Nicolas Hulot
Propos recueillis par Claude-Marie Vadrot
Pourquoi, au contraire d’autres pays européens, la France ne préserve pas sa biodiversité, sa vie sauvage ?
Cela doit être au moins en partie culturel. Ce qui vient de se passer pour Cannelle et pour les loups des Alpes, car je mets cela exactement sur le même plan, c’est la même démarche. Cela confirme que la vie sauvage, dans notre pays, va être abrogée, supprimée. Nous sommes face à une démission collective. Il n’y a que les enfants qui ont pleuré à la mort de Cannelle. C’est tragique.
Ces gens nous ont quand même tué trois ours des Pyrénées en quelques années sans que cela soulève une indignation nationale. Vous savez, si je ne m’étais pas pendu au téléphone, si je n’avais pas fait appel directement au Président, cette histoire serait passée à la trappe. Il y a quatre ans, quand le dernier bouquetin des Pyrénées a disparu, cela a fait trois lignes dans les journaux et les élus locaux et nationaux n’en ont pas parlé, ils s’en moquent.
Un problème de personnel politique ?
Oui, largement. Quelle légitimité nous aurons désormais dans les conférences sur la biodiversité ? Au nom de quoi nous allons demander aux pays du Sud de préserver leur faune si, avec nos richesses, nos moyens technologiques nous ne le faisons pas ? Pour 90% de nos élus, la biodiversité est une notion abstraite, ils ne savent même pas ce que cela veut dire, ils n’y comprennent rien et ne comprennent même pas que cela concerne également l’Homme, ils s’en fichent.
Depuis quinze jours, les parlementaires de droite et de gauche adoptent des amendements indignes sur la vie sauvage, la chasse et la biodiversité. Sans que le gouvernement intervienne, ils cèdent à une poignée de chasseurs. Il suffit de lire le compte-rendu des débats pour voir que le niveau de pensée est tragique, ils disent n’importe quoi pour complaire à quelques chasseurs, et on les laisse dire et faire.
Que peut faire un ministre comme Serge Lepeltier ?
Rien, absolument rien, il est piégé. Avec d’autres il se donne bonne conscience. L’environnement est géré en France par la parole de quelques uns et il ne se passe rien ensuite, vraiment rien. Aucune déclaration, dans le domaine de l’environnement et de la vie sauvage, ne se transforme en actes, en décisions. J
e l’ai dit récemment à Jean-Pierre Raffarin mais je ne suis pas certain d’avoir été compris. Pour le ministre de l’Ecologie, que j’aime bien, c’est vraiment « Mission impossible », il est isolé face à des ministres qui se moquent de lui.
Je pense à Hervé Gaymard qui dit et veut vraiment faire n’importe quoi. Il a par exemple décidé que la France allait demander le déclassement du loup, de mettre fin à sa protection. Il ne se cache pas de vouloir tous les exterminer.
Votre sentiment aujourd’hui ?
J’ai décidé de ne plus céder au découragement, même si cela est tentant. Je suis très en colère, furieux même car, encore une fois, vous l’avez constaté dans la région où vous effectuez votre reportage (Espagne), ce n’est quand même pas compliqué d’interdire la chasse ou la chasse en battue dans des régions abritant des ours, d’empêcher des chasseurs et quelques éleveurs de nuire. Ce n’est qu’une question de volonté politique, et elle n’existe pas. Lamartine disait : « on ne peut pas avoir un cœur pour les hommes et un autre pour les animaux ». En France, si ; et vraiment, face à ce qui se passe dans nos campagnes, à cette rage contre les ours et les loups, je ne suis pas très fier d’être français.
Nicolas Hulot
Propos recueillis par Claude-Marie Vadrot
Le déclin du vivant
Si, comme l'estimait Gandhi, «la grandeur d'une nation et ses progrès peuvent être jugés par la manière dont elle traite les animaux», il faut reconnaître que nous ne pouvons pas encore nous créditer de cet indice de civilisation.
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