ses compagnons de prendre leurs postes. Puis il découplait les chiens pour démarrer la battue. À peine lâché,  le plus jeune des chiens, appartenant à René MARQUEZE, faisait demi-tour et suivait la trace de son maître pour le rejoindre.

Francis CLAVERIE laissait chasser les chiens lorsque, à un moment, leurs aboiements caractéristiques lui faisaient penser qu’'ils avaient débusqué un sanglier. Il s'approchait et voyait soudain les chiens revenir vers lui poursuivis par un ours. Le chasseur poussait un cri pour effrayer l'animal qui se dressait alors en grognant et accrochait l'un des chiens.

Francis CLAVERIE tirait alors un coup de feu en l'air pour le faire lâcher prise. L’ours lâchait le chien et s'éloignait. Mais quelques instants plus tard, l'animal réapparaissait et le chasseur l’entendait venir vers lui en soufflant. Il lui jetait son vêtement et le mettait en joue. L’ours s’étant arrêté dans sa charge, il renonçait à tirer sur lui et tirait un second coup de feu en l'air. L’animal faisait une nouvelle fois demi-tour.

Francis CLAVERIE quittait immédiatement les lieux et allait prévenir ses compagnons afin de faire cesser la chasse. Dépourvu de moyens de communication, il criait en vain à l’adresse d'Alain BONNEMAZOU qu'il finissait par rejoindre. Il laissait ce dernier à la cabane de Rouglan gardant chiens et sacs et remontait le sentier menant au col de Couret pour chercher les autres.

Il trouvait en chemin Bernard CLAVERIE, Joseph HUSTA et André CEDET qui avaient entendu le cri et les coups de fusil. René MARQUEZE à son poste les avait aussi entendus. Il devait déclarer plus tard qu'il pensait, bien que le cri fût «vilain» (sic) qu'un sanglier avait été débusqué.

Quelques instants après, il voyait passer quelque chose prêt de l'étroit couloir où il se trouvait. Il s'approchait pour mieux distinguer et apercevait soudain l'ourse qui remontait le couloir dans sa direction, précédée de son petit.

Le chasseur se repliait promptement suivi de Cannelle. Il reculait ainsi que son chien en direction de la falaise. A un moment, Cannelle repartait et disparaissait de sa vue. Mais il l’a voyait bientôt revenir quelques brefs instants plus tard, cette fois par la droite, grognant et soufflant. Puis elle refaisait demi-tour. René MARQUEZE indiquait qu'il avait profité de cet instant pour continuer son repli, prenant un passage le long de la falaise, vers le précipice situé en contrebas.

A ce moment l'homme chutait avec son chien, perdant casquette et fusil. Il était retenu en contrebas par un massif de ronces sur une minuscule terrasse. Les investigations menées ultérieurement permettront de trouver les traces laissées sur la flore par la chute de René MAROUEZE à l’endroit indiqué par celui-ci.

Il tentait sans résultat de joindre pal téléphone Joseph HUSTA mais parvenait à récupérer son fusil, René MARQUEZE déclarait tout au long de l'enquête qu'il avait attendu pendant 40 à 45 minutes le départ de l'ourse. Il la voyait par intermittence, quelques mètres au-dessus de lui, à son aplomb, qui apparaissait puis disparaissait  puis réapparaissait encore. Il avait le sentiment disait-il qu'elle le «gardait».

C'est finalement Joseph HUSTA qui allait parvenir à joindre René MARQUEZE au téléphone tandis qu'avec Francis et Bernard CLAVERIE ils remontaient dans sa direction. Joseph HUSTA lui indiquait qu'ils se portaient à son secours.

Après avoir attendu encore quelques instants, René MARQUEZE, s'étant convaincu que l'animal qu'il ne voyait et n'entendait plus était parti, avait entrepris de s'extraire du précipice et de remonter vers ses amis. Dans une prudente progression, il avait contourné le chemin aller an niveau du massif montagneux un peu avant le Pas de l'ours.

Cependant, après quelques dizaines de mètres parcourus sur une zone fortement pentue, René MARQUEZE se retrouvait à nouveau confronté à Cannelle qui arrivait par sa gauche. Le chasseur tentait de fuir en allongeant le pas mais il entendait l'animal le charger derrière lui en soufflant bruyamment. Entendant le pas de charge se rapprocher, il se retournait et faisait feu aussitôt au jugé, l'arme à la hanche. Cannelle s'effondrait dans la pente.

Les trois autres chasseurs entendaient le coup de feu. Aussitôt Joseph HUSTA appelait et entendait René MARQUEZE en pleurs lui dire qu'il venait de tuer l'ours. Quelques instants plus tard ses amis le retrouvaient assis sur un caillou. Les constatations sur place, les données balistiques et médico-légales ne Contredisaient pas cette relation des faits.

Le 7 décembre 2004, René MARQUEZE était mis en examen du chef de destruction d'une espèce animale protégée.

Les motifs :

Attendu que dès sa première audition René MARQUEZE a spontanément et explicitement reconnu avoir volontairement tiré avec son fusil sur l'ourse Cannelle ; qu'il est avéré, et cela n'est pas discuté, que ce tir est à l'origine de la mort de l’ursidé ; qu'en conséquence le délit de destruction d'espèce animale protégée est établi et justifiait le renvoi de René MARQUEZE devant le Tribunal Correctionnel ; qu'en effet l'invocation par le mis en examen du bénéfice d'un fait justificatif -l'état de nécessité- constitue un moyen de défense qui ne peut être abordé qu'une fois dûment établie la responsabilité pénale du prévenu du chef du délit reproché, que seule la juridiction du jugement statuant au fond dispose du pouvoir d'affirmer cette responsabilité, qui est le préalable obligatoire à l'examen de la question relative au fait justificatif invoqué ;

Attendu que toute autre façon de procéder porterait atteinte à l’article préliminaire du code de procédure pénale qui pose le principe fondamental selon lequel la procédure pénale doit garantir la séparation des autorités chargées de l 'action publique et des autorités de jugement ;

Attendu que le rôle de la Chambre de l’instruction se limite à dire s'il résulte des pièces du dossier des charges imputables au mis en examen d'avoir commis les faits reprochés et à apprécier si celles-ci suffisent à justifiez son renvoi devant la juridiction de jugement;

Attendu qu'en l’espèce il résulte incontestablement des pièces du dossier des charges suffisantes permettant le renvoi de René MARQUEZE devant le Tribunal Correctionnel afin d'y répondre du délit de destruction d’espèce animale protégée ;

Attendu cependant que la loi fait obligation à la Chambre de l'instruction de répondre à tous les arguments de fait et de droit développés par les parties dans leurs mémoires; que c'est donc à ce seul titre que les considérations suivantes prennent leur place ;

Attendu que le fait justificatif invoqué par la défense et retenu par le magistrat instructeur, tiré de l'état de nécessité, est prévu par l'article 122-7 du code pénal, lequel dispose que n'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui  menace elle même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace ;

Qu'en l’espèce, l'état de nécessité se définit pour René MARQUEZE comme la situation impérieuse dans laquelle il s'est trouvé d'accomplir un acte défendu par la loi pénale pour sauvegarder son intégrité physique;

Que l'appréciation de ce danger grave, actuel ou imminent ne s'effectue pas "IN CONCRETO" et ne prend pas en considération la plus ou moins grande émotivité de l'auteur du délit ou des éléments propres à sa personnalité ou à la singularité de ses traits de caractère, tous éléments subjectifs qui ont pu lui donner une vision des événements par lui vécus peu conforme à la réalité ; que cette analyse doit être faite "IN ABSTRACTO" c'est à dire par référence au comportement habituel ou ordinaire d'un chasseur normalement expérimenté placé dans des conditions identiques;

Attendu qu'en l'espèce il appartient à René MARQUEZE, qui revendique le bénéfice de ce fait justificatif, de démontrer la réunion de trois éléments :

  • l'existence d'un danger actuel ou imminent menaçant sa vie ou son intégrité physique ;
  • le caractère inévitable de ce danger et la nécessité de commettre l'infraction réalisée ;
  • l’absence de toute faute personnelle préalable ayant participé à la création du prétendu état de nécessité ;

Attendu qu’il résulte des pièces du dossier que René MARQUEZE est totalement défaillant dans l'administration qui lui incombe, de la preuve d'un seul de ces trois éléments ;

Attendu qu'il n'est pas contesté que René MARQUEZE, né à URDOS, est un chasseur très expérimenté puisqu'ayant commencé à chasser à l'âge de 16 ans, il comptait, au jour des faits, 45 années d’expérience cynégétique an surplus dans le domaine des gros gibiers, isards, chevreuils et sangliers ;

Qu'il résulte des pièces mêmes du dossier et des différents ouvrages versés à la procédure consacrés à l'étude comportementale de l'ours pyrénéen, qu'aucune archive, aucun article ou texte ne rapporte un fait au cours duquel un ours des Pyrénées aurait tué ou gravement blessé un homme ; que ce fait n'est contredit par aucun témoignage ;

Qu'au surplus, la littérature en la matière mais surtout des études sérieuses dont des conclusions figurent au dossier attestent que lorsqu'un ours est confronté à un être humain, dans 97 % des cas il s'éloigne tranquillement ou marque son indifférence en poursuivant son activité et que ce n'est que dans 3 % des cas qu'il procédera une charge dite dissuasive de diversion dans le seul but d'éloigner l'homme de sa progéniture;

Que les pièces de l'information confirment l'innocuité de ce comportement maternel;

Que c'est ainsi que Francis CLAVERIE -un des participants à la battue aux chevreuils et aux sangliers- subira deux charges d'intimidation de l'ourse « Cannelle » qui voulait protéger son ourson contre les attaques des chiens ; qu'il interrompra aisément la première en tirant un coup de feu en l'air et qu'il mettra fin à la seconde en se Contentant de jeter un vêtement en direction de l'animal puis en tirant un nouveau coup de fusil en l'air; que l'absence de dangerosité de ces «charges» est confirmée par les deux égratignures de 1 cm et 0,5 cm de long présentées par le postérieur du petit chien du chasseur qui s'était pourtant retrouvé quelques instants entre les pattes de «Cannelle » ;

Qu'en outre un second exemple, tout aussi édifiant, figure au dossier et résulte de la mésaventure vécue par Philippe SOUVERBIE (D 179) qui chassant le 22 septembre 2004 dans le vallon de BITET s'est inopinément retrouvé face à une ourse -certainement Cannelle- et à son ourson lequel prenait aussitôt la fuite pendant que sa mère se précipitait sur le chasseur, le renversait sur le dos et se penchait sur lui ; que Philippe SOUVERBIE s'apprêtait alors à faire feu lorsqu'il a eu la surprise de voir le plantigrade se redresser, faire demi-tour et s'enfoncer définitivement dans un bois à la suite de sa progéniture ;

Attendu que René MARQUEZE qui, à l'instar de ses compagnons de chasse, reconnait que la présence de « Cannelle » était habituelle depuis des années sur le territoire de chasse de la commune d'URDOS –l’un d'entre eux évoquera même une véritable cohabitation- qui admettra avoir déjà rencontré à deux reprises l'ursidé, ne pouvait pas ignorer son peu de dangerosité ni l'existence de moyens simples et efficaces pour l'éloigner; qu'il n'est pas sans intérêt de relever que « Cannelle » était une petite ourse des Pyrénées pesant 70 kg et mesurant dressée sur ses pattes: 1,70 m ;

Attendu en conséquence que faute pour lui de démontrer la réalité d'un danger pour son intégrité physique René MARQUEZE ne peut invoquer un quelconque état de nécessité qui pourrait justifier le délit qui lui est reproché;

Attendu, à titre surabondant, qu'il convient de dire qu'il ne pourrait non plus s'en prévaloir en raison des fautes suivantes par lui commises :

  • la faute ayant contribué à créer la situation qui permettra la réalisation du dommage ;
  • la faute consistant à ne pas prendre les mesures nécessaires permettant d'éviter cette réalisation;
  • la faute résidant dans le fait de ne pas attendre l'arrivée des secours et de quitter le lieu où il était à l'abri de l'ursidé ;

Attendu que l'existence d'une seule de ses fautes interdirait à René MARQUEZE d'invoquer l'état de nécessité mais qu'il convient de relever que celui-ci a cumulé ces trois manquements directement à l'origine de la réalisation du dommage ;

Attendu qu’il résulte clairement des pièces du dossier que le 30 octobre Gérard CAUSSIMONT, président du fonds d’intervention éco pastoral du groupe ours Pyrénées(FIEP), avait expressément demandé à Francis CLAVERIE de ne pas chasser dans le périmètre des territoires d'URDOS - BENDOUS - ROUGLAN du fait de la présence de l'ourse « Cannelle » et de son ourson dans ce secteur ; qu'au surplus, le 31 octobre à 20 H 30, Bernard CLAVERIE, président de l'association de chasse de la commune d'URDOS, a été dûment informé par Didier HERVE –directeur de l'institution patrimoniale du Béarn- de l'existence de traces de « Cannelle » et de Son ourson remontant à 48 heures, situées «en dessous du col de Bendous» ;

Attendu que malgré cet avertissement et cette information, à peine 12 heures plus tard, Bernard CLAVERlE et cinq chasseurs de son association -dont René MARQUEZE- décidaient «d'organiser» une battue aux chevreuils et aux sangliers appuyée par six chiens; que la connaissance qu'avaient tous les chasseurs de la présence de Cannelle et de son ourson résulte explicitement de leurs déclarations et des propos tenus par le président de l'association de chasse qui déclarera aux enquêteurs :

«J'avais donné comme consigne de chasse un identification stricte des animaux avant tout tir DU FAIT DU SIGNALEMENT D’UN OURS DANS LE SECTEUR. J’étais informé que Gérard CAUSSIMONT avait observé des traces d'ours le samedi … Nous savions, le lundi qu'une trace ou indice d'ours avait été relevée dans le secteur du Bendous » ; que les cinq autres chasseurs ont confirmé avoir entendu les propos ainsi tenus par le président;

Attendu que pour se défendre, les chasseurs notamment le président de l'association mais aussi René MARQUEZE vont discuter sur le lieu désigné par Gérard CAUSSIMONT comme portant des traces de l’ourse et de son ourson arguant que le secteur sur lequel ils chassaient n'était pas celui indiqué par le responsable du suivi de l'ours, mais était situé en contre bas ; que cet argument est inopérant et dénué de sens dès lors qu'il apparait, d'une part :

  • que le secteur désigné était celui se trouvant «sous le col du Bendous versant URDOS» où des couches fraiches de « Cannelle » et de son ourson avaient été relevées, datées de deux jours avant leur découverte et,
  • d'autre part, parce que des chasseurs aussi expérimentés ne sauraient ignorer qu'une ourse suitée peut parcourir dans ce délai une distance de 2,24 km minimum à 7,2 km maximum; que dès lors le périmètre où les plantigrades pouvaient se trouver au moment des faits dépasse largement le secteur de chasse de René MARQUEZE et de ses compagnons au cours de l'après-midi du 1er novembre 2004 puisqu’il englobe, dans l'hypothèse la plus favorable aux chasseurs, le col du Bendous, la cabane du Bendous, le col de Couret-Rouglan théâtre de la battue et aussi le passage dit «du pas de l'ours» où était posté René MARQUEZE lorsqu'il a rencontré Cannelle et son ourson ; que l'ensemble de ces constatations ruine les arguments du mis en examen afférents aux lieux où pouvaient se trouver l'ursidé à l'heure des faits ;

Attendu en outre que les chasseurs et en particulier René MARQUBZE ont aussi déclaré qu'ils savaient que « Cannelle » était présente sous le col du Bendous lorsque le berger ZAMPONI et ses 5OO brebis étaient stationnées aux estives de Bendous puisque, selon eux, l'ourse prélevait chaque aunée quelques brebis pour sa nourriture ; que René MAROUEZE a expliqué que de manière générale chaque automne ils attendaient une huitaine de jours après le départ du troupeau pour aller chasser sur ce secteur, persuadés que l'ourse avait suivi les brebis et quitté définitivement les lieux;

Qu'il résulte des pièces du dossier que le berger ZAMPONI a quitté les estives du Bendous le jeudi 28 octobre et que, contrairement aux années précédentes, 3 jours seulement après ce départ les chasseurs d'URDOS effectuaient une battue dans ce secteur et ce au mépris des avertissements et informations sur la présence d'une ourse suivie de son ourson ; que dès lors il convient de constater que les chasseurs, dont René MARQUEZE, n'ont pas respecté le délai qu'ils s'imposaient eux mêmes habituellement ;

Qu'au surplus, aucun d'entre eux ne pouvait ignorer que dans la zone de la battue se trouve une importante forêt de hêtres, arbres qui à l'automne produisent des faines en abondance dont l'ours est particulièrement friand et qui constituent une part importante de son alimentation;

Qu'incontestablement René MARQUEZE, né à URDOS, chasseur chevronné qui a été pendant 10 ans le président de l'association de chasse de la commune d'URDOS et qui avait remis son mandat 50 jours avant les faits, n'a tenu aucun compte de l'ensemble des éléments susvisés et a pris sciemment le risque d'une confrontation avec l'ourse; qu'il a ainsi manifestement contribué à créer la situation ayant permis la réalisation du dommage ;

Attendu par ailleurs que les conditions matérielles dans lesquelles la battue aux chevreuils et aux sangliers a été organisée méritent d'être examinées; qu'il est notoire qu'une battue au gros gibier est une pratique cynégétique extrêmement dangereuse en raison de la puissance des munitions utilisées et du caractère collectif de la chasse ; que dès lors son organisation doit être rigoureuse et respecter certaines prescriptions réglementaires ;

Qu'en l'espèce il résulte des déclarations des chasseurs que la battue du 1er novembre 2004 concernait à la fois les chevreuils et les sangliers; que d'ailleurs au cours de la journée le seul animal tué sera un chevreuil ; que par ailleurs les chasseurs -en particulier René MARQUEZE- disposaient de fusils à deux canons dont l'un était alimenté par une balle destinée aux sangliers et l'autre contenait une balle réservée aux chevreuils;

Qu’au mépris de la réglementation en vigueur aucun plan de chasse n'a été préalablement établi et déposé; qu'aucune consigne n'a été donnée par l’organisateur de la battue aux chasseurs concernant les angles de direction de tirs et surtout qu'aucun des participants et plus particulièrement le chef de battue ne possédaient de trompe, de corne ou de sifflet afin de donner le départ de la battue et de l'interrompre en cas d'accidents ou de danger; qu'il s'agit là d'autant de contraventions commises par les chasseurs dont une est particulièrement dommageable -le défaut de signal sonore- puisque si cette prescription avait été respectée elle aurait permis de mettre un terme à la battue dès l'instant où Francis CLAVERIE s'est trouvé confronté à l'ourse « Cannelle »; qu'il est certain que si René MARQUEZE avait entendu le signal de la fin de la battue, quitté son poste et rejoint ses camarades, il n’aurait pas rencontré l'ourse et son ourson ; qu'il appartenait à chacun des chasseurs de ne pas participer à une battue dangereuse, organisée en contravention des prescriptions réglementaires applicables en la matière ; que placé face à ses manquements graves le président de l'association admettra devant le Juge d'instruction qu'ils ne disposaient d'aucune trompe ou autre équipement sonore, promettra qu'ils allaient tous acheter une trompe mais décrétera in fine que de toutes façons, tout cela n’est pas «très utiles» ;

Qu'une telle inconséquence apparaît regrettable de la part du président d’une association de chasse et de chasseurs qui n'hésiteront pas à lâcher six chiens -dont l’un dit «le lunatique» totalement inexpérimenté- dans un secteur fréquenté par «Cannelle » et son ourson ;

Attendu par ailleurs qu'il résulte de l'’information et des propres déclarations de René MARQUEZE que celui-ci est resté pendant 40 à 45 minutes au fond d'un ravin «gardé» selon son expression par l'ourse et qu'il a quitté cet endroit où il était malgré tout en sécurité pour remonter la pente et se rapprocher de l’animal ; que ce comportement est surprenant à un double titre, d'une part, parce qu'il ne correspond pas à l'attitude d'une personne en proie à la frayeur dont il excipe, d'autre part, parce que René MARQUEZE savait que ses compagnons étaient à proximité et se portaient à son secours; qu'il  est, en effet, établi que ces derniers se trouvaient non loin lors du  coup de feu fatal puisque notamment Bernard CLAVERIE dira avoir perçu le bruit de la chute du corps de « Cannelle » dans le ravin ; qu'ainsi René MARQUEZE a eu un comportement personnel fautif ayant participé à la réalisation du dommage puisqu'il lui suffisait d'attendre encore quelques instants seulement pour éviter la confrontation ultime avec l’ourse ;

Attendu que l’ensemble des fautes ainsi commises par René MARQUEZE s'opposent à l'application des dispositions de l'article 122-7 du code pénal relatives à l’état de nécessité. .

PAR CES MOTIFS :

LA CHAMBRE DE L’INSTRUCTION DE LA COUR D’APPEL DE PAU,

Vu les articles 186, 194 et suivants du code de procédure pénale,

En la forme : Déclare les appels interjetés recevables.

Au fond : Infirme l’ordonnance déférée et statuant à nouveau,

Renvoi René MARQUEZE devant le Tribunal Correctionnel de PAU pour avoir le 1er novembre 2004 à URDOS (Pyrénées-Atlantiques) détruit une espèce animale protégée en l'espèce l'ourse «Cannelle»

Faits prévus et punis par les articles L411-1. L.4l5-3, L 415-4, du code de l’environnement.

Ordonne que le présent arrêt soit exécuté à la diligence de Monsieur le Procureur Général

LE PRÉSIDENT
M. TREILLES

Vice de forme ?

L'avocat de René Marquèze, Me Thierry Sagardoyotho, a pour sa part annoncé son intention de se pourvoir en cassation. "L'euphorie des parties civiles risque d'être de courte durée car il y a irrégularité manifeste de cet arrêt" a-t-il déclaré à l'Associated Press. Selon lui en effet, une audience de la chambre de l'instruction se serait déroulée en public, alors que selon lui : «Une loi applicable depuis le 5 mars 2007 fait obligation que toutes ces audiences se tiennent à huis clos sauf en matière de détention provisoire, ce qui n’était pas le cas».

Selon Me Thierry Sagardoyotho, René Marquèze "est consterné, mais reste déterminé à se battre et il continue à avoir confiance en la justice". La peine maximale prévue pour délit de "destruction d'espèce protégée" est de trois ans de prison.

Pour Me Ruffié, la réformation du non lieu implique l'ouverture d'un procès "qui permettra d'examiner les circonstances exactes de la mort de Cannelle et de prendre la mesure de l'échec de la politique menée depuis 30 ans pour la protection de l'ours".

La suite au prochain numéro...

René Marquèze sera jugé

Le chasseur qui a tué l'Ourse Cannelle renvoyé en correctionnelle

La cour d'appel de Pau a décidé vendredi le renvoi en correctionnelle du chasseur responsable de la mort de l'ourse Cannelle, annulant le non-lieu qui avait été prononcé dans cette affaire.

Un non-lieu avait été accordé le 19 janvier par le juge d'instruction de Pau en faveur de René Marquèze, 64 ans, le chasseur qui a tué Cannelle, considérée comme la dernière ourse de souche pyrénéenne, le 1er novembre 2004 en Vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques).

Le procureur général avait lui-même requis le renvoi en correctionnelle, le 9 mars dernier, soutenant l'appel interjeté par des associations de protection de la nature contre l'ordonnance de non-lieu.

La décision annoncée vendredi constitue une "énorme satisfaction", a déclaré Me François Ruffié, l'un des avocats des associations parties civiles. "M. Marqueze, qui a plaidé la légitime défense, devra s'en expliquer devant un tribunal et non pas dans le secret d'un cabinet d'instruction", a-t-il dit.

Pour Me Ruffié, la réformation du non lieu implique l'ouverture d'un procès "qui permettra d'examiner les circonstances exactes de la mort de Cannelle et de prendre la mesure de l'échec de la politique menée depuis 30 ans pour la protection de l'ours".

René Marquèze avait été mis en examen le 7 décembre 2004 pour "destruction d'espèce protégée". Il a toujours affirmé n'avoir tiré qu'en dernier recours, après avoir cherché à éviter l'animal à plusieurs reprises, lors d'une partie de chasse en montagne.

Plusieurs associations de protection de l'environnement, dont France nature environnement, la Sepanso et la Société nationale de protection de la nature et d'acclimatation, avaient fait appel de l'ordonnance de non-lieu.

Cannelle : Marquèze sera t-il jugé? La décision aujourd'hui

Cannelle_helicoptere

C'est aujourd'hui que nous allons savoir si René Marquèze sera jugé pour avoir tué Cannelle, la dernière ourse d'origine pyrénéenne (pour destruction d'espèce protégée). La cour d'appel de Pau doit rendre sa décision dans la journée.

Le procureur général de la cour d'appel de Pau a demandé le 14 mars que René Marquèze soit jugé en correctionnelle. Il a soutenu l’appel interjeté par des associations de protection de la nature contre l'ordonnance de non-lieu rendue le 19 janvier par le juge d'instruction de Pau, Jean-Luc Puyo. « L'ourse Cannelle vaut bien un procès » a déclaré maître François Ruffié.

La dépouille de l'ourse Cannelle emmenée en hélicoptère.

Un non lieu et le message de la justice sera clair : "Vous pouvez continuer à détruire les ours".

Courbe de l'histoire des ours

A ce jour, seule l'ourse Sarousse est déjà sortie de sa tannière, malheureusement sans avoir donné naissance à des oursons cette année. La fin d'hibernation tardive des autres ourses Hvala et Franska laisse entrevoir que des naissances ont peut-être eu lieu cet hiver au fond des tannières. L'espoir de voir la population d'ours des Pyrénées survivre et la courbe de mort et d'extinction se redresser est grand, à condition qu'on les laisse se reproduire et vivre. René Marquèze, s'il est jugé en correctionnelle pourra se défendre. S'il ne l'est pas, l'ours lui sera condamné.

14 mars 2007

« L'ourse Cannelle vaut bien un procès »

Le procureur général de la cour d'appel de Pau demande que René Marquèze soit jugé en correctionnelle. Il a soutenu l’appel interjeté par des associations de protection de la nature contre l'ordonnance de non-lieu rendue le 19 janvier par le juge d'instruction de Pau, Jean-Luc Puyo. « L'ourse Cannelle vaut bien un procès » a déclaré maître François Ruffié.

Un rebondissement supplémentaire dans l’affaire Cannelle. La dernière ourse d’origine pyrénéenne  tuée par un chasseur, René Marquèze, le 1er novembre 2004 à Urdos. Le procureur général de la cour d'appel de Pau a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de René Marquèze à l’issue d’un premier débat public animé de trois heures. Ce débat est la conséquence de l'appel interjeté par les associations de protection de la nature contre l'ordonnance de non-lieu, rendue le 19 janvier dernier par le juge Jean-Luc Puyo.

Surprise

Les réquisitions ont agréablement surpris les parties civiles qui ne s’attendaient à pas à ce retournement de situation et au «revirement» du ministère public. En effet, dans une note écrite,  le procureur général avait demandé la confirmation du non-lieu et ni le préfet, ni le procureur général n'avaient manifesté l'intention de s'opposer au non-lieu rendu le 19 janvier.

Les différents avocats des associations ont apporté la démonstration que «l'état de nécessité» ayant motivé la décision du juge, n’était pas justifié :

  • François Ruffié, avocat de la Sepanso  a déclaré que «Cannelle vaut bien un procès» et que René Marquèze mis en examen le 7 décembre 2004 pour «destruction d'espèce protégée», devait être jugé. «Les chasseurs n'auraient pas dû se trouver là».
  • Maitre Blanco, avocat du Font d’Intervention Eco-pastoral et de France nature Environnement a abondé dans son sens : «Le bon sens interdit d'aller chasser dans le secteur». Il n’y avait pas de «danger imminent» pour le chasseur.
  • Pour Maître Ferré, l'avocat de la SPA, «Les chasseurs procédaient à une battue à l'ours», ce que l'ordonnance de non lieu, principalement à décharge ne laissait pas sous-entendre. La cour d'appel de Pau rendra sa décision le 6 avril.

02 février 2007

Nelly Olin va t-elle faire appel dans l'affaire Cannelle ?

Le 4 octobre 2005, la buvette publiait des extraits d'une interview de Nelly Olin...

Vendredi, les journalistes du « Journal du dimanche » interviewaient Nelly Olin, la ministre de l'écologie et du développement durable, de retour de Slovénie où elle a conclu vendredi un accord pour que cinq ours, de préférence femelles, soient prélevés dans les massifs slovènes afin de gagner dès le printemps prochain les Pyrénées centrales et atlantiques.

Nelly Olin confirme que le ministre de l'agriculture prépare un plan d'accompagnement en faveur du pastoralisme, mais aussi qu'elle sera intraitable en cas de drame : "Chaque ours tué sera remplacé", annonce-t-elle, précisant "qu'elle n'exclut pas de faire appel dans l'affaire Cannelle, si la peine ne me paraît pas appropriée".

Vous rappellez vous Madame la Ministre ? La peine du chasseur qui a tué Cannelle vous semble t-elle appropriée ? Qu'allez vous faire maintenant ? C'est le moment...

Tim Larribau : lettre ouverte à Cannelle

Par Tim Larribau

J’ai du demander la permission à mon nounours pour t’écrire, chère Cannelle. Mon nounours, seul souvenir d’un grand-père dont je ne me souviens pas, est très jaloux, même si je le néglige largement depuis de nombreuses années.

Mais mon nounours, à qui étrangement je n’ai jamais donné d’autre nom que «Nounours», a parfaitement compris pourquoi j’ai besoin de t’écrire. Il se souvient avec quelle frénésie je l’ai cherché puis serré contre moi quand j’ai appris ta mort. Il se souvient de la douleur que j’ai ressentie à l’annonce du coup de fusil qui t’a ôté la vie. Aujourd’hui, alors que la justice des hommes a trouvé une justification judiciaire à ton meurtre, je voudrais que tu emportes avec toi, dans ta seconde mort, le cri de rage de quelqu’un qui te pleure, et mon nounours est d’accord.

Pour seuls honneurs funèbres, tu n’as eu droit qu’à un fringant hélicoptère de la Gendarmerie t’emportant au bout d’un filin, dans un sordide filet rouge. Le 1er novembre 2004, jour de la fête des morts, un chasseur te tuait d’un coup de fusil et détruisait l’ours brun des Pyrénées. Avec ta mort, c’est une espèce unique qui disparaissait de la surface de la terre. Ton petit et les quelques mâles solitaires qui essayent encore désespéramment d’échapper aux plombs des chasseurs sont les derniers représentants de l’Ursus Arctos Arctos pyrénéen et ne pourront plus reproduire l’espèce.

Tu étais la dernière femelle, la dernière à pouvoir porter un ours des pyrénées. Maintenant que tu as disparu, des politiciens essaient tant bien que mal, et bien trop tard, d’assurer la survie de votre mémoire et d’une partie de votre code génétique en allant chercher des femelles en Slovénie. Décidemment, lorsqu’on fait appel à des filles de l’est, ce n’est jamais très glorieux…

Mais ces ours slovènes ne sont que de la chirurgie réparatrice, des implants artificiels destinés à nous donner bonne conscience, à nous auto persuader qu’on ne vous a pas laissé mourir. Ces ours slovènes, qui d’ailleurs n’attendent que leur tour devant les canons de fusils des chasseurs, ne te ramèneront pas et ne ramèneront pas notre Ours, l’Ours des Pyrénées.

L’insulte se rajoutant au meurtre, ton tueur et ses amis ont aujourd’hui réussi à faire croire qu’eux, intrus dans l’écosystème de la montagne, eux qui savaient que tu étais là avec ton ourson, eux qui se promenaient avec des chiens, des fusils et des cartouches alors qu’on les avait prévenus de ta présence, eux qui te tirent dessus alors que tu cherches à protéger ton petit, ils étaient dans l’état de nécessité absolue de te tuer, ils étaient en état de légitime défense.

Tu n’es qu’une ourse, Cannelle, et ces élucubrations judiciaires ne peuvent pas signifier grand-chose pour toi. En prétendant t’avoir tuée en état de légitime défense, ils prétendent que tu avais l’intention de tuer et que la seule façon dont ils ont pu t’en empêcher, c’est de te tuer. Ils prétendent aussi que leur défense était proportionnelle à ton attaque. Que ton attaque, toi, toute seule dans la montagne avec un ourson à protéger, visait uniquement et exclusivement à tuer gratuitement. La justice, en leur donnant raison, à estimé que c’est toi qui était un danger et que c’est toi qui avait l’intention de tuer.

C’est connu, ma pauvre Cannelle, les chasseurs sont une espèce en danger dans la montagne. Lorsqu’ils rencontrent des ours, c’est connu, ils se font atrocement massacrer. Le premier réflexe des ours en rencontrant des hommes est d’attaquer pour tuer. On ne compte plus les veuves et les orphelins causés par les massacres de tes congénères. Dans les contreforts des Pyrénées, on ne s’aventure guère par peur de rencontrer les tiens et le soir à la veillée, le récit des rares rescapés mutilés des attaques d’ours depuis la nuit des temps effraient encore et toujours les petits enfants. René Marquèze, celui qui t’a tué parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, est le premier depuis longtemps à se sortir sans dommage d’une attaque d’ours. C’est bien ta férocité et ta puissance physique, dignes d’un Grizzly Kodiak, et ton goût psychopathe pour le sang humain qui a conduit à l’absolue nécessité de te tuer.

La réalité, chère Cannelle, est que ta mort est digne du pays qui t’a tué. La France a toujours aimé les récits des morts glorieuses, dans un combat perdu d’avance pour une noble cause mais, au fond, inutile. En mourant seule, en chargeant seule pour défendre ton ourson, face à une meute de chiens et une battue de chasseurs cyniques qui visent juste et ne tirent pas pour rien, tu t’es rendue digne des cinq derniers légionnaires de Camerone, chargeant seuls à la baïonnette les quatre mille cavaliers mexicains qui les encerclent, tu t’es rendue digne des cavaliers lourds du Maréchal Ney chargeant sans cesse les indestructibles carrés des défenseurs anglais, tu t’es rendue digne des poilus se faisant massacrer piteusement pour récupérer les ruines du Fort de Douaumont, tu t’es rendue digne des aviateurs français fonçant sans espoir sur leurs cibles en se faisant massacrer par l’artillerie anti-aérienne allemande.

Morte pour rien et sans espoir, submergée par l’ennemi, dans un geste emplit de panache et de gloire, obligée de se sacrifier pour tenter de réparer les erreurs des autres, voilà dans quelle lignée historique et glorieuse tu t’es inscrite en te faisant tuer par René Marquèze. Rends-toi compte, Cannelle, tu as poussé la gloire jusqu’à mourir quelque jours avant l’anniversaire de l’armistice de 1918. Mais tu n’auras pas ton nom inscrit sur un monument aux morts au milieu du village. Tu n’auras pas la distinction « Morte pour la France » comme tes illustres prédécesseurs. La justice vient de décider que tu n’avais même pas droit au titre « Morte pour son ourson ».

Ton tueur, lui qui pouvait rester au lit au lieu de se retrouver dans l’absolue nécessité de te tuer, lui qui aurait pu emmener sa femme faire les boutiques au lieu de prendre son fusil et ses cartouches, lui qui aurait pu aller chasser ailleurs dans la vaste montagne au lieu de se retrouver au seul endroit ou il devait légitimement se défendre, lui est blanchi par une justice qui a peur de son fusil, de sa voix électorale et de ceux du nombre de ses amis qui règlent à la chevrotine les désaccords qu’ils ont avec la politique environnementale décidée par le gouvernement démocratiquement élu. S’il a pu te tuer et maintenant t’insulter dans ton dernier repos et s’il peut maintenant fêter par des coups de fusils en l’air et des litres de bière son blanchiment de chasseur sale, sache au moins une chose, Cannelle : S’il n’est pas condamné par la justice des hommes, il est condamné par la nature qui a créé ton espèce et il emportera avec lui dans sa tombe le pire des trophées, celui d’avoir tué les rêves et la poésie de tous ceux qui ont eu un nounours et qui ont aimé l’idée des gentils ours pépères se promenant dans nos montagnes.

Que l’histoire se souvienne de son nom, René Marquèze, le tueur d’une ourse qui défendait son petit et qui a éteint pour toujours la race de l’Ours des Pyrénées.

Adieu, notre chère Cannelle, adieu. Nous nous souviendrons de toi, mon nounours et moi, au moins. Et quand nous nous promènerons dans les Pyrénées ou les tiens et toi ne serez plus, remplacés par la puissance idiote des chasseurs et leurs fusils, nous penserons à toi et nous raconterons aux générations futures comment tu te promenais avec ton petit dans ces montagnes, à une époque ou l'Ours des Pyrénées existait encore.

Tim Larribau sur son blog

28 janvier 2007

Génération écologie et AVES France : Le « non lieu » pour l’assassin de l’Ourse Canelle est inacceptable !

Réaction de Génération écologie au non lieu "Cannelle"

Le « non lieu » prononcé par la justice en faveur du tueur de l’ourse Canelle est incompréhensible et inacceptable. Que le chasseur qui a œuvré pour  l’extinction d’une espèce protégée n’ait pas été condamné, même pas à une peine symbolique, est déroutant.

À quoi peut-il bien servir d’avoir joint une Charte sur l’Environnement à la Constitution si les responsables de la disparition d’espèces rares et protégées ne sont même pas montrés du doigt par la République. À quoi peuvent bien servir les règles, les codes et les directives européennes si la justice ne les applique pas.

Génération Écologie s’étonne aussi du silence des responsables politiques qui on été les premiers à mobiliser les médias pour leur faire part de leur émotion et de leur réprobation lors de l’assassinat de Canelle. Génération Écologie qui s’était porté « partie civile », et qui avait cosigné avec l’association AVES une lettre au Président de la République, se pourvoira en appel de ce jugement.

Génération Ecologie

Réaction d'AVES France au non lieu "Cannelle"

Après le non-lieu prononcé à l’encontre de René Marquèze, qui a abattu l’ourse Cannelle en 2004, AVES FRANCE a décidé de contacter à nouveau le Président de la République ainsi que les ministères de l’Ecologie, de la Justice et de l’Intérieur...

"Monsieur le Président de la République,

La mort de Cannelle en 2004 a suscité beaucoup d’émotions. Aujourd’hui, un non-lieu vient d’être prononcé à l’encontre de René Marquèze, l’auteur du coup de feu mortel pour l’ourse.

AVES France tient à vous faire part de son indignation et vous transmet le courrier qu’elle vient de faire parvenir à Madame la Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable, ainsi qu’aux Ministères de la Justice et de l’intérieur.

Nous avons demandé avec Génération Ecologie le retour des zones de protection intégrale pour l’ours ; nous réitérons notre demande. Nous demandons à nouveau la poursuite du programme de réintroduction. Malgré votre réponse à ce premier courrier, nous n’avons reçu aucune nouvelle de la part du Ministère de l’Ecologie.

Nous vous remercions d’appuyer à nouveau notre demande.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments distingués.

Christophe CORET
Président d’AVES FRANCE"

Lire les articles de la buvette qui vont dans le même sens :

26 janvier 2007

Les contradictions de la justice dans l'affaire Cannelle et le non lieu de Marquèze (Baudouin de Menten)

Maitre Blanco a interjeté appel de l'ordonnance de non-lieu prononcé au bénéfice de René Marquèze, auteur du coup de feu mortel pour l'ourse « Cannelle ».

Maitre Blanco est l'avocat de France Nature Environnement, du FIEP et de nature Midi-Pyrénées.

Un coup les chasseurs savaient, un coup ils ne savaient pas. La justice se contredit d'une manière surprenante.

Le juge d'instruction Jean-Luc Puyo et le procureur de la République Éric Maurel ont considéré que : «Les chasseurs n'étaient pas vraiment conscients de la présence possible de l'ourse Cannelle  et de son ourson dans le secteur de chasse

Pas vraiment ? Ne comprennent-ils pas le français ? N'étaient-ils pas en état de comprendre ? Pourqoui pas vraiment ? Se disaient-ils : «Elle est surement partie, on peut y aller, on va où on veut quand même.»

Comment peuvent-ils dire cela alors que l'arrêt de la cour d'appel de Pau du 17 août 2006 disait : « Il n'est pas nécessaire de poursuivre plus en avant les investigations sur ce point puisque l'élément essentiel est de savoir si les chasseurs étaient informés de la présence possible de l'ourse sur les lieux le 1er novembre 2004 et que la réponse affirmative à cette question ne fait pas de doute.» Le 17 août : pas de doute : les chasseurs savaient. Le 19 janvier : Ils ne savaient pas vraiment...

Comment le juge d'instruction Jean-Luc Puyo et le procureur de la République Éric Maurel motivent-ils cette déclaration contradictoire avec l'arrêt du 17 août ? « Dès lors, la rencontre des chasseurs avec l'ourse, pour prévisible qu'elle pouvait ou aurait dû être, n'était que fortuite et non provoquée par les chasseurs », expliquent les magistrats.

Ce qui est prévisible peut-il être fortuit ?

La justice est très forte : la rencontre des chasseurs avec l'ourse Cannelle était "prévisible mais fortuite" ! Définitions :

  • Prévisible : "Qui peut être prévu. Synonyme : attendu, probable"
  • Fortuite : "Imprévu, qui arrive par hasard, accidentel"
  • On assimile à la force majeure, le "cas fortuit " duquel il est impossible de la détacher et qui est la circonstance imprévisible (Dictionnaire du droit privé).

D'où l'importance de la connaissance : Si les chasseurs savaient, ce n'est PAS un accident. ils savaient ... mais pas vraiment ! Il va falloir qu'on m'explique.

Une rencontre non provoquée par les chasseurs ?

La justice au fusil - Les contradictions de la justice dans l'affaire Cannelle et le non lieu de Marquèze René Marquèze et les autres chasseurs sont prévenus que l'ours et son petit sont là. Ils montent avec leurs fusils et la rencontre est fortuite, non provoquée ! Fallait-il que l'ourse leur envoie un avis de présence officiel par recommandé ?

C'est incroyable. Les ours sont priés de prévenir les chasseurs de leur position. une image me vient en tête. La voiture "Rodania" qui précède l'arrivée des coureurs en gueulant "Roda-niaaaa". "Canelle est laaaaa!"

Maitre Blancot ne comprend pas non plus. L'état de nécessité suppose la preuve par celui qui la revendique de son existence et non l'inverse. Les demandes d'actes complémentaires avaient été refusés et l'instruction jugée close pour une raison qui est maintenant niée : "La connaissance". Les devoirs complémentaires n'ont pas été acceptés parce que les juges avaient la sertitude que les chasseurs savaient. « Cette motivation est contraire à l'arrêt de la cour d'appel de Pau du 16 août 2006. Je m'appuierai donc sur cet arrêt et ce constat sans équivoque pour demander la réforme de l'ordonnance », a indiqué l'avocat des parties civiles.

Si les chasseurs savaient, ce n'est pas un accident. Et les chasseurs savaient. La connaissance du français est elle obligatoire pour un juge? Et le bon sens ? N'y aurait-il pas eu des pressions... prévisibles mais fortuites ?

Destruction d'espèce protégée

René Marqueze, 64 ans, avait été mis en examen le 7 décembre 2004 pour destruction d'espèce protégée. Il a affirmé avoir tiré en état de légitime défense alors qu'il s'était retrouvé face à l'animal menaçant et son ourson lors d'une battue aux sangliers avec un groupe de chasseurs.
"Il est impensable que des gens armés de fusils se prétendent dans la nécessité de tuer des ours alors que tellement de personnes dépourvues d'armes se promènent dans les montagnes pyrénéennes sans jamais être inquiétées par ces animaux, soit disant dangereux", a déclaré dans le communiqué Serge Orru, directeur général du WWF-France.

L'organisation de protection de l'environnement WWF a interjetté appel de la décision innocentant le chasseur qui a tué l'ourse Cannelle.

Baudouin de Menten

Pour en savoir plus

21 janvier 2007

Non lieu du tueur de Cannelle : Déclaration de André Cazetien et Jean-François Baby

Le non-lieu prononcé par le juge d'instruction palois innocentant totalement l'homme qui a tué l'ourse Cannelle est, implicitement, un acte d'encouragement à ceux qui écrivent "Mort à l'Ours" sur les routes du Tour de France ou qui mélangent, dans la forêt, le miel avec du verre pilé.

L'extinction de l'espèce ursine pyrénéenne a bien évidemment des sources plus anciennes et plus profondes que le seul coup de fusil de René Marquèze. Cela vient de loin. Du temps où l'homme fusillait et empoisonnait en toute liberté la bête sauvage.

Ces temps ont changé.

Aujourd'hui grandit et de façon fulgurante, la prise de conscience du péril immédiat et immense qui menace la vie planétaire, sa biodiversité, celle précisément, chez nous, de l'Homme comme de l'Ours.

L'acte juridique palois émeut profondément et indigne tous ceux qui ont à coeur le respect et la protection de la Nature, parce qu'il ne contient aucune sanction, ni même la moindre mise en garde de certains chasseurs qui considèrent que la nature peut être leur domaine sans partage.
Cet acte est insensé.

André Cazetien et Jean-François Baby
créateurs de "Cannelle, chanson pour l'Homme et pour l'Ours",parrainée par Jean Ferrat, Titouan Lamazou et Marcel Amont.

Ce CD est une riposte à l'acte juridique palois. Le bénéfice de sa vente sera intégralement versé, à partir de ce jour, au F.I.E.P (Fonds d'Intervention Eco Pastoral)), animé par Gérard Caussimont et ses amis. Prix du CD: 5 €. - Commandes à passer au 05 59 71 52 77.

19 janvier 2007

Réaction de FERUS : le témoignage du chasseur est-il crédible ?

FERUS : « Ordonnance de non-lieu pour le tir de l’ourse Cannelle : la honte ou un nouveau départ pour une politique de protection de l’ours?»

FERUS, une des associations qui s’était portée partie civile suite à la mort de l'ourse Cannelle réagit et déclare que maintenant que les ours sont suivis de près par l’ONCFS, les braconniers qui partent pour tuer des ours s’arrangent pour organiser des situations de légitime défense et les juges (urbains) n’y voient que du feu !

FERUS s’élève contre l’abus de cette notion d’excuse (défense de sa peau, défense de son troupeau) qui est la négation même de tout le dispositif de protection des espèces. S’il suffit d’aller au contact des espèces protégées et de se trouver en difficulté pour avoir "le droit" de les tuer, c’est la porte ouverte à des tas de dérives. Les chasseurs plus que les autres sont censés savoir que les animaux sauvages ont des réactions parfois dangereuses et sont préparés à éviter ces situations, donc on ne devrait JAMAIS accepter l’excuse de nécessité. Et comme la très grande majorité des gens n’est pas armée, cela veut dire qu’on crée deux catégories, les citoyens normaux qui doivent faire attention et les chasseurs qui peuvent faire n’importe quoi.

FERUS rappelle que la légitime défense n’a jamais été invoquée vis à vis d’un sanglier, d’un cerf ou d’un chevreuil (pourtant il y a chaque année des accidents graves, voire mortels, que les chasseurs auraient pu éviter en tuant la bête alors qu’ils n’en avaient pas le droit). Le chasseur qui tue un cerf ou un gros sanglier alors qu’il n’a pas le droit paie une forte amende et l’on n’en parle plus. S’il l’a fait pour sauver sa peau, il est bien content d’être encore vivant et de plus ses copains répartissent l’amende entre tous. Moralité, tuez des ours plutôt que des sangliers. On marche sur la tête ...

Pour FERUS, cette ordonnance de non-lieu montre que les zones sans chasseurs sont indispensables puisque la justice n’est même pas capable de condamner ceux qui vont dans ces sites vitaux et tuent des ours repérés. FERUS exige de l’Etat une nouvelle réflexion dès le printemps, avant la montée en estive et la prochaine saison de chasse, sur les mesures à prendre pour une vraie protection de l’ours en France.

FERUS pose des questions : le témoignage du tireur est-il totalement crédible ?

Alors que la police, le juge et les avocats essayaient de vérifier tous les faits (la distance de tir, la connaissance préalable par l’équipe de chasse de la présence de l’ourse, le manque de recommandations sur le comportement à adopter en cas de rencontre avec une ourse), FERUS a recueilli les témoignages et avis de plusieurs experts européens :

Jon Swenson, biologiste norvégien, président du groupe des spécialistes des ours de la commission de sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN :
« Je ne considère pas ce récit comme irraisonnable, d’après ce que je connais du comportement de l’ours. Mais je l’ai aussi envoyé à Sven Brunberg, qui est le responsable des activités sur le terrain du projet de recherche scandinave sur l’ours brun. Il a beaucoup plus l’expérience du comportement de l’Ours que moi et a interviewé de nombreuses personnes qui ont été attaquées par des ours brun en Suède. Il a également dit que ce récit semblait plausible, à une exception près, la référence à la gueule ouverte et agressive. »

Djuro Huber, croate, professeur et chercheur à la faculté vétérinaire, spécialiste des grands prédateurs :
« Comme vous le dites il est difficile de savoir ce qu’il s’est exactement passé. Le récit du chasseur est possible. La « malheureuse » tradition de chasse au sanglier est la principale cause. Pourchasser avec des chiens est très dérangeant. Concernant cet incident en particulier, je peux relever ceci :

  1. Les chasseurs n’auraient pas dû initier la battue dans la zone de présence suspectée de l’Ours. Encore pire puisqu’il s’agissait d’une famille composée d’une femelle avec son ourson. Ceci illustre leur ignorance ou même leur volonté de nuire à l’Ours.
  2. Le chasseur qui s’est retrouvé dans cette situation aurait du utiliser son fusil pour tirer en l’air. Il est presque certain que cela aurait fait s’éloigner l’ours.
  3. Il est clair que le comportement agressif décrit n’était pas une attaque de déprédation. L’ours n’a pas vu le chasseur comme une proie potentielle, mais comme une menace pour son ourson. La femelle était paniquée, dérangée à plusieurs reprises par des chiens, et ne pouvait pas trouver d’échappatoire sûre de cette situation troublée pour elle et son ourson. Elle est donc restée en espérant que la source de dérangement s’éloignerait. Son comportement de plus en plus agressif était la seule solution qui s’offrait à elle, étant acculée par des chiens et des chasseurs. Vous pouvez essayer de poser la même question à Dr. Stephen Herrero qui est le spécialiste des attaques d’Ours. »

Marko JONOZOVIC, Slovéne, Chef du département slovène de la faune et de la chasse au Ministère slovène des forêts :

« J’ai lu attentivement le témoignage joint de Mr M. Son récit est assez probable. Il est fréquent que des ours confrontés à des chiens les suivent à distance. Dans ce cas, le chien a amené l’ours à proximité de son maître – Mr M… Tout ceci est normal et des gens sont souvent blessés parce que les chiens non tenus en laisse (dans ce cas en particulier un chien de chasse) ne sont pas assez courageux pour se battre avec l’ours, mais courent et fuient jusqu’entre les jambes de leur maître.

Le récit de ses mouvements de fuite est aussi OK, seul le temps d’attente de 45 minutes est très long. L’ours (Cannelle) était probablement très vexé et effrayé pour son ourson pour rester dans la zone aussi longtemps. C’est aussi arrivé parfois en Slovénie.

De toute manière il est difficile de dire avec 100% de certitude si tout est vrai (ne connaissant pas toutes les circonstances), ce qui me gène c’est pourquoi le chasseur est allé chasser s’il savait que l’ours pouvait être à proximité. C’est normal dans un contexte de chasse slovène et avec la connaissance des ours qu’ont les chasseurs slovènes (rencontrer un ours à tout moment et n'importe où et savoir comment réagir), mais ce n’est probablement pas le cas pour les chasseurs français. Tout est question de réaction, surtout dans ce cas. Comme l’ours a attaqué plusieurs fois (fausses attaques), c’était probablement aussi le cas [une fausse attaque] la fois où Mr M. l’a abattue, mais qui peut dire si cette attaque ci n’était pas la bonne et s’il aurait été blessé. Des nerfs très solides sont nécessaires pour supporter toutes ces fausses attaques.

Je crois que c’était vraiment un tragique accident, il n’y avait probablement pas d’intensions, mais il serait bon d’éviter qu’un tel évènement ne se reproduise dans le futur. C’est la seconde fois que cela se produit dans un laps de temps assez court et pendant la période de recherche des nouveaux ours, c’est le moment de se préparer à ces situations. (…), il n’y a pas assez d’informations sur ce cas.  L’ours est mort et vous ne pouvez pas le ressusciter, mais il est bon d’essayer de faire ce qu’il est possible pour éviter que de tels cas ne se reproduisent.

Personnellement, après avoir visité les Pyrénées en juin 2005 et rencontré certains chasseurs, je pense qu’ils ont besoin d’un programme de formation beaucoup plus important sur la connaissance de l’Ours. »

Roberto Hartasanchez, Espagnol, responsable de la Fondation pour la politique des animaux sauvages (FAPAS) :
Dans notre expérience de rencontre entre des personnes et des ourses accompagnées de leurs petits, il n'y a pas de référence à des attaques graves. Si le petit se retrouve près d'une personne et la femelle plus éloignée, la mère peut faire une attaque d'intimidation accompagnée de grognements, puis immédiatement faire demi-tour et partir en courant.

L'interprétation du chasseur où l'ourse attaque gueule ouverte n'est pas crédible étant donné que le petit ne se trouvait pas entre eux. L'image d'un ours gueule ouverte est une image de film, cela ne se produit pas dans la nature; ce geste d'ouvrir la gueule et de montrer les dents ne se voit qu'en captivité chez des sujets habitués à l'homme. En réalité c'est un comportement de jeu qui au cinéma peut être réalisé pour donner l'image d'une attaque. C'est définitivement un truc de cinéma.

Le chasseur essaie de décrire une image qui ne se produit pas dans la nature, celle d'un ours attaquant gueule ouverte, ensuite il ne dit pas  la vérité. Nous pensons qu'il essaie de nous tromper, disant que devant l'attaque de l'ourse il s'est vu obligé de se défendre, situation qui telle qu'il la décrit n'a pas pu se produire.

Réaction de FERUS

La clôture de l'instruction avait été notifiée le 24 octobre dernier. Me Jean-François Blanco, défenseur de deux associations environnementales engagées dans ce dossier, assurait notamment que les chasseurs qui ont organisé la partie de chasse au cours de laquelle Cannelle a été tuée étaient parfaitement informés de la présence de l'ourse dans ce secteur.

Le défenseur du chasseur inculpé, Me Thierry Sagardoytho, soutenait pour sa part que son client avait agi en état de légitime défense, l'ourse Cannelle, qui se trouvait alors avec son ourson, ayant chargé à plusieurs reprises le chasseur.

FERUS qui défend la présence des grands prédateurs (ours, loup et lynx) en France, « s'élève contre l'abus de cette notion d'excuse (défense de sa peau, défense de son troupeau) qui est la négation même de tout le dispositif de protection des espèces ». « Cette ordonnance de non-lieu montre que les zones sans chasseurs sont indispensables puisque la justice n'est même pas capable de condamner ceux qui vont dans ces sites vitaux et tuent des ours repérés ».

Téléchargez le texte complet des avis des spécialistes européens de l’ours sur le site de FERUS

Non lieu ! l’ourse cannelle meurt pour la deuxième fois

L’instruction sur la mort de l’ourse Cannelle se termine par un non lieu. René Marquèze, le chasseur qui a tué la dernière femelle d’origine pyrénéenne à Borce le 1er novembre 2004 repartira innocent, sans mêm un procès. Légitime défense ! Etat de nécessité absolue! L’ours des Pyrénées n’est plus une espèce protégée. La porte est ouverte aux chasseurs. Il suffit donc de plaider l'état de nécessité absolue, même si on savait où était l'ourse et son petit.

Non lieu ! l’ourse cannelle meurt pour la deuxième foisCannelle : Pas de procès pour le chasseur qui l'a tué.

Aujourd’hui, 19 janvier 2007, une ordonnance de non-lieu a été rendue à Pau dans l’instruction sur la mort de l’ourse Cannelle, tuée par un chasseur en Vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques) en novembre 2004, a indiqué vendredi à l’AFP le procureur de la République Erick Maurel. Le chasseur, René M., 64 ans, avait été mis en examen le 7 décembre 2004 pour « destruction d’espèce protégée ». Il a toujours affirmé n’avoir tiré qu’en dernier recours, après avoir cherché à éviter l’animal à plusieurs reprises, lors d’une partie de chasse en montagne. L’Etat ainsi que 19 associations environnementales s’étaient portées parties civiles dans le dossier.

Le juge d'instruction de Pau, Jean-Luc Puyo, «a notifié sa décision aux parties», a précisé vendredi le procureur de la République Erick Maurel, confirmant une information révélée par La République des Pyrénées dans son édition de vendredi. La décision «correspond aux réquisitions du procureur de la République», a-t-il ajouté.

Jeudi 11 janvier, la justice relaxait un éleveur tueur de loup dans les Alpes. vendredi 19 janvier, un tueur d'ours s'en sort sans procès. Sale semaine pour les «espèces protégées». Ecoeurantes décisions pour les défenseurs de la cohabitation et de la biodiversité. Les positions extrèmes et irrespectueuses sont encouragées. Un peu avant les élections agricoles, un peu avant les élections présidentielles, une envie de recueillir les votes du lobby agricole et de celui des chasseurs ? Triste spectacle donné par la justice française.

Lire à la buvette :

Toutes les notes sur l'ourse Cannelle

22 octobre 2006

René Marquèze : renvoi en correctionnelle ou non lieu? Interview de Maître François Ruffié, avocat de la SEPANSO dans le dossier de la mort de l'ourse Cannelle.

Mort de l'ourse Cannelle - François Ruffié, avocat, est intervenu  dans l’intérêt de la SEPANSO BEARN, de la Fédération SEPANSO et de la Société Nationale de la Protection de la Nature dans le procès "contre X" qui fait suite à la mort de l'ours Cannelle. La Buvette a demandé à Maître Ruffié quelles sont les positions qu'il a défendu devant le juge d'instruction de Pau, Monsieur Puyo.

Urdos, l'endroit où est morte l'ourse Cannelle, tué par un chasseurUrdos, Le pas de l'Ours, l'endroit où est morte l'ourse Cannelle, tuée par un chasseur. (Photo Patrick Pappola)

Le défenseur de René Marquèze estime que ce dernier est irréprochable sur le plan strictement réglementaire, rien en effet n'interdisant la chasse dans une zone où l'ours est susceptible de se trouver, et invoque le fameux "état de nécessité".

Bien pratique en effet, d'autant que tous les habitants de la vallée, et les chasseurs en particulier, ont en mémoire les suites juridiques des deux dernières destructions d'ours par tir. André Apiou et Alain Cedet, auteurs de la destruction, qui se voulait discrète, d'une ourse en 1994, ont été confondus, jugés et condamnés plusieurs années après, à la suite d'une enquête minutieuse de l'ONCFS et de la gendarmerie. Par contre, le jeune chasseur qui avait abattu l'ourse Melba à Bezins-Garraux (Haute-Garonne) a bénéficié d'un non-lieu, compte tenu qu'il avait fait feu à bout portant, se sentant menacé.

La conclusion que peut tirer tout chasseur de ces éléments est que, pour éviter de lourdes condamnations en cas de destruction d'un ours, tout nouveau tir de plantigrade doit sembler être la conséquence d'un geste de légitime défense (et qu'il serait en outre absolument vain de tenter de le dissimuler étant donné le suivi rigoureux dont font l'objet les derniers ours de la part des membres du réseau "Ours brun").

La Cour d'Appel de Pau a publié le 17 août un arrêté très clair  "(...) Puisque l'élément essentiel est de savoir si les chasseurs étaient informés de la présence de l'ours (Cannelle) sur les lieux le 1 novembre 2004 et que la réponse affirmative a cette question ne fait aucun doute...". Cet arrêt est donc très clair : "Pour Cannelle, les chasseurs savaient."

La Buvette : Monsieur Ruffié, quelles sont les observations que vous avez, au nom de la SEPANSO, communiqué à Monsieur Puyo, le juge d'instruction ?

François Ruffié : les observations de la Fédération SEPANSO sont de trois types, certaines ont un caractère technique, d'autres sont purement juridiques et les dernières dépendent des constitutions de partie civile.

Au plan technique, nous avons communiqué au juge une note de Monsieur Philippe Barbedienne, Directeur de la SEPANSO, comprenant un certain nombre d’observations sur les déclarations faites par les chasseurs. Il ressort des précédents contrôles de cette équipe que ceux-ci, notamment au titre de l’utilisation des bagues de chevreuil se trouvent à l’extrême limite de la légalité.

On note également que de part la connaissance de ceux-ci des précédents existants en matière de destruction d’ours ils disposaient d’éléments suffisants permettant de présenter au Juge un scénario bien ficelé.

La Buvette : René Marquèze, le chasseur qui a tué Cannelle a dit que c'était "sa vie ou celle de l'ours". René Marquèze se pose donc clairement comme "en état de légitime défense", expression qui est aujourd'hui remplacée par le terme "Etat de nécessité".

François Ruffié : René Marquèze a été mis en examens. La présentation des faits de René Marquèze et de ses compères chasseurs appelle les plus extrêmes réserves. Si, pour le bénéfice du raisonnement ce scénario est tenu pour acquis il ne serait pas moins de nature à conduire au renvoi du prévenu devant le juridiction. Afin d’échapper à sa responsabilité René Marquèze tend à se référer aux dispositions de l’article L 122-7 du Code Pénale relatif à l’état de nécessité.

La jurisprudence la plus ancienne et la plus classique puisqu’elle trouve sa source dans un arrêt de la Chambre Criminelle