La mairie de Rolland Castells (Bagnères-de-Bigorre) transformée en clos d'équarrissage (B. de Menten)
Un groupe d'une petite cinquantaine d'éleveurs anti-ours ont eu la bonne idée de déposer un cadavre de brebis mardi matin dans le hall de la mairie de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées). Une autre brebis blessée, d'après les éleveurs "par un ours et sous morphine" a été déchargée avec énergie et amenée à la mairie pour créer une ambiance de film d'horreur.
« On les a emmenées à la mairie pour montrer au maire le beau cadeau qu'il nous a fait » en acceptant le lâcher d'une ourse slovène le 28 avril sur sa commune, a indiqué Laurent Crampe, propriétaire d'un des ovins. Lundi soir, une autre brebis a été retrouvée « déchiquetée et en train de mourir ». Les éleveurs étaient venu pour « demander à Monsieur le maire s'il a le courage de la finir » a rajouté l'éleveur.
Le maire, Roland Castells, était absent. Deux adjoints au maire ont à nouveau affirmé que la cohabitation était possible. L’ambiance est vite montée mais des gendarmes étaient présents. Avant de partir, les éleveurs ont annoncé qu'ils « laissaient le soin aux élus d'euthanasier la brebis » et qu'ils se rendraient samedi à la manifestation pro-ours à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne).
Echelle et proportions
- 200 à 300 brebis sont tuées par les ours chaque année.
Vont-ils les apporter chaque fois dans une mairie ? - 15 000 à 20 000 brebis meurent dans les estives.
66 fois plus de brebis meurent tuées pour une autre raison que l'ours :
La foudre, la peur des orages, les chiens errants, les maladies, les mouches tueuses et aussi parfois … le manque de soin. Ces brebis là sont abandonnées dans la montagne aux vautours sans autres formes de procès, sans descentes médiatiques en mairies, sans plaintes, sans télévision ni articles dans la presse complaisante du Midi.
L’ours est responsable de 1 à 1,5% des pertes. Pour les 98,5% des autres pertes, on n’entend pas les éleveurs. L’ours est bien le de bouc émissaire et le grand financeur du pastoralisme car l'ours est aussi responsable :
- du financement de la rénovation des cabanes,
- du financement des héliportages,
- de la mise à disposition des radios-émetteurs,
- des dédommagements des 200 à 300 brebis qu’il tue (à bon prix).
Des éleveurs prennent le beurre et l'argent du beurre. Des éleveurs ne veulent pas cohabiter. Des éleveurs refusent de prendre des patous, d'installer des parcs de nuit. Cela fera plus de victimes, davantages de dédommagements et de brebis à déposer dans les mairies avec des éleveurs en pleurs ou en colère devant les médias.
Pendant qu’ils bloquent les routes pour empêcher le lâcher de la quatrième ourse, les brebis restent seules. Pendant qu'ils exibent les cadavres de brebis, les autres attendent le passage de l'ours, sans protections.
Couvertures politiques et détournements de la charte "patrimoniale"
Le week-end passé, Didier Hervé a présenté à Eldorando des bergers larmoyants qui se plaignaient d'être dehors sous la pluie à faire un métier difficile. Monsieur piste, tout sourire a annoncé que tout allait bien à l’IPHB, que les associations écologistes participaient toujours aux débats. Il distribue des tracs « L'Institution Patrimoniale du Haut Béarn a permis de faire se rencontrer des acteurs qui s'affrontaient jusqu'alors, pour qu'ils prennent véritablement en charge ensemble le patrimoine, le développement des vallées béarnaises et la protection de l'ours. »
le seul patrimoine pris en charge est le pastoralisme. Le seul développement des vallées pris en charge est celui du béton, des camions et des pistes qui détruisent les derniers refuges des ours. Quant à la protection des ours en Béarn : combien en reste t-il ? Où sont les 2 femelles annoncées et financées par l'Europe, les régions ?
Dans ce tract qui présente la photo de Mohican prise par un garde du parc un mois avant la mort de Cannelle comme une photo IPHB on peut lire aussi, tenez vous bien : « Le but est de renforcer le lien patrimonial entre l'homme et l'ours afin d'assurer le maintien d'une petite population d'ours brun dans le haut béarn..» Qu'est devenu l'article 7 de la charte de l'IPHB?
« Art. 7 : La protection des derniers ours français constitue un enjeu local, national et international. Il s’agira d’assurer, à terme, au mieux le maintien spontané de la souche d’ours Pyrénéen, au pire de l’espèce, en permettant simultanément le développement des vallées.
L’objectif à terme serait de reconstituer une population viable au niveau du massif Pyrénéen dans des conditions de vie aussi naturelles que possible.
Dans le cadre de cet objectif les règles de gestion qui s’y appliquent peuvent admettre un certain degré d’artificialisation en cas de problèmes d’insécurité ou pour des raisons scientifiques tout en sauvegardant les conditions de développement de la population ursine. »
Manipulations, désinformations et violences. Difficile pour la buvette de continuer à défendre ce pastoralisme là. Très difficile.
On peut rêver
Et si les bergers se mettaient à faire du fromage de vache à la place de faire de l'Ossau-Iraty ? Fini le problème de la mévente des carcasses, fini le problème de l'ours, fini le problème de la cohabitation, du gardiennage. Ils pourraient accueillir les touristes, les randonneurs, vendre le fromage et raconter la longue histoire de l’ours dans les Pyrénées. Ils pourraient réconcilier les citadins, les écologistes, les naturalistes, les fonctionnaires, tous leurs clients, avec le pastoralisme. Même en continuant à faire de l’Ossau-Iraty, ils pourraient protéger les troupeaux ; n’est ce pas leur devoir de berger ? Les éleveurs ont la paix ou la guerre entre leurs mains. Que vont-ils en faire ?
Baudouin de Menten
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