Ours : l’action associative de protection de la nature honorée
28 juin 2007
Gérard Caussimont, président du FIEP (Fonds d'intervention éco-pastoral) reçoit des mains du préfet Marc Cabane les insignes de chevalier dans l'ordre national du Mérite.
Plaidoyer pour la nature
par Odile Faure
Il aura attendu quinze ans avant qu'un préfet n'accepte de lui remettre les insignes de chevalier de l'ordre national du Mérite, décernés en 1992 par le ministre de l'environnement, Ségolène Royal. «Au départ, j'avais dit que le moment n'était pas très opportun. Nous étions en plein conflit sur les réserves Lalonde (Zones d'interdiction de chasse). Après, on me répondait toujours que ce n'était pas le moment.» explique Gérard Caussimont, fier de cette décoration. «Je voulais qu'à travers cette distinction, ce soit le mouvement d'action de protection de la nature du département qui soit reconnue par l'État.» Gérard Caussimont veut partager cette décoration avec la Sepanso, le WWF France qui aide financièrement le FIEP, le Conservatoire régional des espaces naturels d'Aquitaine, la Ligue de protection des oiseaux, Organbidexka col libre et Saiak.
« Pas des ayatollahs. »
«On nous fait souvent passer pour des ayatollahs de la nature parce que nous voulons remplacer l'ourse Cannelle. Nous n'avons jamais voulu que la protection de l'ours soit au détriment de l'homme. Si j'ai rejoint le fonds d'intervention éco-pastoral (FIEP) de Claude Dendaletche en 1978, c'est que j'ai été séduit par l'idée de préserver l'ours et l'homme. À l'époque, nous sommes allés voir les bergers pour comprendre leurs demandes. En réponse, nous avons proposé le réseau de radiotéléphones dès 1991, une indemnisation des dégâts d'ours pour le berger (prime de dérangement), la création de la marque de fromage Pé Descaous, les clôtures de protection. En 1983, les transports par hélicoptère ont démarré, pris en charge par le Parc national des Pyrénées. Nous avons plus tard demandé à l'État de mettre en place les mesures agri-environnementales pour aider financièrement les éleveurs afin de maintenir la traite en estive, le rassemblement nocturne du troupeau et les chiens patou. L'idée était de préserver le métier de berger tout en protégeant l'ours. Depuis le FIEP n'a pas cessé de continuer sur la même ligne de conduite.»
Agacé par l'IPHB
Depuis, aussi, l'Institution patrimoniale du haut Béarn s'est constituée et assume depuis 1994, en parallèle ou à sa place, des missions initiées par le FIEP. Une «récupération» que Gérard Caussimont n'a pas contestée tant que le FIEP et la Sepanso siégeaient ensemble au sein de l'institution. Mais depuis la rupture, en janvier 2005, date à laquelle Jean Lassalle, son président, décide de se retirer du plan de restauration de la population d'ours dans les Pyrénées, Gérard Caussimont est très sévère. «Le contrat moral n'est plus rempli. N'oublions pas que toutes les aides de l'État et de l'Europe en faveur du pastoralisme (héliportages, muletages?) sont une compensation pour accepter la présence de l'ours. On comprend bien qu'un berger n'élève pas des brebis pour se les faire manger ! Cela veut dire que s'il n'y a plus d'ours dans les Pyrénées, il n'y aura plus d'actions pour soutenir le pastoralisme !» Le président du FIEP continue à penser qu'il faut renforcer le noyau d'ours béarnais par une femelle «sinon l'espèce disparaîtra, malgré la charte, malgré l'argent dont ont bénéficié le pastoralisme et la forêt.»
Enfance landaise
Né à Dax en 1952, Gérard Caussimont a été sensibilisé à la nature par son père, féru de balades en forêt. Son grand-père maternel, navarrais espagnol, lui a fait aimer la montagne. Venu à Pau pour ses études, où il obtient un DEA d'espagnol et un doctorat troisième cycle d'études régionales sur les vallées béarnaises, il n'en est jamais reparti. Il dirige depuis 2003, le collège et lycée Saint-Joseph à Oloron-Sainte-Marie et vit à Ogeu-les-Bains. Père de trois grands enfants, il parcourt souvent la montagne à titre personnel ou dans le cadre du suivi de l'ours au sein du réseau ours brun, relevant poils et empreintes. Il dit avoir rencontré l'ours trois fois au cours de sa «carrière » de défenseur de l'environnement. C'était il y a dix ans.
Préserver la biodiversité
Gérard Caussimont (Il est l'auteur de « Plaidoyer pour Cannelle » paru à l'automne 2005 chez Loubatières) n'adhère à aucun parti politique considérant que «la protection de la nature est l'affaire des citoyens de tous bords. Je suis en revanche très heureux de voir la protection de l'environnement figurer dans la Constitution. L'idée du FIEP était de lier l'économie et l'écologie, nous avions trente ans d'avance.»
La bonne place du ministère de l'écologie au sein du gouvernement Fillon ? «Oui, c'est très bien mais il faudra voir si l'argent dédié à l'environnement sert à corriger les abus de notre société, comme la lutte contre la pollution par exemple, ou bien s'il y a une vraie préoccupation à préserver la biodiversité. Quand je dis biodiversité, je pense à l'être humain et au cadre qu'on léguera à la génération future.»
Gérard Caussimont se bat pour renforcer la population d'ours en Béarn tout en préservant la vie pastorale. «Je n'ai jamais mis l'ours avant le berger. Pour moi, ils peuvent vivre ensemble.»
Source : SUD OUEST

















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