Robert Wojciechowski, spécialiste en protection des troupeaux et en clôtures, installé en Béarn répond à Laurent Garde du Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM). Pour celui-çi, "l’efficacité des clôtures est réelle, mais partielle :trois cas d’échec sont recensés." Réactions de Robert Wojciechowski
Robert Wojciechowski de l'association Périmètres
Je m'intéresse aux systèmes de clôtures depuis une quinzaine d'années et je conseille, entre autres, aux éleveurs d'installer des parcs de protection associés aux dispositifs d'effarouchements et d'alarmes. A ce titre j'ai créé une association qui traite des clôtures, de leur techniques, de leur utilisation mais aussi de leur représentation et de leur incidence dans un espace donné.
Je rebondis donc sur l'article "La clôture et la protection des troupeaux face aux loups dans les Alpes" et reprends les propos de Laurent Garde au sujet des clôtures :
Laurent Garde : "L’efficacité est réelle, mais partielle. Trois cas d’échec sont recensés :
- le loup franchit la clôture (état de la clôture ou de l’électrification, comportement particulier d’un loup) ;
- Le loup affole le troupeau et l’incite à rompre la clôture ; comportement bien connu en parc de nuit ;
- Le berger n’est pas en mesure de regrouper la totalité du troupeau (mauvaises conditions climatiques notamment) et la prédation se porte sur un lot de bêtes hors clôture."
"Le loup franchit la clôture (état de la clôture ou de l’électrification, comportement particulier d’un loup)"
Comme il est précisé, l'état de fonctionnement de la clôture doit être plus qu'optimale, il doit être PARFAIT ! On ne peut attendre d'un parc de protection 100 % d'efficacité que si la personne considère l'équipement comme un outil de travail et non comme une contrainte, les principales défaillances du poste sont d'origine humaine.
Quant au comportement du loup, il s'agit plutôt de la construction de la clôture et de sa représentation pour l'animal qui intervient là. Un animal non pourchassé ne franchit que très rarement une clôture électrique pour autant que certaines règles de construction aient été observées. Il serait temps de s'interroger sur les perceptions animales au vue de certains obstacles et notamment celui des fils.
"Le loup affole le troupeau et l’incite à rompre la clôture ; comportement bien connu en parc de nuit"
Au vue des pratiques pastorales observées dans les Alpes et notamment l'emploi quasi généralisé de filets électrifiés, il m'apparaît important de souligner que jamais nous ne préconisons l'emploi de ces filets : leur conductivité est faible, leur emploi est difficile sur les terrains accidentés, et leur utilisation comme "parc de protection" est dangereuse lors du déplacement du troupeau.
Plus de brebis meurent par étouffement dans les mailles d'un filet que sous les dents du loup. La hauteur des lignes est faible et le poids conséquent. Disons que l'on se rassure en utilisant un filet, tout est dans le visuel. A ce titre, je remarque qu'il est associé le mot protection à celui de filet : "les filets de protection" ; un filet est construit pour contenir, supporter, recueillir, capturer, cerner, mais pas pour protéger !
"Le berger n’est pas en mesure de regrouper la totalité du troupeau (mauvaises conditions climatiques notamment) et la prédation se porte sur un lot de bêtes hors clôture"
Oui, rien à redire. La présence humaine est une priorité dans les mesures d'accompagnement en zone de prédation. Doit-on redéfinir le métier de berger? Oui et former ces personnes aux techniques de protection, de prévention qui rendent acceptable la présence des "grands" animaux. J'invite donc les personnes compétentes ayant en charge le dossier des "prédateurs" à ne pas rester sur des acquis, à partager l'information et à adapter les mesures d'accompagnement en fonction des technologies, en fonction du terrain, des animaux de rente, de la faune sauvage présente mais aussi, en fonction de l'individu qui aura en charge le contrôle du bon fonctionnement de l'ensemble de ces mesures.
A lire donc sur le site d'AVES FRANCE (que je remercie au passage pour la diffusion des textes) :
- Moyens de protection des troupeaux
- EFFAROUCHEMENT : la cohabitation entre l’homme et les animaux sauvages
Protection des cultures, des forêts, des troupeaux
Peu de personnes font cas d'étude des moyens de protection ou en maîtrisent le système. Les principales défaillances sont humaines alors pourquoi tirer sur le Loup ?
Robert Wojciechowski
Association Périmètres
16, rue du Binet 64400 AGNOS
Tél : 05 59 39 49 41