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octobre 2007

31 octobre 2007

Ours : à quoi joue l'Association Nationale des Elus de la Montagne (ANEM)

le pétard mouillé de l'ANEM

par Patrick Pappola

En titrant son article "Un été agité pour les ours", l'ANEM (Association Nationale des Elus de la Montagne) tire des conclusions pour le moins hâtives sur la vingtaine d'ours désormais présente dans les Pyrénées (contre 6 à 8 il y a 12 ans) ainsi que sur le plan de renforcement qui a permis l'accroissement de cette population animale sévèrement menacée de disparition dans notre pays.

Ainsi, cet article (extrait du mensuel de l'ANEM "Pour la Montagne" n°175 de septembre 2007, page 5), commence par annoncer que : "Tout au long de l'été, les vallées pyrénéennes ont été le théatre de multiples attaques de la part des ours." Certes, mais on serait tenté de dire, comme depuis toujours et pas beaucoup plus que chaque année. Et puis, toujours de façon très minoritaire par rapport à toutes les sources de disparition et de destruction du bétail en estive (attaques de chiens errants et d'autres prédateurs, foudre, mouches infectant les plaies, parasites, maladies, dérochements etc.) Faut-il rappeler que l'ours représenterait de moins de 1 à 3% des pertes annuelles en estive !

ANEM: Jugements sans objectivité

Mais l'ANEM poursuit en indiquant que l'on trouve désormais dans les Pyrénées, depuis "la réintroduction de l'an dernier, (...) cinq ours slovènes qui (...) semblent difficilement s'adapter à leur nouveau territoire". Certes aussi ? Et bien non : d'une part, à l'échelle des Pyrénées, d'où l'ours n'a jamais disparu complètement, on ne peut pas parler de "réintroduction" mais de "renforcement" d'une population menacée et pas encore disparue. D'autre part, comment l'ANEM peut-elle juger que ces ours ne se sont pas "adaptés" à leur nouveau territoire ?

Les ours slovènes lâchés en 1996 et 1997 se sont tellement bien adaptés aux Pyrénées qu'ils s'y sont reproduis au-delà de toute espérance faisant passer la population d'ours de 6-8 à une quizaine en 10 ans ! Quoi mieux que des reproductions réussies témoigne mieux de l'adaptation d'une espèce à son milieu de vie ? Tout laisse entendre que ce sera aussi le cas pour les 5 ours lâchés en 2006 puisque l'ourse femelle Hvala est sortie de sa tanière ce printemps 2007 avec deux oursons en pleine santé (que l'on peut voir gambader avec leur mère sur le site de l'ADET Pays de L'ours car Philippe TONELLI a eu la chance de pouvoir faire une vidéo des oursons de l'ourse Hvala).

Alors bien sûr, il y a eu le dérochement de l'ourse "Palouma"en aout 2006. Mais toute espèce montagnarde (isards ou bouquetins inclus) connait ce genre d'accident et les ours slovènes dans leur pays aussi. Précisons d'ailleurs que le relief karstique des réserves slovènes d'où proviennent ces ours est aussi fortement accidenté. Rien, si ce n'est de la mauvaise foi, ne permet de laisser entendre que l'ourse Palouma est morte parcequ' inadaptée aux Pyrénées.

Et Franska ? De l'avis de spécialistes, les multiples dérangements qu'elle à subie à cause des battues illégales, exactions des ultrapastoraux anti-ours, sont fortement responsables du fait qu'elle se soit retrouvée sur une route nationale. Les anti-ours l'avaient dit : ils voulaient sa mort et avaient décidé de repousser Franska en plaine et donc vers la route. L'Etat a même ouvert une enquête pour trouver les responsables. certains s'en vantaient sur la toile !

Christian PUYO, responsable de la FDSEA des Hautes Pyrénées n'avait-il pas déclaré fin juillet :"Notre dernière cartouche, c'est Sarkozy, avant qu'une vraie cartouche ne soit adressée à l'ourse " (Canard Enchaîné du 25/07/07). Et effectivement, plusieurs dizaines de plombs de fusil de chasse ont été retrouvé dans le corps de l'ourse.

Association d'idées ultras

Mais dans sa collusion avec les "nervis" ultrapastoraux, l'ANEM va plus loin encore dans l'article sus-cité en décidant que "les errements imputables à Franska (...) ont montré l'inadaptation et la dangerosité des ours réintroduits, n'hésitant pas à s'approcher des lieux habités, et même à s'introduire nuitamment dans les villages." Problème de mémoire et de jugement pour l'ANEM : d'une part, les ours pyrénéns se sont toujours approchés des villages et des lieux habités (lire des témoignages d'anciens pyrénéens est à ce titre sans appel : c'était très fréquent) et d'autrepart, cela n'a jamais fait aucune victime et aucun blessé sérieux depuis un siècle au moins ! Présents depuis 10 ans dans les Pyrénées, les 15 ours d'origines slovènes ont agi comme les ours pyrénéens et n'ont jamais blessé personne. Pourquoi ceux de 2006 agiraient différemment subitement ?

Enfin, l'ANEM conclue sur la nécesité "d'envisager une sortie de crise qui tire les conclusions de l'échec désormais démontré des réintroductions." "Renforcement" et non pas "réintroduction" serait-on inlassablement tenté de corriger. Mais surtout, comment l'ANEM peut-elle préjuger du succès ou de l'échec de ce plan de renforcement dont l'évaluation ne commence qu'à peine ? Mieux : l'ANEM se félicite que cette évaluation soit prévue par le ministère de l'écologie pour début 2008, mais l'ANEM, nullement qualifiée pour cela, sans connaître les tenants et les aboutissants du dossier, donne sa conclusion avant même l'étude. Où est l'objectivité ?

Passer de 6-8 ours en 1996 à près de 20 en 2007, est-ce vraiment un "échec" ? Les deux oursons nés dès la première sortie de tannière de "Hvala" lâchée en 2006, est-ce là un "échec" ? Les mesures de protection mises en place par l'Etat et dont l'efficacité est désormais démontrée par des éleveurs et des bergers eux-même est-ce un échec ?

Pour l'ANEM, l'ours est un bouc émissaire juteux

Alors pourquoi l'ANEM, en l'occurence parfaitement incompétente en matière d'ours et d'écologie :

  • cherche-t-elle à manipuler l'opinion ?
  • Pourquoi l'ANEM calque-telle son discours sur les pires mensonges des nervis ultrapastoraux anti-ours ?
  • Pourquoi ne fait-elle au contraire pas preuve de pédagogie pour calmer les ardeurs violentes de certains en informant réelement et en cherchant des pistes d'ententes ?

Certains élus ont-ils intérêts à ce que 20 ours soient instrumentalisés comme le bouc-émissaire de toute la filière ovine pyrénéenne, eux qui ne prélèvent que 300 à 350 brebis par an sur des dizaines de milliers en estive chaque année dans les Pyrénées ?

La réponse se trouve peut-être un peu plus loin, en page 10 du même bulletin de l'ANEM, à propos des engagements de la secrétaire d'Etat à l'écologie après une entrevue avec les éleveurs anti-ours : "(...)  le préfet de région (...) a été mandaté pour faire des propositions de renforcement des aides au pastoralisme, en concertation étroite avec les acteurs de terrain. Et c'est probablement sur ce point que les attentes de ces derniers sont les plus fortes (...)." 

Précisons que ces aides sont indépendantes de l'ours mais qu'elles sont réclamées grâce au rapport de force que l'opposition à l'ours permet de créer vis à vis de l'Etat. Eternelle histoire de l'ours bouc-émissaire. Dommage qu'élus et représentants agricoles aient choisi de se servir d'une espèce menacée, véritable "âme des Pyrénées",  comme d'un vulgaire "fusible" pour faire entendre leur difficultés. C'est hélas ce que risquent de retenir les générations futures en terme de recul face à des responsabilités d'hommes du XXIème siècle. Attitude peu glorieuse hélas.

Collusions extrèmes

Enfin, pour insister sur les relations problématiques sur le plan purement moral qu'entretient l'ANEM avec les ultrapastoraux, n'oublions pas les propos d'un Philippe Lacube triomphant car accueilli en grande pompe avec son association anti-ours par les élus de l'ANEM réunis l'an dernier en Ariège en octobre 2006. Après la superbe photo des élus de l'ANEM derrière les banderolles anti-ours !, Lacube déclara : "Nous utilisons aujourd'hui la symbolique de la guerre des Demoiselles (...) : des hommes déguisés en femmes, le visages maquillé, allaient molester voire tuer des techniciens de l'office national des forêts." Appel à la violence (si ce n'est au meurtre !) bien mal déguisé...

Pour conclure, on peut répondre à la question qui était le titre de ma note : "A quoi joue l'ANEM ?" A préparer les municipales sur le dos de l'ours et sans reculer devant des alliances extrêmes puisque quoi qu'il en soit, seule la nature en pâtira, comme toujours.

Traditions sans courage

Malheureusement, l'ANEM nous avait habitué déjà depuis des années à cette absence de clairvoyance en sacrifiant si souvent la protection de la nature derrière des "impératifs d'ordre économiques" : cette association compte un nombre ahurissant d'élus dont les responsabilités dans la transformation de la montagne en "usine à ski" sont écrasantes. Il n'y a qu'à voir la fuite en avant actuelle face au manque de neige que le réchauffement climatique va aggraver : le suréquipement en canons à neiges dévoreurs d'eau, d'energie et de paysages se poursuit comme jamais ! On savait donc l'ANEM malade de l'aménagite aigüe, on la sait maintenant capable de sacrifier l'ours des Pyrénées.

Patrick PAPPOLA

Données techniques :

26juillet 2007, Toulouse, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie rencontre éleveurs, élus et associations de protection de la nature au sujet de l'ours des Pyrénées. Quatre engagements s'ensuivent (lettres de mission signées le 6 aout 2007) :

  1. "Evaluation rapide" du plan de renforcement (mission confiée à l'IGE, Inspection Générale de l'Environnement et au Conseil Général de l'agriculture, de l'alimentation et des espaces ruraux), conclusions attendues au 1er trimestre 2008. N.B : cette évaluation était prévue dès l'idée du plan de renforcement puisqu'elle figure dès la première page de ce plan publié en 2006 et qu' elle y est détaillée page 140 du tome I.
  2. Réalisation d'une expertise sur le comportement de l'ours Franska (prévue pour le 31 aout 2007) par l'équipe de suivi de l'ours sur le terrain (l'ETO). N.B : l'objectif des ultrapastoraux étant de laisser entendre que l'ourse Franska était une ourse dite "à problème" quand ce sont eux qui ont créé les problèmes en la traquant sans relâche comme l'affirme le professeur Claude GUIRAUD, vétérinaire cité ci-dessous. Un ours dit "à problème" est en effet encadré par un protocole prédéfini et pouvant aboutir à la capture voir à l'abattage de l'animal. Voilà l'enjeu pour les ultras...
  3. Identification des moyens de renforcer le suivi de l'ours avec possibilité de voyage d'étude à l'étranger (mission confiée à l'IGE). N.B : c'est justement un suivi rendu public de l'ours qui a permis aux anti-ours de pister et traquer Franska et les autres ours lâchés en 2007. Il y aurait beaucoup à dire sur l'utilisation contre les ours de ces suivis qui devraient au contraire se faire dans la discrétion puisque les anti-ours ne jouent pas le jeu...
  4. Mandat préfet de région coordinateur du massif pour faire des propositions de renforcement des aides au pastoralisme. N.B : certes, ces aides sont indépendantes de l'ours officiellement. Mais officieusement (et même un enfant de 10 ans l'aura compris), voilà aussi ce que l'ours apporte au pastoralisme. C'est l'une des explications concernant l'énergie considérable que le plantigarde a mobilisé contre lui ces derniers mois.

L’ourse Franska n’a cessé d’être traquée : ceci explique sa consommation de brebis.

Interview du Dr Claude Guiraud, vétérinaire et président du groupe d’étude européen d’Éco-pathologie de la faune sauvage de montagne. (GEEFSM). Les questions sont de H. Dubarry.

La mort de Franska vous a t-elle surpris ?
Dr Claude Guiraud : « Non, pas vraiment. C’était une mort programmée, à partir du moment où l’ourse n’avait ni territoire, ni tranquillité, ni sécurité. Pour qu’un renforcement d’espèce soit réussi, il faut supprimer les causes qui ont provoqué la diminution : garantir la paix de l’animal et sa possibilité de se nourrir. » (...)

De plus, depuis l’instant de son lâcher jusqu’à sa mort, Franska n’a bénéficié d’aucune tranquillité. Elle n’a cessé d’être traquée, dérangée ; elle n’a pas pu se familiariser avec son nouveau territoire et ses possibilités de nourrissage. Elle est restée erratique et ça explique ses grands déplacements en quête de nourriture. »

On a prêté à Franska un comportement anormal d’agressivité, d’hyper prédation ?
Dr Claude Guiraud : « Ça s’explique tout à fait. Un ours est à 80% végétarien. Le milieu où a été lâchée Franska est riche, mais fallait-il qu’elle puisse l’exploiter. Ramasser des végétaux, tubercules, des fruits exige du temps et donc de la tranquillité. Traquée sans arrêt, l’ourse a paré au plus pressé pour se nourrir efficacement, d’où des prédations animales. Plus on gêne les ours, plus ils deviennent carnivores, se nourrissant à la sauvette. Quant à « l’hyper agressivité » de Franska, elle est normale : on la retrouve chez les humains qu’on importune sans arrêt et «mal dans leur peau».

Faut-il reprendre les réintroductions et avec des ours slovènes ?
Dr Claude Guiraud : « Oui, à condition que les ours soient accueillis et non imposés. Une fois encore, il leur faut la tranquillité. Cela se passe bien en Val-d’Aran, en Haute-Garonne ou en vallée d’Aspe où il n’y a pas ou peu de dégâts. Quant au «problème» de l’origine slovène des ours, c’est ridicule : selon les lois de Mendel, le gêne slovène est du même caractère que le pyrénéen…

Propos recueilli par H. Dubarry. (La dépêche du Midi du 11 août 2007)

28 octobre 2007

Protection des troupeaux : une impasse technique ?

Intervention de Laurent Garde du CERPAM (Centre d’Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes-Méditerranée) lors de la «Journée nationale des présidents de massifs» organisée par la FNSEA à Paris le 10 octobre. Les participants ont signé un manifeste «pour le maintien de la biodiversité en zone d’élevage». Dans ce manifeste, les président de la FNSEA, des JA, de l’APCA, de la FNO (ovins) et de la FNEC (caprins) exigent : "l’arrêt de la réintroduction d’ours et son cantonnement dans des zones appropriées ; le retrait des loups dans les zones d’élevage et la régulation des populations de vautour et de lynx."

Telecharger Manifeste FNSEA 10 octobre 2007
(PDF- 545 ko - 2 pages)

Protéger les troupeaux face aux loups ou préserver la montagne : vers une impasse technique ?

Les loups se multiplient dans les Alpes. Ils étaient deux en 1992, 140 en 2006 selon les chercheurs de l'ONCFS, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Les dégâts sur les troupeaux se sont stabilisés à un niveau élevé ces trois dernières années, avec près de 800 attaques et plus de 3000 victimes par an. Les dispositifs de protection se généralisent pourtant, avec plus de 640 éleveurs sous contrat auxquels il faut ajouter les éleveurs mobilisant des moyens de protection hors contrat.

La protection des troupeaux repose sur l’association de trois mesures : le chien de protection, le regroupement nocturne du troupeau en parc de nuit, l’embauche d’aide-berger. La stabilisation des pertes dans un contexte de développement continu des effectifs de loups suggère une efficacité certaine de ces mesures, mais illustre aussi leurs limites.

La prédation touche l’élevage ovin pastoral dont il faut rappeler la profonde originalité. C’est un élevage extensif, qui mobilise peu de surfaces fourragères intensifiables, mais beaucoup de surfaces de parcours et d’alpages peu productives.

La conduite du troupeau au pâturage mobilise des savoir-faire complexes et pointus, héritage d’une activité qui remonte à la nuit des temps et qui a toujours su s’adapter aux conditions contemporaines. Le berger, seul responsable de la conduite pastorale et sanitaire du troupeau pendant la saison où il lui est confié, ajuste au plus près les besoins alimentaires des animaux à l’offre pastorale d’écosystèmes hétérogènes et à grande variabilité de production interannuelle. Il appuie son savoir sur le comportement spontané des animaux. Il oriente plus qu’il ne contraint. Il respecte le rythme de pâturage des animaux tout au long de la journée et de la saison. Ainsi la durabilité de cet élevage est conditionnée par une grande souplesse dans l’organisation du pâturage.

Rigidité

Or cette souplesse est remise en cause par la rigidité des pratiques nécessaires à la protection des troupeaux. C’est notamment le regroupement nocturne du troupeau qui perturbe le fonctionnement du système pastoral :

  • Parce que le berger doit aujourd’hui confiner le troupeau dans un parc de nuit, alors que le temps de pâturage des brebis est long et se prolonge la nuit.
  • Parce que les parcs de nuits sont installés auprès des cabanes, et que les trajets nécessaires en sont considérablement accrus.
  • Parce que les animaux ainsi confinés profitent moins, la croissance des agneaux broutards est affectée, les mères redescendent en moins bon état.
  • Parce que sortir les bêtes très tôt le matin et les rentrer très tard le soir pour prolonger leur journée de pâturage, représente un accroissement considérable du travail.

L’éleveur, le berger, soumis à «l’injonction de protection», sont confrontés quotidiennement à des choix douloureux. Protéger le troupeau ou laisser manger les brebis. Protéger le troupeau ou préserver la montagne. Protéger le troupeau ou maîtriser la surcharge de travail et maintenir une qualité de vie.

Protéger leur troupeau au risque d’une érosion accrue de la montagne, tout en investissant un temps considérable pour un moindre résultat d’élevage, tel est l’impossible dilemme de ces éleveurs qui ont, majoritairement, mobilisé les moyens de protection proposés. On leur demande, en somme, de travailler plus pour gagner moins, tout en acceptant une dégradation de leur outil de travail…

La rigidification de la conduite des animaux affecte la durabilité de l’élevage ovin extensif. Une telle rigidité est impossible à assumer dans un cadre normé, défini administrativement et uniformément pour l'ensemble de l'arc alpin. Il en résulte des stratégies variables et réversibles d’ajustement et de compromis entre protection des troupeaux, maintien de l’état des animaux, préservation de la montagne.

Selon la perception du risque par l’éleveur, l’intensité des attaques, les possibilités d’organisation du travail, l’éleveur ou le berger privilégie la protection des animaux, ou une bonne gestion pastorale, ou encore un minimum de confort de vie pour lui-même. Cet ajustement se fait à l’échelle de l’année, de la saison de pâturage, voire de la semaine ou de la journée. Cette logique d’assouplissement de la norme rigide de protection, nécessaire à la réussite du projet d’élevage, explique le maintien d’un niveau souvent élevé de prédation. Toute tentative de renforcement de cette norme, par exemple en conditionnant l’indemnisation des pertes à la mise en oeuvre des moyens de protection, ne peut qu’exacerber les problèmes de confrontation entre élevage et prédateur.

Conflits

Dans le même temps, la multiplication des chiens de protection (plus de 1000 dans les Alpes aujourd’hui) rend plus conflictuelles les relations entre les éleveurs et les bergers d’un côté, et les autres utilisateurs de la montagne de l’autre. La montagne, espace de liberté pour tous les amoureux de nature, devient un espace contraint, où approcher un troupeau nécessite vigilance et précautions.

Autour des villages, l’hiver, les voisins, les chasseurs comprennent mal la présence menaçante de ces chiens dans des zones sans loups. Mais ils doivent rester au troupeau, et les troupeaux méditerranéens sont dehors toute l’année !

L’impact de ce bouleversement des pratiques pastorales pour mieux protéger les troupeaux commence à se lire à grande échelle dans les alpages. Leur utilisation est déséquilibrée. Une étude récente montre que l’abandon partiel ou total des secteurs à risque d’une part, et le surpâturage des secteurs les plus faciles à protéger d’autre part, affectent près de 20 % des surfaces pâturées par comparaison avec l’état antérieur :

  • d’un côté, des espaces livrés à l’embroussaillement,
  • et de l’autre, une érosion accrue de la montagne.

Une autre étude s’inquiète de la concentration des déjections sur les parcs de nuit : 130 unités d’azote par ha et par an répandus sur 20 ha pour un alpage moyen au cours d’une saison. L’impact paysager et écologique est certain. Il peut s’accompagner d’une pollution des eaux, les cabanes étant souvent proches de points d’eau. Sans parler des problèmes sanitaires pour les animaux.

Les pratiques antérieures réduisaient ces risques sur des couchades libres généralement en crête, plus étendues, plus nombreuses et d’utilisation moins longue.
Réduire l’impact environnemental provoqué par les impératifs de la protection des troupeaux passerait par de gros investissements pastoraux : débroussaillements, cabanes, impluviums. Mais les pouvoirs publics mobiliseront-ils les financements nécessaires à une échelle qui est, aujourd’hui, la totalité du massif alpin, demain, les Pyrénées, le Massif Central, le Jura, les Vosges ?

La protection des troupeaux repose sur un fort accroissement de main d’oeuvre sans augmentation de revenu au niveau de l’exploitation. Elle repose exclusivement sur des financements publics. Et les troupeaux continuant à supporter un certain niveau de prédation, l’indemnisation des pertes reste nécessaire dans la durée. Cette dépendance durable aux financements attribués au titre du loup s’oppose à l’idée d’une adaptation progressive et autonome de l’élevage de montagne à la présence de ce prédateur. En tout état de cause, une telle adaptation imposerait une certaine capacité d’intensification des pratiques d’élevage : des brebis moins nombreuses, plus productives, qui sortent moins souvent et des agneaux qui ne connaissent que la bergerie. En ce sens, les exploitations les plus pastorales, celles qui s’appuient sur un lien étroit à leur terroir et produisent des agneaux les plus conformes aux nouvelles attentes des consommateurs, sont les plus exposées et les moins adaptables.

Laurent Garde

Laurent Garde, éco-pastoraliste et chercheur au CERPAM, est co-auteur des ouvrages « Loup-élevage, s’ouvrir à la complexité », éd. Monde Alpin et Rhodanien et « Le fait du loup, de la peur à la passion, le renversement d’une image », éd. CERPAM 2

Les autres notes qui traitent de Laurent Garde et du CERPAM

Qui va à la chasse

Cultures et patrimoines de l'Europe alpine
L'Alpe n°38 - Glénat - Revue trimestrielle

Éditorial

L'Alpe n°38 Glénat Qui va à la chasseLa chasse est une composante essentielle des sociétés alpines, comme en témoignent d’innombrables récits et l’omniprésence, dans l’iconographie alpestre, du chasseur de chamois ou de marmottes. Aujourd’hui, cette pratique toujours bien vivante est pourtant controversée, les opposants objectant qu’elle n’a plus aucune raison d’être et qu’il faut laisser la faune sauvage s’ébattre en paix. Sujet délicat, donc... et d’autant plus intéressant ! Au-delà des querelles partisanes et des idées reçues s’esquissent au fil des articles les diverses facettes d’une activité non dépourvue d’ambiguïtés. Car les choses ne sont pas si simples et le propos ne peut se contenter d’une vision manichéiste. À commencer par une évidence : la chasse se décline au pluriel. Au fil du temps, des lieux, des individus et des mentalités.

Jadis considérée comme une ressource, économique et alimentaire, la chasse possède également une forte signification symbolique par la relation qu’elle induit avec un monde sauvage opposé à l’univers domestique. En pays de montagne sans doute plus qu’en plaine. Loin des clichés, la majorité des chasseurs de l’alpe sont avant tout des amoureux de nature et de fins connaisseurs de leurs territoires. Avaler des dénivelés en terrain scabreux pour débusquer un chamois, un chevreuil ou une perdrix des neiges n’a rien à voir avec le tir aux pigeons...

«Il m’arrive de partir à la chasse avec mes chiens en oubliant mon fusil...» me confiait récemment un chasseur d’un village de Chartreuse. Peu importe le gibier pourvu qu’on ait l’ivresse, en somme... Celle de l’affût dans une forêt pentue ou de l’approche sur un pierrier instable. Celle d’une journée intense, dans la solitude de la haute montagne ou la connivence du groupe. Sans oublier le partage d’un repas et d’épiques récits au retour, dans le cercle élargi de festivités villageoises.

Il n’en reste pas moins qu’en appuyant sur la gâchette, on apporte la souffrance, on donne la mort. Comment l’oublier, même si le chasseur se pose désormais en acteur incontournable de la gestion de la faune, voire de l’environnement, sous le contrôle de sévères règlements. Bien d’autres pourtant (et j’en suis...) trouvent un égal bonheur à courir la montagne sur les traces des animaux dans le seul but de les observer ou de leur tirer le portrait. On peut aussi se contenter de chasser les champignons...

Alors, derrière cet amour de la nature et d’un mode de vie ancestral invoqués par les chasseurs, doit-on déceler chez eux un atavisme primordial de prédateur et la jouissance inavouée de faire couler le sang ? Sans tomber dans un sentimentalisme excessif, on serait effectivement en droit de penser, comme Théodore Monod, que la chasse est une pratique anachronique dans nos pays civilisés. Si la nature est cruelle par essence, l’homme occidental n’a plus de raison objective de prendre part à cette cruauté. Mais est-il vraiment plus condamnable de tuer un canard colvert que de gaver une oie, d’abattre un chevreuil en forêt que d’élever des biches en enclos pour le rôti de Noël ?...

Dominique Vulliamy

La buvette dans L'Alpe

A noter que la buvette est pour la 3ème fois reprise dans la rubrique "Le cybercolporteur de L’Alpe" : «La buvette des Alpages: pastoralisme et biodiversité. Promotion de la cohabitation entre bergers, troupeaux et grands prédateursObjet social d'autant plus sympathique que ce web a pour site «frère» ces pages dédiées au «Génie des Alpes», la délicieuse bande dessinée de F'Murrr.

Histoire du méchant loup de Jean-Marc Moriceau - Quelle contribution au débat sur les grands prédateurs ?

Histoire du méchant loup de Jean-Marc Moriceau - Quelle contribution au débat sur les grands prédateurs ?

par Farid Benhammou

Présentation de la démarche de l’auteur et de l’ouvrage

Jean-Marc Moriceau Histoire du méchant loup 3000 attaques sur l'homme en France XV au XX siècle Jean-Marc Moriceau est professeur d’histoire moderne à l’Université de Caen et est un chercheur reconnu en l’histoire rurale en France. Son propos, qui peut être sujet à débat comme tout travail de recherche, n’est pas celui d’un militant anti-loup. Le présupposé de l’ouvrage peut se résumer ainsi : Maintenant que la protection du loup est installée et ne doit plus faire débat au titre de la conservation de la biodiversité, essayons d’étudier le plus sereinement possible ce qu’il en est des attaques de loup sur l’homme et des loups anthropophages.

Dès l’introduction, l’auteur prend donc des précautions concernant cette question sensible. Il affirme qu’il ne s’agit pas de faire un réquisitoire contre l’espèce mais d’aborder cette question sans tabou. Selon lui, la crédibilité d’un historien ne peut être remise en cause si ce dernier a travaillé rigoureusement à la vérification de ses sources avec un propos nuancé et ouvert.

J.-M. Moriceau se propose de faire le bilan des travaux existants sur cet aspect sombre et controversé des rapports homme / loup. D’après lui, un peu plus de 3000 attaques qu’il a documentées constituent la base d’une réflexion allant du XV e au XX e siècle. Il établit ainsi dans l’ouvrage un riche dispositif statistique et cartographique.

L’auteur s’est également intéressé à cette question car elle est révélatrice du fonctionnement des sociétés humaines et de la gestion des espaces ruraux à des périodes où les mondes sauvages et domestiques s’entremêlent. Il compte également apporter des éléments concernant l’importance dans les mémoires collectives de cette cause marginale de mortalité humaine (3000 cas sur des millions de morts violentes en raison de causes diverses sur près de cinq siècles).

Le coeur de l’ouvrage s’ouvre sur deux chapitres consacrés aux sources (chap. 1 et 2). L’auteur présente celles qui peuvent être crédibles dans la mesure où bons nombres ont été souvent exclus, trop hâtivement selon lui. Il souligne également les risques d’exagérations et d’amplifi cations surtout dans le cadre d’emballement "médiatique" via l’émergence des gazettes au XVIIe siècle annonçant l’avènement de la presse à sensation. Il revient également sur les registres paroissiaux de l’état civil tenus par les 40 000 curés du royaume avant la Révolution de 1789. Ils sont autant d’informateurs trop souvent dépréciés. Ces hommes d’église ont soigneusement consigné les morts liés au loup. Cela résulterait de l’impérative nécessité de justifier l’administration ou non des derniers sacrements à une époque où la société est très chrétienne. En effet, après la Révolution, la source de l’Etat civil laïc se tarit à ce sujet.

Les quatre chapitres suivants égrainent un parcours chronologique allant de la Guerre de Cent ans à la Première guerre mondiale (chap. 3 à 6). En remettant les événements dans leur contexte, l’historien étudie les pics de prédations de loup sur l’homme en insistant sur leurs aspects très localisés dans le temps et dans l’espace. Il revient notamment sur les périodes troublées du royaume où les fléaux associés des guerres, de la peste et de la famine auraient favorisé l’émergence de comportements anthropophages chez des loups sains d’abord charognards, face à des populations miséreuses. A plusieurs reprises, il souligne également que ces comportements paraissaient déjà anormaux pour les paysans de l’époque, habitués à un animal craintif.

C’est d’ailleurs pour cela que les épisodes régionaux d’attaques associent souvent le prédateur à une "bête". Ceux-ci auraient été réguliers et présents dans différentes parties du territoire, pas seulement en période de trouble et pas uniquement avec la Bête du Gévaudan à laquelle J.-M. Moriceau consacre un chapitre détaillé. Le résultat de son enquête historique déplaira sûrement aux tenants de la thèse innocentant le loup car selon lui, il s’agirait de plusieurs loups hors du commun ayant frappé en deux temps principaux, l’un nationalement médiatisé (1763-1765) et l’autre beaucoup plus discret (1765-1767). La dernière période couvrant les XIX-XXe siècles annonce la fin de l’espèce et contraste par une forte réduction des attaques, pour quasiment disparaître à la fin du XIXe. Malgré tout, sur la totalité de la période, l’auteur avance l’hypothèse que son travail minore la réalité qui a dû concerner plus de victimes humaines, tout en admettant aussi la prudence nécessaire pour interpréter les données récoltées.

Les deux chapitres suivants présentent une réflexion chronologiquement transversale sur l’espace et le temps des attaques. Le chapitre 7 tente de réaliser une géographie du "risque". Sa typologie des attaques de loup insiste surtout sur les deux cas de figure les plus dangereux pour l’homme, les loups enragés et les loups anthropophages.

Le chapitre 8 traite de la saisonnalité des attaques. Allant à l’encontre des idées reçues, les nuits d’hiver ne représenteraient pas le moment de prédilection d’attaques pour les loups anthropophages, saison où bétail et hommes sont peu souvent dehors. Au regard de sa base statistique, la période estivale serait la plus propice. Les besoins biologiques de l’espèce sont en effet particulièrement importants en cette saison d’élevage des petits. En revanche, les attaques de loups enragés ne répondent absolument pas à cette logique et seraient même davantage
présentes en hiver, d’où probablement l’association entre l’hiver et la dangerosité des loups dans l’inconscient collectif.

Les chapitres 9 et 10 reviennent davantage sur le "prédateur" lui-même. Un chapitre entier est consacré à la question cruciale de l’identité de celui-ci. Les loups anthropophages représentaient une catégorie bien distincte du Canis lupus
ordinaire dont l’éthologie n’avait rien à voir. D’ailleurs, les contemporains de ces agressions étaient particulièrement surpris de ces comportements inhabituels. Une statistique, ouvrant le champ à différentes interprétations, est livrée à ce sujet. Sur 1585 cas évoqués dans les sources, 56 % mentionnent le loup comme responsable de la mort et 44 % parlent de "bêtes", de "mauvaises bêtes", d’animal ou de loup avec un autre qualificatif.

Le chapitre 10 parle des techniques de mise à mort et les éléments de médecine légale qui permettraient d’incriminer le loup. Le chapitre 11, quant à lui, insiste sur les catégories sociales les plus exposées. Sans grande surprise, selon l’auteur, les enfants et les jeunes femmes sont les plus touchés. Il exploite sa bonne connaissance des populations rurales des époques concernées où les individus étaient particulièrement petits et chétifs. Dans l’ensemble, les classes populaires paysannes et les personnes travaillant aux champs, dans les pâtures et les bois s’exposent davantage vu leur utilisation des milieux.

Les deux derniers chapitres traitent de manière complète du cas des loups enragés, "agresseurs malgré eux". Ceux-ci, qui représentent une part importante des attaques, ont d’autant plus durablement marqué les mémoires qu’ils ont persisté plusieurs décennies après la disparition des derniers loups anthropophages. L’auteur revient sur la spécificité de ces attaques d’animaux malades, perturbés dans leur comportement naturel et qui pouvaient surgir en plein jour devant de nombreux témoins. Il n’y avait aucune consommation des victimes qui pouvaient être très nombreuses. Les personnes qui n’avaient pas reçu de blessures mortelles mourraient plusieurs jours plus tard dans des souffrances atroces laissant impuissants proches et médecins jusqu’à l’avènement des recherches de Pasteur sur le vaccin contre
la rage.

Pour conclure, l’auteur revient sur l’intérêt d’une étude de ce genre pour dédramatiser le débat en lui apportant des éléments solides et mesurés. Pour lui, il s’agit de traiter "l’envers" du loup dans sa réalité comme dans sa relativité. Dans la période abordée, le loup est vu comme un moyen d’observer l’histoire des hommes, des usages du milieu et des activités agricoles et rurales. Il termine sur le fait que la France n’est pas le seul pays concerné par ces attaques, même si la documentation y est relativement plus abondante. Mais il finit en rappelant "en définitive, dans ce lien privilégié qui s’est établi depuis longtemps entre deux espèces également prédatrices, l’homme occupe bien la première place. Et ici, l’envers d’Homo sapiens a été autrement plus sinistre que celui de Canis lupus".

Mise en perspective : d’une réalité à débattre au risque d’une exploitation médiatique

Cet ouvrage sur la question délicate des attaques de loup sur l’homme peut contribuer à dédramatiser le débat. On ne se situe pas dans le cas de figure d’un enseignant-chercheur qui, profitant de son statut, avance des contrevérités et des propos simplistes sans bases (2). J.-M. Moriceau n’est pas le premier auteur, non militant anti-loup, à avoir pointé ce type de comportement atypique chez le loup.

Par exemple, le biologiste Hans Kruuk traite largement de ce sujet (3). Ce naturaliste passionnément favorable aux prédateurs dresse pourtant un tableau assez sombre des attaques de loup sur l’homme. A ce niveau, ses précautions intellectuelles sont moindres que celles de J.-M. Moriceau. Nous citerons également l’ethnozoologue Geneviève Carbone qui fait, selon nous, les constats les plus justes et les plus mesurés (4). Après être largement revenue sur les exagérations concernant les victimes humaines, elle apporte des exemples très concrets de cas de loups prédateurs d’homme n’étant pas des loups enragés. Elle fournit plusieurs exemples passés documentés pour l’Europe et l’Asie.

Le cas de certaines régions indiennes est même évoqué au sujet de très jeunes enfants victimes de loup à l’époque contemporaine. En revanche, l’Amérique du Nord est quasiment indemne d’attaques de Canis lupus sur l’homme, tout comme la grande majorité des régions actuellement concernées par la présence du prédateur. Dans certaines parties du monde, il n’est d’ailleurs fait aucune mention d’interactions de ce type dans les archives ou la mémoire collective.

Avant J.-M. Moriceau, G. Carbone avait fait certains constats, comme la saisonnalité des attaques par exemple, qu’elle n’a pas eu l’occasion d’approfondir. Que les choses soient claires, ce n’est pas parce que quelques loups ont marginalement développé des comportements anthropophages que cela fait partie de la "nature" du loup d’attaquer l’homme. En effet, comme le rappelle G. Carbone, le loup n’attaque pas l’homme en temps normal. Mais, comme tout animal très évolué et adaptable, certains individus loups peuvent développer des comportements innovants. Ces animaux, assez rares, sont en général rapidement éliminés, cassant les possibilités de transmissions éthologiques.

Dans un souci de réhabilitation de l’espèce, plusieurs écrits ont popularisé, à raison, l’idée que le loup ne représentait aucun danger pour l’homme. Néanmoins, comme en toute chose, le dogmatisme n’est pas bon. Devrait-on moins protéger le tigre, le grizzly ou l’éléphant en raison des nombreuses attaques mortelles sur l’homme chaque année ? Non, bien sûr, d’autant que cela représente une mortalité humaine marginale et que les animaux à risque sont souvent traités en conséquence. A ce titre, des loups anthropophages, très exceptionnellement dangereux pour l’homme, ont vraisemblablement existé. Cela est notamment envisageable dans des contextes passés qui ont peu en commun avec aujourd’hui, si ce n’est avec certaines zones rurales de pays du sud comme l’Inde par exemple. Reconnaître cela n’est pas jeter l’opprobre sur toute l’espèce Canis lupus.

Ceci étant dit, les travaux de J.-M. Moriceau n’en sont pas moins sujets à un débat ouvert. On peut s’interroger aussi sur les chances de réussite et la nécessité d’une comptabilité précise du nombre de morts liés au loup. En outre, l’auteur avance des résultats minorés, mais les éléments apportés pour soutenir cette thèse semblent confus. Il est également intéressant de voir les nombreuses pistes soulevées par les résultats statistiques et le dépouillement de certaines archives. La question de l’identité du prédateur retient particulièrement l’attention. L’existence du terme bête souligne bien l’aspect anormal de ces animaux et la question des hybrides chiens-loups est bien abordée, sans pour autant aller au fond des choses. Mais la matière historique le permet-elle ? Des pistes sont probablement à creuser.

Enfin, même si J.-M. Moriceau apporte plusieurs arguments à l’intérêt d’une telle étude, des inquiétudes légitimes peuvent voir le jour quant à l’utilisation stratégique par les acteurs anti-loups de ces travaux. Ce n’est pas le contenu en tant que tel qui représente une menace pour la protection du loup, mais plutôt l’instrumentalisation médiatique d’une information tronquée.

Ainsi, suite à la parution d’un résumé du travail en cours de l’historien dans le magazine L’Histoire, la presse agricole a profité de la crédibilité de l’auteur pour asseoir un propos général faisant du loup un animal systématiquement dangereux: "Oui, le loup s’attaque à l’homme, c’est un fait historique" (Jura agricole et rural, 1er août 2005). De même, La Provence a publié sur son site un article faisant mention de 3000 attaques de loup sur des enfants à l’époque de Charles Perrault ! Ainsi, dans pareil cas de figure où l’auteur n’est pas en cause, rien de tel que de se rendre compte par soi-même et de lire directement le livre. Le débat peut ensuite être enrichi en ne laissant le terrain ni aux simplifications ni au dogmatisme.

Farid Benhammou
Géographe, doctorant en sciences de l’environnement, ENGREF Paris.

  1. Jean-Marc Moriceau, 2007. Histoire du méchant loup, 3000 attaques du loup sur l’homme en France, XVe– XXe siècle.
  2. Le géographe Xavier de Planhol en apporte parfois l’illustration dans son livre Le Paysage animal (Fayard, 2004). Malgré la richesse du propos, quand il traite du loup, cet auteur perd toute retenue et crédibilité en raison de ses exagérations et de ses affirmations ouvertement anti-loups.
  3. Kruuk H., 2005. Chasseurs et chassés. Relations entre l’homme et les grands prédateurs, Delachaux et Niestlé, Paris, 224 p.
  4. Carbonne G., 2003. Les loups, Larousse, Paris, 216 p. Cet ouvrage n’est pas uniquement "un beau livre" bien illustré. A bien des égards, il complète et montre un aboutissement de la pensée plus poussé que son propos dans La Peur du loup (Découverte Gallimard, 1991).

Lire aussi

ASPAS : Pas de nouveau lâcher d'ours sans plus de protection

La mort de l'ourse Franska a relancé une vive polémique sur d'éventuelles réintroductions d'ours dans les Pyrénées. Alors qu'elle demandait un complément d'enquête sur les conditions de la mort de l'ourse slovène, Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé que de prochains lâchers pourraient être envisagés. Le renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées répond en effet aux obligations communautaires de la France en matière de préservation de la biodiversité, et sur ce point, l'Europe nous considère comme un très mauvais élève en la matière.

Cependant, l' ASPAS refuse de cautionner de nouveaux lâchers d'ours, si ceux-ci ne sont pas accompagnés de mesures strictes et précises concernant la chasse. En effet, il est indispensable d'interdire la chasse dans les zones de présence de l'ours afin de ne pas revivre le drame de Canelle. Des gardes de l'ONCFS devront assurer la sécurité des ours dès lors que des appels à battues seront proclamés ouvertement dans les médias. Et toute atteinte aux ours doit être sévèrement punie par la justice française. Il est en effet inutile "d'importer" de nouveaux ours si nous ne sommes pas capables de les protéger.

Les plombs de chasse retrouvés dans le cadavre de Franska attestent des actions hostiles dont cette ourse a été victime depuis son arrivée dans les Pyrénées. Les nombreuses "battues" organisées à son égard et relayées par les médias en sont les premiers témoins. L'ASPAS a ainsi porté plainte devant les TGI de Tarbes et Saint-Gaudens pour perturbation intentionnelle et atteinte à la conservation d'espèce protégée (battues en juillet, plombs retrouvés à l'autopsie). L'Etat n'avait pris aucune mesure pour éviter ces manifestations. Désormais, il ne doit plus céder aux anti-ours ! »

Extrait de Goupil n° 91 - octobre 2007
Le magazine de l'Association pour la Protection des Animaux Sauvages

Les préfets et les nuisibles

L’ASPAS dénonce les abus de pouvoir des préfets sur le classement des animaux dits «nuisibles » 

14-10-2007 - Des préfets dans l'illégalité la plus complète, le fait n'est pas chose rare. De nombreux arrêtés relatifs à la chasse et au classement des animaux dits «nuisibles» sont jugés illégaux et rejugés encore et encore. Le plus accablant : les représentants de l'Etat ont pleinement conscience de ce passe-droit.

Chaque année les préfets fixent la liste des espèces animales classées « nuisibles » après avis du Conseil Départemental de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS, majoritairement représenté par des chasseurs). Plusieurs critères légaux doivent être remplis pour classer un animal en tant que "nuisible" :

  • Ses effectifs doivent êtres significatifs sur le territoire et,
  • Il doit causer des dommages importants à la faune sauvage, à la flore, à la santé et la sécurité publiques, aux activités agricoles, forestières et aquacoles.

C'est sur l'absence de ces critères que l'ASPAS se base pour porter certains arrêtés abusifs devant les tribunaux. L'année passée sur 10 arrêtés attaqués en procédure d'urgence, l'ASPAS en a fait suspendre 6.

Malheureusement certains préfets, sous la pression des chasseurs et des piégeurs, ne se soucient guère de ces décisions de justice et prennent en toute connaissance de cause des décisions à l'opposé de leur fonction.

Un exemple parmi tant d'autres est sans nul doute celui du préfet de l'Ardèche :

  • le 26 octobre 2004, le Tribunal Administratif de Lyon annule le classement 2003 pour le renard, la fouine et le geai des chênes.
  • Moins d'un mois après, une nouvelle réunion du CDCFS propose ces mêmes espèces au classement «nuisible». Le préfet cautionne et signe.
  • 20 mars 2007, le tribunal annule l'arrêté concernant le renard, la fouine, l'étourneau sansonnet, la pie bavarde et la corneille noire.
  • 15 jours plus tard, nouvelle réunion et demande de reclassement de ces espèces. Le nouveau préfet approuve...
  • 26 septembre 2007, le tribunal suspend, d'urgence en référé, ce classement.

De tels préfets doivent-ils souffrir de troubles de la mémoire pour accéder à leur fonction ? Porter un arrêté préfectoral devant les tribunaux est une tâche qui s'avère longue et laborieuse pour l'ASPAS, association à but non lucratif, qui traque sans relâche ce genre de débordement. L'ASPAS agit depuis 25 ans pour la réhabilitation des animaux dits «nuisibles». Ces derniers jouent un rôle très important pour l'équilibre naturel de leur écosystème et de leur environnement.

Il n'est pas admissible que des préfets, représentant l'État, déjouent ainsi la législation au profit d'une poignée de chasseurs dont le plaisir principal est d'éradiquer certaines espèces. L'ASPAS demande le simple respect du droit.

Contact presse : Julie Danet ou Rémi Collange - ASPAS

 

Les arbres ont leur mot à dire

Forêts du Queyras - Des scientifiques étudient les arbres pour mieux comprendre l’histoire locale.

Silencieux en apparence, les arbres sont en fait de grands bavards. Avec la sève pour salive, ils déversent leurs rameaux de mots aux chouettes forestières, aux oiseaux cavicoles et aux chauves-souris qui nichent dans les trous de leurs troncs. Il en va de même pour les scientifiques qui les caressent dans le sens du bois : l’écorce se délie et les cernes dévoilent des buissons de données.

Depuis 2005, à la demande du Parc naturel régional, deux chercheurs de l’Institut méditerranéen d’écologie et de paléoécologie (*) (Imep) ont carotté des troncs et trié le charbon pour écouter ce que les arbres du Queyras avaient à dire.

Déjà une forêt il y a 8000 ans

Brigitte Talon, anthracologue (*) et Jean-Louis Léonard, dendrochronologue (*) ont concentré leurs travaux sur trois parcelles : le bois de Lourette à Ceillac, le sommet de la forêt de Marassan à Aiguilles, la forêt de Praroussin à Ristolas. Sur ces champs d’investigation, Brigitte Talon et l’équipe du parc naturel régional ont ramassé 5000 charbons de bois. Après analyse au microscope épiscopique, l’anthracologue a pu
remonter le temps jusqu’à 8000 ans en arrière à Lourette et 6000 ans à Praroussin et Marassan. La preuve que ces forêts d’altitude se sont développées à la fin de la dernière grande glaciation.

Sauvegarder le bois mort

«Aussi, s’il y a du charbon cela signifie que ces forêts ont brûlé. J’ai réussi à mettre en évidence deux grandes périodes de déforestation correspondant à l’Âge de Bronze et au Moyen-Âge. Mais j’ai constaté qu’aujourd’hui, ces trois secteurs, sont peu à peu en train de reprendre leurs états originels» explique l’experte.

La carbonisation respectant l’anatomie de départ du bois, «il faut tout mettre en oeuvre pour laisser le bois mort où il est. Et ce, à plusieurs titres. Tout d’abord parce qu’il contient 50% de la biodiversité de la forêt. Ensuite, ce carbone est utile aux arbres vivants. Enfin, ce sont de véritables archives sédimentaires» poursuit Brigitte Talon.

Des chalets construits avec des arbres abattus en 1200

Le dendrochronologue Jean-Louis Edouard partage cette opinion : «Le bois, qu’il soit vivant ou mort, appartient au patrimoine scientifique. Par exemple, en effectuant des prélèvements sur des souches on peut connaître la date de l’abattage, ce qui nous permet de savoir d’où provient le bois utilisé et donc de comprendre les modes de vie de nos ancêtres. De la même façon, j’étudie le bois utilisé dans la construction des chalets d’altitude. Et dans le Queyras on retrouve des habitations conçues avec des mélèzes abattus au Moyen-Âge, vers 1200.»

Des mélèzes de 600 ans témoignent du petit âge glaciaire

L’écosystème forestier enregistre donc l’action de l’homme. L’action du temps aussi. «Nous avons daté des mélèzes de plus de 600 ans à Praroussin et des pins cembros de 500 ans à Lourette et Marassan.Ces arbres ont des choses à nous dire car ils enregistrent les changements climatiques grâce à la densité et l’épaisseur des cernes. Par exemple, on a identifié que la phase réduite de croissance correspondait au petit
âge glaciaire, entre leXVIe et le XIXe siècle. Et quand on remonte vers le Moyen-Âge, on retrouve des conditions climatiques plus favorables à la croissance
» explique le dendrocologue.

Les scientifiques n’ont pas encore dépouillé et analysé tous les résultats de leurs recherches. D’autres découvertes sont donc attendues.

Yoann Gavoille
Le Dauphiné Libéré - 28 octobre 2007

  • Paléoécologie : science issue de la paléontologie qui étudie les relations des êtres vivants fossiles avec leur milieu de vie, sous les aspects physico-chimiques et biologiques
  • Anthracologie : L’anthracologie est une discipline de l'archéobotanique qui repose sur l’étude des charbons de bois mis au jour en contexte archéologique (sols, foyers, structures de maisons brûlées, etc.) ou dans des couches naturelles (charbons intégrés dans le sol après des incendies naturels ou provoqués par l’Homme).
  • Dendrochronologie : La dendrochronologie est une méthode scientifique de datation fondée sur le comptage et l'analyse morphologique des anneaux de croissance des arbres.

27 octobre 2007

Congrès de l'ANEM 2007

Congrès de l’ANEM dans le Bas-Rhin

Pour le Dauphiné libéré : "La montagne est prête à faire sa révolution culturelle". Pas si sûr...

Antoine Chandellier (DL) - Et si, en 2012, les stations qui auront fermé leurs portes, faute de neige, se reconvertissaient en centres climatiques d’été pour les personnes âgées fuyant la canicule des villes ? La moyenne montagne aurait une place à prendre sur le marché des séniors au fort pouvoir d’achat.

Fantaisiste ? Non, c’est l’une des 21 propositions rendues publiques par l’association nationale des élus de la montagne, hier lors du 23ème congrès qui se tient à Plaine, joli coin perdu des Vosges. Parfois taxée d’antiécologisme, l’ANEM semble prête à faire sa révolution culturelle, “rendue impérative par les forces naturelles”, selon la formule de son président, le député haut-savoyard, Martial Saddier.

Si certains ne veulent pas verser dans le catastrophisme ambiant, tous sont d’accord sur l’urgence à anticiper l’évolution du climat prophétisée. Et si ce rapport, intitulé “Au-delà du changement climatique, les défis de l’avenir de la montagne”, sortait hier, concomitamment avec les conclusions du Grenelle, le hasard rejoignait le symbole car, voilà déjà un an qu’il était en gestation. Les territoires de montagnes, plus vulnérables face à ce phénomène, leurs élus se devaient d’être forces de propositions.

Repenser la politique du territoire

Ainsi la création d’un observatoire du changement climatique en montagne répond à ce souci d’avoir plus de moyens d’expertise pour réfléchir à la manière de repenser la politique du territoire. Le marché du ski est mature et la montagne l’été en chute libre ? L’ANEM préconise de relancer la demande orientée vers les jeunes, les scolaires dans le cadre de classes découvertes. Sur la question des canons à neige, l’association opte pour la troisième voie pragmatique du ni-ni : ni condamnation ni soutien systématique à ce soin palliatif, avec la nécessité d’une étude environnementale préalable à chaque installation.

L’eau étant une ressource dont le volume retenu en altitude diminue, une gestion concertée avec les acteurs du pastoralisme est préconisée, au moyen des retenues collinaires pour un meilleur stockage. Mais les élus montagnards ne songent pas seulement à s’adapter au changement climatique. Il leur faut contribuer à son enrayement.

Contribuer à la diminution de l’effet de serre

La généralisation des transports collectifs dans les sites touristiques serait une contribution légitime à la diminution de l’effet de serre. Pour être entendus à Paris ou Bruxelles, les territoires de montagne doivent faire la preuve de leur esprit de concert. D’où l’idée d’un fonds neige impliquant l’ensemble des prestataires touchés par les variations d’enneigement. En 1985, la loi montagne reconnaissait la spécificité des territoires d’altitude. En 2007, leurs élus élaborent leur propre doctrine pour préparer l’avenir.

Hivers plus humides

Selon Météo France, le site de mesure du col de Porte (Isère), à 1320 m d’altitude, a révélé une déperdition d’enneigement d’un tiers depuis 1960 et une hausse de la température moyenne de1,5°. Les perspectives d’une hausse de température d’1,8° équivaudraient à un mois d’enneigement en moins dans la saison.

Phénomènes récurrents

Si le RTM (Restauration des terrains de montagne) ne redoute pas l’apparition de nouveaux phénomènes liés au climat, en revanche, inondations, glissement de terrains, débordements torrentiels risquent d’avoir une fréquence plus importante.

Source : Le dauphiné libéré.

L’ANEM et l’Ecologie

Ainsi «L’ANEM serait parfois taxée d’anti-écologisme ?». Voilà des termes biens modérés pour qualifier la dialectique anti-environnementale habituelle de l’ANEM. Faut-il rappeler que lors du précédent congrès de l’ANEM à Ax-les-Thermes en octobre 2006, les élus de montagne ont votés «à l'unanimité» une motion contre la réintroduction des prédateurs et ont posé sur une photo officielle avec une «délégation d'opposants» pyrénéens «habillés en demoiselles».

Les élus de l'ANEM posent avec les militants de l'ASPAP déguisés en demoisellesSur la photo, autour d'Augustin Bonrepaux, les militants de l’ASPAP d'où sont issus ceux qui sont aujourd’hui devant les tribunaux pour les exactions et les violences commises à Arbas.

Bonrepaux à la tête de l’ANEM et du Conseil Général de l’Ariège qui finance l’ASPAP

Ce partenariat avec les ultrapastoraux était organisé par Augustin Bonrepaux, député, président du Conseil Général de l’Ariège qui a financé l’Association de "sauvegarde du patrimoine Ariège Pyrénées" à la hauteur de 20 000 € (puisés dans les caisses du CG ?) contre l'avis majoritaire des pyrénéens, favorables à la survie des ours.

FERUS dénonçait en juillet 2006 les liens entre Augustin Bonrepaux et l’ASPAP : «Il est vrai que les statuts de l’ASPAP comprennent en objet (hormis la fonction "s’opposer à toutes les mesures antagonistes au pastoralisme (grands prédateurs entre autres ours, loups, lynx) ") des fonctions qui peuvent correspondre, de loin certes, aux initiatives propres du Conseil Général de l’Ariège.

Compte tenu de l’activité de l’ASPAP ces derniers mois [NDLB: saccage d’Arbas entre autres], on peut à juste titre considérer que cet argent, dans l’hypothèse où vous l’auriez versé à cette association, a servi uniquement à financer des actions contre le plan de renforcement de la population d’ours dans les Pyrénées ; et tant pis pour la majorité des contribuables ariégeois qui aiment les ours (sondage réalisé en février 2005 pour l’association Pays de l’ours-ADET). Le Conseil Général de l’Ariège a cautionné ainsi par avance les agressions portées à la commune d’Arbas. Compte tenu de l’importance de la somme en question, il eut été plus pertinent de construire plutôt que de détruire.» (Source : FERUS)

Outre son soutien moral et financier à l'ASPAP, Augustin Bonrepaux descend aussi dans l’arène. C’est ainsi que, vautré au milieu de la route, il a été embarqué manu-militari lors de l’arrivée de l’ourse Palouma à Arbas. Lors du congrès de l’ANEM 2006 dans sa ville d’eau, Augustin Bonrepaux était revenu sur le côté non démocratique de la réintroduction et sur la chasse à l’ours en Slovénie.

L’ASPAP, un modèle pour la démocratie ?

Ratifiée en 1989, la convention de Berne stipule que l’introduction ne peut être réalisée sans l’acceptation des populations concernées. Augustin Bonrepaux avait parlé devant les éleveurs déguisés en demoiselles «d’apprentissage de la démocratie de proximité». Il n’est pas évident que l’ASPAP soit un modèle de démocratie : refus et boycott de la concertation, rejet des sondages d’opinion défavorables, actions violentes, campagnes de communications basées sur la génération d'un sentiment de peur… Il suffit pour s’en convaincre de lire les statuts de L’ASPAP : «L’association et ses représentants ne pourront pas être tenus pour responsables d’éventuels dommages occasionnés sur le territoire par des personnes par ailleurs adhérentes à l’association», sage précaution pour ce type de «démocrates».

L’ours vadrouilleur devrait être abattu, comme en Slovénie

D’après Bonrepaux, en Slovénie, «Quand l’animal (l’ours) s’éloigne de l’endroit où il est « consigné », il est éliminé et quand il y en a trop, on les supprime.» Bonrepaux n’a pas tord, mais il oublie volontairement de dire que les ours slovènes sont en liberté totale dans un territoire plus petit que les Pyrénées.

En Slovénie, l’ours est particulièrement présent dans le sud du pays, dans une zone rurale agricole où l’élevage ovin domine. Sa densité varie entre 0,28 à 0,98 ours/10km². Si les ours slovènes quittent ces lieux, c’est parce que la densité est telle qu’elle ne permet pas aux jeunes mâles de se trouver un territoire propre. Toutes les zones «où ils sont consignés» [NDLB: par qui ?] sont occupées. La seule possibilité pour les ours subadultes est de conquérir de nouveaux territoires en sortant de la forêt vers les zones plus densément peuplées. C’est là qu’ils sont éliminés.

La situation de l’ours en Slovénie est donc vraiment très différente de celle des Pyrénées. Si la densité était identique, il y aurait entre 150 et 500 ours dans les 5060 km2 des forêts pyrénéennes françaises en zone à ours. Aujourd’hui la densité d’ours est de 0,039 ours/10 km2, 16 fois moins qu’en Slovénie ! (chiffres ONCFS)

La guerre de l’ASPAP contre l’Etat

Philippe Lacube, l’homme sorti du bois lors du lâcher de Palouma à Arbas, avait déclaré lors du colloque de l’ANEM en 2006 (Dépêche du Midi du 28/10/06) : «Nous utilisons aujourd'hui la symbolique de la guerre des Demoiselles (...) : des hommes déguisés en femmes, le visage maquillé, allaient molester voire tuer des techniciens de l'office national des forêts. (...) Disons que la guerre des Demoiselles renaît dans ce département.» Pas étonnant donc de lire les critiques formulées par l’ASPAP envers tous les fonctionnaires de l’Etat, ceux qui sont chargés de suivre les ours, ceux qui sont chargés de l’estimation des dégâts etc.

l’ANEM version 2007 est-elle prête à faire sa révolution culturelle ?

Comment faut-il interpréter ce «certains ne veulent pas verser dans le catastrophisme (climatique) ambiant» ? Comme Claude Allègre ? Certains membres de l’ANEM semblent considérer que le réchauffement climatique est de la foutaise. Ils seront dans le futur en première ligne. «Une hausse de température d’1,8° équivaudrait à un mois d’enneigement en moins dans la saison.» Alors vous imaginez si la hausse est de 2 à 3°, les stations n’auront plus qu’à se reconvertir. Sont-ce les personnes agées qui vont remplir la montagne ? Non bien sûr. Mais l’ANEM ne s’intéresse qu'à leur pouvoir d’achat.

Dans le programme 2007 du 23ème congrès de l’ANEM, on peut lire «En montagne, la vitalité économique et sociale est particulièrement dépendante du tourisme, et fortement marquée par la saisonnalité. La fréquentation touristique connaît une réelle érosion depuis quelques années dont les causes sont diverses : volatilité de la clientèle, coût du séjour, relative désaffection de la clientèle française et étrangère pour la montagne l’été... Dans ce contexte, il est crucial de relancer le tourisme de montagne, tant d’hiver que d’été.» L'obscurantisme et la violence du milieu ultrapastoral n'est-il pas aussi une cause de l'érosion touristique, en Ariège notamment ? A voir les messages de touristes outrés, c'est sûr.

Qu’est ce qui pourrait donner envie aux touristes de redécouvrir la montagne ? Qu’est ce qui va donner aux citadins l’envie de visiter la nature sauvage des Pyrénées et la beauté de la montagne, de ses paysages et de sa faune ? N’y a-t-il pas un symbole fort et naturel, sauvage et historique, rare et précieux qui pourrait faire cela ? J’ai bien une idée… l’ours bien sûr. C'est comme ça que celà se passe en Espagne, en Italie, en Suisse, en Slovénie où les touristes affluent pour découvrir les montagnes aux ours, pour un trace dans la boue, un poil sur un fil barbelé ! L'apercevoir ? Un rêve qui leur fait faire des centaines de kilomètres. L'ours est une poule au oeufs d'or, mais Bonrepaux n'y voit qu'un vecteur de la grippe aviaire.

Il n’est pas étonnant qu’avec de tels visionnaires, l’ANEM n’y ait pas songé. Incompétence politique et conservatisme partisant, fanatisme agricole. Pour l’ANEM et ses dirigeants, comme pour l’ASPAP, le patrimoine pyrénéen c’est le pastoralisme, la biodiversité pyrénéenne c’est la tarasconnaise, les écologistes sont des talibans. L’ours c’est l’ennemi qui empêche d’élever et de produire en rond.

La création d’un observatoire du changement climatique en montagne servirait à repenser la politique du territoire ? Cela me fait penser à l’IPHB qui en Béarn est obsédé par le comptage et le recomptage des ours, 3, 4 ou 5 ours. Il est urgent de ne rien faire.

L’observatoire scientifico-bureaucratique va montrer ce que les glaciers reculent, que l’absence de neige se répète. Le changement de destination des touristes montre que les Pyrénées s’aplatissent et perdent de leur intérêt, sans ours, sans neige, mais pleine de fanatiques en bérêt prêt à chanter avec Jean Lassalle. Et pendant ces gesticulations médiatiques, la neige fond. Pas besoin d’un observatoire, le bon sens suffit, mais il est inégalement réparti chez les responsables politiques de l’ANEM. Si la neige fond, elle se transforme en eau, d’où la recherche de nouvelles compétences pour l’IPHB et le nouvel intérêt pour l’eau de l’ANEM ; pour en faire quoi ? Des stocks pour les canons à neige, je n’en serais pas surpris.

Espoir ?

Pas de demoiselles cette année. Est-ce l'éloignement des Pyrénées et de la zone d'influence d'Augustin Bonrepaux ?  Le discours de l'ANEM ne devient pas vraiment plus vert pour autant "Pas de nouvelles expériences de réintroduction de l’ours et une remise à plat du plan loup avec des outils de régulations efficaces, des zones d’exclusion et un véritable inventaire."

L'avenir nous dira si une "révolution culturelle est en marche. L'ANEM semble se mettre dans le sens du vent du Grenelle de l'environnement et de l'opinion publique. S'agit du même pseudo discours écologiste que celui des associations qui soutiennent la "bonne" biodiversité des espèces domestiques contre la "mauvaise" biodiversité responsable de "l'ensauvagement" des terres que leurs grands parents bergers avaient nettoyés de tous les gêneurs et rendues dociles à l'exploitation pastorale.

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25 octobre 2007

Canada: plan de sauvetage pour les derniers caribous de montagne

Vancouver - Les derniers caribous de montagne de la planète peuvent respirer: la Colombie-Britannique a décidé d'accorder à ces 1900 cervidés un vaste territoire où les activités commerciales seront strictement limitées à partir du printemps prochain.

380 000 hectares de forêt humide tempérée situés au sud-est de la province de la côte pacifique s'ajouteront à une zone déjà protégée de 1,8 million d'hectares, soit une superficie globale représentant deux fois la taille de la Jamaïque.

La récente décision du gouvernement de Colombie-Britannique est intervenue à la suite d'une forte pression de dix organisations écologiques qui ont mobilisé leurs membres corps et âmes pendant trois ans. Le ministre provincial de l'Agriculture et des terres, Pat Bell, a indiqué à l'AFP avoir reçu 15 000 courriels du public plaidant pour la sauvegarde de ce mammifère.

Le caribou des montagnes, dont le nombre a dégringolé d'un quart en 12 ans, ne se déplace pas sur des milliers de kilomètres en quête de nourriture comme peuvent le faire d'autres types de caribous du nord canadien. Ses 12 troupeaux préfèrent grimper et descendre les montagnes selon les saisons. En hiver, il utilise ses larges sabots comme raquette pour se déplacer dans la neige proche du sommet des montagnes, loin des prédateurs affamés. Le caribou se nourrit alors uniquement de lichens et redescend vers les vallées lors de la fonte des neiges.

Mais l'industrie forestière, qui représente 3% du PIB de la province, menace la survie de cet animal rarissime. Non seulement les caribous n'ont plus accès aux lichens pour se nourrir une fois les arbres coupés, mais ils n'ont plus de branches touffues pour se cacher des loups et des pumas.

De plus, les coupes industrielles laissent d'immenses clairières qui attirent des cerfs et des orignaux (élans) et en conséquence davantage de prédateurs. C'est pourquoi la province, qui a négocié aussi bien avec les écologistes qu'avec les groupes industriels, va interdire l'abattage d'arbres et la construction de routes à travers toute la région concernée. «Ceci aura un impact sur notre industrie, mais 95% des forêts appartiennent à l'État. Nous sommes donc tenus de respecter les lois promulguées par le gouvernement», explique Archie MacDonald, du Conseil provincial de l'industrie forestière.

D'autres secteurs sont aussi mis à contribution. Entre autres, les opérateurs de motoneiges ne pourront plus s'aventurer librement dans la forêt protégée. Ils devront suivre des chemins bien précis. Selon des études scientifiques, le bruit de ces engins oblige les caribous femelles à dépenser tellement d'énergie pour s'en éloigner qu'elles en perdent parfois leurs portées.

Enfin, les loups qui menacent d'extinction certains troupeaux pourront être stérilisés ou même chassés pour réduire la taille des meutes. Certains caribous pourront être déplacés vers d'autres troupeaux moins peuplés afin d'en assurer la survie. Le gouvernement va investir trois millions de dollars sur trois ans notamment pour faciliter l'adaptation des nouvelles règles et informer les touristes montagnards de la présence de caribous dans leurs parages.

«Nous soutenons pleinement ce plan d'action car il permettra au caribou de survivre», explique à l'AFP Rob Duncan, spécialiste des forêts à l'organisation écologiste Sierra Club. Il regrette cependant que la province n'ait pas de loi d'ensemble pour protéger ses 1376 espèces en voie de disparition. «Nous ne pouvons pas continuer à nous battre une espèce à la fois», dit-il.

Source : www.cyberpresse.ca
Philippe Moulier
Agence France-Presse

23 octobre 2007

Franska dans la lettre de la SECAS

Lorsqu'on parle "d'espèces en voie de disparition" ou au statut précaire, notre pensée va immédiatement à la faune des continents lointains. On songe au tigre, au panda, au dindon ocellé du Mexique, rarement à la marmotte des Alpes ou à l'ours des Pyrénées. La lettre de la SECAS crée une nouvelle rubrique qui traitera désormais de cette par­tie de la sauvegarde des espèces qui devrait nous importer au premier point.

La mort de Franska

L'actualité pyrénéenne a été marquée cet été par la mort de l'ourse Franska, renversée par une voiture le 9 août 2007 à 6h30 du matin sur la voie rapide proche de la commune de Vigère, à environ 5 kilomètres au sud de Lourdes. Elle venait du massif du Pibeste, longeait le gave de Pau, et se dirigeait vers le massif de Hau­tacam. Franska avait déjà été aperçue traversant cet axe routier et sa présence était signalée. On peut alors se poser certaines questions. Qu'attendait-on pour aider cette pauvre bête, apparemment déboussolée, à retrouver un territoire qui lui convienne? Cela faisait plusieurs semaines qu'elle alimentait les conversations et que la tension des anti-ours s'exacerbait à son endroit. Pourquoi les décisions pour intervenir ont-elles pris autant de temps ? Est-ce dû à de la bureaucratie ? Lorsqu'on gère une population animale, le temps de réaction doit être rapide et on ne peut se permettre, quand on a face à nous des extrémistes, à laisser traîner les choses.

Car on a bien l'impression que Franska, après avoir été introduite en 2006, a été quelque peu abandonnée à son sort ! Preuve: les plusieurs dizaines de plombs retrouvés dans le corps lors de son autopsie ! Ceci démontre le harcèlement dont elle a été l'objet et qui sont certainement la cause de son comportement atypique. Pourquoi un animal sauvage qui recherche habituellement le calme et la distanciation vis-à-vis de l'homme, se serait mis à traverser et retraverser une route très fréquentée si ce n'est qu'il était sans cesse dérangé, pourchassé, blessé, stressé ?

N'oublions pas les dépôts de miel contenant du verre pilé, les battues illégales et la mort des autres ours dans des conditions, à chaque fois, plus que douteuses ! La secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, a demandé un complément d'enquête au procureur de la République: "Il m'apparait important que l'enquête que vous conduisez suite à la mort de l'ourse Franska puisse s'intéresser à l'ensemble de ces circonstances et que les responsabilités pénales en découlant, qu'elles relèvent de l'application des textes sur les espèces protégées ou de la police de la chasse, puissent être recherchées par vos soins."

Il est à rappeler que la Directive Européenne "Habitats, Faune, Flore", plus communément appelée Directive Habitats, s'applique aux pays de l'Union Européenne depuis le 5 juin 1994 et qu'elle a pour objet d'assurer le maintien de la diversité biologique par la conservation des habitats naturels, ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Il y est dit en substance :

  • "que, eu égard aux menaces pesant sur certains types d'habitats naturels et certaines espèces, il est nécessaire de les définir comme prioritaires afin de privilégier la mise en œuvre rapide de mesures visant à leur conservation;
  • qu'il convient d'encourager, dans les politiques d'aménagement du territoire et de développement, la gestion des éléments du paysage qui revêtent une importance majeure pour la faune et la flore sauvages;
  • qu'il importe d'assurer la mise en place d'un système de surveillance de l'état de conservation des habitats naturels et des espèces visées par la présente directive" ...

Dans ce sens, Mme Nathalie Kosciusko ­Morizet a souligné que le renforcement de la population d'ours brun dans les Pyrénées répond aux obligations communautaires de la France en matière de préservation de la biodiversité et répond à la directive Habitats. La sauvegarde de notre patrimoine faunistique ne doit donc, en aucun cas, être orientée et régentée par des groupuscules aussi extrémistes que dangereux qui n'hésitent pas à mettre à sac la Mairie d'Arbas, à menacer les enfants d'un défenseur de la nature et à vouloir organiser la Montagne comme bon leur semble en défiant l'Etat!

On ne sait encore quelle sera la suite des évènements et si d'autres ours seront réintroduits. Nous espérons, quant à nous, que les "nuisibles" seront désormais empêchés de perpétrer leurs exactions, poursuivis et punis. Et que l'on puisse enfin gérer nos derniers lambeaux de nature qui subsistent en France de manière la plus appropriée et la plus saine.

Viviane Tytelman
Rédactrice en chef

Mauvaise foi des éleveurs

Début juillet, 94 brebis sont mortes d'une chute en montagne en Ariège, et immédiatement, les opposants à l'ours ont crié "Haro sur l'ours !" Or, l'expertise réalisée sur place par les techniciens est pourtant formelle: Aucun élément relevé sur le terrain ne permet de mettre l'ours en cause. Aucune trace de prédation sur les brebis, aucun indice de présence d'ours sur l'estive.

Les dérochements de troupeaux en montagne ont malheureusement toujours existé, y compris avant le retour de l'ours. La cause d'un tel évènement peut très bien être l'orage, un chien ou même un sanglier. Mais voilà: de toutes les causes possibles, seuls les dégâts d'ours sont indemnisés, parfois "au bénéfice du doute". Ceci pousse donc les éleveurs à tout faire pour incriminer l'ours, y compris mentir et faire pression sur l'administration de manière scandaleuse. N'ont-ils pas organisé une manifestation l'an dernier devant la Préfecture de Foix, pour se faire payer des veaux dont une expertise vétérinaire a révélé qu'ils étaient morts de maladie?

De même, de sérieux doutes planent sur l'indemnisation d'un autre dérochement en Ariège en 2006, qui aurait été, en réalité, provoqué par des chiens appartenant aux éleveurs eux-mêmes ... Paradoxalement, c'est donc la souplesse du système d'indemnisation des dégâts d'ours qui se retourne contre lui. Et les éleveurs font ainsi d'une pierre deux coups : ils sont indemnisés et ils chargent injustement l'ours de tous les maux de l'élevage pyrénéen.

Nous, qui avons milité pour l'instauration de cette mesure d'indemnisation "au bénéfice du doute" dénonçons aujourd'hui les manipulations malhonnêtes de certains éleveurs, qui provoquent une dérive du système d'indemnisation et des effets pervers se retournant contre la protection de l'espèce! Nous ne manquerons pas de saisir l'administration de ce problème et demanderons si nécessaire la suppression de cette clause détournée.

Farid BENHAMMOU
Géographe

Source : La lettre de la SECAS (Société d'Encouragement pour la conservation des Animaux sauvages)

Homo disparitus

Après nous le déluge, "Que se passerait-il si..."? Pour le journaliste Alan Weisman, la boutade rêveuse de sa rédactrice en chef fut un défi : oui, que se passerait-il si l'espèce humaine disparaissait tout à coup ? Comment réagirait la nature ? Quels animaux occuperaient la niche écologique vacante ? Nos vaches, cochons et couvées, chiens et chats chéris, nous survivraient-ils ? Que deviendraient les réacteurs nucléaires et les usines chimiques ? Avec l'essai Homo disparitus, Weisman nous livre le résultat de son enquête scientifique.

Homo disparitus de Alan WeismanLes bombardements atomiques sur les villes de Hiroshima et Nagasaki ont imprégné l'inconscient collectif: nous savons désormais que la destruction de l'humanité entière est possible. Depuis, nous vivons dans cette peur permanente. Stephen Haw­kins pense qu'un virus éliminera notre espèce.

Nos sociétés industrielles se font plus complexes, plus fragiles, aussi. Alan Weisman n'aurait pu écrire son essai Homo disparitus sans cette doxa du crépuscule où chacun pressent confusément que quelque chose de terrible se prépare, va nous arriver, que "nous allons droit dans le mur" comme on dit. Que "le temps est détraqué" ...

Weisman promène son projecteur du lointain passé au lointain avenir. Paléontologie et archéologie soudain éclairent notre futur autant que l'astrophysique, elle aussi sollicitée. La démonstration est lumineuse, effrayante et jubilatoire. La somme d'informations recensées est colossale et mobilise tous les savoirs.

Weisman a rencontré des géologues, des architectes, des spécialistes des métaux et de la mécanique des fluides; il s'est entretenu avec des biologistes, des climatologues, des zoologues. Il a interrogé des physiciens, des ingénieurs, des urbanistes, des militaires, des botanistes. Il s'est renseigné auprès de paysans, d'égoutiers, d'éclusiers. Philosophes et religieux l'ont reçu. De même que démographes et économistes. Il a convoqué géographes et écologues. Il n'a pas oublié, précis et minutieux, de contacter jusqu'à des thanatopracteurs ...

Le premier chapitre nous invite à visiter la forêt de Bialowieza, en Pologne, la dernière forêt primaire du continent européen. Comme on visite une cathédrale: avec silence, humilité et recueillement. L'effet de contraste n'en sera que plus saisissant dès le chapitre suivant.

Voir après l'extinction de notre espèce ... C'est ce que nous donne à méditer cet ouvrage: ce qui se passe un an après la disparition de l'espèce humaine: des plantes percent l'asphalte de votre rue que les canalisations déchiquetées ont éventré ; dix ans après: l'eau de pluie pourrit les structures de bois des portes et fenêtres de votre maison et lichens et arbres envahissent le rez-­de-chaussée ; cinquante ans après: béton, ciment, briques s'effritent, boulons et rivets d'acier rouillent; cent ans après: l'immeuble a disparu sous la végétation mais dans la rue, les bornes à incendie en fonte restent intactes. Au sortir de ce passionnant voyage dans l'avenir probable, votre regard sur votre maison, votre rue, votre ville, s'en trouvera définitivement chan­gé. La description détaillée de la reconquête de New York par la nature est époustouflante.

Les territoires délivrés de la présence humaine existent: la zone d'exclusion de Tchernobyl depuis 1986; le no man's land de la ligne verte à Chypre depuis 1974; le couloir de séparation en Corée depuis 1952. Weisman les a visités comme autant de laboratoires in situ pour étayer ses hypothèses et peindre ses visions.

Les ultimes habitations humaines à résister à l'érosion seront cel­les, en Turquie, que des peuplements successifs creusèrent dans le tuf volcanique: les cités souterraines de Cappadoce (que j'eus le loisir de visiter il y a longtemps, où je me souviens avoir été agréablement étonné par la climatisation naturelle et le bien-être qu'il y régnait).

Fascinante est la théorie des Clovis longuement développée, chapitre 5. A la fin du' Pléistocène, fut exterminée la mégafaune américaine, qui était plus riche en espèces que ne l'est l'actuelle mégafaune africaine. Vingt genres de très grands mammifères éteints sur à peine un millier d'années, ce que Weisman nomme une "ménagerie perdue". Que s'est-il passé? Premier écocide ou changement climatique?

Tous les problèmes écologiques sont abordés, toutes les pollutions recensées (sacs de plastique, molécules de dioxine, déchets radioactifs dangereux durant des dizaines de milliers d'années) et celles, peu connues, dues aux inquiétantes nanotechnologies. Et puis celle-ci: les ondes électromagnétiques émises par nos téléviseurs et nos téléphones perturbent la petite boussole qu'ont dans la tête les oiseaux migrateurs ...

La bombe démographique a déjà explosé et dès aujourd'hui, pour retrouver, un jour peut-être, une bonne habitabilité des écosystèmes, le mot d'ordre mondial devrait être: un bébé par femme. Au détour d'une phrase, l'auteur nous donne sa date du catastrophique horizon: à la divergence critique des facteurs démographiques, économiques et climatiques. Rassurez-vous, c'est pour...bientôt.

Jeu de l'esprit, imaginer le futur accentue le présent, comme un boomerang qui reviendrait nous rappeler le réel d'où il est parti. On côtoie l'épouvante: en réunions de travail officielles, linguistes et sémioticiens - qui savent que les langues évoluent - tentent de deviner, d'inventer les textes, les dessins, les pictogrammes de prévention à placarder autour des dépôts radioactifs et lisibles dans 10.000 ans par nos descendants. Sauf que la faune sauvage ne sait pas lire.

"Catastrophisme !" clameront les sots, les niais ou les malins intéressés. Mais la catastrophe écologique générale, nous la vivons déjà de toutes les catastrophes additionnées, dénoncées ou tues, parfois silencieuses: d'une masse aviaire estimée à 20 milliards de volatiles sauvages en Amérique du Nord, 500 millions d'oiseaux meurent chaque année carbonisés à cause des transformateurs et des lignes à haute tension non isolés, des pylônes métalliques et des relais de télévision et de téléphonie ; 60 à 80 millions d'oiseaux meurent chaque année écrasés sur les calandres et les pare-brise des véhicules roulant sur les autoroutes; 120 millions d'oiseaux meurent chaque année victimes de la chasse. Toutes ces hécatombes pour les seuls Etats-Unis: ce ne sont pas des catastrophes?

Inattendue, saugrenue, la conclusion de Weisman est celle d'un croyant revenu de toutes ses illusions. Page 238, une petite erreur d'auteur ou de traducteur: le cobe à croissant ne vit pas en Co­rée, le goral, si. De telles erreurs pourraient discréditer l'ouvrage, ce qui serait dommage. En fin de volume, l'index est un outil précieux et la bibliographie est riche.

Oui, la vie continuera lorsque l'espèce humaine aura disparu, avec cependant ce bémol vertigineux: l'uranium 238 que l'homme usine aujourd'hui, diffusera encore son danger lorsque notre soleil s'éteindra, dans 4,5 milliards d'années. Bonne lecture.

Kriss Treillard

Dans La lettre de la SECAS" (Société d'Encouragement pour la conservation des Animaux sauvages), automne 2007. Homo disparitus, de Alan Weisman, traduction de Christophe Rosson, 400 p. Flammarion 2007. Prix France: 19 € 90.

22 octobre 2007

Procès d'Arbas, les casseurs en appel au tribunal à Toulouse

Condamnés à 4 300 euros d’amende en première instance en septembre 2006, les anti-ours sont poursuivis par le maire d’Arbas, qui leur réclame 17 000 euros pour le nettoyage de la façade de la mairie, et 20 000 euros de dédommagement pour atteinte à l’image de la commune.

C’est à 14 heures aujourd’hui que les dix militants anti-ours qui ont saccagé des bâtiments publics, le 1er avril 2006 à Arbas, ont été jugés par la cour d’appel de Toulouse. Dix-huit mois plus tard, le dialogue est toujours aussi difficile entre les pro et les anti-ours.

Nous espérions beaucoup avec le changement de gouvernement, mais nous avons été déçus”, explique Magali Boniface, porte-parole de l’Aspap, principale association anti-ours. Elle dénonce l’importance des moyens financiers et logistiques des pro-ours : “Cela nous inquiète beaucoup. La population des ours augmente dans les Pyrénées. Cet été, il y a des secteurs en Ariège qui ont été touchés pour la première fois.”

La pérennité des ours dans les Pyrénées passe par la présence d’une cinquantaine d’individus. Il y en a vingt-deux aujourd’hui”, constate Alain Reynes, de l’association Pays de l’ours. Ce dernier se félicite néanmoins de l’arrêt des violences des anti-ours : “Prochainement, un voyage à l’étranger réunissant pro et anti-ours va se dérouler pour étudier le comportement des ours.”

Un important dispositif policier a été déployé devant la cour d’appel de Toulouse, à l’occasion du procès des anti-ours. Seuls les éleveurs condamnés en première instance et des représentants d’associations ont été autorisés à assister à l’audience.

Dès la fin des débats, Gérard Dubuc, opposé à l’introduction de l’ours et maire de Saint-Lary, commune ariégeoise de 150 habitants, a interpellé François Arcangeli, le maire d'Arbas : “Accepteriez-vous une rencontre avec des éleveurs dans un esprit d’apaisement ?” “J’ai toujours été pour un dialogue”, a répondu le maire d’Arbas, en lui donnant rendez-vous. François Arcangeli "ne s’est pas dit opposé" à ce que sa commune soit candidate pour de nouveaux lâchers d’ours.

Pour l'ASPAP : "François Archangéli réclame aujourd'hui 40.000 euros. La hauteur des exigences financières du maire d'Arbas, également président de l'ADET – outil de promotion et d'importation des ours slovènes - ne laisse aucun doute sur sa volonté, au-delà d'aggraver les peines individuelles, d'atteindre l'ASPAP qui n'a jamais caché son soutien aux ariégeois traduits en justice." déclare un communiqué de l'association du 9 octobre.

"S'en prendre à  l'ASPAP, c'est attenter à la liberté d'expression que les Pyrénéens, longtemps privés de parole, ont chèrement gagnée. Des Pyrénéens qui dénoncent la casse de l'outil de travail de milliers d'éleveurs, les coûts exorbitants de ces programmes, les dangers d'ours peu farouches pour les populations, l'ensauvagement programmé des estives. Et qui dérangent."

A la sortie du tribunal, près de 80 ultrapastoraux de l'ASPAP, l'association financée par Augustin Bonrepaux dont sont issus les casseurs d'Arbas étaient là pour "soutenir" les accusés et "crier" leur colère.

La cour d'appel de Toulouse a mis en délibéré son jugement au 26 novembre. A suivre.

Japon, des ours, des kakis et des emplois

Des dizaines, voire une centaine d'ours menacent les environs de Tokyo. Pour protéger ses habitants, la commune d'Okutama a organisé non pas une battue, mais une cueillette de kakis. L'odeur de ces fruits a la particularité d'attirer les plantigrades. Les trente volontaires tirés au sort parmi les milliers de candidatures reçues par la municipalité sont partis en mission, armés de longues gaules de bambou. Double aubaine pour la localité : la production de kakis séchés va connaître un nouvel essor (avec le vieillissement démographique, les habitants ne pouvaient plus cueillir les fruits) et une nouvelle activité, la fabrication de gaules.

Asahi Shimbun
Source : courrierintarnational

21 octobre 2007

Abbruzes, pas encore de piste

Mort de 5 ours dans le Parc National des Abruzzes : Pas encore de piste. 4 personnes auditionnées.

Un mois après avoir retrouvé trois ours et deux loups morts dans le parc national des Abruzzes, Lazio et Molise, il n’y a encore aucun suspect. Les agents du Corps forestier ont auditionné quatre personnes pour "informations sommaires" considérées comme "utiles" pour poursuivre les vérifications. Le Corps forestier est en train de ratisser le territoire et éliminer tout ce qui est comestible pour la faune sauvage, pour éviter un effet en chaîne désastreux pour l’écosystème de la zone protégée des Abruzzes.

Ansa - 17/10/2007

16 octobre 2007

Une biodiversité contrôlée et choisie : c’est le délire total !

Les ultrapastoraux de l'ADDIP (Philippe Lacube) vont demander l'aide de la FNSEA. Entre conservateurs rétrogrades, le soutien est indispensable alors que le Grenelle de l'environnement est pour eux une menace, un risque de bouleversement de leurs habitudes polluantes et non respectueuses des milieux.

Communiqué de FERUS - 11/10/07

Un manifeste contre ours, loup, lynx, vautour
Pleinchamp.com

Dans le cadre de la «Journée nationale des présidents de massifs» organisée par la FNSEA, un manifeste a été signé «pour le maintien de la biodiversité en zone d’élevage »… sans les loups, ni les ours.

Dans ce manifeste, les président de la FNSEA, des JA, de l’APCA, de la FNO (ovins) et de la FNEC (caprins) exigent : l’arrêt de la réintroduction d’ours et son cantonnement dans des zones appropriées ; le retrait des loups dans les zones d’élevage et la régulation des populations de vautour et de lynx.

Ils estiment, en effet, que l’installation durable des prédateurs est incompatible avec l’activité agricole et qu’elle menace la biodiversité des zones d’élevage. D’autant qu’à l’échelle européenne, loups, ours, lynx et vautours ne sont pas, selon eux, des espèces menacées de disparition. « Les contraintes liées à la présence des prédateurs viennent s’ajouter aux difficultés de revenus rencontrés dans l’élevage, dissuadant de ce fait l’installation des jeunes » estiment-ils.

Réaction de FERUS

Avant l’arrivée des éleveurs, les prairies naturelles étaient créées par des avalanches, des incendies, et entretenues par des gros herbivores (aurochs, bisons) moyens (chevaux sauvages, cerfs) et petits. La moins mauvaise substitution est le mélange de bovins, de chevaux, de moutons et d’ongulés sauvages, cerfs, chevreuils et chamois/isards, le plus important étant la représentation des plus grandes espèces (vaches et chevaux).

L’élevage bovin qui était très représenté dans les Alpes a beaucoup régressé au point que la majorité des alpages ne sont aujourd’hui pâturés que par les grands troupeaux ovins, en particulier dans les Alpes du sud. Et dans les Pyrénées, il n’y a plus que 150 000 vaches et 12 000 chevaux. Le pâturage par des grands troupeaux ovins seulement a des impacts écologiques majeurs.

Les moutons ne bloquent pas la progression d’espèces végétales qu’ils ne consomment pas (fougères, rhododendrons, saules, airelles, genévriers par exemple). Ces plantes envahissent le terrain et favorisent la présence d’insectes qui leurs sont inféodés. A l’inverse le surpâturage des moutons finit par interdire la floraison, la reproduction et finalement la présence de nombreuses espèces végétales, entraînant à sa suite la disparition des insectes qui en dépendaient. Cette tendance s’accroît avec la montée précoce en alpage grâce aux camions, alors qu’autrefois la floraison de printemps intervenait avant l’arrivée des troupeaux.

Les produits vétérinaires rejetés par les moutons détruisent les scarabées qui se nourrissent de leurs déjections, et les oiseaux qui mangent ces insectes. Une grande concentration de moutons a déjà provoqué des épidémies de kératoconjonctivite ou de brucellose, mortelles pour les isards et les bouquetins. Enfin les troupeaux laissés libres ne contournent plus les petites zones humides d’altitude, oasis d’une biodiversité rare et concentrée. Leur piétinement et leurs déjections dessèchent les sols et polluent les eaux.

On ne peut affirmer que la présence de moutons est dans tous les cas bénéfique pour la biodiversité, cela dépend de la conduite des troupeaux et du nombre de têtes. On ne peut évidemment pas dire qu’éradiquer l’ours, le loup ou le lynx améliorerait la biodiversité, sauf à décréter progressivement que la biodiversité c’est l’ensemble des espèces moins celles qui déplaisent, l’ours pour les uns, le héron ou le renard pour les autres, le frelon ou le moustique pour beaucoup...

Pour favoriser la biodiversité, maintenir un pastoralisme de montagne, oui mais pas n’importe lequel.

Lire : "Réflexions sur le pastoralisme et la qualité biologique des milieux naturels de montagne"  par Vincent Vignon.

Vous trouverez à la buvette plusieurs notes sur les différents rédacteurs de ce manifeste : Henri NAYROU, Secrétaire Général de l'Association Nationale des Elus de la Montagne (ANEM), Laurent GARDE : Ecologue au Centre d'Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM) et le plus comique, Bruno Besche-Commenge dit BBC, ex-enseignant et chercheur au centre de
linguistique et de dialectique
de Toulouse.

Allegre : Les Nobels se foutent de la gueule du monde

Al Gore et le GIEC reçoivent le prix Nobel, Claude Allegre monte en température, ce réchauffement est pas net.

Allegre : « Al Gore se fout de la gueule du monde»

«La climatologie n'est pas une discipline, ça n'existe pas.» Après l’attribution du prix Nobel de la paix à l'Américain Al Gore et au panel de l'ONU sur le climat (Giec), l'ancien ministre socialiste et médaille d'or du CNRS Claude Allègre rue dans les brancards.

A propos du réchauffement climatique, reconnu comme une réalité par l'ensemble de la communauté internationale, le chercheur a déclaré «qu'on ne peut pas vraiment le prévoir, c'est tout. Je pense que le travail qui a été fait n'est pas bon», a-t-il ajouté à propos des travaux du Giec. «Les choses sont en train changer sur le plan international. Des tas de gens qui étaient dans le Giec commencent à douter», a ajouté ce géologue de formation.

«Un truc politique»

«Le nombre de conneries qui sont racontées dans le film d'Al Gore ! Ca c'est de la politique, c'est pour intervenir dans la politique américaine, c'est scandaleux!", a encore estimé Claude Allègre qui se dit «complètement indifférent» à la décision du jury du Nobel.

«Il y a une élection présidentielle aux Etats-Unis, on sait bien que Gore aurait envie de se présenter, selon l'ancien ministre de l'Education. Je pense que Gore racontant que la mer va monter de 6 mètres, c'est se foutre de la tête du monde

Pour Claude Allègre, le prix Nobel de la paix est un «truc politique». «Pour moi, ce n'est pas un prix Nobel. Ca ne veut rien dire

" Claude Allegre, le monde se fout de ta gueule"

Sur son site, Jean-Marc Jancovici n'est pas en reste. Il analyse un florilège du livre de Claude Allègre "Ma vérité sur la planète". Une quinzaine de citations décortiquées. Je ne résiste pas à vous faire lire son introduction et sa conclusion. 

Introduction de Jean-Marc Jancovici - Il est difficile de dire si la consternation, l'admiration ou l'ébahissement est le terme plus approprié pour caractériser ce qui vient à l'esprit une fois refermé ce livre. Ce dernier comporte une telle densité d'âneries au centimètre carré de page imprimée qu'il en devient une énigme. A-t-il seulement été écrit par un adulte, ou