Un Lichen qui mérite toute votre attention : Lobaria pulmonaria
Par Pierre Athanaze
Les lichens restent encore très mal connus des forestiers, mais également des protecteurs de la Nature. C’est vraiment dommage car nombre d’entre eux sont de véritables indicateurs de la continuité forestière, de la qualité de l’air, voire même de la naturalité.
Mais il en est un qui a pourtant un peu plus les faveurs des coureurs de forêts, même s’ils ont peu de connaissances en lichénologie, il s’agit de Lobaria pulmonaria. Il faut dire qu’il est très facilement reconnaissable. Il s’agit un lichen corticole foliacé, c'est-à-dire en forme de lame plus ou moins lobée, qui forme un thalle de grande taille, pouvant atteindre 15 à 20 cm de diamètre. Il est attaché à son support (hêtre, érable…) par des «crampons» appelés rhizines qui sont situées sur la face inférieure de ses larges (5 à 10 mm) et longs (jusqu’à 7 cm) lobes. Ces mêmes faces sont parcourues par un réseau de cotes saillantes. Ce qui lui valu sont nom vernaculaire de «pulmonaire». De couleur vert-brun pale en période sèche, ce lichen devient vert très vif lorsqu’ il est mouillé, il est alors tout à fait remarquable.
Il faut quatre mois à Lobaria pulmonaria pour s’ancrer sur le tronc d’un arbre et le rendre résistant au lessivage due aux pluies. A deux ans et demi le thalle atteint la taille d’un millimètre carré. Au bout de quatre ans les premières soralies lui permettront une multiplication végétative. Il devra attendre l’âge de vingt ans pour qu’apparaissent les premières apothécies lui permettant alors la reproduction sexuée. Un thalle pourrait atteindre l’age canonique de 200 ans.
Le naturaliste aime généralement les raretés, et ça tombe bien, notre Lobaria en est une. il l’est même, malheureusement, de plus en plus. Il faut dire que ce lichen a tout de la diva. Il est tout autant admirable que difficile [capricieux ?...] quant à son environnement. Il n’aime pas qu’on vienne lui bouleverser son biotope par des interventions sylvicoles trop importantes, ni qu’on lui empoisonne son air. Nylander, botaniste finlandais qui résidait en France remarqua dès la moitié du XIXème siècle la disparition de certains lichens des grandes villes. Il notait toutefois que Lobaria pulmonaria était encore fréquent à cette époque dans la plupart des forêts européennes (Synopsis methodica lichenum Nylander 1858). Son déclin s’est alors accéléré, devenant une espèce de plus en plus rare.
L’une des causes majeures de la raréfaction de Lobaria pulomonaria est la dégradation de la qualité de l’air que nous respirons. Principalement le taux de dioxyde de soufre (également appelé anhydride sulfureux) qui a connu au cours des dernières décennies une inquiétante augmentation. Avec l’augmentation de ce polluant, Lobaria pulmonaria se dégrade fortement, provocant dans un premier temps la disparition des apothécies lui interdisant toute reproduction sexuée, puis entrainant sa disparition complète dès que le seuil de 30 μg/m3 de SO2 est atteint.
Autre cause majeure de la raréfaction de ce lichen, la gestion forestière quand, comme trop souvent, elle est trop radicale. Coupes rases et éclaircies trop marquées lui sont fatales. En forêt «gérées» il conviendrait de laisser des arbres âgés et une densité d’arbres lui conservant tout à la fois une forte humidité de l’air et une luminosité importante. Ce qui n’est malheureusement pas souvent le cas…
Un autre facteur qui pourrait expliquer le déclin de Lobaria pulmonaria, est le ramassage pour divers usages, notamment pour la pharmacopée, car il a longtemps été recommandé comme remède contre la tuberculose, l’asthme, diverses maladies pulmonaires, les hémorragies et même l’eczéma de la tête.
Le naturaliste aura pour Lobaria pulmonaria une attention toute particulière également parce qu’il est une «espèce repère» qui indique souvent par sa présence bien visible, celle d’autres lichens encore plus rares et beaucoup plus discret... Un lichen ne devant pas en cacher un autre, une prospection attentive et une protection des zones à Lobaria pulmonaria devraient être de mise.














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