Sur les terres de François Bayrou
par Thomas Legrand (RTL)
François Bayrou, le candidat de l'UDF a maintenant au moins autant de chances d'être président en mai prochain que Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy ! Nous avons donc décidé d'aller voir sur ses terres, dans le Béarn, comment l'homme est perçu. Il revendique fortement d'être un homme enraciné. Thomas Legrand revient justement de la région d'origine du candidat centriste.
Enfance studieuse
C'est toujours un peu le même constat quand on se rend chez quelqu'un à qui est promis un destin glorieux... Il y a ceux qui l'aiment (et alors ils l'aiment vraiment) et puis il y a ceux qui le détestent et dans les deux cas on ne fait pas dans la mesure.
Commençons par l'amour. Chez lui à Bordère, un petit village aux pieds des Pyrénées. La grande ferme à coté de l'église c'est la maison Bayrou. Sa femme y vit toujours. Pas loin, la mère de François Bayrou, 88 ans est aussi là, respectée et aimée de tout le village. La famille Bayrou est une famille de paysans érudits avoue un voisin. Rencontre d'abord avec Marie-Gabrielle. Elle connaît François Bayrou depuis le collège. Il y a aussi une amie de la famille mais qui préfère ne pas dire son nom. Elles nous parlent de François Bayrou enfant.
"Un petit garçon pas très grand et très déluré. Il réussissait très bien à l'école mais on le voyait pas travailler", explique l'une d'elle. "Je sais qu'il lisait beaucoup la presse, son père laissait les journaux et les livres à disposition. Il était vraiment atypique". Quant à son problème d'élocution, "ce n'était pas vraiment un bégaiement, c'était plutôt une difficulté à dire certains mots sur lesquels il butait".
A quelques kilomètres de là, le marché de Bay un autre village, on retrouve l'ami de la famille avec Joël, charcutier et voisin de François Bayrou : "Je suis né à Bodère comme lui, moi je suis fils d'agriculteur comme lui, je l'ai vu sur son tracteur travailler la terre, je l'ai vu soigner les chevaux, c'est quelqu'un du village comme tout le monde", explique-t-il.
On nous décrit donc François Bayrou comme un paysan. Mais beaucoup ignorent qu'il est en train de devenir la coqueluche des bobos parisiens. Ils n'en reviennent d'ailleurs pas. "Ca veut dire que les bobos parisiens tout d'un coup ils se souviennent qu'ils ont eu de la boue dans les godasses", plaisante une habitante. "C'est super s'ils ont compris ça les bobos parisiens. Tant mieux".
Une unanimité de façade
Maintenant direction Pau. Là il y a d'autres sons de cloches. Pierre Pécastaing est un ancien du Front national, avocat, passé à l'UMP. Il n'aime pas François Bayrou mais il pense qu'il va gagner tout simplement parce qu'il est Béarnais et qu'il va trahir son camp. A droite c'est une coutume locale, selon lui, chez les grands hommes Béarnais. "D'abord Henri IV, l'apostasie, pour le trône de France, de protestant il est devenu catholique. Bernadotte qui a été fait général en chef par la vertu de Napoléon et qui pour le trône de Suède a trahi. Comprendre Bayrou c'est d'abord comprendre comment la politique se conçoit dans ce pays".
Justement; François Bayrou a été président du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques. A l'époque il était clairement à droite. C'est en tout cas ce que veut démontrer Pierre Cheret, le patron du PS du département. Il est bien embêté parce que François Bayrou chasse sur les terres de la gauche au niveau national. Alors il fourmille d'exemples dont celui-ci pour dénoncer ce qu'il considère comme une imposture : "Sous sa présidence nous étions le 92ème département en ce qui concerne l'investissement dans les collèges. On est remonté à la 50ème place aujourd'hui grâce à une offensive du groupe socialiste. L'éducation n'était pas une priorité quand il était président du Conseil Général".
Et puis il y a l'écrivain Christian Laborde, l'ami de Claude Nougaro et aussi le défenseur de la vallée d'Aspe. Il a beaucoup de mal à voir en François Bayrou un champion de l'écologie, signant le pacte de Nicolas Hulot. "Cette façon de parler des racines de sa terre béarnaise masque l'absence de feuillage. C'est un être sans aventures fortes. Alors il se dit paysan quand d'autres sont de la ville et de plus lorsqu'il s'est agit de défendre la terre, de lutter contre le tunnel qui massacrait la terre des ours, François Bayrou était du côté du lobby routier". Et il conclut, "je crois que François Bayrou est un pétochard".
Justement à propos d'ours, retour à Bay, au café de la Paix. Quatre bérets basques penchés sur leurs cafés et dessous, quatre pépés qui savent qu'on ne vend pas la peau de l'ours. "Quand on s'emballe on peut se casser la figure", professe l'un d'eux, prudent comme un centriste, le pépé du Béarn !














Les commentaires récents