Robert Hainard Chasseur au crayon de Stéphan Carbonnaux
Par Jean-Claude Génot
La lettre de forêt sauvages - Naturalité n°2
Cette seconde biographie de Robert Hainard (RH), célèbre artiste naturaliste suisse mort en 1999, suit scrupuleusement la chronologie de la vie de cet homme hors du commun. Par rapport à la première biographie rédigée par Roland de Miller qui s’attachait à expliquer la pensée riche de cet amoureux de la nature sauvage au travers de ses ouvrages, celle de Stéphan Carbonnaux s’est appuyé sur de nombreux témoignages inédits ainsi que sur l’extraordinaire correspondance qu’entretenait ce philosophe à la plume aussi vive et précise que son crayon.
Ainsi croyant bien connaître la pensée de Robert Hainard, j’ai découvert de nombreuses facettes inconnues de ce « chasseur au crayon » grâce au travail remarquable de ce jeune naturaliste du Béarn. On ne peut pas résumer en quelques mots une biographie de 300 pages, il faut évidemment la lire pour s’imprégner calmement de ce texte très agréable à lire. En quoi Robert Hainard était si moderne ? S’il fallait sélectionner une des nombreuses phrases de cet adepte du paléolithique dont la vision holistique en faisait un des fondateurs de l’écologie profonde francophone, je choisirai celle-ci : « Dans un monde entièrement utilisé et rationalisé, il n’y aurait plus de liberté ni de choix, donc plus d’amour. Quelle sottise de travailler à la « mise en valeur » intégrale du globe, et de gémir sur le recul des libertés ! ». Ce sentiment de la nature très profond chez Robert Hainard l’a rendu intransigeant avec bon nombre de naturalistes qui l’ont approché et pensaient qu’il suffisait de mettre des bouts de nature en réserve sans remettre en cause les valeurs de notre société insatiable. Pour RH : « Les protecteurs n’aiment pas assez la nature pour lui sacrifier leurs habitudes de pensée, opinions politiques, philosophiques ou religieuses (…) Un amour vraiment conséquent exige de faire table rase de tout. » Pour nous qui défendons la naturalité, Robert Hainard est un formidable soutien moral dont il convient de faire vivre la pensée. Ainsi pour Robert Hainard : « A la civilisation aimable du XVIIIe siècle, les bergeries étaient un complément suffisant. A la civilisation du XXe siècle, il faut des aigles, des ours et des forêts vierges ». J’ajouterai qu’à celle du XXIe siècle, il faut plus que jamais des forêts sauvages… Robert Hainard a fréquenté les forêts anciennes de Yougoslavie et de Bulgarie et les coins sauvages de son Jura natal. Pour Robert Hainard, la forêt «primitive» était digne d’un élan religieux, lui qui disait : «La forêt m’accablait de sa beauté sauvage.»
Robert Hainard, chasseur au crayon est paru en 2006 aux éditions Hesse.
Source : La lettre de Forêts sauvages - Naturalités n° 2
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