Benhammou Farid

24 juillet 2008

Louis Dollo

Louis Dollo n'aime pas les vautours

Louis DolloDu neuf sur le web! Des titres comme «Le vautour, un éboueur émérite»,  «Les vautours, alliés indispensables et fragiles du pastoralisme» (pdf 14 pages - 792 ko) . Ce qui n’empêche pas Louis Dollo de publier sur son site pyréniais  «Vautour fauve, ennemi public pyrénéen» par Michaël HAJDENBERG, "envoyé spécial" en Vallée d'Ossau! Et de déclarer dans la rubrique nature de Kairn «Quant à dire qu'il (le vautour) est l'allié du développement durable, il ne faut peut être pas sombrer dans le délire idéologique». Qui délire ?

Pour Louis Dollo, pas de doute, quand la LPO annonce  «Les vautours : des culs de sac épidémiologiques», c’est du délire : «Aucun virus et aucune bactérie pathogène ne résistent à leur système de digestion. Leur rôle sanitaire indiscutable est prouvé par plusieurs thèses vétérinaires. Ils participent donc à la salubrité des écosystèmes de montagnes en limitant la propagation de certaines maladies véhiculées par des carcasses de mammifères et en évitant la contamination des eaux de sources

Pour Louis Dollo, formé aux volatiles à L'observatoire départemental des dommages au bétail de l’IPHB, qui «engrange» les témoignages douteux sur les attaques de vautours sur des bêtes vivantes et saines, il est inadmissible de défendre les rapaces. Quant on met en doute la véracité de toutes ces prétendues attaques, on devient un scientifique douteux. C’est fou ce qu’il y a de gens douteux pour Louis Dollo, surtout parmi les chroniqueurs occasionnels de la Buvette…

Louis Dollo n'aime pas Jean-Pierre Choisy

Il semble que Louis Dollo n'apprécie pas les propos de Jean-Pierre Choisy à la buvette "Attaques de vautours : faits et analyse" :

  • "Il est bien connu que les ornithologues finissent par ne plus croire même ce qu'ils voient. Ils en arrivent à contester des faits reconnus par les pouvoirs publics et, dans tous les cas, préférent se retrancher derrière la littérature qui est leur seul credo." (Il est bien connu ? Par qui ? Quelles sources?)
  • "Un tel texte est de la pure provocation pour les éleveurs des Pyrénées. Nier la réalité et citer Farid Benhammou manque pour le moins de sérieux et de rigueur scientifique." (Voir les qualités de scientifiques de Farid Benhammou ci-dessous. Pour Louis Dollo, citer un Docteur en Géographie c'est faire preuve de manque de sérieux et de rigueur... scientifique. Quel scientifique êtes-vous Monsieur Dollo, Bac plus combien?
  • "Après le militantisme, on fait intervenir des pseudos scientifiques ou spécialistes qui, comme ici Jean-Pierre Choisy du Parc Naturel Régional du Vercors (il fallait aller le chercher, il n'y avait probablement personne sur les Pyrénées pour l'exécution de basses œuvres) utilise des chiffres dont on ne sait d'où ils sortent (aucune référence n'est fournie) pour établir une thèse reprise quelque temps plus tard par des communiqués de presse militants très affirmatif reprenant l'étude approximative." Jean-Pierre Choisy est chargé de mission au Parc Régional du Vercors et gère le site sur les vautours (sur le terrain à Chamaloc et sur le web ce qui fait de lui un "exécuteur de basse oeuvre", c'est évident, alors qu'il centralise toutes les observations en France et en Europe sur les vautours. Si c'est un éxécutant (il est employé de l'Etat je pense), qui tire les ficelles Monsieur Dollo? Nous attendons votre étude où celle de l'IPHB pour comparer avec celle de JP Choisy, où des témoignages d'autres spécialistes vautours pour confirmer vos commentaires désobligeants sur ce spécialiste (Michel Terasse,..). Quelle formation ornithologique avez-vous Monsieur Dollo? Celle de la formation de "guide de pays"?
  • "C'est ainsi que le mensonge et la manipulation deviennent une institution dans le milieu environnementaliste en pensant que ces simples paysans, qui, par définition, ne sont pas crédibles et ne détienne pas le savoir. Mais la grande différence avec l'ours et les années 80 et 90 est qu'aujourd'hui l'information et la connaissance circulent et qu'il faudra à la LPO et à Jean-Pierre Choisy d'autres arguments pour convaincre."
    La vidéo exclusive Lourdes-Infos "Les vautours attaquent dans les Pyrénées" ou une carcasse de brebis roule dans la pente semble bien peu fiable comme  preuve. Pouvez-vous apporter d'autres témoignages crédibles : ceux des "simples paysans" sur les veaux d'Aston par exemple, tentative notoire d'optention de dédommagements pour des attaques fictives d'ours cette fois-çi. Qui manipule qui ?

Faut dire que nous sommes de plus en plus nombreux à être considéré comme des talibans et à ne pas trouver grâce aux yeux de Louis Dollo. Louis Dollo n'aime pas grand monde...

Louis Dollo n'aime pas Christophe Coret

On s’avait que Louis Dollo n’aime pas les ours en peluche mais voilà qu’il fait plus fort encore. Suite au succès de la souscription lancée en avril 2008 par AVES France, Christophe Coret va publier un livre pour enfant sur l’ours intitulé «Palouma, l’histoire de l’ourse qui voyagea dans les Pyrénées.» Le livre n’est pas encore sorti que Louis Dollo, guide de pays et pigiste occasionnel à Lourdes et Tarbes-Infos, rédacteur d’articles anti-environnementaux dans la rubrique … nature de Kairn et diplômé du Lycée d’enseignement professionnel de la cathédrale (de Poitiers) devient critique littéraire à ces heures, sans avoir lu le livre, juste un communiqué de presse :

  • «Ce projet soutenu par une association qui n'a jamais caché son extrémisme en utilisant des méthodes souvent peu soucieuses de la vérité, ne peut pas s'empêcher de faire référence à celle qui, pour certain, est considérée comme une " martyre ", c'est-à-dire Cannelle tuée en novembre 2004». Montrez où AVES France se déclare association extrémiste?
  • «Selon l'association écologiste, l'ours est le "compagnon de nos nuits enfantines, chasseur de fantômes et de monstres en tout genre, l'ours (en peluche) rassure les enfants." Toutefois, la question posée est "connaissent-ils les vrais ours ? Ceux qui vivent dans les montagnes, dans nos forêts ? " Il ne semble pas qu'à la lecture de cet ouvrage les enfants puissent connaître les vrais ours ni même en avoir la moindre idée.» Est-ce là la fonction d'un livre pour enfant? Avez-vous eu une enfance heureuse Monsieur Dollo pour régler ainsi vos comptes avec le "doudou" chéri de tous les enfants?
  • «Là débute la manipulation pour les enfants.» «(…) et la propagande se poursuit en expliquant que "apprendre à connaître les animaux nous permet de mieux les appréhender à l'âge adulte..." Nous voyons bien là l'intention d'influer sur les enfants dès le plus jeune âge pour mener une véritable campagne idéologique en faveur du tout sauvage pour une seule espèce d'animal qu'est l'ours en faisant totalement abstraction de son environnement naturel, social, humain, économique… » (Si maintenant la littérature enfantine vient à contredire la «Biodiversité à visage humain» chère aux associations ultra-pastorales, où va-t-on ? Faut-dire qu’en manipulation de l’information, Louis Dollo est un expert reconnu sur la toile ; il n’y a qu’à voir les quantités de critiques et de casseroles qu’il trimballe derrière lui sur tous les forums.)
  • «En fait, une histoire racontée par une personne qui n'a jamais été un acteur lui-même et dont on se prend à douter qu'il ait quelque fois lui-même découvert les Pyrénées.» Même critique pour moi aussi, qui n’est censé jamais avoir mis les pieds dans les Pyrénées, mais même, est-il indispensable d'alloir foulr le GR10 pour écrire un livre sur l'ours pour les 3 à 6 ans ? Pourquoi tant de haine? Louis Dollo est très sensible à «l’origine» des gens non pyrénéens, lui qui est originaire des bords de Loire et qui m'appelle "le belge". D’où lui vient cet ostracisme aïgu? De son service militaire dans la gendarmerie ou de l’influence idéologique due à sa fréquentation assidue des porteurs de bérets ariégeois ou Toy? Une consultation s'impose.
  • «Et un imaginaire idéologique dangereux pour la bonne perception de la réalité de l'ours.»  L’association Plumes en seine (édition de livre pour enfants) serait-elle elle aussi infiltrée par les milieux écologistes infâmes qui noyautent les ministères? Encore un nid de talibans à dénoncer dans la rubrique «Faits Divers» de Lourdes-Infos? On nous ment, une nouvelle pierre à la théorie du grand complot.

Louis Dollo n’aime pas les (artistes) belges

Et tant qu’on y est pourquoi Louis Dollo ne deviendrait-il pas aussi critique artistique, une nouvelle ligne sur sa carte de visite déjà chargée?

Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken sont deux jeunes artistes flamands responsables d’une exposition "Expédition Francka" sui vient de se terminer à Bruxelles. Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken (lauréate du prix «Beeldende Kunst en Vormgeving Provincie Vlaams-Brabant 2007», c'est pas de l'occitant) ont entrepris cet hiver un voyage sur les routes des Pyrénées, pour y relever et photographier les inscriptions en faveur ou en défaveur de l’Ours.

Cette expo Expédition Francka peut être interprété comme une fable, un «exemple animal» de la problématique de l’émigration, dans nos états laïques, de réfugiés d'autres religions, avec les aspects de nationalité, d'identité, de différences et de peur générée par tout ce qui est différent : «l'autre», l’étranger déclarent les auteurs. Alors Louis Dollo publie «Quand le délire rejoint l’ignorance» (ce n'est pas un pamphlet).

Louis Dollo : «Nous savions que certains belges (c’est moi qu’il vise) avaient une vision très particulière de l’ours et du pastoralisme pyrénéen, mais là nous atteignons le paroxysme du ridicule.

« …. rendent hommage au patrimoine que représente l’ourse Franska…. » A travers cette phrase, l’ourse Franska ferait, selon l’auteur, partie du patrimoine pyrénéen. Mensonge, manipulation, révisionnisme, perturbation idéologique… ? Tous les qualificatifs sont possibles face à une telle stupidité. Tout le monde sait que Franska est une ourse slovène importée dans les Pyrénées pour satisfaire l’enthousiasme de quelques « talibans escrolos » qui font de l’ours une bête commerciale et un emblème pour mener les Pyrénées à l’ensauvagement de son patrimoine naturel.

Faire une exposition autour de ce thème est à la fois la preuve d’une ignorance coupable mais également un comportement par ailleurs condamné par la secrétaire d’Etat à l’Ecologie quant à la «peopolisation» des plantigrades qui constitue « un élément de plus pour alimenter l'incompréhension entre Parisiens et habitants de la montagne. Les éleveurs ont du mal à admettre cet anthropomorphisme, cette façon de traiter les ours comme des gros doudous, alors qu'ils se retrouvent face aux prédations. »

Quel est le rapport entre l’exposition et le nom donné aux ours pyrénéens? Des artistes font de l’art sur les ours pyrénéen; ce serait un comportement condamné par la ministre de l’écologie NKM! Le titre de l’article de Louis Dollo est bien trouvé :  «Quand le délire rejoint l’ignorance». Alors si en plus cette œuvre parle de patrimoine et d’acceptation de l’autre..., quelle provocation pour Louis Dollo!

Dans les Pyrénées et dans les stades de football, certains n’aiment pas trop les étrangers ou ceux qui les acceptent (belges, chtis, slovènes, c’est un peu la même chose, non? La culture doit être contrôlée, surtout celle-çi qui parle d'ours. Que dis-je contrôlée? Détruite! A quand le bûcher sur la place de Foix financé par le CG de l’Ariège? J’exagère?

L'art est subversif pour les ultras-pastoraux.

Louis Dollo n’aime pas Farid Benhammou

Ca commence à ressembler à une des dernières chanson De Francis Cabrel ! Farid Benhammou est un scientifique bien connu de ceux qui fréquentent les colloques sur les prédateurs. Lors du débat sur la biodiversité du Festival Résistances, l’un des opposants aux ours (Olivier X?) avait dit à Farid Benhammou «Vous n’êtes qu’un intellectuel!» comme s’il s’agissait d’une tare. Pourtant, dans le même camp, Louis Dollo n’en croit rien:

  • Farid Benhammou, un chercheur contesté.
    Louis Dollo : «Doctorant en géographie à l'École nationale du génie rural, des eaux et des forêts (Engref), Farid Benhammou est aussi une des têtes pensantes et "scientifiques" de FERUS et de l'ADET-Pays de l'ours. Il est particulièrement attaché aux problématiques liées aux grands prédateurs tels que le loup, l'ours et le lynx. Il a publié plusieurs ouvrages dont certains sont parfois contestés et plusieurs publications dont une dans le n° 48 du Courrier de l'environnement qui fait débat avec trois chercheurs de l'INRA qui semble l'accuser "d'affirmations mensongères".  «Accusation qui apparaît pratiquement normal (sic) lorsque l'on voit les propos pro-ours qui se répandent sur les forums de discussion. Mais vu la violence des propos de ces trois chercheurs de l'INRA, ne doit-on pas remettre en cause l'ensemble des communications de Farid Benhammou? Ici, il s'agit du loup. Mais la même démarche, la même méthode, le même type de raisonnement existe pour l'ours.» Quel jugement sûr et définitif basé sur la violence de propos. Pas sûr qu'elle soit bonne conseillère? Querelle d'expert? J'aime bien votre affirmation comme quoi tenir des propos pro-ours entraine "normalement" des accusations. Evident, non?
  • Et sur la page consacrée à Stephan Carbonnaux (voir ci dessous) : «Moins connu que Farid Benhamou dont nous n'entendons plus parler depuis qu'il a passé son doctorat (l'a-t-il obtenu ?)». Et une petite attaque gratuite supplémentaire. Bac plus combien Monsieur Dollo ? Et bien Farid Benhammou a obtenu la mention "très honorable avec les félicitations du jury à l'unanimité", autrement dit la récompense maximum pour un doctorat dans les universités françaises. En outre, le Comité national français de géographie (CNFG) a retenu sa thèse parmi plus de 200 en géographie pour l'inscrire dans les 10 qui concourent pour le "prix de la thèse 2008". Le complot est bien plus préoccupant que prévu Monsieur Dollo. Plus moyen de critiquer Farid Benhammou, il est devenu intouchable. Existe-t-il un championnat de France des guide de pays?
  • Les guillemets autour de «scientifiques» sont là pour émettre un doute sur les qualités scientifiques de Farid Benhammou. Alors voyons un peu le pédigree de Farid Benhammou  (Est-ce un nom de chez nous?) Farid Benhammou est Docteur à l'école nationale du Génie rural, des eaux et forêts (ENGREF) et agrégé de Géographie à Orléans.
  • Depuis 1998, ce géographe s'est orienté pour sa licence sur les problèmes  géopolitiques des grands prédateurs.
  • Il est également l’auteur d'un article sur le loup dans les Pyrénées-Orientales: "La cohabitation Hommes/grands  prédateurs en France. Actes du colloque du 21 et 22 mars  2004 à Orléans". Ed. Recherches naturalistes en région Centre n°14.
  • Il a aussi publié : "Vivre avec l’Ours", Ed. Hesse, 152p. et
  • L’Ours des Pyrénées, les 4 vérités, Ed. Privat, 160p.

Farid Benhammou a présenté sa thèse de doctorat:  «Crier au loup pour avoir la peau de l’ours : une géopolitique locale de l’environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France. » (665 pages!)  Pour télécharger sa lourde thèse (bas débit, s'abstenir!)

Parmi les membres du jury, son professeur à l’ENGREF Laurent Mermet.  Laurent Mermet a lui une double formation, en écologie (Ecole Normale Supérieure) et en gestion (doctorat de l’Université de Paris-Dauphine). Il travaille sur l’analyse stratégique de la gestion environnementale, sur les problèmes de négociation liés à l’environnement, sur les théories et méthodes de la prospective. Parmi les publications de Laurent Mermet, il est intéressant de lire :

Avec un tel professeur, qui a démonté les mécanismes anti-environnementaux de l’IPHB, Farid Benhammou est bien évidement suspect dès le départ pour Louis Dollo, alors vous pensez si d'autres scientifiques de l'INRA critiquent un tant soit peu son travail, c'est du pain béni..

L'INRA ? Institut national de la Recherche Agronomique. Est-il surprenant que dans le milieu agricole, on trouve des scientifiques opposés à quelqu'un qui ne s'oppose pas catégoriquement aux grands prédaters. Laurent Garde du CERPAM n'a t-il pas conseillé aux ultras-pastoraux de ne pas mettre les pieds dans le groupe National Ours? La FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) de l'Ariège ne finance t-elle pas les "Pastoralies", sur le Plateau de Beille, dans le département de l'Ariège, le vendredi 8 août 2008?

La liste des publications de Farib Benhammou aggrave encore son cas. Pour Louis Dollo, il s’agit d’un  «scientifique contesté» -et d’un parisien (comme pour l’éleveur du débat du festival résistances!)- vendu aux associations environnementales.

Louis Dollo oppose souvent Farid Benhammou à un autre scientifique Bruno Besche-Commenge (qu’il respecte et publie abondement celui là) qui défend lui la cause des éleveurs ultra-pastoraux. C’est BBC qui a rédigé le «rapport à mi parcours» de l’ADDIP. Louis Dollo le présente comme un «Ex-Enseignant et chercheur (retraité) au centre de linguistique et de dialectique de Toulouse. Spécialiste de l'histoire des techniques agropastorales» et donne la liste de ses publications :

  • «Le savoir des bergers de Casabède» - Textes gascons pastoraux du Haut Salat (Ariège-Pyrénées) Edition : Toulouse : Université de Toulouse-le-Mirail, 1977. - 150 p .Collection : Travaux de l'Institut d'études méridionales / Centre de Ressources Occitanes et Méridionales.
  • «De la notion de race au concept de population - Les concours bovins en Ariège depuis 1823 ", Ethnozootechnie n° 28, pp. 59-74.- 1981.
  • «Le concept de race - Mythe rationaliste ou pratique socio-économique», Ethnozootechnie n° 29, pp. 43-59.- 1982.
  • «La mère du bétail n'est pas encore morte. Culture technique et pensée symbolique : évolution et permanence dans les Pyrénées (1787-1987) », Histoire et animal. Colloque Homme-Animal-Société. Sources, travaux historiques – 1988.
  • Publications dans Les Cahiers d'Études Romanes (Toulouse) : «Un carnet de saillie» - N° 1 (1979) ; « Le maïs mange, les brebis sont en sève ou les maîtres de l'herbe. Analyse sémantique du "glap" et du "reish"», 8 mai 1980 - N° 2 (1981).

Un scientifique très spécialisé! Je vous laisse juger de leurs qualités respectives dans la problématique des grands prédateurs. La mauvaise foi de Louis Dollo est quant-à-ne fait aucun doute.

Louis Dollo n’aime pas Stephan Carbonnaux

Stephan Carbonnaux est ornithologue, naturaliste et imitateur à ses heures perdues. Ses écrits ne plaisent pas non plus à Louis Dollo qui a rédigé sur son site un brouillon de biographie agressive truffée d’erreurs et d’oublis. Encore un exemple du travail méticuleux de «journaliste» sans recherches ni vérifications. Faut dire que le "travail" de Louis Dollo à la rubrique «faits divers» de Lourdes-infos ne doit pas aider à se faire une expérience enrichissante de journalisme. C'est un métier. Il ne suffit pas d'avoir une carte de presse.

«Stéphane Carbonnaux (sic) est considéré comme étant un écrivain, se dit également naturaliste et vit à Pau. Il a écrit ou co-écrit deux ouvrages, " Chasseur de Crayon " (re sic) et " Enquête sur le roman " qui ne semblent pas être représentatif de sa qualité de naturaliste. Moins connu que Farid Benhamou dont nous n'entendons plus parler depuis qu'il a passé son doctorat (l'a-t-il obtenu ?), le niveau de ses interventions publiques sur l'ours ne dépasse guère celui des intervenants sur le Forum de l'ADET-Pays de l'ours c'est-à-dire d'un intérêt assez primaire.. » A propos du dialogue Carbonnaux/Paroix : «Au lieu de chercher à le convaincre et de trouver des points de convergence avec lui, Stéphane Carbonnaux le " casse " comme un traître au " Parti " comme dans les heures de gloire du Parti Communiste de l'ex-URSS (pas que là d'ailleurs). C'est ce que les environnementalistes appellent  tendre la main.»  Où Louis Dollo va-t-il chercher cela ?

Louis Dollo semble spécialiste pour donner des étiquettes d’extrémistes à tous ses détracteurs. Dans de nombreuses interventions de Louis Dollo sur son site ou dans les  forums (ceux où il n’est pas le seul intervenant comme sur Vallée d’ossau ou le monde des Pyrénées qui sont pour li des outils de référencement), où ses contradicteurs deviennent escrolos, talibans, haineux, fonctionnaires, fascistes ou communistes de la pire époque. Une technique bien connue et utilisée par les pollueurs de forum. (Lire ses innombrables interventions sur les anciens forums Ossau, Paysdelours, Kairn etc. De certains, il a disaru, pas étonnant.)

  • Habiter Pau : une tare pour Louis Dollo ; autant dire habiter Paris puisque c’est déjà la plaine.
  • Alapage.com semble être la seule source de Louis Dollo, ce qui en fait le roi de la biographie de l’à peu près....
  • A la trappe le remarquable livre «Le cercle rouge» sur les voyages naturalistes de Robert Hainard dans les Pyrénées et le Gypaète barbu.
  • La biographie de Robert Hainard «Chasseur au crayon» (Robert Hainard est dessinateur), devient «chasseur de crayon» quitte à ne plus avoir aucun sens et à résumer la vie du naturaliste suisse à un voleur de préau de cours de récréation!
  • Rien sur le fait que Stéphan (celà s'écrit sans e, mais l'exactitude ne semble pas pas importante pour Louis Dollo) soit juriste et possède un DEA de droit de l’environnement en 1992. (Louis Dollo est lui guide de pays; voir plus haut)
  • Rien sur ses activités d’administrateur et de militant au sein de la SEPANSO Béarn où il effectue son service civil (Louis Dollo a fait le sien dans la gendarmerie.)
  • Rien sur le film « Une vallée en sursis » puis la libération de Pépetin, Stephan Carbonnaux est secrétaire de son comité de soutien. Louis Dollo, lui est dans ses écrits, un fidèle serviteur du zélé zélu du tunnel, Jean Lassalle.
  • Rien sur «Le casseur d’Os», seule revue du genre à paraître régulièrement dans le Sud-Ouest.
  • Rien sur le Groupe ornithologique des Pyrénées et de l’Adour (GOPA), qu’il préside et pour lequel il entretient des relations avec des naturalistes de la France entière, mais aussi des Espagnols, des Anglais, des Italiens.
  • Rien sur la création en 2005 avec Arnaud Bordes (Qui ?), écrivain, les éditions Alexipharmaque.
  • Rien sur les voyages de Stephan Carbonnaux en Europe orientale, et les Balkans en particulier : Roumanie, Slovénie, Serbie, Bulgarie…
  • Par contre le poste que Ferus lui confie sur la réintroduction de l’ours en France devient (on n’est pas à une erreur près) : «Monsieur Stéphan Carbonnaux a été embauché par Ferus+ADET+WWF», puis quand on lui fait remarquer ses approximations, il aggrave son cas : «Il semble qu'il ait été embauché uniquement par FERUS pour établir le Bilan à mi-parcours de l'ADET-Pays de l'ours, FERUS et le WWF ce qui, in fine, revient au même.» Ah, c'est difficile d'acquérir la précision nécessaire à un journaliste de métier.

L’attachement de Stephan Carbonnaux à la «naturalité des forêts» a fait un tabac sur le forum du Grand Charnier et sur les autres sites agro-pastoraux. L’idée que la forêt puisse évoluer seule, sans intervention humaine, et être ainsi beaucoup plus riche en biodiversité qu’une forêt gérée par l’homme (coupes à blanc, monoculture) ou qu’une estive (une forêt tellement exploitée par l’homme (coupes, feux pastoraux) et les brebis qu’elle est devenue rase comme un golf, a provoqué une masse de commentaires violents envers Stephan Carbonnaux comme ceux de Bruno-Besche-Commenge, encore lui :

  • «Désirons-nous un retour à la normale, un ré-enchantement du monde, comme ces forestiers roumains qui cherchent en certains lieux à retrouver la nature d'il y a 2 000 ans
  • «Et s'il a des enfants, et qu'ils chopent l'appendicite, surtout, surtout, je l'en supplie, qu'il les laisse crever, comme il y a 2000 ans dans un monde normal».

Ou ceux de JL Grasset du Grand Charnier :

  • «Quelle suffisance de l’intellectualisme pour se désolidariser ainsi de la lutte millénaire de nos ancêtres, sur tous les continents, pour lutter contre une nature hostile de friches et de ronces, afin de survivre !» «Ce qui me paraît grave c'est qu’il utilise le support d'une association écologiste et la notion consensuelle d'écologie pour faire passer une idéologie totalitaire qui n'a rien à voir avec la protection de l'environnement.»
    Ah! Il va me faire pleurer sur le sort des agriculteurs. La nature hostile, les mauvaises herbes et les nuisibles! Heureusement que pour "la biodiversité à visage humain", Monsanto a inventé le Roundup et je ne sais plus qui le DDT pour rendre la montagne de ses ancètres propre. Quand aux nuisibles, la strichnine et les porteurs de canons doubles s'en chargent avec la bénédictioon de la justice. Le pastoralisme, quel beau métier pour "entretenir" les paysages et "réguler" la nature dans le sens d'une biodiversité bien contrôlée avec le secours des écobuages difficilement contrôlés. (Y en a marre des renards, blaireaux, loups, ours, vautours et autres cormorans...)

Certains commentaires gardent eux les pieds sur terre : «Si on foutait un peu la paix à la nature au lieu de vouloir en permanence l'asservir, la modeler, la diriger, ou la transformer, les équilibres indispensables à notre survie ne seraient pas aussi menacés qu'ils le sont actuellement.»

D’autres par contre sont aussi lamentables (sans doute les mêmes auteurs) que ceux qui polluent depuis des lustres les forums « biodiversité » d’Orange où il n’y a que haine et invectives. «Mais notre interlocuteur anonyme, comme Stéphan Carbonaux (sic) ne sont pas des obscurantistes. Ce sont des idéologues qui font passer leurs messages. C'est bien cela le danger de cette idéologie nazie.» Ou encore : «Pour ce qui est du nazisme et les propos de Stéphan Carbonnaux, nous ne pouvons que regretter que ce personnage soit la parfaite caricature du propagandiste d’idées proches du nazisme que certains qualifieront sans doute de néo-nazies.» Nous y revoilà, la boucle est bouclée. Les bérets sont remplacés par des casques à pointes. Montagnards, nous voilà...

Et on peut continuer avec Alain Reynes, François Arcangeli, Laurent Mermet, Jean-Jacques Camara, L'Equipe Technique Ours, ...
A qui le tour ? Bienvenue au club des préférés de Louis Dollo. Vous savez quoi? J'aime bien Louis Dollo, il me fait rire.

19 juillet 2008

Farid Benhammou : L'ours n'est toujours pas sauvé

Farid BenhammouFarid Benhammou

Farid Benhammou est docteur en sciences de l’environnement, agrégé de Géographie.

Le rapport d'évaluation «à mi- parcours» du plan de restauration (2006-2009) de la population d'ours dans les Pyrénées vient enfin d'être livré, avec plusieurs mois de retard. La secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, l'a présenté fin juin lors de la première réunion du «Groupe national ours», constitué pour favoriser le dialogue entre tous les acteurs concernés. Sans grande surprise, les anti-ours, l'ex-député ariégeois Augustin Bonrepaux et le député béarnais Jean Lassalle en tête, l'ont boycottée.

Les auteurs du rapport ont pourtant évité de faire un texte partisan, et rappellent que la préservation de l'ours est une obligation. Plusieurs éléments révèlent cependant une imprégnation idéologique insidieuse du discours des opposants. Par exemple, le Plan de sauvegarde de l'économie de montagne d'accompagnement du pastoralisme pyrénéen ne devra pas être explicitement associé à la cohabitation avec l'ours. Pourtant, les aides ne seraient probablement pas de cette ampleur sans la médiatisation liée au prédateur. De plus, des propositions sous-entendent qu'il faudra cantonner les ours à certaines zones. Les éleveurs le souhaitent ardemment, mais aussi les chasseurs. Or, les hommes et la faune se sont toujours côtoyés dans les usages du territoire pyrénéen. Faudra-t-il abattre les spécimens égarés d'une population ursine déjà faible?

Enfin, ce rapport est imprégné d'une vision déformante opposant schématiquement les «Pyrénéens éleveurs» et les «environnementalistes urbains» nationaux. Pourtant, nombre de voix locales, y compris des agriculteurs, sont favorables à la cohabitation avec l'ours. La réintroduction d'ours en Béarn, depuis longtemps nécessaire, est à nouveau évoquée, mais sans calendrier précis (Les réintroductions de 1996 et 2006 n'ont concerné que les Pyrénées centrales). Notamment parce que la décision politique locale est verrouillée par Jean Lassalle et ses proches. Des ours espagnols, les plus proches génétiquement des ours pyrénéens sont proposés, en écho à une «xénophobie» ursine accusant les individus slovènes précédemment introduits d'être plus voraces à l'endroit des brebis.

Or, il s'agit de la même espèce d'ours brun ... C'est plus systématiquement l'absence de gardiennage des troupeaux qui est en cause. En outre, les populations d'ours espagnols, avec seulement 60 à 80 individus dans les monts Cantabriques, sont elles-mêmes en danger. Vu la clémence des juges à l'encontre des chasseurs tueurs d'ours en France, après l'acquittement du tueur de Cannelle, il n'est pas acquis que les autorités ibériques souhaitent participer à une telle opération. La préservation de l'ours brun reste encore un objectif à confirmer dans notre pays.

Source : Politis, jeudi 17 juillet 2008 (avec la permission de Farid Benhammou)

29 février 2008

Farid Benhammou : Des ours et des hommes

Farid Benhammou, géographe, nous apporte son analyse sur les tensions autour des grands prédateurs en France, au travers de l'exemple de l'ours dans les Pyrénées.

Farid Benhammou, comment caractériseriez-vous les acteurs du débat sur la présence de l’Ours dans les Pyrénées ?
Farid Benhammou : On a coutume d’opposer les partisans de l'aménagement des zones de montagne (tourisme, agriculture, etc.), décrits comme des «locaux» anti-ours, à ceux favorables à la présence de l'ours soi-disant extérieurs au territoire. Mais beaucoup de locaux s'avèrent favorables à l'ours (en 2005, 77 % des Pyrénéens se sont ainsi déclarés soutenir sa réintroduction) et de nombreux acteurs hors territoire souhaitent en limiter la présence. Le clivage pro/anti existait par exemple fortement entre les ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture.

Le second, bien implanté localement, a longtemps œuvré pour un aménagement des montagnes excluant les prédateurs. A écouter le discours des opposants, les seuls vrais acteurs dans les montagnes seraient encore les éleveurs, mais historiquement ces derniers ont dû cohabiter voire céder la place aux forestiers et aux guides de montagne. Les éleveurs parlent volontiers d'un «complot» visant à les faire disparaître des montagnes, dont l'ours serait l'outil.

Dans le Béarn, l'Institut patrimonial du Haut-Béarn (IPHB) fut créé en 1994 avec le soutien du ministère de l'Agriculture, sous la pression d'élus, chasseurs et organismes agricoles locaux, pour gérer les populations d'ours et les aménagements associés à leur conservation. Officiellement favorable à l'ours, l'IPHB n'offrait que peu de sièges aux associations locales pro-ours. Il n'a mis en œuvre ni une vraie protection des milieux en concertation avec les chasseurs, agriculteurs, forestiers et randonneurs, ni la réintroduction d'animaux, bien que destinataire à cette fin de fonds publics élevés. Pendant ce temps, le Fonds d'intervention éco pastorale, une association créée par des environnementalistes locaux, a été pionnier en Béarn dès 1975 en termes d'accompagnement des éleveurs : indemnisation des attaques d'ours, utilisation de chiens patous, embauche de bergers, héliportage de matériel. Mesures aujourd'hui reprises par le ministère de l'Écologie et du développement durable via le Parc national des Pyrénées.

Quel est l’Etat de la population d’ours dans les Pyrénées ?
Farid Benhammou : La situation de l'ours est précaire malgré les réintroductions effectuées en 1996-97. Si elles ne sont pas poursuivies, les ours disparaîtront du massif. La population actuelle, de 15 à 19 individus, se répartit en deux îlots éloignés dont la taille diminue. Dans le Béarn, les individus sont issus d'un reliquat de population autochtone, au nombre d'une dizaine au début des années 1990, contre 4 aujourd'hui. L'abattage en 2004 de la dernière femelle, Cannelle, condamne cette population si rien n'est fait.

Face aux dégâts produits par l’ours et aux tensions locales, quelle politique publique mettre en place ?
Farid Benhammou : Sans nier l'existence des attaques de brebis, il convient de les relativiser. 200 à 300 morts d'ovins liées à l'ours sont déclarées chaque année, mais les pertes d'animaux lors des transhumances oscillent entre 10000 et 20000. On juge les premières inacceptables, alors que les secondes sont perçues comme des pertes «naturelles » inhérentes à la vie en montagne. Il faut également rappeler les attaques de troupeaux par les renards et sangliers, qui ne font l'objet d'aucun suivi. Face à cela, la présence des chiens patous et l'embauche de bergers ont prouvé leur efficacité.

Les services agricole, administratif et technique, devraient s'impliquer davantage dans les politiques d'accompagnement à la réintroduction de l'ours. Aujourd'hui, près de 50 % du budget consacré à l'ours vont au pastoralisme (matériel, main d'œuvre). Le soutien aux éleveurs, dans ce cadre, participe lui aussi au maintien de l'activité agricole en montagne. Par ailleurs, la présence de l'ours peut constituer un attrait touristique fort.

Les nouvelles politiques agricoles qui laissent une fois de plus les éleveurs ovins de côté et la concurrence de la Nouvelle-Zélande placent ces derniers dans une situation économique très difficile. L'ours, dans un tel contexte, est le bouc émissaire idéal.

Propos recueillis par C. T.

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07 février 2008

Thèse de Farid Benhammou

Crier au loup pour avoir la peau de l’ours : une géopolitique locale de l’environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France

Thèse de Farid BENHAMMOU, géographe, doctorant en sciences de l’Environnement (ENGREF) sous la direction de Laurent MERMET et Pierre GRENAND

Membres du jury :

  • M. Yves LACOSTE, Professeur émérite, Géographie, Institut Français de Géopolitique, Paris 8
  • M. Paul ARNOULD, Professeur, Géographie, ENS-Lettres Sciences Humaines, Lyon 
  • M. Pierre PECH, Professeur, Géographie, Paris 1 – Panthéon – Sorbonne
  • M. Jean-Pierre RAFFIN, Professeur, Ecologie, Paris 7, ancien expert à l’UICN Bear group
  • M. Pierre GRENAND, Professeur, Anthropologie, IRD - Orléans
  • M. Laurent MERMET, Professeur, Sciences de gestion, ENGREF – Paris

Résumé court dela thèse de farid Benhammou

Les dossiers de l’ours et du loup en France sont donc des cas d’école pour les stratégies d’opposition ou de promotion de conservation de la nature. Cette question est représentative des relations tendues entre le secteur environnemental et le secteur agricole. Ensuite, le conflit autour de ces animaux permet à des entités ou personnalités politiques (Institution patrimoniale, organisations agricoles, élus) de capter des fonds, d’accroître leur rayonnement territorial et/ou de renforcer un pouvoir.

L’ours et le loup sont des boucs émissaires et des révélateurs d’une crise-mutation du monde agricole qui arrive à la fin d’un cycle de bouleversements mal vécus (PAC, changements des usages territoriaux, exode rural, évolution paysagère). Les difficultés concrètes posées par les grands prédateurs, symboles forts de nature, entraînent une réaction anti-environnementale qui s’attache à exagérer les problèmes réels causés par ces espèces.

Pourtant, les tentatives des opposants à l’ours et au loup d’inscrire la conservation de la nature dans un « anti-humanisme » s’avèrent caduques. Au contraire, les acteurs d’environnement favorables à ces animaux encouragent une réflexion visant à repenser et renforcer la place de l’homme pour améliorer la cohabitation avec l’ours et le loup.

Enfin, la formulation géo-environnementale, géopolitique et stratégique de notre sujet nous porte à croire qu’une telle analyse peut contribuer à un enrichissement disciplinaire de la géographie.

Résumé long dela thèse de farid Benhammou

L’ours et le loup en France sont des espèces emblématiques qui provoquent des réactions exacerbées dans la société. Les conflits suscités dépassent le plan strictement écologique et se prêtent bien à une démarche géographique articulant géopolitique et analyse stratégique de la gestion de l’environnement. Les grands prédateurs sont instrumentalisés dans le cadre d’enjeux de pouvoir et de conflits d’acteurs sur des territoires à propos de l’usage de ces derniers et notamment de protection de l’environnement. Ces espèces animales sont également révélatrices de mutations écologiques, politiques, socio-économiques et territoriaux majeurs dans les zones montagnardes périphériques des Alpes et des Pyrénées. Après un détour épistémologique sur le traitement de l’environnement et de l’animal en géographie, deux études de cas – l’ours et le loup en France – apportent les éléments d’une analyse géopolitique et stratégique où s’emboîtent les échelles. Ainsi, les oppositions schématiques entre ruraux / urbains, échelle locale /nationale doivent être nuancées et revisitées à la lumière d’instrumentalisations politiques.

Les dossiers de l’ours et du loup sont donc des cas d’école pour les stratégies d’opposition ou de promotion de conservation de la nature. Cette question est représentative des relations tendues entre le secteur environnemental et le secteur agricole. Ensuite, le conflit autour de ces animaux permet à des entités ou personnalités politiques (Institution patrimoniale, organisations agricoles, élus) de capter des fonds, d’accroître leur rayonnement territorial et/ou de renforcer un pouvoir.

L’ours et le loup sont des boucs émissaires et des révélateurs d’une crise-mutation du monde agricole qui arrive à la fin d’un cycle de bouleversements mal vécus (PAC, changements des usages territoriaux, exode rural, évolution paysagère). Les difficultés concrètes posées par les grands prédateurs, symboles forts de nature, entraînent une réaction anti-environnementale qui s’attache à exagérer les problèmes réels causés par ces espèces. Pourtant, les tentatives des opposants à l’ours et au loup d’inscrire la conservation de la nature dans un « anti-humanisme » s’avèrent caduques.

Au contraire, les acteurs d’environnement favorables à ces animaux encouragent une réflexion visant à repenser et renforcer la place de l’homme pour améliorer la cohabitation avec l’ours et le loup. Enfin, la formulation géo-environnementale, géopolitique et stratégique de notre sujet nous porte à croire qu’une telle analyse peut contribuer à un enrichissement disciplinaire de la géographie.

02 février 2008

Farid Benhamou : "Laisser les experts prendre les décisions"

Interview de Farid Benhammou, Géographe, donnée au journal de l'Ariège le 24 mars 2006. Il est étonnant de voir à quel point cet avis de Farid Benhammou était encore d'actualité un an plus tard  pour l’ourse Franska.

Farid Benhammou Farid Benhammou : «Je pense qu’en matière de capture d’ours et de cohabitation avec ce prédateur, il faut savoir raison garder. L’emballement médiatique, voulu par les opposants à l’ours, est le premier responsable de ce qui pousse à intervenir sur l’ours même quand ce n’est pas nécessaire. Il y a toujours eu des prédations d’ours aux abords des villages, y compris par des ours pyrénéens bien locaux. En 1987, un ours a attaqué une brebis à moins de 50 mètres des habitations d’Urdos en Béarn, pourtant, on n’a pas demandé la capture de l’animal. Le climat passionné actuel, porteur sur le plan médiatique et politique, pousse à survaloriser ce qui a tout d’un simple fait divers qui ne met pas en danger la sécurité publique.

Néanmoins, il existe le cas des ours familiers qui ont toujours existé. En 1991 et 1992, un ours a commis beaucoup d’attaques en Béarn et se laissait trop voir, ce qui peut représenter un danger pour les habitants et l’ours lui-même. En fonction des différents critères bien définis (dangerosité de l’animal, fréquence de ces attaques sur le troupeau), il faut laisser les experts habilités prendre les décisions sans qu’ils aient à subir les pressions de tels ou tels élus ou syndicalistes agricoles qui instrumentalisent l’ours pour se faire mousser. En 2002-2003, l’ours de Luz, qui s’est avéra être le bien pyrénéen Papillon a aussi fait parler de lui et a dû aussi être capturé. Mais c’est davantage le non gardiennage des troupeaux locaux dans la zone de Barêges qui ont poussé le vieil ours à développer ce type de comportement « trop prédateur ». Rendons nous bien compte que l’ours, qui draine avec lui l’imaginaire de la bête, met le doigt sur des pratiques agricoles qui ont considérablement évolué et qui montre l’absence des hommes dans la montagne sans pour autant en être la cause. Pour plus d’éclairage, je vous invite à consulter mon ouvrage "Vivre avec l’ours" ou "L’ours des Pyrénées, les 4 vérités" ».

Farid Benhamou est Docteur en Sciences de l’Environnement (ENGREF)
Ecole Nationale du Génie Rural des Eaux et Forêts.

20 décembre 2007

Vivre avec l'ours

Pyrénées magazine et le Museum d'histoire naturelle de Toulouse vous invitent. Nature & Découvertes et Terre sauvage présentent dans le cadre des présentations et conférences "Grands témoins de la nature, pour mieux comprendre la nature, des rencontres publiques avec des personnalités et des scientifiques"

Vivre avec l'ours 

  • Avec François Arcangeli, maire d'Arbas et président de l’association Pays de l'ours-ADET
  • Gines Rayé, universitaire, président de la FRAPNA Savoie, spécialiste des grands prédateurs
  • Samuel Baunée, journaliste et éleveur en Ariège
  • Michel Tonelli, réalisateur
  • Farid Benhammou, géographe, doctorant en sciences de l’environnement, ENGREF,
    Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts

Organisé en partenariat avec Pyrénées Magazine et le muséum d'histoire naturelle de Toulouse.
Samedi 23 février 2008, de 14h30 à 17h, au muséum d'histoire naturelle de Toulouse
35, allées Jules-Guesde à 31000 Toulouse.

"Vivre avec les ours" est un film écrit et réalisé par Michel Tonelli.

Vivre avec l'ours de Michel Tonelli Texte de présentation de la jaquette du DVD "Vivre avec l'ours".
Il était une fois, un autre monde, une autre vie, dans la douceur automnale d’une forêt pyrénéenne. Il était une nature sauvage où vivaient paisibles, une ourse et son ourson. Mais les hommes arrivèrent, et avec eux : leur chiens, leurs fusils et la mort…

En moins de dix années, deux ourses accompagnées de leurs oursons furent tuées lors d’une battue aux sangliers dans les Pyrénées, où vivent les derniers ours français. Et les hommes de ces montagnes, qui jadis se servaient d’eux pour survivre, semblent désormais ne plus pouvoir accepter leur présence, alors, qu’en Europe occidentale, plusieurs pays ont relevé les défis de la protection et de la conservation de l’ours.

Néfaste pour les uns, l’ours est l’espoir des autres.

Ce film est un étonnant voyage dans l’Europe des ours et nous mène des vallées pyrénéennes aux forêts de Slovénie, des sierras espagnoles des Asturies aux montagnes autrichiennes, en passant par les cimes du Trentin Italien. À partir de l’exception française, écoutez ces peuples nous parler des ours, de leurs combats pour les sauver, de leur volonté à les réintroduire pour ne pas perdre cet héritage naturel unique.

Au-delà du témoignage de ces « gens de l’ours » à travers le vieux continent, ce film est aussi une initiation aux secrets de la biologie de cet animal si méconnu. Avec des images exceptionnelles et rares, il nous fait pénétrer dans l’intimité de la vie des ours : de la naissance des oursons dans la chaleur douillette de la tanière, aux différents comportements des ours en totale liberté dans la nature.

Une coproduction Blizzard Productions, France 3 Sud, France 3 Aquitaine avec la participation de France 5 et Planète avec le soutien du Ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement Durables du Centre National de la Cinématographie de la Région Midi-Pyrénées.

Durée 52 min. Ce DVD est en vente sur les sites de FERUS et du Paysdelours et dans les magasins Nature & Découverte. Un double DVD reprend les 2 films "Vivre avec l'Ours " et "L'ours, histoire d'un retour."

Le film événement

Pyrénées magazine Janvier-février 2008
Avec le très beau film Vivre avec les ours, le réalisateur Michel Tonelli explore les rapports complexes entre L'homme et le plantigrade dans les Pyrénées mais aussi à travers L'Europe. À découvrir et à méditer.

«Le temps fort d'un tournage, c'est le moment où je suis seul, dans la forêt, face à un ours. C'est égoïste, car un film se fait en équipe, mais c'est dans ces instants que l'on peut véritablement comprendre le comportement de l'animal.» Michel Tonelli a vu son premier ours en 1973 dans les Pyrénées, tout près de l'étang d'Ayès (09). Il n'était pas encore question de réintroductions. Commingeois de cœur, Michel Tonelli n'a jamais vécu loin des Pyrénées.

Architecte passionné par l'observation de la nature, l'homme s'est rapidement dirigé vers le documentaire. Des charges d'éléphants en Afrique aux conflits rwandais, du chant du tétras aux cimes des Pyrénées, il a parcouru le monde caméra au poing pour la télévision. En 1996, les premières réintroductions d'ours slovènes dans le massif sont l'occasion d'un documentaire très remarqué, L'ours: histoire d'un retour, qui scelle une passion pour le plantigrade née vingt ans plus tôt. Vivre avec les ours, le second volet de l'histoire, semblait donc une évidence.

Ce cinquante-deux minutes, réalisé avec le soutien du ministère du Développement durable, de la Région Midi-Pyrénées et du Centre national de la cinématographie, a nécessité pas moins de seize mois de tournage entre Pyrénées, Slovénie, monts Cantabriques, Autriche et Trentin, les territoires où vivent les derniers ours bruns d'Europe. «J'ai eu la chance d'être en rapport direct avec les professionnels qui gèrent l'ours dans leur pays, et notamment avec les Slovènes. Ce sont des gens extraordinaires qui ont une réelle connaissance de l'espèce

Le résultat de ces rencontres est une mise en perspective de la question de l'ours dans les Pyrénées au regard des expériences de nos voisins européens. Le film débute par une reconstitution, celle de la mort d'une ourse tuée par des chasseurs pyrénéens. Puis, ce sont les images violentes du saccage d'Arbas en avril 2006. Alors que les Pyrénéens semblent ne plus accepter la présence de l'ours, nos voisins européens ont, quant à eux, pris à bras-le-corps sa préservation.

Bien plus qu'un inventaire de témoignages parfois cocasses, comme celui de cette agricultrice autrichienne venue en vacances dans notre massif et surprise par la peur qu'inspire le plantigrade dans les Pyrénées, ce voyage à travers l'Europe des ours est aussi un moyen de mieux comprendre la biologie de l'animal et donc son comportement. Des images magnifiques et rares, comme celles fournies par une caméra infrarouge filmant la naissance de trois oursons dans la tanière d'une ourse slovène, mais aussi le quotidien d'ours en liberté. Reflet de la difficulté de faire cohabiter l'homme et le sauvage, ce film, volontairement engagé, témoigne que d'autres sentiments que la terreur et la colère sont possibles et existent.

La peur de l'ours, Michel Tonelli ne l'a jamais éprouvée. "Pour le tournage du premier film, j'ai passé quinze jours seul dans la forêt avec une ourse et ses trois petits. Je suis resté trois jours sur un mirador, puis je suis descendu en parlant à l'ourse pour lui signaler ma présence. Je lui ai parlé tous les jours, cela peut sembler idiot mais elle m'a accepté, sans aucune crainte, ni de mon côté ni du sien." Aujourd'hui, de sa maison d'Aventignan, d'où il voit chaque jour les forêts pyrénéennes habitées par le plantigrade, Michel Tonelli, à travers son film, parle aux hommes pour leur dire qui est l'ours.

Vivre avec l'ours est la suite du film  "L'ours, histoire d'un retour" de Michel Tonelli.

L'ours, histoire d'un retour

Après l'avoir chassé et quasi exterminé, la population pyrénéenne tente, depuis 1996, de réintroduire l'ours brun dans son habitat naturel. Récit d'une expérience qui a déchaîné les passions, et fait couler beaucoup d'encre.

Les Pyrénées. Une magnifique chaîne de montagnes dressée entre la France et l'Espagne. c'est ici, au c¿ur des forêts de feuillus et de conifères, que vit depuis la nuit des temps l'ours brun. La cohabitation de cet animal singulier et solitaire avec l'homme a failli conduire à l'extinction de l'espèce. Victime d'une traque sans merci, l'ours a en effet disparu du paysage pyrénéen au fil du temps sans que personne ne s'en aperçoive.

Les chiffres sont pourtant éloquents : 200 animaux en 1930, 70 en 1954, 36 en 1970, à peine une quinzaine en 1980. l'ours est en passe de devenir un vieux souvenir, lorsqu'en 1982 François Mitterrand lance un vibrant appel pour sauver l'espèce. Seule solution : renforcer la population relique par la réintroduction d'animaux venus d'ailleurs. c'est ce que va faire l'Association pour le développement économique et touristique (ADET) créée sous l'impulsion du maire de Melles, l'une des quatre communes associées au projet.

Ennemis d'hier, chasseurs et écologistes travaillent de concert pour accueillir au mieux deux femelles et un mâle, soigneusement choisis en Slovénie. Car pour que les ours s'adaptent à leur nouvel environnement, encore faut-il que celui-ci leur convienne et que les animaux soient génétiquement proches de leurs congénères pyrénéens et en bonne santé.

Lâchés courant 1996, Jiva, Melba et Pyros ont vite trouvé leurs repères. Le printemps suivant, les deux femelles sortent d'ailleurs d'hibernation accompagnées de petits oursons, pour le plus grand bonheur des biologistes.

Mais la présence des ours va perturber l'existence des bergers qui ne tardent pas à manifester leur mécontentement. Il faudra encore des années à l'homme pour réapprendre à partager la montagne avec ces animaux sauvages et libres

28 octobre 2007

Histoire du méchant loup de Jean-Marc Moriceau - Quelle contribution au débat sur les grands prédateurs ?

Histoire du méchant loup de Jean-Marc Moriceau - Quelle contribution au débat sur les grands prédateurs ?

par Farid Benhammou

Présentation de la démarche de l’auteur et de l’ouvrage

Jean-Marc Moriceau Histoire du méchant loup 3000 attaques sur l'homme en France XV au XX siècle Jean-Marc Moriceau est professeur d’histoire moderne à l’Université de Caen et est un chercheur reconnu en l’histoire rurale en France. Son propos, qui peut être sujet à débat comme tout travail de recherche, n’est pas celui d’un militant anti-loup. Le présupposé de l’ouvrage peut se résumer ainsi : Maintenant que la protection du loup est installée et ne doit plus faire débat au titre de la conservation de la biodiversité, essayons d’étudier le plus sereinement possible ce qu’il en est des attaques de loup sur l’homme et des loups anthropophages.

Dès l’introduction, l’auteur prend donc des précautions concernant cette question sensible. Il affirme qu’il ne s’agit pas de faire un réquisitoire contre l’espèce mais d’aborder cette question sans tabou. Selon lui, la crédibilité d’un historien ne peut être remise en cause si ce dernier a travaillé rigoureusement à la vérification de ses sources avec un propos nuancé et ouvert.

J.-M. Moriceau se propose de faire le bilan des travaux existants sur cet aspect sombre et controversé des rapports homme / loup. D’après lui, un peu plus de 3000 attaques qu’il a documentées constituent la base d’une réflexion allant du XV e au XX e siècle. Il établit ainsi dans l’ouvrage un riche dispositif statistique et cartographique.

L’auteur s’est également intéressé à cette question car elle est révélatrice du fonctionnement des sociétés humaines et de la gestion des espaces ruraux à des périodes où les mondes sauvages et domestiques s’entremêlent. Il compte également apporter des éléments concernant l’importance dans les mémoires collectives de cette cause marginale de mortalité humaine (3000 cas sur des millions de morts violentes en raison de causes diverses sur près de cinq siècles).

Le coeur de l’ouvrage s’ouvre sur deux chapitres consacrés aux sources (chap. 1 et 2). L’auteur présente celles qui peuvent être crédibles dans la mesure où bons nombres ont été souvent exclus, trop hâtivement selon lui. Il souligne également les risques d’exagérations et d’amplifi cations surtout dans le cadre d’emballement "médiatique" via l’émergence des gazettes au XVIIe siècle annonçant l’avènement de la presse à sensation. Il revient également sur les registres paroissiaux de l’état civil tenus par les 40 000 curés du royaume avant la Révolution de 1789. Ils sont autant d’informateurs trop souvent dépréciés. Ces hommes d’église ont soigneusement consigné les morts liés au loup. Cela résulterait de l’impérative nécessité de justifier l’administration ou non des derniers sacrements à une époque où la société est très chrétienne. En effet, après la Révolution, la source de l’Etat civil laïc se tarit à ce sujet.

Les quatre chapitres suivants égrainent un parcours chronologique allant de la Guerre de Cent ans à la Première guerre mondiale (chap. 3 à 6). En remettant les événements dans leur contexte, l’historien étudie les pics de prédations de loup sur l’homme en insistant sur leurs aspects très localisés dans le temps et dans l’espace. Il revient notamment sur les périodes troublées du royaume où les fléaux associés des guerres, de la peste et de la famine auraient favorisé l’émergence de comportements anthropophages chez des loups sains d’abord charognards, face à des populations miséreuses. A plusieurs reprises, il souligne également que ces comportements paraissaient déjà anormaux pour les paysans de l’époque, habitués à un animal craintif.

C’est d’ailleurs pour cela que les épisodes régionaux d’attaques associent souvent le prédateur à une "bête". Ceux-ci auraient été réguliers et présents dans différentes parties du territoire, pas seulement en période de trouble et pas uniquement avec la Bête du Gévaudan à laquelle J.-M. Moriceau consacre un chapitre détaillé. Le résultat de son enquête historique déplaira sûrement aux tenants de la thèse innocentant le loup car selon lui, il s’agirait de plusieurs loups hors du commun ayant frappé en deux temps principaux, l’un nationalement médiatisé (1763-1765) et l’autre beaucoup plus discret (1765-1767). La dernière période couvrant les XIX-XXe siècles annonce la fin de l’espèce et contraste par une forte réduction des attaques, pour quasiment disparaître à la fin du XIXe. Malgré tout, sur la totalité de la période, l’auteur avance l’hypothèse que son travail minore la réalité qui a dû concerner plus de victimes humaines, tout en admettant aussi la prudence nécessaire pour interpréter les données récoltées.

Les deux chapitres suivants présentent une réflexion chronologiquement transversale sur l’espace et le temps des attaques. Le chapitre 7 tente de réaliser une géographie du "risque". Sa typologie des attaques de loup insiste surtout sur les deux cas de figure les plus dangereux pour l’homme, les loups enragés et les loups anthropophages.

Le chapitre 8 traite de la saisonnalité des attaques. Allant à l’encontre des idées reçues, les nuits d’hiver ne représenteraient pas le moment de prédilection d’attaques pour les loups anthropophages, saison où bétail et hommes sont peu souvent dehors. Au regard de sa base statistique, la période estivale serait la plus propice. Les besoins biologiques de l’espèce sont en effet particulièrement importants en cette saison d’élevage des petits. En revanche, les attaques de loups enragés ne répondent absolument pas à cette logique et seraient même davantage
présentes en hiver, d’où probablement l’association entre l’hiver et la dangerosité des loups dans l’inconscient collectif.

Les chapitres 9 et 10 reviennent davantage sur le "prédateur" lui-même. Un chapitre entier est consacré à la question cruciale de l’identité de celui-ci. Les loups anthropophages représentaient une catégorie bien distincte du Canis lupus
ordinaire dont l’éthologie n’avait rien à voir. D’ailleurs, les contemporains de ces agressions étaient particulièrement surpris de ces comportements inhabituels. Une statistique, ouvrant le champ à différentes interprétations, est livrée à ce sujet. Sur 1585 cas évoqués dans les sources, 56 % mentionnent le loup comme responsable de la mort et 44 % parlent de "bêtes", de "mauvaises bêtes", d’animal ou de loup avec un autre qualificatif.

Le chapitre 10 parle des techniques de mise à mort et les éléments de médecine légale qui permettraient d’incriminer le loup. Le chapitre 11, quant à lui, insiste sur les catégories sociales les plus exposées. Sans grande surprise, selon l’auteur, les enfants et les jeunes femmes sont les plus touchés. Il exploite sa bonne connaissance des populations rurales des époques concernées où les individus étaient particulièrement petits et chétifs. Dans l’ensemble, les classes populaires paysannes et les personnes travaillant aux champs, dans les pâtures et les bois s’exposent davantage vu leur utilisation des milieux.

Les deux derniers chapitres traitent de manière complète du cas des loups enragés, "agresseurs malgré eux". Ceux-ci, qui représentent une part importante des attaques, ont d’autant plus durablement marqué les mémoires qu’ils ont persisté plusieurs décennies après la disparition des derniers loups anthropophages. L’auteur revient sur la spécificité de ces attaques d’animaux malades, perturbés dans leur comportement naturel et qui pouvaient surgir en plein jour devant de nombreux témoins. Il n’y avait aucune consommation des victimes qui pouvaient être très nombreuses. Les personnes qui n’avaient pas reçu de blessures mortelles mourraient plusieurs jours plus tard dans des souffrances atroces laissant impuissants proches et médecins jusqu’à l’avènement des recherches de Pasteur sur le vaccin contre
la rage.

Pour conclure, l’auteur revient sur l’intérêt d’une étude de ce genre pour dédramatiser le débat en lui apportant des éléments solides et mesurés. Pour lui, il s’agit de traiter "l’envers" du loup dans sa réalité comme dans sa relativité. Dans la période abordée, le loup est vu comme un moyen d’observer l’histoire des hommes, des usages du milieu et des activités agricoles et rurales. Il termine sur le fait que la France n’est pas le seul pays concerné par ces attaques, même si la documentation y est relativement plus abondante. Mais il finit en rappelant "en définitive, dans ce lien privilégié qui s’est établi depuis longtemps entre deux espèces également prédatrices, l’homme occupe bien la première place. Et ici, l’envers d’Homo sapiens a été autrement plus sinistre que celui de Canis lupus".

Mise en perspective : d’une réalité à débattre au risque d’une exploitation médiatique

Cet ouvrage sur la question délicate des attaques de loup sur l’homme peut contribuer à dédramatiser le débat. On ne se situe pas dans le cas de figure d’un enseignant-chercheur qui, profitant de son statut, avance des contrevérités et des propos simplistes sans bases (2). J.-M. Moriceau n’est pas le premier auteur, non militant anti-loup, à avoir pointé ce type de comportement atypique chez le loup.

Par exemple, le biologiste Hans Kruuk traite largement de ce sujet (3). Ce naturaliste passionnément favorable aux prédateurs dresse pourtant un tableau assez sombre des attaques de loup sur l’homme. A ce niveau, ses précautions intellectuelles sont moindres que celles de J.-M. Moriceau. Nous citerons également l’ethnozoologue Geneviève Carbone qui fait, selon nous, les constats les plus justes et les plus mesurés (4). Après être largement revenue sur les exagérations concernant les victimes humaines, elle apporte des exemples très concrets de cas de loups prédateurs d’homme n’étant pas des loups enragés. Elle fournit plusieurs exemples passés documentés pour l’Europe et l’Asie.

Le cas de certaines régions indiennes est même évoqué au sujet de très jeunes enfants victimes de loup à l’époque contemporaine. En revanche, l’Amérique du Nord est quasiment indemne d’attaques de Canis lupus sur l’homme, tout comme la grande majorité des régions actuellement concernées par la présence du prédateur. Dans certaines parties du monde, il n’est d’ailleurs fait aucune mention d’interactions de ce type dans les archives ou la mémoire collective.

Avant J.-M. Moriceau, G. Carbone avait fait certains constats, comme la saisonnalité des attaques par exemple, qu’elle n’a pas eu l’occasion d’approfondir. Que les choses soient claires, ce n’est pas parce que quelques loups ont marginalement développé des comportements anthropophages que cela fait partie de la "nature" du loup d’attaquer l’homme. En effet, comme le rappelle G. Carbone, le loup n’attaque pas l’homme en temps normal. Mais, comme tout animal très évolué et adaptable, certains individus loups peuvent développer des comportements innovants. Ces animaux, assez rares, sont en général rapidement éliminés, cassant les possibilités de transmissions éthologiques.

Dans un souci de réhabilitation de l’espèce, plusieurs écrits ont popularisé, à raison, l’idée que le loup ne représentait aucun danger pour l’homme. Néanmoins, comme en toute chose, le dogmatisme n’est pas bon. Devrait-on moins protéger le tigre, le grizzly ou l’éléphant en raison des nombreuses attaques mortelles sur l’homme chaque année ? Non, bien sûr, d’autant que cela représente une mortalité humaine marginale et que les animaux à risque sont souvent traités en conséquence. A ce titre, des loups anthropophages, très exceptionnellement dangereux pour l’homme, ont vraisemblablement existé. Cela est notamment envisageable dans des contextes passés qui ont peu en commun avec aujourd’hui, si ce n’est avec certaines zones rurales de pays du sud comme l’Inde par exemple. Reconnaître cela n’est pas jeter l’opprobre sur toute l’espèce Canis lupus.

Ceci étant dit, les travaux de J.-M. Moriceau n’en sont pas moins sujets à un débat ouvert. On peut s’interroger aussi sur les chances de réussite et la nécessité d’une comptabilité précise du nombre de morts liés au loup. En outre, l’auteur avance des résultats minorés, mais les éléments apportés pour soutenir cette thèse semblent confus. Il est également intéressant de voir les nombreuses pistes soulevées par les résultats statistiques et le dépouillement de certaines archives. La question de l’identité du prédateur retient particulièrement l’attention. L’existence du terme bête souligne bien l’aspect anormal de ces animaux et la question des hybrides chiens-loups est bien abordée, sans pour autant aller au fond des choses. Mais la matière historique le permet-elle ? Des pistes sont probablement à creuser.

Enfin, même si J.-M. Moriceau apporte plusieurs arguments à l’intérêt d’une telle étude, des inquiétudes légitimes peuvent voir le jour quant à l’utilisation stratégique par les acteurs anti-loups de ces travaux. Ce n’est pas le contenu en tant que tel qui représente une menace pour la protection du loup, mais plutôt l’instrumentalisation médiatique d’une information tronquée.

Ainsi, suite à la parution d’un résumé du travail en cours de l’historien dans le magazine L’Histoire, la presse agricole a profité de la crédibilité de l’auteur pour asseoir un propos général faisant du loup un animal systématiquement dangereux: "Oui, le loup s’attaque à l’homme, c’est un fait historique" (Jura agricole et rural, 1er août 2005). De même, La Provence a publié sur son site un article faisant mention de 3000 attaques de loup sur des enfants à l’époque de Charles Perrault ! Ainsi, dans pareil cas de figure où l’auteur n’est pas en cause, rien de tel que de se rendre compte par soi-même et de lire directement le livre. Le débat peut ensuite être enrichi en ne laissant le terrain ni aux simplifications ni au dogmatisme.

Farid Benhammou
Géographe, doctorant en sciences de l’environnement, ENGREF Paris.

  1. Jean-Marc Moriceau, 2007. Histoire du méchant loup, 3000 attaques du loup sur l’homme en France, XVe– XXe siècle.
  2. Le géographe Xavier de Planhol en apporte parfois l’illustration dans son livre Le Paysage animal (Fayard, 2004). Malgré la richesse du propos, quand il traite du loup, cet auteur perd toute retenue et crédibilité en raison de ses exagérations et de ses affirmations ouvertement anti-loups.
  3. Kruuk H., 2005. Chasseurs et chassés. Relations entre l’homme et les grands prédateurs, Delachaux et Niestlé, Paris, 224 p.
  4. Carbonne G., 2003. Les loups, Larousse, Paris, 216 p. Cet ouvrage n’est pas uniquement "un beau livre" bien illustré. A bien des égards, il complète et montre un aboutissement de la pensée plus poussé que son propos dans La Peur du loup (Découverte Gallimard, 1991).

Lire aussi

23 octobre 2007

Franska dans la lettre de la SECAS

Lorsqu'on parle "d'espèces en voie de disparition" ou au statut précaire, notre pensée va immédiatement à la faune des continents lointains. On songe au tigre, au panda, au dindon ocellé du Mexique, rarement à la marmotte des Alpes ou à l'ours des Pyrénées. La lettre de la SECAS crée une nouvelle rubrique qui traitera désormais de cette par­tie de la sauvegarde des espèces qui devrait nous importer au premier point.

La mort de Franska

L'actualité pyrénéenne a été marquée cet été par la mort de l'ourse Franska, renversée par une voiture le 9 août 2007 à 6h30 du matin sur la voie rapide proche de la commune de Vigère, à environ 5 kilomètres au sud de Lourdes. Elle venait du massif du Pibeste, longeait le gave de Pau, et se dirigeait vers le massif de Hau­tacam. Franska avait déjà été aperçue traversant cet axe routier et sa présence était signalée. On peut alors se poser certaines questions. Qu'attendait-on pour aider cette pauvre bête, apparemment déboussolée, à retrouver un territoire qui lui convienne? Cela faisait plusieurs semaines qu'elle alimentait les conversations et que la tension des anti-ours s'exacerbait à son endroit. Pourquoi les décisions pour intervenir ont-elles pris autant de temps ? Est-ce dû à de la bureaucratie ? Lorsqu'on gère une population animale, le temps de réaction doit être rapide et on ne peut se permettre, quand on a face à nous des extrémistes, à laisser traîner les choses.

Car on a bien l'impression que Franska, après avoir été introduite en 2006, a été quelque peu abandonnée à son sort ! Preuve: les plusieurs dizaines de plombs retrouvés dans le corps lors de son autopsie ! Ceci démontre le harcèlement dont elle a été l'objet et qui sont certainement la cause de son comportement atypique. Pourquoi un animal sauvage qui recherche habituellement le calme et la distanciation vis-à-vis de l'homme, se serait mis à traverser et retraverser une route très fréquentée si ce n'est qu'il était sans cesse dérangé, pourchassé, blessé, stressé ?

N'oublions pas les dépôts de miel contenant du verre pilé, les battues illégales et la mort des autres ours dans des conditions, à chaque fois, plus que douteuses ! La secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, a demandé un complément d'enquête au procureur de la République: "Il m'apparait important que l'enquête que vous conduisez suite à la mort de l'ourse Franska puisse s'intéresser à l'ensemble de ces circonstances et que les responsabilités pénales en découlant, qu'elles relèvent de l'application des textes sur les espèces protégées ou de la police de la chasse, puissent être recherchées par vos soins."

Il est à rappeler que la Directive Européenne "Habitats, Faune, Flore", plus communément appelée Directive Habitats, s'applique aux pays de l'Union Européenne depuis le 5 juin 1994 et qu'elle a pour objet d'assurer le maintien de la diversité biologique par la conservation des habitats naturels, ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Il y est dit en substance :

  • "que, eu égard aux menaces pesant sur certains types d'habitats naturels et certaines espèces, il est nécessaire de les définir comme prioritaires afin de privilégier la mise en œuvre rapide de mesures visant à leur conservation;
  • qu'il convient d'encourager, dans les politiques d'aménagement du territoire et de développement, la gestion des éléments du paysage qui revêtent une importance majeure pour la faune et la flore sauvages;
  • qu'il importe d'assurer la mise en place d'un système de surveillance de l'état de conservation des habitats naturels et des espèces visées par la présente directive" ...

Dans ce sens, Mme Nathalie Kosciusko ­Morizet a souligné que le renforcement de la population d'ours brun dans les Pyrénées répond aux obligations communautaires de la France en matière de préservation de la biodiversité et répond à la directive Habitats. La sauvegarde de notre patrimoine faunistique ne doit donc, en aucun cas, être orientée et régentée par des groupuscules aussi extrémistes que dangereux qui n'hésitent pas à mettre à sac la Mairie d'Arbas, à menacer les enfants d'un défenseur de la nature et à vouloir organiser la Montagne comme bon leur semble en défiant l'Etat!

On ne sait encore quelle sera la suite des évènements et si d'autres ours seront réintroduits. Nous espérons, quant à nous, que les "nuisibles" seront désormais empêchés de perpétrer leurs exactions, poursuivis et punis. Et que l'on puisse enfin gérer nos derniers lambeaux de nature qui subsistent en France de manière la plus appropriée et la plus saine.

Viviane Tytelman
Rédactrice en chef

Mauvaise foi des éleveurs

Début juillet, 94 brebis sont mortes d'une chute en montagne en Ariège, et immédiatement, les opposants à l'ours ont crié "Haro sur l'ours !" Or, l'expertise réalisée sur place par les techniciens est pourtant formelle: Aucun élément relevé sur le terrain ne permet de mettre l'ours en cause. Aucune trace de prédation sur les brebis, aucun indice de présence d'ours sur l'estive.

Les dérochements de troupeaux en montagne ont malheureusement toujours existé, y compris avant le retour de l'ours. La cause d'un tel évènement peut très bien être l'orage, un chien ou même un sanglier. Mais voilà: de toutes les causes possibles, seuls les dégâts d'ours sont indemnisés, parfois "au bénéfice du doute". Ceci pousse donc les éleveurs à tout faire pour incriminer l'ours, y compris mentir et faire pression sur l'administration de manière scandaleuse. N'ont-ils pas organisé une manifestation l'an dernier devant la Préfecture de Foix, pour se faire payer des veaux dont une expertise vétérinaire a révélé qu'ils étaient morts de maladie?

De même, de sérieux doutes planent sur l'indemnisation d'un autre dérochement en Ariège en 2006, qui aurait été, en réalité, provoqué par des chiens appartenant aux éleveurs eux-mêmes ... Paradoxalement, c'est donc la souplesse du système d'indemnisation des dégâts d'ours qui se retourne contre lui. Et les éleveurs font ainsi d'une pierre deux coups : ils sont indemnisés et ils chargent injustement l'ours de tous les maux de l'élevage pyrénéen.

Nous, qui avons milité pour l'instauration de cette mesure d'indemnisation "au bénéfice du doute" dénonçons aujourd'hui les manipulations malhonnêtes de certains éleveurs, qui provoquent une dérive du système d'indemnisation et des effets pervers se retournant contre la protection de l'espèce! Nous ne manquerons pas de saisir l'administration de ce problème et demanderons si nécessaire la suppression de cette clause détournée.

Farid BENHAMMOU
Géographe

Source : La lettre de la SECAS (Société d'Encouragement pour la conservation des Animaux sauvages)

15 octobre 2007

Farid Benhammou

Crier au loup pour avoir la peau de l’ours : une géopolitique locale de l’environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France.

Farid Benhammou soutiendra sa thèse le Jeudi 22 novembre à 8h30 dans le grand amphi du CIRED (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement) – Campus du jardin tropical à Nogent sur Marne.

L’ours et le loup en France sont des espèces emblématiques qui provoquent des réactions exacerbées dans la société. Les conflits suscités dépassent le plan strictement écologique et se prêtent bien à une démarche géographique articulant géopolitique et analyse stratégique de la gestion de l’environnement.

Les grands prédateurs sont instrumentalisés dans le cadre d’enjeux de pouvoir et de conflits d’acteurs sur des territoires à propos de l’usage de ces derniers et notamment de protection de l’environnement. Ces espèces animales sont également révélatrices de mutations écologiques, politiques, socio-économiques et territoriaux majeurs dans les zones montagnardes périphériques des Alpes et des Pyrénées.

Après un détour épistémologique sur le traitement de l’environnement et de l’animal en géographie, deux études de cas – l’ours et le loup en France – apportent les éléments d’une analyse géopolitique et stratégique où s’emboîtent les échelles. Ainsi, les oppositions schématiques entre ruraux / urbains, échelle locale /nationale doivent être nuancées et revisitées à la lumière d’instrumentalisations politiques.

Les dossiers de l’ours et du loup sont donc des cas d’école pour les stratégies d’opposition ou de promotion de conservation de la nature. Cette question est représentative des relations tendues entre le secteur environnemental et le secteur agricole. Ensuite, le conflit autour de ces animaux permet à des entités ou personnalités politiques (Institution patrimoniale, organisations agricoles, élus) de capter des fonds, d’accroître leur rayonnement territorial et/ou de renforcer un pouvoir. L’ours et le loup sont des boucs émissaires et des révélateurs d’une crise-mutation du monde agricole qui arrive à la fin d’un cycle de bouleversements mal vécus (PAC, changements des usages territoriaux, exode rural, évolution paysagère). Les difficultés concrètes posées par les grands prédateurs, symboles forts de nature, entraînent une réaction anti-environnementale qui s’attache à exagérer les problèmes réels causés par ces espèces. Pourtant, les tentatives des opposants à l’ours et au loup d’inscrire la conservation de la nature dans un « anti-humanisme » s’avèrent caduques.

Au contraire, les acteurs d’environnement favorables à ces animaux encouragent une réflexion visant à repenser et renforcer la place de l’homme pour améliorer la cohabitation avec l’ours et le loup. Enfin, la formulation géo-environnementale, géopolitique et stratégique de notre sujet nous porte à croire qu’une telle analyse peut contribuer à un enrichissement disciplinaire de la géographie.

Biographie

Agé de 28 ans, Farid Benhammou est agrégé de Géographie à Orléans, doctorant à l'école nationale du Génie rural, des eaux et forêts. Depuis 1998, ce géographe s'est orienté pour sa licence sur les problèmes  géopolitiques des grands prédateurs. Il est également l’auteur d'un article sur le loup dans les Pyrénées-Orientales: "La cohabitation Hommes/grands  prédateurs en France. Actes du colloque du 21 et 22 mars  2004 à Orléans". Ed. Recherches naturalistes en région Centre n°14.

A lire :
Vivre avec l’Ours, Ed. Hesse, 152p, 31€
L’Ours des Pyrénées, les 4 vérités, Ed. Privat, 160p, 25€

Thèse sous la direction de Laurent MERMET et Pierre GRENAND
Membres du jury :
M. Yves LACOSTE, Professeur émérite, Géographie, Institut Français de Géopolitique, Paris 8
M. Paul ARNOULD, Professeur, Géographie, ENS-Lettres Sciences Humaines, Lyon 
M. Pierre PECH, Professeur, Géographie, Paris 1 – Panthéon – Sorbonne
M. Jean-Pierre RAFFIN, Professeur, Ecologie, Paris 7, ancien expert à l’UICN Bear group
M. Pierre GRENAND, Professeur, Anthropologie, IRD - Orléans
M. Laurent MERMET, Professeur, Sciences de gestion, ENGREF – Paris

24 juillet 2006

Farid Benhammou interviewé par Pyrénées magazine

L’Ours est le bouclier de la biodiversité des Pyrénées

Alors que le projet de réintroduction de cinq ours a été validé pour le printemps par la Ministre de l’Ecologie Nelly Olin, le géographe Farid Benhammou dévoile les signes d’espoir et les vraies raisons d’une réintroduction dans deux ouvrages récents :

  • "Vivre avec l’ours" et
  • "L’ours des Pyrénées, les 4 vérités".

Pyrénées Magazine: À quoi sert la réintroduction des ours dans les Pyrénées à l'heure actuelle?

Farid Benhammou : Par sa réintroduction, l'ours est le révélateur  de toutes sortes de problèmes territoriaux socio-économiques. Cela a permis de montrer que, depuis 30 ans, les pouvoirs publics s'étaient désintéressés des personnes qui vivaient dans ces territoires. Les prédateurs sont devenus les boucs-émissaires de ces bouleversements, même s’ils représentent un certain changement Après la mort de Cannelle le 1 novembre 2004, on estime entre 12 et 14 le nombre d'ours vivants dans les Pyrénées à l'heure actuelle. Il faudrait une trentaine d'individus pour que la population soit pérenne. Aujourd'hui, au lieu des cinq ours prévus à la réintroduction, il risque de n'y en avoir que trois à cause de la situation dégradée en Béarn.

P. M. : Pourquoi préserve-t-on alors le plantigrade dans les Pyrénées?

Farid Benhammou : Pour la biodiversité. C'est une espèce remarquable. Ce grand prédateur n'a pas de grands effets sur le milieu contrairement au loup. Quand on le protège, on protège aussi toute sa zone. L'ours est l'espèce parapluie, le vrai moyen de protéger les Pyrénées. On défend ainsi l'éradication du grand tétras, du lagopède ou du gypaète par exemple, ainsi que de toute la flore et la petite faune endémique. De plus, l'ours fait pleinement partie du patrimoine pyrénéen. Les Pyrénéens en sont fiers. Ils n'ont jamais voulu exterminer « Lou Moussu » (le Monsieur). Il y a un attachement identitaire.

Aux États-Unis, dans les Rocheuses, les éleveurs vivent avec des troupeaux de 2 000 bêtes alors que la faune sauvage comprend des grizzlys - des ours bruns plus agressifs que les nôtres -, des pumas et des loups. Pour cela, les américains ont réhabilité le patou avec des savoir-faire perfectionnés. Ce sont eux qui ont relancé son rôle de gardien.

P. M. : Dans votre ouvrage, vous consacrez un chapitre entier à l'institut patrimonial du Haut-Béarn: un faux espoir". Faut-il le remplacer par un autre organisme?

Farid Benhammou : Le gros scandale, c'est l'IPHB, l'Institut Patrimonial du Haut-Béarn. Il n'a pas été capable de protéger les ours. Son budget de 1994 à 2000 a été de 10 millions d'euros. Et c'est l'opacité pour 2000 à 2005. Il reçoit plus de 100 000 € de la part du ministère de l'Écologie, sans parler des autres subventions.

Cette institution, soutenue par des fonctionnaires de l'agriculture et un universitaire parisien, Henri Ollagnon, a créé un jargon et favorisé des aménagements en montagne afin qu'ils soient destructeurs du milieu de l'ours.

L'institut n'a pas rempli sa mission et n'a apporté aucune contrepartie sans que l'Etat ne demande des comptes, alors qu'il s'agit de fonds publics. Depuis 2000, l'institut aurait dû cesser d'exister et une charte être créée. J'ai peur que l'IPHB continue car il a fait son beurre grâce à l'ours. Il faut que les pouvoirs publics manifestent leur rôle d'arbitre. Il faut se débarrasser de cette institution viciée qui a pourri le terrain.

Elle a continué en décrédibilisant les acteurs locaux et en déstabilisant la réintroduction par une rhétorique xénophobe: "les ours slovènes sont méchants".

P. M.: Alors quelle est la différence entre un ours slovène et un endémique des Pyrénées?

Farid Benhammou : Des ours autochtones, il n'en reste que deux. Les ours slovènes sont plus calmes que les ours de souche pyrénéenne. En dehors de cela, il n'y a jamais eu de différence. Ce sont des "ursus arctos" de la même espèce. Ils sont métissés à travers l'ourson de Cannelle et de Néré.

P. M.: L'ours peut-il être un danger pour l'homme?

Farid Benhammou : Oui. Il ne faut pas faire d'angélisme. Les battues et les pistes ouvertes mettent une certaine pression sur les plantigrades. Mais les dernières agressions se limitent à deux personnes mordues. Au vingtième siècle, personne n'est mort dans les Pyrénées à cause d'un ours, alors que, dans le même temps, cinquante personnes  se sont fait tuer dans des parties de chasse. Dans 98 % des cas, l'ours prend la fuite. Dans 2 % des cas, il reste par curiosité.

P. M. : Comment voyez-vous l'avenir de l'ours dans les Pyrénées?

Farid Benhammou :  Plusieurs scénarios sont possibles. Le premier est, sans réintroduction, sa disparition dans quelques années. Le deuxième est la réalisation d'un grand plan d'aide à l'élevage de montagne avec formation. On pourra alors parvenir à une population d'ours qui augmente, comme cela se fait depuis 1996, et avec des dégâts minimums pour les troupeaux. D'ailleurs, les brebis sont également décimées par des chiens errants ou des parapentistes.

Le premier signe d'espoir est que les ours slovènes se reproduisent régulièrement. Car auparavant, cela sentait la fin de race dans les Pyrénées : Juliette avait eu deux petits, mais est morte accidentellement dans un ravin à la fin des années 1980. Claude s'est fait tuer en 1994 et Cannelle, dans un état écologique mauvais, se sentait sur le déclin. Aujourd'hui, les ours slovènes sont dans une optique pionnière. Et assurer la protection de l'environnement des Pyrénées, c'est vivre en bonne intelligence avec leur présence.

Propos recueillis par Patrice Teisseire-Dufour
Pyrénées Magazine 01/02 2006

Biographie

Agé de 28 ans, Farid Benhammou est agrégé de Géographie à Orléans, doctorant à l'école nationale du Génie rural, des eaux et forêts. Depuis 1998, ce géographe s'est orienté pour sa licence sur les problèmes  géopolitiques des grands prédateurs. Il est également l’auteur d'un article sur le loup dans les Pyrénées-Orientales: "La cohabitation Hommes/grands  prédateurs en France. Actes du colloque du 21 et 22 mars  2004 à Orléans". Ed. Recherches naturalistes en région Centre n°14.

A lire :
Vivre avec l’Ours, Ed. Hesse, 152p, 31€
L’Ours des Pyrénées, les 4 vérités, Ed. Privat, 160p, 25€

23 juillet 2006

Des Hommes, des Ours, des Montagnes

par Farid Benhammou
Revue Pour, septembre 2003, 179 :49-54.

Ours_hommes_montagnes_benhammouLa défense identitaire est un processus typique de mobilisation. Elle transcende tout et permet de réunir et fédérer contre un ennemi commun, l’ours, et derrière lui, Paris, Bruxelles et les lobbies environnementaux. Le réflexe identitaire transparaît dans le discours des porte-parole des mouvements contre l’ours.

Ce qui peut paraître étonnant, c’est le développement d’une rhétorique chauvine, non pas ouvertement contre des hommes, mais contre des ours. Le rejet par le verbe est courant dans des situations géopolitiques tendues [1]. Les parallèles entre des discours sur l’ours et des communautés humaines exclues sont frappants. Il ne reste que cinq ours autochtones pyrénéens, principalement localisés en Béarn. Suite à une réintroduction de trois ours slovènes (1996-1997) en Haute-Garonne, une dizaine d'individus se concentrent principalement en Pyrénées centrales à l'exception d'un individu d'origine slovène qui a migré en Béarn, dans la zone des ours autochtones.

Au début des années 1990, quand une jeune ourse pyrénéenne, Lagaffe, a multiplié les dégâts, la rumeur d’un lâcher d’ourses roumaines s’est développée.

À la découverte en 1997 des ossements de l’ourse Claude abattue par des chasseurs en 1994, un groupe d’élus locaux dirigés par Jean Lassalle relancent la rumeur d’ours étrangers dans le but d’excuser cet acte de braconnage. Ils enracinent cette manipulation dans les fantasmes identitaires et sécuritaires et parlent d’« ours clandestins ».
Ils orchestrent une campagne médiatique grâce à la presse locale et cette rumeur a même un écho national puisqu’un article du Monde du 28 février 1997 titre : « L’ours tué dans les Pyrénées était-il un clandestin ? ». Le correspondant laisse planer le doute et cite les accusations de Jean Lassalle contre le ministère de l'Environnement : « Y-a-t-il eu des ours réimplantés clandestinement dans les Pyrénées entre 1985 et 1994 ? ».

Pourtant, les empreintes de cette ourse étaient régulièrement relevées par le Réseau ours qui avait noté sa disparition. De plus, les analyses génétiques ont bien montré que cette ourse, ainsi que tous les plantigrades béarnais jusqu’alors, étaient autochtones [2].

Quand en 2000, un ours vraiment étranger, Néré, issu de la réintroduction, est arrivé en Pyrénées-Atlantiques, les élus ont retrouvé leur réflexe. Le sénateur Louis Althapé déclarait : « Quand il y a des immigrés clandestins, on organise bien un charter. Il faut payer un billet de retour aux ours slovènes » (La République des Pyrénées, 30/04/2001).

Le fait le plus marquant demeure l’élaboration d’une rhétorique visant à valoriser la race de l’ours pyrénéen contre celle de l’ours slovène qui a tous les attributs de l’étranger différent, mauvais et envahisseur. Les propos d'un responsable cynégétique des Hautes-Pyrénées qui alimentent le discours de la principale association anti-ours sont éloquents. (ADDIP: Association pour le développement durable de l’identité pyrénéenne) et (IDAMP: Association Interdépartementale de défense de l’agriculture de montagne). Ces deux structures jumelles sont animées par quasiment les mêmes personnes. )

Son texte publié dans la Colère des Pyrénées [3] est repris intégralement dans une brochure remise aux pouvoirs publics (Addip-Idamp, Ours slovène. Pourquoi nous disons non, 2001, 15 p. ). Il qualifie les ours slovènes d’« ours poubelles », des animaux uniquement capables de se nourrir sur des charniers. La secrétaire de l'association, interviewée, n’a pas hésité à parler de son inquiétude concernant la « pureté de la race endémique des Pyrénées ». Ainsi, les responsables de l'Addip opposent :

  1. l’ours des Pyrénées, « la souche locale (…) : robe plus claire, taille inférieure, moindre poids, prolificité réduite, régime alimentaire essentiellement végétarien » [3]
  2. à l’ours slovène Néré « différent : robe sombre, taille immense, poids énorme, prédateur d’ovins spécialisé ». Et comme il s’est installé au contact de la souche pyrénéenne, la pollution génétique est assurée [3].

Ce fantasme de la pureté de la race fait dire à certains opposants à la réintroduction des propos qui interpellent. L’ours s’apparente alors à un défouloir bien étrange. Des slogans xénophobes ont même été publiquement clamés comme celui repris par un article de presse couvrant une manifestation en Ariège : « Slovène : Go home » (La Dépêche du Midi, 13/05/2001).

Parfois, il semble même que l’origine étrangère des ours soit aussi grave, voire plus grave, que les velléités prédatrices.

Si une protestation peut être légitime, ce sont les dégâts qui doivent être critiqués et non l’origine de celui qui les commet. En fait, ce discours s’est constitué sur un imaginaire établissant que si les ours issus de la réintroduction font tant de prédations, c’est parce qu’ils sont étrangers. Or le système d’élevage est déterminant pour un prédateur, qu’il soit ours pyrénéen ou d’origine slovène. Par conséquent, ces opposants aux ours réintroduits s’approprient la protection des ours des Pyrénées afin de montrer qu’ils ne sont pas sectaires ou radicalement anti-ours. Ils se présentent comme les vrais défenseurs de l’ours des Pyrénées qui « doit être préservé [car] il fait partie de notre patrimoine » [3]. Cette démarche, sous couvert d’un discours teinté d’écologisme, s’inscrit dans la réaction anti-environnementale analysée par Rowell [4].

Ceux qui ont fait cette réintroduction sont accusés d’être les vrais coupables de la disparition de l’espèce pyrénéenne, en raison du brassage génétique qui risque de se produire : « Papillon, l’ours reproducteur pyrénéen devra céder la place au redoutable fauve d’Europe centrale (…). C’est le désastre écologique orchestré. Celui qui aurait souhaité détruire l’ours pyrénéen ne s’y serait pas pris autrement » [3].

La chasse à outrance, le braconnage fortuit, l’empoisonnement et la destruction des milieux ne sont absolument pas mis en cause. Dans tous les entretiens et dans tous leurs écrits, ces opposants se disent protecteurs de la souche pyrénéenne que l’on ne doit pas toucher puisque d’après eux, elle a été sauvée par l’Institution Patrimoniale du Haut Béarn.
(L'IPHB est un organisme de gestion territoriale souvent présenté comme un modèle. Cette structure a surtout permis un afflux considérable de fonds publics de développement pastoral et forestier au nom de l'ours, sans obligation de résultat en matière de préservation de l'espèce et de ses habitats. Pour plus d'éclaircissements, se référer à L. Mermet, « L’Institution patrimoniale du Haut Béarn : gestion intégrée de l’environnement ou réaction anti-environnementale ? », Responsabilité Environnement, janvier 2001, p. 9-21 et L. Mermet, « L’Homme ou la vie sauvage ? la société locale ou la bureaucratie centrale ? : faux dilemmes et vrais rapports de force », Responsabilité Environnement, octobre 2002, p. 13-19. ).
Or, s’opposer à tout renforcement condamne les ours des Pyrénées, déjà considérablement exposés aux risques de consanguinité, à la disparition.

Le fantasme de la différence

Les opposants à l'ours ont rapidement avancé de très grandes différences génétiques et comportementales entre les ours d'origine slovène et les ours autochtones pour dénoncer la réintroduction. Ils ont activement promu le fait que ces ours slovènes étaient plus carnivores, plus gros, moins farouches et moins adaptés à la vie sauvage car ils étaient nourris sur des charniers dans leur pays d'origine. Il s'agirait d'une autre espèce complètement différente de « l'espèce pyrénéenne » qui, elle, est décrite comme moins dangereuse et comme la seule adaptée aux Pyrénées et aux activités humaines.

Ours_slovenes_dangersPlusieurs éléments permettent de relativiser ces propos. Sur le plan de la distance génétique, il y a autant de différence entre un ours slovène et un ours pyrénéen qu'entre un homme slovène et un homme pyrénéen [5-6] et on ne parle pourtant pas de deux espèces différentes. Sur le plan comportemental, les ours issus de la réintroduction ont quasiment la même utilisation du milieu que leurs prédécesseurs disparus [7].

Leur prédation relativement excessive par rapport aux ours béarnais s'expliquent par la différence des élevages (élevage ovin très gardé en Béarn en raison de la persistance de la menace des ours et quasi-disparition du gardiennage en Pyrénées centrales en raison précisément d’une vigilance moindre aux grands prédateurs sauvages).

De 1999 à 2001, la jeunesse des ours d'origine slovène est également à prendre en compte puisque des ours jeunes et donc moins expérimentés ont tendance à faire plus de dégâts et à être moins craintifs [8-9].

D'ailleurs contrairement à ce qui a été dit, certains ours béarnais ont encore récemment montré qu'ils pouvaient ne pas être farouches (En juillet 1997, une brebis est tuée aux abords du village d’Urdos en Béarn (République des Pyrénées, 17/07/1997).

L’épisode de l’ours familier en 1991-1992, Lagaffe, est aussi très fameux.  ). De plus concernant l'alimentation sur charnier, la plupart des ours d'origine slovène sont nés dans les Pyrénées et n'ont donc pas connu cette pratique, d'autant que les deux ours nés en Slovénie fréquentaient peu les sites de nourrissage [10].

Les ours d'origine slovène ne semblent pas plus carnivores que leurs congénères pyrénéens puisque les résultats d’une étude de l’École nationale vétérinaire de Toulouse montre que leur régime alimentaire se compose de 66 à 68 % d’éléments d’origine végétale [7].

Quant à la taille anormalement grande des ours slovènes, cette idée doit là encore être relativisée. Pyros, le mâle slovène réintroduit, avait le même gabarit que le vieux mâle pyrénéen Papillon quand celui-ci était dans la force de l'âge (240-250 kg). Certes, par rapport au gabarit moyen du petit échantillon d'ours pyrénéens survivants, les 250 kg supposés du jeune ours d'origine slovène Néré paraissent importants. Pourtant, les Pyrénées ont abrité des ours bien plus imposants puisque l’ours Dominique, dit le « Patriarche », abattu au milieu du XIXe siècle, pesait plus de 350 kg [11].

Le pastoralisme en danger à cause de l'ours?

La situation du pastoralisme dans les Pyrénées est loin d’être uniforme. Néanmoins, la réintroduction s’est produite dans le contexte socio-économique difficile de cette activité agro-pastorale. L’élevage ovin-viande est exclusif dans les Pyrénées centrales. Dans ce cadre, l’arrivée de l’ours peut représenter une gêne réelle car le gardiennage des troupeaux est quasi absent. De plus, la disparition des grands prédateurs et les évolutions structurelles ont facilité la mise en place d’un système d’élevage où les bêtes ne sont presque plus guidées. Par conséquent, elles cherchent leur nourriture elles- mêmes et ont tendance à s’éparpiller naturellement. C’est pour cela que plusieurs éleveurs pensent qu’instaurer un gardiennage plus serré ne serait pas bon. L’ours serait-il responsable de la disparition du pastoralisme pour autant ?

Certains éleveurs et élus n’hésitent pas à dire et à écrire des propos sujets à caution : « Ces pratiques pastorales ne connaissaient pas d’aléas avant la divagation d’ours slovènes sur les estives » écrit un éleveur dans la Colère des Pyrénées.

Le pastoralisme est en crise depuis des décennies et reste le parent pauvre de la Politique agricole commune (Les céréaliers, surtout les plus gros, concentrent 42 % des aides contre 5 % pour l’élevage ovin (Anonyme, 1999). L’ours ne fait que mettre en relief des difficultés structurelles et conjoncturelles (Pour plus d'éléments de cadrage au sujet des enjeux autour des grands prédateurs et du pastoralisme, lire F. Benhammou, " Les grands prédateurs contre l'environnement ? Faux enjeux pastoraux et débat sur l'aménagement des territoires de montagne ", Courrier de l'Environnement de l'INRA, février 2003, 48 p 5-12. ).

La logique productiviste et les dérives liées aux subventions par tê