Sabine Matraire : L'ours des Pyrénées fait partie intégrante du patrimoine pyrénéen
Une cinquième ourse d'origine slovène mettra bientôt une patte en terre pyrénéenne, conformément au plan de réintroduction de Nelly Olin. Sabine Matraire, de l'association FERUS, nous explique les enjeux de ce renforcement de la population d'ours dans les Pyrénées.
Nelly Olin, ministre de l'Ecologie et du Développement Durable, avait annoncé la venue de 5 ours slovènes dans les Pyrénées. Cela est-il suffisant pour renforcer la population ursine de la région ?
Sabine Matraire: Oui et non. Ceci est un bon début, car il s'agit d'une première étape vers un renforcement de la population oursine. Cependant, un bilan sera nécessaire d'ici 3 ans. Une étude, rédigée par les services de l'Etat en 2003, affirmait que pour réaliser un vrai plan de renforcement, 11 ours devaient être réintroduits. Nous savons donc d'avance que ce nombre est en dessous du seuil nécessaire fixé par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage pour la restauration d’une vraie population d’ours sur tout le massif pyrénéen.
En 1996, la réintroduction de deux femelles a été couronnée de succès, et 12 à 16 ours qui vivent aujourd'hui sur le territoire pyrénéen sont issus de ces lâchers. Si tout se déroule dans les mêmes circonstances, nous obtiendrons de bons résultats.
Arbas, qui a été une des communes d'accueil des ours de Slovénie, a été le lieu de violents affrontements entre "anti-ours" et "pro-ours"… Pourquoi l'ours n'est-il pas accepté ?
Sabine Matraire: De façon générale, l'ours est très bien accepté en France. Selon un sondage récent, 70% des Français soutiennent le programme de renforcement. Ce dossier ne fera bien sûr jamais l'unanimité, mais les opposants constituent une minorité sous prétexte de défense du pastoralisme. Or les dégâts dont on peut rendre l'ours responsable ne représentent qu'une infime partie des pertes que l'on constate aujourd'hui.
Est-ce un conflit similaire à celui soulevé par les loups du Mercantour ? Les anti-loups sont-ils les mêmes que les anti-ours ?
Sabine Matraire: Non, il n'y a pas de comparaison possible. L'ours n'est pas considéré de la même façon que le loup, qui est plus prédateur car davantage carnivore. Toutefois, si un troupeau en zone à loup mérite effectivement plus d’attention et de surveillance (le loup vit en meute et n’hiberne pas contrairement à l’ours), la cohabitation avec l’élevage reste possible et existe (en effet, les moyens de protection mis en place réduisent considérablement le nombre d’ovins tués par les loups).
Dans le cas de l'ours, si des efforts sont concédés par les agriculteurs (surveillance accrue, regroupement nocturne, chien patou, etc.), on constate que la santé du troupeau en est meilleure ! Avec un meilleur gardiennage des troupeaux, on repère plus vite les problèmes au sein du troupeau, et la mortalité diminue. Tout le monde y trouve son compte.
Ne craignez-vous pas des conséquences dramatiques comme l'ourse Cannelle, en 1996 ?
Sabine Matraire: L'ours est, en France, un animal protégé. Tuer un ours est donc un acte illégal. La question ne devrait, normalement, pas se poser, nous ne devrions pas avoir peur.
De nouvelles réintroductions sont-elles prévues dans le futur ?
Sabine Matraire: Serge Lepeltier, qui a été ministre de l'Ecologie de 2004 à 2005, avait programmé la réintroduction de 5 ours, avec l'objectif d'obtenir une population de 30 individus à l'horizon 2008. Nelly Olin poursuit la direction tracée par Serge Lepeltier, tout en revoyant le plan à la baisse. 5 ours seront lâchés, mais pas un de plus. Nous attendons pour le moment la cinquième ourse. Trois ourse et un ours sont deja dans les Pyrénées. Au lendemain des élections présidentielles en 2007, nous remonterons au créneau si besoin est. Tout dépend de la réussite du renforcement actuel. Peut-être aurons-nous une trentaine d'ours en 2008 ?
Qu'avez-vous envie de répondre aux anti-ours, qui mettent en avant le fait que l'ours n'est pas une espèce menacée ?
Sabine Matraire: Il y a une régression de la population d'ours et de ses habitats partout dans le monde. En France, c'est une espèce menacée! Avec ce raisonnement, on va détruire son habitat, et donc faire diminuer le nombre d'ours. Plus spécifiquement, les anti-ours parlent de défense du patrimoine pyrénéen. L'ours fait partie intégrante de ce patrimoine, et l'héritage pyrénéen est bien plus large que le pastoralisme.
Comment votre association souhaite-t-elle aujourd'hui sensibiliser le grand public à la protection de l'ours ?
Sabine Matraire: La coordination CAP-Ours, dont FERUS est membre, va mener plusieurs actions de sensibilisation. FERUS distribue actuellement 80 000 plaquettes pour mieux faire connaître l'ours, son comportement, sa biologie. L'Etat a réalisé une plaquette pour informer le public sur les gestes et réactions à avoir face à un ours et devrait également diffuser des informations auprès des chasseurs. A FERUS, nous réfléchissons actuellement à un écovolontariat, comme cela est déjà le cas pour le loup (même si les pertes dues à l’ours ne dépassent pas une moyenne de 200 brebis par an, soit moins de 0,03% du cheptel ovin pyrénéen). "Pastoraloup" est un programme qui propose un soutien bénévole complémentaire aux éleveurs et bergers afin de mieux protéger leurs troupeaux.












