Le castor a souvent été accusé de beaucoup de dégâts, mais il est aussi parfois à l’origine d’actions positives pour l’environnement. Possédant une capacité certaine à modifier son lieu de vie, il influence directement l’écosystème et les possibilités de développement de nombreuses autres espèces. Ceci fait du castor une espèce « clé de voûte » pour les rivières. Quels sont pour l'environnement, les avantages et les inconvénients de la présence d'une population de castors en Belgique. Quelques exemples.
Le castor a un grand impact sur son environnement, aussi bien du point de vue de ses activités alimentaires que par ses constructions. Et bien que le bilan avantages-inconvénients puisse semblé assez mitigé, on peut voir assez rapidement pourquoi le castor fait parler de lui: cet animal fait peur. Encore trop souvent perçu comme un animal nuisible responsable de nombreux dégâts, on lui attribue aussi des dégâts qui ne sont pas les siens (rat musqué, gibier).
Si l’on tente malgré tout d’analyser le problème par le coté désavantage on se rend rapidement compte que peu de chiffres alarmants concernant des dégâts réels existent. Comme il est expliqué dans les exemples suivants, ces dégâts de castors restent finalement assez insignifiants par rapport à ceux d’autres éléments de la faune. La notion de dégât est liée à la perception que l’on a de ce dégât! De plus, des moyens de protection et de dédommagement existent. Comme souvent dans ce type de débat, il s’agit surtout d’une question de priorités au niveau humain.
Castors: Avantages pour l'environnement
Alimentation du castor: le castor est totalement herbivorie , il ne constitue pas un prédateur pour la faune piscicole à l'image de la loutre.
Le castor et la coupe d’arbres: Le castor ne coupe les arbres que dans un rayon de 30 mètres autour de sa rivière constituant la ripisylve. Au delà, il aurait de la peine à les ramener et serait trop éloigné de son refuge, l'eau. Le castor ne ne parcourt que des courtes distances sur la terre ferme (sauf circonstances exceptionnelles) où il est lent et pataud. Il est malgré tout possible de protéger facilement les arbres contre les attaques du castor. On pose des grillages, des répulsifs sur les troncs ou encore des clôtures autour de la plantation pour éviter les attaques sur cultures.
Le castor et l'érosion des sols: Le castor aide à lutter contre l’érosion des berges par l’élaboration de ses barrages. En ralentissant le cours des eaux, les barrages permettent d'éviter les grandes crues rapides. De plus, il entretient la ripisylve qui, par sa masse racinaire conséquente, stabilise les berges.
Envasement: Les barrages limitent l’envasement des cours d’eau en aval en retenant les alluvions des les mailles des barrages.
Nappes phréatiques: L’infiltration des eaux est renforcée par le ralentissent du flux des rivières. L’eau retenue permet aussi de faire monter le niveau des nappes phréatiques. Le castor agit donc comme un protecteur contre la sécheresse.
Biodiversité des sites à castors: La réapparition du castor est un bénéfice pour la biodiversité, car la création de nouvelles zones humides permet le retour de nombreuses espèces aquatiques (poissons, plantes, insectes, batraciens, oiseaux). Les bassins d’accumulation créés par les aménagements des castors sont autant de zones calmes idéales pour la reproduction de la faune et sa restauration. En entretenant la ripisylve, ils empêchent également le recouvrement de la rivière par une flore ligneuse dense. Ce maintien d’un biotope riche, ouvert et diversifié empêche l’eutrophisation du milieu.
Le castor est adaptable: Le castor est peu sensible à la pollution de l’eau, contrairement à la loutre par exemple. Les castors disposent aussi d’une grande faculté d’adaptation au milieu.
Avantage indirect: La Région wallonne a mis en place un régime d’indemnisation pour les dégâts occasionnés par des espèces protégées (Gouvernement Wallon 8/10/98).
Castors: Inconvénients pour l'environnement
Coupes d’arbres: Le castor coupe certains arbres et arbustes proches de l’eau. Principalement des salicaceae (peupliers, saules) et plus rarement bouleaux, aulnes, coudriers, frênes, sorbiers et arbres fruitiers. Il s’attaque le plus souvent à des tiges de faible diamètre (5-8 cm), parfois plus. S’il ne trouve pas de nourriture directement au voisinage de l’eau, il peut aussi s’en prendre à des plantes cultivées (avoine, blé, maïs, betteraves) lorsque les cultures sont proches ou à des plantations d’arbres non protégés. Mais les dégâts sont rarement importants.
Inondations: Lorsqu’il construit un barrage, le castor fait inévitablement monter le niveau des eaux, ce qui conduit parfois à des inondations de parcelles onsacrées aux cultures, à élevages, voire des parcelles d'habitations. De plus, ces barrages n’étant pas des constructions indestructibles, il pourrait leur arriver de se briser sous la pression de l’eau. Des conditions de crues extrêmes peuvent alors mener à des inondations.
Coûts des castors: La gestion et la surveillance par l’administration des constructions du castor engendrent un coût certain pour les communes et donc pour le citoyen.
Régulation: Le castor n’a pas de prédateur naturel. Les populations se développent jusqu’à ce qu’elles atteignent la capacité limite du biotope (autorégulation). Malgré tout, il n’y a pratiquement aucun risque de pullulation et l’attitude du castor envers le milieu qu’il consomme est celle d’un écologiste. Le castor limite ses prélèvements de sorte que le milieu puisse se régénérer facilement.
Exemples
La Suède, qui a commencé à réintroduire le castor dans les années 30, en compte environ 200000 aujourd’hui. Cela ne pose aucun problème aux forestiers, ontrairement aux ongulés sauvages, élans nottament, qui détruisent la forêt de manière dévastatrice en consommant l’écorce des arbres de manière abusive.
Un autre bénéfice qui peut être chiffré est la lutte contre l’envasement des cours d’eau avals. Les barrages évitent en effet que la terre et les alluvions aboutissent dans les voies navigables belges qu’il faudra draguer une fois envasées. En région wallonne, des problèmes énormes de draguage de cours d’eau existent et sont notamment à l’origine de l’absence de péniches sur le canal Charleroi-Bruxelles.
La Sambre a en effet une capacité nominative de 1350T et n’est plus pratiquée que par des péniches de 600T. Cette restriction de capacité est due à l’envasement du canal. Toute cette terre retenue par les barrages de castors dans les affluents pourrait provoquer des économies substancielles. Chaque mètre cube de terre qui aboutit dans une voie navigable devra être enlevé par draguage.
Pour tempérer ces éloges, certaines réserves sur le rôle écologique du castor pourraient tout de même être émises. De fait, il n’y a à l’heure actuelle en Belgique qu’à Etalle (Gaume) où les castors sont à l’origine de retombées positives clairement visibles. Non loin de ce village, un barrage a permis d’augmenter la retenue d’eau dans un marais, permettant ainsi une meilleure épuration. La commune a ainsi économisé 50 000€ en évitant les travaux nécessaires. Malgré tout, si le village grandit, la zone de lagunage crée par les castor ne suffira plus et il faudra songer à autre chose.
Les économies que vont permettre les castors ne sont donc pas minimes, mais pas toujours faciles à chiffrer. Les retombées touristiques ne sont pas à négliger. L'année 2006 voit naître en Belgique un "phénomène castor", de plus en plus de touristes demandent à découvrir les sites à castors et leurs habitants et participent ainsi à l'essort touristiques des zones visitées. Nous n'en sommes encore qu'au début du phénomène.