L'avenir des grands prédateurs en Ecosse
publié par "The Guardian". Traduit par Pierre.
12 août 2007
Paul Lister, un millionnaire qui possède un immense domaine (environ 100 km²) dans les Highlands écossais, veut en faire une réserve naturelle privée (pour la faune et la flore) sur le modèle des parcs africains, et vient notamment d'obtenir une licence pour y introduire des grands prédateurs, dont le loup, le lynx, et l'ours...
Il faut savoir qu'en Ecosse il n'existe pratiquement pas de domaine public naturel. Pratiquement toute la terre appartient à des propriétaires privés: en général de très gros propriétaires, marque de la survivance d'un système de type féodal*. Ce n'est pas forcément un modèle à retenir sur son aspect social, mais on peut néanmoins lui voir quelques avantages: un mécène ou une organisation environnementale qui a les moyens peut acquérir de grandes surfaces et les gérer dans un but de conservation, même si la volonté politique n'existe pas dans le pays.
Et le fait est que les organisations de ce type ont les moyens en Ecosse ! La plus connue est le "National Trust for Scotland", forte de 250 000 adhérents (ce n'est pas rien pour un petit pays de 5 millions d'habitants!). Le National Trust for Scotland gère des sites du patrimoine culturel ou naturel écossais. On peut noter qu'en France (et probablement dans les pays latins en général), dans le domaine environnemental nous n'avons pas d'organisations suffisamment puissantes de ce type pour faire un contrepoids efficace face aux lobbys agricoles et de la chasse, qui ont beaucoup de moyens.
Dans le cas qui nous occupe toutefois, ce n''est pas une organisation mais un mécène de l'environnement qui souhaite mettre en pratique ses idées sur ses terres. Et il y a de quoi faire...
L'Ecosse peut en effet laisser une impression curieuse à ses visiteurs. Les Highlands sont sauvages au sens où la densité de population est très faible. Les paysages sont vraiment magnifiques, parmi les plus beaux que je connaisse. Néanmoins il faut savoir que la lande actuelle, qui est le biotope ultra dominant, est un pur paysage créé par l'homme, résultat d'une déforestation constante au cours des siècles : le biotope naturel des Highlands c'est la forêt, forêt dont il ne reste plus que 1% de sa surface d'origine ! Les causes majeures de cette déforestation sont :
- l'exploitation du bois à une certaine époque pour la marine et pour les usages domestiques.
- la prolifération des cerfs en l'absence de tout grand prédateur (si ce n'est l'homme), cerfs qui mangent toutes les jeunes pousses d'arbres...
- à partir du 18ème siècle, l'élevage ovin extensif: on trouve des moutons pratiquement partout, en totale liberté... On a « déforesté » pour les moutons, et maintenant ceux-ci, tout comme les cerfs, mangent tout ce qui pousse et qui dépasse quelques centimètres.
Il faut savoir également que les grands prédateurs ont été éliminés du territoire il y a déjà longtemps (2 siècles pour le loup, et plus de 1000 ans pour le lynx et l'ours - Wikipédia : Fauna of Scotand). Ainsi, sous leur apparence sauvage, les Highlands constituent un territoire largement domestiqué. Aventuriers, passez votre chemin...
Aujourd'hui, il existe quelques programmes de reforestation, mais très limités et pas évidents à mener. Il faut cloturer avec grand soin les zones à boiser pour les protéger des cerfs et des moutons, sans bien savoir ce qu'il adviendra une fois les arbres adultes. Pourra t’on enlever les clôtures ? La pression des cerfs permettra t’elle à la forêt de se régénérer toute seule ? Des scientifiques pensent que la réintroduction du loup, prédateur naturel du cerf, permettrait de rétablir un meilleur équilibre écologique global. En fait, l'idée de réintroductions de grands prédateurs en Ecosse semble faire petit à petit son chemin, même si la société n'y est pas forcément prête dès aujourd'hui. Le projet de Paul Lister pourrait précipiter les évènements, en réalisant une expérience grandeur nature.
Pierre
*A noter qu'en 2003, une loi (Land Reform Act) à été votée afin d'atténuer les effets les plus négatifs de ce système. Elle garantit notamment le libre accès pédestre de tous à la nature, indépendamment du droit de propriété (un propriétaire ne peut interdire l'accès à ses terres, sauf certains exceptions), consacrant ce qui était jusque là un usage admis. Elle facilite également le rachat, par des communautés d'habitants, des terres sur lesquelles ils vivent.
Source : The Guardian














Un article qui montre une fois de plus qu'il n'y a que la France (voire la Suisse) qui doute de l'intérêt des grands prédateurs pour le fonctionnement des écosystèmes. Prenons-en de la graine !
Rédigé par: Fabrice | le 20 août 2007 à 11:25