Canis Lupus, le meilleur «ennemi de l'homme» pourrait disparaître de la liste des espèces menacées dans plusieurs régions des Etats-Unis. Dans sa gestion calamiteuse de l'Environnement, Bush persiste et signe.
Le 12 janvier 1995, une poignée de loups gris capturés au Canada étaient relâchés dans le parc de Yellowstone et dans les forêts du centre de l'Idaho (nord-ouest). Dix ans après, la greffe a pris au delà de tous les espoirs, commente Rodger Schlickeisen, président de Defenders of Wildlife, une importante organisation très impliquée dans la réintroduction du loup.
«Canis lupus» a également repris ses marques dans la région des grands lacs, au nord, et renforcé sa présence dans l'Etat canadien du Manitoba, le seul Etat, avec l'Alaska, où il avait survécu. Des individus ont également été aperçus dans l'Oregon ou au Colorado.
Au total, sa population hors-Alaska est estimée à plus de 3.000 individus, dont quelque 2.000 dans le seul Manitoba. Et, à plus de 800, leur nombre a dépassé «les objectifs fixés» il y a 10 ans pour les Etats de l'Idaho, du Wyoming et du Montana, qui couvrent le nord des Rocheuses, selon les services fédéraux de la Faune et de la Pêche.
Le retour du prédateur n'allait pas de soi car les Américains avaient tout fait pour le diaboliser et le faire disparaître de leur territoire. C'est une bête nocive et destructrice, avait ainsi lancé le président Theodore Roosevelt au début du XXe siècle, lorsque les campagnes d'extermination battaient leur plein.
De fait, ces dernières ont été si efficaces que les loups, qui auraient été plus de 400.000 avant l'arrivée des Européens, sont entrés dans la liste des espèces menacées en 1973.
Il n'est ni réaliste ni souhaitable que le loup retrouve ses territoires et sa population antérieure mais il existe de nombreuses opportunités pour qu'il repeuple des écosystèmes inoccupés où sa présence est utile, souligne M. Schlickeisen.
Son retour dans la chaîne alimentaire a des conséquences positives, notamment en permettant un meilleur contrôle des populations d'élans et de cerfs, ont démontré des universitaires dans deux études récentes.
Mais, pour le gouvernement, le loup ne doit pas redevenir un problème. C'est pour cela que les mesures de protection dont il bénéficie ont été assouplies lundi, ouvrant la voie à son retrait partiel de la liste des espèces menacées. A partir du mois prochain, un propriétaire de l'Idaho ou du Montana ne devra plus s'appuyer sur des preuves physiques d'attaques (carcasses, morsures) pour avoir le droit de tirer sur un loup.
Il suffira que ce dernier soit considéré comme une menace pour le bétail ou un autre animal. La dynamique a changé, a justifié le gouverneur de l'Idaho, Dirk Kempthorne. Les anciennes réglementations étaient destinées à protéger de 25 à 50 loups. Mais nous en avons désormais plus de 500, a-t-il expliqué à la presse.
Au total, les Etats-Unis compteraient entre 8 000 et 10 000 loups, dont l'immense majorité en Alaska (7 000 à 9 000 individus). A la différence des 48 autres Etats des USA, en Alaska la chasse du loup est permise sur 95 % du territoire, y compris la chasse de loisir (147 loups ont été tués dans le cadre de parties de chasse par avion, l'année passée). Durant les 6 dernières années, plus de 9 000 loups ont été tués à la chasse ou victime d'un piège dans cet Etat.
Trop hâtif, cet assouplissement menace la réintroduction du loup juste au moment où elle montrait les premiers signes de réussite, regrette Defenders of Wildlife, très critique sur la gestion de l'environnement par le gouvernement Bush.
A contrario, l'organisation défend l'efficacité de son fonds créé pour indemniser les pertes de bétail et pour lequel plus de 138.000 dollars, un record, ont été déboursés en 2004.