Face à face avec un loup
Gilles Pullino raconte sa surprenante rencontre en face-à-face avec un loup des Abruzzes.
Le 17 juin 2001 à l’aube, au cours d’un voyage naturaliste dans le parc national des Abruzzes (Italie), j’effectue un affût en bordure d’une prairie, dans un site propice à l’observation de l’Ours brun et du Loup. Je reste en place jusqu’à 8h30, au moment où les premiers randonneurs arrivent.
Sangliers, chevreuils et renards observés le matin ont maintenant regagnés le couvert forestier. A 10h30, un peu déçu, je rejoins mon véhicule. Je m’assois un instant pour contempler encore une fois le panorama. Tout à coup mon attention est attirée par un animal qui se déplace dans la prairie, prés de la lisière du bois, à environ 300 m. Un rapide coup de jumelles confirme ma première impression : il s’agit bien d’un loup !
Immédiatement, je lance un hurlement
Immédiatement, je lance un hurlement. Cette technique, que j’ai plusieurs fois utilisée lors de mes précédents contacts avec l’espèce, me permet généralement de faire arrêter l’animal et prolonger ainsi la durée de l’observation. Souvent il s’assoit, oreilles dressées, parfois il répond.
Le loup de ce matin quant à lui, va adopter un comportement pour le moins inattendu. Après avoir marquer un léger temps d’arrêt, il quitte sa trajectoire initiale et, sans hésitation, il bifurque pour venir dans ma direction. La topographie des lieux nous permet de nous approcher l’un vers l’autre sans nous voir.
Au moment où il disparaît dans une dépression du terrain, j’avance à mon tour, craignant qu’il ne reste au fond de cette cuvette pour écouter mes appels, hors de mon champ de vision. Je me déplace silencieusement en me dissimulant, tant bien que mal, derrière les petits affleurements rocheux qui parsèment la prairie. Je parcours ainsi quelques dizaines de mètres, lorsque je l’aperçois arrivant sur moi au petit trot, à environ trente mètres ! Je m’agenouille aussitôt tout en saisissant mon appareil photographique.
Simultanément, il me repère lui aussi et s’arrête derrière un rocher. Seuls son cou et sa tête dépassent. Il me fixe d’un air surpris. Tout en hurlant pour faire diversion, je me positionne pour prendre la photo, mais dans ma précipitation, j’oublie de retirer le cache du téléobjectif ! D’un geste lent, je l’enlève en continuant à hurler. Par chance j’ai encore le temps de faire la mise au point et de prendre un cliché avant que le déclic de l’appareil ne provoque sa fuite. Il traverse le pré au galop. D’après sa morphologie et sa corpulence, il s’agit probablement d’un individu jeune, ce qui pourrait expliquer son comportement.
Un dernier hurlement le fait stopper brièvement à l’orée du bois. Il me lance un regard furtif avant de disparaître définitivement sous les arbres...
Gilles Pullino
ONCFS, Service Départemental du Var
Source : Bulletin d'information du Réseau loup n° 8














