L'Utilisation du chien Montagne des Pyrénées
par Cyprien Zaïre et Pascal Cacheux, animateurs chien patou à l' Association Cohabitation Pastorale
Utilisation des Montagnes des Pyrénées - Dans le cadre du programme de restauration et de conservation de l’ours brun, une des mesures de prévention contre les dommages d’ours proposées aux éleveurs de bétail consiste en la mise en place de chiens de protection.
Disposant d’une race locale, le Montagne des Pyrénées, il a semblé tout naturel de concentrer cette action autour de ce chien. Si la raréfaction des grands prédateurs avait amené les éleveurs à délaisser le patou, la réapparition du lynx dans le Jura, du loup dans les Alpes, le renforcement de la population d’ours dans les Pyrénées ainsi que les nombreux dégâts occasionnés par les chiens divagants, entraînent un regain d’intérêt pour l’aide précieuse apportée par ces chiens pour la protection des troupeaux.
Historique de l’utilisation des Montagne des Pyrénées comme chien de protection
Le chien de protection est un moyen utilisé pour la sauvegarde des biens et des troupeaux domestiques, vraisemblablement depuis plusieurs millénaires. Les experts s’accordent à dire que cette technique trouve son origine dans l’Himalaya et que les différentes races de chiens de protection proviennent du Dogue du Tibet. Ce type originel aurait essaimé lors des grandes migrations humaines vers l’occident. On retrouve d’ailleurs un certain nombre de races, de l’Himalaya à l’Europe en passant par l’Asie Centrale, le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, qui comme le Montagne des Pyrénées ont été sélectionnées et adaptées au terroir local.
Le travail mené en France dans le cadre de la protection des troupeaux, sur ce type de chien et plus spécifiquement sur le Montagne des Pyrénées, a pu notamment se faire grâce à M. Schmitt, technicien de l’institut technique de l’élevage ovin et caprin dans la Drôme (de 1985 à 1989), et à quelques éleveurs ovins et caprins.
Ainsi a-t-on pu créer un noyau de Montagne des Pyrénées sélectionnés de façon empirique en complément de la population de chien déjà existante dans les Pyrénées. Suite aux premières attaques de loup sur des troupeaux d’ovins au cours de l’été 1993, le parc national du Mercantour initie une expérimentation de mise en place de chiens de protection.
Les premiers résultats sont assez concluants
Entre 1994 et 1996, un suivi de l’intégration pastorale des chiens est effectué par Joël Pitt de l’APAP (Association pour la Promotion des Animaux de Protection) et Pascal Wick de l’association ARTUS.
Dans les Pyrénées, le regain de l’utilisation des chiens de protection débute en 1995 sous l’influence de l’association ARTUS dans le cadre du programme Life – ours. En 1997 un «coordinateur local chien de protection», Gilbert Guillet, est recruté par l’Association des Pâtres de l’Ariège de façon à disposer d’une personne présente en permanence sur le terrain. En juin 2001, l’association des pâtres se retire du dispositif et l’action est reprise par l’Association pour la Cohabitation pastorale (ACP). En 2002, un poste d’animateur chien de protection (Cyprien ZAIRE) vient compléter le travail de Guilbert Guillet. Aujourd’hui, l’ACP dispose de quatre animateurs chiens de protection (2,5 temps plein) couvrant ainsi l’ensemble du massif pyrénéen.
Mise en place et utilisation du chien Montagne des Pyrénées
Avant l’introduction du chien de protection dans un troupeau ovin, de nombreux éléments sont à prendre en compte, comme l’environnement de l’exploitation, le style de conduite du troupeau, les autres chiens de la ferme, le type de milieu (boisé, accidenté…). Le placement d’un Montagne des Pyrénées est un investissement à long terme, la motivation et la formation de l’éleveur sont donc primordiales.
Il est essentiel que le chiot soit au contact des brebis dès son plus jeune âge, donc d’origine pastorale et de parents reconnus pour leurs aptitudes à la protection.
La socialisation, une phase fondamentale
L’âge idéal pour placer un chien de protection se situe entre la 7e et 8e semaine. À cet âge, le chiot Montagne des Pyrénées séparé de sa fratrie se retrouve seul avec le troupeau pour lequel il développe un attachement. Pour que cet attachement aux animaux soit fort, il faut alors limiter les contacts humains pendant cette période d’échanges inter-espèces en évitant également la présence d’autres chiens.
La prise de contact du chiot avec son troupeau se fait de préférence en bâtiment, avec des ovins accueillants. Pour cela, on préférera un lot d’agnelles à un lot de brebis suitées. Il est nécessaire d’aménager à l’intérieur de la bergerie une case réservée au jeune chien pour qu’il puisse se protéger des ovins agressifs, s’alimenter et se reposer. Durant cette période clé, le chiot doit aussi reconnaître un maître et apprendre quelques rudiments de dressage.
Les comportements attendus d’un Montagne des Pyrénées
Un chien de protection idéal est constamment avec les moutons, son territoire est celui où le troupeau évolue. Il sait faire la distinction entre ce qui est une menace ou non et n’agit qu’en cas d’agression. C’est un chien calme, paisible et sûr de lui, attentif aux moutons. Il ne les dérange pas
inutilement.
Par son gabarit, ses aboiements puissants et son placement, le Montagne des Pyrénées décourage la plupart des prédateurs et n’a nul besoin d’être agressif. Il accepte le travail du chien de conduite, sous les ordres de l’éleveur. Le chien de protection Montagne des Pyrénées est utile sur l’exploitation comme en estive.
Un soutien technique et financier dans les Pyrénées
Dans le cadre du programme de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées, quatre animateurs (2,5 temps plein) sont disponibles pour assister techniquement les éleveurs et bergers dans le choix du chien, son éducation et son utilisation. Des aides financières publiques sont également mobilisables pour le soutien à l’achat et à l’utilisation de chien de protection.
Les animateurs chiens de protection 2007 de l'Association cohabitation pastorale, (Équipe technique ours) :
- CACHEUX Pascal Animateur secteur Ariège et coordonnateur chien de protection massif Pyrénées Tél. : 06 78 86 16 17
- PUYSSEGUR Maurice Animateur secteur Hautes-Pyrénées – Haute-Garonne Tél. : 06 25 03 23 74
- SALVADOR Olivier Animateur secteur Pyrénées Orientales – Aude Tél. : 06 71 52 20 72
- Poste vacant : Animateur secteur Pyrénées-Atlantiques Tél. : 06 25 07 08 83
Association pour la Cohabitation Pastorale
Maison des associations – 09420 Vicdessos Tél. : 05 61 05 83 73 - Courriel
Équipe Technique Ours
Impasse de La Chapelle 31800 Villeneuve de Rivière
Tél. : 05 62 00 81 08 / Fax. : 05 62 00 81 09 - Courriel
Les chiens placés dans le cadre du programme ours
Evolution du nombre de Montagne des Pyrénées placés en exploitation, du nombre de chiens en estive et du nombre d'estives équipées.
Le nombre de chiots placés en 2006 est de 47. On enregistre donc une forte poussée de la demande par rapport aux années précédentes.
Cette augmentation s’explique d’une part parce que l’utilisation des chiens de protection entre dans les moeurs, d’autre part l’effet «renforcement de la population d’ours» a également incité à un équipement des exploitations par crainte de dégâts.
Répartition départementale des chiens Montagne des Pyrénées en 2006.
Le niveau de soutien aux chiens utilisés en estive dans les Pyrénées-Atlantiques augmente largement en 2006, dans la mesure où l’information a été mieux relayée.
Ceci a tout naturellement des répercussions sur l’augmentation du nombre d’aides attribuées pour l’utilisation des chiens Montagne des Pyrénées en estive à l’échelle du massif. Le nombre d’aides pour l’achat et l’éducation de chiots augmente en 64 pour les mêmes raisons, les éleveurs ont accès à l’information. Il faut s’attendre à une progression de la demande dans ce département en 2007.
Chiens Montagne des Pyrénées en estive. Evolution du soutien par département.
En dehors du fait que des chiens sont morts ou sortis du programme, l’écart constaté entre le nombre de chiens utilisés en estive et le nombre de chiens placés chez les éleveurs s’explique essentiellement par le fait que certains chiens sont encore trop jeunes pour être utilisés pendant la période d’estive. De plus, des patous adultes ne montent pas sur les pâturages utilisés collectivement pour cause de non-acceptation par les autres éleveurs non propriétaires du chien. Tous les chiens sont par contre utilisés à l’exploitation et peuvent également servir en zone intermédiaire.
Lancement du Programme National «Chiens de protection des troupeaux»
Un chien de protection Montagne des Pyrénées face à un ours attaquant son troupeau.
Depuis une dizaine d’années, on enregistre, partout en France, un développement exponentiel du nombre de chiens de protection placés dans les troupeaux pour prévenir les différentes prédations dont ils sont ou pourraient être victimes (chiens errants, loups, ours, lynx, petite faune sauvage).
Afin d’accompagner techniquement cette évolution, pour conserver aux chiens de protection toute leur efficacité et leur crédibilité notamment aux yeux du grand public, un programme de travail, de dimension nationale, a été lancé fin 2006.
Ce programme s’articule autour de deux points essentiels à la réussite de cette technique de protection : la maîtrise de la qualité génétique des chiots introduits dans les troupeaux et la formation des éleveurs à la mise en place et au suivi de ces chiens.
Trois actions sont prévues :
- le recensement le plus exhaustif possible des chiens de protection au travail en France;
- l’évaluation de la qualité des chiens de protection au travers de tests de caractère et de tests de comportement «Troupeau ». Ces tests viseront à détecter les vices rédhibitoires (agressivité vis-à-vis de l’homme…) et à mettre en évidence les comportements recherchés (attachement aux animaux, loyauté envers les animaux, aptitude à la protection) chez les chiens de protection ;
- la formation des éleveurs (programme de formation, documents techniques) et l’information des autres usagers des espaces pastoraux afin de leur expliquer le rôle et le fonctionnement des chiens de protection et de leur inculquer les bons comportements à adopter face à l'un eux.
À l’initiative de l’Institut de l’Élevage, bénéficiant de financements du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, ce programme rassemble de nombreux partenaires intéressés par le sujet : la Société Centrale Canine, les quatre techniciens «Chiens de protection» employés par l’Association pour la Cohabitation Pastorale et intervenant sur le Massif Pyrénéen, les neuf techniciens «Mesures de protection des troupeaux» dépendant des DDAF du Massif Alpin, des chercheurs, éthologues et vétérinaires, la Fédération Nationale Ovine, des associations nationales d’éleveurs utilisateurs de chiens de troupeaux…
Prévu sur deux ans, le programme entame une première phase de travail jusqu’à fin mai 2007. Durant ces six mois, il sera procédé au recensement des chiens de protection et à la mise au point de la méthodologie d’évaluation de leurs caractère et comportements.
Les premiers résultats sont attendus pour fin juin 2007 : une photographie précise des chiens de protection utilisés en France sera alors disponible (nombre, races, sexe et âge, localisation géographique, lignées en présence, prédateurs contre lesquels ils sont utilisés, caractéristiques des exploitations détentrices de ces chiens…).
Pour plus de renseignements, vous pouvez contacter Marie-Catherine Leclerc
Institut de l’Élevage - 149, rue de Bercy – 75595 Paris cedex 12
Tél : 01 40 04 49 81 / Fax : 01 40 04 49 60
Source : Empreinte Ours n°2 - Lettre d'information semestrielle de l'Etat sur le programme de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées
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