Pourquoi les éleveurs pyrénéens sont opposés aux réintroductions d'ours ?
Texte du tract distribué par les éleveurs de la Fédération Transpyrénéenne des éleveurs de montagne lors des 2 week-ends des Automnales du Pays de l'Ours à Arbas puis à Massat.
Un peu d'histoire
La cohabitation du pastoralisme avec les grands prédateurs n'a jamais fonctionné.
C'est ainsi que les hommes ont toujours chassé l'ours et que l'Etat français a organisé et encouragé la destruction des ours en France, puisque la dernière battue administrative a eu lieu le 22 Août 1963. (1)
Par la suite, malgré la protection de l'espèce, les hommes ont continué à protéger leur outil de travail de toutes prédations. (2)
En 2005, malgré ce qu'affirment certains « spécialistes du pastoralisme », à la tête d'associations environnementales, les éleveurs n'ont malheureusement toujours pas trouvé de solutions pour cohabiter avec les ours. (3)
Toutes les mesures présentées pour cohabiter avec l'ours ou les autres prédateurs passent par une présence permanente de -l'éleveur 7 jours sur 7, 24h sur 24 soit 168 heures par semaine pour préserver son outil de travail. (4)
Les patous, clôtures électriques, et autres systèmes d'effarouchement ne fonctionnent qu'avec une présence humaine et ne garantissent aucunement le résultat. (5)
A l'époque où les Français vivent au rythme des 35 heures, des RTT et des congés payés, qui a le droit d'imposer une telle astreinte de travail à notre profession ? Les éleveurs alpins et pyrénéens seraient-ils devenus des citoyens de deuxième zone ? (6)
Actuellement, plus de 80% du cheptel pyrénéen transhume en liberté. Cela correspond à une évolution sociale, voulue et réfléchie des éleveurs qui comme leurs concitoyens veulent avoir accès aux loisirs, au temps libre et non être des exclus de la société. (7)
La souche pyrénéenne étant éteinte, la question de la biodiversité ne se pose plus, alors pourquoi réintroduire au milieu de nos troupeaux des ours qui non seulement ne sont pas menacés de disparition en Europe mais sont considérés comme gibier et gérés par plan de chasse dans leur pays d'origine. (8)
C'est pourquoi nous demandons fermement à l'Etat Français de renoncer définitivement au programme de réintroduction d'ours dans les Pyrénées. Nous ne voulons ni des ours, ni des indemnisations qui vont avec, mais seulement qu'on nous laisse faire notre métier d'éleveurs, librement, dans une montagne vivante, accueillante et non dans un zoo, véritable sanctuaire dédié à la faune et à la flore où les activités humaines: Pastoralisme; Tourisme et Chasse seraient réduites à la portion congrue. (9)
Vacanciers, soyez les bienvenus dans les Pyrénées, profitez de ces magnifiques paysages façonnés par nos ancêtres et leurs troupeaux. Aujourd'hui, à notre tour, nous entretenons les montagnes et les vallées en perpétuant cette pratique millénaire porteuse de traditions et de culture mais aussi d'avenir: le pastoralisme. Soutenez-nous. (10)
Réactions du tenancier de la buvette des alpages :
Il n'y a jamais eu de cohabation
(1) « Le pastoralisme n'a jamais cohabité avec les prédateurs »
Ni en France, ni nulle part, ni jamais? Il s'agit d'une affirmation catégorique et définitive. L'ours était présent avant l'homme dans les Pyrénées.
Les bergers ont tellement utilisé de patous que c'est une des 2 races de chiens liées aux pyrénées. C’est celle qui est considérée par une étude américaine comme la race la plus efficace pour défendre les troupeaux. Voir Utilisation et méthode de mise en place du chien de protection sur troupeau ovin.
A certaines époques, les Pyrénées étaient plus peuplées en hommes, en ours et en troupeaux, le tout en même temps. La cohabitation a donc toujours existé depuis des lustres. Comment faisaient les bergers quant il y avait plusieurs centaines d’ours dans les Pyrénées ? Les troupeaux étaient plus petits, gardés par des hommes et des patous. Ils cohabitaient.
Le pastoralisme hors la loi
(2) « Malgré la protection de l'espèce, les hommes ont continué à protéger leur outil de travail de toutes prédations »
Si je lis bien entre les lignes cela veut dire : Malgré la loi protégeant l’ours, nous avons continué à éliminer l’ours avec des moyens illégaux. Nous le savions, c'est bien de l'avouer publiquement.
Les moyens de protection des troupeaux ne sont pas efficaces
(3) « les éleveurs n'ont malheureusement toujours pas trouvé de solutions pour cohabiter avec les ours ».
« trouvé » n’est peut-être pas le terme qui convient. « accepté » me semble plus approprié. Chercher une solution est une démarche active qui demande adaptations et équipements : des bergers sur place, des chiens, des clôtures, de la surveillance, mais aussi des troupeaux gérables au nombre de brebis moindre etc.
Pourquoi reconnaissez-vous que l’Ours découragé par les méthodes de protection utilisées, harcelés par les chiens, va voir sur le troupeau d’en face si la protection n’est pas moins bonne. Si le troupeau suivant est lui-même bien protégé, il ira plus loin ou se lassera et retournera à ses faines et à ses myrtilles.
De nombreuses statistiques montrent que plus de chiens bien éduqués est synonyme de moins d’attaques d’ours, de loups et de chiens. De quoi gagner sur les 3 tableaux et diminuer le nombre de perte à la fin de l’estive.
Pourquoi certains éleveurs interdisent-ils aux bergers d’avoir des patous ? Parce que prendre un patou, c’est pour vous "accepter la présence du prédateur". Prendre un patou, l’élever dans les règles d’efficacité bien connues et encouragées, c’est simplement bien faire son métier de berger et protéger son troupeau, au-delà des problèmes de refus « par pur principe ».
(4) « Toutes les mesures présentées pour cohabiter avec l'ours (…) passent par une présence permanente de l'éleveur 7j/7, 24h/24 soit 168 heures par semaine … ».
« Par une présence humaine », pas « par une présence permanente de l'éleveur 7j/7». Un berger, des aides-berger et des « écolos bénévoles » peuvent se relayer. Le pastoralisme peut utiliser le système des poses.
(Pastoraloup fonctionne dans les alpes, un système comparable à Pastoraloup pourrait voir le jour dans les Pyrénées: Pastoralours. Libre à vous d’en profiter ou de le refuser par principe. Dans ce cas les bergers qui acceptent la cohabitation auront un autre avantage supplémentaire.
Si les primes touchées pour aider l’éleveur étaient effectivement utilisées pour embaucher des hommes supplémentaires afin de garantir une présence humaine près des brebis, l’éleveur de travaillerait pas 168 h/semaine. Les éleveurs ne dorment-ils pas ? Physiquement, personne ne travaille 168 heures par semaine plus de 2 jours de suite.
(5) « Les patous, clôtures électriques, et autres systèmes d'effarouchement ne fonctionnent qu'avec une présence humaine et ne garantissent aucunement le résultat ».
J’ai déjà été plusieurs fois en estive par des patous aboyant dans la montagne pendant un long moment. Ils faisaient leur métier de gardien. A l’aube, pas de dégâts !
Effectivement, la présence humaine est bien une des clés de la protection efficace. Les systèmes de protection n’assurent pas le « zéro prédation », mais les bergers ont une obligation de moyens : toutes les mesures possibles doivent prises pour diminuer les pertes, les maintenir à un niveau acceptable le plus faible possible, le plus proche de zéro possible. Ont en est encore loin aujourd’hui. 80% du cheptel pyrénéens est laissé libre et en liberté. C’est comme si la nuit 80% des français dormaient en oubliant de fermer à clé la porte de leurs maisons. Le résultat est identique : les prédateurs peuvent venir se servir.
Le beurre et l'argent du beurre
Cette méthode de travail n’est plus acceptable et les éleveurs ne peuvent pas en même temps crier à l’ours, se plaindre des prédations et ne pas utiliser les moyens de défenses traditionnels et nouveaux qui leurs sont proposés et en grosse partie financés !
Pourquoi les éleveurs qui refusent les moyens de protection sont-ils actuellement indemnisés? En Slovénie par exemple ( puisqu’on parle de la Slovénie), les éleveurs qui ne se protègent pas correctement ne reçoivent aucunes aides. Ils vivent dans un territoire avec des loups, des ours et des lynx. Quand on leur demande quel est le prédateur le plus dangereux, ils répondent en cœur … les chiens ! (Exposé sur la Slovénie - Arbas 2005. Il n’y avait plus de bergers dans la salle. Ils étaient partis après avoir foutu le bordel pendant l’exposé de l’Association pour une Cohabitation Pastorale).
A mon avis, la politique du donnant-donnant arrivera aussi en France : En cas de refus des moyens de protection : plus d’indemnisation. Le berger buté qui refuse de se protéger parce qu’utiliser des moyens de protection, c’est « reconnaître et accepter la présence des prédateurs » est une manifestation politique. Il doit être prêt à en assumer toutes les conséquences. On ne peut avoir en même temps le beurre et l'argent du beurre.
Que les pertes effectivement reconnues comme occasionnées par un prédateur soient justement dédommagées, tout le monde est d’accord, mais uniquement si le berger fait preuve de bonne volonté.
La vie des bergers
(6) « A l'époque où les Français vivent au rythme des 35 heures, des RTT et des congés payés, qui a le droit d'imposer une telle astreinte de travail à notre profession ? Les éleveurs alpins et pyrénéens seraient-ils devenus des citoyens de deuxième zone ? »
Personne n’a le droit et personne ne le fait. Attention, beaucoup de gens prestent plus que 35 heures. Si les agriculteurs et les éleveurs veulent limiter leur travail à 35 heures effectives et pointer à 16h30, ils ont été mal orienté. Par contre, mettez de suite à la recherche de personnel. Ce n’est pas facile ? Et bien voilà un vrai problème : Comment promouvoir les emplois durables de bergers ? Un problème solvable si les bergers sont payés correctement et épaulés correctement pour qu’ils aient aussi une vie à côté du troupeau.
L'absence de gardiennage de 80% des troupeaux
(7) « Actuellement, plus de 80% du cheptel pyrénéen transhume en liberté. Cela correspond à une évolution sociale, voulue et réfléchie des éleveurs qui comme leurs concitoyens veulent avoir accès aux loisirs, au temps libres et non être des exclus de la société. »
Le fait que 80% des élevages vivent en liberté est la source principale de vos ennuis. Les prédateurs peuvent se servir, les chiens errants peuvent attaquer les troupeaux, les mouches tueuses peuvent pondre et les asticots « bouffer » une brebis sur pied en moins de 3 jours. Le passage de l’éleveur une fois par semaine n’est pas suffisant, même pour la surveillance et les soins du troupeau, même en absence de prédateurs.
Il faut revenir à un pastoralisme avec une présence humaine constante, à un système d’élevage où la taille des troupeaux redevient gérable pour l’homme présent sur le terrain, qu’il s’agisse du berger, de l’éleveur ou d’un ou plusieurs aides. Plusieurs petits troupeaux permettent d’entretenir et de guider les brebis dans les coins reculés de la montagne et permettent aussi de pratiquer le regroupement nocturne, ce qui est impossible avec de grands troupeaux.
C’est vrai, cela représente une nouvelle contrainte, mais le berger à le devoir de bien protéger son troupeau et donc une obligation de moyens. Refuser de travailler en tenant compte de la présence des prédateurs, refuser les moyens de protection par la simple affirmation « Cela ne marche pas », c’est travailler avec des œillères et foncer droit devant, dans le mur.
L’homme n’aime pas le changement. Dans n’importe quel travail, un changement d’habitudes provoque des refus et est toujours difficile à « faire passer ». Le rôle du bon gestionnaire, du « patron », est d’imposer les changements si la survie de l’entreprise est en jeux. Il en est de même pour le pastoralisme. Dans les endroits où il refuse de s’adapter, il disparaîtra.
Dans le secteur de l’élevage, la concurrence va encore augmenter. Les pays de l’Est vont produire moins cher et vous recevoir une bonne partie des subsides que les bergers recevaient. La PAC changera, beaucoup de pays n’acceptent plus la politique agricole française basée en très grande partie sur les subsides.
L’ours sert de parapluie. Les responsables vous disent de lutter en priorité contre l’ours. Vous mettez vos œillères et foncer droit devant. L’ours, cet « ennemi ancestral » est bien pratique pour cacher la réalité,ignorer les autres problèmes de la profession et se voiler la face.
L'extinction de la souche pyrénéenne et les résponsabilités
(8) « La souche pyrénéenne étant éteinte, la question de la biodiversité ne se pose plus, alors pourquoi réintroduire au milieu de nos troupeaux des ours qui non seulement ne sont pas menacés de disparition en Europe mais sont considérés comme gibier et gérés par plan de chasse dans leur pays d'origine».
La souche pyrénéenne est presque éteinte. Ceux qui avaient la charge de la protéger en Béarn ont failli. Malgré les sommes importantes dégagées pour la protection de l’Ours, seulement 11% des dépenses de l'IPHB ont été consacrée à l’Ours. Le reste de la somme a profité aux éleveurs, est partie en frais de fonctionnement ou à été consacré à quadriller le territoire de l’ours de pistes.
Tout le monde sait que l’ours a besoin de grands territoires et de zones refuges. L’IPHB a obtenu un résultat opposé à celui pour lequel une mission lui avait été confiée. Dans le privé, ce serait une faute grave et la porte de sortie sans indemnité.
Cette politique fait bien l’affaire des éleveurs puisque la disparition de l’ours en Béarn vous permet d’affirmer « La souche pyrénéenne étant éteinte, la question de la biodiversité ne se pose plus. »
Et voilà un problème réglé, croyez vous. Erreur. Les français sont attachés à l’ours et au maintien d’une population viable dans les Pyrénées. Tous les sondages effectués vont dans le même sens, (sauf les analyses tirées par les cheveux de Louis Dollo).
Seuls deux minorités : les éleveurs et les chasseurs voient en l’Ours un « Ennemi ancestral et mortel» qu’il faut continuer à détruire, comme leurs ancêtres l’ont fait « par tradition », pour "garder la montagne propre".
L'Etat est favorable à la réintroduction de 5 ourses femelles mais garde des responsabilités
La décision de maintenir une population d’ours viable à long terme à été prise dans les plus hautes sphères de l’Etat par deux gouvernement sucessifs (Jacques Chirac, Serge Lepeltier, puis Nelly Olin), et une deuxième réintroduction est prévue pour le printemps 2006.
Sans la première, toute trace d’ours aurait probablement disparu à jamais des Pyrénées. Qui est responsable de cette extinction ?
- L’Etat qui s’est débarrassé du problème en le déléguant à l’IPHB est responsable,
- Certains chasseurs (3 ours tués)
- (?) Ceux qui ont provoqués des disparitions inexpliquées. Vous semblez reconnaître ne pas y être étranger. Certains d'entre vous aux positions extrémistes sans doute. (Voir la réponse 2).
La viabilité d'une population d'ours dans les Pyrénées
Tous les spécialistes internationaux confirment qu'actuellement la population d'ours pyrénéenne n'est pas viable (risques d'extinction très
élevé d'ici 2050). La première réintroduction a évité le pire. La deuxième permettra peut-être de casser cette logique de mort.
Les résultats de la réintroduction du printemps 2006 seront analysables au vu de l'évolution de la population ursine. L'équipe de suivi des ours aura encore du travail. Il est probable que plusieurs réintroductions seront nécessaires pour maintenir un espoir d’avoir une petite population ursine dans les Pyrénées ou l’ours est présent depuis des siècles malgré les anciennes politiques officielles et non officielles de destruction de tous les ours pyrénéens.
La tradition pastorale n’a pas que du bon et la crédibilité du slogan « le berger est le premier des écolos » est bien faible au regard de l’histoire.
Le berger a l’habitude de prendre ce qui l’intéresse :
- les financements français et européens
- l’adjectif « écolo » quand il s’agit de parler de lutte contre la fermeture des paysages,
Mais par contre il rejette :
- les moyens de protection proposés par ce que « les accepter, c’est accepter l’ours » et ceux qui se protègent deviennent des traîtres à la profession.
- l’adjectif « écolo » quand il s’agit de respecter le plus grand prédateur en taille de France et son habitat. Tout est bon pour réduire son territoire et détruire la tranquillité dont il a besoin pour survire. C'est attaquer le milieu de l'ours pour attaquer l'ours. Si on peux le détruire physiquement et discrètement, c'est bon aussi.
A qui profite la mort de la dernière ourse femelle "pyrénéenne"?
La mort de Cannelle est-elle vraiment un accident ou un meurtre « déguisé » en accident de chasse. L’enquête ne le dira sûrement pas. Il y a trop d’intérêts financiers et politiques en jeu, et les lobbys agricoles et de la chasse sont mêlés intimement au dossier. Pourtant, il est tentant de se poser la question : A qui profite le crime ? Les chasseurs ont été avertis de la présence de Cannelle, la dernière ourse « autochtone », la dernière possibilité de garder une souche pyrénéenne.
Avec sa mort, la souche « française » et donc sa richesse génétique, la fameuse «biodiversité» de l'ours disparaissait, laissant le champ libre au refus des ours slovènes, ces étrangers «mangeurs de viandes», ces «monstres», ces «ours tueurs » qui sont «considérés comme gibier et gérés par plan de chasse dans leur pays d'origine». Les éleveurs peuvent alors redevenir des défenseurs de la biodiversité et des écologistes en refusant qu’on enlève des ours des territoires, bizarrement redevenus européens à la place d’étrangers, où ils vivent nombreux, en paix et nourris à la viande.
Et si la richesse génétique était slovène?
A force de se reproduire entre eux, les ours "français" en sont devenus plus petits, moins fertile, proche de la dégénérescence, comme l'artistocratie à une époque, comme les crétins des alpes! Il est en effet de plus en plus difficile de diférencier les gênes des différents ours "autochtones". Les ours slovènes, sont de la même espèce. Ils ne sont pas plus grands, ce sont les ours pyrénéens qui sont plus petits ! Du sang neuf en fait. Du renfort pour l'équipe de France. Une "naturalisation" en quelque sorte. Allez la France ! Et merci à la Slovénie.
Les français ne sont pas idiots, l'IPHB se meurt.
L’ADET a organisé le premier lâcher et s’apprête à organiser le second. Sans cela, les Pyrénées auraient définitivement perdus les ours. L’ADET va donc contre vos intérêts, croyez vous. Mais les français veulent des ours, des Pyrénées vivantes et sont prêt à payer pour cela.
Vont-ils toujours supporter de financer encore longtemps le pastoralisme qui refuse les moyens de protection et cherche à voir s’éteindre « naturellement » ou « en stoemelinx » (pas vu, pas pris, c'est du bruxellois!) la population d’ours ?
Vont-ils supporter que L'IPHB (Institut Patrimonial du Haut-Béarn) où de petits barons moyenâgeux règnent sur un territoire en dépit des lois, pour asseoir leur soif de pouvoir, habillement et sournoisement en faisant fonctionner le clientèlisme soit encore financé longtemps ? Les français ne sont pas sots et la réponse est non. Le masque de l’IPHB est tombé et Lassalle est aux abois. Le financement de l’IPHB est en danger. Le refus de la réintroduction de 2 ourses pourrait bien être le chant du cygne de la castafiore et de l’Institut Patrimonial du Haut Béarn.
Pastoralisme, productivisme et écologie
Pour les éleveurs pyrénéens, comme en beaucoup d’endroit l’activité humaine consiste à produire plus, plus rapidement et à moindre frais. Tout ce qui s’oppose à cet objectif gêne et est un frein « au développement durable du pastoralisme » et est un facteur dangereux : « une menace pour la tradition pastorale des Pyrénées ». La présence de l’ours va « mettre un terme à la profession, décourager les éleveurs d'une profession qui se meurt à cause de l'ours.»
Les troupeaux de brebis ne sont pas en voie de disparition. Les bergers optus si. Si un berger quitte définitivement son estive, il y en aura bien un autre pour y remonter et pour protéger son troupeau, si on le laisse faire, parceque sur les estives, l'intimidation et les pressions sont monnaies courantes. Il y aura toujours des brebis et les paysages ne sont pas près de se refermer. Il n'y a pas 2 scientifiques d'accord sur le sujet (sauf Dollo, mais ce n'est pas un scientifique, c'est un Monsieur je sais tout).
Nous voulons vivre dans des Pyrénées avec les bergers et avec l'ours. Vous ne parviendrez pas à faire croire aux français que la cohabitation est impossible puisque la cohabitation pastoralisme-prédateurs à commencé en France comme dans d'autres pays.
La majorité des éleveurs bruyants se considérent comme les seuls propriétaires ou utilisateurs de la montagne, les seuls à la connaître, à l'aimer et à l'entretenir.
- "Mais d'où tu viens, toi, pour me parler de la montagne et me dire ce que je dois faire? Tu n'es même pas de la vallée !"
-"Je suis de ton village."
Un blanc, un moment d'hésitation puis : -"Ce n'est pas vrai, je ne te connais pas."
-"Le monde est un village !"
-"Petit connard d'écolo.."
Et voilà, la boucle est bouclée. Vous êtes dans l’erreur quand vous annoncez haut et fort " Le berger est le premier écolo, le défenseur de l'ours est un rigolo! ". Vos grands parents ont toujours participés activement à la destruction des grands prédateurs et cela ce n’était pas de l’écologie, c’était le début du productivisme! Vous voulez, par manque de réflection : gagner plus, plus rapidement, plus facilement, pour moins cher, quitte à détruire tous ce qui est autour, même vivant, pour peu qu’on se mette dans votre chemin. Ces bergers la ne sont PAS des écologistes, mais des productivistes.
Ouvrir les yeux et prendre conscience
Depuis lors heureusement, des hommes, pas tous, se sont rendu compte que la terre ne peut plus supporter toutes les contraintes et que à cause de la population humaine et de ses activités il est grand temps de revoir notre manière de vivre, de travailler et d’exploiter nos ressources.
Ce déclic est une preuve importante d’évolution, de volonté d’amélioration des conditions de vie pour tous sur la terre. Non, le berger n’est pas le maître des Pyrénées, comme les autres hommes, il emprunte la terre à ses enfants avec tout ce qui vit dessus, y compris l’ours. Alors à qui appartient l’ours, à la France, à la Slovénie ? Le monde est un village. Il faut moins de temps à un homme pour aller aujourd’hui aux antipodes qu’il ne fallait à nos ancêtres pour changer de vallée ou traverser les Pyrénées. La souche pyrénéenne est condamnée, mais l’ours brun est encore vivant.
Qu'est ce que cela te rapporte un ours ?
Ceux qui ont eu ce déclic respectent la vie en général, toutes les formes de vies et les questions « A quoi cela sert un ours ? » ou « Qu’est ce que cela te rapporte un ours ? » n’a plus de sens. La question n’est pas de « servir » ou de « rapporter », termes très productivistes, mais simplement d’être, d’avoir le droit d’être, de partager territoire et ressources. C’est là que l’homme montre qu’il sait progresser, ne plus commettre les mêmes erreurs que par le passé, qu’il sait évoluer et être « humain ». Les bergers qui ont compris cela ont les hommes derrière eux et les pieds bien sur terre.
Les autres continuent à faire comme les ancêtres: « garder la montagne propre» (sans ours) sans évoluer, sans aucune prise de conscience, sans réflexions ni engagements pour un avenir. Oui mais il faut bien progresser, se développer me direz-vous. Bien sur le berger a droit à une vie meilleure et les associations qui prônent la cohabitation y travaillent. Mais qu’est ce que le progrès ? Produire plus, plus vite et moins cher comme durant la révolution industrielle en polluant plus et en détruisant tout ce qu’il y a autour ? Non bien sûr, le développement cherche à devenir durable, à être compatible avec le temps, pour que l’emprunt fait à nos enfants soit remboursable « en nature ». Lire à ce sujet le livre ou la présentation du livre « Comment ne plus être progressiste sans devenir réactionnaire ».
(9) « C'est pourquoi nous demandons fermement à l'Etat Français de renoncer définitivement au programme de réintroduction d'ours dans les Pyrénées. Nous ne voulons ni des ours, ni des indemnisations qui vont avec, mais seulement qu'on nous laisse faire notre métier d'éleveurs, librement, dans une montagne vivante, accueillante et non dans un zoo, véritable sanctuaire dédié à la faune et à la flore où les activités humaines: Pastoralisme; Tourisme et Chasse seraient réduites à la portion congrue ».
La montagne sera-t-elle aussi vivante sans les ours en Béarn ? Qui croira que oui ? Personne à part vous. Personne ne parle de faire des Pyrénées ou de la terre un sanctuaire, il est bien trop tard pour cela ! Les Pyrénées doivent rester une montagne vivante, où la vie est partagée entre tous les être vivants, le plus justement possible.
Faites votre métier librement, je suis d'accord. Mais faites le bien, sans suivre aveuglément le premier homme politique parvenu qui vous dit quel « est » et quel « sera » votre bien, pourvu qu’il soit compatible avec le sien !
On n'a pas peur de l'ours
Les touristes n’ont pas peur ni du loup, ni de l’ours. Ils ont juste une petite excitation, une petite montée d’adrénaline, un instant de plaisir et de satisfaction intérieure en plus quant ils savent qu’ils traversent une montagne où l’homme respecte l’ours parce que l’homme en est capable tandis que l’ours lui n’est pas un homme, même si on l’appelle « Lou Moussou ».
Le jour où les touristes n’auront plus de chance de voir des poils d’ours accrochés à une ronce, une crotte d’ours sur une sente ou une trace de pied dans la boue, ils feront comme le font les hommes aujourd’hui. Ils iront chercher ce plaisir ailleurs, dans d’autres montagnes, en Slovénie, en Roumanie, au Canada, aux Etats-unis, en Russie ou ailleurs…
Et les Pyrénées auront tout perdu, les ours, les touristes, son humanité (sa conscience qu’elle peut progresser) jusqu’à son âme. Voilà à quoi cela sert un ours ou un lys des Pyrénées ou n’importe quoi d'autre, qui si on le regarde juste avec les visières du productivisme ne servent parfaitement à rien et ne rapportent rien. L’émotion n’a pas de valeur. L’émotion EST la valeur. Je ne parlerai même pas de la chasse: quel beau sport la chasse !
Il reste encore de la route à faire pour que le « déclic » se fasse chez chacun. L’Etat français essaie d’avoir ce déclic, des décisions se prennent en lutant contre les lobbys qui freinent des quatre fers afin que rien ne change et que chacun garde ses petits privilèges, sans penser plus loin que le bout de sa vie.
Les ours vous les aurez, la décision a été prise et l’humanité (pas la planète, mais l’homme) y veillera. Après les ours, ce sera probablement les loups qui reviendront dans les Pyrénées. Les choses ne s’amélioreront pas pour le pastoralisme si le déclic ne se fait pas.
Ceux qui protègerons bien leur troupeau pour l’ours seront prêt lors du retour du loup. De plus, ils auront des clients (de la ville) heureux de trouver des produits respectant leurs besoins et envies de qualité, de respect de l’environnement (les paysages, les plantes et les vies qui nous entourent). Les autres continueront de chercher à produire plus, pour moins cher et en travaillant mois. Y arriverez-vous ? Non bien sûr. C’est votre déclic intérieur, votre prise de conscience qui sera ou ne sera pas votre avenir, l’avenir du pastoralisme.
(10) « Vacanciers, soyez les bienvenus dans les Pyrénées, profitez de ces magnifiques paysages façonnés par nos ancêtres et leurs troupeaux. Aujourd'hui, à notre tour, nous entretenons les montagnes et les vallées en perpétuant cette pratique millénaire porteuse de traditions et de culture mais aussi d'avenir: le pastoralisme. Soutenez-nous ».
J'avoue que j'ai de plus en plus de mal à vous soutenir. A l'origine je voyais des sites Internet défendre les prédateurs et très peu de sites pour défendre les bergers et le pastoralisme ou alors tellement mal. Qui se souvient de www pastoralisme-predateurs.org heureusement aujourd'hui disparu ? J'ai donc décidé de créer la Buvette des alpages pour défendre les bergers ET les prédateurs, parce que le "déclic" s'était produit.
Mais comment accepter des comportements indéfendables ? Je continue à soutenir des bergers, mais pas tous : ceux pour qui l'âme des Pyrénées et l'émotion veulent encore dire quelque chose.
Je suis un vacancier, merci de me souhaiter la bienvenue. Ce que j’aime dans les Pyrénées, c’est qu’elles sont restées plus sauvages que les alpes, une montagne un peu plus intacte, même si l’IPHB fait tout ce qui est en son pouvoir pour la démolir en prônant le béton, les routes, les camions et j’en passe. Qu’on lui retire ses pouvoirs sinon les Pyrénées perdront leur âme en même temps qu’elles perdront les ours.
Je m’en irai passer mes vacances ailleurs, rencontrer les bergers que j’aime ailleurs, là où ils auront compris que la cohabitation EST possible et que la montagne est encore plus belle quand la vie y est partagée, quand la biodiversité y est maintenue et quand l’homme cohabite intelligemment avec ses anciens ennemis « traditionnels » en haut de la chaîne alimentaire.
Un berger de mes amis (eh, oui, il y a des bergers en Belgique, celui-ci a plus de 600 brebis) m’a dit en parlant du retour du Lynx en Belgique : « Quelle importance de perdre quelques brebis ? J’aurai bientôt, peut-être, l’émotion de voir un prédateur sauvage vivant sur mes terres ».
Depuis il m’a demandé où il pouvait se procurer un patou ou un Kommondore pour protéger son troupeau. Il fait son métier de berger, installe des clôtures, et laisse quelqu’un (lui ou un autre) près de son troupeau pour soigner les brebis attaquées par les mouches, les chiens errants et les amateurs de barbecues et de gigots.
C’est bien d’entretenir les vallées, et chaque fois que je traverse une estive ou une prairie entretenue, je pense aux bienfaits du pastoralisme, mais tout ce qu’on fait vos ancêtres ne doit pas être perpétué. Ils ont plus que largement contribués à la disparition de l’ours des Pyrénées. Vous êtes la génération charnière, la dernière où le choix et la possibilité de faire d’évoluer reste possible.
Si l’objectif de maintenir une population d’ours viable dans les Pyrénées d’ici 2050 n’est pas atteint et qu’il n’y ait plus d’ours dans vos montagnes. La chaîne pyrénéenne ne sera plus qu’une chaîne comme les autres, traversée par des camions, un peu moins vieille que les Ardennes, mais elle aura perdu son âme et moi ma quête. La quête de l’Ours. (Merci Yves pour ce beau livre qui donne des frissons).
Baudouin de Menten
alias Romuald (dans les forums :le bélier de la BD le Génie des Alpages de F’murrr) -
La buvette des Alpages
Pastoralisme et Biodiversité - Promotion de la cohabitation entre bergers, troupeaux et grands prédateurs - Le site sur les brebis et tout ce qui tourne autour.
Photos: Pas d'ours dans le neige et de sous bois de Patrick Pappola
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