Mort de l'ourse Franska, des réactions
Franska, dont la dépouille a été transférée à l'Ecole vétérinaire de Toulouse afin d'y être autopsiée, a été heurtée par une voiture vers 06h30 ce matin, sur la commune de Viger, sur une portion dégagée d'une route à quatre voies où on trouve des "passages à faune" que les gros animaux peuvent emprunter, a-t-on expliqué au ministère de l'Ecologie. Quelques réactions à la mort de Franska.
Jean-Louis Cazaubon
président de la chambre régionale d'agriculture de Midi-Pyrénées.
"Désolé pour l'animal ! Mais, franchement, Franska a été victime de son comportement atypique", a estimé Jean-Louis Cazaubon, président de la chambre régionale d'agriculture de Midi-Pyrénées. Au nom de ses adhérents éleveurs de brebis, il s'oppose depuis six ans au programme de réintroduction de l'ours. "Franska n'avait pas d'avenir sur notre massif. Avant de réintroduire des ours, c'est l'homme que l'on devrait aider à revenir dans les Pyrénées. Le pastoralisme est fragile (...). Ce sont les bergers qu'il faut soutenir" a dit Jean-Louis Cazaubon. "Quoi qu'en pensent le ministère de l'Écologie et les experts internationaux, ce n'est pas la peine d'être grand devin pour deviner que la biotope pyrénéen n'est plus adapté à de tels animaux", a-t-il ajouté.
La buvette : Toujours les mêmes arguments falacieux..
- Le comportement atypique de Franska - Afin de calmer les anti-ours, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet avait rencontré fin juillet les élus, les éleveurs et les associations pro et anti-ours, leur précisant qu'elle n'envisageait pas "de capture ou de retrait". Lundi, elle chargeait l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) de rendre une nouvelle expertise de comportement sur Franska, dont les conclusions étaient attendues pour fin août. Le comportement de Franska n'était pas jugé atypique. J'espère que l'expertise ira à son terme et le prouvera et quelle sera donc remplacée.
- Les battues illégales - Monsieur Jean-Louis Cazaubon ne pipe mot des battues illégales successives organisées par les éleveurs. L'association AVES a d'ailleurs porté plainte contre X. Mais depuis le début des évènements, le respect de la loi est très aléatoire du côté des éleveurs qui préfèrent le côté médiatique et insurrectionnel de leurs actions médiatiques largement soutenues par une presse de caniveau avides de brebis crevées au plus chaud de l'été.
Lire : Pierre Casassus-Lacouzatte organise une chasse à l’ours en vallée d’Ouzoum. Les bergers jouent avec le feu et
Après la mort de Palouma: Franska, la nouvelle cible - La non adaptation des ours Slovènes - Après le fait qu'ils soient plus grands, plus voraces, plus noirs, étrangers, qu'ils mangent plus de viandes, qu'ils sont nourris, qu'ils soient porteur de la grippe aviaire, les ours de Slovénie ne sont pas adaptés aux Pyrénées... lire : Slovénie: Bled, un pays plat pour les ours ?
François Arcangeli
Maire d'Arbas et Président de l'ADET
A l'inverse, pour François Arcangeli, maire de la commune d'Arbas (Hautes-Pyrénées), qui milite depuis 5 ans en faveur de la réintroduction de l'ours, "la mort de Franska, après celle de Palouma l'an dernier, constituent un échec dans ce programme mais cela ne doit surtout pas menacer tout le programme". "L'objectif de ce programme est d'avoir une trentaine d'ours dans les Pyrénées d'ici 2008. Si nous n'avions pas réintroduit 8 ours slovènes, il n'y aurait plus que 2 ours sur le massif au lieu d'une vingtaine actuellement".
Les associations de protection de l'Ours
Pour les associations en faveur de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, Pays de l’Ours – Adet, FERUS, WWF et FIEP , « il faut remplacer » les ours Franska et Palouma. Les associations ont annoncé avoir appris « la mort de l’ourse Franska tuée cette nuit suite à une collision routière dans les Hautes-Pyrénées. Après la mort de Palouma l’an passé, cet accident frappant une femelle une nouvelle fois nous rappelle que la population d’ours reste fragile dans les Pyrénées malgré le succès des renforcements opérés en 1996, 1997 et 2006. En effet, sans ces opérations de lâchers, les Pyrénées ne compteraient plus que deux ours (mâles) alors qu’il y en a actuellement une vingtaine. Cet effectif amputé de deux femelles ne permet plus de garantir la présence des ours à long terme dans les Pyrénées. Le plan de renforcement de la population d’ours réalisé en 2006 a été fait à minima avec le lâcher de 5 ours. Il est donc maintenant indispensable de remplacer Palouma et Franska par deux nouveaux lâchers ».
Yann Wehrling
Porte-parole national des Verts
Avec la mort, ce matin, de Franska, il ne reste que 2 ourses sur les 4 femelles réintroduites : moins que le seuil nécessaire pour éviter la disparition de l'ours dans les Pyrénées. Plusieurs centaines au début du siècle dernier… une vingtaine aujourd’hui… quel échec ! Quelles que soient les raisons de cette mort, la France est décidément en bien mauvais classement dans la liste des pays préservant le mieux ses espèces en voie de disparition.
La population d’ours des Pyrénées est plus que jamais en danger.
Evidemment, on devine la joie de tous les opposants qui continuent de voir dans l’ours la raison de tous leurs problèmes. Or, pour n’être responsable que de 1% des causes de décès dans les troupeaux, l’ours n’est qu’un bouc-émissaire des problèmes de la vie en montagne. Mais il est plus facile de mettre en cause l’ours … on évitera ainsi d’aborder les vraies questions. Eleveurs et élus locaux mobilisés contre l'ours se trompent lourdement et portent une grave responsabilité vis à vis des générations futures qui, si rien n’est fait pour enrayer le déclin de l’ours, pourront regretter amèrement ces attitudes dignes du moyen-âge.
Franska a peut-être été heurtée par une voiture. On peut raisonnablement penser que les effarouchements successsifs et incontrôlables l'ont poussée à descendre si bas dans des lieux non faits pour elle. Mais si ce sont des accidents qui arrivent également dans d'autres pays de présence de l'ours (Italie), la conséquence est évidemment bien plus lourde sur de maigres effectifs que sur des populations plus importantes en nombre.
Pour la sauvegarde de cette maigre population, le remplacement des deux ourses disparues par de nouvelles ré-introductions seront nécessaires. C’est une question raisonnable à dépassionner d’urgence. C’est le rôle du gouvernement et des élus locaux de sauver les ours et le pastoralisme. Sans quoi, les 2 risquent de s’éteindre en même temps.
Bernard Moules
Secrétaire général de la FDSEA de Midi-Pyrénées.
«Il n'y aura plus de problème. Si on nous avait écoutés, Franska vivrait des jours heureux et paisibles en Slovénie. Je suis soulagé que cet accident n'ait pas été suivi de mort d'homme, ce qui aurait pu arriver.». Il considère également que les Pyrénées n'étaient pas adaptées aux ours slovènes et que les décideurs devront revoir leur jugement. Surtout, il en profite pour stigmatiser le coût de cette opération: «Le gaspillage d'argent public enfoui dans cette affaire. »
Marie-Lise Broueilh
Présidente de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine pyrénéen des Hautes-Pyrénées (ASPP-65)
"C'est une immense satisfaction, un grand soulagement pour les éleveurs du département. On a subi un préjudice énorme avec Franska, qui était une ourse dévoreuse de moutons, qui tuait pour tuer et traumatisait les bêtes restantes. L'affaire est classée, c'est l'apaisement, l'été se finira dans le calme". «Si les autorités décident de réintroduire des ours, alors nous mettrons le feu à la montagne».
De nouvelles menaces d'actions illégales ? Va t-on les laisser jouer à ce petit jeu longtemps?
Nathalie Kosciusko-Morizet
Secrétaire d'Etat à l'Ecologie
"L'éventuel remplacement de Franska sera examiné à l'automne, dans le cadre de l'évaluation du plan ours. Cette question "ne se pose pas de manière urgente car les réintroductions, quand il y en a, elles se font au printemps".
(Lire les déclarations complètes de Nathalie Kosciusko-Morizet dans "Oursons les Pyrénées! ")
Daniel Borderolles
Premier magistrat de Sazos et président de l'Amicale des maires du pays Toy
«C'est la preuve que l'affaire n'est pas bien menée par l'État et que l'animal n'était pas dans son milieu». Il réaffirme : «C'est l'ours ou nous.» Hier, il s'est rendu sur les lieux après l'accident et déclare : «C'est triste qu'on coupe une deux fois deux voies toute une matinée pour débarrasser un animal sur la chaussée. Avec un tractopelle, il y en avait pour une heure.»
Il rapporte qu'on voyait des gendarmes partout et qu'une tente avait été dressée pour cacher la bête. «On n'en fait pas autant pour l'homme», estime-t-il. Pour ce qui est du conducteur, l'élu ne peut s'empêcher de dire : «J'espère qu'on ne va pas encore lui chercher des poux sur la tête comme pour les chasseurs…»
NDLB: L'objectif est clairement annoncé. Agir pour la disparition des ours! Certaines bêtes ont plus d'humanité que certains hommes.
François Fortassin
Sénateur et président du conseil général
«Il eut été préférable, pour ce pauvre animal, qu'on nous écoute et que la capture soit faite le plus rapidement possible pour la ramener où elle est née. L'ours venu d'ailleurs n'a pas de biotope dans les Pyrénées.» Puis il termine : «Les éleveurs seront rassurés.»