Si le vautour avait compris qu’il suffisait d’attaquer pour manger, il le ferait constamment
Les vautours sont certes plus réactifs mais leur comportement n’est pas modifié selon Alain Garbay de Saiak. Les accidents de vêlage, les animaux en difficulté, les bêtes malades peuvent attirer la convoitise des vautours mais une attaque en règle sur un animal en pleine santé n’est pas probable pour les membres de Saiak, l’association basque de sauvegarde des rapaces.
Ces derniers jours, plusieurs cas de concentrations de vautours sur du bétail ont été constatés du côté d’Ilharre, de Bergouey et un peu plus tôt en Soule. Les éleveurs avaient fait état de scènes d’agression volontaire des charognards sur des animaux vivants (lire éditions précédentes).
"Nous ne mettons pas la parole des éleveurs en doute. Mais on ne sait pas ce qui s’est passé entre le moment où on a laissé la vache dans le pré et celui où on y a vu les vautours", commente Alain Garbay, responsable de Saiak.
L’association est allée rencontrer les éleveurs concernés. "On nous a parlé d’une vache qui venait de vêler, d’une qui avait un veau crevé", raconte Saiak. Pour l’association, il y a toujours un élément qui explique la venue des rapaces mais en aucun cas le vautour n’agit comme un prédateur.
"Le Grand Corbeau peut par exemple attaquer une vache qui a un oeil percé. La blessure, le sang, attirera les vautours par la suite. Un retournement de matrice (expulsion du placenta) qui peut intervenir jusqu’à une semaine après un vêlage attire aussi les vautours", indique Alain Garbay.
Une chose est sûre, la période actuelle est la plus propice à l’observation de vautours autour du bétail. "C’est la saison des mises bas dans les élevages et c’est aussi celle où les vautours ont les petits au nid et ils ont donc un besoin supplémentaire de nourriture", explique Alain Garbay. Sans compter que la population, dix fois plus nombreuse, résidant au sud des Pyrénées (Navarre et Aragon en particulier) "est affamée". En effet, les lieux où les cadavres d’animaux étaient déposés pour les vautours sont interdits depuis 1996, date des épidémies de vache folle. En outre, l’application formelle l’an passé d’une réglementation européenne sur l’équarrissage du bétail a définitivement fait disparaître la présence de cadavres autour des fermes ou en montagne. La réglementation française n’autorise pas non plus les éleveurs à livrer leurs cadavres à la nature mais la pratique est pour l’instant tolérée.
Ce contexte général couplé au fait que les vautours (580 couples au nord des Pyrénées, près de 5000 couples au sud) peuvent parcourir 200 à 300 kilomètres par jour pour se nourrir, a rendu ces charognards "plus réactifs". Leur population, plus nombreuse qu’il y a 30 ans quand elle était en voie de disparition, fait aussi que l’on a l’habitude de la côtoyer plus souvent, les oiseaux en devenant de moins en moins craintifs pour l’homme.
Aller toutefois jusqu’à évoquer une modification du comportement des rapaces est exclu de l’avis de Saiak. L’association explique que même un phénomène d’adaptation à un environnement différent mettrait au moins une dizaine d’années à intervenir.
"Si le vautour avait compris qu’il suffisait d’attaquer pour manger, il le ferait constamment", affirme Alain Garbay. Presque comme une information qui en deviendrait génétique.
L’absence d’indemnisation pour les dégâts au bétail engendrés par les attaques de vautours conduit aussi les éleveurs à prendre ces événements avec plus ou moins d’amertume. "Si la perte d’une vache a des conséquences économiques indéniables, le problème se situe-t-il vraiment à ce niveau ou est-il d’ordre plus politique?", s’interroge Alain Garbay. "Peut-être que la situation difficile dans laquelle se trouve le pastoralisme, sans grande reconnaissance et avec des subventions publiques qui lui préfèrent les cultures céréalières, génère un malaise qui transparaît dans de tels événements. C’est comme un cri d’alarme", s’avance le responsable de Saiak. Lui prône l’alliance entre éleveurs et naturalistes "pour trouver ensemble des solutions et pour peser sur la législation".
"Les discours radicaux de part et d’autre ne font pas avancer les choses", estime-t-il.
Un "délire paranoïaque" selon les Verts
Les Verts du Pays Basque et du Béarn se désolent du "déchaînement médiatique" autour des attaques de vautours. "Télévisions, journaux, radios, c’est à qui en rajoutera le plus en sensationnel et dans le terrifiant", estiment-ils. Selon eux, "le délire autour de l’idée d’une charge de vautours sur une vache se tenant debout tient de l’invention ou de l’hallucination". "Le vautour peut le cas échéant être opportuniste, on peut imaginer qu’à certaines occasions, il puisse s’approcher d’un animal malade ne remuant plus ou presque plus. Mais c’est tout", affirment les écologistes. Ils déclarent que les gardes de l’Office de la Chasse et de la Faune Sauvage "n’ont jamais confirmé une seule de ces allégations". Selon les Verts "une infime minorité d’éleveurs a, elle aussi, comme le vautour, le sens de l’opportunisme".
"Sachant que les assurances ne prennent en compte les cas de mortalité que s’il y a retournement de matrice, on ne s’étonne plus de voir que c’est ce qui est reproché aux Vautours dans la majorité des plaintes", avancent les Verts. Ils estiment enfin que cette question doit être abordée "en la débarrassant de la lourde charge émotionnelle qui existe dans nos sociétés envers les charognards et les grands prédateurs"...
La réouverture des lieux d’alimentation réclamée en Pays Basque sud
En Pays Basque sud aussi, la situation des vautours est d’actualité. Ecologistes et éleveurs s’accordent sur le fait que les vautours ont faim et qu’il faut les nourrir. Ainsi ils critiquent les fermetures des lieux où leur étaient déposés des cadavres il y a quelques années. Les épisodes de la vache folle ont eu raison de ces sites d’alimentation. Une façon de limiter les contaminations potentielles par des animaux malades. L’application depuis un an d’un règlement européen qui impose à tous les élevages d’utiliser un circuit d’équarrissage officiel n’a pas amélioré le sort des vautours.
"Les points d’alimentation habituels des vautours ont été éliminés et cela a contribué à l’augmentation des attaques", explique le syndicat agricole EHNE de Navarre. "Depuis un an et demi, une centaine d’agressions contre des animaux vivants, ovins, bovins ou équins, ont été enregistrées", ajoute-t-il. Selon EHNE, les indemnisations en place n’incitent pas les éleveurs à déclarer les dommages subis. "De plus, l’administration ne reconnaît qu’une partie minime des déclarations. Par exemple, les résultats des analyses des laboratoires certifiant les morts par attaques de vautours restent entre les mains du gouvernement et l’éleveur ne peut y accéder", explique EHNE.
Les éleveurs de la vallée de Karrantza en Biscaye ont aussi fait état de plusieurs attaques sur le bétail. Ils font remarquer que de tels faits n’existaient pas avant l’interdiction des charniers. EHNE estime que les autorités doivent élaborer une étude sur les besoins alimentaires des vautours et s’assurer qu’il y a assez de cadavres pour éviter des attaques.
Source : Euskalherria.com