Le réseau loup
Le réseau loup et les méthodes de suivi de la population de loups en France
par Mathieu Krammer
Le réseau Loup permet le suivi de la population de loups en France. Plusieurs parties dans le description du réseau loup :
- Présentation du réseau
- Suivi patrimonial (extensif)
- Suivi systématique hivernal
- Suivi systématique estival
- Analyses génétiques
Le réseau loup : présentation
Dans le Parc National du Mercantour, le suivi du loup est assuré, depuis l'arrivée des premiers loups en 1992, par les gardes et agents du Parc dans le cadre de leurs missions.
Mais, l'extension géographique des meutes de loups sur l'ensemble de l'arc alpin français, en dehors du Mercantour, a nécessité l'instauration d'une structure de suivi à l'échelle nationale : le Réseau Loup.
Le but premier du réseau loup est le suivi de la répartition du loup en France. Cette structure administrative et technique, coordonné par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) est opérationnelle sur 9 départements alpines et préalpins :
- d'abord dans les Alpes-Maritimes et les Alpes-de-Haute-Provence (1994),
- puis dans les Hautes-Alpes (1997),
- la Savoie, l'Isère, la Drôme et la Haute-Savoie (1998),
- le Var (2001),
- puis l'Ain (2003).
Il devrait bientôt être étendu au massif pyrénéen (départements des Pyrénées-Orientales, de l'Aude et de l'Ariège).
L'animateur régional ONCFS de la région PACA est Yannick Léonard et l'animateur de la région Rhône-Alpes est Jérôme Boyer. Ce réseau comprend plus de 450 correspondants, parmi lesquels :
- des agents de l'ONCFS, de l'Office National des Forêts (ONF) et de la Direction Départementale de l'Agriculture et des Forêts (DDAF)
- des agents de Parcs Nationaux et Régionaux (Mercantour, Ecrins, Vanoise, Queyras, Vercors ...)
- des gendarmes
- des accompagnateurs en montagne
- des professionnels agricoles (bergers, agriculteurs ...)
- des chasseurs
- des naturalistes ...
81% des correspondants sont des agents de l'Etat des ministères chargés de l'environnement (ONCFS, ONF, Parcs Nationaux...), de l'agriculture (DDAF...) et de la défense (Gendarmerie...) ainsi que des agents des parcs naturels régionaux. Les 19 autres % sont des particuliers de tous horizons (naturalistes, chasseurs, éleveurs, bergers, accompagnateurs en montagne).
Le réseau Grands prédateurs
Pour être plus précis, il n'est pas exact de parler du «Réseau Loup», puisque dans les Alpes le «Réseau Loup» et le «Réseau Lynx» ont fusionné en 2000 suite à l'apparition de ce dernier prédateur dans ce massif. La nouvelle structure du suivi des grands prédateurs dans les Alpes s'appelle désormais le «Réseau Grands Prédateurs - Loup Lynx».
Dans les Pyrénées, tout prochainement le Réseau Ours et le tout nouveau Réseau Loup fusionneront au sein d'une nouvelle structure, semblable au Réseau Grands Prédateurs alpin, le «Réseau Grands Prédateurs – Ours - Loup».
Le suivi extensif dit « Patrimonial »
La surveillance de l'aire de colonisation du loup à grande échelle (superficie de plus de 2 millions d'hectares dans les Alpes) est réalisée de façon extensive par l'ensemble des correspondants du Réseau Grands Prédateurs, à travers la collecte d'indices de présence (observations visuelles, traces, restes de proies sauvages ou domestiques, crottes, urines...) sous forme de fiches (traitées par l'ONCFS) et à travers le constat de dommages sur le cheptel domestique.
La vérification technique de chaque indice est faite par le biais d'une « fiche indice », validée de façon standardisée par le responsable national, sur la base de la convergence des éléments techniques fournis, pour conclure à la fiabilité :
- probable
- douteux
- non confirmé
- invérifiable.
Une base de données nationale centralise les informations à l'ONCFS et un relais local pour le maintien de cette base est opérationnel au Parc National du Mercantour.
Parallèlement, les indices tels que : excréments, urines et poils, récoltés par les correspondants sur les nouvelles zones de présence suspectées (apparition de dommages ou observations visuelles non confirmées), sont envoyés prioritairement en expertise génétique. Ces sessions d'analyse ont pour objectif d'identifier la présence au moins temporaire de l'espèce sur une nouvelle zone.
Enfin, le Réseau Grands Prédateurs a pour mission de vérifier la pertinence des observations et autres indices collectés par des tiers.
Pour la cartographie de l'aire de répartition de l'espèce, seuls les indices « certifiés » (par la génétique) ou « probables » sont utilisés. Ces derniers indices sont répartis en 3 classes de pertinence décroissantes :
- Indices certifiés par la génétique (classe 1)
- Indices probables dépendants des conditions de récolte sur le terrain (classe 2)
- Indices probables non vérifiables (classe 3)
Les représentations cartographiques de l'aire de présence de l'espèce sont réalisées sur la base de l'unité communale. Cette représentation a été préférée à une représentation par point (données brutes) pour mettre en valeur les évolutions annuelles de l'aire de répartition, indépendamment de la pression de récolte des indices.
Suivi systématique hivernal
La connaissance de la dynamique des populations fait appel à un second niveau de surveillance basé sur une échelle plus réduite (400 à 500 km²) et qui permet un suivi intensif. Sur chaque Zone de Présence Permanente, définie par le suivi intensif, un groupe de travail technique local est créé afin d'assurer le suivi de cette zone (nombre d'individus, territoires...).
Le suivi systématique, au travers d'une série de circuits parcourus chaque hiver (48 heures après une chute de neige), permet surtout d'organiser la pression d'observation sur un massif, pour différencier les zones réellement sans loup, des zones sur lesquelles l'absence d'indices proviendrait surtout d'une carence d'effort de prospection. De plus, un protocole systématique de recherche augmente les chances de trouver des indices (traces) et des échantillons biologiques.
Les objectifs du suivi systématique intensif :
- Identifier toutes les Zones de Présence Permanente (ZPP).
- Estimer l'Effectif Minimum Retenu pour chacune de ces zones.
- Homogénéiser la pression d'observation dans l'espace.
- Optimiser la récolte d'indices pour l'analyse génétique individuelle (sexage, carte d'identité) et le régime alimentaire.
Pour les relevés des tailles des groupes, la période de novembre à mars est retenue car c'est la période de cohésion sociale des meutes la plus forte. La probabilité d'observer le groupe entier est plus forte en hiver qu'au printemps (période de dispersion), en été (présence des jeunes) ou en automne (période de dispersion).
Ces derniers hivers, l'effort dans le suivi systématique est en diminution, notamment à cause de la qualité des conditions météorologiques qui permettaient peu de journées bien exploitables pour la lisibilité des traces. Ces diminutions sont, plus ou moins partiellement, compensées par le « suivi Réseau » aléatoire.
Groupes de travail mis en place pour le suivi systématique des zones de présence permanente (Source : Rapport intermédiaire d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Année 2002 ; Quoi de neuf n°14 - Bulletin d'Information du Réseau Loup - Décembre 2005)
Massif |
Organisation administrative |
Animation technique |
Responsables techniques |
Qté secteurs |
Mercantour (4 secteurs) |
PN Mercantour |
PN Mercantour |
Chefs de secteurs |
17 |
Queyras / Béal Traversier |
DDAF 05 |
PNR Queyras |
M. Blanchet |
15 |
Vercors (Hauts Plateaux et Vercors Ouest) |
DDAF 26-38 |
PNR Vercors - ONF - ONCFS |
J. Cogne - H. Chirouze - G. Brun |
19 |
Belledonne |
DDAF 73-38 |
ONCFS |
M. Lambrech - J.-P. Henry - P. Cornet |
10 |
Monges |
DDAF 04 |
ONF |
J-A Esmiol |
18 |
Clarée |
DDAF 05 |
ONCFS |
P. Poire |
8 |
Taillefer / Grand Serre |
DDAF 38 |
PN Ecrins - ONCFS |
D. Fiat - P. Begon |
9 |
Dévoluy / Valgaudemar |
DDAF 05 |
ONCFS - PN Ecrins |
J.-P. Serres - M.-H. Da Costa |
10 |
Haute Maurienne |
DDAF 73 |
PN Vanoise |
? |
6 |
Thabord - Galibier |
DDAF 73 |
AEM - ONCFS |
T. Dacko - M. Lambrech |
4 |
Haut Verdon - Bachelard |
DDAF 04 |
ONCFS - PN Mercantour |
T. Dahier - R. Estachy - J.L. Pardi |
16 |
Canjuers |
DDAF 83 |
ONCFS |
? |
? |
Secteurs hors ZPP mis en place pour un suivi systématique prévisionnel | ||||
Ecrins (*) |
DDAF 05 |
PN Ecrins |
G. Farny - Chefs des secteurs |
10 |
Parpaillon |
DDAF 05 |
PN Ecrins - ONCFS |
C. Couloumy - J-P Serres |
5 |
Haute Ubaye |
DDAF 04 |
ONF - PN Mercantour - ONCFS |
C. Véran - R. Estachy - T. Dahier |
11 |
Grand Coyer |
DDAF 04 |
ONF |
E. Audureau |
6 |
Haut Var |
PN Mercantour |
PN Mercantour |
Chef de secteur |
|
Cheiron |
DDAF 06 |
ONCFS |
L. Bernard |
|
Chartreuse |
DDAF 38 |
ONF |
Y. Orrechioni |
8 |
Suivi systématique estival
L'objectif du suivi estival est de détecter les épisodes de reproduction au sein des groupes de loups identifiés par le travail de prospection hivernal du Réseau.
Pour cela, il convient de couvrir la ZPP par un jeu de points-échantillons choisis pour prospecter au mieux la surface concernée selon les connaissances historiques de fréquentation de la ZPP par les loups, afin de maximiser les chances de contacts.
Une série de points d’émissions de hurlements fictifs est fixée. La technique du wolf howling (hurlements provoqués) est utilisée. Les loups « répondent » (technique de la repasse utilisée chez les oiseaux), ce qui permet, en plus de détecter leur présence, de distinguer la voix des jeunes de celles des adultes en cas de reproduction.
Les tests de la méthode ont montré que l’on avait 60 % de chance de contacter les loups si ceux-ci ont des jeunes et que le site de rendez-vous était déjà connu. Ce chiffre moyen tombe à seulement 20 % de chance de contacter les animaux si le statut reproducteur de l’année en cours est inconnue.
Analyses génétiques
La technique dite « de génétique non invasive » repose sur la détection d'une espèce et/ou d'un individu à partir d'échantillons laissés sur le terrain (excréments, poils, urines), sans capturer physiquement l'animal. Cette technique a été choisie comme outil complémentaire au suivi indirect de la population lupine. Mais elle ne reste qu'un outil. Ainsi, si seule la génétique avait été employée pour suivre le loup en France, seuls 10 % de l'aire de répartition actuelle connue auraient été mis en évidence.
La mise au point des marqueurs, développée par le Laboratoire d'écologie alpine de Grenoble, a fait l'objet d'un travail de thèse, permettant l'identification de l'espèce et de la lignée (séquençage de l'ADN mitochondrial) et la discrimination des individus.
L'utilisation de la biologie moléculaire vise donc :
- à détecter la présence de l'espèce Canis lupus et caractériser sa lignée d'origine (4 lignées actuellement identifiées : espagnole, italienne, Europe de l'Est et américaine) dans de nouveaux secteurs (en l'absence d'autres indices).
- depuis 2002, à individualiser les signatures génétiques de chaque animal pour comprendre les voies de colonisation et la dynamique démographique de l'espèce dans l'espace et dans le temps (distinction des meutes, compositions en sexe des groupes, taille des populations).
Depuis 1994, plus de 1200 échantillons ont été récoltés dans les Alpes et les Pyrénées-Orientales. Au total, 606 de ces échantillons se sont révélés Canis lupus à la première étape correspondant à l'identification de l'espèce. La deuxième étape, correspondant au typage individuel, est limitée par les très faibles quantités d'ADN nucléaire trouvées dans les crottes. De ce fait, 160 échantillons ont été perdus car non exploitables pour le typage individuel.
Les fécès (espèce/lignée) provenant des nouvelles zones suspectées ou des zones avec manque d'information ont été analysées en priorité (des sessions d’analyses génétiques ont lieu tous les trimestres), dans le but de découvrir les nouveaux sites potentiels de colonisation. Le but de ces analyses est de définir l'espèce en question, ainsi que la lignée.
Ensuite, l'analyse de l'identification spécifique et individuelle a été réalisée sur :
- tous les échantillons collectés en dehors du Mercantour,
- tous les échantillons du Mercantour de la période 1994-1998,
- 300 échantillons du Mercantour sélectionnés dans les différents sites et les différentes années de la période 1999-2002.
Les résultats issus de ces analyses génétiques, sur les voies de colonisation, la distinction des unités sociales, la taille de la population seront présentés plus tard.
La prochaine étape sera d'essayer d'établir un lieu de parenté entre les individus (en remontant une à deux générations) afin de décrypter le scénario de la colonisation et les relations entre les meutes. De plus, la combinaison des méthodes de détermination génétique individuelle française, italienne et suisse va permettre de relier les identités des animaux par leurs liens de parenté à l'échelle de l'arc alpin. Cependant, avant de donner des résultats concrets, cette technique nécessitera plusieurs années de travail méthodologique entre les trois pays des Alpes occidentales.
Mathieu KRAMMER, biologiste
Source : Le réseau loup et les méthodes de suivi de la poupulation (Carnivores-rapaces)
Bibliographie :
- Bulletin d’information du réseau loup - Quoi de Neuf ? n°11,
- Bulletin d’information du réseau loup - Quoi de Neuf ? n°12,
- Bulletin d’information du réseau loup - Quoi de Neuf ? n°13,
- Bulletin d’information du réseau loup - Quoi de Neuf ? n°14,
- Rapport final d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Juillet 1999-Mars 2004
- Compte rendu du suivi hivernal du loup sur l'arc alpin français - Hiver 2003/2004 - ONCFS
- Compte rendu du suivi du loup sur l'arc alpin français - Hiver 2002/2003 et été 2003 - Réseau Grands Prédateurs (ONCFS)
- Rapport intermédiaire d'activités du programme LIFE - Le retour du loup dans les Alpes Françaises - Année 2002.
- Compte rendu sur le suivi hivernal des meutes de loup sur l'arc alpin français- Hiver 2000-2001 - Programme LIFE Nature.
- Rapport final 1997-1999 -Programme LIFE Nature.
Sur le suivi du loup en France par le réseau loup
- Le loup en France
- Capture marquage recapture, la méthode CMR pour estimer la population de loups
- Test de la méthode du hurlement de loup provoqué - Compte rendu du suivi estival pour la reproduction du loup 2004
- Grands prédateurs : un pré-examen de la structure des poils précède les analyses génétiques
- Combien de loups en France
- Documents du Programme Life Loups
- Les bulletins d'informations du réseau loup






