Pinus longavea, les patriarches des White Mountains
Livre photographique de Christophe d’Yvoire éditions du Seuil
Par Daniel Vallauri
Dans les White Mountains de Californie (USA), survivent des témoins vivants du temps long, de l’évolution de la Nature et de l’agitation de l’Humanité. Ces témoins sont des arbres : des Pinus longavea. Chacun est tellement unique que depuis leur découverte dans les années 1950, les dendrologues américains (ou dendro-gérontologues devrions nous dire !) étudient leur longévité individuelle. Plus de 200 de ces patriarches comptent plus de 3000 ans, une vingtaine plus de 4000 ans. Le doyen, 4723 ans. Respect.
Les plus vieux de ces arbres aujourd’hui (les plus vieux êtres vivant sur Terre), même s’ils présentent des signes évidents de grande maturité (branches mortes par exemple) ne semblent pas physiologiquement prêt à cesser de vivre. Les chercheurs s’en étonnent, s’enthousiasment de cette vie qui tutoie l’éternité.
Mais à rêver à l’immortalité de l’individu, on en oublie parfois que ces arbres forment aussi et avant tout une forêt. L’écosystème ou le paysage forestier le plus mature de la planète, au moins du point de vue des critères de la maturité des arbres et de la continuité écologique du boisement. Sis dans les conditions écologiques très difficiles de la haute montagne de Californie, le climat aride et froid sans nul doute conserve la forêt, ses arbres du moins. Le reste de la biodiversité et du fonctionnement de cet écosystème forestier aride semble n’avoir pas été encore réellement étudié. Il reste sans doute encore tant à apprendre.
Mais c’est une autre dimension qui est à l’origine du livre de photographie en Noir & Blanc de Christophe d’Yvoire, qui est en tout point remarquable (sujet, esthétique, dimension artistique) : un profond sentiment de nature intemporelle, immuable, silencieuse et sereine se dégage des photographies du paysage de cette forêt mature et des portraits de ces patriarches.
Une profonde interpellation de l’Humanité également, que Jean-Paul Dubois, dans la préface de l’ouvrage résume fort bien par ces quelques phrases : « A l’inverse de ces végétaux, arrimés à la terre, rivés à ce sol minimal dont ils dépendent entièrement et pour toujours, l’animal que nous n’avons jamais cesser d’être, furtif, mobile, agité jusqu’à l’excès, a toujours cru que son salut résidait dans une hypothétique fuite. Une course en avant. Un interminable marathon contre le temps des montres. Bouger, remuer, chercher, tâtonner, espérer. Et un jour vous vous retrouvez figé en haut de la montagne. Cet autre usage du monde et des heures. Ces valeurs inversées. Ce bois tenace, témoin de tout et silencieux, quasi éternel. En regardant ces pins impavides, on éprouve parfois le sentiment que ce sont eux qui nous observent. Qui nous attendent. Qui essayent de comprendre à quoi ressemblent nos vies, lueurs minuscules, petites étoiles filantes au coeur de la forêt ».
N’est-ce pas un sentiment propre aux forêts naturelles et autres lieux de haute naturalité de nous interpeller, de façon chaque fois différente et plus profonde?














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