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décembre 2004

29 décembre 2004

Le loup de Nohèdes : Analyse stratégique et territoriale du retour du loup dans les Pyrénées : modalité, réalité et perspectives (Farid Benhammou)

Farid Benhammou, géographe, doctorant en Sciences de l’Environnement - ENGREF

Résumé - Le loup a fait son retour dans les Pyrénées dans la plus grande discrétion. Cet événement s'est produit dans le massif du Madres-Coronat (Pyrénées-Orientales) où se posent la plupart des enjeux des territoires ruraux qui connaissent la recolonisation par les grands prédateurs : transformation des écosystèmes et des paysages, encouragement et dénonciation à la fois de la conservation de la nature, mutation socio-économique des activités humaines et principalement du pastoralisme.

Cette étude de cas montre que le retour du loup ne se réduit pas à une opposition entre des protecteurs idéalistes du loup et des éleveurs figés dans leurs pratiques ancestrales. En effet, malgré un contexte médiatique, socio-professionnel et politique difficile, des acteurs de l'Agriculture et des acteurs de l'Environnement ont oeuvré ensemble pour favoriser la coexistence pastoralisme / loup dans un espace montagnard. Dans la mesure où de plus en plus de territoires, y compris dans les Pyrénées, vont être concernés par cette présence, il paraît intéressant et urgent de tirer quelques enseignements.

  • Des acteurs agricoles pragmatiques de terrain, associés aux acteurs d’environnement sont des leviers cruciaux de résolutions des difficultés et des conflits
  • Une structure « aire protégée » est un dispositif qui offre également des marges de manoeuvre
  • La réactivité et la vigilance sur la communication sont nécessaires
  • De la flexibilité doit être encouragée pour réagir au plus vite à une situation qui risque de se généraliser non seulement aux Pyrénées (dont une partie du territoire est indirectement et partiellement préparée grâce aux mesures Ours) mais aussi à toute une série de territoires ruraux marginaux.

Le loup a fait son retour dans les Pyrénées

Le loup a fait son retour dans les Pyrénées-orientales reproduisant et annonçant les difficultés de gestion de la problématique des grands prédateurs sauvages en territoires ruraux marginaux. Cependant, même si des maladresses ont pu avoir lieu en raison du caractère hautement sensible du dossier, il s’agira de souligner ici les originalités qui ont pu et qui pourront améliorer le traitement local du retour du loup. Certes, le caractère géopolitique du grand prédateur n’a pas été absent. Autrement dit, il y a eu des tentatives politiques, syndicales et médiatiques qui ont pu avoir pour effet d’attiser des conflits entre opposants et protecteurs du loup. En effet, l’animal prédateur sauvage est communément utilisé pour critalliser des malaises socio-territoriaux et des réticences à la conservation de la nature (Benhammou, 2003 ; Benhammou et Laurent Mermet, 2003 ; Degeorges, 2004).

Néanmoins, les objectifs de notre propos sont de montrer que la grande particularité dans le retour du loup dans les Pyrénées-Orientales a été un partenariat étroit entre des acteurs d’environnement et des acteurs agricoles pour favoriser la coexistence pastoralisme / loup, de faire une analyse critique de la gestion du dossier à tous les niveaux et d’aborder les perspectives alors que la Catalogne vient de reconnaître officiellement (début 2004) la présence de loup sur son territoire. [ Par « acteurs d’environnement », nous entendons le sens défini par Mermet (1992 ; 2004 à paraître) : « La tentation est forte en effet de considérer comme acteurs d’environnement tous ceux qui sont impliqués dans le problème environnemental que l’on considère, ou bien tous ceux qui mènent des actions à objectif environnemental affiché. Nous lui donnons un sens beaucoup plus étroit : le ou les acteurs qui dans une situation donnée, jouent effectivement (à la fois dans le discours et par les actions constatées) un rôle d’agent de changement vis-à-vis des acteurs régulateurs (élus territoriaux, préfet…) » (in Mermet, à paraître)]

Ce travail est le rendu d’enquêtes de terrain, régulièrement actualisées, menées en étroite collaboration avec les acteurs directement en prise localement avec le dossier [Un article plus complet traite de la même question dans la Revue Sud Ouest Européen ( n°16 de 2003 paru en 2004 qui porte sur « Pastoralisme et environnement »)].

Carte du massif de Madres Coronat Carte du massif de Madres Coronat

1. L’arrivée du loup dans les Pyrénées-Orientales

Un jeu d’acteur particulier sur le massif du Madres-Coronat.

La zone montagnarde des Pyrénées-Orientales se caractérise par des territoires à forte biodiversité qui résultent d’éléments biogéographiques divers, des conséquences des activités humaines pluriséculaires et d’une dynamique de reconquête des milieux naturels suite à une certaine déprise agricole. Dans ce contexte, cette partie des Pyrénées est une des plus riches en réserves naturelles fédérées au sein d’une confédération (la Confédération des Réserves Catalanes).

Le parc naturel, qui est en cours d’installation, mise à la fois sur un patrimoine culturel et naturel riche. Le territoire, qui a été concerné au premier chef par le loup dans la seconde partie des années 1990, se situe au sein de la Réserve de Nohèdes, elle-même base du site Natura 2000 sur le Massif du Madres-Coronat qui s’étend sur 25 000 ha. Le jeu d’acteur y est particulier. Les chasseurs sont intégrés à la gestion de la réserve [La chasse est autorisée sur te territoire de la réserve. A noter également que le conservateur de la réserve siège à l’ACCA de Nohèdes.] tout comme les acteurs du tourisme (accompagnateurs de montagne principalement) et les acteurs pastoraux. La gestion et la promotion du site Natura 2000 sont fréquemment mises en avant comme un modèle puisque nous n’y retrouvons pas les tensions courantes liées à ce dossier en milieux ruraux (AGRNN, 2004).

L’activité pastorale et les premières difficultés liées à la prédation

Le territoire de Nohèdes et des Pyrénées-Orientales ont connu historiquement des fluctuations de la présence du pastoralisme. Après une grande tendance d’abandon des territoires pastoraux liée à l’exode rurale et à la réorganisation moderne des systèmes agricoles, une reconquête modérée a été amorcée à partir des années 1980 (Salvador, 2003). Elle est principalement le fait de néo-éleveurs [Le terme de néo-éleveur nous semble plus précis que le terme de néo-rural communément employé dans ce contexte. Or ce terme nous paraît plus vaste puisque rural n’est pas synonyme d’agricole. Le terme de néo-paysan paraît également tout à fait approprié.] et l’élevage bovin pour la viande tend de plus en plus à être majoritaire.

Les éleveurs ovins, principalement pour la viande, à l’activité généralement la moins rentable, ont souvent eu les terroirs les plus difficiles. C’est le cas pour l’éleveur travaillant sur le territoire de la Réserve de Nohèdes. N’ayant pas reçu les meilleurs conseils et les soutiens techniques au moment de son installation (Lambert in Salvador, 2003), le système d’élevage en question a pâti d’emblée de difficultés d’exploitation liées à l’inadaptation des équipements pastoraux et à l’insuffisance de main d’oeuvre.

En raison d’un climat qui pouvait s’y prêter, ces handicaps ont été compensés par la possibilité de laisser les brebis en pacage libre. La réserve de Nohèdes a d’ailleurs encouragé la présence de l’élevage sur son territoire car cela entrait bien dans la prise de conscience et dans le discours sur la portée agri-environnementale de certaines activités. Cependant, quelques années après son installation, le troupeau commence à subir une prédation chronique.

Evolution de la prédation sur l'estive de Nohèdes depuis 1992 Tableau : Evolution de la prédation sur l'estive de Nohèdes depuis 1992. Tableau extrait de Salvador (2003)

Jusqu’au milieu des années 1990, tout montre qu’il s’agit d’une prédation de chien. Cette question est depuis longtemps soulignée comme un vrai problème pastoral par les organismes agricoles régionaux [En cela ils se distinguent des organismes alpins qui, maintenant, suite au retour du loup dans les Alpes, se crispent et parlent de faux problèmes quand cette question de prédation de chien est abordée (Garde et Vors, 2001).] (Pistolesi, 1998). Cependant à partir de 1997, plusieurs soupçons évoquent la présence d’un prédateur sauvage qui s’est spécialisé. Un suivi de terrain se met en place et très vite, on s’aperçoit que les soupçons de l’éleveur sont fondés, ce grand canidé doit être un loup.

La récupération médiatique et socio-professionnelle

La question de l’origine du loup

Le résultat des analyses génétiques paru en 1999 confirme qu’il s’agit bien d’un loup et la souche identifiée est italienne, Canis lupus italicus. Au premier abord, ces conclusions sont étonnantes. Dès l’été 1999, la presse locale et surtout nationale se saisit de l’affaire. La question des grands prédateurs est un marronnier [Dans le domaine journalistique, un marronnier est un sujet que l’on traite régulièrement et dont on sait qu’il sera systématiquement payant sur un plan éditorial.] dans le domaine des médias et bénéficie toujours dans son traitement de sensationnalisme et de simplisme.

L'origine du loup de Nohèdes : venu des Abruzzes aux Pyrénées Photo : Loups des Abruzzes aux Pyrénées. Le retour du loup dans les Pyrénées vu par Paris-Match, une vision déformante.

Ainsi Paris Match (9 septembre 1999) fait un reportage choc sur le « loup de Nohèdes » et publie une carte extravagante montrant « l’itinéraire surprenant » du loup depuis le coeur des Abruzzes aux Pyrénées-Orientales.

Plus étonnant le journal Le Monde publie la même carte. Il est clair qu’avec une telle carte se fondant sur une origine italienne des loups, la thèse d’un lâché humain s’éveille. Cependant, certains éléments permettent de recadrer cette présence. Comme l’Espagne est à proximité et que ce pays compte une population de près 2000 loups, l’hypothèse d’un loup espagnol semblait la plus logique.

Il faut rappeler néanmoins que les premières populations viables de loups se situent bien plus à l’ouest de l’Espagne et que la distance qui les sépare des Pyrénées-Orientales est du même ordre que celle qui sépare les Alpes du sud aux Pyrénées-orientales. De plus, ce qui a poussé les concepteurs de la carte de Paris-Match à figurer un trajet partant des Abruzzes est que les loups italiens sont communément appelés « loups des Abruzzes » puisque c’est de cette région qu’est repartie la recolonisation de l’Italie.

Dans la mesure où l’on trouve maintenant du Canis lupus italicus dans les territoires alpins français et suisses, on peut également parler de loups italo-alpins. Même si une intervention humaine ne peut jamais être exclue à 100 %, bien qu’elle paraisse très difficile, la présence de loup de cette souche peut s’expliquer.

Plusieurs études ont montré que des infrastructures types routes, autoroutes, ponts… peuvent être utilisées et traversées par des loups (Mech, 1996 ; Mech and Boitani, 2003). La vallée du Rhône a donc pu être franchie. En outre, deux individus ont été retrouvés morts dans le Massif Central en 1997 et 1999 (Cantal et Puy-de-Dôme) montrant également la colonisation par bond et les grandes distances que les loups peuvent parcourir. Cela nous mène d’ailleurs à l’hypothèse suivante : il est fort probable que depuis déjà plusieurs années des loups erratiques parcourent des zones rurales françaises dans la discrétion la plus totale. Cependant, la diffusion d’informations tronquées et la cartographie parue dans la presse contribuent à diffuser la rumeur de lâchers clandestins récupérée par une partie de la profession agricole.

Mobilisation syndicale et interférences sur le terrain

Alors que l’éleveur est en pleine détresse face à cette situation de prédation qu’il a du mal à gérer jusqu’en 1998, plusieurs représentants professionnels essaient de tirer profit de la situation pour faire parler d’eux. Au premier titre, certains représentants agricoles départementaux (Syndicat Ovin Catalan, Confédération Paysanne des Pyrénées-Orientales.), sollicités par l’éleveur qui a besoin d’aide, mobilisent les médias. Ils convoquent des journalistes, rappellent :

  • qu’ils sont hostiles à tous les grands prédateurs,
  • que la cohabitation entre le loup et le pastoralisme est impossible,
  • qu’ils refuseront toutes les aides,
  • la seule solution demeurant le retrait pur et simple des prédateurs.

Très vite, le porte-parole de la section locale de la Confédération Paysanne, surpassant le syndicat majoritaire, récupère et contribue à la médiatisation d’une hostilité ouverte aux prédateurs sauvages (Benhammou 2001, De Bellefon et Benhammou, 2004). Le syndicaliste « alternatif » fait tout pour se montrer actif sur la question et pousse l’éleveur de Nohèdes à adopter des positions sans concessions. Néanmoins, l’influence du syndicaliste a des effets catastrophiques sur le terrain puisqu’il incite l’éleveur à ne pas se protéger et ne pas travailler différemment car « ce serait être d’accord avec la présence du loup ». Ces initiatives débouchent sur peu de choses concrètes concernant l’amélioration de la situation de l’éleveur face à la prédation. La mobilisation contre le loup fait même un certain tort à l’éleveur. En effet, elle freine considérablement le travail technique d’aide qu’essaient de mettre en place certains acteurs pragmatiques au sein de la Chambre d’Agriculture locale notamment. (Voir le graphique de prédation de l'estive de Nohèdes).

Partenariat entre acteurs d’environnement et acteurs agricoles

Le rôle des acteurs locaux d’environnement dans la résolution du problème. Dès 1998, l’équipe de la Réserve de Nohèdes est renforcée par un chargé de mission qui a une compétence de suivi «ours». Avec l’aide d’un agent de l’ONF mais surtout de l’ONCFS très à l’écoute des problèmes de l’éleveur, ils renforcent un suivi empirique qui leur permet de mettre au jour qu’un grand canidé parcourt la montagne. Leur conviction se dirige de plus en plus vers la piste loup. Or ils savent pertinemment que s’ils arrivent à montrer qu’un loup est responsable des attaques sur le troupeau, alors et seulement alors une série d’aides concrètes peuvent être débloquées.

La Réserve, n’ayant pas de moyens particuliers mais devant à la fois accepter la présence d’une espèce protégée et favoriser le pastoralisme, laisse cette mission prendre de l’ampleur même si l’agent n’hésite pas à donner de son temps libre. Il en est de même pour l’agent de l’ONCFS. Ils essaient du mieux qu’ils peuvent d’entretenir le dialogue avec l’éleveur aux humeurs variables. Parfois il les associe à ceux qui sont responsables de la présence du prédateur et parfois, il a conscience qu’ils essaient de l’aider. La résolution des difficultés et du conflit fait un saut qualitatif lorsque les acteurs d’environnement et des structures techniques agricoles décident de travailler ensemble.

La mobilisation technique des acteurs locaux de l’agriculture

Le SIME, Service Inter Chambre d’Agriculture Montagne Elevage de Languedoc –Roussillon est une structure qui s’investit activement dans les politiques de sauvegarde et de reconquête pastorale. Elle a particulièrement oeuvré dans les Pyrénées-Orientales pour favoriser l’organisation foncière des usagers des territoires pastoraux. Le SIME est particulièrement actif grâce notamment à la présence d’un ingénieur pastoraliste basée à Prades à une quinzaine de km de Nohèdes. Dans la continuité du soutien technique à l’élevage et appuyé par son chef de service, il s’est énormément impliqué afin de trouver des solutions à l’éleveur confronté au loup. Il aide à la réorganisation du système d’exploitation et met en place de nouveaux équipements qui ont pu être financés, entre autre, par le groupement pastoral  [Le groupement pastoral est une structure visant à regrouper des éleveurs dans le but d’exploiter et de gérer collectivement des espaces de pacage. Le groupement pastoral de Nohèdes est principalement composé par l’éleveur directement confronté au loup, auquel s’ajoute pour l’estive des petits éleveurs ou des retraités possédant quelques brebis].

Le SIME collabore également très étroitement avec la Réserve de Nohèdes, notamment quand un de ses agents travaille au placement de chiens de protection. Il a également diligenté toute une série d’études afin d’améliorer la compréhension et la prévention de ce genre de situation de prédation (Pistolesi, 1998 ; SIME, 1999).

Un soutien institutionnel varié

D’autres structures conjuguent leur travail afin d’améliorer la cohabitation naissante. La mairie s’investit particulièrement par le biais de la secrétaire et du maire, lui-même éleveur bovin. Ce dernier, bien qu’ayant subi les critiques d’une partie de la profession et bien que ne voyant aucun intérêt au loup, a dès le début essayé d’aider l’éleveur en question. La mairie a monté tout une série de dossiers de demande d’aide et, une fois accordée, elle a fait une avance de frais. En effet, via Natura 2000 notamment, la DIREN Languedoc-Roussillon a dégagé des crédits pour payer des cabanes de chantiers préfabriquées dans le but de favoriser le gardiennage du troupeau dans les différents quartiers d’estives.

Des fonds ont permis également de financer une aide-bergère et la DIREN Midi-Pyrénées, qui gère le dossier de l’ours, a fourni une aide concernant les chiens de protection. Dans ce contexte, le groupement pastoral a décidé d’embaucher un berger salarié expérimenté à temps plein. Enfin, la sous-préfecture a poussé un certain nombre de dossiers car toutes ces aides ont mis un certain temps à se débloquer ce qui n’a pas été toujours pour le mieux dans l’apaisement des tensions.

Au total, suite aux efforts de l’éleveur, des acteurs d’environnement (la réserve de Nohèdes étant motrice) et des acteurs agricoles qui ont mobilisé autour d’eux pour obtenir des soutiens, la prédation a très fortement diminué (voir le tableau des prédations sur l'estive de Nohèdes). Certes, dès 2000, des rumeurs font état de la disparition naturelle ou de l’élimination de la présence de loup, cependant des éléments récents montrent qu’il y a encore des loups dans la région.

Remarques critiques

Les risques liés au temps perdus. Dès 1996-1997, l’éleveur est demandeur d’aide face à une situation qu’il a du mal à gérer. Or, les acteurs de terrain locaux n’ayant pas de «culture loup», ne savent pas ce qu’il faut rechercher et surtout, il n’y a pas de moyens pour cela. Ce n’est que fin 1998 avec principalement la motivation d’un nouvel agent de la Réserve de Nohèdes et d’un agent technique de l’environnement de l’ONCFS que des indices sont trouvés et récoltés. Les résultats mettent six mois à arriver, en plein été autrement dit en plein saison d’estive. Malgré cela, des aides ont leur aval pour être débloquées mais le groupement pastoral reproche toujours des investissements qu’il a financé et qu’il pensait, à tort, se faire rembourser.

Des dossiers délicats pour les administrations de l’Environnement et de l’Agriculture

Même si des acteurs d’environnement de terrain peuvent développer des synergie avec des acteurs agricoles, il en est autrement au niveau national. L’administration de l’Environnement est dépassée par le dossier des grands prédateurs jugé coûteux et polémique. Déjà affaiblie et attaquée de toute part, cette administration se méfie de l’irruption du loup à l’extérieur des Alpes. Elle n’est donc pas toujours à même d’apporter le soutien et la flexibilité (déblocage des moyens, cadres et objectifs) que l’action des agents de terrain nécessite. Quant aux administrations agricoles, elles ont longtemps délaissé ce dossier des grands prédateurs qui révélait la situation du pastoralisme dont les politiques publiques qu’elles ont soutenu sont grandement responsables. En outre, le poids de la profession a pu se faire sentir jusque dans le Ministère de l’Agriculture lorsque celui-ci a refusé un soutien sollicité par le SIME et la réserve de Nohèdes. Mais là-aussi, la situation tend à évoluer et l’action pragmatique des DDAF alpines ont souvent beaucoup oeuvré dans le sens de la résolution des conflits.

Le militantisme écologique : les accompagnateurs de montagne

Les agents de terrain de l’Environnement se contentent d’apporter des solutions techniques sans répondre à la polémique. Lors des présentations de Natura 2000 et des séances de rédaction du document d’objectif du site Madres-Coronat, la Réserve s’est bien gardée de parler du loup comme d’un animal prioritaire au titre de la Directive Habitat. Le loup a pu même être ressenti par les promoteurs de Natura 2000 comme une nuisance au dialogue entre la Réserve et certains acteurs du territoire.

Le rôle de militant actif pro-loup a donc été tenu par d’autres acteurs. Les accompagnateurs en montagne des Pyrénées-Orientales sont regroupés dans une association au positionnement écologiste et régionaliste très marqué. Tout en ayant une bonne connaissance des réalités du pastoralisme montagnard, cette catégorie d’acteurs se fait entendre dans les médias locaux et milite activement auprès des élus locaux afin de promouvoir la cohabitation et la protection des grands prédateurs.

Vu l’importance du tourisme et le charisme du président des accompagnateurs, ces acteurs locaux ont un certain poids : «Souvent nous avons des discussions âpres avec des représentants de la profession agricole qui disent qu’il s’agit d’une idée de technocrates ou d’écolos de Paris. Mais nous on dit que ce ne sont pas les seuls, nous qui vivons au pays, nous voulons entrer dans le débat et faire entendre notre voix favorable à la protection de ces espèces » (A. G., comm. pers.).

Perspectives : le loup dans les Pyrénées, une réalité, une actualité

Après le silence qui a suivi l’année 2000, une photographie prise sur le Massif du Carlit, toujours dans les Pyrénées-Orientales, en août 2002, apporte de nouveaux rebondissements. C’est suite aux pressions du Groupe Loup France-Ferus que l’information est livrée par l’ONCFS en mars 2003 [Ferus a publié cette photographie prise par un vacancier dans le Gazette des grands prédateurs].

Le réseau grands carnivores de l’ONCFS en profite pour livrer les informations qui apportent de récentes précisions sur les analyses génétiques des indices relevés dans les Pyrénées-Orientales entre 1998 et 2000. Il y aurait eu au moins trois loups différents sur cette période. En mai 2003, la Préfecture des Pyrénées-Orientales en profite pour publier un communiqué de presse officiel où elle présente tous ces éléments. L’information est alors uniquement reprise par la presse locale et elle ne parvient même pas aux organes de presse habituels qui couvrent la chaîne des Pyrénées. Ainsi, cette mise au point exhaustive sur l’état du loup dans les Pyrénées demeure dans la discrétion.

Peu de moyens et des volontés… à ne pas briser

Jusqu’à très récemment, tout concourait à montrer que l’on cherchait à accompagner cette présence de loup dans les Pyrénées-Orientales sans véritablement l’admettre. Cependant la Confédération des Réserves Catalanes (fédérant la Réserve de Nohèdes très en pointe sur la question), l’ONCFS, la DIREN Languedoc-Roussillon, la DDAF des Pyrénées-Orientales planchent et réfléchissent à un dispositif d’accompagnement pérenne.

Un des éléments de blocage se situe encore au niveau national car localement, des dispositions et des lignes de conduite générale sont attendues d’en haut. L’attentisme ne semble pas la meilleure solution pour autant. En effet, une communication mal maîtrisée peut avoir des effets catastrophiques sur le travail des agents de terrain d’environnement. Contrairement à la plupart des endroits des Pyrénées et des Alpes confrontés à une présence de grands prédateurs, des acteurs et des organismes agricoles compétents et pragmatiques sont prêts à s’investir efficacement sur le terrain afin de favoriser une cohabitation. Certains acteurs locaux, comme ceux du tourisme ont également une vision constructive de la question. Cependant, une mobilisation active radicale contre les grands prédateurs, minoritaire pour le moment, ne demande qu’à resurgir avec force si une crise de gestion du dossier éclate.

Depuis 2002, l’éleveur, qui a été le premier confronté au loup, accepte le soutien technique des acteurs agricoles et des acteurs d’environnement sans pour autant accepter le prédateur. De plus, de jeunes éleveurs à proximité ont déjà commencé à se préparer par rapport à une prédation sauvage dans la mesure où depuis leur installation, ils subissaient une prédation chronique de chien.

L’annonce du gouvernement autonome de Catalogne (Espagne)

Le 12 février 2004, la Generalitat de Catalunya [Il s’agit du gouvernement autonome de Catalogne. L’Espagne est un pays très décentralisé où les régions (Autonomie) ont de larges prérogatives. La Catalogne est une des plus importantes, une des plus riches d’Espagne et la mise en avant de son particularisme culturel, politique et linguistique sont anciens.], par le biais de son Département de l’Environnement, annonce par un communiqué de presse très documenté le retour du loup [Generalitat de Catalunya, Departamente de Medi Ambient I Habitatdge, Detectat el Primer exemplar de llop salvatge a Catalunya des de fa de més de 70 anys, Dossier de Premsa, 12 de febrer de 2004, 6 p].

Plusieurs éléments sont mis en avant. Premièrement, ce loup est de souche italicus et les indices de présence ont été prélevé dans la Parc naturel du Cadi sur un territoire situé à quelques km des Pyrénées-Orientales françaises. Ensuite, les autorités catalanes se félicitent du retour du prédateur qui est vu comme un enrichissement de la biodiversité. Elle s’engage donc à mettre tout en oeuvre pour assurer sa protection et la cohabitation avec les activités humaines. Une politique d’aide est prévue pour subvenir aux éleveurs qui subiraient cette présence.

Politiquement, ces prises de positions sont révélatrices. Depuis novembre 2003, une alternance politique s’est produite à la tête de la Catalogne. Ainsi, une coalition de gauche comprenant des socialistes, écologistes et des Indépendantistes Catalans désirent rompre avec le pouvoir précédent. Au moment où en 2003, côté français, des analyses génétiques ont précisé le nombre de loups présents entre 1998 et 2000 (trois individus), un indice de présence provenant du Parc du Cadi avait également montré qu’à l’époque un quatrième individu était en Catalogne espagnole.

Les autorités catalanes avaient alors jugé qu’il ne fallait pas communiquer. Depuis, les élections ont remplacé les tenants de cette ligne. Tous les éléments montrent donc que d’un côté comme de l’autre de la frontière qui sépare les Pyrénées catalanes, quelques loups de même origine parcourent ces montagnes.

Et du côté français des Pyrénées ?

Quelle suite donner à l’accompagnement de la population de loup dans les Pyrénées françaises alors que côté espagnol catalan, une politique prend forme ? Avant toute chose, il s’agit bien de clarifier la situation. Suite au colloque repris dans ces mêmes actes, on a pu voir l’utilisation polémique que la presse et certains acteurs pyrénéens peuvent faire d’une information tronquée. Ainsi, l’Institution Patrimoniale du Haut Béarn a utilisé la Dépêche du Midi (31 mars 2004) afin de sous-entendre que "les écologistes étaient en train de réintroduire dans toutes les Pyrénées des loups italiens, que c’était bien la première fois qu’on en entendait parler et qu’encore une fois on mentait aux acteurs locaux des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées qui se doutent depuis longtemps des manipulations écologistes." Voici une des manipulations possibles de l’information lorsqu’un dossier si sensible est géré de manière un peu attentiste. Doit-on pour autant complètement condamner le silence des pouvoirs publics français ?

Les administrations, tant de l’Environnement et de l’Agriculture, tentent tant bien que mal à dénouer le problème au niveau national mais en ayant tout de même une vision très alpine du dossier. Nous avons évoqué précédemment l’hypothèse de l’existence de loup dans des zones rurales où cette présence n’est pas soupçonnée. Or, du jour au lendemain, cette présence peut se faire ressentir, principalement en interaction avec des activités d’élevage. C’est précisément ce qui s’est passé dans l’Ain au cours de l’été et de l’automne 2003. Le groupe de travail national loup, qui doit donner les orientations de gestion du loup en juin 2004, laisse encore transparaître un grand nombre d’incertitude.

D’ores et déjà, le contingentement, autrement dit l’élimination de loup va être une réalité de gestion. Pour des territoires comme les Pyrénées-Orientales, la présence d’une confédération d’espaces protégés et surtout la présence d’un site Natura 2000 ont permis dans un premier temps d’asseoir des dispositifs temporaires de gestion du dossier loup. Tout montre que c’est lorsque la présence de loup est connue et assumée que l’on peut réfléchir à un dispositif localement adapté. La présence de loup dans les Pyrénées est une réalité et la présence des mesures en zone à ours sont indirectement une bonne préparation à l’expansion du loup. Il ne faut pas pour autant ne rien faire et laisser le champ libre aux opposants aux efforts constructifs et pragmatiques. Sur ces territoires ruraux marginaux, il paraît nécessaire de prendre exemple sur la sérénité relative de la situation dans les Pyrénées-Orientales pour statuer sur les modalités de cohabitation sur les autres territoires ruraux marginaux, dans les Pyrénées et ailleurs.

Farid Benhammou

Paru dans : Benhammou F. et al. (eds), 2004. “ La cohabitation Hommes / Grands Prédateurs en France (Ours et Loup) : enjeux didactiques pour la conservation de la nature et le développement durable? ” Actes du colloque du 21 et 22 mars 2004 Muséum d’Orléans, Recherche Naturaliste n° 14, décembre 2004.

Bibliographie

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Benhammou F., 2003. « Les grands prédateurs contre l'environnement ? Faux enjeux pastoraux et débat sur l'aménagement des territoires de montagne », Courrier de l'Environnement de l'INRA, février 2003, 48 : 5-12.

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Benhammou F., 2003-2004. "Le loup (canis lupus) dans les Pyrénées, 1998-2003 : cas d'école pour anticiper le retour des prédateurs sauvages dans les territoires ruraux marginaux ", Sud-Ouest Européen, PUM, Toulouse, 16 : 85-93.

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Degeorges, 2004. « Le loup, une affaire d’Etat », à préciser

Garde L. et Vors E., 2001. La prédation par les loups et les chiens errants dans le massif des Monges (Alpes-de-Haute-Provence) : diagnostics pastoraux et approche statistique, CERPAM, Manosque, 26 p. + annexes.

Mech L. D., 1996.

Mech L. D. and Boitani L., 2003. Wolves : Behavior, Ecology, and Conservation, The University of Chicago Press, Chicago and London, 448 p.

Mermet L., 2004. « Analyse stratégique pour la gestion environnementale : un cadre théorique pour penser l'efficacité en terme d'environnement ». Soumis à Natures Sciences Société

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Salvador O, 2003. Le loup, le lynx et l’ours dans le massif du Madres-Coronat (Pyrénées-Orientales), cohabitation grands prédateurs et activités humaines en territoire de montagne : enjeux et perspectives, mémoire de DEA Aménagement-Développement-Environnement, Université d’Orléans, Réserve Naturelle de Nohèdes, 119 p.

SIME, Chambre d’Agriculture des P.-O., Association des AFP-GP et AGRNN, 1999. Schéma de prévention des prédations sur l’estive Gorg Estelat-Nohèdes, 10 p.

Sigles

ACCA : Association Communale de Chasse Agréée
AGRNN : Association Gestionnaire de la Réserve Naturelle de Nohèdes
DDAF : Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt
DIREN : Direction Régionale de l’Environnement
ONCFS : Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
ONF : Office National des Forêts
SIME : Service Inter-chambre d’agriculture Montagne Elevage

25 décembre 2004

L'Ours serait dangereux pour les chasseurs

Lettre d’Action pour la Nature N°18 - décembre 2004

Les antis ours Ariégeois ont voté une motion s’opposant aux réintroductions. Cette motion tend à faire penser que l’ours serait dangereux pour l’homme. Or, les ours ne sont pas dangereux pour tout le monde: ils le seraient seulement pour les chasseurs.

Alain Fuziès, le président des chasseurs pyrénéens, l’a affirmé récemment, les ours seraient bel et bien dangereux. De son côté, le conseil général de l’Ariège, présidé par nul autre qu’Augustin Bonrepaux, député-maire PS d’Ax-les-Thermes, a voté une motion, bien entendu défavorable à toute idée de renforcement de la population d’Ours.

Ce grand ami des ours, patron de la puissante fédération socialiste de l’Ariège a donc fait voter à la majorité de son conseil général une motion pleine de tout ce que l’on entend régulièrement de la part des anti-ours, plus un chapitre sur le danger que ferait courir ces animaux. C’est décidément un argument de plus en plus repris par tous ceux qui ne veulent pas d’ours dans la Nature.

«Considérant que le regrettable accident survenu dans les Pyrénées Atlantiques comme celui de Melles en 1997 mettent en évidence qu’un ours peut être dangereux dans certaines circonstances et que de tels accidents peuvent se reproduire avec des personnes sans défense.» (Les chasseurs étant armés)

Action Nature a donc mené l’enquête, et est en mesure d’affirmer que :

  • Cannelle aurait été abattue, selon les dires du chasseur en cause, en état de légitime défense.
  • Melba, en 1997 avait déjà été abattue dans des circonstances identiques aux dires de  la victime (sic).
  • L’Ours Claude avait également été abattu par un chasseur, certainement lui aussi attaqué par le vil plantigrade.
  • Le cadavre de Papillon, le vieil ours, aura révélé ce printemps à l’autopsie qu’il avait reçu au moins deux coups de fusil. Lui aussi devait être dangereux…

Or, nul besoin d’être bien malin pour comprendre que les ours ne sont pas dangereux pour tout le monde. Ils le seraient seulement pour les chasseurs. En effet, hormis les quatre exemples précédemment cités, il n’y a aucun témoignage de la moindre agressivité des plantigrades vis-à-vis des bergers, des randonneurs, naturalistes ou forestiers tous sans défense.

Bien au contraire, tous les témoignages des personnes qui ont eu le bonheur de croiser un ou des ours dans les Pyrénées, eux aussi sans défense, vont dans le même sens: aucun signe d’agressivité.

Les ours ne sont donc pas uniquement dangereux, ils sont surtout de vils anti-chasse primaires. De vraies sales, bêtes quoi. Merci, Augustin, d’avoir ainsi contribué à la manifestation de la vérité ! Pour mémoire, ce bon vieil Augustin fut l’auteur, lors des débats sur la loi chasse de l’année 2000 (il y a eu depuis deux autres lois chasse.) du célèbre amendement justement dit «Bonrepaux», qui ne visait ni plus ni moins qu’à recapturer les ours d’origine slovène pour les envoyer au diable Vauvert.

22 décembre 2004

L'élevage des chiens de protection

La présence de chiens de protection est un des moyens préconisés pour protéger le troupeau des attaques de chiens errants ou des grands prédateurs, loup et ours. Un suivi des chiens de protection chez des éleveurs ovins permet aujourd'hui d'établir des recommandations pour un bon élevage des chiots et leur dressage au sein du troupeau.

Comment élever les chiens de protection ?
L'attaque d'un troupeau ovin par un ou plusieurs prédateurs de type chiens errants ou faune sauvage peut avoir des répercussions importantes, allant bien au-delà des pertes recensables au travers des animaux morts ou gravement blessés. En effet, le stress subi par les brebis "rescapées" peut provoquer des baisses de fertilité dues à des avortements ainsi que des troubles du comportement qui peuvent amener l'animal (brebis ou agneau) à ne plus s'alimenter.
Difficilement recensables, ces attaques, pour la plupart causées par des chiens errants, toucheraient  mortellement environ 100 000 brebis par an, ce phénomène n'allant pas en s'atténuant.

Patou_protection Sollicité dès 1985 pour apporter une réponse à ce fléau, l'ITOVIC, puis à partir de 1991 l'Institut de l'Elevage, a misé sur une méthode ancestrale de protection des troupeaux ovins : l'utilisation  de chiens molossoides de race ''Montagne des Pyrénées".
Au démarrage de l'action, la quasi-absence de références concernant cette technique nous a conduit à bien connaître ses conditions de mise en place pour assurer son efficacité. Ces conditions ont pu être précisées grâce aux travaux menés de 1992 à 1996 conjointement par l'Institut de l'Elevage et l'Association pour la Promotion des Animaux de Protection (APAP).
Les résultats de ces  travaux ont été confirmés ou complétés par un suivi des chiots placés par l'APAP ainsi que par les témoignages des éleveurs utilisateurs de chiens de protection adhérents à cette association.

Ces données conduisent à des recommandations concernant l'introduction dans un troupeau et l'utilisation d'un chien de protection.

Les aptitudes du chien de protection
Un chien de protection se doit, pour être efficace, de répondre à trois exigences.

  • Il doit être attaché et attentif au troupeau, en maintenant un contact permanent avec celui-ci. Plonger le chiot dès sa naissance dans le troupeau et limiter volontairement les relations avec les hommes fait qu'il reporte toute son affection et son attention sur les brebis.
  • Il doit être loyal envers le troupeau : il ne doit alors causer aucune blessure aux brebis ou aux agneaux et ne doit pas interrompre ou gêner l'activité des animaux. 
  • Enfin, le chien doit être attentif aux mouvements du troupeau et à la présence d'éléments perturbant sa sérénité (prédateurs, présence humaine…).

Cette aptitude du chien à la protection s'apprécie par des aboiements puissants et  par un déplacement rapide vers l'intrus.

L'expression de ces trois comportements attendus se fera d'autant plus efficacement que le chiot sera, au sein de sa race, issu d'une lignée pastorale. Il s'agira alors de vérifier si ses deux parents sont efficaces au troupeau. Pour la race "Montagne des Pyrénées", ces chiens de la lignée "travail" sont appelés "Patous".

La valeur génétique du chien ne suffit pas (même si elle est un élément  déterminant et majeur) pour assurer l'efficacité future du petit chiot "Patou". Les trois comportements de base du chien de protection décrits précédemment vont progressivement se mettre en place au cours des douze premiers mois de sa vie, et ce d'autant plus efficacement qu'un certain nombre de conditions seront remplies. Ces conditions concernent la phase d'intro¬duction du chiot dans le troupeau et l'éducation à apporter au chien ainsi que la structure de l'exploitation et la conduite d'élevage.

Réussir l’introduction du chien dans le troupeau
Tout jeune, le chiot est introduit en bergerie pour établir une relation avec les brebis et recevoir une éducation par le berger. La présence d'un premier chien de protection est positive pour l'éducation du plus jeune.

Patou_bergerie_1Pour garantir la réussite de la phase-clé qu'est l'introduction du chien dans le troupeau, celle-ci doit impérativement avoir lieu lorsque le chiot a entre 2 et 4 mois. En effet, c'est à cet âge que le chiot va être le plus en mesure d'établir une relation et un attachement sociaux rapides et privilégiés avec les animaux qu'il aura par la suite à protéger. Il va alors reporter toute son attention et toute son affection sur les brebis comme il l'aurait fait avec ses parents ou avec les autres chiots de la portée. Si le chiot choisi est issu d'une portée qui est née et a été élevée en bergerie, cette opération n'en sera que plus simplifiée.
Pour que l'attachement au troupeau se réalise rapidement et facilement, il est recommandé d'introduire le chiot lorsque le troupeau est en bergerie. Cette situation a un double avantage :

  • la surveillance du chiot par l'éleveur est facilitée et quasi-permanente. Les fautes commises par le chiot, comme par exemple serrer les brebis dans le fond de la bergerie, mordiller les oreilles ou la queue des animaux ou tirer la laine, doivent être corrigées au moment même où elles sont commises ;
  • cet environnement "confiné" oblige ou accélère le contact entre les deux espèces ovine et canine. L'aménagement d'un recoin au fond de la bergerie procure au chiot un refuge (où il trouvera aussi couche et nourriture) parfois utile durant les premiers jours suivant l'introduction dans le troupeau, les brebis cherchant à repousser l'intrus. De plus, le chiot peut faire la connaissance de l'ensemble du troupeau et non pas d'un seul lot comme cela pourrait être le cas au pâturage.

Phase d’éducation : Des liens chien-troupeau
Tous devront se familiariser avec le chien

Patou_agneau_1La période de bergerie doit être la plus longue possible pour deux raisons essentielles :

  • pour que les liens établis avec le troupeau soient solides. C'est à condition que les relations chien/brebis soient établies (c'est-à-dire contacts amicaux, léchages, chien "noyé" dans le troupeau queue et oreilles basses ... ) que le comportement de protection du chien pourra se mettre en place et s'exercer ;
  • pour que la phase d'éducation de base puisse avoir lieu. Même si les chiens de protection sont souvent récalcitrants aux ordres et à la hiérarchie, il est tout de même indispensable que le chien acquiert quelques notions d'éducation. Il faudra, dès son arrivée sur l'exploitation, lui donner un nom auquel il devra répondre. L'apprentissage du nom servira également à apprendre le rappel, le chien devant revenir aux pieds du maître lorsque ce dernier le lui demande.
    Le chiot, muni dès son arrivée sur l'exploitation d'un collier portant les coordonnées du maître, doit également être conditionné à suporter l'attache et à marcher (en laisse) aux pieds de son maître. Il doit aussi accepter de monter en voiture. Cette éducation minimale sera d'une aide précieuse lorsque l'éleveur souhaitera retirer le chien du troupeau ou lorsqu'il aura besoin de "maîtriser" son chien.

Mise au pâturage : La période test
Durant cette période test, l'éleveur doit fréquemment visiter le troupeau et guider le chien dans son comportement

Patou3Au moment de la sortie du troupeau au pâturage, le chien doit accompagner le troupeau. Il est souhaitable de conduire les brebis assez loin de la bergerie les premiers jours pour éviter que le chien ait la tentation de revenir sur l'exploitation.
En cas de retour, il est impératif de reconduire immédiatement le chien au troupeau. Toute démission de l'éleveur à ce moment précis hypothèque gravement les chances de réussite.

Dans les premiers temps, l'éleveur doit rendre souvent visite au troupeau au pâturage, de manière à étudier le comportement du chien et à vérifier qu'il n'outrepasse pas les interdits décidés par l'éleveur. Lors de ces visites, l'éleveur, dans la phase d'approche du troupeau, doit rappeler son chien, le caresser et le flatter. Après quelques minutes, un chien dont l'attachement au troupeau est fortement établi, retournera de lui-même au milieu des brebis. L'éleveur doit profiter de ce mouvement de retour vers le troupeau déclenché par l'instinct pour apprendre au chien l'ordre de retourner vers les brebis.

L’environnement de travail du chien
L'efficacité du chien dans sa mission de protection du troupeau va être largement conditionnée par trois éléments extérieurs que sont :

  • la structure de l'exploitation;
  • la conduite d'élevage,
  • la pression de prédation.

Des conditions de structure de l'exploitation peuvent faciliter ou pénaliser le travail du chien. On peut citer :

  • la présence de clôtures ou de grillages électriques autour des parcelles (+) ; le chien devra cependant se familiariser avec ces équipements ;
  • le morcellement très dispersé du parcellaire (-) ;
  • la présence d'une route à grande circulation ou d'une voie ferrée proche ou cou¬pant l'exploitation (-) ;
  • la présence d'autres personnes sur l'exploitation dont des enfants (-) ;
  • la présence d'un autre chien de protection travaillant déjà dans le troupeau (+) ;
  • une partie du parcellaire accidentée ou boisée (-) ;
  • un chemin de randonnée longeant les parcelles (-).

Concernant la conduite d'élevage et la conduite pastorale, les points suivants sont à prendre en considération :

  • la race des brebis que l'on préférera de type grégaire ;
  • la taille du troupeau ou du lot à surveiller ;
  • la pratique ou non de l'estive avec présence ou absence du berger ;
  • le rassemblement de plusieurs troupeaux dont certains ne sont pas familiarisés avec le chien ;
  • le rythme de changement de pâturage ;
  • le regroupement des brebis dans un enclos le soir ou les jours de brouillard ou de mauvais temps.

Pour prendre en compte l'ensemble de ces éléments et préjuger de l'efficacité future du chien de protection, il est souhaitable qu'un audit de l'exploitation soit réalisé avant l'arrivée du chiot.

Un Guide pratique d’utilisation du chien
L'ensemble des résultats des essais et suivis d'élevages menés conjointement par l'Institut de l'Elevage et l'APAP va être regroupé dans un guide pratique à l'utilisation du chien de protection, dont la parution est proche. Associés à part entière au processus de réhabilitation du chien de protection, les éleveurs Patou_estiveutilisateurs de "Patous" et membres de l'APAP ont enrichi ce guide de leurs expériences.

Destiné aux éleveurs souhaitant acquérir un chien de protection, ce document pratique, "mode d'emploi" du chien de protection, contiendra des recommandations sur le choix du chiot, les précautions à prendre lors de l'introduction du chiot dans le troupeau, l'éducation de base à lui inculquer, le(s) comportement(s) attendues) du chien lors de la première sortie du troupeau et l'attitude que l'éleveur doit adopter en conséquence, des conseils d'ordre alimentaire et sanitaire ...

Etudes en cours : Un recensement, une enquête Anes
L'Institut de l'Elevage, conscient qu'un besoin de références se fait sentir sur le terrain, a relancé de nouvelles études "Protection des troupeaux", depuis fin 1997. Le premier travail entrepris consiste à mettre à jour un fichier informatique national géré par l'APAP depuis 1992. Recensant la plupart des exploitations ovines utilisatrices de chien(s) de protection en France, ce fichier, alimenté par des données collectées directement auprès des éleveurs utilisateurs permet de :

  • connaître l'évolution de l'utilisation de cette technique : races et nombre de chiens au travail, types d'exploitations utilisatrices, types de troupeaux protégés ;
  • caractériser le comportement du chien et évaluer ses aptitudes à protéger le troupeau, en tenant compte à la fois de la structure de l'exploitation et des pratiques d'élevage qui lui sont rattachées, et du risque plus ou moins important de prédation pesant sur le troupeau ;
  • disposer d'informations fiables sur le capital génétique disponible (grâce à un suivi des accouplements et des naissances).

L’âne comme animal de protection
Sous certaines conditions, l'utilisation du chien pour protéger les troupeaux ovins trouve parfois ses limites. Des réponses doivent cependant être proposées aux éleveurs chez qui le chien ne peut avoir une efficacité optimale.

Une piste nouvelle pourrait être l'âne, connu envers son inimitié pour les chiens. Déjà utilisé dans de nombreux pays européens, il prévient d'événements inhabituels ou de visites inopinées de chiens ou autres intrus par de longs et puissants braiments. Il n'hésite pas à mordre, chasser ou donner des ruades pour dissuader les prédateurs. De nombreux points restent cependant à éclaircir : le choix de la race, la phase d'introduction dans le troupeau, le comportement de l'âne face aux prédateurs…

Efficacité de l'âne
Les études et suivis d'élevages menés par l'Institut de l'Elevage et l'A.AP ont permis de redécouvrir les savoir faire liés à la technique pastorale ancestrale de protection des troupeaux ovins par des chiens. Cette technique semble avoir fait les preuves de son efficacité contre les attaques de chiens errants ou de renards dans la mesure où des précautions sont prises à trois niveaux : lors du choix du chiot ; dans le choix de l'exploitation d'accueil; au cours de l'éducation du chiot et du dressage du jeune chien.
Il ne faut cependant pas penser que le chien de protection est une solution infaillible. Tout reste à prouver face à des prédateurs tels que le loup ou l'ours.
De nombreuses questions restent posées concernant cette technique, questions auxquelles l'Institut de l'Elevage souhaite répondre en relançant un programme de recherche appliquée de manière à pouvoir proposer aux éleveurs des réponses à leurs problèmes de prédation. (Je reviendrai sur la l'âne comme moyen de protection)

Marie-Catherine Rousselot travaille à l'Institut de l’Elevage.
Joël Pitt
est secrétaire de l’APAP: Association pour la promotion des Animaux de protection

Image du chiot : Chien au troupeau.com

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20 décembre 2004

Laine et Forces

Mouton2 La Tonte
La tonte s'effectue au printemps ou en automne avec de grands ciseaux appelés forces. Ou plutôt s'effectuait, maintenant la tondeuse électrique les remplace bien souvent.

Forces01 Les Forces
Les forces sont des outils pour tondre la toison des moutons et des brebis depuis des siècles. Ces ancêtres des ciseaux ont été utilisées au moins jusqu'au vingtième siècle.

Le Désuintage ou lavage
Le Désuintage consiste à laver la laine en eau tiède pour éliminer une partie de la matière grasse.

L’épaillage
On dit que l'on écharpille avec les doigts, on débarasse la laine des débris végétaux.

Le cardage ou le peignage
La laine est démêlée à l'aide des cardes (on carde la laine) qui dans un mouvement de va-et-vient rendent les fibres parallèles et forment des boudins prêts à être filés.

Le Filage
Avant l’invention du Rouet, on filait la laine à la quenouille et au fuseau. Le Rouet permet de combiner deux actions distinctes : tordre le fil et l'enrouler.

Pour en savoir plus :
L’atelier Laine Européenne (filature de chantemerle)
Le site sympa d’un collectionneur de forces
L'Association des tondeurs de moutons
Les superbes photos de Jean-Paul Falguières

La laine des moutons

La laine des moutons

La laine des moutons,
C'est nous qui la tondaine,
La laine des moutons,
C'est nous qui la tondons

Tondons

Tondons, tondons,
La laine des moutaines
Tondons, tondons,
La laine des moutons

La laine des moutons,
C'est nous qui la lavaine,
La laine des moutons,
C'est nous qui la lavons

Lavons

Lavons, lavons,
La laine des moutaines
Lavons, lavons,
La laine des moutons

La laine des moutons,
C'est nous qui la cardaine,
La laine des moutons,
C'est nous qui la cardons

Cardons

Cardons, cardons,
La laine des moutaines
Cardons, cardons,
La laine des moutons

La laine des moutons,
C'est nous qui la filaine,
La laine des moutons,
C'est nous qui la filons

Filons

Filons, filons,
La laine des moutaines
Filons, filons,
La laine des moutons

La laine des moutons,
C'est nous qui la tissaine,
La laine des moutons,

C'est nous qui la tissons

Tissons

Tissons, tissons,
La laine des moutaines
Tissons, tissons,
La laine des moutons

La laine des moutons,
C'est nous qui la chantaine,
La laine des moutons,
C'est nou
s qui la chantons

Lalainedesmoutons

Chantons, chantons,
La laine des moutaines
Chantons, chantons,
La laine des moutons

L'air de La laine des moutons

12 décembre 2004

Le Border Collie, le chien qui hypnotise le bétail

Border_collie_berger Introduit en France à la fin des années soixante, le Border Collie y est devenu, comme partout dans le monde, le chien de troupeau le plus utilisé par les professionnels. Originaire de Grande-Bretagne, le Border Collie doit ses qualités naturelles à une sélection continue sur ses aptitudes au travail sur troupeau.

Le Border Collie est un chien vigoureux, ardent, tenace, travailleur et docile. Très dévoué à son maître, réceptif à l'éducation car attentif et intelligent, il est réservé envers les étrangers mais ni craintif ni agressif. Doté d'un odorat puissant, le Border Collie possède surtout un regard au pouvoir extraordinaire dont il se sert pour travailler avec son maître. Il travaille à distance en fixant intensément, semblant ''hypnotiser'' le bétail.

Le Border Collie est la race la mieux représentée dans les concours sur troupeaux et il doit rester un chien de berger. Son éducation débute vers 6 mois et peut s'étendre sur un ou deux ans. Il n'est pas adapté à la vie en ville. Infatigable, l'exercice quotidien lui est absolument nécessaire. Le Border Collie s'adapte assez facilement à un rôle de chien de compagnie. Il n'a pas besoin d'entretien particulier.

Border_collie Pendant des siècles, les bergers éleveurs français ont mené leurs troupeaux en pâtures et « fabriqués » des chiens tout à fait aptes à ce travail de gardiennage. Qu’il s’agisse de pâturage « au carré » en Beauce (Bas rouge ou Beauceron) ou en Picardie,(Briard, Picard), d’estives dans les alpes ou dans les Pyrénées (Petit berger des Pyrénées), de bergers itinérants en Alsace, ou encore d’exploitation des parcours en Provence, chaque région est en mesure de présenter un chien de travail très qualifié et parfaitement adapté aux besoins locaux.

Contrairement à certaines idées reçues, les chiens de bergers français, de part le travail qui leur est demandé, ont une polyvalence peu commune : rechercher, ramener, trier, parer les cultures, contenir, repousser, guider... fait partie de leur quotidien. Les concours inter races de chiens de troupeau, en exigeant du chien un travail précis et varié en sont l’exemple le plus marquant.

Border_collie_2 Dans les pays Anglo-saxons, et notamment en Ecosse, en Australie, en Nouvelle Zélande ou encore dans le Connemara en Irlande, les éleveurs disposent de vastes zones uniquement consacrées à l’élevage. Le plus souvent, il s’agit de régions dépourvues de cultures, toutes acquises à la cause du mouton.

Ces éleveurs ont très vite compris combien il était essentiel de posséder des chiens capables de travailler à des distances que leurs homologues français ne pouvaient pas encore imaginer. Par ailleurs, les éleveurs Anglais et ceux du sud de l’ Irlande profitaient de ces zones enherbées pour y poser des clôtures. Il devenait alors évident que le mode de travail extensif influerait directement sur le caractère du Border Collie, il serait par son comportement incontestablement différent des autres.

Lorsque dans les années 70, les premiers Border Collie apparurent en France, la première erreur fut de les comparer à nos chiens de bergers afin d’en chercher les différences et en particulier les avantages. Fondamentalement, il n’existe pas de différence, (tous les chiens sont des chasseurs), mais plutôt une nuance, qui ne vient pas de l’individu lui même, mais du travail de sélection dont il est le produit. Cela se confirme par le fait que jamais les anglo-saxons n’ont importé de chiens de bergers français. Ces derniers, malgré leur polyvalence, demeurent inadaptés au système d’exploitation anglais. Pourquoi ? Simplement parce que les chiens évoluant en Grande Bretagne, ont un mode de travail unique, tous les Border Collie Anglo-saxons travaillent de façon identique (rechercher, regrouper, ramener).

Les critères de sélection reposent sur ces trois paramètres qui font exclusivement appel à l’instinct ancestral le plus apte à être exploité, celui de la chasse. Nous rejoignons là cette notion de nuance subtile qui fait que le Border Collie excelle dans « la recherche » qui est un acte instinctif, alors que la « rive » du Beauceron est le résultat d’une sélection au travail effectuée par l’homme sur le chien.

Border_collie_couche Les éleveurs d’outre-manche ont façonné un chien redoutable d’efficacité, doté de qualités remarquables, mais pas toujours adapté à nos besoins et à nos structures. Le Border Collie n’est pas un chien d’exception, il est le résultat d’une sélection rigoureuse, effectuée au sein d’un environnement exceptionnel par des conducteurs de chiens hautement qualifiés. Le travail de recherche (dépassant parfois les 1000 mètres) lui a permis de conserver, voire de développer cet indispensable instinct de prédateur qui est à mon avis l’atout majeur du Border Collie.

Beaucoup plus précoce que nos chiens français, il n’est pas rare d’observer un chiot Border Collie de 4 mois tourner autour de moutons ou de regrouper des volailles

Droit texte : Raould Kergomard
Un lien sympa : La passion du chien de berger

11 décembre 2004

Les fermes auberges dans les vosges

Guide_ferme_auberge_vosges_1Les Vosges, la route des crêtes. La Ferme-auberge est un lieu de restauration, avec ou sans hébergement, aménagé sur une exploitation agricole en complémentarité et suite logique de l'activité agricole.

Depuis plus de 100 ans, les Fermes-Auberges de Haute-Alsace offrent le gîte et le couvert aux amis de la nature. Plats rustiques ou spécialités régionales, gourmets et gourmands se régalent.

Venez découvrir cette hospitalité légendaire, ces paysages magnifiques et le repas marcaire. Un week-end pour sortir de l'ordinaire, des vacances pour changer d'air.

Le Markstein, ferme auberge du Steinlebach
Auberge_du_steinlebachAu lieu de dormir à l'hotel Ibis de Colmar, le long de l'aéroport, je décide de me payer 35 km en plus pour monter sur les crêtes.

Au milieu des alpages, cette ferme qui sent le munster me laisse de bons souvenirs. Même si le confort est spartiate, les repas sont copieux et de bonne qualité. J'offre  de l'Edelswicker aux tables d'à côté, allemands, belges et parisiens. On discutte et partage nos impressions du jour. Après la salade vinaigrette, la tourte  aux légumes et la tarte aux myrtilles, on commence à discuter. Je suis en Alsace pour vendre du Cognac Gourmel. Par chance, j'ai hérité d'une chambre à lit double et non d'un dortoir.

Markstein_1Fin septembre, au milieu de la nuit, je suis réveillé par le brâme d'un cerf qui est au millieu des vaches, dans l'alpage juste devant l'auberge, à 50m de la fenêtre de la chambre. Pas moyen d'oublier une nuit de cette intensité ! C'est l'auberge que vous appercevez sur la photo. Si vous cherchez un hotel de luxe, oubliez! Si l'ambiance et la vue sont plus important que le confort, réservez !

Le_treh_1 Pour les parapentistes, le décollage du Treh est à moins de 3 km. Une adresse à ne manquer !

Le nouveau guide des fermes auberges vient de paraître. Il est en vente par correspondance au prix de 10,80 € (8,50 € + frais d'envoi) à l'adresse suivante :

Association des Fermes Auberges du Haut-Rhin 1, rue Schlumberger B.P. 371
68007 COLMAR CEDEX Tél : 03 89 20 10 68 où à la Maison du Tourisme, 1 rue Schlumberger à Colmar.

Le pastoralisme traditionnel pyrénéen

Au détour d’un sentier, un muret de pierres envahi par les ronces, une cabane de pierres sèches à demi effondrée, …quelques signes révélant au randonneur curieux une activité passée florissante : le pastoralisme traditionnel pyrénéen.

Quelques mots d’histoire
Au néolithique, il y a environ 7000 ans, les premières communautés agropastorales s’installèrent dans le piémont pyrénéen. Puis, accompagnant le retrait des glaciers, les premiers hommes pénétrèrent dans les vallées et colonisèrent jusqu’aux pelouses subalpines et alpines l’ensemble de la chaîne.

Au Moyen-Age, l’essor et la diversification des activités agropastorales généralisent la transhumance, et accélèrent les défrichements. La fin du XVIIIème siècle et la première moitié du XIXème connaissent l'apogée de ce système agropastoral.

Soulanes dénudées, chapelets de granges et de cabanes, l’activité agropastorale a fortement modelé et marqué de son empreinte les paysages pyrénéens.

Au rythme des saisons
Le système d’économie pastorale traditionnel pyrénéen s’organisait autour de la vie du troupeau. Chaque cellule familiale constituait une entité économique. Selon les vallées, le troupeau était constitué de brebis et/ou de vaches ; en fonction à la production de lait, de beurre ou de fromage.

Ce système s’articulait géographiquement sur trois niveaux : la maison, la grange et la cabane. Les divers membres de la famille occupaient successivement ces trois entités au rythme des saisons dont découlaient des activités distinctes, réglées par la vie du troupeau.

L’hiver, les bêtes passent la mauvaise saison dans les granges de basse et moyenne altitude. Elles montent en mai, juin vers les estives pour laisser pousser l’herbe dans les prairies et permettre l’engrangement du fourrage pour l’hiver.

La maison, lieu de résidence habituel
La maison, au  village, est le lieu d'habitation principale. Elle est associée à des bâtiments d’exploitation, quelques champs, et des prés de fauche. Une grange, au-dessus ou à côté permet de conserver le foin et loger les bêtes.

La grange, résidence d’été
A moyenne altitude, la grange sert d'abri aux bêtes et au foin. Etape intermédiaire de la transhumance les prairies naturelles qui l'entourent accueillent les troupeaux au printemps et à l’automne et fournissent du foin pour l'hiver.
Une partie de la grange peut être aménagée pour accueillir la famille le temps de l’été : une petite cuisine, sans cheminée, le couchage directement dans le foin.
Cette grange fait parfois partie d’un " hameau d’été ", regroupant une petite maison, une grange pour le bétail, et une grange pour le grain.

L'estive, royaume des bergers
De juin à septembre, les pâturages d'altitude, les estives,  accueillent les troupeaux et leurs gardiens. La vie s’organise alors autour lieu de  rassemblement des troupeaux pour la traite : le coueyla en Pays Toy et le courtàou dans le Haut-Adour.

Les bergers y ont édifié des cabanes ; certains courtàous pouvaient en compter jusqu’à une douzaine.

Constructions de pierres sèches de petite taille, au toit de lauze ou de chaume, elles offrent un confort rudimentaire : une simple ouverture dans le mur pignon fait office de cheminée, une niche dans un des murs, et une couche.

Une cabane pouvait être partagée par plusieurs " vachers ", ou bergers.
Autour de la cabane, des constructions plus petites servaient d’abri aux veaux non sevrés. Un parc entouré d’un muret de pierres permettait de rassembler le bétail pour la traite.

Enfin, des rigoles logio, ou leyté, dallées et couvertes de larges pierres plates, irriguées en permanence par de l’eau fraîche conservaient le lait et la crème contenus dans des bidons de cuivre. Ces produits sont descendus deux fois par semaine, à dos d'âne, ou récupérés par une personne de la maison, ravitaillant par la même occasion le berger.

Le berger consacrait ses journées à la traite, matin et soir, à l’écrémage du lait, et à la surveillance du troupeau. Il était aidé dans sa tâche par deux compagnons, le Patou (gardiennage et protection), et le Labrit (surveillance et guidage).

Lire les signes de la montagne
Les déjections des troupeaux, qui très routiniers, suivent les mêmes parcours, enrichissent le sol en nitrate. Certaines plantes, dites nitrophiles, affectionnent cette substance, et prolifèrent donc sur leurs lieux de passage et plus particulièrement au niveau des zones de repos. La présence de ces espèces végétales sont donc des indices de la présence de troupeaux : Orties, Chénopode Bon Henri, corydale et gagée, géranium des Pyrénées, gentiane jaune et notamment des reposoirs à ovins.

La présence des troupeaux est souvent associée au ballet des charognards, nettoyeurs efficaces qui scrutent la montagne à la recherche d'un animal mort. On peu ainsi observer des corvidés, Vautours Fauves, Milans Royaux, Percnoptère d'Egypte, et Gypaète Barbu.

Le pastoralisme aujourd’hui
La période florissante des estives qui a vu fleurir des chapelets de cabanes correspond aux années 1800-1850. Puis un abandon progressif s’est sérieusement accentué au cours de la guerre de 14. Aujourd’hui, la majorité d’entre-elles sont en ruines. Les granges, délaissées elles aussi, sont peu à peu restaurées, pour répondre aux besoins pastoraux, ou comme résidences secondaires.

Autrefois, l’ensemble du massif était une montagne pastorale ; aujourd’hui, le pastoralisme traditionnel pyrénéen est en sursis…Toutefois, l’attribution récente d’appellation d’origine contrôlée pour le fromage en Béarn et Pays Basque, pour la viande en Pays Toy est un gage d’avenir.

Enfin, l’utilité du métier de berger et donc la pérennisation de son métier est directement liée à la cohabitation entre les bergers et les grands prédateurs que sont l’ours et le loup.

(source : e-natura)

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