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16 août 2007

Joseph Paroix : Le renforcement de la désespérance

Joseph Paroix,
berger en zone IPHB

Entre désarroi, colère, doute, désespoir, ce renforcement ou réintroduction d’ours empreint d'incompréhension est vécu comme une ultime agression pour les uns ou espoir de sauver les ours dans les Pyrénées pour les autres. Ce renforcement venu d'en haut ne pouvait vraiment qu’engendrer des déchirements.

Pourtant nous étions nombreux à penser que la question de la survie de l'ours ne pouvait que poser aussi la question de l'avenir du pastoralisme, de l'agriculture de montagne, de sa survie et de son développement,

Ici en Béarn où la cohabitation a toujours existé, nous sommes nombreux à penser qu'elle est toujours possible. Que  l'ours fait partie de notre histoire, de notre culture, que l’histoire de l’homme et des ours dans les Pyrénées ne doit pas s'arrêter. L'ours aujourd’hui aurait pu être le symbole et le lien entre la préoccupation générale de la société et les paysans de montagne. Mais les conditions et la forme de ce renforcement créent au contraire comme un fossé et des déchirements.

Pourtant c'est bien 1a présence de l'ours, ici en Béarn qui a permis aux bergers de se regrouper pour dire que leur place en montagne était vraiment légitime. C’est la problématique liée à la cohabitation et la concertation au sein de l’IPHB (Institution Patrimoniale du Haut Béarn) qui a permis la synergie autour des projets pastoraux et la mise aux normes des cabanes de montagne et ainsi à émergé l’urgence de sauvegarde et pérennisé la fabrication de fromage en estive.

Il ne peut y avoir cohabitation sans montagne vivante et sans paysans nombreux. Il ne peut y avoir cohabitation sans réelle concertation et lieu où elle puisse s’exercer. Il ne peut y avoir cohabitation sans une vraie politique de montagne assurant la pérennité des petites exploitations, aidant les jeunes à l’installation, reconnaissant l’installation progressive et les bergers sans terre et se préoccupant de la promotion et de la qualité des produits, pour assurer un revenu décent et un avenir serein à chacun.

Bref, tout préalable devrait être une politique qui permette à tous de vivre décemment de son métier et d’inventer un avenir à son exploitation et une vraie place et une vraie légitimité dans la montagne.

La montagne est devenue un espace à partager aux enjeux multiples. Mais aujourd’hui qui dessine un avenir à notre profession de la montagne ?

En fait de partage, c’est souvent le déménagement que l’on nous propose. Ce sont des contraintes de plus en plus grandes, des tonnes d’imprimés à remplir où la moindre erreur peut entrainer la perte des aides ou leur réduction. Sans aucune forme de procès. Ce sont des contrôles de plus en plus fréquents comme si nous étions des suspects permanents.

C’est une politique agricole et des décisions qui poussent aujourd’hui les plus petits d’entre nous à partir et les autres à produire de plus en plus, d’avoir des troupeaux et des exploitations de plus en plus grandes avec des charges de travail et des conditions de vie inhumaines et en décalage avec le reste de la société.

On ne peut imposer à une communauté de montagne d’assurer la sauvegarde d’espèces réintroduites, sans qu’elle ne soit assurée pour elle-même, d’un avenir réel et sûr. Cela serait indécent. Pourtant cela a été fait ! Et nous ne pouvons cautionner un tel mépris fait de nos vies et de notre inquiétude sur le présent et l’avenir

Notre place et notre légitimité dans la montagne sont toujours à reconquérir et passent par d’incessants combats

Pourtant nous sommes bien les garants d’une montagne vivante, un maillon indispensable à l’avenir de nos vallées. Nous sommes aussi les garants de la beauté des paysages et de la richesse de la biodiversité en montagne.

Le renforcement et la présence d’ours dans des lieux où il avait disparu depuis longtemps, où les modes d’élevage ne sont plus adaptés, les équipements inexistants sont un tel bouleversement qu’ils ne peuvent que rendre le présent un peu plus dûr, plus précaire, fragiliser encore plus l’avenir des exploitations et mettre les hommes dans des situations inhumaines. L’inquiétude, le désarroi, la colère des éleveurs de montagne est bien réel et repose vraiment sur des vrais problèmes de vie et de survie déjà intenses et qui peuvent devenir insurmontables.

Le vrai drame de ce renforcement d’ours c’est en plus les déchirements et les guerres entre gens qui avaient travaillé ensemble. Entre ceux qui prennent les aides et ceux qui les refusent. Entre ceux qui sont pour la cohabitation et ceux qui sont contre. La position de chacun sur l’avenir de la montagne et de l’ours relève de l’intime conviction et de sa vision du monde. Elle ne peut être stigmatisée et doit être respectée.

Les rencontres des différentes confédérations paysannes du massif pyrénéen m’ont vraiment fait comprendre la diversité des modes d’élevage et de situations dans les Pyrénées ; les difficultés et le désarroi de beaucoup face à ce renforcement m’ont vraiment touché et m’ont fait toucher du doigt l’urgence de se battre pour exiger une vraie politique et un vrai débat pour l’agriculture de montagne qui respecte les diversités du massif. Le plan d’aide au gardiennage, s’il peut aider ceux qui vivent la cohabitation, ne peut tenir lieu de politique agricole de montagne. De toute façon, les aides au gardiennage doivent vraiment prendre en compte les différents modes d’élevage du massif et doivent être élaborées en concertation avec tous les éleveurs afin de vraiment répondre aux besoins de chacun.

Il est urgent de se battre ensemble pour exiger une vraie politique de montagne qui permette à toutes les exploitations de vivre dignement et de garder l’espoir d’être pérennisées, aux jeunes qui le désirent de s’installer et de leur donner envie d’inventer un avenir serein, en phase avec la société !

Pour garder vraiment une montagne vivante et que tout le monde ait la liberté d’imaginer un avenir à ses enfants.

L’un des plus gros enjeux environnemental aujourd’hui, dans les Pyrénées, c’est le maintien de paysans nombreux.

En plus un projet pour la montagne, nous devons demander une vraie concertation avec tous les acteurs de la vie pyrénéenne afin de construire de nouveaux ponts et d’inventer de nouvelles solidarités et trouver ensemble un avenir possible et sûr, où seront respectés la vie et les projets de chacun, dans le respect des autres.

Joseph PAROIX
Source : LABORI (journal basque) 09/08/07

Lire la réponse de Stéphan Carbonnaux :  "Chacun à ses propres raisons d'exister"
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Voici les sites qui parlent de Joseph Paroix : Le renforcement de la désespérance :

Commentaires

C'est quand même courageux de la part de J.Paroix de s'impliquer dans le débat et de dire:

"Ici en Béarn où la cohabitation a toujours existé, nous sommes nombreux à penser qu'elle est toujours possible. Que l'ours fait partie de notre histoire, de notre culture, que l’histoire de l’homme et des ours dans les Pyrénées ne doit pas s'arrêter."

Il ne faut pas non plus trop en demander et ce n'est pas ceux qui critiquent -critiques tout à fait pertinentes au demeurant et que je partage dans les grandes lignes- qui doivent faire tourner une petite entreprise ou qui doivent vivre en permanence avec des voisins qui ne partagent pas forcément les mêmes idées que vous.

Alain Perret, producteur du Pé Descaous se plaignait l'été dernier que les panneaux qui indiquaient les points de vente en vallée d'Ossau étaient régulièrement détruits.

Alors..

Pour ceux qui ont apprécier les pages magnifiques sur l'ours de Joseph Paroix dans son livre "bergers dans les nuages" pourront avoir du mal à se retrouver dans ce nouvel écrit où l'auteur n'arrive plus à retrouver ses propres émotions face à l'animal .
Avec du recul , on est presque gêné d'entrevoir chez J.Paroix une réalité qui sublime l'ours dans son mythe , pour rejeter finalement l'ours réel qui revient timidement et difficilement sur la chaîne .
On ne peut reprocher bien sûr à J.Paroix ses propres inquiétudes légitimes face à l'avenir de sa profession , mais "entre ceux qui sont pour la cohabitation et ceux qui sont contre" et "ceux qui prennent les aides et ceux qui les refusent" , le plus gênant voir douloureux est finalement de deviner J.Paroix désormais incapable de traduire ou définir ses choix personnels face à cohabitation .
Si le texte du livre avait séduit voir ému par l'engagement courageux du professionnel de terrain à dénoncer la disparition du fabuleux animal , compagnon d'infortune du berger des estives , la phrase "il ne peut y avoir cohabitation sans montagne vivante et sans paysans nombreux" semble sonner finalement le glas pour l'ours précisemment parce que l'absence de son nom y est , volontairement ou involontairement , traduit . Les choix de la cohabitation ne se situent plus dans la cohabitationn de l'homme avec l'animal mais dans une position de faux compromis entre les parties puisque le seul choix environnemental à discuter ne se définie plus que sur "le maintien de paysans nombreux" .
Ceux qui se sont opposés à J.Paroix dans ses analyses passées seront sans doute satisfait de la tournure du texte de l'auteur , d'autres auront sans doute plus de mal à s'y retrouver en souvenir du livre .

ca fait du bien de lire ce temoignage qui nous sort de la stupidite sterile ambiante des hooligans des montagnes.

Joseph a raison sur certains points, mais je trouve qu'il fait preuve d'une mansuétude un peu trop généreuse a l'égard des eleveurs à viande qui sont les plus farouches opposants à la présence de l'ours.
Suite a la mort de Canelle,nous savions (eleveurs y compris)tous très bien que cette disparition allait inéluctablement entrainer un renforcement de la population ursine.
Pourquoi ces mêmes eleveurs n'ont pas anticipé la chose en demandant au gouvernement de les aider, en subventionnant par exemple la construction de cabanes et la remise en état de celles déjà existente?
Pourquoi n'ont-ils pas fait preuve de la moindre bonne volonté pour que ce plan de renforcement se déroule de la meilleure des manières possibles?
Tout cela aurait pu être demandé conjointement avec les associations environnementales, ce qui aurait eu un impact encore un important auprès des pouvoirs publics.
Au lieu de ça, les discutions et autres réunions de concertations ont été boycottés.
Pas d'ours, un point c'est tout, voilà quel étaient leurs mots d'ordre.
Joseph pointe du doigt les véritables maux du pastoralisme: le manque de vocation, le productivisme qui condamne les petits exploitants, les coûts de production trop important, l'importation de viande new zélandaise qui casse les prix...
Alors pourquoi ces eleveurs continuent de taper sur l'ours, tout en sachant pertinement bien que sa disparition définitive ne fera en rien sortir le pastoralisme de la crise dans laquelle il s'enlise?
L'individualisme de certains eleveurs ne serait-elle pas l'une des causes de ce refus de reconnaître les véritables problèmes liés a l'activité pastorale?
Il faut aussi savoir se remettre en question.
Le plan de renforcement 2006 n'a pas été parfait sur tout les points ,et nottamment sur la forme, nous en sommes conscient et le reconnaissons.
Il serait temps aussi que les eleveurs fassent leur méa culpa, car il est difficile voir impossible de s'asseoir autour d'une table quand l'objectivité et l'honneteté sont restés à la porte.
Comment Joseph peut-il expliquer l'attitude de certaines associations "ultra pastorale" qui clament haut et fort que la cohabitation avec l'ours ou le loup est impossible, quoi que l'on fasse?
Si tu me lis Joseph,n'hésites pas à me contacter par mail, je serai ravi de pouvoir en discuter de vive voix avec toi, d'autant plus que nous n'habitons pas loin l'un de l'autres, et que nous avons des connaissances communes.
L'heure est vraiment venu de renouer le dialogue entre écologistes et eleveurs...mais uniquement les eleveurs capables de se remettre en question et de faire preuve d'objectivité réciproque.
jean-marc
Pyrénées atlantiques

Même si les propos de ce monsieur sont emprient d'une volonté de consensus évidente on peut les trouver plus que naive. Je m'explique:
Ce monsieur dit qu'il faut que ce renforcement se fasse avec tous, MAIS: comment faire quand "certains" dès le début disent NON à l'ours et qu'elle que soit l'aide donné, n'en veulent pas? Il y a des réunions de concertations et ils les boycottent, justement parce que pour eux déja c'est NON!
Ensuite ce monsieur nous parlent de l'IPHB. Quide d'associations comme le FIEP qui ont servit justement de "couroie" de transmission entre l'ours l'élevage et qui ont été muselé par ce syndicat mixte ? Quide des nombreuses aides drainées PAR L'OURS, mais qui finalement en Béarn ne lui ont PAS profité, car détourné de leur but initial ?
Ce monsieur parle de gens qui vivent la cohabitation, notement dans le Béarn. Pourquoi ne nous dit il pas que c'est justement dans cette zone que COMME PAR HASARDS, sa survie est la plus compromise (puisqu'il ne reste que 4 individus et sans femelle)?

En bref ce monsieur se peint du pilotage depuis Paris, mais pour quoi ne se pose t'il pas la question de savoir pourquoi cela a t'il du être piloté depuis la capital?
Si des élus véreux comme ceux de l'IPHB n'avaient pas essayé d'instumentaliser la question de l'ours, avaient pris leur part (comme prévu) MAIS avaient EUX AUSSI donné leur part en réintroduisant des individus comme prévus (pour sauver l'espèce qui en avait un besoin vital), tout ces problèmes n'auraient pas eu lieu. Non ?

OUF ! enfin un bol d'air frais, merci pour cette analyse empreinte de bon sens.

Merci à Joseph Paroix pour son implication dans le débat.

Il est berger éleveur, il vit à l'année dans la montagne, son témoignage est fondamental.

Sorti des extrémismes des deux bords -qui ne sont en fait que l'oeuvre de minorités- son avis se veut avant tout rassembleur.

Un moyen de sortir de la crise?

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