Massif du Thabor-Galibier, récit de Thierry DACKO
17 décembre 2002
Ce matin là, j’empruntais la piste forestière menant au barrage de Bissorte pour effectuer une prospection lynx sur les communes de Valmeinier et d’Orelle. La neige était tombée 48 heures plus tôt, les conditions étaient donc idéales. Deux heures et demi plus tard, de retour et bredouille, des traces de canidés à environ 800 mètres de mon véhicule ! En suivant les traces, je me suis rapidement aperçu qu’elles n’allaient que dans un sens. Des empreintes, puis une piste … j’en ai conclu à un passage de loups, loups sûrement encore tout proche. Mais combien étaient-ils ? Je me suis lancé sur leurs traces dans la forêt où j’ai pu identifier 2 individus. Pendant environ trois semaines, j’ai pu relever leurs indices, essentiellement des pistes et quelques poils, tantôt le passage d’un individu tantôt la présence de deux. Deux nouvelles observations sur Valmeinier et St Martin d’Arc me sont communiqués en Janvier 2004 respectivement par un chasseur et une automobiliste.
Malheureusement, comme cela est souvent le cas sur de nouveaux secteurs de présence, j’ai eu vent par hasard de ces observations plusieurs semaines plus tard. Durant ces deux hivers, deux loups au minimum ont fréquenté temporairement au moins ces 3 communes. Il n’y a pas eu à ma connaissance d’autres indices relevés en dehors de ces périodes jusqu’au 1er octobre 2004 où tout s’est précipité.
Automne 2004 – printemps 2005, les loups élisent domicile ?
Le 1er octobre 2004, une observation de 4 loups, descendant à la queue leu-leu, le sentier du lac des Bataillères, est réalisée pendant de longues minutes à Orelle et début octobre, au moins un cas de prédation a eu lieu sur le cheptel domestique à Valloire. C’est surtout à partir du mois de novembre que de nombreux indices seront relevés et pour beaucoup attribués au loup. Dans un premier temps (novembre et décembre), des indices feront état a priori d’un seul individu (pistes et observations) puis de deux et rapidement de trois loups suite aux nombreux relevés que j’ai pu effectuer.
La présence de trois individus sera confirmée par le suivi de pistes dans la neige et les hurlements provoqués. Mais il faudra attendre le début du mois de mars, soit cinq mois, pour avoir la confirmation et la certitude de la présence de quatre loups suite à une observation en fin d’après midi de 10 mn, suivie d’une deuxième quelques jours plus tard sur la commune de Valmeinier.
Wolf Howling
Souhaitant acquérir d’autres indices pour confirmer cette présence, j’ai tenté en cours d’hiver des simulations de hurlements. Après quelques tentatives maladroites au début, j’ai pu obtenir entre décembre et début mai, des réponses permettant de distinguer a priori trois individus. Chacun avait sa propre vocalise, mais l’un d’entre eux était particulièrement reconnaissable (hurlement criard et qui déraye) et très coopératif dans notre communication. J’ai pu relevé également sa piste et ses empreintes le lendemain sur la neige. Une seule fois, j’ai eu la certitude d’avoir la réponse de quatre loups. J’ai pu constater qu’il était relativement aisé de distinguer jusqu’à 3 individus mais qu’au-delà de ce nombre, la distinction devenait très difficile voire impossible.
Ces mois de suivi m’ont permis de constater que ces 4 loups étaient souvent séparés dans leurs déplacements, mais, dès la fin janvier jusqu’au début avril environ, ( période de rut du loup), les réponses entendues à mes hurlements provoqués étaient souvent de deux, trois voire de quatre individus. Pendant cette période, leurs réponses étaient souvent quasiment instantanées, ce qui n’était pas le cas de décembre à fin janvier.
Ces prospections régulières ont permis aussi de mettre en avant parfois la présence des loups et du lynx dans les mêmes secteurs !
Au cours de ces sept derniers mois, plusieurs dizaines de fécès, de poils et plusieurs proies prédatées ont été récoltés. De nombreuses pistes, 23 hurlements ont été entendus et de nombreuses observations visuelles, après croisement des informations avec les autres correspondants de l’ONCFS 73 montrent qu’au moins 4 loups fréquentaient le site ce dernier hiver. Cette présence hivernale continue depuis ces 2 derniers hivers, tend à penser que ces animaux fonctionnent comme une nouvelle meute installée sur la Maurienne. A ce jour, je n’ai pas pu encore observer au moins l’un de ces 4 loups de mes propres yeux !
Un besoin d'informations
Bien sûr, la présence nouvelle et apparemment permanente de cette meute a donné lieu à des menaces, des discussions et des propos parfois extrêmes et virulents, à l’encontre de l’espèce mais aussi de personnes, souvent par méconnaissance et parfois par intérêt.
Le 09 mars dernier, à ma demande, il m’a été permis d’intervenir auprès du conseil municipal de Valloire pour faire le point sur l’évolution de la situation et pour répondre à des questions sur la biologie du loup et son comportement vis-à-vis de l’homme. D’autres interventions sont prévues tous les trois mois environ. Je tiens d’ailleurs à remercier Monsieur le Maire et les membres du conseil pour leur attention et pour leur volonté à vouloir acquérir des connaissances et des données de terrain objectives, basées sur le travail effectué depuis de nombreuses années par tous les acteurs du réseau grands prédateurs, de façon à avoir une approche plus objective de la situation passée, présente et à venir.
Thierry DACKO
Correspondant réseau GC73 / AEM
Thierry DACKO, 38 ans, exerce le métier d’Accompagnateur en Montagne et de conférencier depuis près de quinze ans à Valloire (Maurienne 73). Il est également pisteur-secouriste l’hiver. Dès la création du réseau en Savoie en 1997, Thierry a fait partie des premiers correspondants de ce département et s’est investi dans
l’information locale sur la présence et la connaissance des grands prédateurs auprès des mairies, des scolaires, des chasseurs et des éleveurs. Enfin, Thierry participe activement à la collecte des données sur les vallée de la Maurienne et de la Clarée.
Source : Bulletin d'information du réseau loup n°13