Congrès de l’ANEM dans le Bas-Rhin
Pour le Dauphiné libéré : "La montagne est prête à faire sa révolution culturelle". Pas si sûr...
Antoine Chandellier (DL) - Et si, en 2012, les stations qui auront fermé leurs portes, faute de neige, se reconvertissaient en centres climatiques d’été pour les personnes âgées fuyant la canicule des villes ? La moyenne montagne aurait une place à prendre sur le marché des séniors au fort pouvoir d’achat.
Fantaisiste ? Non, c’est l’une des 21 propositions rendues publiques par l’association nationale des élus de la montagne, hier lors du 23ème congrès qui se tient à Plaine, joli coin perdu des Vosges. Parfois taxée d’antiécologisme, l’ANEM semble prête à faire sa révolution culturelle, “rendue impérative par les forces naturelles”, selon la formule de son président, le député haut-savoyard, Martial Saddier.
Si certains ne veulent pas verser dans le catastrophisme ambiant, tous sont d’accord sur l’urgence à anticiper l’évolution du climat prophétisée. Et si ce rapport, intitulé “Au-delà du changement climatique, les défis de l’avenir de la montagne”, sortait hier, concomitamment avec les conclusions du Grenelle, le hasard rejoignait le symbole car, voilà déjà un an qu’il était en gestation. Les territoires de montagnes, plus vulnérables face à ce phénomène, leurs élus se devaient d’être forces de propositions.
Repenser la politique du territoire
Ainsi la création d’un observatoire du changement climatique en montagne répond à ce souci d’avoir plus de moyens d’expertise pour réfléchir à la manière de repenser la politique du territoire. Le marché du ski est mature et la montagne l’été en chute libre ? L’ANEM préconise de relancer la demande orientée vers les jeunes, les scolaires dans le cadre de classes découvertes. Sur la question des canons à neige, l’association opte pour la troisième voie pragmatique du ni-ni : ni condamnation ni soutien systématique à ce soin palliatif, avec la nécessité d’une étude environnementale préalable à chaque installation.
L’eau étant une ressource dont le volume retenu en altitude diminue, une gestion concertée avec les acteurs du pastoralisme est préconisée, au moyen des retenues collinaires pour un meilleur stockage. Mais les élus montagnards ne songent pas seulement à s’adapter au changement climatique. Il leur faut contribuer à son enrayement.
Contribuer à la diminution de l’effet de serre
La généralisation des transports collectifs dans les sites touristiques serait une contribution légitime à la diminution de l’effet de serre. Pour être entendus à Paris ou Bruxelles, les territoires de montagne doivent faire la preuve de leur esprit de concert. D’où l’idée d’un fonds neige impliquant l’ensemble des prestataires touchés par les variations d’enneigement. En 1985, la loi montagne reconnaissait la spécificité des territoires d’altitude. En 2007, leurs élus élaborent leur propre doctrine pour préparer l’avenir.
Hivers plus humides
Selon Météo France, le site de mesure du col de Porte (Isère), à 1320 m d’altitude, a révélé une déperdition d’enneigement d’un tiers depuis 1960 et une hausse de la température moyenne de1,5°. Les perspectives d’une hausse de température d’1,8° équivaudraient à un mois d’enneigement en moins dans la saison.
Phénomènes récurrents
Si le RTM (Restauration des terrains de montagne) ne redoute pas l’apparition de nouveaux phénomènes liés au climat, en revanche, inondations, glissement de terrains, débordements torrentiels risquent d’avoir une fréquence plus importante.
Source : Le dauphiné libéré.
L’ANEM et l’Ecologie
Ainsi «L’ANEM serait parfois taxée d’anti-écologisme ?». Voilà des termes biens modérés pour qualifier la dialectique anti-environnementale habituelle de l’ANEM. Faut-il rappeler que lors du précédent congrès de l’ANEM à Ax-les-Thermes en octobre 2006, les élus de montagne ont votés «à l'unanimité» une motion contre la réintroduction des prédateurs et ont posé sur une photo officielle avec une «délégation d'opposants» pyrénéens «habillés en demoiselles».
Sur la photo, autour d'Augustin Bonrepaux, les militants de l’ASPAP d'où sont issus ceux qui sont aujourd’hui devant les tribunaux pour les exactions et les violences commises à Arbas.
Bonrepaux à la tête de l’ANEM et du Conseil Général de l’Ariège qui finance l’ASPAP
Ce partenariat avec les ultrapastoraux était organisé par Augustin Bonrepaux, député, président du Conseil Général de l’Ariège qui a financé l’Association de "sauvegarde du patrimoine Ariège Pyrénées" à la hauteur de 20 000 € (puisés dans les caisses du CG ?) contre l'avis majoritaire des pyrénéens, favorables à la survie des ours.
FERUS dénonçait en juillet 2006 les liens entre Augustin Bonrepaux et l’ASPAP : «Il est vrai que les statuts de l’ASPAP comprennent en objet (hormis la fonction "s’opposer à toutes les mesures antagonistes au pastoralisme (grands prédateurs entre autres ours, loups, lynx) ") des fonctions qui peuvent correspondre, de loin certes, aux initiatives propres du Conseil Général de l’Ariège.
Compte tenu de l’activité de l’ASPAP ces derniers mois [NDLB: saccage d’Arbas entre autres], on peut à juste titre considérer que cet argent, dans l’hypothèse où vous l’auriez versé à cette association, a servi uniquement à financer des actions contre le plan de renforcement de la population d’ours dans les Pyrénées ; et tant pis pour la majorité des contribuables ariégeois qui aiment les ours (sondage réalisé en février 2005 pour l’association Pays de l’ours-ADET). Le Conseil Général de l’Ariège a cautionné ainsi par avance les agressions portées à la commune d’Arbas. Compte tenu de l’importance de la somme en question, il eut été plus pertinent de construire plutôt que de détruire.» (Source : FERUS)
Outre son soutien moral et financier à l'ASPAP, Augustin Bonrepaux descend aussi dans l’arène. C’est ainsi que, vautré au milieu de la route, il a été embarqué manu-militari lors de l’arrivée de l’ourse Palouma à Arbas. Lors du congrès de l’ANEM 2006 dans sa ville d’eau, Augustin Bonrepaux était revenu sur le côté non démocratique de la réintroduction et sur la chasse à l’ours en Slovénie.
L’ASPAP, un modèle pour la démocratie ?
Ratifiée en 1989, la convention de Berne stipule que l’introduction ne peut être réalisée sans l’acceptation des populations concernées. Augustin Bonrepaux avait parlé devant les éleveurs déguisés en demoiselles «d’apprentissage de la démocratie de proximité». Il n’est pas évident que l’ASPAP soit un modèle de démocratie : refus et boycott de la concertation, rejet des sondages d’opinion défavorables, actions violentes, campagnes de communications basées sur la génération d'un sentiment de peur… Il suffit pour s’en convaincre de lire les statuts de L’ASPAP : «L’association et ses représentants ne pourront pas être tenus pour responsables d’éventuels dommages occasionnés sur le territoire par des personnes par ailleurs adhérentes à l’association», sage précaution pour ce type de «démocrates».
L’ours vadrouilleur devrait être abattu, comme en Slovénie
D’après Bonrepaux, en Slovénie, «Quand l’animal (l’ours) s’éloigne de l’endroit où il est « consigné », il est éliminé et quand il y en a trop, on les supprime.» Bonrepaux n’a pas tord, mais il oublie volontairement de dire que les ours slovènes sont en liberté totale dans un territoire plus petit que les Pyrénées.
En Slovénie, l’ours est particulièrement présent dans le sud du pays, dans une zone rurale agricole où l’élevage ovin domine. Sa densité varie entre 0,28 à 0,98 ours/10km². Si les ours slovènes quittent ces lieux, c’est parce que la densité est telle qu’elle ne permet pas aux jeunes mâles de se trouver un territoire propre. Toutes les zones «où ils sont consignés» [NDLB: par qui ?] sont occupées. La seule possibilité pour les ours subadultes est de conquérir de nouveaux territoires en sortant de la forêt vers les zones plus densément peuplées. C’est là qu’ils sont éliminés.
La situation de l’ours en Slovénie est donc vraiment très différente de celle des Pyrénées. Si la densité était identique, il y aurait entre 150 et 500 ours dans les 5060 km2 des forêts pyrénéennes françaises en zone à ours. Aujourd’hui la densité d’ours est de 0,039 ours/10 km2, 16 fois moins qu’en Slovénie ! (chiffres ONCFS)
La guerre de l’ASPAP contre l’Etat
Philippe Lacube, l’homme sorti du bois lors du lâcher de Palouma à Arbas, avait déclaré lors du colloque de l’ANEM en 2006 (Dépêche du Midi du 28/10/06) : «Nous utilisons aujourd'hui la symbolique de la guerre des Demoiselles (...) : des hommes déguisés en femmes, le visage maquillé, allaient molester voire tuer des techniciens de l'office national des forêts. (...) Disons que la guerre des Demoiselles renaît dans ce département.» Pas étonnant donc de lire les critiques formulées par l’ASPAP envers tous les fonctionnaires de l’Etat, ceux qui sont chargés de suivre les ours, ceux qui sont chargés de l’estimation des dégâts etc.
l’ANEM version 2007 est-elle prête à faire sa révolution culturelle ?
Comment faut-il interpréter ce «certains ne veulent pas verser dans le catastrophisme (climatique) ambiant» ? Comme Claude Allègre ? Certains membres de l’ANEM semblent considérer que le réchauffement climatique est de la foutaise. Ils seront dans le futur en première ligne. «Une hausse de température d’1,8° équivaudrait à un mois d’enneigement en moins dans la saison.» Alors vous imaginez si la hausse est de 2 à 3°, les stations n’auront plus qu’à se reconvertir. Sont-ce les personnes agées qui vont remplir la montagne ? Non bien sûr. Mais l’ANEM ne s’intéresse qu'à leur pouvoir d’achat.
Dans le programme 2007 du 23ème congrès de l’ANEM, on peut lire «En montagne, la vitalité économique et sociale est particulièrement dépendante du tourisme, et fortement marquée par la saisonnalité. La fréquentation touristique connaît une réelle érosion depuis quelques années dont les causes sont diverses : volatilité de la clientèle, coût du séjour, relative désaffection de la clientèle française et étrangère pour la montagne l’été... Dans ce contexte, il est crucial de relancer le tourisme de montagne, tant d’hiver que d’été.» L'obscurantisme et la violence du milieu ultrapastoral n'est-il pas aussi une cause de l'érosion touristique, en Ariège notamment ? A voir les messages de touristes outrés, c'est sûr.
Qu’est ce qui pourrait donner envie aux touristes de redécouvrir la montagne ? Qu’est ce qui va donner aux citadins l’envie de visiter la nature sauvage des Pyrénées et la beauté de la montagne, de ses paysages et de sa faune ? N’y a-t-il pas un symbole fort et naturel, sauvage et historique, rare et précieux qui pourrait faire cela ? J’ai bien une idée… l’ours bien sûr. C'est comme ça que celà se passe en Espagne, en Italie, en Suisse, en Slovénie où les touristes affluent pour découvrir les montagnes aux ours, pour un trace dans la boue, un poil sur un fil barbelé ! L'apercevoir ? Un rêve qui leur fait faire des centaines de kilomètres. L'ours est une poule au oeufs d'or, mais Bonrepaux n'y voit qu'un vecteur de la grippe aviaire.
Il n’est pas étonnant qu’avec de tels visionnaires, l’ANEM n’y ait pas songé. Incompétence politique et conservatisme partisant, fanatisme agricole. Pour l’ANEM et ses dirigeants, comme pour l’ASPAP, le patrimoine pyrénéen c’est le pastoralisme, la biodiversité pyrénéenne c’est la tarasconnaise, les écologistes sont des talibans. L’ours c’est l’ennemi qui empêche d’élever et de produire en rond.
La création d’un observatoire du changement climatique en montagne servirait à repenser la politique du territoire ? Cela me fait penser à l’IPHB qui en Béarn est obsédé par le comptage et le recomptage des ours, 3, 4 ou 5 ours. Il est urgent de ne rien faire.
L’observatoire scientifico-bureaucratique va montrer ce que les glaciers reculent, que l’absence de neige se répète. Le changement de destination des touristes montre que les Pyrénées s’aplatissent et perdent de leur intérêt, sans ours, sans neige, mais pleine de fanatiques en bérêt prêt à chanter avec Jean Lassalle. Et pendant ces gesticulations médiatiques, la neige fond. Pas besoin d’un observatoire, le bon sens suffit, mais il est inégalement réparti chez les responsables politiques de l’ANEM. Si la neige fond, elle se transforme en eau, d’où la recherche de nouvelles compétences pour l’IPHB et le nouvel intérêt pour l’eau de l’ANEM ; pour en faire quoi ? Des stocks pour les canons à neige, je n’en serais pas surpris.
Espoir ?
Pas de demoiselles cette année. Est-ce l'éloignement des Pyrénées et de la zone d'influence d'Augustin Bonrepaux ? Le discours de l'ANEM ne devient pas vraiment plus vert pour autant "Pas de nouvelles expériences de réintroduction de l’ours et une remise à plat du plan loup avec des outils de régulations efficaces, des zones d’exclusion et un véritable inventaire."
L'avenir nous dira si une "révolution culturelle est en marche. L'ANEM semble se mettre dans le sens du vent du Grenelle de l'environnement et de l'opinion publique. S'agit du même pseudo discours écologiste que celui des associations qui soutiennent la "bonne" biodiversité des espèces domestiques contre la "mauvaise" biodiversité responsable de "l'ensauvagement" des terres que leurs grands parents bergers avaient nettoyés de tous les gêneurs et rendues dociles à l'exploitation pastorale.
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