M. Pierre Fuziès, président de la Fédération des chasseurs de la Haute-Garonne : «Nous voulons que tout se passe bien pour l’ours et pour les chasseurs»
L’État a souhaité impliquer au plus près les chasseurs dans le programme de restauration et de préservation de l’ours. Certaines Fédérations comme celle de la Haute-Garonne ont ainsi accepté de participer à l’élaboration d’une charte. Les objectifs sont clairs : éviter les accidents, garantir la cohabitation ours-chasseurs et défendre les droits de la chasse.
Interview Pierre Fuziès
Votre Fédération a participé à la mise en place d’une charte relative à la pratique de la chasse. Pourquoi ?
Pierre Fuziès : Le gouvernement a décidé de renforcer la population d’ours et nous a imposé sa décision. Partant de là, soit nous nous obstinions dans l’opposition, soit, nous nous comportions en gens responsables. C’est ce que nous avons décidé de faire.
Nous étions alors d’accord pour disposer d’une charte qui écrive noir sur blanc les devoirs mais aussi les droits des chasseurs. Il fallait affirmer clairement que la chasse est une tradition que personne ne peut remettre en cause. Il n’est pas question d’interdire la chasse. Vous savez, il faut arrêter de dire que les problèmes viennent toujours des chasseurs.
Dans le passé, on cohabitait sans problème avec les ours. Mais aujourd’hui, les choses sont plus difficiles car la montagne a beaucoup changé. Les pistes, les chemins de randonnée, les stations de ski amènent beaucoup plus de monde en altitude. Tout cela complique la vie des animaux mais aussi du chasseur. Vous comprendrez que nous n’avions aucune envie que l’ours vienne aggraver la situation.
Que contient la charte ?
Pierre Fuziès : Principalement, elle indique comment sont informés les chasseurs sur le comportement à adopter dans certains cas. Que faire si on se retrouve face à un ours? Que faire quand un ours en tanière est repéré? Comment agir si c’est une femelle? Comment organiser nos chasses suivant la position de l’ours ? Etc. Avec cette charte, disons que nous faisons de la prévention. Il s’agit de tout mettre en oeuvre pour assurer la sécurité des ours mais aussi des chasseurs.
Ceci étant, on a beau nous dire qu’il est rare de rencontrer un ours, je pense que nous ne sommes pas à l’abri d’un accident. Surtout si quelqu’un tombe sur une femelle avec ses petits. Et il est évident que ce n’est pas un pêcheur ou un randonneur qui risque de tuer un ours. Ce sera quelqu’un avec un fusil. Il est donc important de démontrer que les chasseurs sont bien informés et soucieux d’éviter un grave problème.
L’élaboration de cette charte fut certainement un exercice délicat ?
Oui, elle a nécessité de nombreuses réunions de travail avec les divers services techniques et les sociétés de chasse. Mais nous étions décidés à aboutir et tous les chasseurs ont bien compris l’enjeu de la charte.
Vous voulez dire que les chasseurs ont bien intégré le principe de cette charte…
Oui, elle est entrée dans les moeurs. Nous avons pris le temps de bien informer tous les chasseurs. Bien évidemment, ceux qui sont éleveurs ont encore un autre regard sur le sujet. L’ours les inquiète pour d’autres raisons. Mais dans l’ensemble, les chasseurs se disent rassurés par la charte.
Ils ont compris qu’elle défendait bien leurs droits. Ceci étant, nous avons peur de ce qui peut se passer dans le cas d’un changement de gouvernement. Nous savons bien que l’ours est devenu un enjeu politique. Nous espérons que la charte ne sera pas remise en question. Nous les chasseurs, nous ne voulons pas nous faire enfermer dans ces luttes politiciennes. Nous voulons simplement que les choses se passent bien.
Claude Faber, journaliste
Source : Empreinte Ours n°2 - Lettre d'information semestrielle de l'Etat sur le programme de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées