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10 février 2007

L'Ours des Pyrénées : analyse de Baudouin de Menten

La polémique autour du renforcement de la population d'ours des Pyrénées

L’ours brun des Pyrénées (Ursus arctos) pose un grand débat. Depuis l’abattage de Canelle (la dernière ourse femelle de la souche pyrénéenne), la situation est devenue critique pour ces ours qui ne sont plus que quelques-uns aujourd’hui. Si aucune mesure n’avait été prise, l’extinction de ces ours était assurée. Le gouvernement français a réintroduit ( à ce jour) 4 ours en 2006. Un cinquième ourse est prévue pour l'automne. Même avec cette réintroduction, la viabilité de la population d'ours des Pyrénées n'est pas assurée. L'objectif est d'arriver en 2008 à une trentaine d’ours.

La polémique fait rage :

L'ours est un mythe (lire le mythe de l'ours de Gérard Caussimont ou l'article de Libération) et les opposants politiques utilise les prédateurs (ours et loups) dans le cadre de leur politique anti-environnementale (lire: L'institution Patrimoniale du Haut Béarn de Laurent Mermet, Parlez-vous ipéhachebé? ou la rhétorique de Louis Dollo, de Christian Estrosi).

Quelles sont les raisons principales de l'opposition au renforcement de la population d'ours dans les Pyrénées? Voici quelques arguments avancés par les opposants, l'exemple du tract de l'ASPAP

L'ours est un prédateur

L’ours est un prédateur qui cause la mort de 200 à 250 brebis par an.
20000 à 25000 brebis meurent chaque année en estives sur les 250000 brebis présentes. L'ours est à l'origine de dégâts et prédations sur les troupeaux et les ruches: il n'est cependant responsable que de mois de 1% des pertes! Beaucoup de troupeaux ne sont pas gardés.

Pour les extrémistes anti-ours, accepter les aides et les moyens de protection équivaut à accepter l'ours. Ils refusent donc de protéger les troupeaux, tout en empochant les aides financières, quitte à sacrifier de nombreuses brebis: sacrifices parfois consentis qu'ils médiatisent, histoire de créer un courant de sympathie.

La presse locale s'y retrouve - Pour certains journaux (La dépêche du Midi) ou sites Internet du Sud-Ouest (Ariège-news, Lourdes-infos), l'ours est une source intéressante financièrement de lecteurs ou de visiteurs (Déclaration de Jean-Christophe Thomas  de La dépêche du Midi) lors du colloque Résistances).

Une brebis tuée par un ours fera la une, les  24750 autres brebis mortes pour des causes diverses (foudre, paniques lors d'orages ou d'attaques de chiens errants, maladie ou de manque de soin (certains éleveurs ne montent en estive qu'une seule fois par semaine) ne font que de petits filets en pages intérieures. Lourdes Infos et La dépêche du Midi sont ainsi devenus les specialistes de la rubrique "brebis tuées" qui remplacent celle des "chats écrasés". Il faut contenter le lecteur des régions rurales et montagnardes!

Telecharger_3Télécharger le débat du colloque Résistances sur l'ours des Pyrénées
ATTENTION 183 Mo, 1heure 28 minutes !

Des menaces et de fortes pressions sont exercées pour ramener "à la raison" les bergers qui cohanitent avec l'ours, considérés comme des "brebis galeuses", des "traitres à la cause du pastoralisme".

Telecharger_3Barême de compensation dommages et dégâts d'ours Pyrénées 2004

Liste des mammifères protégés sur l'ensemble du territoire -Arrêté du 16 décembre 2004 Liste des mammifères protégés arrete du 16 décembre 2004

Le manque de concertation du renforcement

Les autorités n’ont pas tenu compte de l’avis des populations.
L'Etat a organisé une grande concertation en 2005 "Les Pyrénées avec l'ours". Les opposants à la survie de l'ours : associations et hommes politiques ne se sont pas déplacés et ont pour la plupart boycottés les réunions avant de crier plus tard qu'on ne les avait pas consultés, que "personne n'est venu nous questionner". L'Etat a mis en ligne un site Internet d'information sur l'ours et sur le programme de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées.

Les Pyrénées avec l'OursLes Pyrénées avec l'ours

Forums de concertation sur l'accompagnement du renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées - Mission Agrobiosciences Forums de concertation sur l'accompagnement du renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées 

Dépouillement de l'enquête Internet sur l'accompagnement du renforcement de la population d'ours bruns des PyrénéesEnquète Internet Concertation sur le renforcement Ours 2005

Synthèse des propositions émanant des réunions et rencontres de concertation concernant les modalités sociales et économiques pour la cohabitation et les actions favorables au maintien de la population d'ours - DIREN Midi-Pyrénées - juin 2005 Synthèse des propositions émanant des réuinions de concertation Diren Midi Pyrenees

Renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées - Dossier de Concertation Renforcement de la population d'ours brun dans les Pyrénées; dossier de concertation

L'ours est une cause d'insécurité dans la montagne

Une des stratégies des opposants consiste à essayer de faire monter la peur dans la population. La médiatisation des dégâts sur les brebis, le passage des ours près des villages, les récits de rencontres fortuites sont autant d'occasion pour essayer de monter la population contre l'ours. Tous les sondages le montre, les français désirent protéger leurs ours. Depuis 150 ans, aucun homme n'a été blessé et bien évidement tué par un ours.

Les analyses des rencontres homme-ours montrent que les seules rencontres à problème ont été des rencontres ours/chasseurs et l'ours en est toujours sorti perdant, abattu! L'ourse Cannelle est la dernière ourse tuée par le chasseur René Marquèze.

Recommandations en cas de rencontre avec un ours Recommandations en cas de rencontre avec un ours

Recommandations en cas de rencontre avec un patouRecommandations en cas de rencontre avec un patou

Les risques sanitaires de "l'importation" d'ours slovènes

Certaines personnes: hommes politiques locaux ou pseudo-scientifiques utilisés par les opposants comme "références scientifiques" dont Bruno Besche-Commenge (Linguiste) ou Jacques Paltz (Aromathérapeute) ont cherché à répendre des rumeurs sur les dangers du renforcement (râge, virus H5N1 de la grippe aviaire (!) et même radioactivité des ours slovènes!

La réponse n'a pas tardé : lire l'avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) sur le risque éventuel présenté par le projet de transfert de cinq ours en provenance de Slovénie au regard de l'Influenza aviaire (virus H5N1 de la grippe aviaire). Risque nul.

Avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) sur l'Ours et l'Influenza aviaire (virus H5N1 de la grippe aviaireAvis AFSSA sur l'Ours et la grippe aviaire (virus H5N1)

La cohabitation pastoralisme-prédateurs est illusoire et
les moyens de protection sont  inefficaces

La réintroduction coûte beaucoup d’argent, argent qui pourrait être investis ailleurs. Les partisans de l’ours rétorquent que les bergers ayant été victimes de l’ours sont intégralement remboursés, qu’ils peuvent disposer d'aides financières pour mettre en place des moyens de protection (parc de regroupement, chiens de protection patous, clotûres électriques). (Photos de patous)

Les touristes aiment l'ours. L'ours est soutenu par les accompagnateurs en montagne.Toutes les pyrénées sont remplies d'enseignes, de noms de commerces ou de nom de lieux qui tournent autour de l'ours. Des bergers décident de commercialiser leurs produits comme étant des produits "du pays de l'ours". C'est le cas de  l'Association Cohabitation Pastorale qui commercialise l'agneau broutard du Pays de l'ours et du fromage Pédescaous.

Les mesures de protection ont fait leurs preuves: l'efficacité des patous est démontrée, les mesures de protection des troupeaux ne sont peut-être pas parfaite dans tous les cas, mais les ignorer et les négliger est un non sens, un acte de mauvaise foi et de mauvaise gestion, surtout qu'après les dégâts sont utilisés pour faire pleurer sur la difficulté du métier de berger et les injustices de la réintroduction.

Le Parc électrique de nuitLe parc électrique de nuit

La protection des rûchers contre les oursLa protection des rûchers

Telecharger_2Le chien de protection "Patou"

Telecharger_2Pastoralisme: Efficacité des moyens de protection des troupeaux

Downloadarrowblue_2 Présentation de Pastoraloup - Programme d'écovolontariat

Downloadarrowblue_2_3 Actes du colloque Cohabitation Hommes Grands Prédateurs

Le coût de la réintroduction

« Gaspillage de fonds publics, coûts exorbitants liés à l’introduction et au suivi des ours, à la protection des troupeaux et à l’indemnisation des dégâts, insuffisance des crédits disponibles dans les caisses de l’Etat. » Les opposants additionent tout de qui peut l'être, y compris les aides qu'ils touchent sur le budget de la réintroduction.

Le budget du plan de renforcement 2006 s'élève à 2.246.818 euros, soit 45.000€ par ours qui se subdivisent de la manière suivante :

Downloadarrowblue_2_3Coût de la réintroduction d'ours dans les Pyrénées

[NDLB: Dès que j'aurai trouvé les chiffres sur les 2 contrats de l'IPHB (1994 à 2006), je ferai une petite comparaison (objectifs, moyens, résultats sur la population d'ours). J'y travaille. revenez plus tard.]

Les mensonges sur la biodiversité

« L'ours brun n'est absolument pas en voie de d'extinction dans le monde. Sa présence eimportante dans le massif menacera tout un plan de la biodiversité pyrénéenne. »

Rappelons ce qu'à écrit Nelly Olin dans son introduction du plan de renforcement 2006 :

«  Il en va des ours comme de la plus modeste plante en voie de disparition ou de l’insecte peu représenté sur le territoire national. Peu importe qu’il en existe encore des populations viables hors de nos frontières. Nous demeurons responsables des nôtres. Aucun biologiste, aucun traité n’a, en ce domaine, préconisé des marchandages du type « à toi l’ours, à moi l’insecte, à toi le panda, à moi la baleine, etc. ». Garantir la survie à long terme d’une espèce telle que l’ours brun d’Europe, c’est précisément conserver plusieurs noyaux stables partout où il est encore présent. L’évolution du monde est rapide. La pollution, les maladies importées, les conflits politiques peuvent en quelques années menacer un noyau de population auparavant considéré comme parfaitement viable.

Quelle que soit l’espèce, reporter sur d’autres pays la responsabilité de sa conservation c’est travailler, sans le dire, à sa disparition. Or la population pyrénéenne actuelle d’ours bruns n’est pas viable. La mort de Cannelle, le 1er novembre 2004, démontre que, même dans les secteurs où la concertation et la sensibilisation locales ont été en principe conduites le plus loin, les accidents ne sont pas impossibles. Je note que mis à part quelques propos isolés, personne au cours de l’intense débat conduit localement depuis un an, n’a souhaité la disparition des ours dans les Pyrénées.
Chacun sent bien l’échec collectif que ce serait.

Or il n’y a qu’une alternative : soit la disparition programmée, consciente, assumée, soit le renforcement. Le renforcement mesuré, accompagné, évalué. »

Le passage en force

« Attitude méprisante, irresponsable et aveugle d'un Etat rouleau-compresseur qui passe sans complexe au dessus des consultations et du désaccord des populations locales et des éleveurs déjà accablés sous les difficultés. »

Ce langage fait participe à la rhétorique anti-environnemental expliquée par Green Backlash dans son livre «Global subversion of the environmental movement» ; Routledge, Londres, 1996. (Lire l'étude de Laurent Mermet: Institution Patrimoniale du Haut Béarn). En quoi consiste t-elle?

  1. Installer les populations locales dans la position de victimes.
  2. Installer les protecteurs de l’environnement et l'Etat en position de persécuteurs, faisant porter à ces derniers toute la responsabilité des problèmes sociaux et économiques rencontrés par les populations rurales.
  3. Récuser les constats scientifiques et à déconsidérer les experts.

Tous les documents sur le renforcement publiés par l'Etat font preuve d'une extrème diplomatie.

Renforcement de la population d'ours bruns dans les Pyrénées - Dossier de Concertation Renforcement de la population d'ours brun dans les Pyrénées; dossier de concertation

Plan de restauration et de conservation de ours brun dans les pyrenees française 2006-2009Plan de restauration et de conservation de l'ours brun des Pyrénées

Annexes du Plan de restauration et de conservation de ours brun dans les pyreneesAnnexes du plan de restauration et de conservation

Nelly Olin, Ministre de l’écologie et du développement durable a annoncé un renforcement mesuré, accompagné, et évalué:

«Mesuré car, dès ma prise de fonction, j’ai entendu l’inquiétude des élus et des éleveurs pyrénéens devant la perspective de réintroductions massives en quelques années. J’ai ramené le renforcement à une perspective raisonnable ; celle de la compensation des pertes accidentelles survenues depuis dix ans : Cannelle en 2004, Mellba en 1997, Claude en 1994 et d’une compensation, extrêmement partielle, de la perte de reproduction qui en est résulté. Il ne s’agit, répétons-le, que d’un renforcement d’une espèce déjà présente, pas d’une réintroduction ex-nihilo.»

«Accompagné car l’intense période de concertation ouverte le 11 février 2005 a permis de tirer les leçons de l’expérience accumulée depuis une dizaine d’années et de réactualiser les programmes d’aides aux éleveurs.

  • Le gouvernement a écouté les éleveurs en renforçant les moyens du ministère de l’écologie et du développement durable à destination de l’élevage en zone de présence d’ours, mais leurs remarques soulevaient d’autres questions. Dominique BUSSEREAU, Ministre de l’agriculture et de la pêche, a mis à l’étude un plan agro-sylvo-pastoral aujourd’hui totalement déconnecté du plan ours.
  • Des discussions ont été menées et se poursuivront avec les forestiers pour définir les modes de gestion les plus adaptés à la présence de l’ours.
  • Avec Brice HORTEFEUX, Ministre délégué aux collectivités locales, j’ai répondu aux interrogations des maires sur les responsabilités qu’ils craignaient de devoir encourir du fait de la présence d’ours. Les réponses - rassurantes- sont dans le présent document.
  • Bien entendu, la question de la sécurité des personnes fera l’objet d’une information régulièrement réitérée auprès des habitants permanents, des usagers de la montagne comme des touristes.(...)
  • Enfin, des discussions ont été poursuivies avec les chasseurs dans l’esprit de garantir la pratique de la chasse et d’éviter les situations qui, dans le passé, ont provoqué des accidents.»

«Évalué car le processus de concertation engagé ne s’arrête pas aujourd’hui. Les déplacements des nouveaux ours seront précisément suivis. La présence des ours, les anciens comme les nouveaux, donnera lieu à une information régulière en tout premier lieu aux maires.

Garant des traités que notre pays a signés, conscient que la disparition de l’ours serait une perte irrémédiable, le gouvernement s’est engagé fortement. Il ne l’a pas fait sans écouter toutes les opinions qui se sont exprimées des plus défavorables aux plus positives. Il continuera, dans la perspective plus large de travailler avec les élus au développement de l’ensemble du massif.»

Ce document, les politiciens locaux l'ont renvoyé à l'expéditeur, comme ils ont refusé de participer aux réunions de concertations. Après cette attitude déplorable, parfaitement irresponsable et scandaleuse, les mêmes viennent parler d'un «Etat qui passe au dessus des concertations et d'irresponsabilité

Qui est irresponsable? Qui boycotte les réunions de concertation? Qui refuse les aides financières pour encourager la cohabitation? Qui refuse la protection des troupeaux? Qui menace les beregers qui adoptent ces mesures? Qui a une attitude méprisante envers tout les «étrangers»?

Le terme étranger regroupe en vrac : les non-montagnards, les non-éleveurs, les non-chasseurs, ceux de la plaine, ceux de la ville, ceux de Paris, de Bruxelles et il est possible de cumuler les défauts: les écologistes, les instituteurs, les intellectuels, les fonctionnaires, les naturalistes, les touristes etc. Cela fait du monde! Tous contre les éleveurs? Une impression permanente de persécution, un grand complot, une cabale: les pyrénéens seraient-ils paranoïaque? Non bien sûr, mais le discours des opposants lui l'est.

Pour les français qui paient leurs impôts et donc les subventions au pastoralisme, ces éleveurs sont leurs fournisseurs: ils achètent les fromages de montagne, les agneaux pyrénéens et les nuitées en gîtes ou chambre d'hôtes. Quand les opposants critiquent l'Etat qui les finance et les clients qui assurent le reste de leurs revenus, ils adoptent une attitude suicidaire, une fuite en avant dont le seul résultat est une incompréhension de leur mouvement. Les réactions virulentes et les critiques poussent les plus chauds à la violence et au tribunal. Les politiciens boutte-feu, eux restent en retrait, à tirer les marrons du feu.

Les pyrénéens ne veulent pas des ours : "Le viol des Pyrénées"

«fragilisaion de l'économie montagnarde, emploi menacé, culture er savoir)faire en danger: les pyrénéens ne veulent pas des ours.»

A côté de cette opposition existe aussi une demande locale d’ours. Le monde agropastoral n'est pas unanime sur la question du maintien de l'ours. Il compte des partisans de ce type d’action environnementale. En témoignent:

  • l’existence de l’Association Cohabitation Pastorale (ACP) qui regroupe des professionnels du monde pastoral et apicole pour qui la cohabitation avec l’ours est possible,
  • les actions de valorisation des produits du pastoralisme, utilisant l’image de l’ours («broutard du pays de l’ours», fromage «Pe Descaous») dans lesquelles sont engagés des éleveurs.

D’autres professionnels de la montagne, notamment dans le secteur du tourisme et de l’artisanat, sont favorables à la présence de l’ours (des accompagnateurs, aubergistes, artisans, apiculteurs). Les fédérations des chasseurs des Pyrénées centrales sont également parties prenantes, avec notamment leur participation au suivi des ours.

Un sondage commandé par Pays de l’ours – ADET et réalisé par l’IFOP (février 2005), sur la base d’un échantillon représentatif de 906 personnes, montre que pour :

  • 63% des habitants de la zone montagne des Pyrénées centrales (zone montagne de l’Ariège, la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées), l’espèce animale sauvage qui représente le mieux les Pyrénées est l’ours, l’isard vient en deuxième position avec 19%.
  • 71% des personnes interviewées sont favorables au maintien d’une population d’ours,
  • 62 % sont favorables à l’introduction de nouveaux ours pour permettre le maintien de l’espèce.

Un sondage, commandé par le groupe Pyrénées presse de Pau à l'Institut ARSH Opinion en décembre 2004, et réalisé auprès de 400 personnes, représentatives de la population de l'ensemble du département des Pyrénées-Atlantiques, donne les résultats suivants :

  • 77 % sont pour la réintroduction de l’ours,
  • 14% sont contre et
  • 9% ne se prononcent pas.

Ces deux sondages confirment les résultats obtenus en 2003 (sondage IFOP) :

  • 88 % des Français et 86 % des Pyrénéens estimaient que l’ours faisait partie du patrimoine des Pyrénées.
  • 58 % des Pyrénéens et 72% des Français étaient favorables à un renforcement s’il s’avérait nécessaire à la conservation de l’espèce.

Il est donc faux de parler du désaccord des populations locales.

Les pyrénéens solidaires désirent défendre leur identité et leur patrimoine

Patrimoine et identité: deux concepts à orientations multiples qui sont utilisés par les opposants et leurs associations pour créer un village gaulois encerclé, un nid de résistances à l'oppression extérieure, une république dans la république et même une zone de non droit.

  • «Association pour le développement durable de l'identité pyrénéenne» (ADDIP)
  • «Association de sauvegarde du patrimoine Ariège Pyrénées» (ASPAP).
  • "Association pour la sauvegarde du patrimoine Pyrénéen" (ASPP)
  • "Association interdépartementale de défense de l'agriculture de montagne" (IDAMP)

«L'attitude méprisante du gouvernement envers les montagnards et valléens» a été présentée par Philippe Lacube de l'ASPAP lors du colloque Résistances comme «l'évènement qui est parvenu à fédérer le peuple de la montagne» et à causé une «déferlante d'inscription à notre association ariégeoise». Cette «naissance de l'identité pyrénéenne» est pour lui le «seul avantage du renforcement

Les opposants se veulent les uniques représentants de cette prétendue identité pyrénéenne et le pastoralisme est pour eux la clé de voute du patrimoine pyrénéen. Toute l’histoire, la toponymie, les légendes et les mythes montrent que l’ours des Pyrénées est bien une pièce maitresse du patrimoine pyrénéen. Sauver l’ours, c’est sauver ce patrimoine européen. Mais l'ours, partie immuable du patrimoine pyrénéen, ils l'occultent et le nient. Circuler, il n'y a rien à voir.

Farid Benhammou déclare dans «Des hommes, des ours, des montagnes»: «La défense identitaire est un processus typique de mobilisation. Elle transcende tout et permet de réunir et fédérer contre un ennemi commun, l’ours, et derrière lui, Paris, Bruxelles et les lobbies environnementaux. Le réflexe identitaire transparaît dans le discours des porte-parole des mouvements contre l’ours

Georges Brassens dit la même chose, d'une manière plus poétique et directe

«C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Gérard Caussimont, dans «Le Mythe de l'ours» décrit parfaitement le processus:

« L’homme de ces vallées, le berger dans la société traditionnelle, vit depuis des millénaires en rapport de force avec la nature. La forêt, l'ours, le loup, le lynx ... sont parmi tant d'autres des contraintes ou des limitants de son activité pastorale. Pour l'ours, le loup, ce sont leurs attaques aux troupeaux qui sont le fait réel, qui sert de base au mythe.(...)Le mythe prend à la base un élément de réalité (les degâts) et l'assume en le plaçant en dehors de toute unité temporelle.

Ce fait réel, le dégât au troupeau, qui touche le berger dans un élément dont dépend sa survie, dans un système quasi autarcique, engendre tout naturellement des émotions. Cette émotion occasionne toute une série de réactions passionnelles qui prennent la forme d'actes instinctifs de vengeance ou d'autodéfense qui, pour trouver leur justification, exagèrent le fait réel qui les a provoqués.

Exagération du dégât, exagération du nombre d'ours, vocabulaire faisant appel à des sentiments d'horreur ... , ce sont des dizaines d'articles ou de témoignages qui sont bâtis sur le même modèle amplificateur, dans la presse béarnaise jusqu'aux années 1970 et dans les témoignages. L’émotion qui est le point de départ de tout mythe, provoque une exagération du fait réel et lui donne une dimension intemporelle en le transformant en « archétype ».

L’exagération concerne toujours des détails descriptifs qui cherchent à augmenter la frayeur suscitée par le récit en faisant de l'ours un être terrible : taille, poids, crocs, griffes, pattes, grognements ... La répétition de termes au cours de ces exemples étalés sur trente ans démontre bien que le mythe possède un pouvoir à partir de la répétition qui, par le biais du langage, situe le sentiment individuel sur un plan collectif transmissible de génération en génération dans un système agropastoral. Ces descriptions sont la plupart du temps liées au récit de dégâts ou de chasse. Les récits de dégâts ou de rencontres avec l'ours s'accompagnent presque toujours, à une époque où le pastoralisme constituait la principale occupation des montagnards, d'une demande ou d'une justification de la battue, l'acte de chasse collectif.» Le mythe de l'ours est toujours d'actualité...

Août 2006, l'exemple de l'ourse Franska

Franska est une ourse traquée. Dès qu'elle se pose quelque part, on cherche à la déloger. Franska ne pouvant se fixer sur un territoire et y chercher de la nourriture, en bon animal opportuniste, se rabat sur le plus facile, les troupeaux non gardés.

L'exagération soulignée per Gérard Caussimont est encore présente aujourd'hui ou les dégâts occasionnés par l'ourse Franska sont exagérés :«Une nouvelle brebis a été retrouvée morte, ce qui porte à plus de 120 le nombre de brebis tuées par Franska» déclare Louis Dollo dans Lourdes-Infos [NDLB: Il se vente par ailleurs de participer aux battues et aux traques de Franska] , alors que dans le même temps, La DIREN reconnait 44 brebis tuées par Franska. L'exagération donne naissance à l'organisation de battues à l'ours, battues bien entendu illégales et interdites, mais braver la justice et l'impression d'immunité qui suit le passage à l'acte augmente cette impression d'apartenance à un «groupe de résistants» et soude l'opposition dans une identité pyrénéenne mobilisatrice. Pourtant le danger est là, les convocations au tribunal qui ont suivi la manifestation violente d' Arbas sont là pour le prouver. Si l'Etat et la justice laisse faire, l'impunité s'installera comme un véritable encouragement à l'action violente. Le verdict du procès de René Marquèze , le tueur de Cannelle aura le même effet: la disuasion ou l'encouragement à tuer des ours.

D'autres part, il est évident que la majorité des pyrénéens ne se reconnaissent ni dans les actes violents des partisants de cette «identité pyrénéenne», ni dans la presse locale prompte à remplir ses colonnes chats écrasés de la moindre expiration de brebis comme le presse à sensation de caniveau. L'identité qui est bien différente pour ceux là. Ils n'ont d'ailleurs pas manqué de remonter les bretelles du représentant de la Dépêche de Midi, organisatrice du débât lors du colloqie Résistances.

Gérard Caussimont poursuit ; «La battue à l'ours va canaliser l'émotion, les réactions instinctives des bergers et des valléens bien au-delà de la simple vengeance contre le mangeur occasionnel de quelques brebis. Le mythe est un élément stabilisateur qui joue le rôle de « soupape de sûreté» de l'esprit humain dans un système social donné.  Dans la société pastorale, c'est la poursuite d'un animal s'attaquant au bétail qui joue ce rôle . L’acte de chasse collectif va servir de catalyseur du groupe, comme le prouvent les références continues à la solidarité, au désintéressement, à l'esprit d'équipe ... à l'unité de tous dans cette action commune. Unité bien difficile à obtenir, d'ailleurs, si ce n'est contre un «ennemi» commun.

Le mythe sert à contrôler la conduite de la société, canalisant l'agressivité et les pulsions des éléments mâles dans un combat dépourvu de tout danger pour la pérennité du système social traditionnel et offrant même l'avantage de renforcer le sentiment communautaire.»

L'Etat source de débordements et de dérapages

«Paix sociale en danger et colère grandissante si l'Etat persiste: le désespoir conduit souvent à des débordements et des dérapages.»

On retrouve ici toutes les notions développées par ailleurs :

  • exagérations,
  • installation des populations locales dans la position de victimes.
  • installation de l'Etat en position de persécuteur, responsable des problèmes sociaux et économiques rencontrés par les populations rurales.
  • irresponsablité des politiciens locaux, pompiers pyromanes qui assistent en écharpe de maire au saccage d'Arbas et aux manifestations devant le palais de justice,
  • mythe de l'ours,
  • effet catalyseur de groupe,
  • catharsis du passage à l'acte,
  • impression d'impunité
  • Irresponsabilité des extrémistes qui habitués au discours «pyrénéen maitre chez toi» bravent les lois et s'installent dans la clandestinité.
  • Associations qui pratiquent la préméditation des débordements dans leurs statuts: «L’association [NDLB: l'ASPAP] et ses représentants ne pourront pas être tenus pour responsables d’éventuels dommages occasionnés sur le territoire par des personnes par ailleurs adhérentes à l’association.»

La manipulation consiste à transformer les boureaux en victimes:

  • Les actes de violences deviennent de «spectaculaires manifestations» où ils assument  «avoir utilisé des moyens spectaculaires».
  • Les collègues qui les soutiennent deviennent «l'ensemble des départements pyrénéens venus les soutenir en masse.»
  • La violence est justifiée, auto-absoute et : «Ces gestes ont été choisis, pour signifier symboliquement des préoccupations douloureuses - le sang des animaux tués par les ours...».
  • L’exagération toujours présente cherche à augmenter la frayeur: «...et demain peut-être le sang de la première victime humaine...».
  • La victimisation continue, malgré le boycott des consultations: «...que nos discours pacifiques et nos démarches auprès des autorités depuis de nombreuses années n'avaient, jusque là, pas réussi à faire entendre». 
  • Et les chaumières de pleurer! « Ces 10-là doivent-ils payer pour tous les affronts que l'Etat a du subir ces derniers mois ? » L'Etat devient le responable de tous leurs maux.
  • Les opposants, eux, sont blancs commes des moutons et s'apprètent à organiser « de nouveaux beaux rassemblements, pacifiques et festifs ».

Cercle vicieux

Les revenus des éleveurs en montagne, le pastoralisme étant en crise, sont composés à plus de 50% de subventions. Un sytème qui a furieusement tendance à devenir un cercle vicieux:

  • les éleveurs en ont besoin des subventions pour vivre
  • l'Etat augmente les subventions pour encourager la cohabitation avec l'ours
  • Certains éleveurs refusent les mesures de protection qui «ne marchent pas», mais ne refusent pas toujours les subventions. La dessus, rien n'est clair.
  • Les défenseurs du plantigrades reprochent aux éleveurs de profiter de la situation et de prendre l'argent de l'ours sans l'ours.
  • Les opposants descendent dans la rue et manifestent violement pour se faire entendre et...
  • L'Etat augmente les subventions aux éleveurs qui continuent à refuser l'ours.

On tourne en rond.

Un contrat gagnant / gagnant

La solution ne serait-elle pas d'assurer enfin justice, soutien au pastoralisme et acceptation de l'ours en proposant un contrat gagnant/gagnant.

Les éleveurs s'engagent

  • à adopter en zone à ours les mesures de protection proposées par l'Etat,
  • à gérer leurs troupeaux "en bon père de famille": à pratiquer le pastoralisme avec de vrais bergers présents en estives et qui en assurent la fonction dans des conditions de confort acceptables financées par l'Etat,
  • à ne pas attenter à la vie et à la santé des ours d'une manière directe ou indirecte,
  • à être des gardiens attentifs et à surveiller la tranquilité des zones vitales pour les ours.
  • à promouvoir un pastoralisme respectueux de l'environement et de la faune.
  • à créer un climat de dialogue et à abandonner les actions violentes et hors la loi

En échange l'Etat s'engage

  • à créer de nouveaux emplois de bergers et à payer les salaires des nouveaux responsables de la protection des troupeaux,
  • à améliorer les conditions de vie des bergers :aménagement des cabanes, héliportages ou bâts, liaisons téléphoniques etc.
  • à encourager l'élevage et le bon conditionnement des patous,
  • à soutenir les bergers en zone à ours en participant au financement des moyens de protection (aides humaines au gardiennage, clotûres, effarouchement, chiens efficaces ...)
  • à  dédommager les dégâts et leurs conséquences d'une manière juste et rapide, à un taux négocié et accepté par les éleveurs,
  • à promouvoir les produits agricoles de qualité issus des élevages participant au contrat (en dans ou en dehors des zones à ours)
  • à mettre en place un réel dialogue, la concertation demandée par les éleveurs
  • à amnistier les éleveurs poursuivis qui accepent de participer au contrat
  • à poursuivre et à punir tout acte qui met en péril la santé ou la survie des ours.

Un tel contrat qui mettrait en place des aides conditionnelles permettrait à chacun de sortir de ce conflit par la grande porte. L'opinion publique qui est favorable autant à la protection et à la survie de la population d'ours des Pyrénées qu'à la défense du pastoralisme et des bienfaits de l'activité sur les paysages pourrait enfin se réconcilier avec les deux parties. Une réconciliation générale.

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Voici les sites qui parlent de L'Ours des Pyrénées : analyse de Baudouin de Menten:

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Ce monsieur Erny a toujours tendance à oublier un petit détail dans ces commentaires....la ou les manipulations faites par les lobbies agricoles sur la question des grands prédateurs.

Ces lobbies sont en terme de longueurs de bras politique bien mieux cagolés que ces "horribles" écologistes. De la on peut remettre en cause cette sorte de séverité vis à vis d'associations comme FERUS, qui tend de facto à absoudre les grands lobbies agricoles. Ceux la même qui ne sont les représentants que de petites minorités avec parfois des droits disproportionnés au vu de leur taille (regardez ce que ce permet l'aspap, est ce que l'adet ou ferus ne se verraient tolérer de tels agissements).
De la ces lobbies ont tendence à exagérer les faits. Surtout en ce qui concerne l'ours (ours mangeurs d'hommes, radioactifs ou porteurs du H5N1, et autres bêtises du genre pour faire peur aux gens....Or l'ours est bien moins carnivores que le loup, se reproduit moins, et cause donc moins de probnlèmes. Pourtant à en écouter certains (qui ne gardent pas plus leurs bêtes que une ou deux fois par mois (les heures de travail semblant intéresser monsieur Erny), l'ours empêcherait toutes vies dans les montagnes. Ben voyons!
De la il est nécessaires de présenter les chiffres que le Buvette diffuse pour relativiser les faits présenter par certains lobbies. En effet sur environ 600000 ovins dans les pyrénées qand on sait que l'ours en tue qu'autours de 300 (en comptant ceux au bénéfice du doute et ceux étendu sur tout le massif) on peut, oui, mettre de l'eau dans le vin de certains. Car ce que prône monsieur Erny implicitement donne raison à l'intox de certains extrêmistes pastoraux.

Bonjour.
Je lirais certainement à tête reposée cette longue synthèse de Baudouin au sujet de l'ours car j'y trouverais peut être des avis intéressant. Mais peut être serais-je le seul berger a dépasser l'introduction. En effet, l'article commence par un de ces chiffres qui sont sensés être issu d'études scientifiques sans qu'on ne donne jamais la référence de ces études. J'aimerais par exemple pouvoir connaitre le protocole utilisé pour les réaliser.

Car lorsque l'on dit que 25000 brebis sur 250000 meurent en estive dans les pyrénées, cela signifie dix pour cent de pertes en seulement trois mois. Etalé sur l'année cela signifie quarante pour cent. Plus tôt que de polémiquer j'aimerais plutôt en appeler à votre bon sens, cela vous semble t'il possible?

C'est pourtant dans le paragraphe qui ouvre l'article. Dans les alpes on se fonde sur un chiffre de un pour cent de pertes en moyenne, et je confirme que c'est bien ce que j'ai connu comme berger. Il y a des troupeaux non gardés et des accidents très graves mais très exeptionnels tels que la foudre et les dérochements qui augmentent peut être ce chiffre mais je serais étonné que dans les pyrénées on dépasse à ce point le chiffre de deux à trois pour cent que les militants de FERUS donne eux mêmes pour les Alpes, car cette association n'a certainement pas minimisé son chiffre.

Ensuite j'ai souvent dénoncé le peu d'intéret de ces chiffres qui semblent pourtant indispensables aux défenseurs du prédateur. Deux cent cinquante brebis sont tuées par l'ours chaque année et on les compares aux autres causes de mortalité tendant à faire croire que le problème de l'ours n'est que de un pour mille dans la vie des éleveurs.

Combien d'heures travaille un éleveur par mois? Difficile à dire mai surement pas 169. Disons 250 car cela simplifie mon calcul. 250 x 0,001 = 0,25 pensez vous franchement que le problème du prédateur représente un quart d'heure de travail supplémentaire par mois pour les éleveurs. Est ce qu'on peut faire ne serais ce que le début d'une esquisse de protection contre l'ours en y passant un quart d'heure par mois? Si on décuple ce chiffre, il représent environ une demi heure par semaine, ça reste toujours surréaliste. Le problème est donc environ cent fois plus important que ce que suggère les chiffres que l'on nous donne.

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