Pierre Casassus-Lacouzatte organise une chasse à l’ours en vallée d’Ouzoum. Les bergers jouent avec le feu
Pierre Casassus-Lacouzatte et d'autres bergers « excédés », par les attaques d'ours sur leurs troupeaux ont organisé samedi un coup médiatique pour la « cause du pastoralisme » : une battue dans la vallée de l'Ouzoum (une vallée ou traditionnellement, les troupeaux sont non gardés), entre Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées, pour « tenter de repousser l'ourse slovène Franska vers sa zone d'introduction », a Monsieur indiqué Pierre Casassus-Lacouzatte.
Désireux de parfaire de la communication, ils ont donc conviés la presse et la télévision. On allait voir ce qu’on allait voir et les grands mots habituels étaient de sorties : « excédés », « massacre », « fauves », « carnage » …
Pierre Casassus-Lacouzatte: une « traque d'effraiement »
Trente bergers, selon la gendarmerie, une centaine selon un berger ( habitué sans doute à voir double avec le petit jaune ou désireux de transformer le flop en scoop régional) ont effectué une « traque d'effraiement » (sic) a précisé Pierre Casassus-Lacouzatte, co-président de la fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne. Les bergers s'étaient munis de cornes, sifflets et pétards « pour tenter d'effrayer Franska », a-t-il précisé. « C'est la seule chose que l'on puisse faire », a indiqué Pierre Casassus-Lacouzatte.
Ce qui a été présenté comme « une coordination entre la Fédération Transpyrénéenne des éleveurs de montagne et les éleveurs des Hautes-Pyrénées qui sont dans la même situation que les Béarnais » n’a été en fait (voir le reportage de France 3 vers 1 min 54) qu’une manifestation ridicule de grands enfants pétaradants dans la montagne et abandonnant leurs détritus.
France 3, un bon moyen pour obtenir le retentissement qu’ils souhaitent
Les éleveurs ont annoncé qu’ils « choisissait la transparence, un bon moyen pour que leur action ait le retentissement qu’ils souhaitent » : Les gendarmes, prévenus par les bergers, étaient présents sur les lieux, ainsi que des gardes de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), même le sous-préfet d’Oloron « en a été étroitement informé ». Le sous-préfet, trop occupé sans doute, n’est pas venu jouer dans les bois avec eux.
Pierre Casassus-Lacouzatte a donc entrainé les journalistes dans un « grand jeu », ce qu’ils semblent avoir modérément apprécié. Encore un coup médiatique qui tourne en nœud de boudin. « Nouvelle épreuve de force » avait pourtant titré la République des Pyrénées.
Rapatriement à la frontière béarnaise pour l’ourse Franska
Texte du JT 19/20 du 29/07/2006 France 3. Règis Cothias et Sandrine Estrade de France 3 Aquitaine ont été conviés à cette opération.
Les éleveurs de brebis de la vallée de l’Ouzoum sont furieux. Ils ont organisés une battue aujourd’hui pour tenter d’effrayer Franska, l’ourse slovène afin qu’elle quitte leur vallée. Cette hôte indésirable est accusée d’avoir attaqué plusieurs troupeaux.
Un peu de fumée, quelques détonations accompagnés de cris, la battue pour effaroucher Franska à fait long feu. Par peur d’hypothétiques poursuites pour une battue interdite, les manifestants des forêts s’échappent et ainsi le coup médiatique des éleveurs anti-ours tourne à l’amusement de gosses ; alors pour sauver les apparences, les responsables agricoles redoublent de sérieux en dénombrant les prédations attribuées à l’ours: « Depuis le début de l’été, nous avons huit éleveurs sur la commune (euh) huit à neuf éleveurs qui ont été (euh), qui ont eu des dégâts de brebis (sic), ces jours-çi, ca s’est encore amplifié puisque le (euh) un éleveur à perdu huit brebis, enfin perdu huit brebis… huit brebis retrouvées mortes, sans compter les brebis effarouchées qu’on n’a pas encore retrouvé. »
L’objectif de la manœuvre est de pourchasser Franska jusqu’à son retour vers Bannières de Bigorre, là où elle a été lâchée et acceptée par les élus locaux. Mais dans la vallée de l’Ouzoum, entre Pau et Lourdes, l’ours reste indésirable : « C’est un secteur où il n’y a pas de cabanes, la plupart des montagnes sont ce qu’on appelle des montagnes sèches, c'est-à-dire où il n’y a pas de points d’eau, où le bêtes ne peuvent survivre qu’en étant en liberté. Alors c’est évidant que c’’est parfaitement incompatible avec la présence d’un prédateur comme l’ours. »
Les bergers disposent d’arguments valables, mais à vouloir manipuler les médias et à les entrainer dans une opération digne des pieds nickelés, pas sûr que leur exaspération et leur combat soit bien compris.
La peur des oursons à venir
Depuis plusieurs semaines, l’ourse Franska s’était logée sur les communes de Saint-Pe de Bigorre, Salles, Gaillagos et bougeait peu. Bien sûr, en refusant de garder les troupeaux, les bergers prennent des risques pour leurs brebis, mais ils refusent pourtant d’en payer le prix. Un comportement irresponsable qui cache sans doute la peur de voir l’ourse Franska s’établir dans la région et mettre au monde des oursons qui les obligeraient à changer leurs pratiques pastorales.
L’Etat est responsable de la conservation de l’espèce ours brun sur son territoire. Afin d’assurer le maintien de cette espèce, il a mis en place le programme de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées dont le pilotage est confié au préfet de la région Midi-Pyrénées, préfet coordonnateur du massif des Pyrénées. Franska est une des trois ourses lâchées dans les Pyrénées pour remplacer les ourses femelles qui ont été tuées par des chasseurs et assurer le renforcement de la population résiduelle d'ours brun dans les Pyrénées. La dernière ourse de souche Pyrénéenne, Cannelle, a été tuée en Béarn par René Marquèze dont on attend le procès.
La chasse à l'ours : un jeu dangereux
Faut-il encore préciser à Monsieur Pierre Casassus-Lacouzatte, co-président de la fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne et aux autres bergers de la vallée de l'Ouzoum, comme pour les autres que l'ours est un animal sauvage qui dispose d'un statut particulier de protection. Chasser l'ours, perturber une espèce protégée, déranger son habitat pourrait avoir de graves conséquences juridiques et financières pour les associations qui semblent-ils, cherchent à remplir rapidement leurs casiers judiciaires. La peur « d’hypothétiques poursuites » est donc bien justifiée et devrait inciter ces habitués du « non droit » à se tenir tranquille.
Classement UICN
L’ours brun est classé dans la catégorie des espèces peu menacées d’extinction (catégorie E, en danger). Bien que non menacée au niveau mondial, l’ours brun a fortement régressé au cours du 20ème siècle, à la fois en Europe et en Amérique du nord. A l’échelle de l’Europe de l’ouest, cette espèce est menacée d’extinction dans plusieurs pays, ce qui nécessite la mise en place de plans de conservation.
Convention de Berne
La convention de Berne a pour objet d’assurer la conservation de la flore, de la faune sauvages et de leurs habitats. L’ours brun y est inscrit comme espèce strictement protégée (annexe II). Les États doivent prendre les mesures nécessaires pour maintenir la population de faune sauvage à un niveau qui correspond aux exigences écologiques mais également en tenant compte des exigences économiques et récréationnelles. Les États signataires s’engagent à encourager la réintroduction d’espèces indigènes lorsque cette mesure contribue à la conservation de l’espèce.
Convention sur la diversité biologique
L’objectif principal de cette convention est la conservation de la diversité biologique, laquelle exige essentiellement la préservation des écosystèmes et des habitats naturels, ainsi que le maintien et la reconstitution de populations viables d’espèces dans leur milieu naturel. Afin d’atteindre l’objectif de conservation de la diversité biologique, les mesures suivantes doivent être prises (...) :préserver les habitats présentant des populations viables ; restaurer les écosystèmes dégradés et favoriser le maintien des espèces menacées.
Convention de Washington
La convention sur le commerce international d’espèces menacées d’extinction, dite CITES ou convention de Washington. L’ours brun est inscrit en annexe II de cette convention. L’ours brun y est classé en annexe A ; ce qui confère à l’espèce un statut de protection renforcé.
Directive « Habitats »
L'ours brun européen figure sur la liste des espèces prioritaires au niveau communautaire. La directive préconise le maintien, ou le rétablissement, des habitats naturels et des habitats d’espèces d’intérêt communautaire (dont l’ours brun) dans un état de conservation favorable. C’est notamment à ce titre que se constitue progressivement le réseau Natura 2000 des sites d’intérêt communautaire. L’ours brun est une espèce protégée au sens de l’article 12 et de l’annexe IV de la directive (interdiction de capture ou de mise à mort intentionnelle…) et de l’article 16 prévoyant des dérogations possibles à ces interdictions « A condition qu’il n’existe pas une autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle ».
Résolutions du Parlement européen en faveur de la protection de l’ours brun
Par sa résolution du 17.02.1989 (A2-339/88, ABL C 69/201, 20.3.1989), le Parlement européen invite la Commission européenne à favoriser l’émergence de programmes pour la protection de l'ours brun en Europe et à soutenir les programmes existants. Par sa résolution du 22.04.1994, le Parlement européen invite la Commission européenne à ne pas soutenir et ne pas financer le développement d’activités ayant un impact négatif sur les populations d'ours. Les impacts des activités humaines sur les populations d'ours devraient être compensés par des mesures de protection de l’habitat.
Recommandations du conseil de l’Europe
Dans le cadre de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, le Comité permanent du conseil de l’Europe a pris plusieurs recommandations concernant la protection de l’ours brun en Europe.
Recommandation n° 10 (1988) du comité permanent concernant l’ours brun
Le comité permanent recommande notamment :
- de renforcer la protection juridique de l’ours brun et sa surveillance,
- d’accorder une attention particulière à la conservation des habitats,
- de favoriser la conservation des corridors entre les différents noyaux de population,
- (...)
Recommandation n° 43 (1995) relative à la conservation des mammifères menacés en Europe
Le comité permanent recommande notamment :
- d'accorder une attention particulière à la conservation des petites populations menacées,
- d’effectuer un suivi fin de ces populations,
- d'étudier la nécessité de programmes de réintroduction,
- (...)
Réglementation nationale
La chasse à l’ours est interdite en France depuis 1962. L’espèce Ursus arctos est protégée au titre de l’article L. 411-1 du code de l’environnement par arrêté ministériel du 17 avril 1981 (modifié par l’arrêté du 16 décembre 2004) fixant les listes des mammifères protégés sur l’ensemble du territoire français. L’évolution des textes montre une tendance vers une protection juridique de plus en plus importante de la biodiversité et notamment de l’ours brun. L’espèce étant menacée, les États, qui abritent une population d’ours brun, portent une responsabilité dans sa conservation et donc dans la mise en œuvre de mesures efficaces de gestion, voire de restauration.
Si les bergers cherchent l'Etat, ils risquent bien de le trouver. Du travail pour les avocats, des coûts pour les associations d'opposants ou de l'inconscience? "A suivre" comme dirait l'autre sur Lourd d'Infos.













