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octobre 2005

30 octobre 2005

De l'utilité de l'Ours des Pyrénées (1): La Tristesse d'Olympio

La buvette vous invite à envoyer des textes d'auteurs ou vos propres textes pour illustrer le thème : "De l'utilité de l'ours" ou "L'intérêt de l'inutile". A vos plumes !

Pour commencer cette série : La Tristesse d'Olympio de Victor Hugo.
Victor HUGO (1802-1885) 
Recueil : Les rayons et les ombres

La Tristesse d'Olympio

Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes.
Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes
Sur la terre étendu,
L'air était plein d'encens et les prés de verdures
Quand il revit ces lieux où par tant de blessures
Son coeur s'est répandu !

L'automne souriait ; les coteaux vers la plaine
Penchaient leurs bois charmants qui jaunissaient à peine ;
Le ciel était doré ;
Et les oiseaux, tournés vers celui que tout nomme,
Disant peut-être à Dieu quelque chose de l'homme,
Chantaient leur chant sacré !

Il voulut tout revoir, l'étang près de la source,
La masure où l'aumône avait vidé leur bourse,
Le vieux frêne plié,
Les retraites d'amour au fond des bois perdues,
L'arbre où dans les baisers leurs âmes confondues
Avaient tout oublié !

Il chercha le jardin, la maison isolée,
La grille d'où l'oeil plonge en une oblique allée,
Les vergers en talus.
Pâle, il marchait. - Au bruit de son pas grave et sombre,
Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l'ombre
Des jours qui ne sont plus !

Il entendait frémir dans la forêt qu'il aime
Ce doux vent qui, faisant tout vibrer en nous-même,
Y réveille l'amour,
Et, remuant le chêne ou balançant la rose,
Semble l'âme de tout qui va sur chaque chose
Se poser tour à tour !

Les feuilles qui gisaient dans le bois solitaire,
S'efforçant sous ses pas de s'élever de terre,
Couraient dans le jardin ;
Ainsi, parfois, quand l'âme est triste, nos pensées
S'envolent un moment sur leurs ailes blessées,
Puis retombent soudain.

Il contempla longtemps les formes magnifiques
Que la nature prend dans les champs pacifiques ;
Il rêva jusqu'au soir ;
Tout le jour il erra le long de la ravine,
Admirant tour à tour le ciel, face divine,
Le lac, divin miroir !

Hélas ! se rappelant ses douces aventures,
Regardant, sans entrer, par-dessus les clôtures,
Ainsi qu'un paria,
Il erra tout le jour, vers l'heure où la nuit tombe,
Il se sentit le coeur triste comme une tombe,
Alors il s'écria :

" O douleur ! j'ai voulu, moi dont l'âme est troublée,
Savoir si l'urne encor conservait la liqueur,
Et voir ce qu'avait fait cette heureuse vallée
De tout ce que j'avais laissé là de mon coeur !

Que peu de temps suffit pour changer toutes choses !
Nature au front serein, comme vous oubliez !
Et comme vous brisez dans vos métamorphoses
Les fils mystérieux où nos coeurs sont liés !

Nos chambres de feuillage en halliers sont changées !
L'arbre où fut notre chiffre est mort ou renversé ;
Nos roses dans l'enclos ont été ravagées
Par les petits enfants qui sautent le fossé.

Un mur clôt la fontaine où, par l'heure échauffée,
Folâtre, elle buvait en descendant des bois ;
Elle prenait de l'eau dans sa main, douce fée,
Et laissait retomber des perles de ses doigts !

On a pavé la route âpre et mal aplanie,
Où, dans le sable pur se dessinant si bien,
Et de sa petitesse étalant l'ironie,
Son pied charmant semblait rire à côté du mien !

La borne du chemin, qui vit des jours sans nombre,
Où jadis pour m'attendre elle aimait à s'asseoir,
S'est usée en heurtant, lorsque la route est sombre,
Les grands chars gémissants qui reviennent le soir.

La forêt ici manque et là s'est agrandie.
De tout ce qui fut nous presque rien n'est vivant ;
Et, comme un tas de cendre éteinte et refroidie,
L'amas des souvenirs se disperse à tout vent !

N'existons-nous donc plus ? Avons-nous eu notre heure ?
Rien ne la rendra-t-il à nos cris superflus ?
L'air joue avec la branche au moment où je pleure ;
Ma maison me regarde et ne me connaît plus.

D'autres vont maintenant passer où nous passâmes.
Nous y sommes venus, d'autres vont y venir ;
Et le songe qu'avaient ébauché nos deux âmes,
Ils le continueront sans pouvoir le finir !

Car personne ici-bas ne termine et n'achève ;
Les pires des humains sont comme les meilleurs ;
Nous nous réveillons tous au même endroit du rêve.
Tout commence en ce monde et tout finit ailleurs.

Oui, d'autres à leur tour viendront, couples sans tache,
Puiser dans cet asile heureux, calme, enchanté,
Tout ce que la nature à l'amour qui se cache
Mêle de rêverie et de solennité !

D'autres auront nos champs, nos sentiers, nos retraites ;
Ton bois, ma bien-aimée, est à des inconnus.
D'autres femmes viendront, baigneuses indiscrètes,
Troubler le flot sacré qu'ont touché tes pieds nus !

Quoi donc ! c'est vainement qu'ici nous nous aimâmes !
Rien ne nous restera de ces coteaux fleuris
Où nous fondions notre être en y mêlant nos flammes !
L'impassible nature a déjà tout repris.

Oh ! dites-moi, ravins, frais ruisseaux, treilles mûres,
Rameaux chargés de nids, grottes, forêts, buissons.
Est-ce que vous ferez pour d'autres vos murmures ?
Est-ce que vous direz à d'autres vos chansons ?

Nous vous comprenions tant ! doux, attentifs, austères,
Tous nos échos s'ouvraient si bien à votre voix !
Et nous prêtions si bien, sans troubler vos mystères,
L'oreille aux mots profonds que vous dites parfois !

Répondez, vallon pur, répondez, solitude,
O nature abritée en ce désert si beau,
Lorsque nous dormirons tous deux dans l'attitude
Que donne aux morts pensifs la forme du tombeau,

Est-ce que vous serez à ce point insensible
De nous savoir couchés, morts avec nos amours,
Et de continuer votre fête paisible,
Et de toujours sourire et de chanter toujours ?

Est-ce que, nous sentant errer dans vos retraites,
Fantômes reconnus par vos monts et vos bois,
Vous ne nous direz pas de ces choses secrètes
Qu'on dit en revoyant des amis d'autrefois ?

Est-ce que vous pourrez, sans tristesse et sans plainte,
Voir nos ombres flotter où marchèrent nos pas,
Et la voir m'entraîner, dans une morne étreinte,
Vers quelque source en pleurs qui sanglote tout bas ?

Et s'il est quelque part, dans l'ombre où rien ne veille,
Deux amants sous vos fleurs abritant leurs transports,
Ne leur irez-vous pas murmurer à l'oreille :
- Vous qui vivez, donnez une pensée aux morts !

Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines,
Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds
Et les cieux azurés et les lacs et les plaines,
Pour y mettre nos coeurs, nos rêves, nos amours ;

Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme ;
Il plonge dans la nuit l'antre où nous rayonnons ;
Et dit à la vallée, où s'imprima notre âme,
D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.

Eh bien ! oubliez-nous, maison, jardin, ombrages !
Herbe, use notre seuil ! ronce, cache nos pas !
Chantez, oiseaux ! ruisseaux, coulez ! croissez, feuillages !
Ceux que vous oubliez ne vous oublieront pas.

Car vous êtes pour nous l'ombre de l'amour même !
Vous êtes l'oasis qu'on rencontre en chemin !
Vous êtes, ô vallon, la retraite suprême
Où nous avons pleuré nous tenant par la main !

Toutes les passions s'éloignent avec l'âge,
L'une emportant son masque et l'autre son couteau,
Comme un essaim chantant d'histrions en voyage
Dont le groupe décroît derrière le coteau.

Mais toi, rien ne t'efface, amour ! toi qui nous charmes,
Toi qui, torche ou flambeau, luis dans notre brouillard !
Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes.
Jeune homme on te maudit, on t'adore vieillard.

Dans ces jours où la tête au poids des ans s'incline,
Où l'homme, sans projets, sans but, sans visions,
Sent qu'il n'est déjà plus qu'une tombe en ruine
Où gisent ses vertus et ses illusions ;

Quand notre âme en rêvant descend dans nos entrailles,
Comptant dans notre coeur, qu'enfin la glace atteint,
Comme on compte les morts sur un champ de batailles,
Chaque douleur tombée et chaque songe éteint,

Comme quelqu'un qui cherche en tenant une lampe,
Loin des objets réels, loin du monde rieur,
Elle arrive à pas lents par une obscure rampe
Jusqu'au fond désolé du gouffre intérieur ;

Et là, dans cette nuit qu'aucun rayon n'étoile,
L'âme, en un repli sombre où tout semble finir,
Sent quelque chose encor palpiter sous un voile...
C'est toi qui dors dans l'ombre, ô sacré souvenir ! "

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L'ours des Pyrénées deviendra t-il un sacré souvenir ?

Paris, mégapole, 5 novembre

Mégapoles

Matthieu_bioulParoles et musique : Matthieu Bioul
Ecoutez un extrait

Dans toutes les mégapoles, l'Occident se prépare
Au plus grand rock and roll qu'ait connu notre histoire
Comme si tout était comme avant
Et pourtant tout est différent
Comme une ombre, un flou au second plan

Ballet diplomatique, protocole et cigares
Valse mécanique, envoi de bristols, tout un art
Des signes il y en avait pourtant
Quelques consignes, rien d'important
On s'aligne, on reste dans le rang

Comme un bruit sourd, étrange, bizarre,
Tellement lourd qu'on s'en sépare
Et puis un jour arrive après
Quand il est bien trop tard
On a changé le cours de l'Histoire

Faciles sont les critiques quand on ne veut rien savoir
Surtout changer d'optique mais pas de trajectoire
Si les prédictions du moment
En sont plus à la fin des temps
Il faudrait s'acharner pourtant

Mais on détourne le regard
Et plus on court, plus on s'égare
Et puis un jour arrive après
Quand il est bien trop tard
On a changé le cours de l'Histoire

Mais imagine un instant
Qu'il y ait un grand rassemblement
Qu'on puisse enfin changer le cours du temps

Dans une mégapole, assis dans mon boudoir
Je suis plus pragmatique et j'essaye de savoir
Comment régler mon mal aux dents
Les factures, mon appartement
Je revendique mes besoins, mes tourments

Et je détourne le regard
Et plus je cours, plus je m'égare
Et puis un jour arrivera bien trop tard
On aura changé le cours de l'Histoire

Romuald : Adhérez à une ou à plusieurs associations

One Voice n'ira pas à Paris. Coup de gueule de Baudouin de Menten

Manifestation du 5 novembre : le choix de One Voice
Par Sylia le 29 octobre 2005 sur le site Lamainalapatte

Les militants interpellent

One Voice a été interpellée au sujet de la manifestation "Pour la défense de la Nature, du vivant et des animaux" du 5 novembre, ce qui est bien légitime. L’association partage et soutient en effet toutes les justes revendications énoncées dans l’appel à cette manifestation, excepté une : "Le renforcement de la population des ours dans les Pyrénées", qui implique la capture d’ours aux fins de leur réintroduction dans cette région.

L’animal au centre

Le choix de One Voice de ne pas participer à cette manifestation n’est pas tant une remise en question des choix philosophiques des associations organisatrices de cet événement, mais l’expression de la fidélité à son éthique. Sa mission est la défense des animaux en tant qu’individus, et non la préservation des espèces comme patrimoine pour les régions où vivent les humains.
Cette demande d’une réintroduction d’ours capturés en Slovénie, prend en compte les intérêts des humains qui veulent préserver leur environnement et la biodiversité certes, mais ne prend aucunement en compte l’intérêt des animaux en tant qu’individus. Or, dans le combat éthique de One Voice, l’animal est au centre.

Éthique

Sur le plan écologique, la réintroduction d’ours dans les Pyrénées lui paraît dangereuse pour ces individus, les conditions n’étant pas encore réunies, à son sens, pour permettre de préserver les nouveaux arrivants de manière sûre. Et plus encore, sur le plan éthique, il ne lui apparaît pas légitime de capturer des ours, avec tout le stress et le traumatisme que cela suppose, de les arracher à leur milieu naturel d’origine, pour les implanter dans un autre pays afin de satisfaire le bon plaisir des humains, dont certains ont tué les ours vivant dans les Pyrénées (ceux-ci n’ont pas disparu de manière naturelle).

Sanctuaire

La France compte déjà de nombreux ours sur son territoire. Hélas, ceux-ci vivent enfermés dans les cages des cirques ou sont exhibés par des montreurs. Si One Voice est opposée à la capture d’ours vivant libres dans leur milieu naturel pour les réintroduire dans les Pyrénées, elle est en revanche très favorable à la création, dans les Pyrénées, d’un sanctuaire qui accueillerait les ours retirés aux cirques et aux montreurs. À terme, et dans ce contexte différent, une réhabilitation des générations suivantes de ces ours, à la vie sauvage, pourrait être envisagée. Ce type de projet est mené avec succès par des associations en Russie et, One Voice l’envisage, pour certains ours accueillis dans son sanctuaire en Inde, quand le braconnage aura totalement disparu. De même, des chimpanzés au Congo et des gibbons en Indonésie, sont rendus à la nature.

Un autre message

One Voice espère que sa position éthique, qui n’est en rien une démarche hostile envers les organisateurs et participants de la manifestation du 5 novembre, sera bien comprise comme une volonté de faire passer un autre message. Celui de la prise en compte des intérêts des animaux en tant qu’individus, et non plus seulement en tant que représentants d’une biodiversité qui n’a sa raison d’être que par l’usage, le loisir, et le bon vouloir des humains.

Réaction de la buvette

1) L'animal au centre

"Sa mission est la défense des animaux en tant qu’individus, et non la préservation des espèces comme patrimoine pour les régions où vivent les humains". La défense des Ours individuellement (de cirques, de zoo) n'est pas incompatible avec la défense de la survie d'une espèce sur un territoire. Vous vous limitez donc à la défense des individus, c'est noté. Pour les ours, il n'y aura plus d'animal au centre, pas même sur les bords, puisque sans renforcement, il n'y aura PLUS d'ours.

2) Éthique

"Cette demande d’une réintroduction d’ours capturés en Slovénie, prend en compte les intérêts des humains qui veulent préserver leur environnement et la biodiversité certes, mais ne prend aucunement en compte l’intérêt des animaux en tant qu’individus." Erreur : les Ours slovènes qui serviront à renforcer la population pyrénéenne sont retirés d'un plan de chasse et de contrôle des populations. Si la France dit "Non, on n'en désire plus", le plan de chasse sera augmenté de 5 ours.

Leur espérance de vie est donc meilleure en France, malgré la présence d'individus et d'éleveurs qui sont prêts à enfreindre la loi pour se payer un ours, le plus discrètement possible, cela va de soi…

Même s'il est vrai la capture va les "bousculer" un peu, il faut aussi reconnaître que la capture, les soins, le transport et le lâcher sont effectués dans les meilleures conditions possibles, sous contrôle vétérinaire, dans les délais les plus brefs…

Le fait que les ours relâchés adoptent la même vie, fréquentent les mêmes lieux de nourrissages, les mêmes sentes etc., montre bien qu'ils ont gardé leur esprit entier. Le fait qu'ils se reproduisent rapidement montre aussi que les conditions de la capture ne les ont pas traumatisés autant que vous semblez le dire. De plus c'est une preuve aussi que leur nouveau milieu - les Pyrénées - est favorable à une reproduction et à une vie correcte et naturelle. La seule chose qu'ils ont à craindre en plus, ce sont les hommes qui veulent les éradiquer par n'importe quels moyens. L'ours est protégé par la loi. Il suffit donc de faire respecter la loi.

À vous entendre, si les humains font des conneries, il faut laisser faire, puisqu'aucun renforcement n'est légitime.

Ou en est dans votre projet de sanctuaire ? Qui avez vous contacté ? Vos installations sont-elles prêtes ? Les zoos vont-ils vous donner des ours ? Ou est-il aussi chez vous urgent de ne rien faire ? Avez-vous proposé à l'IPHB de réintroduire des ours "français" élevés par des mères ayant vécu toute leur vie en cage ou en enclos ? Vous risquez votre vie là !

3) Sanctuaire…

Sanctuaire ou boucherie ? Vous ne parlez pas de votre sanctuaire ? Gorce ? Combien d'hectares et de kilomètres de clôtures pour relâcher en semi-liberté des ours qui :

  • vivent depuis des années en cage ou dans quelques mètres carrés
  • sont nourris par l'homme depuis le même temps
  • ont perdu instinct de survie, méfiance de l'homme, l'esprit?

Espérer une reproduction tranquille d'ours captifs et un relâché de la descendance? Comment une mère ex-captive va telle apprendre à ses oursons à vivre, où trouver sa nourriture et à craindre l'homme ?
Les relâcher tous ensemble, me semble être une très mauvaise idée complètement utopique. Ces ours ne pourront que créer des carnages (attaque de bétail, approche des humains, des villages, conflits entre eux).

Ce parc est la plus grande des conneries à faire. Après le moindre incident, tous les opposants vont sauter sur l'occasion pour dire "vous voyez bien que les ours sont dangereux, incontrôlables, on vous l'avait bien dit. Même les ours sauvages, il faut les mettre dans des parcs, plus petits" etc.

4) Un autre message

Vous espérez… et bien continuez de le faire. Pour ma part je n'adhère pas à vos idées, ni à votre association, même si je dénonce à la buvette, chaque fois que possible les mauvais traitements aux animaux sauvages ou domestiques prisonniers :

"Une biodiversité qui n’a sa raison d’être que par l’usage, le loisir, et le bon vouloir des humains".
Vous êtes complètement à côté de la plaque ma parole. Il s'agit de renforcer une population à J-1 de l'extinction pas de bon vouloir des humains. Laissez mourir les ours qui sont encore "sains d'esprit" et en liberté et relâcher les ours que l'homme a rendu "dingues" en quelque sorte. Est-ce celà votre programme?

29 octobre 2005

L'ours pyrénéen a sa place

A l'occasion du premier anniverssaire de la mort de Cannelle...
Propos recueillis par Thomas Longué du journal "Sud-Ouest"

Bernard Placé: « Les chasseurs ne sont pas contre l'ours pyrénéen », plaide le président de la Fédération départementale des chasseurs des Pyrénées-Atlantiques...

Parce qu'elles font l'objet d'une instruction judiciaire en cours, pas question pour Bernard Placé de revenir sur les circonstances de la mort de l'ourse Cannelle, tuée le dimanche 1er novembre par le chasseur René Marquèze, originaire d'Urdos. Cependant le président de la Fédération des chasseurs des Pyrénées-Atlantiques se félicite du fonctionnement, désormais réellement effectif, du réseau «ours brun», et du dispositif de suspension de la chasse qu'il déclenche dans les zones dites «consensuelles». Quant à se prononcer pour ou contre la réintroduction d'ours, Bernard Placé sort son joker... Tout en ayant livré sans détour le sentiment des chasseurs locaux sur son opportunité actuelle.

« Un an après, comment mesurez-vous les conséquences de l'effet désastreux produit sur l'opinion par la mort de Cannelle , tant vis-à-vis de l'image des chasseurs, ce qui est une chose, que de celle du Béarn et des Pyrénéens dans leur ensemble ?
Bernard Placé : Ce qui s'est surtout passé, c'est un énorme choc dans les vallées, au niveau des valléens et de ceux qui viennent de la montagne. Parce qu'une ourse avait été tuée accidentellement par un chasseur, alors que cet animal mythique faisait partie de la vie de nos montagnes. Il est vrai que l'image de la chasse n'a pas été valorisée, mais il faut souligner l'extrême responsabilité des acteurs locaux, qui ont subi avec dignité un cyclone médiatique sans précédent.

Quelle est depuis la situation des chasseurs, au sein de l'IPHB (Institution patrimoniale du Haut-Béarn) ?
Bernard Placé : Les chasseurs avaient repris leur place au Conseil de gestion patrimoniale avant l'accident et siègent toujours dans cette instance de réflexion et de débat. L'intérêt majeur est qu'on puisse y aborder en toute franchise toute la problématique de la montagne. Qui est avant tout l'activité pastorale, humaine, la question de l'eau et enfin l'ours. A ce titre les chasseurs ne sont pas contre l'ours pyrénéen, qui a sa place. Mais ils sont opposés à toutes sortes de réintroductions d'espèces étrangères, génétiquement différentes. Et qui sont en l'occurrence source de problèmes. Les vallées ne sont pas prêtes.

Quid de la table ronde que vous aviez annoncée pour octobre ?
Bernard Placé : J'ai surtout rendez-vous avec la ministre le vendredi 4 novembre à Toulouse. Peut-être est-ce pour nous annoncer qu'elle diffère la réintroduction en raison des risques de peste aviaire. Et si un ours [slovène] avait mangé un canard malade ?...

Qu'est-ce qui a changé en un an, dans la perception de l'ours par les chasseurs ?
Bernard Placé : Il y a un élément important : les chasseurs ont pu continuer à chasser dans le cadre d'une charte entre l'Etat et les fédérations, prenant en compte la présence de l'ours. Les fameuses zones réglementées [les « réserves Lalonde », NDLR] ayant prouvé leur inefficacité, l'information concernant la présence d'un ours est traitée et diffusée prioritairement par l'équipe technique, dont l'ONC (Office nationale de la chasse) est le maître d'oeuvre. Celle-ci transmet l'information à la fédération et nous la relayons auprès des présidents des secteurs concernés. J'ai fait en sorte que cette diffusion soit parfaitement opérationnelle.

Concrètement, cela signifie qu'un chasseur ne peut plus se retrouver, comme l'an dernier à Urdos, en action de chasse avec son chien dans un secteur à ours ?
Bernard Placé : Les chasseurs ont à plusieurs reprises été mis en situation de travail pour faire remonter des informations. Je rappelle qu'il y a deux situations à risque, pour l'homme : quand une ourse est accompagnée par son petit; quand l'ours est sans tanière. Dans le cadre de la charte, des zones consensuelles viennent d'être déterminées; cinq zones dans lesquelles on est sûr de trouver un ours ont été parfaitement définies, et la chasse est suspendue dès qu'un ours se cantonne dans l'un de ces secteurs.

« Et si un ours avait mangé un canard malade de la peste aviaire ?... »

Vous voulez pas répéter la question?

Une centaine de gypaète barbu dans les alpes

Une centaine de gypaètes barbus survolent à nouveau l'arc alpin. Le projet international de réintroduction du gypaète barbu a été couronné de succès. Une centaine de ces grands vautours survolent à nouveau l'arc alpin. Durant l'année en cours, sept jeunes nés en liberté ont pris leur envol, contre cinq en 2005.

GypaeteLe gypaète barbu a été exterminé (lui aussi pour de mauvaises raisons) dans les Alpes il y a une centaine d'années.

Il s'agit du plus grand oiseau d'Europe. Ses ailes peuvent atteindre une envergure de trois mètres. En tout, 137 de ces oiseaux ont été relâchés depuis 1986 dans le cadre de projets interrégionaux, dont 24 dans le Parc national suisse et six dans le Parc national Stilfserjoch.

Ces projets sont arrivés à échéance l'année dernière. Entretemps, la population a commencé à se reconstituer d'elle-même: en 1997, les premiers adultes ont pondu en liberté. Depuis lors, 27 jeunes sont nés en liberté, a communiqué jeudi la Fondation Pro gypaète barbu. Le gypaète barbu atteint l'âge de reproduction dès six ans.

Ce grand vautour qui se nourrit principalement d'ossements d'animaux morts peut vivre jusqu'à 45 ans. Il a été exterminé à la fin du 19e siècle à cause de la réputation de tueur de bétail, de faune et même d'enfants qui lui collait à la peau. Le programme de réintroduction a été accompagné d'une campagne de sensibilisation qui a permis de corriger cette image trompeuse du gypaète.

28 octobre 2005

Changer d'ère, une manif pour notre cadre de vie le 5 novembre

Par Farid Benhammou
à paraître dans la revue
Politis 

Un an après l'abattage de l'ourse Cannelle par un chasseur, résultat de l'incapacité de l'État à sauver les derniers plantigrades des Pyrénées, la protection de la nature est au plus mal en France.

Alors que, des élus locaux au président Chirac, les mots de « développement durable »,  «biodiversité», «écologie» sont mis à toutes les sauces, le budget du trop petit ministère de l'environnement est, en proportion (et « à périmètre constant ») le plus bas de toute son histoire: 896 millions d'euros soit 0,3 % du budget national. Depuis l'arrivée de la droite en 2002, les crédits environnementaux n'ont cessé de diminuer alors qu'ils avaient atteint 0,7 à 0,8 % du budget quand les Verts étaient au gouvernement. Pour comparaison, le budget du ministère de l'agriculture est de 29,5 milliards d'euros.

Et puis on ne manquera pas de bondir en détaillant certaines affectations. Par exemple, 237 millions d'euros - le quart du budget environnemental ! -, continue d'aller à la recherche sur le nucléaire, énergie notoirement écologique et « durable » ! De même, l'achèvement du réseau de sites naturels remarquables, connu sous le nom de Natura 2000, coûtera « 90 millions d'euros sur deux ans» (2006-2007). Cela servira à payer d'énièmes études inutiles et à arroser des lobbies ruraux (élus, agriculteurs, chasseurs) hostiles à cette mesure de protection. Ces derniers ayant retardé la mise en ouvre de ces sites, la France est poursuivie par l'Union européenne.

Premières victimes de cette rigueur budgétaire, les associations de protection de l'environnement, dont les subventions n'ont pas cessé de diminuer depuis 2002, et qui vont connaître une chute de 20% en 2006 après une baisse de 10 % en 2005. Ce secteur associatif, très important, qui remplit en fait des missions que le ministère ne peut pas toujours assurer (pédagogie, expertise, alerte), se trouve de plus en plus dans l'incapacité d'agir. Sa perte d'effectif se chiffre déjà à 25 % entre 2003 et 2004, elle pourrait atteindre 50 % d'ici 2006, estime le réseau France nature environnement.

Le 5 novembre 2005, date anniversaire de la mort de Cannelle, de nombreuses associations de protection de la nature appellent à une grande manifestation à Paris (14h30, au Panthéon), ainsi qu'à Valence (13h, gare SNCF), exigeant une vraie politique de protection de la nature et dénonçant toutes ces régressions environnementales (1).

Nelly Olin, la ministre de l'écologie, a annoncé la réintroduction de trois ours dans les Pyrénées au printemps 2006 afin de ranimer une population exsangue. Verra-t-on, dans quelques années, réintroduire des associations de protection de l'environnement après les avoir laissé dépérir ?

Farid Benhammou, géographe, Engref, étudie les politiques de conservation de la nature.
Il est l'auteur de « Vivre avec l'ours » (éditions Hesse)
et co-auteur de « L'ours des Pyrénées, les 4 Vérités » (éditions Privat), parus en 2005.

Voir également la note : "Les grands prédateurs contre l'environnement".

(1) départs de bus de plusieurs villes de France.
Contact : association Ferus (          +32 4 91 05 05 46       , )

Pour une mobilisation sans précédent

Jamais de mémoire de protecteur, autant d'associations ne se seront unies pour défendre leur cause commune. Faisant fi de leurs différences, et dans le respect mutuel des particularismes de chacune, près de 80 associations appellent leurs militants à défiler ensemble et de concert le 5 novembre à Paris ou à Valence pour dénoncer, mais aussi pour espérer. Et on espère plus et mieux lorsqu'on espère nombreux.

Des quatre coins de l'hexagone, les associations ont répondu à l'appel. Et depuis.ça s'agite et ça phosphore dans les régions. Des cars partiront d' Auvergne et des Pyrénées (et de bien d'autres régions), du co-voiturage est organisé par la plupart des structures, les communiqués fusent ici et là.

Pas un forum de discussion ornitho qui ne relaie cet appel à mobilisation, pas une réunion de protecteur sans que les plus motivés ne tancent ceux qui ne sont pas encore décidés, ceux qui préfèrent rester scotcher à leur jumelles, à promener leur chien ou à ramasser des champignons. C'est vrai que c'est bien plus agréable de regarder passer les balbus et les grues, et que les bolets poussent encore dans nos forêts. Pour les chiens, c'est plus simple, ils sont également invités.

Car l'enjeu est là maintenant. Après avoir réussi le challenge du rassemblement de la grande majorité de nos associations, il faut absolument transformer l'essai (comme on dit en « ovalie ») en mobilisant le plus possible nos militants sur l'un des deux sites de manifestation. Et il en faut des milliers si on veut être entendus ! Si on veut conserver des Parcs Nationaux dignes de ce nom, si on veut sauver les espèces en dangers, combattre l'extrême chasse, pour avoir enfin une nouvelle loi sur l'eau.

Bref pour que nos gouvernants, et ceux qui veulent leur place, prennent enfin la mesure de nos légitimes attentes. Ce succès dépend de chacun d'entre nous. Si on réussit, il n'y aura pas un grand vainqueur, il y en aura des milliers, fort de leurs convictions, de leur militantisme et de leur respect des autres. Qui pourra se glorifier le plus d'un grand succès le 5 novembre ? L'éleveur pyrénéen « monté » à Paris pour cette grande cause ? L'ornitho Lozérien venu à Valence rejoindre le cortège ? Le cadre associatif qui aura travaillé comme un  fou à cette manifestation ? Que serait l'un sans l'autre ? Un simple individu persuadé que lui seul détient la vérité. Alors que tous ensemble, nous représenterons une force, un véritable contre pouvoir contre les bétonneurs, les persécuteurs de la faune ou les pollueurs de tout crins.

Ce succès sera tout à la fois collectivement et individuellement le vôtre.
Une seule condition pour cela : que vous soyez à Valence ou à Paris le 5.
Personne ne pourra déléguer, il faut y être.

Pierre ATHANAZE

1. Action Nature
2. Agir pour l'environnement
3. Animaux en Péril (Belgique)
4. association C.H.E.V.A.L
5. Association Départementale Pyrénéenne des Accompagnateurs en Montagne Haute Garonne (ADPAM 31)
6. Association Française et Internationale de Protection Animale (AFIPA)
7. Association lozérienne pour l'étude et la protection de l'environnement (ALEPE)
8. Association Pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)
9. Bonnelles Nature
10. Bretagne Vivante
11. Centre Ornithologique Rhône-Alpes (CORA)
12. Charente nature
13. Collectif Ourse
14. Collectif Saône et Doubs Vivants
15. Comité Ecologique Ariégeois
16. Commission de Protection des Eaux, du Patrimoine, de l'Environnement, du Sous-sol et des Chiroptères (CPEPESC) (Besançon)
17. Confédération des Associations de Protection de l'Environnement et de la Nature en Saône-et-Loire
18. Connaissance et Protection de la Nature du Brabant (Belgique)
19. Convention Vie et Nature
20. Coordination Cap-Ours
21. Coordination pour la défense du Marais Poitevin
22. Eure et Loir nature
23. Fédération de la Région Auvergne pour la Nature et l'Environnement (FRANE)
24. Fédération des associations de protection de la nature et du cadre de vie des hautes-Pyrénées (UMINATE 65)
25. Fédération Midi-Pyrénées des Associations de Protection de la Nature et de l'Environnement (UMINATE)
26. FERUS ours loup lynx conservation
27. FIEP Groupe Ours Pyrénées
28. Fondation Assistance aux Animaux
29. Fondation Brigitte Bardot
30. France Nature Environnement (FNE)
31. Franche-Comté Nature Environnement
32. FRAPNA région
33. Greenpeace-France
34. Groupe Mammalogique d'Auvergne (GMA)
35. Groupe Mammalogique breton (GMB)
36. Groupement de Réflexion et d'Action pour l'Animal (GRAAL)
37. IFAW-France
38. Jura Nature Environnement
39. La Buvette des Alpages (Belgique)
40. La Meute
41. Le Chène, Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage et Musée de la Nature d'Allouville-Bellefosse
42. Les Amis de l'ours en Pyrénées Centrales (AMOPYC)
43. Les Amis de la Terre
44. Les Naturalistes Chapellois
45. Les Naturalistes Orléanais et de Loire Moyenne
46. Ligue française des droits de l'animal (LFDA)
47. Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO)
48. Ligue royale belge pour la protection des Oiseaux (LRBPO)
49. Lupi
50. Mille Traces
51. Nature Comminges
52. Nature et Citoyenneté
53. Nature Midi-Pyrénées
54. Nature-Centre. Fédération régionale des associations de protection de la nature du Centre.
55. Nord-nature
56. Orgambidexka Col Libre
57. Pays de l'Ours ADET
58. Paysages de France
59. Picardie Nature
60. Poitou Charentes Nature
61. Pro Anima
62. Rassemblement anti chasse (RAC)
63. Réseau Cétacés
64. Réserves Naturelles de France (RNF)
65. Sarthe Nature Environnement
66. Sea Shepherd-France
67. SEPANSO région
68. Serre Vivante
69. Société d'Encouragement pour la conservation des animaux sauvages  SECAS).
70. Société pour l'Etude la Protection et l'Aménagement de la Nature dans le Sud-Ouest (SEPANSO-Béarn)
71. Société Française pour l'Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM)
72. Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN)
73. Société Protectrice des Animaux (SPA)
74. Valloire Nature et Avenir
75. Veg'Asso
76. Vers un monde meilleur
77. Wolf Eyes
78. WWF-France
79. www loup.org
80. Yonne Nature Environnement

Un car Bruxelles-Paris pour la manif du 05/11 - Il reste des places

L'association "Animaux en péril" organise un départ en car 2 étages à partir de Braine-l'Alleud (10 km de Bruxelles) pour aller à Paris, à la manifestation du 5 novembre. Il reste une trentaine de place libres. Allez les belges, secouez vous un peu...

Départ : Braine l'Alleud 8h30
Renseignements : +32 23 85 00 75

Pour Animaux en Péril
Jean-Marc Montegnies - Directeur.

Manifestation

Plus de 70 associations appellent à une grande manifestation pour la nature, la biodiversité et le respect de la vie animale le samedi 5 novembre du Panthéon à Denfert Rochereau à partir de 14h.

C'est le premier anniversaire de la mort de Cannelle, dernière ours pyrénéenne, tuée par un chasseur. Les trois organisateurs de la protestation qui s'en était suivie en 2004, Ferus, la SPA et le WWF, ont souhaité mobiliser plus largement en une sorte de "nature pride".

Il ne s'agit ni de redire que la planète va mal, ni d'appeler chacun à des comportements plus responsables : on le fait par ailleurs. Nous marcherons pour dire que l'on pourrait faire beaucoup plus et beaucoup mieux pour la nature, tout de suite, notamment en France où  l'Etat  multiplie les effets d'annonce tout en réduisant les moyens.

Avec 895 millions d'euros, le budget de l'Ecologie représente un 300 ème du budget de l'Etat.  Avec 36 milliards, la ministre de la Défense a déclaré  "j'ai les moyens de remplir ma mission". Sa collègue de l'Ecologie peut elle en dire autant  ? Quelle est la principale menace, les soldats Nord Coréens  ou l'épuisement de la planète ?

Fait sans précédent, quasiment tout le monde de la protection de la nature lance un  appel commun. Des ONG nationales et internationales ( comme Greenpeace, les Amis de la Terre, l'IFAW, le WWF, la SPA, la Fondation Brigitte Bardot, la LPO, la SNPN, RNF,  l'ASPAS et bien d'autres) aux associations départementales et locales en passant par la plupart des puissantes "régionales", toutes ont le profond sentiment de relayer une forte aspiration populaire : il n'y a plus guère que la classe politique pour penser que l'on pourra faire le bonheur des hommes en laissant crever la nature.

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