Ours : à quoi joue l'Association Nationale des Elus de la Montagne (ANEM)
le pétard mouillé de l'ANEM
par Patrick Pappola
En titrant son article "Un été agité pour les ours", l'ANEM (Association Nationale des Elus de la Montagne) tire des conclusions pour le moins hâtives sur la vingtaine d'ours désormais présente dans les Pyrénées (contre 6 à 8 il y a 12 ans) ainsi que sur le plan de renforcement qui a permis l'accroissement de cette population animale sévèrement menacée de disparition dans notre pays.
Ainsi, cet article (extrait du mensuel de l'ANEM "Pour la Montagne" n°175 de septembre 2007, page 5), commence par annoncer que : "Tout au long de l'été, les vallées pyrénéennes ont été le théatre de multiples attaques de la part des ours." Certes, mais on serait tenté de dire, comme depuis toujours et pas beaucoup plus que chaque année. Et puis, toujours de façon très minoritaire par rapport à toutes les sources de disparition et de destruction du bétail en estive (attaques de chiens errants et d'autres prédateurs, foudre, mouches infectant les plaies, parasites, maladies, dérochements etc.) Faut-il rappeler que l'ours représenterait de moins de 1 à 3% des pertes annuelles en estive !
ANEM: Jugements sans objectivité
Mais l'ANEM poursuit en indiquant que l'on trouve désormais dans les Pyrénées, depuis "la réintroduction de l'an dernier, (...) cinq ours slovènes qui (...) semblent difficilement s'adapter à leur nouveau territoire". Certes aussi ? Et bien non : d'une part, à l'échelle des Pyrénées, d'où l'ours n'a jamais disparu complètement, on ne peut pas parler de "réintroduction" mais de "renforcement" d'une population menacée et pas encore disparue. D'autre part, comment l'ANEM peut-elle juger que ces ours ne se sont pas "adaptés" à leur nouveau territoire ?
Les ours slovènes lâchés en 1996 et 1997 se sont tellement bien adaptés aux Pyrénées qu'ils s'y sont reproduis au-delà de toute espérance faisant passer la population d'ours de 6-8 à une quizaine en 10 ans ! Quoi mieux que des reproductions réussies témoigne mieux de l'adaptation d'une espèce à son milieu de vie ? Tout laisse entendre que ce sera aussi le cas pour les 5 ours lâchés en 2006 puisque l'ourse femelle Hvala est sortie de sa tanière ce printemps 2007 avec deux oursons en pleine santé (que l'on peut voir gambader avec leur mère sur le site de l'ADET Pays de L'ours car Philippe TONELLI a eu la chance de pouvoir faire une vidéo des oursons de l'ourse Hvala).
Alors bien sûr, il y a eu le dérochement de l'ourse "Palouma"en aout 2006. Mais toute espèce montagnarde (isards ou bouquetins inclus) connait ce genre d'accident et les ours slovènes dans leur pays aussi. Précisons d'ailleurs que le relief karstique des réserves slovènes d'où proviennent ces ours est aussi fortement accidenté. Rien, si ce n'est de la mauvaise foi, ne permet de laisser entendre que l'ourse Palouma est morte parcequ' inadaptée aux Pyrénées.
Et Franska ? De l'avis de spécialistes, les multiples dérangements qu'elle à subie à cause des battues illégales, exactions des ultrapastoraux anti-ours, sont fortement responsables du fait qu'elle se soit retrouvée sur une route nationale. Les anti-ours l'avaient dit : ils voulaient sa mort et avaient décidé de repousser Franska en plaine et donc vers la route. L'Etat a même ouvert une enquête pour trouver les responsables. certains s'en vantaient sur la toile !
Christian PUYO, responsable de la FDSEA des Hautes Pyrénées n'avait-il pas déclaré fin juillet :"Notre dernière cartouche, c'est Sarkozy, avant qu'une vraie cartouche ne soit adressée à l'ourse " (Canard Enchaîné du 25/07/07). Et effectivement, plusieurs dizaines de plombs de fusil de chasse ont été retrouvé dans le corps de l'ourse.
Association d'idées ultras
Mais dans sa collusion avec les "nervis" ultrapastoraux, l'ANEM va plus loin encore dans l'article sus-cité en décidant que "les errements imputables à Franska (...) ont montré l'inadaptation et la dangerosité des ours réintroduits, n'hésitant pas à s'approcher des lieux habités, et même à s'introduire nuitamment dans les villages." Problème de mémoire et de jugement pour l'ANEM : d'une part, les ours pyrénéns se sont toujours approchés des villages et des lieux habités (lire des témoignages d'anciens pyrénéens est à ce titre sans appel : c'était très fréquent) et d'autrepart, cela n'a jamais fait aucune victime et aucun blessé sérieux depuis un siècle au moins ! Présents depuis 10 ans dans les Pyrénées, les 15 ours d'origines slovènes ont agi comme les ours pyrénéens et n'ont jamais blessé personne. Pourquoi ceux de 2006 agiraient différemment subitement ?
Enfin, l'ANEM conclue sur la nécesité "d'envisager une sortie de crise qui tire les conclusions de l'échec désormais démontré des réintroductions." "Renforcement" et non pas "réintroduction" serait-on inlassablement tenté de corriger. Mais surtout, comment l'ANEM peut-elle préjuger du succès ou de l'échec de ce plan de renforcement dont l'évaluation ne commence qu'à peine ? Mieux : l'ANEM se félicite que cette évaluation soit prévue par le ministère de l'écologie pour début 2008, mais l'ANEM, nullement qualifiée pour cela, sans connaître les tenants et les aboutissants du dossier, donne sa conclusion avant même l'étude. Où est l'objectivité ?
Passer de 6-8 ours en 1996 à près de 20 en 2007, est-ce vraiment un "échec" ? Les deux oursons nés dès la première sortie de tannière de "Hvala" lâchée en 2006, est-ce là un "échec" ? Les mesures de protection mises en place par l'Etat et dont l'efficacité est désormais démontrée par des éleveurs et des bergers eux-même est-ce un échec ?
Pour l'ANEM, l'ours est un bouc émissaire juteux
Alors pourquoi l'ANEM, en l'occurence parfaitement incompétente en matière d'ours et d'écologie :
- cherche-t-elle à manipuler l'opinion ?
- Pourquoi l'ANEM calque-telle son discours sur les pires mensonges des nervis ultrapastoraux anti-ours ?
- Pourquoi ne fait-elle au contraire pas preuve de pédagogie pour calmer les ardeurs violentes de certains en informant réelement et en cherchant des pistes d'ententes ?
Certains élus ont-ils intérêts à ce que 20 ours soient instrumentalisés comme le bouc-émissaire de toute la filière ovine pyrénéenne, eux qui ne prélèvent que 300 à 350 brebis par an sur des dizaines de milliers en estive chaque année dans les Pyrénées ?
La réponse se trouve peut-être un peu plus loin, en page 10 du même bulletin de l'ANEM, à propos des engagements de la secrétaire d'Etat à l'écologie après une entrevue avec les éleveurs anti-ours : "(...) le préfet de région (...) a été mandaté pour faire des propositions de renforcement des aides au pastoralisme, en concertation étroite avec les acteurs de terrain. Et c'est probablement sur ce point que les attentes de ces derniers sont les plus fortes (...)."
Précisons que ces aides sont indépendantes de l'ours mais qu'elles sont réclamées grâce au rapport de force que l'opposition à l'ours permet de créer vis à vis de l'Etat. Eternelle histoire de l'ours bouc-émissaire. Dommage qu'élus et représentants agricoles aient choisi de se servir d'une espèce menacée, véritable "âme des Pyrénées", comme d'un vulgaire "fusible" pour faire entendre leur difficultés. C'est hélas ce que risquent de retenir les générations futures en terme de recul face à des responsabilités d'hommes du XXIème siècle. Attitude peu glorieuse hélas.
Collusions extrèmes
Enfin, pour insister sur les relations problématiques sur le plan purement moral qu'entretient l'ANEM avec les ultrapastoraux, n'oublions pas les propos d'un Philippe Lacube triomphant car accueilli en grande pompe avec son association anti-ours par les élus de l'ANEM réunis l'an dernier en Ariège en octobre 2006. Après la superbe photo des élus de l'ANEM derrière les banderolles anti-ours !, Lacube déclara : "Nous utilisons aujourd'hui la symbolique de la guerre des Demoiselles (...) : des hommes déguisés en femmes, le visages maquillé, allaient molester voire tuer des techniciens de l'office national des forêts." Appel à la violence (si ce n'est au meurtre !) bien mal déguisé...
Pour conclure, on peut répondre à la question qui était le titre de ma note : "A quoi joue l'ANEM ?" A préparer les municipales sur le dos de l'ours et sans reculer devant des alliances extrêmes puisque quoi qu'il en soit, seule la nature en pâtira, comme toujours.
Traditions sans courage
Malheureusement, l'ANEM nous avait habitué déjà depuis des années à cette absence de clairvoyance en sacrifiant si souvent la protection de la nature derrière des "impératifs d'ordre économiques" : cette association compte un nombre ahurissant d'élus dont les responsabilités dans la transformation de la montagne en "usine à ski" sont écrasantes. Il n'y a qu'à voir la fuite en avant actuelle face au manque de neige que le réchauffement climatique va aggraver : le suréquipement en canons à neiges dévoreurs d'eau, d'energie et de paysages se poursuit comme jamais ! On savait donc l'ANEM malade de l'aménagite aigüe, on la sait maintenant capable de sacrifier l'ours des Pyrénées.
Patrick PAPPOLA
Données techniques :
26juillet 2007, Toulouse, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie rencontre éleveurs, élus et associations de protection de la nature au sujet de l'ours des Pyrénées. Quatre engagements s'ensuivent (lettres de mission signées le 6 aout 2007) :
- "Evaluation rapide" du plan de renforcement (mission confiée à l'IGE, Inspection Générale de l'Environnement et au Conseil Général de l'agriculture, de l'alimentation et des espaces ruraux), conclusions attendues au 1er trimestre 2008. N.B : cette évaluation était prévue dès l'idée du plan de renforcement puisqu'elle figure dès la première page de ce plan publié en 2006 et qu' elle y est détaillée page 140 du tome I.
- Réalisation d'une expertise sur le comportement de l'ours Franska (prévue pour le 31 aout 2007) par l'équipe de suivi de l'ours sur le terrain (l'ETO). N.B : l'objectif des ultrapastoraux étant de laisser entendre que l'ourse Franska était une ourse dite "à problème" quand ce sont eux qui ont créé les problèmes en la traquant sans relâche comme l'affirme le professeur Claude GUIRAUD, vétérinaire cité ci-dessous. Un ours dit "à problème" est en effet encadré par un protocole prédéfini et pouvant aboutir à la capture voir à l'abattage de l'animal. Voilà l'enjeu pour les ultras...
- Identification des moyens de renforcer le suivi de l'ours avec possibilité de voyage d'étude à l'étranger (mission confiée à l'IGE). N.B : c'est justement un suivi rendu public de l'ours qui a permis aux anti-ours de pister et traquer Franska et les autres ours lâchés en 2007. Il y aurait beaucoup à dire sur l'utilisation contre les ours de ces suivis qui devraient au contraire se faire dans la discrétion puisque les anti-ours ne jouent pas le jeu...
- Mandat préfet de région coordinateur du massif pour faire des propositions de renforcement des aides au pastoralisme. N.B : certes, ces aides sont indépendantes de l'ours officiellement. Mais officieusement (et même un enfant de 10 ans l'aura compris), voilà aussi ce que l'ours apporte au pastoralisme. C'est l'une des explications concernant l'énergie considérable que le plantigarde a mobilisé contre lui ces derniers mois.
L’ourse Franska n’a cessé d’être traquée : ceci explique sa consommation de brebis.
Interview du Dr Claude Guiraud, vétérinaire et président du groupe d’étude européen d’Éco-pathologie de la faune sauvage de montagne. (GEEFSM). Les questions sont de H. Dubarry.
La mort de Franska vous a t-elle surpris ?
Dr Claude Guiraud : « Non, pas vraiment. C’était une mort programmée, à partir du moment où l’ourse n’avait ni territoire, ni tranquillité, ni sécurité. Pour qu’un renforcement d’espèce soit réussi, il faut supprimer les causes qui ont provoqué la diminution : garantir la paix de l’animal et sa possibilité de se nourrir. » (...)
De plus, depuis l’instant de son lâcher jusqu’à sa mort, Franska n’a bénéficié d’aucune tranquillité. Elle n’a cessé d’être traquée, dérangée ; elle n’a pas pu se familiariser avec son nouveau territoire et ses possibilités de nourrissage. Elle est restée erratique et ça explique ses grands déplacements en quête de nourriture. »
On a prêté à Franska un comportement anormal d’agressivité, d’hyper prédation ?
Dr Claude Guiraud : « Ça s’explique tout à fait. Un ours est à 80% végétarien. Le milieu où a été lâchée Franska est riche, mais fallait-il qu’elle puisse l’exploiter. Ramasser des végétaux, tubercules, des fruits exige du temps et donc de la tranquillité. Traquée sans arrêt, l’ourse a paré au plus pressé pour se nourrir efficacement, d’où des prédations animales. Plus on gêne les ours, plus ils deviennent carnivores, se nourrissant à la sauvette. Quant à « l’hyper agressivité » de Franska, elle est normale : on la retrouve chez les humains qu’on importune sans arrêt et «mal dans leur peau».
Faut-il reprendre les réintroductions et avec des ours slovènes ?
Dr Claude Guiraud : « Oui, à condition que les ours soient accueillis et non imposés. Une fois encore, il leur faut la tranquillité. Cela se passe bien en Val-d’Aran, en Haute-Garonne ou en vallée d’Aspe où il n’y a pas ou peu de dégâts. Quant au «problème» de l’origine slovène des ours, c’est ridicule : selon les lois de Mendel, le gêne slovène est du même caractère que le pyrénéen…
Propos recueilli par H. Dubarry. (La dépêche du Midi du 11 août 2007)















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