Belgique

20 septembre 2008

Le code forestier 2008 en Wallonie

Nouveau code forestier en wallonie 2008Namur (Wallonie) - Le nouveau Code forestier a été adopté par le Parlement wallon le 15 juillet. Il réforme une législation datant de 1854 ! En discussion depuis près de dix ans, la nouvelle mouture du code forestier wallon a enfin été finalisée par le Ministre du Tourisme, de la Ruralité et de l’Environnement, Benoît Lutgen.

Les nouveaux enjeux sociétaux imposaient une révision en profondeur du Code forestier et le texte voté hier soir constitue une réelle avancée. Faisant explicitement référence à la notion de développement durable, il apporte des réponses globalement satisfaisantes pour trois des quatre fonctions de la forêt : la fonction économique (de production), la fonction environnementale et la fonction sociale (ou récréative). La fonction cynégétique n’est par contre pas abordée. S’il est compréhensible de scinder cette problématique du Code forestier, l’équilibre forêt - gibier reste un passage obligé de toute gestion durable des forêts et devra donc être un dossier prioritaire du Gouvernement.

En bref, les 10 propositions phares du nouveau code :

  1. supprimer les droits de succession
  2. privilégier les usagers doux tels les promeneurs, les cyclistes et les cavaliers
  3. stimuler la production de bois de qualité
  4. interdire l'usage des pesticides
  5. créer des réserves intégrales
  6. limiter les grandes coupes à blanc
  7. prévoir des zones d'accès spécifiques pour les mouvements de jeunesse
  8. recréer des lisières d'arbustes
  9. planter des arbres adaptés au climat et au sol
  10. interdire la circulation des engins motorisés.

Pour la Fédération Inter-Environnement Wallonie, ce Code forestier new-look est loin d’être parfait mais constitue une bonne avancée dans le sens d’une gestion durable et multifonctionnelle de la forêt tant publique que privée. La Fédération se réjouit donc de l’adoption du texte et salue le travail mené par les diverses paries prenantes pour y aboutir.

06 septembre 2008

Le lynx des Pyrénées, retour vers la cryptozoologie ?

Lynx dnas les PyrénéesConférence présentée le samedi 6 septembre 2008 par Luc CHAZEL, dans le cadre du 8è Colloque Européen de Cryptozoologie

Le lynx a été littéralement oublié dans les Pyrénées pour toute une série de raisons liées à l’évolution de la vie dans ces montagnes. C’est seulement aprés la deuxième guerre mondiale que des données récentes ont remis en question le dogme de la disparition du lynx dans les Pyrénées.

Entre les années 1960 et 1990 les indices de la présence de lynx se sont accumulés à tel point que l’on pouvait imaginer sans peine le voir regagner sa place dans la faune pyrénéenne. mais un dernier baroud d’honneur d’incrédulité, a créé une atmosphère délétère autour du dossier, remettant en cause la présence du félin, en ignorant purement et simplement les éléments du dossier qui ne permettaient pas de conclure dans le sens de la disparition.

Aujourd’hui la version officielle est que le lynx a disparu des Pyrénées, même si les adversaires de cette thèse ne désarment pas plus que les témoins qui continuent à observer le lynx. Alors le félin faute d’être un objet zoologique, est retourné à la cryptozoologie….

Où ?

Auberge du "Vieil Engreux"
Engreux, 64
6663 ENGREUX/HOUFFALIZE (Belgique)

Quand ?

06/09/2008
14h30 -15h15 : Luc CHAZEL (naturaliste - France) «Le lynx des Pyrénées... Retour vers la cryptozoologie»

Source: www.cryptomundo.com

Luc Chazel croit à la présence de Lynx dans les Pyrénées

Selon certains, il n’y a plus de lynx dans les Pyrénées ; selon d’autres, le lynx a survécu. Luc Chazel fait parti de ces derniers et plusieurs observations le conduisent à distinguer 3 noyaux de population :

  • un noyau occidental (Aspe, Ossau, cirque Lescun),
  • un noyau oriental (Pyrénées orientales, une partie de l’Ariège et de l’Aude) et
  • un central (Ariège).

Si le lynx vit toujours dans les Pyrénées, il s’agit probablement du lynx boréal (Lynx lynx). D’autres avancent que c’est le lynx pardelle (Lynx pardinus) qui vit ici. Toutefois, aucune preuve formelle n’a été récoltée mettant en évidence la présence du lynx dans les Pyrénées.

Source : FERUS

02 septembre 2008

Le projet Life loutre en Belgique

Restaurer l’habitat de la loutre en Belgique dans les sites Natura 2000 d’un périmètre de plus de 250.000 ha ! Voilà l’objectif ambitieux du projet LIFE Loutre qui a démarré en octobre 2005 pour une durée de 5 ans. Il se terminera en septembre 2010.

Live loutreLIFE loutre : A travers l’ensemble de l’Europe, les effectifs des populations de loutres ont considérablement régressé au cours du dernier siècle. Même si le piégeage est aujourd’hui interdit, le maintien de l’espèce est toujours incertain car de nouvelles menaces sont apparues : destruction de l’habitat, dégradation de la qualité de l’eau, isolement géographique, mortalité accidentelle, dérangements... Cependant, grâce aux efforts de restauration menés par certains Etats, on assiste à une inversion de la tendance dans plusieurs pays d’Europe, notamment en France et en Allemagne.

En vue de restaurer les habitats de la loutre, une évaluation préalable de différents paramètres liés à la qualité des habitats s’avère nécessaire. Cette évaluation du milieu de vie de la loutre permet ensuite d’élaborer des propositions et de mener des actions concrètes sur le terrain.

Certes la loutre chasse principalement dans l’eau, toutefois c’est un animal terrestre qui doit sortir de l’eau pour éviter l’hypothermie, pour se reposer et pour manger. La berge constitue un lieu de retrait avec la possibilité de se cacher, de dormir, de creuser des catiches... Plus la berge présente un aspect sauvage et diversifié et plus la loutre se sent à l’aise.

Les actions sont nombreuses et diversifiées ; elles visent les secteurs agricole et forestier, les pêcheurs, les naturalistes, mais aussi tous les amoureux de la nature et de leur environnement proche. L’information du public est aussi un élément très important du projet.

Le creusement de mares, la création de havre de paix, la restauration de catiches naturelles, l’amélioration de la productivité piscicoles par la restauration de frayères et d’anciens bras morts, la levée d’obstacles à la circulation des poissons, etc…sont toutes des actions favorables à la loutre.

Les différentes actions proposées doivent conduire à une amélioration significative des conditions de vie et à l’augmentation de la capacité d’accueil pour la loutre dans un vaste territoire constitué de plusieurs réseaux hydrographiques transfrontaliers. A moyen terme, la zone du projet devrait devenir un maillon stratégique pour la recolonisation des différents cours d’eau par les populations en expansion situées au nord (Allemagne) et au sud (France). En outre, la loutre étant liée à une mosaïque d’habitats, de nombreuses autres espèces animales et végétales bénéficieront des actions proposées. La restauration aura également pour effet d’améliorer l’état de conservation des habitats compris dans les sites d’importance communautaire intégrés au projet.

Source : LIFE LOUTRE

25 août 2008

Le castor atténue les extrêmes des cours d'eau : étiage et crue

Le journal flamand "De Standaard" relate qu'en raison du réchauffement climatique, les rivières flamandes vont s'assécher de façon drastique pendant l'été, selon une récente étude de la KU Leuven.

Dans les 67 plus grosses rivières du pays flamand considérées par l'étude, le niveau d'eau chuterait de 50%! Cette étude permet de déduire que le rôle du castor va devenir absolument stratégique et vital dans la perspective du réchauffement climatique et de ses conséquences.

De nombreuses autres études scientifiques ont quant à elles démontré que le castor, en construisant des barrages, atténue les extrêmes des cours d'eau que sont l'étiage (niveau d'eau le plus bas du cours d'eau en période de sécheresse) et la crue (niveau particulièrement élevé du cours d'eau en période de précipitation): le bien-nommé architecte des rivières est un formidable régulateur de débit certifié. Et c'est tout de même extraordinaire: en cas de grande sécheresse, le castor réagit de façon dynamique en construisant de nouveaux barrages afin de compenser la rareté de l'eau.

Si l'étude de la KU Leuven chiffre l'ampleur du désastre pour la Flandre, il n'en reste pas moins que l'assèchement des cours d'eau n'est pas une spécialité flamande mais concerne aussi la Wallonie et tout le reste de l'Europe.

Les autorités belges utiliseraient adéquatement les moyens publics en renforçant la politique de restauration écologique des cours d'eau, toujours gravement dégradés. Le castor fera le reste, augmentera la biodiversité, améliorera l'infiltration de l'eau dans les nappes phréatiques, épurera les eaux polluées par lagunage et régulera les débits.

Source : Pays des castors

Evolution de la population de castors en 2008, en Belgique

Questions posées à Olivier Rubbers

Comment a évolué la population de castors en Belgique?
Actuellement, le castor a reconquis la totalité des plus grands cours d'eau wallons (Our et Sûre, Rur, Vesdre, Amblève, Ourthe, Lesse, Lomme, Semois, Meuse, Dyle, etc.) et nombre de leurs affluents. Sa popualtion est estimée entre 600 et 800 individus. Ils continuent à conquérir de nouveaux territoires.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans cette conquête, pour l'homme et pour le castor?
Dans les deux cas, aucune difficulté objective n'est rencontrée jusqu'à présent.

Y a t-il enfin un suivi officiel en Belgique, un Plan castor comme en Suisse?
Le castor est suivi principalement par le Réseau Castor, c'est à dire notre organisation composée de bénévoles. Sur le plan officiel, Benoît Manet du Centre de Recherche Nature Bois et Forêts est chargé par la Région wallonne du suvi du castor. En pratique, nous collaborons les uns avec les autres.

En quoi la présence du castor favorise t-elle la biodiversité et l'entretien des rypisilves? Quelle succession d'évènements favorisent l'apparition de nouvelles espèces dans les milieux où vivent les castors?
Le castor joue un rôle écologique vital. En construisant des barrages, le castor crée des habitats naturels sous la forme de zones humides (lacs, marécages, étangs, nouvelles rivières) et cela de façon massive! Mais, en plus, il offre le service après vente car il gère ces habitats naturels en coupant les arbres.

Ces coupes éclaircissent les berges augmentent la quantité de lumière qui arrive à l'eau et donc la photosynthèse. C'est tout l'écosystème qui ressuscite! En profitent en chaîne le plancton, les insectes, les batraciens, les poissons, les chauves-souris, martins-pêcheurs, hérons, cigognes, blaireaux, putois, etc.

Sans l'action stratégique du castor, la végétation se referme sur les zones humides, la quantité de lumière qui arrive à l'eau diminue, faisant chuter successivement les populations de plancton, batraciens, poissons, etc. Là où le castor s'installe, la biodiversité explose! De plus, les sommes consacrées aux débroussaillages des berges sont économisées. C'est le castor qui se charge du travail.

26 juin 2008

Expédition Francka : 2 artistes belges rendent hommage à l'ourse et à la cohabitation à travers une exposition

FRANCKA, l'ourse n'est pas tout à fait morte. Pendant que les associations de "sauvegarde du patrimoine pyrénéen" boycotte la concertation et refusent de participer au "Groupe National Ours", Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken, des jeunes artistes flamands rendent hommage au patrimoine que représente l’ourse Francka et à la cohabitation dans une exposition "Expédition Francka".

L’exposition Expédition Francka vient de se terminer au Centre-culturel de Stroombeek-Bever à Grimbergen (à quelques kilomètres du centre de Bruxelles). Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken ont entrepris cet hiver un voyage sur les routes des Pyrénées, pour y relever et photographier les inscriptions en faveur ou en défaveur de l’Ours. Ils sont revenus avec une quantité de photographies et de reproductions de tags qu’ils ont utilisés pour créer une œuvre qui est retournée… en Slovénie, dans la région d’origine de l'ours Francka. La boucle est ainsi bouclée.

Un article sur la mort de l’Ourse Francka en avril 2006, une des quatre ourses importées de Slovénie dans les Pyrénées a servi de point de départ d’une réflexion commune entre Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken sur des concepts tels que la migration, l’écologie opposé à l’économie ou au tourisme.

Expédition Francka Filip Van Dingenen et Annelies VaneyckenIls ont décidé ensemble d'entreprendre une expédition dans la région où l’ours brun Francka a été relâchée, pour découvrir les inscriptions et les tags qui expriment le mécontentement et la haine à l'égard des ours bruns qui ont mangés des moutons et des myrtilles au lieu d'assurer la la continuation de l’espèce – ce qui était l’objectif initial de leur délocalisation de Slovénie en France.

Les inscriptions anti Francka sur les routes telles que «Morts aux ours» ont révélés les différences et le choc culturel qui sépare les éleveurs ultrapastoraux et les militants de la cause de la sauvegarde du plantigrade ou les écologistes. Les artistes ont fait des modèles des "tags" sur une route en épingles à cheveux et les ont déplacés, ré-exportés sur une route... de Slovénie, dans la région d’origine de Francka et des quatres autres ours "importés".

Expédition Francka Filip Van Dingenen et Annelies VaneyckenFilip Van Dingenen et Annelies Vaneycken  parlent à cet égard d’une "reconstitution" ; un concept plus contemporain que l’on retrouve dans des émissions de télévision populaires. Prendre des faits qui se sont déroulés dans un lieu et les reproduire dans un autre, lié au premier par l'histoire.

Le contraste du déplacement d'un tag pyrénéen «agressif» dans la « généreuse » région d’origine de l’ourse Francka peut aussi être considéré comme une prise de position politique qui se réfère au fait divers Francka, mais aussi comme une œuvre d’art journalistique.

Ce projet de Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken peut être interprété comme une fable, un «exemple animal» de la problématique de l’émigration, dans nos états laïques, de réfugiés d'autres religions, avec les aspects de nationalité, d'identité, de différences et de peur générée par tout ce qui est différent : «l'autre», l’étranger.

L’œuvre d’art se compose entre autres, de deux grands panneaux muraux qui montrent d'une part, un beau paysage idyllique des Pyrénées, comme une carte postale qui feraient rêver à la terre promise. Une image où seul, discret, mais bien présent, le tag anti ours est comme une piqure, un appel au respect de la pureté de la race; et de l'autre la reproducion du tag sur une route qui s'enfonce dans une colline slovène.

En plus de ces deux belles affiches murales, une brochure reprend le journal du projet unique en son genre de ces deux artistes  co-lauréats d'un prix provincial (Prijs beeldende kunst en vormgeving 2007). Le journal a été distribué gratuitement au public. De cette façon, les deux artistes bousculent le cliché qui consiste à penser que l’art visuel n’est accessible qu’à une élite. Les visiteurs peuvent ainsi s’approprier les images des Pyrénées et de Slovénie pour se faire leurs idées de la générosité de l’homme.

Un ours Francka se cache peut-être en chacun de nous.

20 mai 2008

Procès de la réintroduction des castors en Belgique, Pour Olivier Rubbers, l'arrêt est attendu mercredi

La Cour d'Appel de Mons avait réservé 2 audiences complètes ces 12 et 13 février 2008 pour les plaidoiries relatives au Procès "Castor". 3 mois plus tard, elle rend son arrêt. Olivier Rubbers était défendu par Maître Alain Lebrun, avocat spécialisé en Droit de l'Environnement.
   
Le jugement sévère de la Cour d’Appel de Liège a été cassé

Olivier Rubbers sur un barrage de castors en BelgiqueAu mois de décembre 2006, la Cour d'Appel de Liège avait condamné Olivier Rubbers, pour détention de castors, à une amende de 2.478 euros (avec sursis pour les quatre cinquièmes) et à payer aux parties civiles plus de 36.000 euros provisionnels, pouvant monter jusqu’à 200.000 euros à faire valoir par ces dernières (à la faveur des prétendus dégâts causés par les castors qui auraient été illégalement détenus). La sévérité de l'arrêt en avait surpris plus d’un.
 
Le fait que le prévenu soit acquitté pour la réintroduction, mais condamné civilement pour les suites de la réintroduction semblait aussi illogique. Rappel des faits :

  • 1998 - 2000 : Olivier Rubbers est suspecté d’avoir réintroduit 101 castors sur le territoire belge.
  • 18.05.2005 : Le Tribunal correctionnel de Dinant condamne Olivier Rubbers à une amende de 2.478 € (avec sursis pour les quatre cinquièmes) et à 1€ provisionnel en faveur de la Région wallonne, de la Province de Luxembourg, de la Commune de Houffalize et de la propriétaire d'un étang.
  • 11.12.2006 : La Cour d'Appel de Liège condamne le prévenu à une amende de 2.478 euros (avec sursis pour les quatre cinquièmes) et à payer aux parties civiles plus de 36.000 euros provisionnels, pouvant aller jusqu’à 200.000 euros.
  • 09.05.2007 : La Cour de Cassation casse le jugement de la Cour d’Appel de Liège, sauf en ce qu’il acquitte Olivier Rubbers pour réintroduction du castor.

Réflexions sur les suites à l’arrêt de la Cour de cassation

La Cour de Cassation reproche à la procédure une violation fondamentale des droits de la défense. Celle-ci résulte de l’acharnement de la Région wallonne à faire flèche de tous bois. Les agents des Eaux et Forêts n’avaient en effet pas hésité, dans leurs perquisitions chez Olivier Rubbers, à saisir la correspondance, par nature confidentielle, entre le prévenu et son avocat.

Maître Alain Lebrun : La Région wallonne qui est partie civile a dépensé une énergie démesurée à vouloir faire condamner un robin des bois, dont la liberté de ton dérange. Elle a procédé à pas moins de 4 perquisitions mettant l’ensemble de la puissance de son Administration au service de sa propre cause. Une telle énergie judiciaire tranche avec le laxisme environnemental constaté dans bien des domaines.

Mais à vouloir tendre un filet, on se prend parfois à son propre piège : les Eaux et Forêts auraient dû le savoir. En envoyant des agents enquêter en Allemagne sans commission rogatoire, la D.N.F. a gravement transgressé les règles. Nul doute donc que devant la Cour d’Appel de renvoi, lOlivier Rubbers sortira gagnant de ce bras de fer et totalement réhabilité.

Quant au castor, il est déjà réhabilité dans l’opinion publique. L’architecte des rivières crée des habitats naturels exceptionnels, agit de façon extraordinaire contre les conséquences du réchauffement climatique. Le tourisme à la découverte de ce gestionnaire hors pair, en Wallonie, est, pour sa part, en pleine expansion !

Procès de la réintroduction de 101 castors en Belgique - Olivier Rubbers Les conclusions d'appel rédigées par Alain Lebrun (PDF - 215kb)

Une conférence de Presse sera organisée par le bureau d'Avocats Lebrun, 6 Place de la Liberté  à 4030 Grivegnée (Liège), ce mercredi 21.05.2008 à 16h00 en présence d'Olivier Rubbers, le prévenu et d'Hector le Castor, la nouvelle mascotte de l'Ardenne.

Procès de la réintroduction du castor en Belgique - Olivier RubbersL'Inventaire des pièces

08 janvier 2008

Evolution de la population de castors en Belgique en 2007

Olivier Rubbers est le père des castors en Belgique. Faisons avec lui le bilan de l'année 2007 pour la population de castors belges. Interview d'un des acteurs principaux de la réapparition des castors en Belgique.

La buvette des alpages (BA) : Vous suivez de prêt la population de castors en Belgique. Comment a évolué cette population et les sites castors belges en 2007 ?
Olivier Rubbers : « En Wallonie, de nombreux nouveaux sites de castors ont été découverts cette année dans les bassins de l'Ourthe, de la Semois, de la Meuse et de l'Hermeton. La situation évolue aussi dans le bassin de la Lesse mais plus lentement. En Flandre, de nouveaux sites apparaissent sur la Dyle et l'Escaut. En France, les populations de castors évoluent également très favorablement sur la Meuse, le Bar et la Chiers.

La population de castors en Belgique est estimée à au mois 600 individus. Rien qu’en Wallonie, on compte quelques 130 sites castors. Les sites les plus spectaculaires se situent :

  • en Haute-Ardenne (Vielsalm, Houffalize, Saint-Hubert, Libramont, Sainte-Ode),
  • en Ardenne namuroise (Gedinne, Bièvre),
  • en Gaume (Arlon, Etalle, etc.)
  • et en Famenne (Beauraing, Hotton, Durbuy). »

hutte en île et barrage de castors en BelgiqueUn barrage impressionnant de plus d'1,5m de hauteur et une belle hutte en île. Photo Paysdescastors.

B.A. : Quelle est la particularité des sites castors en Belgique ?
Olivier Rubbers : « De très nombreux sites sont impressionnants, avec des barrages, des canaux et des huttes de dimensions exceptionnelles ! La Belgique possède les plus beaux sites de castors en Europe avec la Norvège et la Pologne.»

B.A. : Y a –t-il beaucoup de problèmes de dégâts ou de cohabitation entre les hommes et les castors ?
Olivier Rubbers : « Il n'existe aucun dégât objectif significatif. Cette réjouissante réalité est reconnue par le Centre de Recherche Nature Bois et Forêt de la Région wallonne en charge du suivi du castor. Nous sommes attentifs à prévenir les éventuels dégâts objectifs potentiels. Un important travail de médiation est réalisé, via la presse et de nombreux contacts personnels sur le terrain. L'information permet d'apaiser bien des craintes et de réaliser le bonheur inouï de revoir le castor chez soi. Beaucoup de personnes ignorent que des castors vivent si près de leurs jardins. Quand ils s'en rendent compte, ils sont remplis d'admiration devant les travaux de ces bâtisseurs des ripysilves»

B.A. : Qu’est ce qui freine encore la colonisation de certaines rivières ou régions du pays ?
Olivier Rubbers : « Rien de particulier. Avec le temps, le castor sera à peu près partout en Belgique.»

B.A. :  Y-a-t-il un suivi scientifique de la population de castors en Belgique ?
Olivier Rubbers : « Il existe en Belgique un Réseau Castors composé d'une cinquantaine de personnes qui assurent le suivi et la protection du castor. Le Réseau Castor, qui est une initiative privée, travaille de façon permanente. D’autre part, le Centre de Recherche Nature Bois et Forêt assure lui-aussi le suivi avec l'ensemble des ingénieurs et agents des forêts de la Région wallonne. Les échanges d'informations se produisent également entre ces deux structures qui, dans les faits, collaborent.

A l'échelle de la Région et des communes, sur le plan officiel, certains ingénieurs et agents des forêts s'impliquent fortement pour la protection du castor. Certaines communes mettent fortement le castor en avant sur le plan touristique, comme Gedinne et La Roche-en-Ardennes.»

B.A. :  Que pense la population de la présence récente des castors et comment réagissent les touristes et les familles qui sont emmenées sur le terrain par les guides castors que vous avez formés ?
Olivier Rubbers : « La population est généralement favorable. Les touristes sont enchantés car les réalisations des castors dépassent souvent leur imagination. Voici ce qu'a écrit un journaliste du magazine Humo à propos du castor, suite à une visite: «Ses œuvres sont éblouissantes mais lui-même reste invisible: Dieu est un castor ! Le castor est travailleur, modeste et un peu maladroit. En fait, c'est un belge typique ! La population se sent proche de cet animal attachant.» Le nombre de personnes intéressées par les castors augmente. Nous cherchons encore à former de nouveaux guides.

Barrage de castor en BelgiqueUn barrage de castor de plus de 150 m de largeur. Photo Jorn Van den Bogaert.

B.A. :  Certains vous reprochent de faire un véritable tourisme autour des castors : journées à thèmes où, outre le castor, on retrouve la découverte de la gastronomie locale, fromages, bières et autres spécialités sympatiques. Quelle est l’influence de ses visites sur la population de castors et sur son acceptation ?
Olivier Rubbers : « Le tourisme Castor ne nuit en rien à la prospérité des castors en Belgique. Au contraire, il améliore encore l'acceptation, déjà bonne, du castor par les populations locales.

Le castor est de plus en plus perçu comme une source de revenu, aussi en basse saison, et mieux encore, une source de différentiation touristique par rapport à d'autres régions présentant une offre touristique semblable à l'Ardenne comme les Vosges, le Jura ou l'Eifel. Le castor fait la différence et attire aussi les touristes étrangers ! Une délégation de spécialistes français est venue pour découvrir les sites belges remarquables. En France, on ne trouve pas d'huttes en îles semblables aux nôtres.

En hiver, en Ardennes, quand il n’y a pas de neige, il y a très peu de touristes ; or c’est une très bonne période pour découvrir les indices de présence des castors. La progression le long des rivières facile, la végétation est au repos, l'observation des coulées, des coupes, des barrages et de la constitution de réserves alimentaires pour la saison froide est aisée.

L'échevin du tourisme de La Roche-en-Ardenne, Guy Gilloteaux, a choisi le castor comme nouvel emblème de la région touristique La Roche – Houffalize ! Le castor deviendra le nouvel emblème wallon, à la place du coq, pour des raisons évidentes (rire)..»

B.A. :  Comment évoluent les populations de castors dans les autres pays d’Europe ?
Olivier Rubbers : « Les castors recolonisent leur ancienne aire de répartition naturelle en Europe. L'ensemble des cours d'eau seront à nouveau redynamisés par sa présence durant le XXI ème siècle.

B.A. :  Que diriez-vous en conclusion à ceux qui se demandent à quoi peuvent bien servir les castors ?
Olivier Rubbers : « Le castor est bien plus qu'une espèce animale indigène et bien sympathique à protéger. C'est un promoteur immobilier en réserve naturelle ! Il développe les zones humides massivement et en assure par dessus le marché la gestion en coupant la végétation sur les berges. Ce travail permet d'augmenter l'afflux de lumière jusqu'au milieu aquatique et de développer le cycle de vie des zones humides. D’abord la lumière provoque l’arrivée du zooplancton, du phytoplancton. Cela permet le développement des batraciens, des insectes, puis apparaissent martin-pêcheur, hérons, cigognes noires, putois, blaireaux, chauves-souris, etc.

Le castor crée de la richesse naturelle et améliore la biodiversité des zones humides qu’il entretient facilement sans interventions humaines ni budgets à dégager !»

Olivier Rubbers

Pour participer à une journée de visite des sites castors, pour devenir guide castor ou pour recevoir la lettre d'information du site "pays des castors", contacter le bureau des Guides - Ferme des Castors (Organisme agréé par la Région wallonne) - GSM 0498.04.30.68 - Le Pays des Castors - La Chaîne des Terrils, "les petites Alpes en Sol mineur"

24 novembre 2007

Thomas Gunzig : "Bande de cons !"

Extrait de l'émission radio de la Première (RTBF) "La Semaine Infernale" du samedi 8 novembre 2007
par Thomas Gunzig 

Thomas Gunzig - La semaine infernale, Bande de cons."Bande de cons !
pas vous, cher public !
Les autres, les formateurs, informateurs, explorateurs, chefs de groupe, présidents de partis flamands, présidents de partis francophones, seconds couteaux, troisièmes couteaux, de gauche, de droite, les cathos, les écolos, les franc-maçons, les libéraux...
Bande de cons de Flandre
Bande de cons de Bruxelles
Bande de cons de Wallonie.

D'abord à tous ceux qui croient avoir gagné les élections d'il y a 5 mois, à tous ceux qui avaient un grand sourire, à tous ceux qui avaient les bras en l'air, le temps est venu de vous avouer quelque chose : les gens n'ont pas voté pour vous parce qu'ils vous aimaient. Les gens ont voté pour vous parce qu'ils étaient obligés.

A la veille du onze juin : dans les rues, les maisons, les bureaux les gens hochaient la tête et se demandaient vraiment qui ils allaient pouvoir choisir parmi ce catalogue de nuls, de klettes, de nouilles, d'opportunistes agressifs,
de carriéristes sans charisme,
de mal fringués,
de gros types à l'élocution problématique,
de petits nerveux en pleine tendinite de l'égo,
de semi-hystériques,
de semi-mafieux,
de cyniques,
de je-m'en-foutistes,
de ratés de tout le reste,
de fils à papa,
d'experts comptables en décrochage professionnel
d'entrepreneurs en faillite frauduleuse,
de sinistres,
de pas lavés,
de faux gentils
de vrais méchants...

Les Leterme, De Crem, Reynders, Milquet, Michel, De Wever, Maingain, Wathelet, Bacquelaine...
Cette morbide collection de nevrosés qui nous gouvernent avec leur troubles anxieux, leurs troubles dissociatifs, leurs troubles psychosexuels, leur troubles obsessionels compulsifs.
Et en plus, ils sont tous... si moches.

Cette élection, à tout le monde, ça a un peu fait l'impression d'un de ces mariages forcés que l'on organise dans des pays très loins d'ici. C'est comme si on avait été une jeune fille devant choisir entre le vieux marchand qui pète au lit où l'arrière-cousin qui ne se brosse pas les dents.

Bande de cons, vous n'avez rien gagné du tout.
Si c'était possible, on reprendrait nos voix et on ne les donnerait qu'après les négociations,
à ceux qui auraient su être un peu intelligents, un peu sobres, un peu humains.
Mais non donner c'est donner, reprendre c'est voler.

Vous aviez un chouette petit pays, pas très grand mais bien équipé
de voisins plutôt sympas
bien situé, avec la mer, avec la forêt, avec pas trop de charges.
Vous aviez une chouette petite population, pas parfaite-parfaite, mais en gros, ce n'étaient pas des talibans non plus, c'étaient pas des Contras, c'étaient pas des Tigres Tamouls. Une petite population de fabricants de pralines, de marchands de kayaks, de chanteurs à texte, de comiques parfois drôles, de stylistes un peu punks, de postiers plutôt polis, de sportifs en minijupe, de flics à moustaches, des tas de gens prêts à travailler plus à gagner toujours moins et à ne pas dire grand chose.
Une petite population qui mélange le goût des mandarines à celui des spéculoos.
Une petite population qui n'a rien contre l'Eurovision ni les horodateurs.
Une petite population qui rend visite à ses grands-parents le dimanche pour boire un café après le chicon gratin. Une petite population de buveurs de bière et de joueurs de kicker.
Une petite population qui emmène ses enfants à Plankendael au printemps et à Paradisio en hiver.., comme ça, sans ennuyer le monde, en VW Touran. Une petite population prévoyante qui a quelques euros sur un compte épargne et une concession au cimetière.
Une petite population qui est plutôt toujours d'accord et en gros une petite population qui ne veut pas d'histoires.
Et vous, bande de cons, tout ce que vous trouvez à faire,
ce sont ces petites réunions où l'on tourne encore plus en rond que sur un circuit Märklin
ce sont ces petits comités aussi stériles qu'un champ patates à Tchernobyl
ce sont ces petites réactions à chaud qui me rappellent les crises de mon chat quand il n'aime pas la marque de ses croquettes
ce sont ces airs de petits tribun en solde
ce sont ces grands chevaux sur lesquels vous montez et qui seront toujours comme ces petits poneys tristes de la foire du midi.
Tout ce que vous trouvez à faire, c'est de vous tirer dans les pattes pour gagner une floche qui vous donnera droit à un tour gratuit sur ce manège sinistre que vous appelez "politique".

Bande de nuls !

Alors moi,
J'ai eu une idée,
une grève,
une vraie grève,
une bonne grève
une grève de tout le monde tant que la politique Belge ressemblera à une conserve de rollmops :
les enfants n'iront plus à l'école,
les femmes enceintes n'accoucheront pas, les déménageurs ne déménageront pas.
Navetteurs, ne navettez plus.
Alcooliques, n'alcoolisez plus.
Chauffeurs, ne chauffez plus.
Pilotes, mécaniciens, traiteurs, bouchers, pêcheurs, éboueurs, esthéticiennes, taxidermistes, stripteaseuses, scaphandriers, géomètres experts, fleuristes, tradeurs, opticiens, huissiers, substituts, gourous, préfets, trésoriers, banquiers, infographistes, ajusteurs, analystes-programmeurs, techniciens hotline, proxénètes, dealeurs, animateurs, orthodontistes, urologues, animateurs socioculturels, fossoyeurs...
Et tous les autres...
Total Stand By.
On arrête tout...
Et vous verrez que dans trois jours,
il feront moins les malins."

Thomas Gunzig est né à Bruxelles (1970). Licencié en Sciences Politiques, Thomas Gunzig exerce le métier de  libraire (Tropismes à Bruxelles). Dès la parution de son premier recueil de nouvelles, il se fait remarquer par l'humour cruel avec lequel il entraîne ses lecteurs dans un univers de cauchemar inspiré des pires excès du monde actuel. Ce 8 décembre, il a dit tout haut ce que les belges pensent tout bas. Merci monsieur Gunzig.

04 octobre 2007

Projet LIFE de restauration des tourbières et des milieux humides du plateau de Saint-Hubert

Source : Projet LIFE de restauration des tourbières et des milieux humides du plateau de Saint-Hubert 2003-2007, plaquette de fin de projet

Introduction

Ardennes belges - Le massif forestier de Saint-Hubert et la forêt de Freyr occupent une place centrale en Ardenne. Riche de son patrimoine et de son histoire intimement liés aux forêts et au Cerf, cette région a vu se développer, aux cours des vingt dernières années, toute une série d'initiatives et de projets au sein desquels le LIFE-Tourbières est venu s'inscrire très naturellement.

L'UGCSH (Unité de Gestion Cynégétique du massif forestier de Saint-Hubert), porteuse du projet, a été créée au printemps de 1985 dans une volonté affichée des chasseurs de travailler en commun à une gestion plus harmonieuse de la grande faune. Le territoire emblématique des Chasses de la Couronne y jouera un rôle primordial de lieu de rencontres des intérêts sylvicoles, cynégétiques et d'ouverture de la forêt au public.

Forts de cet élan, d'autres projets virent le jour comme la création d'un Centre Régional d'initiation à l'Environnement (CRIE) au Fourneau St-Michel mais aussi la mise en place d'une structure unique à ce jour en Région wallonne: un projet de gestion intégrée du massif (PGISH).

Réunir les partenaires, confronter les points de vue, trouver des pistes de gestion respectueuse des équilibres et des différents acteurs deviennent peu à peu sur cette partie de l'Ardenne une manière de gérer.

Le LIFE a trouvé là un terreau idéal pour naître et prospérer.

Ce résumé des actions menées entre 2003 et 2007 se veut dès lors également être un remerciement vif aux très nombreux partenaires sans lesquels un tel projet ne peut être mené à bien avec efficacité.

La biodiversité dans les plantations d'épicéas LIFE Saint-HubertLa biodiversité typique des sapinières : à part les épines, rien qu'un peu de mousse.

Le Centre de Recherche de la Nature, des Forêts et du Bois (CRNFB) de la Région wallonne qui a rédigé ce projet de restauration des tourbières et assisté l'équipe dans la mise en place des indicateurs scientifiques de suivi, les très nombreux acteurs locaux: les territoires de l'UGCSH; les mandataires communaux et leurs services administratifs; les propriétaires privés et leurs gardes; les gestionnaires, dont le personnel de la Division de la Nature et des Forêts (DNF) des cantonnements de Nassogne et de Saint-Hubert, de la Direction de Marche ou des services centraux qui ont été au front pour nous aider à mener à bien un vaste projet forestier sur un délai court; les administrations de la DGRNE, de la DGATLP, de la DGA; les contacts au niveau de la Commission européenne ou des bureaux d'Ecosystems et d'Astrale pour le suivi du projet et les conseils avisés; les très nombreux entrepreneurs qui se sont succédé, avec soin et parfois obstination, durant quatre saisons sur nos chantiers de déboisement, de restauration hydrique ou de construction de bergerie; les bénévoles qui ont effectué des travaux ou participé aux relevés des indicateurs de suivi; le personnel du CRIE qui a organisé des animations relatives aux tourbières; l'équipe du PGISH qui a inscrit le projet LIFE dans sa démarche de gestion participative; le berger qui a exploré les solutions de pâturage des landes; les divers syndicats d'initiative et maisons du tourisme qui ont intégré la présence du LIFE dans leur dynamique touristique; les artisans qui ont mis en valeur le LIFE au travers de documentaire vidéo, de brochures, de panneaux didactiques; les nombreux stagiaires et mémorants qui ont assisté l'équipe; le personnel des autres projets LIFE actifs en Région wallonne pour les échanges d'expériences.

La réussite du LIFE est leur réussite commune.

L'équipe du LIFE-Tourbières. 

Présentation du projet, enjeux et contexte du massif

Localisation

Plateau de Saint-Hubert, province de Luxembourg, Région wallonne, Belgique.
Sites Natura 2000 concernés: Haute Wamme-Masblette (BE34029) Forêt de Freyr (BE34030).

Dates

2003 - 2007.

But

Restauration des tourbières et des milieux humides.

Le projet s'étend sur une zone de travail potentiel de 842 hectares, appartenant à des propriétaires très différents: la Région wallonne (20%) ,9 communes différentes (63 %) et une quinzaine de propriétaires privés (17 %).

La plupart de ces zones ont été en résinées à partir de la seconde moitié du XIXO siècle et la biodiversité caractéristique des habitats tourbeux y a, par conséquent, fortement régressé.

Le projet LIFE s'est assigné plusieurs grands objectifs :

  • sur 300 ha minimum, convaincre les propriétaires d'abandonner la sylviculture résineuse et de doter ces zones d'un statut durable de conservation de la nature.
  • sur 150 ha minimum, restaurer les habitats par l'abattage des résineux et le bouchage du réseau de drainage, la création de digues et de mares
  • sur 100 ha minimum, maintenir les milieux ouverts grâce à un pâturage ovin (400 moutons) (construction d'une bergerie, de deux enclos fixes et gestion par clôtures mobiles) sensibiliser les propriétaires au fait que la production sur ce type de sols est non rentable alors que le développement de la nature est une meilleure orientation de gestion avec des intérêts indirects (ressources en eau, valeur paysagère, tourisme, équilibre faune - flore) intégrer la conservation de la nature dans une forêt à vocations multiples: production, chasse, tourisme, pédagogie, ...

Rapports chasse et conservation de la nature

Le projet LIFE Tourbières est géré par une association de chasseurs (UGCSH) regroupés depuis 1985 en Conseil cynégétique sur le plateau de Saint-Hubert. Le territoire de ce Conseil couvre 55.000 hectares de forêts et regroupe plus de 140 territoires de chasse.

Il peut sembler étonnant de voir le milieu de la chasse s'intéresser à un projet de restauration d'habitats naturels, projets généralement réservés aux associations environnementales.

Pourtant, les intérêts de la conservation de la nature peuvent rejoindre ceux de la chasse. En termes d'équilibre entre la forêt et la grande faune.

Comme beaucoup de massifs forestiers wallons et européens, le plateau de Saint-Hubert est confronté à des problèmes de régénération et de diversification des essences forestières. La grande faune (cerfs, chevreuils et sangliers) est souvent jugée responsable de cet appauvrissement forestier. Mais l'absence de larges zones ouvertes en forêt qui puissent lui offrir une nourriture variée joue également un rôle dans ce déséquilibre. Les zones restaurées par le projet LIFE offrent une alimentation naturelle (herbacée et ligneuse), bien répartie sur l'ensemble du massif.

En termes de quiétude de la faune et d'opportunité touristique. La grande faune a besoin de quiétude pour se nourrir, se reproduire et élever ses jeunes. La vocation touristique importante du massif forestier peut contrarier ce besoin de quiétude.

Des aires de vision sont créées en bordure des zones ouvertes par le LIFE. Cette offre d'accueil pour le public doit être doublée de la création de zones de quiétude réservées à la faune. Le grand public peut alors observer les animaux évoluant en toute tranquillité. Le secteur touristique local peut miser sur cette nouvelle dimension pour accroître l'attractivité de la région.

Au niveau européen, la philosophie de Natura 2000 est d'assurer la protection des habitats naturels et des espèces tout en poursuivant les activités humaines, dont la chasse. Pourtant des tensions et incompréhensions entre les différents usagers du milieu naturel naissent autour de Natura 2000. Dans certaines régions européennes, ces oppositions sont parfois très tendues. L'exemple concret de la réalisation d'un projet LIFE piloté par une association de chasseurs peut donc démontrer que la cohabitation des différents usagers est non seulement possible mais peut s'avérer profitable à tous.

Phase de négociations et types de propriétaires et de gestionnaires

Les zones prioritaires de travail définies au dépôt du projet étaient les reliquats de tourbières, de landes tourbeuses ou d'autres milieux humides (bas-marais, boulaie tourbeuse etc.). La cartographie était donc strictement écologique. Mais l'histoire du massif de Saint-Hubert ne s'est pas basée sur l'écologie. Les propriétaires concernés par le LIFE sont donc très variés : trois forêts domaniales (Saint-Michel, Freyr et Hazeilles), propriétés de la Région wallonne côtoient des forêts de 4 communes riveraines du massif (Nassogne, Sainte-Ode, Saint-Hubert et Tenneville). Le massif comporte aussi des parties de forêts propriétés de 5 communes, distantes des sites sur lesquels le LIFE est intervenu (Bastogne, Bertogne, La Roche-en-Ardenne, Libramont et Vaux sur Sure). Enfin, des parties significatives des sites du LIFE se trouvent sur une quinzaine de propriétés privées de tailles très variables.

La première phase du LIFE a donc été très largement consacrée à un processus d'information et de négociations avec ces différents types de propriétaires et gestionnaires.

Réunions avec les Collèges échevinaux et les Conseils communaux, visites de terrains avec les agents de la Division de la Nature et des Forêts, négociations avec les titulaires des droits de chasse sont autant d'étapes qui ont précédé la décision relative aux zones qui pourraient finalement voir la sylviculture résineuse abandonnée et bénéficier des travaux de restauration.

Si les propriétaires ont souvent compris le peu de rendement sylvicole que ce type de sols pouvait leur offrir, ils ont également été sensibles à l'impact positif du LIFE sur la gestion de l'eau, la valeur paysagère et touristique ou l'amélioration de l'habitat pour la grande faune.

La plupart des propriétaires privés, eux, étant également chasseurs ou amateurs de grande faune ont trouvé un intérêt à intégrer une partie de leur propriété au processus de restauration d'habitats ouverts.
Au total ce sont 677 hectares qui ont été obtenus suite à cette phase de négociation.

Phase d’exploitations des peuplements et semis naturels d’épicéas

La plupart des sites restaurés par le LIFE étaient occupés par des épicéas, à divers stades de développement.

A chacun de ces stades a correspondu un type de travail particulier d'élimination des résineux.

Abattage des épicéas LIFE Saint-Hubert4 parcelles nettoyées de leurs épicéas bien alignés.

Abattage

Les peuplements d'épicéas à abattre avaient, pour la plupart d'entre eux, plus de 40 ans. Ils ont été mis en vente et abattus sur lit de branches. Cette technique garantit les chances de restauration future des habitats naturels, sur ces sols très fragiles. Elle est également nécessaire pour faciliter l'exploitation et éviter que les engins ne s'embourbent.

Bois énergie

Quelques peuplements plus jeunes ont été exploités comme « bois-énergie» pour la fabrication de plaquettes, matériau qui sera valorisé dans une chaudière publique à Tenneville, une des communes concernées par le projet LIFE. Il va fournir deux années complètes de combustibles pour la commune.

Broyage

Enfin, de larges surfaces étaient occupées par des semis naturels d'épicéas résultant des tempêtes du début des années nonante. Le broyage de ces épicéas s'est effectué à l'aide de broyeurs sur tracteur chenillé ou à bout de bras de pelle mécanique. Un travail manuel s'est avéré nécessaire sur les sols trop fragiles.

Travaux divers

Certains sites semi naturels ont également nécessité des travaux très délicats d'enlèvement de grands épicéas isolés, de suppression des bouquets de saules ou de dégagement de bouleaux. On a eu recours au débardage au cheval de trait ou au câblage pour limiter au maximum l'impact du débardage sur les sols.

Cette phase s'est clôturée par la remise en état des sols après exploitation. Mise en andains des rémanents ou des broyats, étrépage (enlèvement de la couche superficielle su sol) de parties de sites pour dynamiser la banque de graines ont ainsi précédé la phase suivante de la restauration qui concerne le volet hydrique.

Phase de restauration hydrique

Une fois les sites débarrassés des peuplements ou des régénérations d'épicéas, le travail de restauration hydrique a pu être entamé.

La présence d'eau en quantité et en permanence est primordiale pour le maintien des milieux tourbeux et les landes humides.

Elle favorise le développement de différentes plantes (sphaignes, linaigrettes, ...) nécessaires à la formation de la tourbe.

Restauration des milieux humides - Naissance de dizaines de mares LIFE Saint-Hubert

Les drains sont bouchés, des centaines de mares pour la cigogne noire et les batraciens.

Cette phase du projet LIFE consistait donc à boucher tout le réseau de drainage des anciennes plantations résineuses. A titre d'exemple suffisamment illustratif, les parcelles au drainage le plus conséquent comptaient jusqu'à 1250 mètres courants de drains à l'hectare! Là où anciennement on faisait tout pour évacuer l'eau au plus vite, le LIFE va tout faire pour la retenir.

Boucher les drains, construire des digues minérales, récupérer l'eau des peuplements voisins, ralentir son écoulement, creuser des mares : autant de travaux qui ont permis de rendre aux habitats restaurés leur caractère très humide de fagnes.

Les objectifs à atteindre, initialement prévus au projet, ont été assez largement dépassés. Le projet LIFE a pu ainsi neutraliser plus de 80 kilomètres de drains Au total, 24 grandes mares ont été creusées. Plus de 2600 petites mares résultant du bouchage des drains ou de la création de digues minérales s'ajoutent à ce réseau de points d'eau. Plus de 15 kilomètres de digues minérales ont été construites.

Le résultat de cette action hydrique sur la biodiversité est particulièrement spectaculaire spécialement au niveau des observations de libellules, des amphibiens ou de l'avifaune (bécassine des marais, chevalier cul-blanc, faucon hobereau, cigogne noire, ...).

Vues du ciel, l'eau apparaît à nouveau présente partout.

Végétalisation et restauration d’habitats feuillus

Semis de sphaignes, plantations de linaigrettes, bouleaux, sorbiers LIFE St HubertDes rizières en Ardennes? Non, plantation de sphaignes et de linaigrettes.

Après l'abattage des épicéas, certaines parties de sites ont été étrépées. Ce décapage superficiel permet ainsi aux graines en dormance sous le sol, parfois depuis de très nombreuses décennies, de se réveiller au contact de la lumière et de la chaleur et de germer.

Pour favoriser la recolonisation végétale des habitats remis sous eau, des semis de sphaignes et des plantations de linaigrettes ont également été réalisés. La recolonisation des zones mises à nu ou des petites mares, tant par la sphaigne que par la linaigrette, s'est avérée extraordinairement efficace.

Profitant des grandes surfaces obtenues lors de la phase de négociation, il a été décidé de recréer des habitats feuillus, essentiellement sur argiles blanches et sur sols paratourbeux : boulaies sur tourbe (9100*), les boulaies chênaies (9190) et les aulnaies rivulaires (91 EO*) avec tout le cortège arbustif qui les compose naturellement.

De larges zones de feuillus divers vont ainsi pouvoir reprendre leur place naturelle sur un massif trop largement dominé par le hêtre et l'épicéa. Ils vont également créer un effet de lisière, zone intermédiaire très intéressante en termes de biodiversité entre les hauts peuplements (pessières et hêtraies) et les zones ouvertes nouvellement créées par le LIFE. Enfin, le retour de ces essences feuillues diverses sur le plateau devrait jouer un rôle important pour la faune en lui offrant une nourriture ligneuse abondante, diversifiée et bien répartie sur le massif. Elles devraient en cela concourir à la réduction du déséquilibre entre la présence de la grande faune et un milieu, jusqu'ici, peu accueillant.

Des semis de bouleau pubescent (Betula pendula), de bouleau verruqueux (Betula verrucosa) et de sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) ont été réalisés sur une surface totale de 55 hectares. Du saule (Salix aurita.) a également été reproduit au départ de plus de 15.000 boutures.

Plus de 2000 plants de chênes ont également été installés.

La croissance des essences les plus sensibles (chêne, sorbier et bouleau pubescent) a été garantie par la mise en place de clôtures de protection contre la grande faune, clôtures érigées par le LIFE et les titulaires locaux de droit de chasse. La surface ainsi temporairement sous clôture couvre 33 hectares.

Gestion par pâturage

La volonté de maintenir durablement ouvertes certaines zones du LIFE et d'y favoriser au maximum la biodiversité typique des landes humides mais aussi des landes sèches est réalisée grâce à une gestion par pâturage (essentiellement ovin mais aussi bovin) et par fauchage. Ce sont plus de 100 hectares qui sont ainsi gérés par pâturage.

Des brebis au milieu de la forêt du LIFE Saint-HubertPaturage de brebis et de vaches rustiques.

Dans le cadre du projet, une bergerie a été construite qui puisse accueillir 400 moutons.

Trois races ont été choisies pour leur rusticité: des Mules (en provenance d'Ecosse), des roux ardennais (race locale) et des Heidschnucken (ou moutons des bruyères, d'origine allemande). Des races de vaches rustiques (Galloway) gèrent également plusieurs sites du projet LIFE.

Du bétail en forêt? La présence de moutons ou de vaches en forêt peut surprendre et pourtant ... La plupart des sites gérés par le projet LIFE-Tourbières ont seulement été boisés pendant la première moitié du XXO siècle. Avant ces plantations, les villageois confiaient leurs chèvres et leurs moutons à des bergers qui les surveillaient sur ces grandes landes. C'est ce pâturage historique qui a contribué au maintien de ces landes accueillant plantes, papillons des milieux humides et oiseaux typiques des milieux ouverts.

Moutons et faune sauvage? De mai à octobre, les moutons vivent sur le territoire de la grande faune (cerf, chevreuil, sanglier). Par leur pâturage, les moutons rajeunissent sans cesse la végétation. Une herbe jeune réapparaît en fin de saison, dès le départ du troupeau. Cerfs et chevreuils profitent de cette nourriture riche avant l'arrivée de l'hiver. Les fagnes ouvertes par le projet UFE peuvent dès lors jouer ce rôle de gagnage naturel qui participe à un meilleur équilibre entre la faune sauvage, son milieu et la production sylvicole.
5 sites sont clôturés pour les bovins et deux pour les moutons. Durant la saison de pâturage, d'autres sites sont gérés sous clôtures mobiles électriques.

L'accès aux primes liées aux mesures agro environnementales (MAE), le maintien d'une race locale (Roux Ardennais) et l'option d'un élevage « bio » devraient participer à l'équilibre financier de l'élevage.

Sensibilisation et accueil du public

Un des rôles importants du projet LIFE consiste à informer et sensibiliser un public large et diversifié aux thématiques de conservation de la nature et plus particulièrement à la protection des habitats et des espèces.

Au départ du projet, une brochure a été distribuée en toute boite, dans les villages du massif. Elle exposait l'intérêt des tourbières et de leur restauration ainsi que les types de travaux envisagés.

Le Centre Régional d'Initiation à l'Environnement (CRIE) du Fourneau Saint-Michel a mis au point deux modules pédagogiques sur les tourbières pour les écoles primaire et secondaire.

Naissance d'un paysage ouvert remplacant les plantations d'épicéas LIFE Saint Hubert

Naissance de paysages ouverts sans brûlis. Des bosquets sont gardés pour la protection du gibier.

Une série de 13 panneaux pédagogiques ont été réalisés sur les différentes thématiques propres au projet LIFE et placés en différents endroits du massif, à proximité des tracés de ballades existantes ou à l'intérieur des aires de vision. Ils abordent et illustrent le Réseau Natura 2000, les travaux de restauration, la gestion par pâturage, les indicateurs de suivi, la restauration des fonds de vallée, ...

Un documentaire vidéo de 14' «Des épicéas aux tourbières» retrace toute l'évolution du projet. Il servira d'outil de sensibilisation à la Réserve Naturelle Domaniale consécutive au LIFE.

Sur base de compensations qui étaient dues aux communes par le LIFE, pour coupes prématurées de certains peuplements, les communes de Nassogne et de Saint-Hubert ont décidé de faire construire trois grandes aires de vision. Le territoire des Chasses de la Couronne a également créé des observatoires semblables en bordure de zones ouvertes par le LIFE. Ces infrastructures, outre leur rôle de mise en valeur paysagère des zones ouvertes, permettront une vision de la faune sauvage aussi favorable que possible tant pour la quiétude de la faune que pour le confort du grand public. L'équipe du LIFE a réalisé, en collaboration avec les offices de tourisme des communes du massif et de nombreux bénévoles locaux, une série de fiches didactiques qui sont insérées dans les cartes de promenades balisées du massif. Chacune de ces fiches expose une thématique de la gestion forestière ou de la conservation de la nature. Elles accompagnent le promeneur au gré de ses ballades.

Mise en place des indicateurs de suivis

Il est important, dans le cadre d'un projet d'une telle envergure, de pouvoir suivre et mesurer, dans la durée, les effets à court et long terme des travaux entrepris et des mesures de gestion mises en place.

Pour ce faire, des indicateurs de suivi ont été identifiés et mis en place sur le terrain.

Le but d'une telle démarche est de comparer la situation préexistante au projet avec les effets induits par les travaux de restauration réalisés dans le cadre du projet.

Il était également important de pouvoir appliquer une méthode aussi similaire que possible à celle qui est utilisée au sein de toute la Région wallonne pour suivre l'état de conservation des sites Natura 2000.
Le LIFE a retenu les indicateurs de suivi de différents paramètres importants.

  • relevés des espèces végétales : ils permettent de suivre l'évolution de la recolonisation des sites par les plantes typiques des tourbières et des landes humides
  • points d'écoute de l'avifaune : à deux périodes précises chaque année, on écoute et détermine les oiseaux chanteurs sur les sites. On peut ainsi mesurer le recul d'espèces liées aux milieux forestiers fermés, l'apparition ou l'augmentation de la présence d'espèces liées aux milieux ouverts (traquets pâtres, pipit farlouse, coucou, pies-grièches grises et écorcheurs, ...)
  • relevés papillons et libellules: on détermine et on estime les espèces et le nombre d'individus présents sur les nombreuses mares, lisières ...
  • prélèvement de crottes chez l'espèce Cerf (LFSC) : on mesure le taux d'azote contenu dans les fécès des cervidés fréquentant les sites LIFE et on tente d'en déduire une variation du type d'alimentation des animaux suite aux ouvertures créées en forêt par les travaux de restaurations du projet LIFE.
  • fréquentation des sites LIFE par l'espèce Cerf: des cervidés équipés de colliers GPS, par le Laboratoire de faune sauvage et de Cynégétique (LFSC), dévoilent leurs déplacements et fréquentations des sites LIFE. L'intérêt pour la grande faune des réouvertures créées par le projet UFE (alimentation, brame) sera ainsi mieux compris.

Pour garantir la poursuite de ces différents outils de suivi, la coordination d'une équipe de bénévoles et des formations à leur destination a été mise en place.

Statut et gestion futurs des sites restaurés

Et après le LlFE ?
Les terrains acquis dans le cadre du LIFE (40 hectares) deviennent propriété de la Région wallonne, ainsi que toutes les infrastructures et matériels durables (bergerie, charroi, clôtures fixes et clôtures mobiles).

Tous les sites restaurés dans le cadre du LIFE, qu'ils soient situés en forêts domaniales, communales ou privées, sont inclus au sein d'une Réserve Naturelle Domaniale unique, la «RND du Plateau de Saint-Hubert». Une Commission Consultative de Gestion, composée de scientifiques, conseille les chefs de cantonnement, gestionnaires au quotidien de la RND. Le caractère pluridisciplinaire des membres de la Commission garantit une vision globale des impératifs de gestion de la réserve.

Ce statut de RND permet aux propriétaires (publics ou privés) de rester propriétaires des parcelles mises sous statut mais d'en confier la gestion à la Région wallonne qui en assure les frais. Dans le contexte d'une gestion intégrée, trois types de dérogations sont accordés à cette RND :

  • La pratique de la chasse au grand gibier est confirmée. L'exercice de la chasse est considéré comme un outil de conservation de la nature et de la biodiversité et non comme une atteinte.
  • Des îlots de résineux sont maintenus à moyen terme pour garantir des remises à la grande faune en attendant le développement d'îlots feuillus qui puissent les remplacer. Ils servent aussi de sites d'affût ou de nidification pour l'avifaune (pie-grièche entre autre).
  • Les zones restaurées en habitats feuillus (boulaie-chênaie, boulaie sur tourbe, aulnaie rivulaire) pourront faire l'objet d'une production sylvicole respectueuse des intérêts de la biodiversité et de la protection des Habitats.

Le LIFE en quelques chiffres

Périmètre initial (ou zone de travail potentiel) en début de projet: 842 ha

Statut des zones LlFE

Surfaces sous statut de conservation de la nature en fin de projet : 677 ha.
212 ha en forêt domaniale 370 ha en forêt communale 95 ha en forêt privée

Elimination des résineux

Abattage de peuplements : 134 ha
Broyage de semis naturels : 196 ha
Travaux divers : 142 ha

Travaux hydriques

Drains totalement comblés: 14 kilomètres
Réseau de drainage neutralisé: 81 kilomètres
Création de grandes mares: 24 grandes mares
Création de petites mares : 2449 mardelles
Création de digues minérales : 298 digues
Pour un total de : 8172 mètres

Végétalisation

Sphaignes : 7,36 ha
Cali unes : 7,58 ha
Linaigrettes replantation : 9,28 ha
Linaigrettes semis: 5,32 ha

Restauration d'habitats feuillus

Semis de bouleau : 33,28 ha (sous clôtures), 20,79 ha (hors clôtures)
Sorbier : 2500 kilos de baies récoltées, 31,14 ha (sous clôtures avec bouleau)
Saule:  6,72 ha (12.000 boutures)
Chêne :  8000 plants

Sensibilisation et accueil du public

Aires de vision:  3 tours d'observation
Documentaire vidéo: «Des épicéas aux tourbières», 14 1
Panneaux d'information: 10 panneaux répartis sur différents sites

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26 août 2007

Projet Life : Restauration des milieux tourbeux du Plateau de Saint-Hubert

Séminaire de clôture
Samedi 15 et dimanche 16 septembre 2007
au Fourneau Saint-Michel

D'octobre 2003 à septembre 2007, ce sont plus de 600 hectares de tourbières et de milieux humides qui auront été restaurés dans le cadre du programme LIFE-Tourbières du plateau de Saint-Hubert. Ces sites, propriétés de la Région wallonne, de 9 communes de la province du Luxembourg (Bastogne, Bertogne, Nassogne, La Roche-en-Ardenne, Libramont, Sainte-Ode, Saint-Hubert, Tenneville et Vaux sur-Sure) ainsi que de 7 propriétaires privés ont bénéficié de travaux importants en termes d'élimination des régénérations ou des peuplements résineux, de restauration hydrique, de création d'habitats feuillus.

Une gestion par pâturage ovin (500 brebis) et bovin est entamée sur plus de 100 hectares. La diversification des paysages est mise en valeur par plusieurs panneaux didactiques, par la création d'aires de vision et par des fiches didactiques accompagnant les cartes des ballades de la région.

Un statut de conservation de la nature (réserve naturelle domaniale) assure dorénavant la pérennité de cet investissement communautaire et régional, dotant le centre de l'Ardenne d'une réserve naturelle de plus de 600 hectares.

L'UGCSH et tous les partenaires du programme LIFE de "restauration de milieux tourbeux du Plateau de Saint-Hubert" sont heureux de vous inviter à participer au séminaire de clôture qui se déroulera au CRIE du Fourneau Saint-Michel les samedi 15 septembre 2007 et dimanche 16 septembre 2007.

Samedi 15 septembre

  • 09.00 : Accueil des participants.
  • 09.30 : Mot de bienvenue par Monsieur F. CRABEELS, président de l'Unité de Gestion Cynégétique du massif forestier de Saint-Hubert (UGCSH), porteur du projet.
  • 09.40 : Introduction au colloque et présentation du projet par M. DUFRÈNE (CRNFB).
  • 10.00 : Synthèse sur le projet par G. JADOUL, coordinateur du projet.
  • 10.30 : Point de vue du gestionnaire forestier public par J. VAN DER STEGEN, chef de cantonnement à Nassogne et à Saint-Hubert (DNF).
  • 10.50 : Pause café.
  • 13.15 : Importance des programmes LIFE dans la mise en place de Natura 2000 sur la Direction de la Division Nature et Forêt de Marche-en-Famenne par D. ROUVROY, agent Natura 2000.
  • 13.35 : Mise en place du suivi scientifique sur le LIFE par A. DIERSTEIN (équipe LIFE) et J.L GATHOYE et V. FICHEFET (CRNFB).
  • 14.00 : Conservation de la nature, pâturage et MAE appliquées à un LIFE par Ch. MULDERS (DGA).
  • 14.25 : Projection du film "Des Epicéas aux Tourbières" d'Eric HEYMANS.
  • 14.45 : Questions-réponses aux divers intervenants.
  • 15.00 : Pause-café.
  • 15.25 : Valorisation, sensibilisation et impact du LIFE au niveau du tourisme par V. VERRUE, coordinateur du Projet de Gestion Intégrée du massif de Saint-Hubert (PGISH).
  • 15.45 : Exposé de clôture par le Ministre de l'Agriculture, de la Ruralité et du Tourisme ou son représentant.
  • 16.00 : Verre de l'amitié.

Dimanche

  • Le rendez-vous est fixé à 09.15 à la Barrière Mathieu (croisement de la N89 Champlon / Saint-Hubert) et de la route de Mochamps.
  • 09.30 Visite guidée de divers sites restaurés dans le cadre du projet LIFE conduite par l'équipe du LIFE et par les agents de la Division Nature et Forêt.
    Présentation des travaux entrepris, pâturage, bergerie, suivi scientifique, observations naturalistes.

Merci de vous inscrire au colloque et/ou à la visite de terrain avant le 03 septembre en contactant :

Gérard Jadoul (          084/433971       )
Programme LIFE Tourbières du plateau de Saint-Hubert
Rue de Lahaut, n°3 - 6950 Nassogne

20 août 2007

Les vautours en Belgique n'étaient pas des réfugiés espagnols affamés

Belgique, Allemagne, Pays-Bas : Une vague brève mais intense, a touché successivement la Belgique (16-17 juin), puis l’Allemagne (17-19 juin) et enfin les Pays-Bas (18-20 juin).On a vu des individus ou de petits groupes à d’autres dates mais avec des effectifs sans commune mesure. Au moins une centaine de vautours en Belgique, peut-être le double.

Pour la plupart des associations (AVES par exemple) cette situation est due aux mesures sanitaires relatives à la directive CEE numéro 1774/2002 et ayant pour objet la lutte contre l'Encéphalite Spongiforme Bovine (ESB). Ces mesures drastiques auraient entraîné la quasi-fermeture des charniers dans certaines régions d'Espagne.

Mais dès le départ, Jean-Pierre Choisy, spécialiste des vautours au Parc Naturel Régional du Vercors, a contesté cette hypothèse. Pour Jean-Pierre Choisy, et pour d'autres spécialistes, ces mouvements sont naturels.

Jean-Pierre Choisy : Ces mouvements ont suscité beaucoup d’émoi en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, dans la presse comme parmi les ornithologues et les associations de protection de la nature. L’interprétation largement dominante a été d’y voir l’effet la famine d’origine bureaucratique (et affairiste semble-t-il) que connaissent depuis 2006 inclus les vautours dans certaines provinces d’Espagne. (cf. SEO – Birdlife, 15 juin 2007, Impact of Regulation1774/2002 and European Commission decisions in 2003 and 2005 on carrion-feeding birds in the Iberian Peninsula, and possible solutions, Report for the European Commission, 32 pp).

La famine en Espagne, une hypothèse qui ne résiste pas à la confrontation avec les faits

a) de tels mouvements, de la France au sud de la Scandinavie, ont commencé bien avant la famine créée en 2006 dans certaines provinces d’Espagne ;

b) que ces mouvements gardent un caractère totalement saisonnier est totalement incompatible avec la pérennité des pénuries douze mois par an dans certaines provinces d’Espagne ;

c) date : inefficacité énergétique d’un départ d’Espagne justement à la saison où les ressources sont maximales : mises bas d’ongulés sauvages (placentas), bétail en estivese dont beaucoup de charognes ne peuvent pas être retrouvées avant consommation par les vautours même si on le veut ;

d)  s’arrêter dans les montagnes du sud de la France seraient ce qu’on observerait si une carence en charognes en Espagne déterminait les mouvements, surtout dans le Massif Central et dans les Alpes (moins de concurrence que dans les Pyrénées) que  s’arrêteraient ces vautours. Les ressources y abondent pour des raisons multiples : développement importants des Ongulés sauvages, notamment Chamois et Bouquetin dans les Alpes dont c’est la période de mise bas (placentas = friandise à vautours) et, en été, arrivée centaines de milliers de têtes de bétail en alpage avec quelques pourcent de morts. Ces vautours n’iraient pas dans le nord de la France, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, où la pénurie de charognes qu’on déplore depuis moins de deux ans en Espagne a été organisée depuis des générations...

e) persistance d’un reflux vers le sud après l’été, jusqu’en Espagne, en dépit  des disettes locales récentes dans ce pays : évolution des effectifs locaux, lectures de bagues et même suivi par satellite de deux vautours fauves équipés lors de leur séjour en Allemagne en 2006. Si l’un est resté dans le sud de la France, l’autre a regagné le centre de l’Espagne. Les histogrammes de la figure 6 de (Terrasse M. 2006 Evolution des déplacements du Vautour fauve en France et en Europe, Ornithos 13-5, 273-299) montrent, en Espagne le bagues de visiteurs sont notées surtout d’octobre à mars (max. décembre et janvier), alors qu’en France comme dans le nord et l’est de l’Europe c’est surtout d’avril à septembre (max. mai juin). Or, on n’observe pas de bouleversement depuis 2006. Et pourquoi donc un vautour moine des Causses (Massif-Central) serait-il allé faire un séjour en Espagne en décembre 2006 si ce pays était massivement quitté par les vautours affamés?

f) Relativisons : si l’Espagne était massivement désertée, ce serait des dizaines de milliers de vautours qu’on verrait affluer dans les autres pays, non pas quelques centaines ;

g) où est la pénurie ? Malgré la récente dégradation alimentaire pour les vautours en Espagne, les charognes y sont toujours bien plus disponibles que dans la France hors montagnes et dans les pays au-delà, où la famine pour charognards est systématiquement organisée depuis probablement plus d’un siècle.

L’hypothèse d’un déterminisme par la récente pénurie de charognes en Espagne de l’arrivée massive temporaire de vautours fauves jusqu’en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, incompatible avec les faits, doit donc être rejetée.

Des randonnées amoureuses ?

Une grande partie des vautours fauves immatures sont relativement casaniers, se contentant de “randonnées“ d’une à quelques centaines de kilomètres autour de leur colonie d’origine, surtout si les effectifs sont encore loin d’atteindre le niveau permis par les ressources locales. C’est court si on considère que, à la belle saison, le rayon d’action quotidien des nicheurs atteint couramment 50 à 60 km, que 70 à 100 km ne sont pas vraiment extraordinaires et que, dans les Alpes françaises, on a observé un cas à 150 km : Une femelle dont le mâle couvait dans les gorges du Verdon, copulant aux confins du Diois et du Vercors avec un mâle dont la femelle couvait, à 60 km seulement, vers Nyons. Or, les deux couples ont réussi leur reproduction cette année-là. Chez les Oiseaux se reproduisant en couples, les copulations extraconjugales sont tout à fait banales, des petits Passereaux aux grands Rapaces, en dépit de quelques exceptions. Encore un mythe romantique qui s’en va...

Des centaines de kilomètres par jour

Mais une proportion tout à fait notable des immatures est erratique à grande distance : un vautour non nicheur peut faire facilement 100 à 400 km par jour, si nécessaire (Sahara) 600 km (suivis par satellite) et un individu bien gras ne commencer à avoir sa survie menacée qu’après deux ou trois semaines de jeune. Alors, il perd la force de prospecter et doit de toute urgence trouver une charogne. Donc, même sans trouver de quoi manger en route un vautour peut faire un voyage de plusieurs milliers de kilomètres et revenir à sa colonie d’origine. Un vautour né dans les Causses a fait un aller-retour aux confins de la Grèce et de la Bulgarie ; au autre né en Croatie y a retourné après plus d’un an d’absence où il a visité Israël, les Alpes françaises, Massif Central et un long nouveau séjour dans les Alpes françaises. Des vautours moines des Alpes françaises ont été vus en Espagne, Sicile, Corse, Suisse, Allemagne et aux Pays-Bas, des individus des Causses de l’Espagne à l’Allemagne.

Il n’est donc pas étonnant que, de l’Espagne à Israël la diversité génétique (plus exactement allélique) de toutes les populations, réintroduites ou non, soit élevée et on n’ait guère trouvé entre elles de différences génétiques statistiquement significatives.

Un effet spectaculaire de l'accroissement de la population de vautours

Que l’on considère le nombre de données ou l’effectif des groupes, le niveau sans précédent des mouvements observés au nord des Pyrénées et même au nord de la France en 2006 et 2007 est simplement l’effet spectaculaire d’un accroissement rapide (exponentiel ? Un traitement statistique des données devrait le vérifier) ayant atteint un niveau suffisant pour être remarqué du grand public et des media, alors qu’il a commencé son développement de nombreuses années avant la pénurie de 2006-2007 en Espagne.

M. Terrasse (2006) présente les données antérieures à 2005 dans l’espace (fig. 3 et 4 carte) comme dans le temps. Au nord et à l’est de France : 9 données de 1991 à 1991, 101 de 1992 à 2004 ; les données deviennent régulières à partir de 1992, avec un net accroissement à partir de 1997 et surtout de 2000. Dans les montagnes françaises au nord des populations actuelles comme en Suisse, contrées où le phénomène se développe graduellement depuis dix ans, nul alarmisme même devant des groupes importants (54 dans le Jura suisse en 2005, 50 en Bourgogne en 2006, 40 en Haute-Savoie en 2007, etc.) avec même une perception nettement positive, totalement justifiée.

Il serait extrêmement intéressant de modéliser l’accroissement des données au fil des ans avant 2006, puis de comparer les effectifs théoriques prédits par le modèle pour 2006 et 2007 à ceux réellement observés. Si la différence était statistiquement significative, alors seulement on peut évaluer la contribution éventuelle de la situation en Espagne non pas à l’origine du phénomène, mais à une éventuelle rupture, vers le haut, dans son intensité.

Il ne serait pas étonnant qu’on arrive à des conclusions différentes selon les contrées : le versant français des Pyrénées n’est, pour les vautours de l’autre côté que la frange nord d’un bloc de biotopes ibériques, les conditions écologiques dans les Alpes et aux Pays-Bas sont extrêmement différentes, etc.

Un traitement des données de lectures de bagues et reprises dans le même esprit s’impose également. Exemple du Parc National des Ecrins et alentours, massif de haute montagne à une cinquantaine de kilomètres à l’est de la population de Vautour fauve Diois-Baronnes : les premiers vautours ont été observés en 1998. Que l’on considère chaque année le nombre de données, les effectifs cumulés, la moyenne des effectifs ou l’effectif maximum ensemble, l’augmentation de la fréquentation à la belle saison a été exponentielle, avec respectivement r =  0,692 ; 0.683 ; 0.542 et 0.734 (corrélation avec les Log.). C’est particulièrement net pour le nombre de donnée et pour l’effectif maximal de l’année. Or, si observe bien que les valeurs de 2006 sont nettement supérieures à celle prédites par le modèle, c’est déjà le cas en 2005 et, sauf pour le nombre données, en 2004 ! Des données n’étant disponibles que pour six années, la valeur statistique n’est probablement pas assurée. Mais c’est dans cet esprit qu’il faut travailler.

Des causes qui ont toutes été nécessaires, aucune n’étant suffisante

a) démographiquement l’énorme réservoir espagnol joue un rôle de premier plan dans l’alimentation de ces flux ;

b) éthologiquement comme le souligne M. Terrasse (2006) les réintroductions en France dans le sud du Massif Central et les Alpes (Baronnies, Verdon, Diois) ont été essentiels pour cette espèce extraordinairement grégaire. La réduction à environ 600 km (Diois-Frioul) du plus grand hiatus entre Espagne et Croatie, naguère de 1100 km, a permis le rétablissement d’un transit entre les péninsules ibériques et balkaniques, même, à l’occasion à la Crimée, la Russie (au nord de Kazan) et à Israël ;

c) écologiquement, les disponibilités alimentaires accrues depuis le début des réintroductions en France ont également joué un rôle majeur. Certains immatures espagnols qui atteignent les populations de vautours fauves des Causses et des Alpes s’y installent, puis y nichent, et ce depuis bien avant la pénurie de 2006-2007. D’autres retournent en Espagne. S’ils ne sont pas encore adultes ou subadultes, certains reviennent, entraînant d’autres individus (grégarisme), augmentant de plus en plus l’intensité du flux au fil des ans.

Des interprétations surprenantes

A la lecture de tout ce qui été diffusé à lors arrivées massives récentes de vautours fauves en B, D et NL, quatre faits sont réellement très surprenants :

a) la seule origine potentielle envisagées est l’Espagne. Or, les lectures de bagues dans les Alpes françaises ont montré que la probabilité d’arrivée était également largement dépendante de la distance, d’où une proportion de visiteurs des Causses (Massif Central sud) bien supérieure à ce qu’on pourrait prédire à partir des effectifs comparés à ceux des Pyrénées et de l’Espagne. Rappelons que les 22 vautours fauves observés les 12 et 13 mai en Baden-Würtemberg étaient accompagnés de deux vautours moines de France : l’un du Massif Central, l’autre des Causses.

Même “cécité” obstinée aux Pays-Bas, qui ont pourtant été visités, avec retour, par au moins (je ne dois pas avoir toutes les informations) un vautour fauve de France (Massif Central sud) et un d’Italie (Alpes orientales) et où un vautour moine des Alpes françaises a vécu six moins dans la réserve naturelle des Oostvaardersplassen (avant de se faire tuer par un train).

b) lorsque, pour une raison quelconque, un site allemand, belge, néerlandais, parle de vautours en France c’est dans les Pyrénées, souvent dans le Massif Central, jamais dans les Alpes (90 couples de vautours fauves en 2007, les quatre espèces d’Europe y ont désormais au moins un nid). Or, la carte des données depuis plus de 10 ans montre que la localisation préférentielle des observations  distance des populations est manifestement corrélée avec les reliefs : Alpes, Jura, etc.

En toute rigueur, cela ne suffit pas à prouver que les reliefs soient la voie privilégiée de transit. On observerait aussi un corrélation si les reliefs se prêtaient à un stationnement, même pas très long, les autres régions étant survolées à haute altitude. Néanmoins, on sait que les reliefs sont particulièrement favorables aux déplacements des vautours, d’autant plus que le climat est peu ensoleillé : ascendances dynamiques. Lorsqu’ils n'y a pas de vrais relief, s’il y du vent les vautours volent à travers brume, pluie, neige..

c) le fait majeur de l’incursion récente au nord n’a nullement été commenté : on n’a pas vu une arrivée massive d’oiseaux tentant de s’installer, ni d’oiseaux épuisés au bout d’un trajet ayant épuisé leurs dernières forces et le pic d’abondance n’a duré que trois jours, se décalant d’un jour de la Belgique à l’Allemagne, puis aux Pays-Bas ;

d) pas la moindre lecture de bagues de vautours fauves malgré l’abondance récente des observations : il aurait été plus modeste, mais moins stérile, de consacrer son temps et son énergie au travail de terrain concret plutôt qu’à la suractivité médiatique ! Cela aurait été du plus grand intérêt.

Les observations de la première moitié de 2007

En mai

Une brève virée dans le sud-ouest de l’Allemagne, avec une curée observée (sur brebis) de 22 vautours fauves d’origines inconnues et 2 vautours moines de France, l’un du Massif-Central, l’autre des Alpes, le groupe étant trois jours après en Suisse, sauf le Vautour moine du Massif-Central, reparti vers les Causses, celui des Alpes étant identifié quatre jours plus tard de retour dans les Baronnies ;

En juin

  • poursuite de l’extension du domaine de prospection estivale des vautours dans les Alpes françaises, au nord jusqu’aux abords de la Suisse, avec deux curées observée (sur brebis) à 37 et 40 individus + 3 vautours moines, dont deux identifiés venaient des Baronnies (sud-ouest des Alpes françaises) ;
  • virée exploratoire jusqu’en Belgique, dans l’ouest de  Allemagne (jusqu’à son nord) et aux Pays-Bas (essentiellement leur moitié sud-ouest) massive (de 100 à 200 individus) mais brève (pour l’essentiel des effectifs). Aucune lecture de bague, donc provenances des oiseaux inconnues. Tout ce qu’on dirait à ce sujet aurait la même fiabilité scientifique que des propos de buveurs à une terrasse de café.

La compilation des observations de vautours a distance des domaines vitaux des populations pérennes est une accumulation de données extrêmement précieuses. Elle permet de suivre le développement de fréquentations saisonnières locales de plus régulière. Mais l’interprétation des déplacements ne peut se faire qu’à l’échelle continentale, ou au moins de vastes régions naturelles dont les limites n’ont rien de commun avec celles des états.

Communication : une faute tactique

L’opinion publique est accablée de mauvaise nouvelles, tout à fait fondées, hélas, concernant la biodiversité. Concernant uniquement les vautours :

  • grave problèmes de gestion des charognes en Espagne,
  • campagne d’hostilité orchestrée avec des motivations locales contestables dans les Pyrénées,
  • situations catastrophiques dans les Balkans, dans la péninsule indienne et dans de vastes contrées d’Afrique.

On a assez de travail avec les vrais problèmes : par pitié, ne nous en rajoutons pas d’illusoires ! D’accord, ça peut faire augmenter les bénéfices des fabricants, prescripteurs, vendeurs d’anxiolytiques et d’anti dépressifs, mais est-ce une raison suffisante ?

Métaphore anthropomorphique : la prétendue “invasion” de vautours en  Belgique et aux Pays-Bas avec quelques débordements en Allemagne n’était pas un exode massif de “réfugiés” affamés, trop épuisés pour aller plus loin. C’était une incursion massive mais brève de “touristes”, curieux de nouveaux espaces. Les vautours ont trouvé que, ni le logement (relief faible, pénurie de rocher) ni la nourriture (pénurie de charognes) ne valaient la peine de prolonger leur séjour. Ils sont donc pour la plupart vite retournés au sud, sans avoir manifesté de faiblesse particulière, sauf éventuelles exceptions. Cela ne signifie nullement qu’on n’en verra pas d’autres à l’avenir, peut-être même en 2007.

La légitime volonté des associations concernées par la conservation et la restauration de la biodiversité faunistique d’exercer une pression sur les autorités des provinces espagnoles ou/et de l’Union Européenne via l’opinion publique ne doit pas aller jusqu’à réagir émotionnellement sans analyser les faits à la lumière de l’ensemble des faits connus, en diffusant des rumeurs non fondées, dans le but de frapper les esprits.

Il est très regrettable qu’on ait répandu dans les media des idées fausses, inutilement alarmistes, du fait d’une analyse hâtive, simpliste, superficielle. Je ne suis même pas certain que, parmi ceux ayant contribué à répandre ces idées erronées il n’y ait pas eu quelques scientifiques... C’est quand  même très préoccupant comme mode de fonctionnement : comment reprocher aux journalistes (à propos des Pyrénées par exemple) de servir de caisse de résonances aux émotions populaires, sans information solide, si vérification auprès des spécialistes, si nous mêmes faisons la même chose ? Comment rester crédibles ? Il valait encore mieux rester quelque temps sans rien dire d’autre que : “nous nous informons”.

Ce qui a été particulièrement contre-productif, c’est d’avoir donné une connotation alarmante à un phénomène largement positif par ce qu’il signifie à propos de :

  • l’évolution de la situation des populations de vautours dans le sud de la France,
  • le développement potentiel du Vautour fauve, pérenne ou saisonnier, bien au-delà des limites et effectifs actuels, en France comme dans d’autres pays.

Perspectives à court terme

Nous attendons tous avec la plus extrême curiosité :

  • une synthèse sur les données de vautours en 2006 en B, D et NL : au bout d’un an, on devrait au moins disposer d’un bilan provisoire ;
  • de nouvelles observations au cours de l’été dans ces pays ou d’autres ;
  • des lectures de bagues : les bagues métalliques ne sont lisibles qu’au X 60 et à moins de 20 m. Encore, on n’y réussit-on pas très souvent ! Les bagues plastiques, lisibles à l’œil nu à une distance de 4 ou 5 m, le sont à une distance de 40 à 300 m selon l’optique utilisée. Il faut beaucoup de patience quand les oiseaux sont au repos, masquant souvent leurs pattes sous les plumes. Au contraire, lorsqu’ils mangent, on a un très bon rendement. J'ai lu jusqu’à 37 bagues sur une même curée à près de 100 vautours, les uns locaux, d’autres provenant d’une autre population des Alpes françaises (Verdon), du Massif-Central, d’Espagne et de Croatie, tous sur la même charogne. Il est souvent possible de lire des bagues sur photos, parfois même au vol.

Perspectives à moyen terme

Réintroduction : priorités stratégiques en Europe

  • Balkans : reconstitution de ce qui, jusqu’aux années 1970, fut le second bastion des vautours en Europe et qui, (en dehors de quatre populations essentiellement dans des espaces protégés) du fait d’un usage général du poison, n’est plus qu’un souvenir...motivant !
  • Alpes et environs : deux ou trois réintroductions scindant le hiatus entre les populations des deux extrémités de la chaîne conduirait aux portes des Balkans le flux de visiteurs provenant d’Espagne. Actuellement géographiquement prioritaire et le plus réalisable compte-tenu du contexte humain (cf. Choisy J.-P., 2002, Réintroduire des vautours en Europe. Les Alpes : une position clé, objectifs et stratégies, éléments de réflexion).  A l’échelle des déplacements des vautours rétablit une quasi-continuité ;
  • Italie péninsulaire et insulaire : de la même manière, on pourrait mettre en quasi-continuité (avec des hiatus ≤ 200 km) les noyaux de population actuels avec le flux Espagne-Alpes, ultérieurement avec la Tunisie.

Plus au nord :

Charognes

Le développement tant des effectifs de visiteurs d’Espagne que de ceux des populations du sud des Alpes françaises et du Massif Central entraînera une présence de plus en plus habituelle dans le nord de ces montagnes, avec extension au-delà, surtout le long des reliefs : au minimum Alpes françaises du nord, très probablement Jura, liste non exhaustive. L’installation d’un estivage de non nicheurs, comme il n’a jamais cessé dans les Alpes autrichiennes (de mai à septembre) à partir de la population nicheuse de Croatie, dépendra essentiellement des disponibilités alimentaires. Ces dernières dépendent de deux facteurs :

    • présence d’importantes populations d’Ongulés sauvages, tout particulièrement celles non chassées de chamois et plus encore de bouquetins, ne prélevant pas la biomasse dans des habitats rocheux maximalisant la probabilité de trouver des charognes ;
    • gestion dépassant la “névrose hyper-hygéniste” qui sévit dans certaines contrées, mais pas dans toutes.

Les bases de départ actuelles dans les Alpes occidentales sont désormais bien plus proches des régions au nord que les Pyrénées et mêmes que les Causses. Les effectifs y sont de plus en plus étoffés, qu’il s’agisse des populations pérennes, des zones de transhumances estivales, ou de visiteurs lointains connaissant désormais ces étapes sûres. Il en résultera donc nécessairement un accroissement des effectifs “explorateurs” observés dans des régions et des pays bien au-delà vers le nord.

Poison

L’arrivée saisonnière des vautours dans de nouvelles régions exige un renforcement de la lutte contre l’usage illégal de poison. Cet estivage fournit aussi des arguments faunistiques et juridiques car il s’agit d’espèces protégées par des textes européens. On est très surpris que subsistent ici ou là des archaïsmes “balkaniques” dans les pays où l’on s’y attendrait le moins par exemple dans la charmante région de la Forêt Noire, d’apparence si civilisée. Ceci avec bien moins d’excuses que dans les Balkans, où il ne s’agit pas de protéger des troupeaux contre les carnivores ou champs contre les sangliers dans le cadre d’une agriculture de subsistance. Au contraire, dans nos riches contrée c’est pour des loisirs qu’on empoisonne : pour obtenir des surdensités de “petit gibier”, notamment de Faisan, plus souvent volailles en élevage extensif que populations sauvages et, au demeurant, espèce étrangère à la faune autochtone. Sans oublier, ailleurs, certains tirs de Busards ou d’Autour dans le cadre des mêmes conceptions de gestion...très XIX° siècle ! En France, les empoisonnements massifs visant des Campagnols, notamment dans le Jura, intoxicants de nombreuses autres espèces de Mammifères ainsi que des Oiseaux pourraient concerner des vautours en visite : on en voit de plus en plus fréquemment dans le massif.

Autres espèces
Il est probable que, en bien des régions, Percnoptère et/ou Vautour moine suivraient le Vautour fauve, comme on l’a vu dans les Alpes françaises.

Perspectives à long terme

Pour réagir contre les introductions d’exotiques (Faisan, Mouflon, Rat musqué, Poisson-chat, etc.) Homo sapiens, comme trop souvent, a exagéré dans l’autre sens : en exigeant, pour réintroduire, la preuve que l’espèce était présente à l’époque historique dans la localité même. Approche bureaucratique, scientifiquement non fondée, en tout cas pour des espèces ayant les moyens de déplacements des grands Mammifères, des Vautours et de beaucoup d’Oiseaux :

  • la pertinence d’une réintroduction doit être appréciée à l’échelle biogéographique, avec ses composantes écologiques et historiques ;
  • sa faisabilité doit être étudiée sur la base des conditions actuelles, humaines et écologiques : Lynx et Grand Tétras sont présents de nos jours dans des forêts des Alpes sur des versants totalement déboisés en 1830 !

Colvert, Alouette, Pinson sont bio-géographiquement présents dans toute l’Europe ou presque, de nos jours comme il y a deux mille ans. Mais, à un instant donné, ce n’est pas vrai partout à l’échelle écologique : un même biotope ne peut pas être en même temps aquatique, prairial et forestier. Rationnellement l’absence du Chamois dans le Massif-Central, entre Alpes et Pyrénées, ne pouvait s’expliquer que sa destruction par l’Homme et ce en dépit de l’absence de tout document écrit : extermination antérieure à l’écrit ? Destruction des rares documents? Peu importe : de nos jours, des pionniers traversent le Rhône là où les premiers contreforts de l’est du Massif et les derniers de l’est des Alpes sont proches. (Pour développement voir Choisy J.-P. (2003) Réintroductions animales et biodiversité. Objectifs, stratégies. La Fayolle, revue d’information naturaliste et culturelle du Parc Naturel Régional du Vercors, n° 5, pp 18-31.)

Vautours et biogéographie

La limite nord de l’aire de nidification présente et passée des vautours en Eurasie ne dépasse qu’à peine le 50° N. Peut-être pour des raisons d’aérologie ? Certainement du fait de la brièveté des journées hivernales : les pontes de vautour fauve commencent à l’époque de l’année où les jours sont les plus courts. La prospection de vastes étendues n’est guère compatible avec des journées très courtes.

Vautours et écologie

En Europe, de toute façon, les trois espèces nicheuses rupestres rencontrent au nord un obstacle géomorphologique : la carence de parois rocheuses dans la vaste zone d’Europe moyenne qui s’étant du nord-ouest de la France à la Russie par la Belgique, les Pays-Bas et la vaste plaine germano-polonaise. Au sud de cette limite, les facteurs déterminants sont humains : disponibilité ou non de charognes d’Ongulés sauvages ou/et domestique, usage ou non du poison.

Remarques

  • le Vautour fauve en Allemagne nichait en Rhénanie entre Trèves et Worms (à la latitude du Luxembourg) jusqu’au XIII°-XIV° siècle et dans le Schwäbisch Alb (Jura souage) il y a encore 150 ans cf. W. Baumagart Europas Geier (Karl, merci pour le cadeau utile !). Il s’en faut de beaucoup que ses nids actuels les plus au nord (confins Diois-Vercors, Frioul, Crimée) atteignent cette limite. Les retours sont donc loin d’être achevé...si Homo sapiens le permet !
  • toute remontée en latitude de l’aire de nidification devrait entraîner une augmentation des observations en dehors de ses limites vers le nord, essentiellement à la belle saison ;
  • le Vautour moine, sans jamais atteindre les densités locales du Vautour fauve, extraordinairement grégaire, a probablement été dans un passé plus ou moins ancien, le vautour le plus répandu d’Europe car il n’a pas besoin de rocher pour nicher, il peut exploiter jusqu’à la forêt claire et de petits trouées de la forêt dense, enfin s'ils ne dédaignent nullement les charognes beaucoup plus petites que celles d’Ongulés. A long terme, son aire potentielle pouraît être la plus vaste de celle des quatre Vautours d’Europe.

Pas de passéisme ! Il ne s’agit pas d’être obsédé par la reconstitution d’une situation antérieure à n’importe quelle époque du présent post glaciaire. Ce qu’on doit viser c’est de permettre, dans le contexte actuel, l’expression d’un potentiel de recolonisation d’espèces autochtones d’Europe, éventuellement aidées par des mesures telles que réintroduction et/ou charniers compensant des altérations humaines opposées. Il est très possible que, au sein de l’aire bio-géographiquement pertinente, les conditions actuelles ne permettent pas le retour dans des localités où la présence historique est attestée, alors que ce retour pourra avoir lieu dans des contrées pour lesquelles on n’a aucune documentation.

Jean-Pierre Choisy

19 juin 2007

Une centaine de vautours en Belgique

Plusieurs localités de Belgique ont reçu la visite d'un groupe d'une centaine de vautours fauves. Les rapaces viennent des Pyrénées espagnoles, où ils se sont vu couper les vivres par une nouvelle disposition légale.

Quelque 15 vautours fauves avaient été aperçus à Knesselare en Flandre orientale ce dimanche, mais 97 vautours fauves ont également été dénombrés aux étangs de Virelles.  D'après Dominique Verbelen de Natuurpunt, l'association flamande pour la préservation de la nature, les oiseaux de proie sont à la recherche de nourriture. "Les vautours fauves sont des saprophages. Ils se nourrissent de charognes, mais ils ne trouveront plus de sitôt de cadavre de vache ou de mouton en Belgique."

C'est donc la faim qui les a chassés de leur environnement naturel, explique Dominique Verbelen. "Auparavant, les fermiers espagnols déposaient les cadavres des bestiaux dans leurs champs, les laissant aux vautours. Mais depuis la montée de la maladie de la vache folle, la loi interdit cette pratique. Dans notre pays, ils n'auront pas de succès non plus. Le risque que les vautours mourront de faim, est donc réel. Actuellement, les agriculteurs espagnols insistent auprès de la Commission européenne pour que l'interdiction soit atténuée."

Plusieurs agriculteurs et amis des oiseaux ont décidés de mettre à leur disposition quelques carcasses pour nourrir cette centaine de vautours fauves à la recherche de nourriture.

Vagabondage de Vautours fauves en Belgique   

Par Julien Piette