Il était environ 7h00 du matin, jeudi. Maik Rehnus, un étudiant forestier de Göttingen (D), qui fait actuellement un stage d'été au Parc national suisse, était en train d'observer des bouquetins à proximité du col de l'Ofen lorsqu'il a vu apparaître un ours brun adulte
L'étudiant a pu le photographier. Selon le directeur du parc, Heinrich Haller, "nous avons maintenant la preuve que l'ours est revenu en Suisse". Le responsable se réjouit: "une partie de nature est revenue", a-t-il souligné. Selon lui, il s'agirait d'un mâle.
Un ours brun avait déjà été observé à la mi-juillet à quelques kilomètres de la frontière suisse, dans le Parc national italien du Stelvio. Un chasseur lucernois, sa femme et un journaliste ont ensuite affirmé avoir aperçu un ours lundi vers 21h00 à quelque 500 mètres d'eux, tout près du Parc national suisse.
Seules les femelles avec des petits peuvent s'avérer dangereuses. Le directeur du Parc national suisse conseille de se comporter normalement si on rencontre un ours. L'animal craintif "finira par fuir". Selon lui, les chances de l'apercevoir dans le parc sont toutefois très faibles.
Un come back naturel
Selon une étude récente du WWF, le grand prédateur pourrait s'installer à terme dans le pays. "Il a toujours fait partie des Alpes", note la spécialiste de l'ours au WWF Joanna Schönenberger.
Le type d'habitat et de nourriture dont il a besoin existent en Suisse. L'ours, qui peut parcourir jusqu'à 20 kilomètres en 24 heures, vit dans des zones éloignées de l'homme, dans des forêts et des pentes raides. Les zones urbanisées et les autoroutes limitent ses déplacements.
C'est pourquoi, selon Mme Schönenberger, l'ours devrait avoir des difficultés à atteindre le Valais. Par contre, il pourrait atteindre Glaris et la Suisse centrale.
Il faudra rassurer la population
La spécialiste note toutefois que d'ici à ce que l'ours puisse vivre en paix en Suisse, "il y a encore du travail à faire". Il faudra notamment convaincre la population que le plantigrade ne constitue pas un danger pour l'homme.
Le dernier ours suisse avait été tué par des chasseurs le 1er septembre 1904 près de Scuol (GR). Depuis les années 80, l'animal est officiellement protégé dans le pays.
J'ai la berlue ! Ses images sont celles d'un ours adulte portant une bosse très marquée sur l'encolure. Bien qu'une telle bosse soit caractéristique des animaux qui n'ont pas encore emmagasiné beaucoup de graisse, elle permet, selon la direction du Parc national, d'identifier avec certitude un individu déjà observé aux mois de juin et juillet dans le Sud-Tyrol italien. Ce dernier avait été aperçu pour la dernière fois le dimanche 17 juillet près de Prato, au cœur du Parc naturel du Stelvio. Il s'est très vraisemblablement introduit en Suisse par le val Müstair la semaine passée. la Suisse Fraudra t-il construire un tunnel à ours entre les grisons et le Somport pour avoir de nouveaux ours dans les pyrénées? Nelly, on t'attend au tournant.
Les promeneurs qui avaient aperçu un ours lundi au col de l'Ofen n'avaient pas la berlue. Leur observation est donc bien confirmée par le témoignagne et les photos prises par Maik Rehnus. il a pu le photographier avec un appareil digital en se servant de ses jumelles comme d'un téléobjectif de fortune!
Même s'il est impossible, pour l'instant, de déterminer si cet ours va s'installer durablement dans la région et s'il sera suivi par d'autres condisciples, la direction du Parc national et les autorités grisonnes entendent surveiller ses activités. Elles ne sont pas prises au dépourvu non plus puisque la population est informée depuis 1997 avec l'ouverture de l'exposition permanente «Sur la piste de l'ours» au Musée Schmelzra dans le val S-charl. Cet effort sera poursuivi ces prochaines semaines avec la distribution tous-ménages et l'affichage d'une information sur le comportement à adopter en cas de rencontre.
Les spécialistes ne sont pas surpris non plus, comme l'explique Johanna Schönenberger, chargée du projet «Grands prédateurs» au WWF Suisse.
- Votre réaction?
- Ça fait plaisir et cela confirme l'étude menée avec le KORA (Projets de recherches coordonnées pour la conservation et la gestion des carnivores en Suisse, lire 24 heures du 8 avril) qui concluait à une colonisation prochaine du val Müstair et du Parc national. La comparaison entre le Trentin et l'Engadine mettait en évidence des habitats analogues - pentes raides et boisées, peu habitées - et des corridors naturels.
- Cette arrivée est-elle due à une surpopulation du côté italien? Faut-il s'attendre à d'autres passages de la frontière?
- La population du Trentin, qui ne comptait plus que trois ou quatre individus âgés, a été revitalisée par l'introduction d'ours slovènes. Depuis 2003, ces animaux se reproduisent et leur nombre est estimé entre 15 et 18. Il n'y a donc pas surpopulation et
- Justement, quel est votre pronostic?
- Contrairement au loup, l'ours bénéficie d'une image ambiguë où la peur le dispute à la sympathie. Si on s'en tient à des facteurs objectifs, tout devrait bien se passer. C'est un animal farouche, qui évite les rencontres. Je n'ai pas connaissance d'accident en Europe. Opportuniste, il est économe de ses efforts et ne va pas courir longtemps derrière une proie. Résultat, les racines et les fruits constituent jusqu'à 75% de son alimentation, mais des dégâts aux ruches ne sont pas exclus. L'ours peut aussi attraper un mouton si l'occasion se présente. Enfin, n'oublions pas qu'il hiberne une bonne partie de l'année.
- L'histoire de l'ours en Suisse n'est pas très encourageante?
- Les conditions au XIXe siècle (n.d.l.r.: le dernier ours a été abattu en 1904) étaient totalement différentes. L'homme et l'ours étaient en concurrence dans les mêmes espaces. Aujourd'hui, l'agriculture a reculé en montagne et la forêt s'est étendue.