Il faudrait une médiation, un médiateur qui comprenne les opposants à l'ours, ceux qui vivent dans la montagne des métiers manuels difficiles. Un médiateur qui sache dire que l'ours n'est pas la seule espèce à sauver ; qu'il faut sauver les bergers et leurs troupeaux, ... et l'ours, et toutes les espèces qui contribuent à l'identité des Pyrénées, lesquelles ne sont ce qu'elles sont que parce qu'il y a eu des hommes et des ours.
La conférence sur la biodiversité qui s'est tenue à Paris, en janvier, était utile parce qu'il faut parler de son érosion, l'évaluer, constater la tendance à la dégradation continuelle… En France, on se polarise sur une ou deux espèces emblématiques : l'ours et le loup, qui cachent la situation alarmante de beaucoup d'autres espèces. En tout cas, l'ours fait couler beaucoup d'encre et de salive depuis longtemps, et cela s'est accéléré depuis la mort de la dernière ourse de souche pyrénéenne.
L'Etat s'est récemment empressé d'annoncer le doublement de la population d'ours, qui passerait ainsi d'une quinzaine à une trentaine d'individus… Et tant pis si le Béarn avait décidé d'en accepter deux après de longues années de concertation locale… (position qui méritait d'être saluée !). Alors pas étonnant que les relations entre l'Etat et certains élus des Pyrénées-Atlantiques soient devenues glaciales. L'organisation de réunions semble ne rien y changer et on assiste à une guerre de tranchées.
Finalement l'Etat va prendre, cette année, la responsabilité de lâcher 5 ours sur la chaîne des Pyrénées sans le soutien de l'IPHB, l'Institution Patrimoniale du Haut Béarn qui regroupe 16 communes… une situation assurément inquiétante, l'ours ayant besoin d'un accueil favorable.
La population ursine pyrénéenne réduite à quatre mâles ne peut transmettre ses gènes si aucune femelle n'est fécondée. Peut-on compter sur l'hypothétique attraction des femelles lâchées bien loin des mâles, pour que des oursons naissent et perpétuent l'espèce ? Pourtant Jon Swenson, expert norvégien auprès de l'Union mondiale pour la nature, estime que la réintroduction de l'ours est plus aisée dans une zone où il n'a pas disparu. Mais un lâcher de deux ourses dans le Béarn est-il encore envisageable ?
Interview de Louisa Mathelin (Univers-Nature)