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juillet 2006

30 juillet 2006

Pierre Casassus-Lacouzatte organise une chasse à l’ours en vallée d’Ouzoum. Les bergers jouent avec le feu

Pierre Casassus-Lacouzatte et d'autres bergers « excédés », par les attaques d'ours sur leurs troupeaux ont organisé samedi un coup médiatique pour la « cause du pastoralisme » : une battue dans la vallée de l'Ouzoum (une vallée ou traditionnellement, les troupeaux sont non gardés), entre Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées, pour « tenter de repousser l'ourse slovène Franska vers sa zone d'introduction », a Monsieur indiqué Pierre Casassus-Lacouzatte.

Désireux de parfaire de la communication, ils ont donc conviés la presse et la télévision. On allait voir ce qu’on allait voir et les grands mots habituels étaient de sorties : « excédés », « massacre », « fauves », « carnage » …

Pierre Casassus-Lacouzatte: une « traque d'effraiement »

Trente bergers, selon la gendarmerie, une centaine selon un berger ( habitué sans doute à voir double avec le petit jaune ou désireux de transformer le flop en scoop régional) ont effectué une « traque d'effraiement » (sic)  a précisé Pierre Casassus-Lacouzatte, co-président de la fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne.  Les bergers s'étaient munis de cornes, sifflets et pétards « pour tenter d'effrayer Franska », a-t-il précisé. « C'est la seule chose que l'on puisse faire », a indiqué Pierre Casassus-Lacouzatte.

Ce qui a été présenté comme « une coordination entre la Fédération Transpyrénéenne des éleveurs de montagne et les éleveurs des Hautes-Pyrénées qui sont dans la même situation que les Béarnais » n’a été en fait (voir le reportage de France 3 vers 1 min 54) qu’une manifestation ridicule de grands enfants pétaradants dans la montagne et abandonnant leurs détritus.

France 3, un bon moyen pour obtenir le retentissement qu’ils souhaitent

Les éleveurs ont annoncé qu’ils « choisissait la transparence, un bon moyen pour que leur action ait le retentissement qu’ils souhaitent » : Les gendarmes, prévenus par les bergers, étaient présents sur les lieux, ainsi que des gardes de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), même le sous-préfet d’Oloron « en a été étroitement informé ». Le sous-préfet, trop occupé sans doute, n’est pas venu jouer dans les bois avec eux. 

Pierre Casassus-Lacouzatte  a donc entrainé les journalistes dans un « grand jeu », ce qu’ils semblent avoir modérément apprécié. Encore un coup médiatique qui tourne en nœud de boudin. « Nouvelle épreuve de force » avait pourtant titré la République des Pyrénées.

Rapatriement à la frontière béarnaise pour l’ourse Franska

Texte du JT 19/20 du 29/07/2006 France 3. Règis Cothias et Sandrine Estrade de France 3 Aquitaine ont été conviés à cette opération.

Les éleveurs de brebis de la vallée de l’Ouzoum sont furieux. Ils ont organisés une battue aujourd’hui pour tenter d’effrayer Franska, l’ourse slovène afin qu’elle quitte leur vallée. Cette hôte indésirable est accusée d’avoir attaqué plusieurs troupeaux.

Un peu de fumée, quelques détonations accompagnés de cris, la battue pour effaroucher Franska à fait long feu. Par peur d’hypothétiques poursuites pour une battue interdite, les manifestants des forêts s’échappent et ainsi le coup médiatique des éleveurs anti-ours tourne à l’amusement de gosses ; alors pour sauver les apparences, les responsables agricoles redoublent de sérieux en dénombrant les prédations attribuées à l’ours: « Depuis le début de l’été, nous avons huit éleveurs sur la commune (euh) huit à neuf éleveurs qui ont été (euh), qui ont eu des dégâts de brebis (sic), ces jours-çi, ca s’est encore amplifié puisque le (euh) un éleveur à perdu huit brebis, enfin perdu huit brebis… huit brebis retrouvées mortes, sans compter les brebis effarouchées qu’on n’a pas encore retrouvé. »

L’objectif de la manœuvre est de pourchasser Franska jusqu’à son retour vers Bannières de Bigorre, là où elle a été lâchée et acceptée par les élus locaux. Mais dans la vallée de l’Ouzoum, entre Pau et Lourdes, l’ours reste indésirable : « C’est un secteur où il n’y a pas de cabanes, la plupart des montagnes sont ce qu’on appelle des montagnes sèches, c'est-à-dire où il n’y a pas de points d’eau, où le bêtes ne peuvent survivre qu’en étant en liberté. Alors c’est évidant que c’’est parfaitement incompatible avec la présence d’un prédateur comme l’ours. »

Les bergers disposent d’arguments valables, mais à vouloir manipuler les médias et à les entrainer dans une opération digne des pieds nickelés, pas sûr que leur exaspération et leur combat soit bien compris.

La peur des oursons à venir

Depuis plusieurs semaines, l’ourse Franska s’était logée sur les communes de Saint-Pe de Bigorre, Salles, Gaillagos et bougeait peu. Bien sûr, en refusant de garder les troupeaux, les bergers prennent des risques pour leurs brebis, mais ils refusent pourtant d’en payer le prix. Un comportement irresponsable qui cache sans doute la peur de voir l’ourse Franska s’établir dans la région et mettre au monde des oursons qui les obligeraient à changer leurs pratiques pastorales.

L’Etat est responsable de la conservation de l’espèce ours brun sur son territoire. Afin d’assurer le maintien de cette espèce, il a mis en place le programme de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées dont le pilotage est confié au préfet de la région Midi-Pyrénées, préfet coordonnateur du massif des Pyrénées. Franska est une des trois ourses lâchées dans les Pyrénées pour remplacer les ourses femelles qui ont été tuées par des chasseurs et assurer le renforcement de la population résiduelle d'ours brun dans les Pyrénées. La dernière ourse de souche Pyrénéenne, Cannelle, a été tuée en Béarn par René Marquèze dont on attend le procès.

La chasse à l'ours : un jeu dangereux

Faut-il encore préciser à Monsieur Pierre Casassus-Lacouzatte, co-président de la fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne et aux autres bergers de la vallée de l'Ouzoum, comme pour les autres que l'ours est un animal sauvage qui dispose d'un statut particulier de protection. Chasser l'ours, perturber une espèce protégée, déranger son habitat pourrait avoir de graves conséquences juridiques et financières pour les associations qui semblent-ils, cherchent à remplir rapidement leurs casiers judiciaires. La peur « d’hypothétiques poursuites » est donc bien justifiée et devrait inciter ces habitués du « non droit » à se tenir tranquille.

Classement UICN
L’ours brun est classé dans la catégorie des espèces peu menacées d’extinction (catégorie E, en danger). Bien que non menacée au niveau mondial, l’ours brun a fortement régressé au cours du 20ème siècle, à la fois en Europe et en Amérique du nord. A l’échelle de l’Europe de l’ouest, cette espèce est menacée d’extinction dans plusieurs pays, ce qui nécessite la mise en place de plans de conservation.

Convention de Berne
La convention de Berne a pour objet d’assurer la conservation de la flore, de la faune sauvages et de leurs habitats. L’ours brun y est inscrit comme espèce strictement protégée (annexe II). Les États doivent prendre les mesures nécessaires pour maintenir la population de faune sauvage à un niveau qui correspond aux exigences écologiques mais également en tenant compte des exigences économiques et récréationnelles. Les États signataires s’engagent à encourager la réintroduction d’espèces indigènes lorsque cette mesure contribue à la conservation de l’espèce.

Convention sur la diversité biologique
L’objectif principal de cette convention est la conservation de la diversité biologique, laquelle exige essentiellement la préservation des écosystèmes et des habitats naturels, ainsi que le maintien et la reconstitution de populations viables d’espèces dans leur milieu naturel. Afin d’atteindre l’objectif de conservation de la diversité biologique, les mesures suivantes doivent être prises (...) :préserver les habitats présentant des populations viables ; restaurer les écosystèmes dégradés et favoriser le maintien des espèces menacées.

Convention de Washington
La convention sur le commerce international d’espèces menacées d’extinction, dite CITES ou convention de Washington. L’ours brun est inscrit en annexe II de cette convention. L’ours brun y est classé en annexe A ; ce qui confère à l’espèce un statut de protection renforcé.

Directive « Habitats »
L'ours brun européen figure sur la liste des espèces prioritaires au niveau communautaire. La directive préconise le maintien, ou le rétablissement, des habitats naturels et des habitats d’espèces d’intérêt communautaire (dont l’ours brun) dans un état de conservation favorable. C’est notamment à ce titre que se constitue progressivement le réseau Natura 2000 des sites d’intérêt communautaire. L’ours brun est une espèce protégée au sens de l’article 12 et de l’annexe IV de la directive (interdiction de capture ou de mise à mort intentionnelle…) et de l’article 16 prévoyant des dérogations possibles à ces interdictions « A condition qu’il n’existe pas une autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle ».

Résolutions du Parlement européen en faveur de la protection de l’ours brun
Par sa résolution du 17.02.1989 (A2-339/88, ABL C 69/201, 20.3.1989), le Parlement européen invite la Commission européenne à favoriser l’émergence de programmes pour la protection de l'ours brun en Europe et à soutenir les programmes existants. Par sa résolution du 22.04.1994, le Parlement européen invite la Commission européenne à ne pas soutenir et ne pas financer le développement d’activités ayant un impact négatif sur les populations d'ours. Les impacts des activités humaines sur les populations d'ours devraient être compensés par des mesures de protection de l’habitat.

Recommandations du conseil de l’Europe
Dans le cadre de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, le Comité permanent du conseil de l’Europe a pris plusieurs recommandations concernant la protection de l’ours brun en Europe.

Recommandation n° 10 (1988) du comité permanent concernant l’ours brun
Le comité permanent recommande notamment :

- de renforcer la protection juridique de l’ours brun et sa surveillance,
- d’accorder une attention particulière à la conservation des habitats,
- de favoriser la conservation des corridors entre les différents noyaux de population,
- (...)

Recommandation n° 43 (1995) relative à la conservation des mammifères menacés en Europe
Le comité permanent recommande notamment :

- d'accorder une attention particulière à la conservation des petites populations menacées,
- d’effectuer un suivi fin de ces populations,
- d'étudier la nécessité de programmes de réintroduction,
- (...)

Réglementation nationale

La chasse à l’ours est interdite en France depuis 1962. L’espèce Ursus arctos est protégée au titre de l’article L. 411-1 du code de l’environnement par arrêté ministériel du 17 avril 1981 (modifié par l’arrêté du 16 décembre 2004) fixant les listes des mammifères protégés sur l’ensemble du territoire français. L’évolution des textes montre une tendance vers une protection juridique de plus en plus importante de la biodiversité et notamment de l’ours brun. L’espèce étant menacée, les États, qui abritent une population d’ours brun, portent une responsabilité dans sa conservation et donc dans la mise en œuvre de mesures efficaces de gestion, voire de restauration.

Si les bergers cherchent l'Etat, ils risquent bien de le trouver. Du travail pour les avocats, des coûts pour les associations d'opposants ou de l'inconscience? "A suivre" comme dirait l'autre sur Lourd d'Infos.

Nicolas Hulot « n'exclut pas » une candidature à l'élection présidentielle

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Nicolas Hulot renvoie  dos à dos la gauche et la droite

La « majorité des candidats » à l'élection présidentielle en France ignorent le péril climatique, déplore dans un entretien au Journal du Dimanche Nicolas Hulot, qui, du coup, « n'exclut pas » de se porter lui-même candidat en 2007.

« On a toujours pas intégré la plus grande menace qui ait pesé sur l'humanité: le péril climatique. La majorité des candidats à l'élection présidentielle semblent s'en désinteresser (...) C'est atterrant. Quant aux écologistes, faute de privilégier une démarche unitaire, ils sont inaudibles », estime le producteur et animateur de télévision.

Face à cette situation, « si rien ne bouge d'ici novembre, tout est possible. Etre candidat à la présidentielle n'est ni ma vocation, ni mon fantasme. Mais si la seule solution est de franchir la ligne rouge, je ne l'exclus pas ».

« Encore une fois, que les politiques prennent leurs responsabilités, qu'ils osent enfin dire aux Français que nous courons à la catastrophe si rien n'est fait », ajoute Nicolas Hulot, qui renvoie « dos à dos personnalités de gauche et de droite ». Pour le defenseur de l'environnement, qui a par le passé conseillé Jacques Chirac sur ces questions mais a pris ses distances car « les actes ne suivaient les discours », il est primordial de « lutter contre l'effet de serre ».

Nicolas Hulot préconise une « politique drastique d'économie d'énergie », la création d'un « bouquet énergétique en misant sur tout ce qui est renouvelable » comme l'énergie éolienne. On peut aussi « instaurer, petit à petit une fiscalité énergétique qui se substituera à la fiscalité sur le travail », pénalisant « tout ce qui est énergivore ».

En matière agricole, il faut encourager les agriculteurs à « produire de la qualité », en « conditionnant les aides non à la production, mais au coût environnemental », selon Nicolas Hulot qui appelle à une « réforme de la politique agricole commune ».  Au total, si « on ne veut pas aller vers une société de privation, il faut imaginer une société de modération », souligne-t-il.

Sans nature pas de futur!

Respecter la nature, c'est préserver l'avenir de l'homme. L'homme est un animal qui a trahi, l'Histoire est sa sanction? s'afflige et s'inquiète le philosophe Cioran.
Force est de constater que, peu à peu, nos sociétés se sont désolidarisées du reste du vivant érigeant un rempart odieux entre l'homme et la nature.

La notion d'êtres vivants s'est au fil du temps délitée pour laisser place à des perceptions confuses ou abstraites. Gardons à l'esprit qu'à l'échelle terrestre, l'époque récente a été dramatique pour la biodiversité. Réductions ou privations de territoires, exploitations aveugles des ressources naturelles ajoutées à mille petites agressions toutes plus sophistiquées et efficaces les unes que les autres, ont mis l'univers du vivant au seuil d'une nouvelle grande extinction, la première d'origine anthropique.

Pour éviter de franchir le cap de l'irréversible, il nous revient de prendre conscience sans sélectivité affective de notre solidarité avec le monde du vivant. Il en va de notre avenir comme de celui des générations futures. C'est un enjeu de sécurité nationale.

Nicolas Hulot

Une campagne d'envergure nationale

En lançant sa campagne « Sans nature pas de futur », la Fondation Nicolas Hulot se fait l'écho d'évènements mondiaux tels la journée internationale de la diversité biologique ou nationaux tels la diffusion de la stratégie française pour la biodiversité. Clé de voûte de ce programme, l'école Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme a été inaugurée à Branféré (Morbihan) en 2004. Site pionnier d'éducation à l'environnement, elle permet à tous les publics de découvrir la beauté et la vulnérabilité de l'univers du vivant et d'adopter des réflexes éco-citoyens simples, mais vitaux pour la préservation de la diversité biologique.

La Fondation développe aussi des programmes de terrain en faveur de la sauvegarde des populations d'espèces animales et végétales menacées. Afin que le plus grand nombre puisse s'approprier le message « Sans nature pas de futur », la Fondation orchestre également une campagne nationale d'information ponctuée de spots télévisés, vagues d'affichage, conférences-débats, exposition, film pédagogique et animations sur son site Internet.

Un vice-premier ministre pour l’environnement

Libération, propos de Nicolas Hulot recueillis par Alain Auffray, 01/06/2006

Vous étiez lundi l'invité du ministre de l'Intérieur. Serez-vous en 2007 l'alibi écolo de Sarkozy ?
Nicolas Hulot: Nicolas Sarkozy m'a proposé de parler devant l'ensemble des préfets. Pour moi, c'était une occasion inespérée de toucher des relais essentiels. Les préfets font la police de l'environnement. Ils sont en première ligne pour l'application de l'arsenal législatif, qu'il s'agisse de la mise en œuvre de Natura 2000 ou de la lutte contre les nitrates en Bretagne.

Que leur avez-vous dit ?
Nicolas Hulot: Que nous vivons en surrégime. On produit plus que la Terre ne peut donner, et l'empreinte écologique de l'homme n'est plus supportable. Envisager le développement durable, c'est se demander comment ne pas spolier les générations à venir. La clé, selon moi, c'est le découplage entre croissance économique et croissance matérielle, avec la mise en place d'une fiscalité écologique fondée sur l'énergie et non plus sur le travail.

Cela nécessite-t-il la présence d'écologistes au gouvernement ?
Nicolas Hulot: L'expérience montre que les ministres peuvent se retrouver impuissants. Dominique Voynet et Serge Lepeltier nous ont dit la même chose : « Au gouvernement, j'étais le seul écolo. » Un ministre, aussi compétent soit-il, ne suffit pas. C'est pourquoi je propose qu'en 2007 il y ait dans le gouvernement un vice-Premier ministre chargé de l'Environnement durable. Si on veut se mettre en ordre de marche, il faut forcément une coordination au plus haut niveau.

Qu'en disent vos interlocuteurs ?
Nicolas Hulot: Les responsables des deux grands partis, PS et UMP, ont accueilli favorablement cette proposition. François Hollande trouve que c'est une bonne idée, et Nicolas Sarkozy me dit : pourquoi pas ?

A-t-on besoin, en 2007, d'un candidat écologiste ?
Nicolas Hulot: Oui, malheureusement. Il est là pour combler un vide sidéral. Il faut reconnaître que les écologistes ont été des défricheurs. Sur ces questions, les grands partis sont totalement désinvoltes. A droite comme à gauche. Les Verts, pour Jospin, c'était d'abord une question stratégique. Il a pris Voynet dans son gouvernement pour élargir son assiette électorale.

N'êtes-vous pas vous-même tenté de vous présenter ?
Nicolas Hulot: On m'a approché. J'y ai réfléchi. Et, tout compte fait, l'aventure m'a paru trop hasardeuse. Il faudrait sortir de cette logique de rapport de forces qui veut que les gouvernements ne fassent de l'écologie que si le candidat des écologistes fait de bons scores. Moi, je m'adresse à Hollande, à Sarkozy, à Bayrou, et je leur dis : quel que soit le score des écologistes, vous devez prendre les mesures qui s'imposent.

Pourquoi pas un candidat unique des écologistes ?
Nicolas Hulot: Au fond, ce qui sépare les candidats déclarés Corinne Lepage, Dominique Voynet et Yves Cochet est infime. Il faudrait, c'est vrai, une candidature unique. Une candidature non dogmatique. Mais je crains qu'on soit mal parti.

Pourquoi les écologistes restent-ils si marginaux en politique ?
Nicolas Hulot: Parce que les intellectuels sont très en retrait. On ne les entend pas, on ne les lit pas. Ils se conduisent comme s'ils étaient immunisés contre le changement climatique. La mutation écologique, c'est le plus grand défi auquel l'humanité ait été confrontée. Le défi humaniste par excellence. Car, dans cette crise, les premiers qui trinquent sont les pays du Sud. Avec le réchauffement, ils vont subir les désordres que nous aurons provoqués.

Un vice-premier ministre pour l’environnement (Libération, propos de Nicolas Hulot recueillis par Alain Auffray, 01/06/2006)

Les Français sont prêts à bouger

Le Figaro Magazine, 26/05/2006

Avez-vous le sentiment que les mentalités évoluent ?
Nicolas Hulot: Je pense que les Français sont prêts pour une mutation de notre société. 500 000, en l'espace d'une année, ont relevé le Défi pour la Terre, chacun agissant en fonction de son potentiel. Beaucoup comprennent que l'on n'a pas d'autres choix et tout à y gagner. C'est aussi un signal fort pour les politiques. Il est temps maintenant d'engager de vrais réformes.

Qui allez-vous soutenir lors des prochaines élections ?
Nicolas Hulot: Je dialogue et travaille avec la plupart des candidats pour essayer de leur fournir ou de faire jaillir des propositions et des solutions concrètes. Leurs réactions me laissent à penser que, pour une fois, peut-être, ils en tiendront compte de façon déterminante dans leurs programmes. Mais je serai vigilant et le premier à dénoncer les impostures.

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Sans nature pas de futurDossier de presse "Sans nature pas de futur" Biodiversité Nicolas Hulot

29 juillet 2006

L'Office fédéral de l’environnement (OFEV) publie le plan de gestion de l’ours brun en Suisse

Confédération suisse - Office fédéral de l’environnement OFEV

La Confédération publie le Plan Ours. Le "Plan Ours" s'appuie sur le principe qu'une cohabitation de l'ours et de l'homme en Suisse est possible, a précisé mardi l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Il vise à créer les conditions d'une coexistence pacifique et se veut un guide à l'intention des cantons. Il définit les conditions permettant la coexistence de l’ours et de l’homme en Suisse ainsi que les mesures à prendre pour éviter les dommages, étant bien entendu que la sécurité de l’homme a la priorité absolue.

Il réglemente la prévention des dégâts ainsi que leur indemnisation et définit les principes de gestion des ours qui deviennent dangereux pour l’homme. Il entre en vigueur à sa publication.

La sécurité de la population avant tout

Le Plan Ours donne la priorité absolue à la sécurité de l’homme. Cet aspect a pris encore plus d’importance après la consultation qui a eu lieu au printemps de cette année. La typologie de l’ours a également été adaptée pour tenir compte des avis exprimés pendant la consultation. Elle ne comprend plus que trois catégories: farouche, problématique et à risque.

Typologie de l’ours brun

Ours farouche

Définition

  • L’ours peut vivre discrètement même dans des zones habitées
  • Les rencontres avec l’homme sont normalement rares.

Mesures

  • La Confédération lance des projets régionaux visant à prévenir les dégâts.
  • Les cantons surveillent les peuplements d’ours et veillent à ce qu’aucune nourriture ne soit distribuée régulièrement aux ours.

Ours problématique

Définition

  • L’ours se rapproche de plus en plus de zones habitées ou de hameaux pour trouver sa nourriture.
  • Il cause des dégâts importants
  • L’ours ne craignant plus l’homme, il se produit souvent des situations dangereuses pour l’homme.

Mesures

  • L’ours est capturé et muni d’un émetteur puis fait l’objet de plusieurs actions d’effarouchement.

Ours à risque

Définition

  • Les mesures d’effarouchement n’ont pas rendu l’ours plus farouche
  • L’ours a attaqué une personne et l’a blessée ou tuée

Mesures

  • Sitôt qu’un ours a un comportement à risque, il doit être abattu

Le plan envisage donc la possibilité d’abattre l’ours lorsqu’un animal problématique devient ours à risque (évolution qui peut se produire rapidement), c’est-à-dire il perd toute crainte de l’homme, les actions d’effarouchement n’ont aucun effet, l’ours se rapproche des habitations pour trouver sa nourriture et cause de gros dégâts. C’est le canton concerné qui prend la décision d’abattre l’ours, après avoir consulté la Commission intercantonale, dans laquelle siège aussi l’OFEV.

La Confédération et les cantons créent les conditions de prévention maximale contre les dégâts dus aux ours. Par ailleurs, les dommages aux cultures ou au bétail donnent droit à indemnisation par la Confédération, à hauteur de 80%, et par le canton, à hauteur de 20 %. Les autres dégâts directs, aux ruches ou aux clapiers par exemple, sont indemnisés intégralement par la Confédération.

Réapparition de l’ours en Suisse en été 2005

Le "Plan Ours" a été élaboré après la réapparition de l'animal en Suisse l'été dernier après un siècle d'absence. Un plantigrade a été vu dans le Val Mustair, en Engadine, dans les Grisons, puis jusqu'aux confins de la Suisse aux frontières avec l'Italie et l'Autriche. On ignore si cet animal est encore vivant ni où il est. L'ours qui a été aperçu en juin en Bavière et au Tyrol était son frère. Il a pénétré plusieurs fois dans des zones habitées et a causé d'importants dégâts. Il a été abattu en Bavière le 26 juin dernier.

Renseignements
M. Reinhard Schnidrig, chef de la section Chasse, faune sauvage et biodiversité en forêt, OFEV, tél. 031 323 03 07

JJ2, l'ours apparu en 2005

A la question possée sur l'ours apparu en Suisse l'an passé, l'Office fédéral de l'environnement a répondu: « Nul ne sait aujourd'hui si cet ours est encore vivant, ni où il est, mais il aurait été caractérisé de problématique.» . Surnommé «JJ2», il avait tué deux douzaines de moutons, un veau et s'était approché à plusieurs reprises des zones habitées. Si le plan avait existé l'année dernière, on aurait tenté de lui réinsuffler la peur de l'homme, mais on ne l'aurait pas tué, a-t-on expliqué à l'Office de l'environnement

Réactions

« La Confédération interdit l'abattage de l'ours sans attaque sur l'homme. »  a titré le journal télévisé de la Télévision suisse romande le 25 juillet à 19h30.

Documentation

Ours: En attendant les sucesseurs de JJ2
L'ours dort, mais l'office fédéral de l'environnement (OFEV) veille : le projet de plan d'action qui doit définir l'attitude à adopter envers les ours bruns en Suisse sera bientôt envoyé en consultation.
Ours: En attendant les sucesseurs de JJ2En attendant les successeurs de JJ2 (PDF, 4 pages, 137 ko)

Les habitats potentiels de l'ours brun en Suisse
Une étude réalisée par le WWF en 1993 a montré que l’ours brun trouverait en Suisse des habitats favorables. « En tant qu’omnivore privilégiant les nourritures végétales, il trouverait chez nous très facilement de quoi se nourrir.» (Résumé d'une étude portant sur les habitats potentiels de l'ours brun au sud-est de la Suisse, les couloirs d'immigration et les conséquences d'un éventuel retour de l'espèce en Suisse?) WWF Janvier 2005
Rapport d'évaluation Concept ours brun Suisse (Plan Ours)Les habitats potentiels de l'ours brun au sud-est de la Suisse (PDF, 5 pages, 300ko)

Rapport d'évaluation du Plan Ours en Suisse
Le 27 février 2006, l’OFEV a envoyé le Concept Ours brun Suisse en consultation aux offices fédéraux, aux cantons, aux associations agricoles, aux organisations de protection de la nature et autres intéressés. Le concept avait été discuté auparavant au sein du groupe de travail « grands prédateurs » qui est composé de représentants des milieux intéressés.
Rapport d'évaluation Concept ours brun Suisse (Plan Ours)Rapport d'évaluation Concept ours brun Suisse (Plan Ours) (PDF, 4 pages, 41ko)

Plan Ours, plan de gestion de l'ours brun en Suisse
Confédération suisse - Département de l'environnement, des transports de l'énergie et de la communication DETEC - Office fédéral de l'environnement OFEV.
Plan Ours, plan de gestion de l'ours brun en SuissePlan Ours, plan de gestion de l'ours brun en Suisse (OFEV) (PDF, 13 pages, 269 ko)

Les conseils «Protection des troupeaux et tourisme»

Gardez vos distances et restez calme. Le retour en Suisse des grands prédateurs est une réalité. Il est donc nécessaire, maintenant, de protéger les troupeaux. Des dépliants et des petits panneaux, destinés à éviter les conflits, sont prêts pour le début de la saison de randonnée et de VTT.

Voici quelques situations concrètes: lorsqu’ils arrivent près d’un troupeau de moutons protégé par des chiens, de nombreux randonneurs ne s’écartent pas de leur chemin au lieu de faire un détour pour éviter les animaux. Certains propriétaires de chiens ne pensent pas à tenir ceux-ci en laisse. Alors les chiens de protection font leur travail et accourent en aboyant vers le danger présumé. Si les touristes restent calmes et poursuivent leur chemin, les chiens se retirent rapidement. Il est conseillé aux cyclistes de descendre de leur vélo assez tôt et de passer à pied à côté du troupeau.

Conseils pour les randonneurs et les cyclistes

  • Gardez votre calme si les chiens aboient.
  • Essayez d’éviter le troupeau et dérangez-le le moins possible.
  • Évitez la provocation: ne brandissez pas de bâton et ne gesticulez pas.
  • Prenez votre chien en laisse.
  • Adeptes du VTT et du jogging: arrêtez-vous et passez lentement à côté du troupeau.
  • Si les chiens de protection viennent à votre rencontre, ne les caressez pas.
  • Ne donnez aucune nourriture aux chiens de protection et évitez de jouer avec eux.
  • Au cas où les chiens de protection vous suivraient, ignorez-les tout simplement.

Sources: Office fédéral de l'environnement (OFEV), WWF Suisse

Sébastien Dejean sur la piste de Palouma, ourse des Pyrénées

Dans les Pyrénées, l'homme a réintroduit l'ours, importé de Slovénie. Malgré l'opposition des éleveurs de brebis, la population croît lentement. Elle compte maintenant une vingtaine de sujets. Parmi eux, Palouma, jeune femelle de 3 ans.

Mais où est passée Palouma?

SAINT-GAUDENS - Trois jours qu'elle ne donne plus signe de vie. Sébastien Dejean n'est pas inquiet. «Elle doit se trouver dans un secteur qui n'est pas couvert par le réseau GSM», explique le jeune technicien, détaché auprès de l'Office national de la chasse. Comme les trois autres ours «slovènes» lâchés dans les Pyrénées au printemps, la jeune femelle est équipée d'un GPS et de deux émetteurs, reliés au réseau de téléphonie satellitaire. Cela permet à une «équipe technique» de les suivre en permanence. Via Internet, la population est informée. Rassurée. Ce n'est pas qu'ils soient dangereux, les ours des Pyrénées. S'ils croquent une brebis à l'occasion, ils ont plutôt tendance à fuir l'homme. Mais ainsi l'a voulu le ministère de l'Environnement.

La semaine dernière, Balou avait donné du fil à retordre à Sébastien. Aujourd'hui, le technicien va devoir partir à la recherche de Palouma. Une tâche moins fatigante que lorsqu'il faut crapahuter en montagne sur les traces de ceux qui n'ont ni émetteur ni balise GPS.

«Nous voulons aussi mieux comprendre leur mode de vie», justifie le jeune homme, passionné par la montagne et l'environnement. En Slovénie, une femelle vit sur un territoire de 60 000 hectares, un mâle sur environ 200 000 hectares. Mais en France? Animal solitaire, l'ours ne fréquente ses congénères que pour les besoins de la reproduction. Le rut a lieu en mai. Les femelles peuvent mettre bas jusqu'à trois oursons, à raison d'une portée tous les deux ans. «A la naissance, ils sont minuscules, environ 300 grammes. Vous vous rendez compte? Dix fois moins lourd qu'un bébé, alors qu'ils pèsent deux à trois fois le poids d'un homme!» En moyenne, un seul survit. Les maladies ne sont pas en cause. «Ce sont des animaux très joueurs, insouciants, qui s'exposent souvent à des accidents

Est-il arrivé quelque chose de ce genre à Palouma?

Sébastien va tenter de le savoir en retrouvant sa trace. Au volant de sa petite C3, direction le massif de Burat, dans la vallée de la Garonne. C'est là que l'ourse slovène a été remise en liberté, en mai. «Comme les autres, elle découvre son territoire. Il lui faudra deux ans pour se l'approprier.» Pour cela, l'ours parcourt de grandes distances, jusqu'à 30 km en une nuit. «Au lever du soleil, il cherche un site où il passera la journée : un fourré, une caverne fraîche, le dessous d'un arbre déraciné.» L'obscurité venue, il se met en quête de nourriture : des racines, des tubercules, une fourmilière, un guêpier sauvage pour en dévorer les larves. A l'occasion, il ne dédaignera pas une charogne de chevreuil, de sanglier. «Il se régale aussi de baies: myrtilles, fraises des bois, framboises. Et, à l'automne, de glands, de chataîgnes, de noisettes... »

Car, au sortir de l'hibernation, messire Ours est maigre comme un coucou anorexique. Palouma, par exemple, ne pèse que 70 kg. Elle va en prendre une trentaine, avant d'aller piquer, en novembre, un roupillon de plusieurs mois, sans manger ni boire, avec juste, chaque jour, une petite sortie pour se dégourdir les pattes dans une semi-léthargie.

Pour le moment, c'est l'été et la jeune femelle n'en finit pas de sillonner la montagne. Pour la retrouver, Sébastien a pris un chemin pentu, réservé aux forestiers. Au dessous, la vallée de la Pique. Dans le lointain, le massif du Luchonnais. L'Espagne est toute proche. Le temps est splendide, on sent la chaleur qui monte. Soudain, de sa petite radio sortent des bip-bip, timides d'abord, puis bien nets. C'est elle. Mais où ? A 10h, Sébastien fait sa première halte. Il déplie une antenne directionnelle à laquelle il fait effectuer un lent mouvement à 360°, récepteur sur l'oreille. «Elle a l'air d'être par là», dit-il en désignant, en face, le versant gauche de la Pique. «Mais ce n'est pas sûr, car on peut travailler sur un écho.» Un deuxième arrêt, une demi-heure plus tard, confirmera qu'il avait raison de se méfier. En fait, Palouma se trouve derrière nous, sur un versant très escarpé de la Crête du Mail de l'Aigle, à environ 1300m d'altitude. A la troisième et dernière mesure télémétrique, le doute n'est plus permis. L'écho est fort et clair. Un relèvement à la boussole, quelques mesures sur la carte d'état-major et la voici localisée pour de bon, à seulement 500m de là, sur un petit replat qu'elle a choisi pour passer la journée. L'ourse a bon goût. L'endroit est splendide, planté de pins, de hêtres et de bouleaux, avec en dessous le murmure du Sarrouègère, un ruisseau où elle ira très certainement boire, la nuit venue.

«C'est très rare de l'approcher de si près», apprécie le jeune technicien de l'Office de la chasse. En six ans, il n'a vu les ours que cinq fois. Pas par manque de chance, mais pour une question de principe: dès qu'il a localisé l'animal, il s'éloigne systématiquement pour ne pas le déranger.

Marc MAHUZIER.

Source : Ouest France

27 juillet 2006

Jean-Pierre Choisy: La réintroduction des vautours, objectifs et retombées

Objectifs

Les actions en faveur du Percnoptère de même que la réintroduction des trois grands Vautours d’Europe se placent dans les politiques de conservation et restauration de la biodiversité européenne et nationales, éventuellement régionales, voire locales. Chez des espèces qu’on peut voir très habituellement à 50 km de leur œuf ou de leur poussin (aux bons soins du conjoint tant qu’il n’est pas gros), parfois à 150 km, l’objectif ne saurait être le retour dans une commune, ni même un massif, un département ou un Parc. L’échelle pertinente est bien plus large : l’Arc Alpin et ses marges pour le Gypaète, au minimum le sud-est de la France pour Vautour fauve et Vautour moine, pour ne parler que des réintroductions en cours.

Les stratégies diffèrent selon les espèces (En Rhône-Alpes et PACA, bien au-delà pour le Gypaète), en fonction à la fois de leur éco-éthologie et de la disponibilité d’oiseaux à lâcher.

Vautour fauve

Trois opérations de réintroduction : dans les Baronnies, dans le Diois, par le Parc Naturel Régional du Vercors  et dans celui du Verdon.

Vautour moine

La moindre abondance d’oiseaux disponibles a conduit à se contenter de deux opérations seulement: Baronnies (premiers lâchers en 2004) et Verdon. Le retour spontané aux confins du Vercors et du Diois est une quasi-certitude, du fait de la distance modérée des Baronnies comme de l’estivage de l’espèce depuis 2002, à partir des Causses.

Percnoptère

En France méditerranéenne et dans les Préalpes des charniers augmentant taux de survie et de reproduction ont été la principale contribution au renouveau amorcé. L’on constate que la réintroduction du Vautour fauve conduit à la restauration de l’estivage (Verdon, confins du Diois et du Vercors), puis à la reprise de la nidification (Causses, Baronnies). Dans l’Ardèche, où le dernier couple avait disparu, le transit croissant de vautours fauves (21 ensemble en 2004) et moines entre Causses et Préalpes, a probablement renforcé l’action de charniers qui ont induit le retour de l’espèce (nidification d’un couple en 2004).

Gypaète barbu

Gypate_barbu2Dans les Alpes, lâchers au Mercantour, en Haute-Savoie, en Engadine (Suisse), dans les Hohe Tauern (Autriche) et dans les massifs contigus d’Italie. Le Parc Naturel Régional du Vercors a répondu favorablement à une demande de la Fondation Gypaète pour étudier la faisabilité d’un point de lâcher sur son territoire, élargissant la zone de retour vers l’extrême ouest de l’arc alpin, minimisant le hiatus entre les actuelles populations des Alpes et des Pyrénées.

La survie globale des espèces à long terme

Du fait de l’extrême originalité écologique de chacune, tout retour d’une espèce de vautour est une reconstitution majeure de la biodiversité locale de la structure des communautés de Vertébrés et de leur fonctionnement. Mais les opérations de réintroduction sont bien davantage justifiées par le fait que chaque réussite augmente la probabilité de survie globale de l’espèce à long terme, se place dans une stratégie du : « Ne pas avoir tous les œufs dans le même panier! » dont le principe est d’application générale et non pas limité aux seuls vautours. Exemples...

Bison d’Europe et Première Guerre Mondiale

Dans l’immense aire d’origine, l’espèce avait été totalement exterminée par l’Homme sauf, en 1914, une seule population à Bialowieza (Pologne, dans la partie alors russe) : environ un millier, encore trois centaines en 1917, plus aucun en 1918. L’espèce n’a pu être sauvée qu’en « raclant les fonds de zoos », essentiellement en Allemagne et en Suède. L’espèce a failli connaître le même sort que l’Aurochs et de nombreuses autres. Pour une espèce réduite à une seule population, une épizootie aurait pu avoir des effets démographiques analogues. La leçon a été comprise : dix-huit populations actuelles (Pologne orientale et ex-soviétiques) assurent l’avenir de l’espèce;

Bouquetin des Alpes et Seconde Guerre Mondiale

En 1945 ne subsistaient plus que 10 % de la vaste population reconstituée grâce à sa protection dans le Parc National du Grand Paradis. Mais même si l’anéantissement avait été total dans tous les pays belligérants, l’espèce aurait pu connaître un renouveau à partir des populations réintroduites antérieurement en Suisse, resté hors du conflit ;

Les vautours en Espagne

Les menaces qui pèsent sur les vautours en Espagne du fait de la reprise, illégale, des empoisonnements, des Carnivores plaident en faveur de la réintroduction de ces espèces ailleurs en Europe, partout où c’est un objectif bio-géographiquement pertinent et où le contexte humain local le permet tactiquement, pour les moins abondants Gypaète et Vautour moine, encore plus que pour les deux autres.

Outre ses objectifs immédiats démographiques, cette stratégie a aussi des retombées génétiques favorables à la diversité allèlique, elle-même favorable à l’objectif de survie à long terme des espèces concernées.

(La fréquence allélique est la proportion d’un allèle au locus désiré de tous les allèles considérés dans une population). [NDLB: Vous n'êtes pas venu à la buvette pour rien. Il y en a sous le comptoir !]

Retombées de la Réintroduction des vautours

Retombées sur le tourisme

L’impact très positif pour le tourisme rural du retour des vautours, oiseaux, spectaculaires par leur vol, leur taille, leur nombre, leurs mœurs, la facilité de leur observation n’a plus à être démontrer:

Causses

En 1995, sur 250 000 touristes visitant les gorges de la Jonte :

  • si seulement 3 750 (=1,5 %) sont venus spécialement pour les vautours,
  • 33 250 (=13,3 %) sont venus autant pour les vautours que pour d’autres motivations.
  • 6 à 7 % (12,3 % en été) s’arrêtent au Belvédère des Vautours qui a consacré une animation sur le thème des vautours.

Le bénéfice net réalisé par le tourisme local lié à la présence des vautours était de 4,4 millions de francs:

  • 102 organismes différents (nationaux comme internationaux font découvrir les vautours à leur clientèle, 24 eux-mêmes, 78 en passant par le FIR (Fonds d’Intervention pour les Rapaces, depuis fusionné avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).
  • Majoritairement locaux (Grands Causses), 44 organismes (33 privés, 11 publics) utilisent l’image du vautour dans leurs outils de promotion publicitaire.
  • Neuf entreprises étrangères au territoire des Grands Causses ont compris l’intérêt touristico-économique des vautours et créent des produits touristiques le représentant.
  • Une cinquantaine de magasins de souvenirs vendent au total 33 produits touristiques différents d’une valeur moyenne de 10 euros et 39 modèles de cartes postales comportant une image de vautours.
  • 55 livres français et étrangers, dont 22 guides touristiques, citent ou localisent géographiquement la réintroduction du Vautour fauve.
  • Ont paru depuis 1981: 158 articles (68 dans des journaux, 90 dans des revues) dans 30 journaux français et allemands, 61 revues françaises, espagnoles et italiennes. 
  • 5 émissions radiophoniques françaises d’une durée moyenne de 20 minutes diffusées sur des radios nationales (à fort taux d’écoute : France Inter, etc.) et locale, aux heures de grande écoute ; 19 émissions télévisées, d’une durée moyenne de 7 minutes, diffusées aux heures de grande écoute par les télévisions françaises, britannique à diffusion mondiale et jusqu’à…Taiwan !

Sources : QUILLARD V. Valeur sociale et économique de la Biodiversité in situ L’exemple de la Réintroduction du Vautour fauve (Gyps fulvus fulvus) dans les Grands Causses. Rapport de stage de Maîtrise S. & T. Aménagement et Mise en Valeur des Régions (Rennes). Actuellement membre du personnel du Parc National du Mercantour.

Baronnies

Rémuzat, la commune de réintroduction, n’avait pas d’Office Tourisme avant la première réintroduction de vautours, en 1996. Elle en a un depuis, dit « Maison des Vautours », avec boutique, et exposition permanente. En 2002 comme en 2003 entre quatorze quinze mille personnes ont visité le local. (Soit un nombre analogue à celui du Belvédère des Vautours dans les Causses en 1995). Ceci dans un canton dont la densité humaine est de 3/km2.

Auparavant le tourisme se réduisait au seul afflux estival, alors qu’actuellement la présence des vautours a généré une fréquentation hors saison appréciable. Ces derniers sont également l’atout majeur d’une animation locale bien organisée, pour des publics variés (touristes, classes vertes, etc.)

En 2003, lors d’un séminaire européen consacré aux Vautours, le maire de Rémuzat, banquier à la retraite, a souligné l’impact économique du retour des vautours. (Pour plus d’information, demander à mon collègue des Baronnies : Christian Tessier et à la Maison des Vautours à Rémuzat. Une étude mériterait d’être réalisée, analogue à celle dans les Causses).

Diois-Vercors

Les accompagnateurs de moyenne montagne de ces deux massifs ont vite compris le grand intérêt pour leurs activités du retour de ces oiseaux spectaculaires. Parmi ceux qui intègrent régulièrement à leur programme hebdomadaire une sortie « vautours », l’un est basé à Villard-de-Lans, vient spécialement aux confins des deux massifs. On n’est certainement qu’au début de cette exploitation.

Verdon

Je ne suis guère informé sur les retombées touristiques, pour informations, adressez vous à la LPO PACA, qui mène l‘opération locale de réintroduction.

Nul responsable n’a su en prévoir l’intérêt local 

Reintroduction_des_vautours_choisyLes réintroductions de vautours auraient pu, donc, constituer des objectifs également pour les politiques de développement local de tourisme rural. Mais, (A ma connaissance - si je faisais erreur, ce que je souhaite, prière de transmettre l’information - nul responsable départemental ou régional d’organismes dont le tourisme est la seule raison d’être, n’a su en prévoir l’intérêt local pour cette activité économique.

La prise de conscience est venue une fois le succès acquis et l’intérêt évident. En ce qui les concerne, le terme « objectif », qui suppose un projet, avant la réalisation d’opérations et une participation à celle-ci, financière ou autre, serait donc abusif. « Retombées » est bien celui qui convient. Au contraire, à la lumière du précédent des Causses, les personnes et organismes directement impliqués dans les opérations de réintroduction dans les Préalpes, ont fait de l’intérêt économique des vautours pour le tourisme local un des arguments en faveur de leurs projets. Ceci que la promotion du tourisme rural soit au nombre de leurs missions (Parcs Naturels Régionaux du Vercors et du Verdon) ou non (Associations Vautours en Baronnies, FIR-LPO). Pour les Associations, développer elles-mêmes ces activités est un moyen de soutenir leur action, tant sur le plan de l’information du public que de l’obtention des ressources financières.

Equarissage naturel

Ce point est primordial. Il constitue la base même de la démarche dans les Préalpes de la Drôme. Toutefois, ayant rédigé à ce sujet un document « Parc Naturel Régional du Vercors » pour un colloque du Réseau Alpin des Espaces Protégés, je le joins et me contente de renvoyer à sa lecture. [NDLB: Lire «Vautours et Elevage Extensif» du même auteur: Jean-Pierre Choisy]

Du fait du service rendu aux éleveurs, de son efficacité sanitaire, de son moindre coût que la filière habituelle d’équarissage et d’autres retombées, les responsables sanitaires départementaux auraient pu considérer la réintroduction des vautours dans les Causses comme un des objectifs de leur politique d’élimination des charognes. Néanmoins, ils ont pris conscience a posteriori de la contribution des vautours à cette élimination, en partie du fait de travaux tels que ceux de Chassagne et/ou de Briquet.

Lors des réintroductions dans les Préalpes de la Drôme cet aspect du problème était déjà bien compris. Mais les services concernés ne sont pas davantage allés jusqu’à en faire des objectifs de leur politiques de gestion des charognes, ce qui aurait été pourtant concevable (Si je faisais erreur, je serais très heureux de l’apprendre et faire amende honorable. Cela me semble peu probable ). Comme pour le tourisme, il s’agit donc de retombées, tactiquement essentielles pour la pérennisation du succès de ces opérations, mais le terme objectifs, qui suppose un projet en amont serait excessif.

Remarques

Le contexte humain local est l’un des facteurs déterminant le succès ou l’échec de toutes les opérations de réintroduction. Dans la poursuite de ces objectifs, il est aussi véridique qu’habile, donc doublement justifié, de mettre en avant les retombées économiques (tourisme), financières (coût de l’équarrissage), technique (service rendu aux éleveurs), sanitaires (élimination de charognes dans la nature).

Néanmoins, biologistes et naturalistes concernés se doivent de n’analyser les retombées d’une réintroduction qu’en termes de contraintes et ressources: une composante du contexte tactique local qu’il serait particulièrement maladroit de ne pas prendre en compte. Mais ils se doivent de ne pas hausser la prise en compte de ce contexte au niveau d’objectifs : ce serait trahir respectivement leur fonction et leurs valeurs.  Le feindre pourrait avoir une efficacité éventuelle à court terme, mais, outre que ce serait éthiquement discutable, l’effet à long terme serait probablement négatif. Encore faut-il avoir un minimum d’éthique et le souci du long terme.

La satisfaction de réussir une opération locale est légitime, que ce soit pour un Parc Régional, une association, un organisme départemental, régional ou leurs partenaires. Il est plus valorisant encore de la considérer comme participation locale à une stratégie de réintroduction au service d’un objectif bio-géographique à l’échelle continentale et comme contribution majeure à la pérennité à long terme des espèces concernées. Ceci moyennant un tout petit peu de hauteur de vue.

L’esprit de clocher étant une des petitesses du monde les mieux partagée (Pour paraphraser une formule célèbre ), on est malheureusement souvent conduit tactiquement à mettre l’accent, parfois exclusivement, sur le grand intérêt local de ces opérations. Pire encore: certains n’y voient d’intérêt que dans le lâcher proprement dit: petit événement d’actualité locale. « Petit » est le mot, en effet, par rapport à d’autres motivations qui se situent à un tout autre niveau intellectuel, émotionnel, philosophique et politique, au bon sens du terme. Je ne ferais pas l’injure à aucun des destinataires de ces lignes de croire qu’il n’ait pas une perception un peu plus élevée des motivations des réintroductions de vautours dans la Drôme.

Conclusion

Les motivations essentielles des réintroductions de vautours se placent dans les politiques de conservation et la restauration de la biodiversité, politiques européennes, nationales, parfois régionales, voire locales. On peut contester ces politiques, que ce soit au niveau des valeurs les fondant.  Ceux qui ne les partagent pas préfèrent souvent les attaquer, de bonne ou mauvaise foi, du fait de leur coût, réel ou supposé. Dans le cas de la réintroduction des vautours, cette critique est sans fondement. En effet, globalement, pour la collectivité le coût de ces opérations est sans commune mesure avec leurs bénéfices :

  • augmentation induite du chiffre d’affaires du tourisme rural local ;
  • amélioration sanitaire de l’élimination des charognes issues des élevages extensifs comme du renouveau des Ongulés sauvages ;
  • traitement sur place au lieu de transport routier de dizaines de tonnes de charognes à des centaines de kilomètres ;
  • prestation de service gratuite pour les éleveurs de montagne, donc aide objective à leur activité professionnelle ;
  • création d’un emploi local, au moins à temps partiel, assurant la prestation ci-dessus ;
  • coût moindre pour les finances publiques.

Localement, le bilan matériel est encore plus favorable puisque la majeure partie des bénéfices est locale alors que la quasi-totalité des coûts sont départementaux, régionaux, nationaux, européens.

L’apport esthétique, émotionnel, culturel, non développé, non chiffrable, mais pourtant bien réel, améliore encore le bilan de  ces opérations pour la collectivité.

Jean-Pierre Choisy

Jean-Pierre Choisy s’occupe des expertises scientifiques et du suivi des réintroductions dans l’équipe technique du Parc Naturel Régional du Vercors (et de l’équipe Patrimoine).
Tél.: +33 (0)4.76.94.38.26 - Fax : +33 (0)4.76.94.38.39 - 26150 Chamaloc

Chiens errants et brebis dans le Pas-de-Calais

Pas de Calais: Des moutons installés pour entretenir un terril retrouvés égorgés

Huit moutons sur les dix installés fin juin sur un terril à Libercourt (Pas-de-Calais) pour l'entretenir de façon écologique et économique ont été retrouvés égorgés par des chiens ces derniers jours, un "acte criminel", selon leur propriétaire et la mairie.

"Cela a été fait volontairement. Les barrières sont assez hautes, c'est prévu pour qu'aucun chien ne passe à travers le grillage. Comment se fait-il que des chiens sont passés au-dessus? C'est qu'on les y a mis", a déclaré Marcel Skrzypczak, adjoint au maire. "Il n'y a aucune coupure, rien. Les chiens ont été mis volontairement à l'intérieur pour tuer ces malheureux moutons", a ajouté l'adjoint, en précisant: "Ca fait mal au cœur".

Eden 62, syndicat mixte dépendant du conseil général qui gère le terril, et la propriétaire des moutons, Valérie Werquin, ont porté plainte. Le commissariat de Carvin (Pas-de-Calais) est chargé de l'enquête. Trois génisses Highland et dix moutons avaient pris possession le 29 juin du terril (monticule de déblais d'une exploitation minière) de Libercourt et devaient y pâturer jusqu'en septembre ou octobre. Ils devaient permettre de "ne pas utiliser de machines souvent polluantes" et de "réduire considérablement le travail de fauche", selon le conseil général.

La presse du Sud-Ouest sur les dents

Nous attendons les articles sur les dégâts des chiens errants des canards "Le glaneur d'Oloron", "Lourd D'infos", "Arrière-news" ,"Pire que niais" ou "La calêche en plein midi" qui vont sans doute prétendre que Balou à pris le TGV Nord. A moins que l'origine des dégâts soit à rechercher dans le sol et le sous-sol du nord..., la charbon? Pour sûr, comme ils sont bien informés, on va savoir. Il suffit de suivre le guide du pays.

Jean Lassalle inquièt pour les brebis béarnaises

(En noir : extraits de la question parlementaire 410 posée au Ministre de l'agriculture, de l'alimentation et de la pêche, à l'assemblée nationale par Jean Lassalle le 9 juin 2003 - JO page 4336)

M. Jean Lassalle souhaite attirer l'attention de M. le ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales sur les dangers liés à la fièvre charbonneuse pour les filières animales et la santé humaine. La maladie de la fièvre charbonneuse a été fréquemment rencontrée dans la montagne et le piémont béarnais. [ NDLB : Elle voyagerait plus vite que la fièvre du poulet (Augustin : "et des ours"). Augustin Bonrepaux est sur le coup et prépare une enquête parlementaire. ] : elle est apparue à sept reprises durant ces quarante dernières années. Appelée également charbon bactéridien, elle affecte essentiellement les ruminants et entraîne, dans sa forme aiguë, la mort de l'animal en quelques jours.

Elle est transmissible à l'homme, chez lequel un traitement précoce est indispensable pour pouvoir réaliser un pronostic favorable. La vaccination des animaux est efficace ; c'est pourquoi des campagnes de vaccination sont régulièrement réalisées à titre préventif dans l'ensemble des zones à risque (3 000 à 4 000 animaux chaque année). Le vaccin est fabriqué en Uruguay et importé par le laboratoire Merial. Or, compte tenu des événements survenus aux Etats-Unis fin 2001/début 2002, la fabrication de ce vaccin serait désormais interdite. Seul reste actuellement utilisable un stock qui sera rapidement épuisé. Il demande donc au Gouvernement de faire toute la lumière sur cette situation qui est jugée particulièrement préoccupante par les professions chargées de la gestion et de la santé animale. [ Qu'attends t-on pour descendre toute les brebis des estives béarnaises et pour les mettre en quarantaine, ou pour en faire de la farine animale, histoire de nourrir gratuitement les patous? ]

Jean Lassalle demande également que soient prises rapidement toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection des animaux fréquentant les secteurs à risque et limiter, en cas d'apparition de foyer, le développement de la maladie avec des conséquences prévisibles sur la santé humaine.

Il semble en tous cas, que dans le Nord, les chiens errants sont les mêmes que dans les Pyrénées. Regrettable.

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