Les organisateurs de la manifestation en faveur de l'ours, prévue samedi à Luchon, ont décidé vendredi de la transférer à Toulouse. La sécurité n'aurait pas pu être assurée face aux menaces des "anti-ours". René Rettig, maire de Luchon, fait part de son indignation.
"Ce devait être une fête familiale, ce n'est plus possible". Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) devait accueillir samedi une manifestation en faveur de l'ours. Elle se déroulera finalement à Toulouse, "par mesure de sécurité". René Rettig, maire (UMP) de Luchon, cache difficilement son indignation. La décision a été prise par les organisateurs du défilé à la suite d'"informations alarmantes" recueillies vendredi matin, au lendemain du quatrième lâcher d'ours dans les Pyrénées.
"Nous avons eu confirmation qu'il y aurait eu des exactions et des empêchements d'organiser ce rassemblement", a indiqué vendredi René Rettig, maire de Luchon, précisant que certains participants à la manifestation avaient été "menacés de violence". Un décor paysager, réalisé par les jardiniers de la ville pour l'occasion, a même été incendié dans la nuit de jeudi à vendredi. Un escadron de 80 gendarmes devait éviter tout débordement samedi. Mais "une manifestation à Luchon aurait été trop dangereuse et n'aurait rien apporté, sauf des pleurs et des mises en responsabilité dont nous n'avons pas besoin", a poursuivi René Rettig.
Menaces intolérables
Bernard Moules, le secrétaire général de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), avait prévenu jeudi : "Si par malheur on lâche un nouvel ours, je ne sais pas si la fête pourra se tenir". Selon René Rettig, il s'agit de "menaces intolérables dans un pays où l'expression de l'opinion et le droit de manifester existent". Et de se déclarer "amer de voir à quel point on ne respecte plus grand-chose dans ce pays quand il s'agit d'opinions qui s'opposent".
Dans une lettre ouverte publiée jeudi, l'élu local s'en prenait aux "députés, conseilleurs généraux, élus consulaires" qui se servent de l'ours et des éleveurs comme un "alibi à l'inaction" et qui mettent de l'huile sur le feu. "Ce n'est pas possible d'arriver à ce point d'exaspération et d'incompréhension pour un problème somme toute secondaire parmi ceux de la société française", déclare-t-il encore.
Un geste
Le transfert de la manifestation "doit être perçu comme un geste" de bonne volonté à l'égard des éleveurs, insiste le maire, qui leur "demande de reprendre leurs esprits et d'être à nouveau capable de dialoguer". Il rappelle d'ailleurs qu'il avait permis aux "anti-ours" de défiler à Luchon, le 6 mai dernier. "Les éleveurs ne peuvent pas se considérer comme les seuls à exploiter la montagne sans entraves", pointe-t-il. Car, selon lui, le débat sur la présence de l'ours dans les Pyrénées pose avant tout la question de l'avenir du pastoralisme mais aussi des activités qui peuvent survivre dans ces régions.
En attendant la reprise du dialogue, René Rettig craint à l'avenir qu'il y ait "probablement des meurtres d'ours dans les Pyrénées, par accident ou volontairement".
Matthieu DURAND (LCI)