Omerta en Béarn
«Parler de l'ours ? J'ai envie de pouvoir louer des estives l'année prochaine», explique un berger d'Aspe. Premier anniversaire de la mort de Cannelle, aborder la question de l'ours, c'est s'offrir une randonnée sur des charbons ardents.
Le sujet divise. Trace une ligne de fracture entre pro et anti. Chez les bergers, à moins de s'opposer à l'ours, en parler est devenu tabou. Pourtant, il existe une frange d'acteurs de la montagne considérant la cohabitation avec le plantigrade possible. Ils préfèrent ne pas dévoiler leur identité, «on ne sait jamais», entend-t-on en boucle. «Je travaille dans un milieu naturel, au milieu de nombreuses espèces sangliers, vautours, ours, etc. Cela fait partie intégrante de la vie pastorale», souligne un autre.
L'ours est un garde-fou
«Je suis déçu, depuis dix ans, rien n'a été fait pour renforcer la population ursine. Il va disparaître. L'ours est un garde-fou pour éviter l'emprise humaine sur la montagne, les Pyrénées ne doivent pas devenir comme les Alpes », explique un berger qui a travaillé vingt ans en zone ours, ayant subi plusieurs attaques. Il poursuit : « Dans les Pyrénées, on a longtemps travaillé en bon gardien. La montagne ne doit pas être la porte ouverte de sa bergerie. Les montagnes doivent être occupées par les bergers, comme les pêcheurs doivent aller en mer. Le bon sens, c'est de rester l'été avec ses brebis».
Résistance béarnaise
Entre pro et anti apparaît une conception différente de la vie pastorale. «La prime à l'herbe a pour effet d'agrandir le cheptel sans gardiennage sur toujours plus d'espace. C'est une désertification de nos montagnes. Pas étonnant que les anti s'opposent à l'ours, ils sont dans un schéma productiviste, sans égard pour la bio-diversité.»
En toile de fond, une interrogation pointe : quel avenir pour l'économie pastorale ? «Il faut choisir le développement que nous voulons pour nos montagnes. On ne peut pas préempter la montagne pour servir ses propres intérêts. Elle ne nous appartient pas, elle est à tout le monde.»
Deux maires béarnais montent aux barricades
Les maires d'Accous (Mr Jean Pierre Cazaux) et d'Etsaut (Mr Marcel Minvielle) se disent favorable à l'ours et à la réintroduction. « Les chasseurs et les bergers sont des véritables réservoirs de voix. On assiste à un bel exercice de démagogie électorale.
Dans cette affaire, l'IPHB a voulu le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière. On peut pas avoir deux discours. Les crédits ont servi à mettre les cabanes aux normes à amener l'eau chaude à developper les vallées. Mais il y avait une contre partie: la protection de l'ours. Maintenant qu'ils ont tout ,ils n'en veulent plus. Il faut être cohérent et courageux »
Marcel Minvielle rajoute: « Je sais que je vais perdre 30% des voix,mais je ne change pas de ligne.» Jean pierre Cazaux glisse: « Dans deux ans,il y a des échéances électorales. Alors allez contre l'avis des électeurs c'est quelque part se condamner. » C'est l'occasion pour ceux qui n'osent pas parler de se regrouper et de commencer à bouger.
Le début de quelque chose et la fin de l'IPHB ?
Demain, Nelly Olin se déplacera à Toulouse pour rencontrer les acteurs de terrains et peut-être pour en dire plus sur le renforcement de la population d'ours. Serge Lepeltier a déclaré que pour assurer la survie de l'espèce, 5 ourses, ce ne serait pas assez et il a regretté que son projet de réintroduction soit pour le moment limité à une seule phase. Les choses sont-elles entrain de bouger en Béarn ? L'IPHB va t-il continuer à ne rien faire sinon vider ses caisses et attendre que de l'argent frais continue à arriver ou assiste t-on aux derniers jours de l'Institution Patrimoniale du Haut-Béarn?













