Afrique

21 juillet 2006

Pastoralisme et environnement: le contrôle et la gestion de l’espace - Pastoralisme et aires protégées

Synthèse des interventions d'une conférence électronique francophone intitulée "Pastoralisme et environnement - Le contrôle et la gestion de l’espace - Pastoralisme et aires protégées" qui a eu lieu du 4 au 27 novembre 2002. Organisation LEAD (Livestock, Environment And Development, c'est-à-dire élevage, environnement et développement).

LEAD est une initiative internationale qui analyse les interactions entre l'élevage et l'environnement afin de protéger et d'améliorer l'utilisation des ressources naturelles tout en luttant contre la pauvreté.

Par Bernard Toutain - Cirad-EMVT - Montpellier

Les lignes qui suivent s’appuient sur les nombreuses interventions qui se sont succédées au cours des trois semaines consacrées à ce thème. Pour rester concis, il a fallu extraire les idées principales et parfois les séparer, au risque de les affaiblir ou de les simplifier, d’explications ou d’exemples que vous pourrez retrouver en vous reportant aux textes complets de la conférence. On perd aussi la verve, la vitalité et la qualité d’écriture dont certains ont fait preuve. Cet exercice de synthèse est une façon de vous faire entrer dans les débats qui ont eu lieu et de mettre de l’ordre dans les principales idées et expériences qui font la richesse de cette e-conférence.

Préambule

Il est maintenant largement répandu et partagé dans le milieu du développement que le pastoralisme, c’est à dire une forme d’élevage extensif présentant certaines formes de mobilité, a sa place dans bon nombre d’écosystèmes soumis à des contraintes biophysiques fortes.

Par exemple en milieu sahélo-soudanien africain, contrairement aux idées d’il y a trente ans où l’on proclamait que « l’intensification des productions fourragères était sans doute le remède aux maux engendrés par l’élevage extensif » (DD), on reconnaît que le pastoralisme a sa place et que la mobilité répond au principe d’opportunisme, réduisant non seulement les risques des éleveurs inhérents à ce système de production mais favorable aussi, comme l’ont montré Behnke et Scoones, à l’équilibre des écosystèmes.

« Le concept de sécurisation des pratiques extensives, et notamment de la mobilité, a constitué dix ans plus tard la raison d’être de projets [de développement de l’élevage] tels qu’Almy Bahaim au Tchad…. La solution écologiquement pertinente passe bien par le déplacement » (DD).

Dans les régions à faible pluviosité (entre 80 et 250 mm) du Nord-Est du Mali, l’élevage extensif apparaît comme l’une des meilleures stratégies d’exploitation des ressources (AIM). Cette importante activité est encore régie par des règles traditionnelles qui accordent peu de privilèges aux seuls profits économiques par rapport aux avantages sociaux-culturels. Bien des questions se posent sur la qualification des espaces concernés, le rôle des nouveaux gestionnaires et le statut des différents acteurs. Faute de véritables plans d’aménagement, on constate actuellement le non-respect des servitudes aux abords des zones de grande concentration d’animaux. Or l’élevage ne peut préserver l’environnement naturel qu’à travers sa mobilité saisonnière.

Les différentes législations actuelles facilitent l’accès aux ressources naturelles à des usagers divers sans le consentement des utilisateurs locaux (permis de chasse, coupe de bois) (AIM).

L’impact globalement positif du cheptel sur le milieu naturel sahélien d’Afrique tropicale n’est plus à démontrer et il existe dans ce milieu une sorte de symbiose entre l’élevage, à condition qu’il soit mobile et la végétation, même si celle-ci n’est plus le milieu originel. Le cheptel et l’environnement interagissent et dépendent l’un de l’autre (LH, 8/11). On continue d’évoquer la dégradation, et pourtant la notion de surpâturage ne convient pas au Sahel en système mobile, alors qu’il existe en système sédentaire. Après les sécheresses des années 80, les forêts sahéliennes se sont reconstitué. On reproche aux pasteurs les coupes de branches, mais les défrichements pour ouvrir des terres agricoles ne sont pas invoqués. S’il y a surcharge des parcours au Sahel, il y a plus de risques pour le bétail que pour l’environnement.

Un débat s’est ouvert sur la notion de « modernité » à propos du pastoralisme. Il ne doit pas alimenter l’idée technocratique que l’on pourrait, avec quelques recettes techniques, transformer l’élevage au Sahel et en accroître la rentabilité. Il s’agit plutôt d’adaptations spectaculaires. On peut citer l’usage des produits vétérinaires, les structures professionnelles, le développement d’écoles communautaires en milieu nomade (RH).

Ensuite, les idées ont été classées par rapport aux questions telles qu’elles avaient été posées pour lancer les débats :

Question 1 - L’élevage contribue-t-il à préserver les environnements naturels et au maintien de la faune et de la flore dans les milieux naturels non protégés ?

Rôle du pastoralisme sur les milieux naturels

Aujourd’hui un milieu non perturbé est un mythe et les paysages, même sauvages portent l’empreinte d’activités anthropiques. Le pastoralisme, comme les feux de brousse, sont des formes de perturbation des écosystèmes. La question n’est pas l’incompatibilité du pastoralisme et de la protection mais celle de l’écologie des perturbations (disturbance ecology) et de la recherche d’un équilibre dynamique (PS). Dans le Parc national de montagne d’Andrigitra (Madagascar), le pastoralisme transhumant qui s’exerce depuis une centaine d’année sur les pelouses sub-alpines a produit un milieu à haute valeur écologique, esthétique et pastorale » (PS). Le décret de création du parc en 1998 inclut des textes sur la cohabitation des deux activités. Et définit les droits et les responsabilités des deux parties prenantes. Actuellement on cherche à rendre actionnaires du parc les communautés les plus proches (PS).

Le parc National de Serra da Peneda dans les montagnes du Nord-Est du Portugal, les bovins, les chevaux et les chèvres pâturent librement dans les prairies d’altitude où vivent aussi des loups, des renards et des sangliers. Les éleveurs habitent dans les villages et sont propriétaires de leur exploitation. On constate qu’au cours du dernier demi-siècle la flore a été très bien préservée, du fait probablement des différences de choix alimentaire des herbivores domestiques (JCRS).

Dans les Causses français, la végétation boisée d’origine a été défrichée il y a 2000 ans par les éleveurs de mouton. Le pastoralisme a créé des milieux steppiques et une flore et une faune caractéristique se sont installées, comportant beaucoup d’espèces disparues des milieux agricoles et même des plantes rares. Le pasteur a toujours débroussaillé ses pâturages, contribuant à leur entretien. Mais depuis une trentaine d’année, l’agriculture a changé, avec pour conséquence l’embroussaillement et l’évolution vers la forêt. Le pastoralisme est bien indispensable pour l’entretien de ces milieux riche en biodiversité. Sur les îles Orkney d’Ecosse, les bovins sont utilisés pour entretenir les milieux protégés (JPB).

Dans le Nord-Est sahélien du Mali, l’élevage pastoral contribue au maintien des éléphants du Gourma, dans le respect des itinéraires et la facilité d’accès aux points d’eau. Les pasteurs reconnaissent l’importance de ces troupeaux d’éléphant et exploitent les ressource en partage(AIM).

Certains éleveurs contribuent à dégrader le milieu

En Algérie, il est indéniable que le pastoralisme tel qu’il est pratiqué actuellement contribue à la désertification des hautes plaines steppiques (DN), 6/11).

L’anthropologue français Patrick Paris avait mis en évidence que 60% du cheptel de la région de Nord Dakoro au Niger appartenait à moins de 10 personnes, étrangères à la zone. Pour les éleveurs qui vivent essentiellement de leur cheptel, les taux d’exploitation du bétail sont élevés. Pour les agro-éleveurs ou pour les fonctionnaires, le bétail est un placement, pour le commerçant, c’est du business. Le bétail de prestige n’est pas en zone pastorale mais en zone agro-pastorale (RH,21/11).

On constate au Brésil que les populations locales mettent en danger la biodiversité pour pouvoir satisfaire leurs besoins en nourriture. On peut se poser la question : pourquoi ne pas payer les paysans pour qu’ils protègent les ressources, cela améliorerait du même coup leur revenu (AV, 18/11). Il est répondu que cette mesure est déjà appliquée en Europe parce qu’elle concerne une très faible proportion de la population. Il n’en est pas de même au Sahel (RH, 19/11).

La chasse

Il faut noter cependant qu’en zone semi-aride d’Afrique, la chasse est fortement ancrée dans la culture de certaines ethnies : le gibier est un don de Dieu exploité comme un produit de cueillette (MS).

Elle répond parfois à des traditions et des rites locaux, mais le plus souvent le chasseur recherche des techniques efficaces et le profit personnel. Et certaines passions cynégétiques d’envergure défendent leurs pratiques à travers de véritables lobbying. En fait les solutions doivent nécessairement être adaptées aux contextes auxquels elles s’appliquent (HK).

Dans les Causses français, et probablement la plupart des zones pastorales d’Europe, la population locale a pratiqué la chasse pour se nourrir. Mais c’est surtout la chasse des populations non locales qui s’est développée. La pression de chasse est devenue telle qu’il faut repeupler en gibier (lièvres, perdrix) (JPB).

A propos du braconnage, selon une expérience acquise au Niger, l’éleveur habituel n’est pas braconnier. Par contre les bergers travaillant pour des « propriétaires absentéistes » ou des personnes de l’administration peuvent l’être ; c’est cette catégorie d’éleveurs qu’il faut surveiller. Il rappelle aussi le risque que rencontrent certains animaux sauvages (girafes, autruches...) lors de leurs transhumances naturelles (AIM, 18/11).

Les connaissances qu’ont les pasteurs des ressources naturelles

Une enquête réalisée auprès de populations touarègues du Gourma a révélé l’excellente connaissance que les pasteurs ont acquise des troupeaux d’éléphants, de leurs déplacements saisonniers, de leurs habitudes. On méconnaît l’ampleur des savoirs des éleveurs relatifs au comportement des éléphants (HK, 14/11).

Il faut souligner l’intérêt des « savoirs » des éleveurs. La gestion des aires protégées doit s’appuyer sur ces connaissances (JPP, 20/11).

Néanmoins, il existe des conflits entre les conservateurs des aires protégées et les éleveurs : les premiers  se soucient seulement de conservation alors que les seconds veulent vivre de leur élevage et rester au village. La solution réside certainement dans l’information des éleveurs et leur implication dans les objectifs de conservation. Il existe déjà un système d’indemnisation lorsqu’un loup tue un animal domestique mais on s’oriente vers une indemnisation fixe, fonction de la taille du troupeau, compensant le risque dû aux prédateurs, mais responsabilisant l’éleveur dans la garde de son troupeau (JCRS).

L’éleveur, allié du forestier pour la conservation des ressources

Dans les régions arides, le principal allié du forestier devrait être l’éleveur. Par exemple dans la réserve de l’Aïr Ténéré au Niger, la population a été associée dès 1991 aux objectifs de gestion. L’élevage n’était pas en compétition avec la faune, en dépit du postulat de départ. Plus tard, les dégâts sur la faune, et notamment la disparition des autruches, n’ont pas été le fait des éleveurs. Dans la forêt classée de Gadabeji, au Niger, les éleveurs ont un droit de pacage les six premiers mois de l’année, pendant la saison sèche, et contribuent ainsi à l’entretien du milieu (LH, 8/11). On méconnaît la notion d’entretien écologique des troupeaux à l’échelle du Sahel. Au nord de Dakoro, au Niger, la véritable régénération des ligneux s’est faite grâce aux troupeaux et à leurs déplacements, y compris dans les forêts classées. Il est vrai que le braconnage a réduit le nombre de ruminants sauvages, mais ce n’est pas le fait des éleveurs (LH, 8/11).

Le forestier est considéré comme le seul écologiste en Afrique sub-saharienne. On ne pense pas assez à responsabiliser les habitants d’une région à leur environnement. Il faudrait commencer par l’information auprès des enfants : il cite un exemple réussi au Nord-Niger (RH). Il y a même des exemples où les forestiers ne sont pas du tout protecteurs de l’environnement et l’on connaît des exemples de plantations en Asie, quasiment vides de faune (PL, 26/11).

Impliquer les éleveurs dans la protection des milieux

Il faudrait approfondir le statut à accorder aux éleveurs dans la gestion des ressources. On admet mal que l’on paie des populations pour qu’elles n’exploitent pas les réserves naturelles. La notion de réserve suppose l’exclusion de la présence de l’homme et l’on cite plusieurs exemples. En créant le Yellowstone, on a omis de voir le passé indigène sur ces espaces. D’autres réserves sont réservées à des classes privilégiées. On connaît bien des cas, notamment en Amérique tropicale, où les destructeurs réels de la biodiversité sont de grosses compagnies minières ou pétrolières et non les populations locales (HK,21/11).

La protection de la nature de devrait-elle pas relever de la responsabilité des communautés locales, y compris les communautés d’éleveurs ? Certains éleveurs touareg du Mali ont une excellente connaissance des éléphants qui vivent sur les mêmes espaces qu’eux. Leur compétence n’est malheureusement pas mise à profit. Les éleveurs ne devraient-ils pas être associés à la protection de la nature ? (HK, 15/11)

Si l’on facilite la structuration des éleveurs, il est alors possible de les impliquer dans la protection de la faune et le suivi environnemental. Actuellement, toutes les populations concernées sont laissées hors de toute activité en faveur de l’environnement. Les législateurs produisent des lois inapplicables. (HK,18/11). Il est faux de penser que les sociétés pastorales ne sont pas touchées par la modernité et on peut citer plusieurs exemples (Maroc, Mali), mais ces sociétés doivent composer avec les structures traditionnelles et les pouvoirs locaux. L’acquisition de cette modernité et de la maîtrise de projets par les organisations professionnelles est un combat contre certains pouvoirs locaux ou centraux (HK,18/11)

Question 2 - Le bétail est-il concurrent ou complémentaire des herbivores sauvages ?

Opposition entre élevage et présence de faune

« Dans le parc régional du W (Bénin, Burkina Faso et Niger), la présence simultanée de faune sauvage et de bergers est bel et bien antinomique » (DD). Dans la partie béninoise notamment, était devenue depuis une dizaine d’année la zone de parcours de saison sèche de dizaines de milliers d’animaux transhumants, venus pour la plupart du Niger. On disait que le W était devenu « un gigantesque parc à bœufs », alors que dans le même temps, le parc national de la Pendjari (Bénin), mieux surveillé, gardait son caractère sauvage au profit du tourisme et de la conservation (DD).

Le parc fait partie d’un ensemble d’aires protégées (complexe WAPO) répondant à une volonté régionale de lutte contre la désertification basée sur une approche intégrée de conservation et de développement. « Il s’agit du dernier bastion de la grande faune sauvage en Afrique de l’Ouest, sur 5 millions d’hectares, comprenant aussi des richesses cynégétiques, touristiques, archéologiques et culturelles ». Il n’est pas seulement question de développer la surveillance, mais aussi de faire le suivi de la durabilité écologique, économique, sociale et institutionnelle. C’est pourquoi il importe de régler la question de la concurrence entre la conservation et l’élevage. Les transhumances doivent pouvoir trouver leur place dans l’ensemble régional où se trouve le complexe du WAPO sans compromettre les enjeux de conservation. Tel est l’enjeu de recherches actuelles (DD).

En Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan et Kazakhstan), la chute du système soviétique en 1991 a conduit à la faillite des grandes fermes d’Etat et la conséquence fut une chute considérable du cheptel en moins de dix ans et une reconversion vers des formes d’élevage pastoral. La faune sauvage a progressivement repris ses droits sur les parcours abandonnés. Les gazelles prolifères, mais aussi les loups. Les attaques de loups préoccupent fortement les éleveurs, et les bergers, toujours à cheval, surveillent leurs troupeaux par crainte de leurs attaques. La nuit le bétail est parqué (Ggi).

Il faut souligner l’importance du gardiennage du bétail en raison de son rôle dans la prévention de la prédation. Au Botswana, l’élevage extensif en périphérie des parcs se fait sans gardiennage : il en résulte un fort taux de prédation, la diffusion de maladies et la pénétration fréquente du bétail en zones protégées (PG).

Il existe des solutions de gestion où l’élevage est compatible avec la faune

L’impact du bétail de la zone périphérique (en principe exclus mais en réalité un peu présent) a été évalué dans le parc naturel des oiseaux du Djoudj, au Sénégal. Les études ont conclu que les prélèvements de fourrage par le bétail étaient très faibles par rapport à la biomasse produite et ne touchaient que certaines formations végétales. Les phacochères auraient un impact beaucoup plus important que le bétail. De tels résultats d’études apportent des arguments objectifs lorsqu’il y a des débats entre les conservateurs et les éleveurs de la zone périphérique (AI, 19/11). La recherche, si elle reste objective, peut défendre le bien fondé du pastoralisme dans la mesure où elle démontre que celui-ci ne dégrade pas l’environnement.

Un exemple intéressant vient d’Europe, au sujet du loup et du pastoralisme dans les Alpes françaises. Pour s’installer, les loups ont besoin d’espace peu habité et giboyeux ou avec des moutons. Cela correspond souvent à des aires protégées, mais pas toujours. La gestion du problème du loup ne se présente pas de la même façon selon le type d’aire protégée : dans les parcs nationaux, le pastoralisme, pour certains, n’a pas de légitimité tandis que dans les parcs naturels régionaux, se développent des activités humaines, dont l’élevage. Le paradoxe dans les parcs français vient du fait que d’une part le pastoralisme contribue à l’entretien et la gestion de nombreux espaces, et contribuent à la biodiversité, mais d’un autre côté il est en opposition avec le retour du loup, qui est un enrichissement de la biodiversité. L’amélioration des conditions d’exercice du pastoralisme a réduit les pressions des prédateurs sur les troupeaux (FF, 25/11).

Question 3 - Est-il possible de contrôler et de limiter l’exploitation des ressources pastorales dans les aires protégées ?

Exclure le bétail des aires protégées

Au Nord-Bénin où se trouvent plusieurs aires protégées, il semble impossible pour certains d’intégrer la conservation et l’élevage. Les importants mouvements de transhumance dans les zones périphériques amènent inévitablement à une importante fréquentation, même illégale, du parc du W au Bénin. L’élevage extensif dans cette région est considéré comme incompatible avec les objectifs de conservation. Il y aurait plus d’animaux domestiques que sauvages dans cette partie du parc et le pastoralisme est devenu dans cette région une source locale de revenus. On devrait donc proposer de chercher à faire des plans d’aménagement des aires protégées qui permettent une certaine exploitation pastorale (BK, 15/11).

Cette assertion a soulevé une polémique : il est répondu que telle n’est pas la volonté des trois Etats (Niger, Burkina et Bénin) signataires en 2000 de l’acte fondateur de la Tapoa, lequel a permis l’émergence du projet ECOPAS. Celui-ci met vigoureusement en œuvre des mesures de conservation dans l’ensemble des parcs du complexe WAPO à haute valeur de biodiversité. Il rappelle cependant la devise d’ECOPAS «  conserver au bénéfice des populations », ce qui conduit à œuvrer parallèlement pour l’organisation des activités dans la zone périphérique, y compris d’élevage (DD, 15/11).

On ne peut concilier les objectifs de conservation et ceux du pastoralisme. Il faudrait prendre pour l’élevage des mesures compensatoires fortes dans les zones autorisées sous forme d’investissements pour leur aménagement pastoral. Le malheur de beaucoup de systèmes de financement en Afrique est leur manque de durée en raison de leur dépendance fréquente des ressources extérieures. Dans ces conditions on ne parvient pas à consolider les acquis. Les gestionnaires des aires protégées et les services de l’élevage devraient se concerter. Du fait que l’on prend en compte les préoccupations des éleveurs, on devrait pouvoir les impliquer dans la lutte anti-braconnage (BK, 22/11).

Par ailleurs on peut admettre qu’un accès saisonnier contrôlé est préférable à un afflux non contrôlé de bétail, mais il faut en souligner les inconvénients : par exemple l’effet négatif de l’élevage sur certaines espèces d’arbres, les risques de dissémination de certaines épizooties. Surtout, l’accès du bétail dans les parcs du W entre mars et mai, période de la transhumance, est incompatible avec le tourisme de vision et le tourisme cynégétique (trop de risques pour les éleveurs). Il faut aussi laisser les populations de faune se reconstituer. Sur le plan humain, même si l’on admet que l’élevage est moins destructeur de la biodiversité que les autres formes d’exploitation, l’ouverture des parcs à l’élevage exciterait la convoitise des autres exploitants (EHI, 15/11).

Développer l’agriculture et l’élevage dans les zones non protégées pour permettre la conservation dans les zones protégées

On devrait s’interroger l’idée de faire des plans d’aménagement et de gestion intégrée dans les parcs. Est-ce qu’il existe des exemples de réussite sur ce point ? (MN, 18/11)

On doit défendre l’intensification de l’agriculture dans les zones agricoles périphériques des parcs pour réduire le recours à l’agriculture sur brûlis, de même que l’intensification de l’élevage pour réduire les conflits entre éleveurs et agriculteurs. On peut s’étonner du manque latent de viande dans la région des parcs du W alors que passent tous ces animaux d’élevage et suggère un plan de déstockage du bétail, qu’il perçoit comme de l’élevage de prestige. Et plutôt que de brûler la savane, ne pourrait-on pas faire du foin ? (EHI, 15/11)

Le programme ECOPAS a fait des progrès récents en faveur de l’élevage, dictées par le réalisme : aménagement de points d’eau, en périphérie du parc du W,  autorisations d’abreuvement délivrées en zones tampons, implication des éleveurs dans les associations de gestion de la faune, légitimation du séjour du bétail en zone tampon (EHI, 22/11).

Il faut maintenir d’amples mouvements de transhumance pour éviter les fortes concentrations d’animaux autour des points d’eau (AIM).

Les forestiers ont aussi leur place dans le débat car les éleveurs des zones sèches font utiliser les feuilles d’arbres fourragers à leur bétail et se tournent vers les espaces forestiers pendant les périodes difficiles. On devrait rechercher une forme d’exploitation durable des espaces sylvo-pastoraux et aussi développer en périphérie des parcs des espaces boisés servant de « banque fourragère ligneuse » en saison sèche. Pour les constituer, on peut employer des techniques de multiplication végétative, naturellement très communes en zones sèches (RB, 15/11).

Des projets d’aménagement dans les zones périphériques

En Tanzanie, un projet se développe en périphérie des parcs de Tarangire et Manyara. Dans cette région, les conflits entre les activités agricoles et la faune s’accentuent (notamment la culture du maïs et les éléphants). Ce projet vise à sécuriser les activités pastorales et les communautés Massaï pour ralentir la conversion des terres à l’agriculture en répercutant sous diverses formes les bénéfices liés à la biodiversité. Il prévoit aussi l’élaboration de plans concertés pour la gestion du territoire en périphérie des parcs, pour réduire les conflits et en garantissant l’usage pastoral de certaines zones (PG).

L’utilisation de la terre en Afrique tropicale dépend largement de l’arbitrage des populations paysannes. Trois exemples de Côte d’Ivoire et du Mali ont été évoqués. Les logiques traditionnelles, qu’il s’agisse de l’exploitation de la terre pour l’agriculture ou au contraire la protection de lieux sacrés, prévalent souvent à long terme sur les logiques extérieures. On peut donc s’interroger sur la valeur et la pérennité de simples négociations entre acteurs. Les objectifs des écologistes sont très éloignés des préoccupations des paysans. Les retombées de l’exploitation des parcs sont-elles suffisantes pour intéresser les paysans à ces objectifs ? Il est indispensable d’entreprendre un développement volontariste en périphérie des parcs (Ggo).

Faire payer des droits de pacage ?

L’instauration de droits de paiement de pâturage présente des dangers : l’usage des fonds n’est pas toujours celui qui est prévu et celui qui paie est fort de ses droits conquis (RH, 21/11).

Restreindre les accès aux zones pastorales ?

Il faut souligner la différence entre les troupeaux liés au placement de revenus urbains ou ruraux, qui risquent d’aboutir à des impasses écologiques, et ceux des pasteurs nomades ou transhumants, qui devront s’organiser pour devenir incontournables comme gestionnaires des ressources pastorales. N’y a-t-il pas un défit commun aux zones pastorales et aux aires protégées qui est celui d’un accès restreint dans un souci de durabilité ? Ne faudrait-il pas rapidement trouver d’autres formes de placement à l’épargne des urbains et des agriculteurs ? (JPP, 20/11)

La contribution du pastoralisme à la préservation des environnements naturels porte sur :

  • le contrôle et la provenance des effectifs.
  • La reconnaissance des droits d’usage ou de propriété des pasteurs.

Le pasteur exploitant une aire protégée doit être conscient de ses devoirs et être tenu pour responsable des violations faites aux règles de protection (AIM).

Responsabiliser les populations dans la conservation

Les éleveurs sont dépossédés des ressources foncières et forestières partout dans le monde. Ils se plient autant que possible aux nouvelles règles. Pour qu’ils défendent leurs préoccupations dans les opérations d’aménagement, ils doivent être représentés par des structures permanentes. Leur présence dans les débats permettrait de corriger des incompréhensions (BA, 21/11).

En Afrique tropicale sèche, les forêts sont de plus en plus co-gérées avec les communautés locales. Mais il faut faire le constat que les éleveurs transhumants ne sont pas invités à participer à cette co-gestion (RB).

Il faut profiter en Afrique de l’Ouest du mouvement actuel de décentralisation pour responsabiliser réellement les communautés de base sur cette question de la gestion des aires protégées. Par exemple dans la 5e Région du Mali, dans le domaine de la pêche, des conventions locales impliquant les communes rurales ont été élaborées pour la gestion des ressources halieutiques (JSZ).

Des aménagements soutenus par une politique de développement économique

La gestion durable des aires protégées relève d’une politique de développement économique touchant tous les secteurs économiques, notamment le système bancaire, l’éducation etc. Il faudrait aussi que les unités fourragères pastorales aient un coût pour les entrepreneurs éleveurs, alors qu’elles sont gratuites actuellement (SB, 20/11).

Question 4 - Dans quelles conditions est-il admissible que le bétail soit autorisé à pénétrer dans les aires protégées ?

Certains types d’animaux domestiques sont utilisés pour gérer les milieux herbacés dans les réserves naturelles : par exemple en Europe le Highland Cattle en Ecosse et même en Alsace (JPB).

Sujets complémentaires

La gestion des parcs naturels et des réserves d’Asie centrale n’est pas actuellement la priorité des autorités en dépit d’un effort concerté et constant des scientifiques russes et internationaux et avec l’aide d’organisations internationales (Ggi).  Il faut attendre que la situation économique de ces pays soit stabilisée.

La notion de capacité de charge est très contestable dans le Sahel et devrait être abandonnée car les évaluations sont coûteuses et incertaines. Quant à la gestion des parcours, il semble que le meilleur système d’exploitation repose sur la mobilité. Les modèles de gestion pastorale au Sénégal ou au Niger ont été des échecs (RH, 14/11).

Les décisions de classement d’espaces considérés comme vides par les colonisateurs en Afrique de l’Ouest se faisaient en méconnaissance des règles d’usage des communautés qui en avaient l’usage. Les Etats sahéliens ont considéré l’espace pastoral comme appartenant à l’Etat, au mépris des pasteurs utilisateurs (RH, 14/11).

Se pose toujours la question de la perception du rapport des sociétés avec la nature. Celle des populations indigènes peut différer de la vision occidentale (HK). On doit prendre en compte l’importance de l’évolution des idées sur les rapports entre société et nature ; la conservation ou l’exploitation de la nature s’inscrit dans un projet de société. Nous sommes actuellement en train de revisiter la perception de la place de l’homme dans la nature et de sa responsabilité sur les écosystèmes (HK).

En conclusion

Le pastoralisme a modifié les milieux pastoraux et la végétation, tout en préservant le renouvellement des ressources.  Le pastoralisme est même parfois utilisé pour maintenir des milieux naturels ouverts et préserver la biodiversité. Mais si le système pastoral évolue sous des formes plus commerciales ou plus intégrées à l'agriculture, il peut s’avérer dégradant.

Certains éleveurs pastoraux ont une très bonne connaissance empirique du milieu et des ressources, mais ces savoirs sont insuffisamment exploités. Lorsque l’on veut faire de la conservation, ces éleveurs pourraient être davantage impliqués. Encore est-il qu’il faut pouvoir les mobiliser, et la meilleure façon est de favoriser l’émergence d’organisations d’éleveurs.

La faune sauvage et l’élevage semblent difficilement compatibles, sauf dans des conditions de contrôle du nombre de bétail difficilement maîtrisables dans beaucoup de cas. Il paraît préférable de développer l’agriculture et l’élevage dans les zones non protégées et d’y introduire des aménagements suffisants pour détourner les éleveurs de l’intérêt de pénétrer dans les réserves. Cela signifie que les projets de conservation doivent prévoir des actions d’importance suffisante pour l’élevage dans les zones périphériques des aires protégées.

Les très nombreux exemples cités révèlent une fois de plus la grande diversité des situations et l’on ne saurait trouver de solution universelle. Chaque cas doit élaborer ses propres modes de conduite.

LEAD - Conférence électronique francophone

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